Chapitre 2

Poisson-Lune et Rossignol.

Cécilia se précipita vers la porte d'entrée avant que Christophe esquissât un geste pour le faire à sa place. Elle ouvrit pour se trouver face à face avec un homme assez petit, tenant une serviette de cuir légèrement élimée. Il avait le visage rond, portant des lunettes rondes, écarquillant des yeux ronds. Visiblement la beauté de la femme déstabilisait un peu le bonhomme.

- Bonjour monsieur…

- Euh… Oui ! Inspecteur Joël Bésatout, du service de la Régulation. Puis-je entrer ?

- Naturellement ! Je pense que vous désirez parler à mon mari… répondit-elle en s'écartant de la porte pour laisser pénétrer le visiteur.

On dirait vraiment un poisson-lune !

Tous deux gagnèrent le salon sans proférer un mot. En voyant l'homme Christophe se leva, s'avança et lui désigna un siège.

On dirait vraiment un poisson-lune!

- Bonjour monsieur, je m'appelle Bésatout, Joël Bésatout. Je suis inspecteur…

Et moi Bond, James Bond !

Mais où allait-il chercher cette pensée farfelue ?

-Inspecteur ? interrompit-il. C'est curieux, je ne vous connais pas. Vous ne relevez pas de ma circonscription, que je sache ?

-Circonscription ? Je suis du ministère…

-Inspecteur ? Au ministère ? Mais dans quel service ?

-La Régulation.

L'homme semblait un peu intimidé. Visiblement il ne s'attendait pas à pareil accueil. D'abord cette femme dont la beauté l'étourdissait un peu, puis cet homme sûr de lui qui semblait vouloir lui poser des questions alors que c'était à lui de le faire.

-La Régulation ? s'étonna Christophe, mais c'est quoi ça ? Croyez-moi je connais bien le ministère ! Il y a la Direction de la Police Judiciaire, celle des Elections et bien d'autres… Vous voulez parler de l'Immigration ? Mais dans ce cas je ne vois pas ce que je…

-Mais non rien de tout ça ! Je ne sais pas de quoi vous parlez, monsieur. Le ton était presque implorant. Mais, voyez-vous vous nous posez un problème et je suis là pour contrôler…

-Et contrôler quoi je vous prie ? D'habitude c'est moi qui pose les questions ! Je suis commissaire de police…

-Commissaire de police ? Il faut que je note. Mais je ne vois pas à quoi vous faites allusion.

-Parce que vous ne savez pas ce qu'est un commissaire de police ? Mais d'où sortez-vous ?

-Mais je vous l'ai dit, du ministère !

-Mais mon pauvre vieux, si vous veniez du ministère, comme vous dites, vous sauriez ce qu'est un commissaire de police ! Vous-vous foutez de moi !

-ARRETEZ ! STOP ! Cécilia avait crié en ponctuant par un coup de poing sur la table. Le silence revint.

-Bon, reprit-elle, visiblement nous ne nous comprenons pas. Monsieur Bésatout, expliquez-nous ce qui vous amène et nous essayerons de vous expliquer.

L'homme racla sa gorge pour s'éclaircit la voix et, certainement, retrouver un peu de sa contenance.

-Je suis inspecteur au ministère de la Magie !

Il y eut un silence pesant.

-Vous ne savez pas ce que c'est ? risqua l'inspecteur.

-Pas exactement, non, répondit Cécilia, mais le mieux serait que vous poursuiviez.

-Merci ! Le service de la Régulation des Sortilèges a détecté l'emploi d'un sort inconnu par un sorcier non répertorié. Je suis donc venu contrôler cette donnée pour le moins étrange.

-Je ne vous le fais pas dire, jeune homme, fit Christophe sur un ton aigre-doux.

-Christophe ! Cher monsieur, notre problème c'est que jusqu'à ce que vous veniez, nous ne savions ni ce qu'est le ministère de la Magie, ni que l'on pouvait lancer des sortilèges ! En un mot, nous ne comprenons rien à ce que vous nous racontez !

L'homme se frotta le menton. Apparemment il n'avait jamais côtoyé une réalité comme celle-là. Puis avisant la baguette sur la table :

-Dans ce cas, pouvez-vous m'expliquer ce que fait cet objet sur la table ?

-Ma femme vient de la découvrir dans les affaires de ma mère, récemment décédée. C'est la toute première fois que je la vois… Mais il est vrai que je l'ai manipulée comme ceci !

