Bonjour à tous !
Je vous reviens tout juste du Japon où j'y faisais un circuit de 8 jours. Aaaah mes amis, si vous saviez, ce pays est des plus fascinants ! Je ne m'étendrai pas, vous n'êtes pas là pour ça, mais sachez que ce qu'on voit dans les animes et mangas n'est pas si loin de la réalité. Les japonais sont d'une gentillesse incroyable, on aurait tellement de choses à leur piquer…
Enfin bon, la suite la suite !
Dealo : Toutes tes questions vont trouver des réponses ici. Si je vais faire une autre fic sur YNM ? Euh… C'est pas à l'ordre du jour, mais il ne faut jamais dire « jamais », non ? On ne sait jamais (oups, je l'ai dit…). Kiss et merci !
Shye Yun : Merci, ça fait super plaisir. Contente de voir que tu es d'accord avec moi. C'est vrai que quand ça fait rose guimauve, ça fait nul en plus de ne pas être crédible. J'espère que ce chapitre te plaira ! Kiss et merci !
Chapitre du dénouement, c'est la fin !
Chapitre 10 : Je ne voulais pas
Hisoka attendait dans le couloir, la tête baissée sur les bras croisés sur sa poitrine. Il soupira une énième fois, son souffle allant se perdre dans le silence des lieux. La lumière du plafonnier était agressive par rapport à celle de l'extérieur dans la chambre de Yasuko. Il y avait aussi ce faible grésillement qui tressautait à ses oreilles dans un cricri insupportable mais il n'en avait que faire. Il était trop absorbé par ses pensées.
L'hijime. Les brimades et autres humiliations scolaires. C'était d'une évidence à présent, aussi clair que l'œuf de Colomb. Pourquoi n'y avaient-ils pas songé plus tôt ? Devenir un hikikomori était l'une des conséquences les plus communes quand un élève était victime de la haine des autres. Et Yasuko avait suivi cette voie pour ensuite arriver par le plus funeste des passages : le suicide.
Le jeune homme chassa le début de mélancolie et de peine qui montait en lui par un clignement de paupières et il leva un peu la tête vers le plafond. Dans quel état d'esprit devait être Tsuzuki après une telle révélation ? Lui qui avait vécu les mêmes atrocités, il était sûrement en train de repenser à son ancien enfer. Encore en train de souffrir. Pour rien.
Hisoka se détesta pour cette pensée, mais il ne retint pas une certaine rancœur envers Yasuko qui, bien que sans le vouloir, rendait Tsuzuki malheureux. Elle n'y était pour rien, mais s'il avait pu, il aurait souhaité préserver son ami d'une nouvelle vague de noirceur sur son âme meurtrie.
- Tu es tout seul, boy ? lança une voix plus loin dans le couloir.
L'adolescent délaissa ses pensées pour voir qui venait d'arriver.
- Watari-san.
Watari s'approcha de lui tout en remontant ses lunettes sur le haut de son crâne puis s'arrêta avec un sourire bienveillant au garçon.
- Tsuzuki est avec elle ?
- Hum. Yasuko était victime d'hijime.
L'homme blond eut une exclamation de surprise horrifiée et baissa les yeux avec tristesse. Son état se comprenait dans ce cas. L'Homme était un être vraiment étrange, autant capable de faire le meilleur comme le pire et pour des raisons aussi passionnées que surréalistes. Pauvre fille. Et comme à son habitude, avec son cœur sur la main, Tsuzuki devait être aussi abattu qu'elle.
Hisoka détourna la tête pour prendre soin de ne pas regarder directement le scientifique. Il semblait honteux de ce qu'il avait à demander :
- Watari-san…
- Oui ?
- Quand nous sommes revenus, vous avez dit que vous n'aviez pas trouvé dans votre base de données de démon ressemblant à celui que nous avons vu… commença le garçon, peu fier. Et… quand vous avez examiné Yasuko, est-ce que…
- … j'ai trouvé une trace démoniaque en elle ? C'est cela ? acheva Watari en le regardant.
Hisoka opina faiblement du chef et consentit à enfin regarder son interlocuteur en face. Watari comprenait le sous-entendu de cette interrogation et le malaise du jeune homme. Il pensait beaucoup à Tsuzuki et au mal que cela lui ferait s'il apprenait Yasuko était un démon responsable de tous ces meurtres.
L'homme blond poussa un long soupir d'ennui et leva les yeux au ciel en haussant les épaules en signe d'ignorance :
- Eh bien, après analyses, biologiquement parlant, cette jeune fille n'est pas un démon. Elle est 100 pour 100 humaine, rien à signaler.
Hisoka sursauta de surprise à cette nouvelle.
- « Humaine » ? s'exclama-t-il, indigné, une main sur son cœur. Alors comment expliquer… !
- Il ne reste que le contrôle pur et simple.
Le shinigami blond cendré se tut aussitôt et fit volte face vers la porte qui venait de s'ouvrir. Tsuzuki referma la porte de la chambre sans un bruit puis s'avança vers ses collègues, les yeux rivés au sol. Son visage d'habitude si enjoué et souriant avait quelque chose de terne. Ses traits étaient tendus et ses yeux ne reflétaient qu'une morne lueur. Il releva la tête vers Hisoka qui l'épiait avec appréhension.
