Alors comme ça on veut la suite, hein ? Vous avez mérité au moins ? XD
Dealo : Carrément l'envie d'écrire ? Dans ce cas, tu as mes plus vifs encouragements ! Sois sûre que je la lirai ! J'ai hâte de lie cela ! Kiss et merci !
Shye-sama : Aaaaah ben merci beaucoup de me dire tout cela ! Ca fait super plaisir ! Je sais que ça manque de romance pure et dure, mais mon code d'écriture m'oblige à préférer le réalisme (donc, pas d'épanchements mielleux, c'est pas du tout dans l'esprit de la série) aux attentes profondes des lectrices yaoi en mal d'amuuuur. XD Mais je te promets que dans le dernier chapitre et l'épilogue, Hisoka va montrer son attachement à Tsuzuki. Kiss et merci !
Chapitre qui fait office de début de révélation… Mais toutes les explications seront pour le prochain ! Courage !!
Chapitre 9 : Les larmes du rejet
Enma-Cho, Bureau des Assignations, 17h18.
- Ca t'arrive de réfléchir ?! Abruti ! Je vais tout te prendre jusqu'à ta chemise, Tsuzuki ! Même ton immortelle de vie ne suffira pas ! Idiot ! Catastrophe sur jambes !
- Aïeaïeaïeaïeaïeaïe !! Pitié, Tatsumiiiiiiii !
En cette fin d'après-midi dans le monde des Morts, le très distingué et élégant secrétaire du chef Konoe, Seichiro Tatsumi, avait décidé de laisser glisser quelque peu le masque de sa calme patience pour lapider de coups de pieds bien sentis le pauvre Tsuzuki, revenu depuis peu de temps. Dépassé, et peut-être quelque part consentant, par l'indécrottable maladresse gaffeuse du plus vieux de ses employés, le boss laissait faire Tatsumi, pétrifié au fond de son siège. Le « dark side » violent dévoilé au grand jour de Tatsumi, c'était quelque chose qu'il n'aurait jamais cru voir. Quelle violence !
- Qu'as-tu à dire pour ta défense ? vociféra le secrétaire en attrapant Tsuzuki par le col, les traits déformés par la fureur.
- Kof ! J'avais Kunie à sauver ! Cette chose était vraiment… Et tu ne pourrais pas m'aider au lieu de le regarder me trucider, Hisoka ?!
En effet, le jeune homme était adossé contre un mur du bureau, les bras croisés derrière la tête, et ne semblait nullement perturbé par la vue de son partenaire à demi-mort. Sa récupération l'avait rendu aussi opérationnel qu'auparavant. Hisoka regarda Tsuzuki d'un air désolé puis détourna la tête.
- Non. Je suis d'accord avec Tatsumi, c'était vraiment stupide de faire intervenir un shikigami dans une maison en plein milieu de journée. Imbécile.
- Hisokaaaa…
Apparemment, les yeux humides et désespérés du shinigami brun commençaient à faire leur petit effet sur son ex-partenaire dont les mains autour de son cou avaient un peu desserré leur étreinte. Tsuzuki n'eut pas à verser de larmes pour échapper à l'égorgement car la porte du bureau s'ouvrit.
Une longue chevelure paille retenue par un ruban à l'arrière de la nuque avec quelques fines mèches folles qui retombaient devant ses yeux joyeux agrémentés de lunettes rondes, une blouse blanche et un visage toujours réjoui, Watari venait d'entrer. Le jeune scientifique fit une grimace navrée à l'adresse de son ami qui passait un sale quart d'heure.
- Le suivant sur ma liste, c'est toi, Tsuzuki ?
- Ah ! Watari ! s'exclama Tsuzuki avec une profonde reconnaissance. Mon sauveur !
- Comment va Kunie ? s'enquit Hisoka qui ignorait toujours son coéquipier.
Le jeune homme lui adressa un sourire rassurant et hocha la tête.
- Rien de grave. Mais le coup a été violent, elle ne se réveillera pas tout de suite. Le monstre n'a laissé aucune marque sur elle.