- Il est certain que Yasuko est à l'origine de tout cela, déclara-t-il d'un ton qu'il voulait sans faille. Si elle n'est pas un démon, alors c'est qu'elle contrôle celui qui a voulu tuer Kunie et qui a sans doute tué les autres.
Watari voulut détendre l'atmosphère et sourit avec espoir à Tsuzuki :
- Tu en es sûr ? essaya-t-il.
Son ami secoua la tête avec résignation. Oui, c'était certain. L'hijime de Yasuko constituait un mobile parfaitement plausible et logique pour assassiner des gens. De plus, même en mettant cela de côté, il ne voyait pas qui d'autre aurait pu commettre de telles horreurs et pour quels motifs. Cela lui faisait mal, mais il n'arrivait pas à imaginer cette adolescente timorée et brisée en une maîtresse d'un démon à qui elle ordonne froidement d'aller envoyer ad patres ses bourreaux. Elle ne lui inspirait pas la mort, pas du tout.
Hisoka comprit que Tsuzuki se faisait violence pour accuser ainsi sa protégée, son ressentiment ondulait en lui comme un serpent perfide qui s'enroulait autour de son corps. Il devait lui apporter la force nécessaire pour ne pas flancher et se laisser de nouveau engloutir par ses sentiments humains.
- Que comptes-tu faire ? lui demanda-t-il, droit dans les yeux.
- Nous n'avons pas le choix. Il va nous falloir la surveiller et quand elle recommencera…
Sa voix s'était éteinte aussi doucement que l'automate d'une boîte à musique. Tsuzuki ne souffla mot pendant quelques secondes puis tourna les talons en disant que Yasuko était au courant que sa meilleure amie était ici, à l'Enma-Cho, et que, à un moment où à un autre, elle tenterait certainement de la tuer encore.
- J'ai érigé un kekkai de protection autour de Yasuko, mais il faut veiller sur Kunie malgré tout. On ne sait jamais.
Hisoka laissa l'homme s'éloigner sans un mot. Son cœur était serré et il se sentait complètement impuissant. Il voulut faire un pas en sa direction mais la main de Watari sur son épaule le retint.
- Laisse-le un peu, conseilla-t-il d'une voix douce. Mais quand il faudra y aller, il aura grand besoin de toi. Tu seras là, boy ?
- Evidemment.
La silhouette du shinigami brun qui s'éloignait dans le couloir était déjà bien rétrécie dans son champ de vision. Il serra le poing.
- Je ne le laisserai pas.
Lorsque Watari laissa Hisoka parce qu'il avait encore beaucoup de travail à faire –surtout qu'il était persuadé de toucher au but dans la conception de la potion qui permettrait de changer de sexe -, le garçon se retrouva seul dans le couloir désert. Il aurait aimé aller voir Tsuzuki mais suite au conseil de Watari en plus de réaliser qu'au final, il ne saurait pas quoi dire à son ami, le regard perçant d'Hisoka se dirigea malgré lui vers la porte de la chambre de Yasuko. Après quelques hésitations, il entra, ignorant ce qui l'amenait à faire cela.
Yasuko était assise sur le rebord de son lit en face de la fenêtre grande ouverte et appréciait la brise du vent qui caressait son visage. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait goûté à telle paix et telle tranquillité. Ses cheveux ondulaient au gré des fantaisies de l'air et s'étalaient dans son dos en une traîne ébène soyeuse.
Un grincement la fit se retourner.
- Hisoka-san ?
La jeune fille grimpa à quatre pattes sur le matelas immaculé puis s'approcha de son visiteur mais se heurta à un mètre de lui à une paroi bleutée qui s'évanouit dès que sa main ne fût plus en contact avec.
- Ah, désolée… s'excusa-t-elle en baissant les yeux. Tu voulais quelque chose ?
L'adolescent se retrouva un peu bête à être pris de court par cette question.
- Non… Rien de particulier, dit-il simplement.
Yasuko se frotta un peu le bras gauche en gardant les yeux tournés vers ses pieds nus avant d'oser affronter les émeraudes inflexibles des iris de son interlocuteur.
- Tu sais pourquoi Tsuzuki-san a créé cette barrière magique ?
- Et toi ?
Elle fut surprise de la question mais ne le montra pas. Elle eut un sourire empreint de tristesse.
- Je crois… que j'ai fait des choses abominables… souffla-t-elle d'une voix à peine audible.
- Tu t'en souviens ? Avec exactitude ? demanda Hisoka, un peu pressé.
Yasuko répondit que non. Au fond d'elle, une sensation glacée se diffusait en elle avec la lenteur du poison et une voix lui hurlait sans cesse qu'elle était un être abjecte et immonde tandis qu'une autre, plus douce mais effrayante, lui parlait de temps en temps sans qu'elle puisse saisir le sens de ses mots. Mais quand cette voix insensible se taisait, l'autre se mettait aussitôt à lui crier des horreurs. C'était à ça qu'elle savait qu'elle avait perpétré des actes atroces.
- Toi aussi, tu as souffert à cause de moi, lui dit-elle d'un air sincèrement désolé. Tsuzuki-san m'a dit que tu étais empathe et que je dégageais une puissance émotionnelle qui t'assaillait. Pardon.
- Ce n'est pas directement de ta faute. Ne t'excuse pas.
- Tu es profondément attaché à Tsuzuki-san, n'est-ce pas ? Tu le regardais comme moi je le regardais quand il a réussi à me sortir de ma torpeur.
Hisoka préféra regarder ailleurs pour que Yasuko ne lise pas la gêne qui empourprait ses joues. « Attaché », « attaché »… Il était son partenaire, quoi. Rien de plus. C'était normal qu'il s'inquiète un peu pour lui.
Yasuko posa ses mains contre le kekkai qui brouilla l'image d'Hisoka par une onde floue bleue.
- Hisoka-san, protège-le bien. Quoiqu'il puisse se passer, même si ça peut être dur pour lui, protège-le. Je sais que tu le peux et surtout que tu le veux. Tsuzuki-san est un homme de bien qui ne mérite plus de souffrir. Veille sur lui, tu me le promets ?
Le shinigami fut d'abord interpellé par ses paroles presque suppliantes. Pourquoi semblait-elle aussi angoissée ? Elle avait peur, beaucoup peur. Mais au fond, il fut sensible à sa requête. Lui aussi irait à croire que cette fille ne pouvait pas être l'auteur d'aussi funestes actes.
- Je te le promets, Yasuko.
Cette dernière lui retourna un sourire reconnaissant et retourna près de la fenêtre, les mains dans son dos, pour inspirer profondément. Après un long silence, elle leva un peu la tête vers le magnifique ciel bleu qui faisait toit au Royaume des Morts et demanda au shinigami si elle ne pouvait vraiment pas avancer la date de sa mort.
- Comment ? s'étonna Hisoka en fronçant les sourcils.
La voix de Yasuko baissa soudainement de volume.
- Je ne veux pas revenir sur Terre… à ma vie de pestiférée… murmura-t-elle. Retrouver leurs regards emplis de haine, les coups discrets par derrière, les insultes acides, la peur au ventre quand je me lève le matin… Tous ces êtres façonnés dans la méchanceté… je ne veux plus jamais les revoir… jamais… je voudrais qu'ils…
Plus elle parlait, plus la température ambiante chutait. Du moins, c'était ce qu'Hisoka ressentait jusqu'à ce qu'une masse invisible et lourde tombât sur son dos aussi rapidement qu'une enclume aurait chuté d'un immeuble de dix étages.
- Ah !
Le jeune homme tomba à genoux sans pouvoir résister et porta la main à sa gorge subitement devenue trop étroite pour lui permettre de résister. Quand il leva les yeux, il découvrit Yasuko qui était pliée en deux, les bras autour d'elle en train de hurler de douleur. Hisoka vit alors avec impuissance une fumée noire s'émaner du corps de la jeune fille tandis que les sens du shinigamis devenaient incontrôlables. Cette pression, ces ténèbres suffocantes… Elles revenaient aussi puissantes que la première fois.
- Yasuko !
Très vite, celle-ci s'effondra sur le carrelage blanc de la chambre et le reste de brouillard obscur s'évacua d'elle comme un monstre serait sorti de son corps. La vapeur se concentra en une boule incertaine puis se forma en un corps doté de cheveux longs qui ondoyaient et d'yeux vides noirs. Après un regard mauvais à sa créatrice et au shinigami agenouillé et chancelant au sol, le monstre s'évapora par la fenêtre de la pièce.
Tout à coup, la porte s'ouvrit à la volée et Watari déboula au pas de course d'un air affolé. Ses cheveux encore plus en bataille voletaient devant son visage dans tous les sens et il avait encore une fiole au liquide vert anis dans une main.
- Eh, gamin ! s'écria-t-il en aidant Hisoka à se relever. C'était quoi, ce cri ? Ca va ? Aaaah ?! Et Yasuko.. !
- Prévenez Tsuzuki ! Ce monstre est un… !
† ※ †
Une autre chambre dominée par la couleur primaire du blanc impeccable. Les rideaux avaient été tirés pour plonger la pièce dans une pénombre juste effleurée par une lumière tamisée. Les voilages transparents d'un immense lit à baldaquin tournoyaient faiblement pour accompagner les mouvements vaporeux des rideaux devant la fenêtre restée ouverte. Il faisait calme dans cet endroit.
Dans le lit, roulée en chien de fusil dos à la fenêtre, une jeune fille dormait dans une sérénité qu'une blessure à la tête avait emporté malgré elle. Un bandeau enroulé autour de sa tête se perdait dans ses cheveux châtain clair et cachait son front. Son visage paraissait beaucoup plus grand quand elle ne portait pas ses lunettes, posées sur la table de chevet.
Plongée dans un sommeil sans rêve, Kunie Manata ne vit pas l'ombre incertaine qui venait de se dresser lentement derrière elle. L'éclat de folie meurtrière qui ressortait de ses yeux d'onyx transperçait par avance le corps de l'endormie pendant qu'une longue main griffue se levait entre les étoffes couleur neige.