Immédiatement après la tentative –lamentablement échouée- de combattre le spectre noir dans la demeure des Manata, Tsuzuki avait emmené Hisoka et Kunie pour les mettre en sécurité. Le shinigami aux yeux émeraude n'avait eut besoin que de quelques minutes pour se remettre de son malaise et boudait à présent. Personne n'en savait la raison, mais en fait, c'était que le garçon se sentait terriblement frustré de ne pas pouvoir être plus opérationnel dans cette mission. Il lui était quasiment impossible de s'approcher de quelqu'un sans que ses sens ne s'emballent par la force des sentiments de ceux qu'il croisait. Tsuzuki aurait pu être blessé dans cet affrontement à cause du poids qu'il était par sa faiblesse.
- Mais heureusement, ses conneries irréfléchies l'ont encore sauvé… pensait-il en regardant ailleurs.
Inconsciente et bien touchée quand elle avait été ramenée à l'Enma-Cho, Kunie Manata avait été aussitôt confiée à Watari pour qu'il puisse s'occuper d'elle. Après ce qui venait de se passer, la jeune fille n'était plus en sécurité à la surface.
Le chef Konoe se laissa aller contre son dossier de fauteuil d'un air soucieux.
- Toute cette enquête pour apprendre que le meurtrier était une ombre ou je ne sais quoi… soupira-t-il avec lassitude.
- D'autant plus que la raison de son agression ne semble pas expliquée, ajouta Tatsumi en réajustant sa cravate et sa veste sur ses épaules, de nouveau calme.
Tsuzuki dut compter sur l'aide d'un siège pour se hisser sur les genoux et tenter de se remettre debout. Raaah, mes côtes…
- Je suis dés…
Le secrétaire lui renvoya une œillade sans la moindre pitié.
- Silence, toi. A partir de maintenant, pour tout rembourser, tu seras mon esclave.
Silence dans la salle où des expressions estomaquées s'étaient toutes plaquées sur Tatsumi. Tsuzuki écarquilla les yeux comme une petite chose fragile qui allait se faire dévorer par son plus redoutable prédateur et passa ses bras autour de son corps pour se protéger, la tête basse et le regard fuyant.
- T-Tatsumi… Je ne pensais pas que tu voulais… Enfin, c'est tellement cru, cette façon de…
- Retire-toi cette idée TOUT DE SUITE ! s'écria Tatsumi, les joues roses de gêne à cause de l'image qui venait d'apparaître dans sa tête.
Le chef soupirait, Hisoka levait les yeux au ciel pour implorer le pardon divin et demander à ne plus être châtié sous la forme d'une coopération avec un type aussi irrécupérable que Tsuzuki et Watari se grattait la joue avec un rire nerveux embarrassé. Les réactions étaient dans l'ordre des choses.
Une fois son sérieux retrouvé, le shinigami se tourna vers son collègue scientifique.
- Et Yasuko ? demanda-t-il à voix basse.
Watari se hâta de rassurer son ami. Une chance qu'elle n'avait pas visé le cœur directement, ce coup aurait pu lui être fatal. Mais s'il ne l'avait trouvée aussi rapidement, il n'aurait probablement pas pu la soigner. La plaie était refermée et elle était à présent hors de danger. Elle dormait et ne tarderait sans doute pas à se réveiller.
Le jeune homme blond retira ses lunettes et dévisagea Tsuzuki.
- Yasuko… C'est l'adolescente qui vivait recluse chez elle, c'est cela ?
- Hum…
- Elle ne devait vraiment plus supporter sa situation pour en arriver à une telle décision, déplora Watari avec une petite caresse à son hibou logé sur son épaule. Vous devriez peut-être attendre son réveil près d'elle ou elle va se poser des questions.
Tsuzuki approuva son idée puis demanda à Hisoka s'il voulait venir avec lui au chevet de Yasuko. Très récalcitrant à l'idée d'approcher de près celle qui arrivait à lui donner la nausée à la simple barrière de sa maison, Hisoka fut tenté en premier lieu de décliner la proposition. Après une brève réflexion, le jeune homme accepta. S'il voulait espérer être efficace auprès de Tsuzuki, il devrait apprendre à supporter son don d'empathie, même auprès de personnalités fortement émotionnelles. Bien sûr, le shinigami se garda bien de faire part de son raisonnement à son partenaire.