Sans un mot, sans un bruit, les serres de fumée s'abattirent dans le matelas de plumes avec un son étouffé. Mais à la surprise de l'assassin inconsistant, aucune trace de sang ne gicla car le corps de Kunie était devenu… un papier ?
- Révélation !
Le temps pour le monstre de comprendre ce qu'il se passait, un kekkai venait d'apparaître autour du lit et Tsuzuki sortit de l'ombre de la chambre, de l'autre côté de la pièce.
- Alors, on se laisse avoir par un simple fûda d'imitation ? Pas très futé… se moqua-t-il avec froideur.
Il s'approcha de la bulle protectrice et jaugea son ennemi sans ciller.
- Cela fait longtemps que Kunie est retournée à la surface. Maintenant, montre-moi ton vrai visage.
Il fut surpris d'entendre le spectre lui répondre :
- C'est ce que vous voulez… ? commença-t-il d'une voix rocailleuse et lugubre.
La vapeur nocive de son corps se resserra davantage sur ses formes imprécises pour devenir un corps de petite taille avec deux bras et deux jambes bien dessinés. La couleur d'une peau pâle se coloria, des vêtements apparurent et les traits d'une figure humaine s'écrivirent autour d'un visage encadré de cheveux. Quand la personne nouvellement créée ouvrit les yeux, Tsuzuki eut un mouvement de recul, effaré.
- … Tsuzuki-san ? susurra la voix melliflue de Yasuko.
Le shinigami fut incapable d'articuler le moindre mot, ses yeux améthystes vissés sur le sourire sardonique que l'adolescente lui adressait tout en s'avançant vers lui jusqu'à sortir du kekkai.
- Vous semblez étonné ? fit la fausse Yasuko avec une surprise hypocrite. Pourtant, vous me soupçonniez, non ?
- Yasuko…
Elle lui renvoya un regard féroce empreint de haine farouche et retransforma un de ses bras de fumée en une longue faux affûtée qu'elle brandit au-dessus de sa tête.
- Ne me gênez pas dans ma vengeance !!!
La lame fendit l'air.
- Tsuzukiiiiii !!!
Le fer de fumée vengeresse déchira la chaire. Un bruit mouillé et étouffé. Un jet chaud qui éclabousse sa joue alors qu'il est en train de tomber sur le côté, poussé par quelque chose. Une traînée de cheveux cendrés qui effleurent son nez. Il tombe. Un poids sur lui. Un corps. Fragile, élancé. Lui.
- Hisoka ?!
Tsuzuki ne retrouva ses esprits qu'en reconnaissant ce corps effondré sur ses jambes. Les mains agrippées de toutes leurs forces autour de la chemise blanche de son coéquipier, une large blessure qui rayait son dos des omoplates à sa taille, Hisoka essaya de se redresser, le front brûlant de sueur et les dents serrées par la douleur.
- Hisoka !! s'écria Tsuzuki comme fou. Mais qu'est-ce que… ?!
- D… D-Débile… articula le jeune homme, les bras tremblants. Surveille ta garde… Ce monstre… ce n'est pas un démon que tes fûdas ordinaires… peuvent vaincre… C'est un ikiryô.
- Un ikiryô ?
Le shinigami brun tourna la tête vers le spectre de Yasuko qui éclata d'un rire froid et sans joie pour ensuite adresser un rictus satisfait à ses deux adversaires. Les jolis yeux noirs de l'adolescente timide et renfermée étaient à présent deux orbites ombreuses dépourvues de pupille qui vidait son visage de la moindre trace d'humanité.
- En effet, je suis la douleur haineuse personnifiée de Yasuko, confirma le fantôme avec une perversité malsaine.
Ikiryô. Dans le large bestiaire des croyances nippones et plus précisément dans la catégorie des yûrei, les fantômes, l'ikiryô était aux vivants ce que le onryô était aux morts. Si les onryô étaient le spectre d'une personne qui était décédée avec une volonté de se venger si farouche que l'âme revenait dans le monde des vivants pour accomplir sa vendetta, l'ikiryô était un fantôme créé par un vivant qui était animé d'un sentiment d'une violence inouïe comme la jalousie ou la rage.
Alors, cette pression spirituelle, cette force suffocante qui dansait autour de Yasuko et de sa demeure qui martelait Hisoka, tout cela était en réalité l'ikiryô en sommeil de la jeune fille ?
- Yasuko a mis longtemps à me lâcher… soupira sa jumelle noire en regardant ses mains. Une semaine et demi à ressasser ses persécutions, c'est long pour quelqu'un comme moi. Et cette idiote qui croyait m'arrêter après ma première sortie alors que c'est elle qui m'a créée !
- Alors c'est toi qui as tué ces garçons et… ?
- TOUS ! s'écria l'ikiryô avec un air dément et le sourire du diable. Ah ah ah ! TOUS !! J'étais le bras de sa vengeance, ils auraient dû tous y passer ! Tous !!
Le fantôme expliqua alors à Tsuzuki et Hisoka toute la signification des atrocités qu'il avait commises au nom de la douleur de son hikikomori de génitrice : ces trois loubards d'Hiroi, Ujima et Nobe la rackettaient depuis la rentrée et après chaque vol, ils remerciaient leur généreuse donatrice d'une petite tape dans la nuque en lui disant « Bonne fille, va ! ». Elle avait peut-être frappé un peu trop fort quand elle avait voulu les « saluer » à son tour.
La parfaite petite déléguée Ikuyo Sugio était la meneuse des Terminales 4 pour les brimades. Cette sale gosse de riches avait pour passe-temps favori de critiquer l'apparence de Yasuko. Ses cheveux, ses yeux presque occidentaux, sa peau, tout était moins bien que sa belle chevelure rousse, sa peau lisse et ses ongles manucurés. Elle devait beaucoup apprécier sa nouvelle coiffure et son soin du visage de là où elle était maintenant.
Kotaki Sunaiki avait beau être professeur, il ne valait pas mieux que tous ses imbéciles d'élèves. Maintenant qu'elle l'avait vu, on pouvait dire qu'il n'avait vraiment pas de cœur et qu'il n'avait rien vu de la souffrance d'une de ses étudiantes. Ce qu'il avait dit était absolument intolérable pour un enseignant. Sa mort serait un soulagement pour tout le monde en plus de Yasuko !
- Quant à cette petite idiote de Kunie, elle a vu Yasuko se faire agresser tout à l'heure par Sugio dans la rue mais elle avait tellement peur d'elle qu'elle s'est enfuie la queue entre les jambes… cracha le fantôme, les traits déformés par la rage. Moi qui pensais qu'elle allait aider Yasuko maintenant qu'elle était au courant, ça me tue ! Sale traîtresse !!
- Et ce garçon de T-3 ? intervint brusquement Hisoka d'une voix rauque.
- Lui ? Même chose que Kunie, répondit froidement la fausse Yasuko comme si on lui parlait d'une chose répugnante. Il avait vu les trois autres racketter Yasuko et n'était même pas intervenu pour l'aider. Il n'a rien dit, il a fui. Maintenant qu'il n'a plus de jambes et de langue, il pourra continuer à agir en lâche.
Les shinigamis en restèrent pantois. Tout était clair maintenant. Les meurtres infligeaient aux victimes ce qu'elles-mêmes avaient infligé plus ou moins directement à Yasuko. Tsuzuki et Hisoka n'eurent pas à demander ce que voulait dire le dicton qu'elle avait gravé dans les paumes des morts car l'hijime de la jeune fille l'expliquait à lui seul : « Le clou qui dépasse appelle de coup du marteau » signifiait que celui qui sortait du lot de par sa différence s'attirerait toujours tôt ou tard les foudres des gens « normaux ». Yasuko était vilipendée à cause de son métissage, elle avait été la cible. Cette façon de penser et d'agir était d'une ignominie sans pareil.
Jusqu'à présent muet, Tsuzuki serra les dents sans lâcher Hisoka qu'il avait gardé contre lui pour le protéger.
- C'est… inhumain…
L'ikiryô crispa ses doigts de rage tant il était scandalisé par ce qu'il venait d'entendre. De la vapeur acide s'échappait de tout son corps alors que sa peau s'obscurcissait de plus en plus et que ses traits s'envolaient de son visage.
- Et eux ?! vociféra-t-il, hors de lui. Ils ont mérité leur sort !! Et d'ailleurs, j'ai encore une classe à anéantir ! Yasuko m'a appelé pour ça !!!
- Certainement pas !
Le shinigami brun se releva en soutenant Hisoka par la taille et sortit un nouveau papier sacré qu'il activa en murmurant une prière et le lança droit sur ce qui devait être la poitrine du spectre. Ce dernier baissa les yeux sur le fûda comme s'il s'agissait d'une mouche et adressa un sourire effrayant à Tsuzuki.
- Que croyez-vous, Tsuzuki-san ? railla l'ikiryô en retirant le sort. Je ne suis pas un fantôme, ne pensez pas me tuer de la sorte. D'ailleurs, je me suis complètement libéré de l'entrave mentale de Yasuko ! Elle est trop affaiblie pour m'arrêter !
Tsuzuki retint sa frustration par un grognement de mauvaise humeur. Néanmoins, il n'avait pas dit son dernier mot. S'il ne pouvait pas tuer l'ikiryô, il pouvait au moins l'immobiliser ! Sans perdre une nouvelle seconde, il attrapa quatre nouveaux fûdas et les lança au sol pour que le fantôme et eux soient en quinconce.
- Entrave ! commanda-t-il en croisant les doigts. Chaînes de lumière !
Les papiers magiques s'illuminèrent et des faisceaux en jaillirent pour s'enrouler autour du fantôme au niveau de ses bras et de ses jambes. La créature pesta bruyamment et tenta de se libérer, en vain. Elle se débattit avec fureur et maudit Tsuzuki pour cette action à l'encontre de ses projets.
- Je ne comptais pas vous faire de mal, mais je me ferai un plaisir de me débarrasser de vous !