- Très bien, alors allons-y.
Tsuzuki et Hisoka saluèrent les autres puis se mirent en route vers la chambre dans laquelle Yasuko reposait. L'homme brun revit avec un effroi encore frais à son souvenir la scène qui s'était offerte à lui quand il était entré dans la chambre de l'adolescente. Son sang s'était figé dans ses veines froides et son cœur s'était un instant mis en suspend. Il l'avait trouvée là, allongée sur le lit, la tête renversée de l'autre côté du matelas, une petite fontaine de sang jaillissant de sa poitrine. Elle avait encore son coupe-papier en main, à croire qu'elle voulait s'assurer qu'elle pourrait se donner un nouveau coup si elle avait raté le premier. Ses yeux étaient clos, refermés sur une traînée translucide et salée qui avait traversé ses joues pâles. Ce qui l'avait le plus frappé, c'était l'expression de son visage. La culpabilité et l'imploration du pardon y étaient clairement lisibles. Yasuko s'était tuée en silence et doucement, tout comme sa personnalité s'était faite ronger par la souffrance.
Son intuition avait été juste, Tsuzuki avait bien fait de se fier à ce frisson horrible qui l'avait immobilisé pendant une seconde.
Il serra les dents, ses yeux améthystes plissés sous le poids d'un remord dévorant. Depuis qu'il avait ramené Yasuko à l'Enma-Cho, le shinigami s'emplissait toujours un peu plus du sentiment amer de la culpabilité. C'était de sa faute. Il n'avait été jusqu'au bout avec Yasuko. Il l'avait laissée tomber au moment le plus important et n'était pas venu la revoir plus tôt. Comment avait-il pu lui promettre de l'aider alors qu'il n'avait pas su être là pour elle ? Il n'était qu'un lâche. Il se détestait.
Un soupir dégoûté fuit de ses lèvres et Tsuzuki couvrit ses yeux de sa paume comme il aurait voulu couvrir sa honte.
- Si j'avais été là… Si j'avais été plus présent auprès d'elle… Elle n'aurait pas fait cela… C'est à cause de moi… murmura-t-il à voix basse.
Hisoka le regarda sans rien dire. Il fut sensible à la détresse de son ami. En dépit de l'opinion qu'il avait de lui-même et des pêchés qui constituaient sa croix, Tsuzuki n'était pas un monstre, loin de là. Hisoka, lui, ne voyait qu'un être exceptionnellement bon et généreux, enchaîné dans un corps d'homme et emprisonné par des sentiments humains qui faisaient inlassablement barrière à sa volonté de protéger le monde entier. Et qui devait alors le protéger lui, quand son cœur était réduit en poussière par la douleur ? Arrête de vouloir sauver le monde et sauve-toi de tes propres ténèbres de douleur, idiot.
- Quel homme suis-je donc pour ne pas l'avoir aidée ? souffla Tsuzuki qui serrait les poings.
- Et quel homme es-tu donc pour qu'elle ait décidé de s'en remettre à toi et de te faire confiance ? répliqua Hisoka d'une voix calme.
Quand il sentit le regard interloqué de son partenaire sur lui, le jeune homme le regarda droit dans les yeux. Ses émeraudes brutes ne reflétaient ni colère, ni agacement, ni pitié. Juste de la compassion et une profonde admiration.
- Arrête de voir tes erreurs et vois un peu les bonnes choses que tu fais. Tu as redonné l'envie un instant à une hikikomori de sortir de sa torpeur. Alors, ne fais pas comme Yasuko ! Je t'interdis de t'enfermer dans ton coin à ruminer ta douleur pour ensuite sombrer comme elle ! Ne me demande pas d'assister à ça !
Vers le milieu de sa réplique, Hisoka n'avait su retenir cette ébauche d'indignation qui sommeillait en permanence en lui. C'était plus fort que lui. Voir Tsuzuki aider les autres et souffrir pour eux en prime, c'était trop pour lui. Il n'avait pas à porter ce double fardeau tout seul ! Il pouvait s'en délester un peu auprès de lui. Ils étaient partenaires, non ?
- Hisoka…
- Dépêchons-nous, coupa celui-ci à voix basse, le regard fuyant. Si elle se réveille, elle va prendre peur.
Tsuzuki laissa le garçon partir devant d'un pas rapide. Un maigre sourire de reconnaissance vint éclairer son visage fatigué. On dirait qu'Hisoka avait pris peur une nouvelle fois de ses émotions qui transparaissaient malgré lui. Il avait drôlement changé, le petit. De gamin fermé et hautain, il était devenu jeune homme posé qui apprenait à s'ouvrir. Merci, Hisoka.
- Mais le poids de ta propre croix est déjà lourd à porter. J'ai peur de te casser avec mes fautes… pensa-t-il, les bras autour de lui. Je ne veux pas que tu me détestes et que tu me rejettes… Pas toi… Surtout pas toi…
† ※ †
Une immense chambre haute de plafond toute de blanc revêtue, des murs au sol, en passant par le lit. Une jeune fille étendue entre l'immaculation des draps froissés reposait. Sa respiration, régulière et discrète, venait se perdre dans la brise de vent doux qui s'engouffrait par la fenêtre ouverte en grand. Son visage serein grimaça. Lentement, elle porta une main repliée devant ses yeux pour se cacher de ce rayon lumineux qui chauffait sa joue.
Ses grands yeux noirs papillonnèrent avant de pouvoir s'habituer à la violence de la luminosité. Elle tourna la tête vers la source de lumière. Dehors, le ciel était azur et limpide, un soleil de printemps illuminait la pièce de ses pâles reflets et une pluie légèrement parfumée de pétales de fleurs de cerisier en pleine floraison tourbillonnait dans le vent. Un lointain chant d'oiseaux calma aussitôt sa surprise d'être dans un tel endroit.
Elle baissa les yeux sur sa poitrine. Son sternum était recouvert d'une compresse pansée.
- On m'a soignée… murmura Yasuko pour elle-même.
- Bien sûr, on ne pouvait pas te laisser comme ça.
Yasuko sursauta violemment autant en entendant quelqu'un s'adresser à elle que parce qu'elle avait reconnu cette voix. Elle se redressa d'un bond dans son lit et se tourna vers la porte contre laquelle elle découvrit son professeur de littérature et l'élève de T-3 qui l'accompagnait toujours et qui s'était évanoui au lycée. Tous deux la regardaient d'un air tranquille mais Yasuko remarqua qu'il y avait quelque chose de différent.
- Tsuzuki… sensei… ? essaya-t-elle d'une voix blanche. Et Kurosaki-san… Mais…
L'homme s'approcha d'elle pour s'asseoir sur le lit et frotta la tête de la jeune fille d'un geste affectueux et tranquillisant.
- Appelle-moi juste Tsuzuki, lui sourit-il. Je ne suis pas professeur de littérature, même si cela ne m'aurait pas déplu au final…
- Tu es ici à l'Enma-Cho, expliqua Hisoka en relevant la tête vers elle. Nous sommes tous les deux des shinigamis. C'est Tsuzuki qui t'a trouvée chez toi.
Yasuko en resta muette. Elle détacha lentement son regard de celui d'Hisoka pour le diriger vers celui de l'homme assis juste en face d'elle. Elle n'en revenait pas. Cet homme qui l'avait écoutée et réconfortée par sa voix douce et son sourire jovial teinté de mélancolie, cet homme dont les mots l'avaient plus touchée que ceux de sa propre famille, cet homme aux yeux faits de la tiède couleur du violet et dans lesquels elle déchiffrait tant de sentiments confus… Cet homme était un ange de la Mort ?
- Vous allez me conduire à mon Jugement Dernier ? demanda Yasuko sans trace de peur dans sa voix.