Tout en priant pour que ses liens magiques tiennent suffisamment de temps pour qu'il trouve une solution, Tsuzuki se tourna vers Hisoka dont la blessure dans le dos commençait à se refermer lentement.
- Hisoka, tiens bon, je t'en prie…
- Ca va, j'ai survécu à pire… répondit le garçon en se redressant, un bras autour des épaules de son coéquipier. Il faut détruire cet ikiryô, j'ai peur qu'il prenne le souffle vital de Yasuko…
L'ikiryô entendit leur conversation et les arrêta tout de suite par un ricanement satisfait.
- C'est déjà commencé, chers petits shinigamis ! Et je deviens de plus en plus fort !
En effet, joignant le geste à la parole, l'esprit se mit à tirer encore plus fort sur ses chaînes et celle qui s'était enroulée sur sa jambe droite se brisa dans une pluie de petits éclats lumineux. Cette réussite fit grandir sa détermination et il s'affaira avec autant de hargne à faire sauter le lien suivant, ce qui se produisit avec celui de la jambe gauche.
Tsuzuki se sentait perdu. Comment détruire cette créature qui n'était ni démoniaque ni un fantôme ? Ce n'était qu'une sorte de projection spirituelle et l'exorcisme d'esprit était plus un travail de prêtre onmyôji que d'un shinigami ! D'autant plus qu'Hisoka était encore diminué et sa blessure n'était pas guérie. Il devait le protéger, il refuserait de perdre un nouvel être cher et encore moins ce garçon.
Hisoka préféra ignorer la douleur qui fustigeait son corps et fusilla l'ombre de fumée qui se divertissait à reprendre grossièrement la forme de Yasuko. Un horrible sourire se dessina sur son visage vide quand elle croisa le regard assombri du jeune homme.
- Il parait que tu es allergique à moi, mon mignon… Esquive ! persifla la voix sinistre de Yasuko tandis que la main gauche se libérait de son entrave.
L'esprit étendit un bras de fumée vers Hisoka qui en un clin d'œil, se retrouva traversé par la vapeur chargée de sentiments négatifs. Au contact de la haine refoulée de la jeune fille, Hisoka s'époumona de douleur, le teint livide et les yeux grands ouverts figés dans la succession de flashs composés des horribles souvenirs de Yasuko qui matraquaient sa mémoire jusqu'à la saturer d'un supplice insupportable. En trois malheureuses secondes, le noir s'abattit dans la tête du garçon qui bascula en arrière, aussi lourd que le plomb.
- HISOKA ! s'horrifia Tsuzuki en le retenant dans sa chute. Espèce de… !!!
- Ah ah ah ! Trop tard, vous allez… Mais ?!
Le shinigami déposa délicatement Hisoka au sol et se tourna vers l'ikiryô qui venait de s'interrompre. Il crut mal voir au premier coup d'œil. Voyait-il double ou était-ce bel et bien Yasuko qui retenait sa copie maléfique en la ceinturant de ses maigres forces par la taille ?
- Yasuko ?!
L'adolescente semblait exténuée et sur le point de s'évanouir à son tour. Son teint était encore plus blanc qu'un linge, son front était couvert de sueur et ses yeux peinaient à rester ouverts. Il était aussi évident qu'elle s'aidait de son spectre pour rester debout car ses jambes chancelaient comme le reste de son corps fébrile. Mais elle tenait bon et enserrait sa jumelle noire qui n'appréciait pas du tout le contact brûlant de sa créatrice sur elle.
- Comment peux-tu être debout ? glapit l'ikiryô qui s'évertuait à détacher ses bras de sa taille. Lâche-moi ! Je ne fais que concrétiser tes volontés les plus enfouies ! Tu sais que tu veux te venger, Yasuko !!
- NON ! Je ne voulais pas faire ça ! C'est terminé ! répliqua la jeune fille dans un effort poussé en serrant plus fort. Tu ne les toucheras pas !
Planté plus loin devant elles sans savoir quoi faire, Tsuzuki était complètement perdu. Il n'entendit pas l'ikiryô dire à Yasuko que même si elle arrivait à l'immobiliser grâce à la faible résistance mentale qui lui restait, elle mourrait encore plus vite à cause de leur contact. Et dans peu de temps, il lui aurait pris tout son fluide vital et serait libre d'agir de sa propre volonté. Seuls le cri de désespoir et les yeux suppliants de la jeune fille parvinrent à atteindre la conscience perturbée de l'homme :
- Tsuzuki-san, tuez-moi !!
« Tuer ». Quatre lettres. Un seul mot. Une seule signification suffit à pétrifier Tsuzuki sur place dont le réflexe premier fut de reculer. Ses pupilles s'étaient dilatées au point de ne presque laisser que la profonde couleur de ses iris violets. Il avait beau regarder Yasuko, il ne la voyait pas.
- Tsuzuki-san ! cria de nouveau l'adolescente d'une voix perçante.
- NON ! répliqua aussitôt le shinigami devenu blême. Ne me demande pas cela !