Elle avait beau savoir que les shinigamis prenaient l'âme des gens pour les tuer, Tsuzuki ne lui inspirait aucun sentiment de frayeur. Au contraire, une sorte de quiétude l'entourait quand elle le regardait ainsi. Elle n'avait pas peur de mourir, elle s'était d'ailleurs donnée la mort en toute connaissance de cause.
Tsuzuki fit « non » de la tête avec sérieux.
- Tu as encore trop de choses à faire sur Terre pour mourir aujourd'hui, Yasuko-chan. Nous t'avons emmenée ici pour te mettre en sécurité.
Hisoka, qui n'avait pas quitté l'adolescente des yeux, ne perdit pas le mouvement furtif de ses iris fuyant et de ses pupilles qui s'étaient dilatées une fraction de seconde. Etrange. Quelque chose d'autre l'interpella. Il captait encore une pression émotionnelle autour de Yasuko, mais c'était complètement différent. Son marasme sombre était comme à demi évaporé, ce n'était plus que des restes d'effluves qui ondulaient autour d'elle comme de la vapeur. Où était donc passée toute cette noirceur suffocante qui aurait dû le mettre à genoux ?
- En sécurité ? répéta l'adolescente avec hésitation.
- Un monstre qui a déjà tué quatre élèves de ta classe dont la déléguée, un élève d'une autre Terminale et Kotaki Sunaiki s'en est pris à Kunie Manata cet après-midi.
- Kunie !
Le jeune homme blond s'était montré volontairement direct et un peu brutal dans sa façon d'exposer les choses pour guetter les réactions de Yasuko. Il fut surpris de la réaction. Elle avait prononcé le nom de sa meilleure amie comme si elle se rappelait soudainement d'elle et non d'un air catastrophé ou choqué.
La seconde répercussion de cette information sur la jeune fille ne se fit pas attendre. Hisoka se retrouva tout à coup plaqué contre la porte de la chambre. Des mains puissantes et sombres l'empêchaient de remuer le moindre muscle et avait entouré son nez et sa bouche. Sa respiration manquait, son corps tout entier tremblait et sa tête allait imploser. Le méandre noir de l'hikikomori venait juste de revenir à elle comme un aimant appelé inconsciemment. Le jeune homme voulut attraper une pensée pour connaître l'origine de ce brouillard suffocant mais rien ne lui vint. Seule la sensation d'être marqué à coups répétés au fer rouge sur chaque parcelle de sa peau le transperçait sans la moindre pitié.
En dépit de son mal, Hisoka se refusa à s'effondrer encore une fois. Il s'aida du mur pour rester debout et inspira aussi profondément que ses poumons comprimés le lui permettaient. Il devait tenir.
- Yasuko… poursuivit Tsuzuki avec douceur, une main sur celles de l'adolescente. Pourquoi as-tu voulu mettre fin à tes jours ?
A la grande surprise de ce dernier, les mains sournoises desserrèrent leur pression sur Hisoka.
Yasuko baissa la tête sans un mot. Sa frange noire en bataille voilait son regard et la contraction de sa mâchoire montrait qu'elle se mordait la langue. Seul Hisoka vit un début de larme perler sur le haut de sa joue.
Tsuzuki soupira avec un sourire mélancolique.
- C'est moi, hein ? Je t'ai terriblement déçue, c'est vrai…
- Pas du tout !!
Yasuko plaqua une main devant sa bouche qui étouffa un sanglot nerveux. C'était une voix cassée qui criait un mal caché depuis trop longtemps ; les dernières consommes avaient été englouties par la souffrance.
Tsuzuki cligna des yeux quand une petite goutte d'eau tomba sur le revers de sa main. Le temps pour la minuscule sphère mouillée de glisser de sa peau pour mourir dans le blanc des draps, le shinigami releva un peu le menton et croisa les yeux noirs de Yasuko dilués par des larmes qu'elle ne pouvait plus retenir. La jeune fille secouait lentement la tête de droite à gauche, incapable de parler pour le moment. Elle n'avait que cette gratitude infinie qui reluisait dans son visage au sourire si fragile mais si heureux.
- Vous… Ce que vous avez fait pour moi… n'a pas de prix… articula Yasuko d'une petite voix. Votre présence près de moi… m'a fait croire… un instant… que j'étais… quelqu'un qu'on pouvait… aimer. J'étais tellement heureuse… Merci…
Emu par ses pleurs, Tsuzuki recueillit du revers de l'index une à une les perles de chagrin qui coulaient. Yasuko tremblait de tout son être, même jusque dans son âme piétinée.
- Que veux-tu dire ?
Yasuko ferma les paupières dans l'espoir de ne pas voir ce qui la faisait tant souffrir mais elle ne tint plus. Elle enfouit son visage dans ses mains frémissantes de terreur à l'évocation de ce souvenir. Ca devait sortir ou elle allait encore devenir folle !
Tsuzuki comprit qu'elle était sur le point de confesser ses craintes les plus enfouies, les plus difficiles à faire sortir. Alors, doucement, tendrement, il passa un bras autour des épaules de Yasuko et l'attira contre lui. Elle avait manqué de cette épaule pour extraire ses maux depuis tant de temps, il serait alors cette main pour la tirer de l'océan de ses ténèbres. Il la tirerait de toutes ses forces jusqu'à mourir d'épuisement et ne la lâcherait que quand elle serait sur terre.
- Yasuko… murmura-t-il près de son oreille.
La dernière pierre de son mur protecteur s'effondra et se brisa :
- Je suis victime de brimades depuis la rentrée.
Le cœur du shinigami s'arrêta de battre. « Brimades » ?
- Les élèves de ma classe m'ont tous prise pour cible parce que je n'étais pas complètement japonaise… poursuivit Yasuko d'une voix précipitée. Mon hijime passait par tout : le racket, les insultes, les humiliations, l'ignorance totale, les coups parfois. Et quand ils ne se sentaient pas d'humeur à me voir, ils parlaient de moi au passé comme si j'étais morte alors que j'étais juste derrière eux. Chaque jour était pire que le précédent. Tout le monde me détestait et me faisait payer ma différence à longueur de journée. Kunie était ma seule amie, mais les autres s'arrangeaient pour qu'elle ne sache rien de mon hijime. Je ne voulais rien lui dire de peur qu'elle ne devienne cible à son tour. Elle… Elle ne méritait… pas… de…
Plus elle avançait, plus sa voix s'éteignait au profit de sanglots toujours plus retentissants. En écho à sa force qui déclinait, la puissance de son spectre qui opprimait Hisoka s'amenuisait jusqu'à permettre au jeune homme de respirer convenablement, quoique non sans mal. Quand il eut de nouveau assez d'air pour parler, il dut renoncer à le faire car la scène qui se déroulait devant lui était trop chargée en émotions pour être interrompue. Il préféra donc sortir sans un bruit. C'était quelque chose qui leur appartenait à eux seuls : la réminiscence du mépris des autres.
Tsuzuki était aspiré par ses souvenirs d'enfance. Tout lui revenait en flashs successifs rouges et violents. Les coups, les cris, les poursuites.
« - Monstre ! Monstre ! Il n'est pas humain ! »
Sa peur, sa douleur, ses larmes, son incompréhension.
Alors, elle était comme lui ? Une frêle créature incomprise de la méchanceté de l'Homme et de son intolérance ? Son cœur se serra. Mais pourquoi elle ? Pourquoi une fille comme elle qui n'aurait normalement pas dû s'attirer la haine des autres, elle qui n'avait rien fait ?
Il ouvrit la bouche mais ne sut quoi dire. Quels mots auraient pu correspondre dans une telle situation ? Il avait beau avoir vécu la même chose, il ignorait les mots qu'il aurait aimé entendre à part « Mais si, Tsuzuki. Tu es bel et bien humain ».
Alors il se tut et préféra serrer Yasuko contre lui en espérant que cela réussirait à calmer cette brûlure dans ses propres yeux.
Ca explique bien des choses, vous ne croyez pas ?
Prochain chapitre : dénouement et « fin ». Vous aurez un épilogue.