- Il le faut ! Je suis le seul lien avec l'ikiryô ! Me tuer sera le détruire ! Si vous ne le faites pas, il sera incontrôlable !
- Ah ah ah ! Allez, Tsuzuki-san ! encouragea l'ombre avec la voix de Yasuko pour encore plus le tourmenter. Auriez-vous le cran de recommencer ? Hein ? Quand on a commencé, une fois de plus, une fois de moins… C'est pour la bonne cause !
- LA FERME !
Tsuzuki tomba à genoux, les mains crispées sur sa tête pour ne pas continuer à entendre. Non ! La tuer ! Pas elle ! Pas une innocente ! Yasuko n'avait-elle pas vécu assez d'horreurs pour en plus mériter la mort ? Non ! Non ! Ce n'était pas juste ! C'était inhumain, inqualifiable ! Que devait-il faire ? Mon Dieu, que faire !
Enhardi et nourri par la force spirituelle de Yasuko qu'il continuait d'aspirer en attendant qu'elle meure et qu'elle ne le gêne plus, le fantôme commença à ériger une barrière de marasme sombre autour du shinigami égaré dans ses souvenirs sanglants. Yasuko implorait et l'appelait encore pour le sortir de sa torpeur mais il n'entendait plus. Il ne voulait plus tuer ! Son métier était assez répugnant comme ça pour qu'il tue encore et une personne dont l'heure n'est pas venue de surcroît! Il ne supporterait pas de tuer cette fille, il s'était déjà trop attaché à elle, même en si peu de temps. Pourquoi…
- Tu vas mourir avec tes regrets et celui de n'avoir rien pu faire, shinigami ! rugit le fantôme dont la dernière chaîne de lumière perdait de l'éclat.
- Vite !!! supplia Yasuko.
Tsuzuki releva faiblement la tête de sa poitrine et la regarda. Son teint était à la limite du cadavérique comme si elle eût été exsangue. Ses jambes chancelaient avec violence. L'étreinte qui retenait son double vacillait en force. Il n'en crut pas ses yeux quand il la vit sourire avec confiance. Qu'est-ce que c'était que ce visage plein de compassion et de compréhension ? Elle lui donnait son accord pour qu'il prenne sa vie ? Qu'elle concevait ce qu'il ressentait et qu'elle ne lui en voudrait pas ? Comment pouvait-elle accorder telle figure ? C'était encore plus difficile pour lui ! Ne souris pas comme ça alors que tu réclames la mort !! Arrête !
Il voulut lui crier quelque chose mais le brouillard ténébreux recouvrit l'image de la jeune fille qui disparut derrière. Tsuzuki se retrouva de nouveau seul avec sa torture. Il ne faisait plus attention à la pression spirituelle de l'ikiryô qui alourdissait son corps tout entier et le forçait à rester à genoux. Il n'y avait plus que ses propres sentiments mêlés de gris et de noir qui lui écrasaient la conscience.
Au fond de lui, très loin, quelque part où cette hypothèse ne s'était jamais manifestée à haute voix, il s'était douté qu'il aurait très certainement été amené à en arriver à une telle extrémité. Il le savait pertinemment sans jamais oser se l'avouer. A présent qu'il était au pied du mur, il ne pouvait rien faire d'autre que de baisser les yeux au sol. C'était à lui que cette tâche incombait. Mais pourquoi elle ? Pourquoi Yasuko ? Dieu voulait-il encore le punir de ses pêchés du passé ? Cette décision lui déchirait le cœur. Il devait le faire. Il le devait. Mais d'un autre côté…
- Seigneur… gémit-il, le visage dans ses mains. C'est trop dur…
Tout à coup, un poids dans son dos le fit légèrement basculer vers l'avant. Quelque chose avait aussi entouré son cou au niveau du buste. Une peau froide vint se poser contre sa joue et des mèches blondes cendrées se mêlèrent à ses cheveux chocolat.
- Hisoka… ?
Sa stupeur n'avait pu se traduire que par un murmure dévoisé. Comment avait-il pu arriver jusqu'à lui ? Avait-il traversé la barrière d'ondes négatives ? Le fou !
- Espèce d'inconscient ! s'emporta-t-il soudain d'une voix blanche. Tu… !
- Tu dois le faire.
La respiration du jeune homme était encore difficile. Il soufflait par la bouche par grandes inspirations. Il serra un peu plus ses bras autour de son coéquipier et leva enfin son regard émeraude vers lui. Il brillait de tout son éclat dans les ténèbres qui les entouraient. Pendant un instant, Tsuzuki oublia ses tourments et se laissa happer par la profondeur des yeux d'Hisoka.
- C'est la seule solution, lui dit-il droit dans les yeux. Fais-le. Pour Yasuko. Elle ne voudrait pas que l'ikiryô l'emporte.
- Mais…
- TUE-LA ! Elle m'a demandé de te protéger, je le fais !! explosa Hisoka d'une voix cassée. Si tu n'agis pas, je n'hésiterai pas à le faire si cela peut sauver ta vie, crétin !
Tsuzuki percevait sans mal la peur qui perforait la voix du garçon résolument collé dans son dos. Hisoka avait serré les poings de rage et se faisait violence pour ne pas encore s'énerver, à moins que ce ne fût pour s'aider à supporter ces poignards invisibles qui le frappaient sans relâche. Il fallait faire vite.
Face au silence hésitant et surpris de Tsuzuki, l'adolescent rassembla une dernière fois son souffle en priant pour que ce soit la bonne. Cet idiot était vraiment lent à la détente.
- Tu sais comme moi qu'entre elle et son fantôme, elle a choisi… haleta-t-il. Elle n'est plus complètement vivante, apporte-lui enfin la paix. Pense un peu à ceux qui le sont encore et qui peuvent avoir besoin de toi, Tsuzuki ! Pense à moi !
- Hisoka…
- Tsuzuki-saaaaaaan !!
Le cri de douleur retentissant de Yasuko étouffé par l'épais brouillard qui les entourait eut l'effet d'un électrochoc sur le shinigami brun. C'était la fin, ses dernières forces allaient s'enfuir dans le corps de cette chose immonde créée contre sa volonté. Il ne la laisserait pas faire souffrir encore Yasuko !
Envahi par une soudaine bouffée de courage et de détermination farouche, l'homme se remit debout si vite qu'Hisoka manqua de tomber et dût s'accrocher plus fort à son cou avant de redescendre de son dos. Il ne savait pas exactement ce qu'il faisait mais ses mouvements étaient tous guidés par une force invisible venant du plus profond de son être.
Un fûda spécial dans la main, Tsuzuki plissa les yeux pour essayer de voir au travers de la purée de pois qui gênait sa vue et entrevit la silhouette de Yasuko lutter pour retenir ses ultimes parcelles de vie tandis que l'ikiryô s'affairait à tirer de toutes ses forces sur la chaîne pour faire sauter les derniers maillons.
Il lança.
Tout se passa lentement, presque seconde par seconde. Les photographies qui passaient devant ses yeux étaient aussi nettes que s'il les avait vues en plein jour.
Le fûda qui traversa la fumée. La chaîne lumineuse qui céda. L'ikiryô qui éclatait de joie. Les mains de Yasuko qui lâchaient le corps inconsistant. Elle tomba. Son regard qui croisait celui de Tsuzuki. Un sourire reconnaissant. Ses lèvres remuèrent. Les siennes aussi. Le fûda qui transperçait le fantôme pour se plaquer sur la poitrine de Yasuko. Une lueur qui s'éteignit dans son regard un instant figé. Ses paupières qui se fermaient.
« Merci. »
« Pardonne-moi. »
Elle s'effondra sur le sol, aussi légère que l'oiseau aux ailes brisées.
- NOOOOOOOOON !!! s'époumona le fantôme, plié en deux en secouant la tête dans ses mains. Misérable !!!
L'ikiryô fondit droit sur son assaillant avec un hurlement vengeur et spectral. Hélas, le temps pour lui de parcourir les quelques mètres qui le séparaient de Tsuzuki eut raison de lui et il se dissipa complètement dans l'atmosphère au moment où sa main griffue allait s'abattre sur le shinigami. Les restes d'écho s'évanouirent en quelques secondes et le silence engloutit tout à coup la pièce.
Avec toute l'agitation de l'affrontement, les rideaux s'étaient brusquement ouverts. La lumière de ce grand soleil était si vive par rapport à la pénombre qui avait habité la chambre que Tsuzuki et Hisoka eurent à fermer les paupières. Une douce brise balaya l'espace comme pour le nettoyer de la mauvaise aura qui avait souillé l'air. Ce silence assourdissait les oreilles du shinigami brun qui avait baissé la tête au sol.
Etendue sur le carrelage immaculé, les bras en croix, Yasuko ne bougeait plus. Il n'y avait que les mèches de sa frange et le papier magique collé à son sternum qui ondoyaient un peu sous le vent. La lumière du jour nimbait sa tête d'une auréole naturelle et effleurait les courbes de son visage immobilisé dans la sérénité. La seule qu'elle n'ait jamais eue. Sa peau paraissait plus rayonnante qu'il y a quelques minutes et ses fines lèvres rosées se courbaient en un sourire paisible. Pour lui.
Tsuzuki s'avança sans bruit puis s'agenouilla au pied du corps de la jeune fille qu'il redressa dans le dos après l'avoir débarrassée du fûda qui avait éteint son cœur. Le visage de Yasuko contre son épaule, il laissa sa peine couler de ses yeux pour finir leur parcours sur la joue du petit corps qu'il tenait.
Pourquoi pleurait-il ? Pour ce qu'il avait fait ? Parce qu'il savait qu'elle était libre ? Parce qu'elle ne lui en avait pas voulu ? Parce qu'elle lui avait accordé son dernier sourire ? Simplement parce qu'il avait été heureux de l'avoir rencontrée et aidée un peu ? Peu importe. Il en avait besoin.
- Repose-en paix, Yasuko. Loin de la haine des autres…
Snif… Encore un de mes persos qui ne survit pas… Je suis méchante à tuer mes créations. Vraiment, je l'aimais bien, Yasuko.
L'épilogue sera pour la prochaine fois !