Christophe se saisit de la baguette puis fit semblant de fouetter l'air en disant d'une voix ferme :

-Cafécho !

Une troisième tasse apparut, remplie du précieux liquide.

-Buvez-le donc, proposa Cécilia, il est parfait !

L'homme hésita puis s'empara de la tasse, huma la vapeur qui en sortait et but à petits traits.

-Effectivement ! C'est bon !

Il y eut un silence pendant lequel le visiteur à face de lune parut réfléchir intensément.

-Il y a un gros problème, reprit-il. C'est que le sort que vous avez employé ne figure dans aucune nomenclature. Autrement dit, il semble que vous l'ayez inventé. Ce pouvoir relève de sorciers experts de haut niveau. Ca ne court pas les rues. Or vous déclarez que vous ignorez ce qu'est la Magie.

-Mais pourquoi mentirions-nous ? demanda Cécilia.

-J'avoue que je n'en sais rien. Si vous le permettez je vais en alerter mon supérieur hiérarchique. Il est en réunion avec des Anglais mais je pense qu'il sera intéressé. D'ici là, ne bougez pas d'ici, je n'en ai que pour quelques minutes.

-Attendez, dit Christophe, si nous étions ce que vous prétendez…

-Mais je ne prétends rien, monsieur…

-Attendez ! Si nous étions ces magiciens de haut niveau, comme vous dites, vous croyez que j'aurai lancé un sortilège comme ça, juste pour boire un bon café, sachant pertinemment que j'éveillerai votre attention ?

-J'avoue que je n'en sais rien, c'est pourquoi je vais en parler à mon chef qui avisera. A tout de suite !

L'inspecteur Bésatout tourna les talons et quitta la pièce. Un ange passa sans trop se presser.

-Ma chère Cécilia, j'attends tes commentaires !

-Mon cher Christophe, je serais bien en peine ! En tout cas, quand je disais que nous aurions des ennuis, je ne croyais pas si bien dire.

-Qu'est-ce que je te sers ? Un autre café, du thé ? Maintenant que je suis expert en Magie, sorcier émérite, je peux tout pour satisfaire tes envies.

-Je ne cracherais pas sur un thé avec des petits gâteaux.

-Ce sera plus technique, je pense, mais je devrais y arriver. Voyons ça ! Thébergamottebiencho !

La baguette fit le même mouvement et… apparut une magnifique théière et deux tasses assorties du meilleur goût. Une douce odeur d'Earl Grey Tea parfuma les alentours.

-Ah ! Maintenant : petitsgâteauxtoutdorés !

-Fabuleux ! Mon chéri tu es un homme extraordinaire !

-J'avoue que ça devient marrant ! répondit-il en souriant..

Tout se révéla parfaitement délicieux.

-Profitons-en avant qu'on nous colle en prison, dit Cécilia en riant.

-Et pourquoi donc ?

-Tu penses bien que ça doit être interdit. Ou imposable, ou les deux à la fois.

-Tu crois qu'on peut payer ses impôts avec une baguette magique ? Ce serait trop beau, non ?

-Nous n'aurions même plus à nous faire de soucis ! Quel ennui ! En tout cas, tout ça est bien bon !

-J'y pense. Une baguette magique, ça pourrait servir à tout, non ? Même à faire du mal aux autres ?

-Et à cacher les indices d'un meurtre par exemple ! Finie ta brillante carrière de limier de la République. Heureusement que je reste là pour te dévoiler le nom du coupable !

-Et à me sauver des embuscades, je sais.

Le ton s'était fait plus grave. Leur monde n'était-il pas en train de se transformer irrémédiablement ? Une sourde angoisse paraissait avoir investi les lieux. Si cette affaire prenait un tour soudain beaucoup plus sérieux que l'apparition inopinée de quelques tasses de café ou de thé ?

Soudain la sonnette retentit à nouveau. Cécilia alla ouvrir, Joël Bésatout était de retour avec plusieurs compagnons. Une fois dans le salon l'inspecteur fit les présentations. D'abord ce fut un homme assez grand, brun, au front dégarni, habillé strictement d'une sorte de robe de clergyman.

-Monsieur Alphonse Rossignol de Flamby Mirandot, directeur du Service de Régulation des Sortilèges.

Celui-ci fit un baise main à Cécilia en murmurant un mes hommages, madame obséquieux qui déplut fortement à la jeune femme, puis serra celle d'un Christophe visiblement sur la réserve. Celui-ci répondit néanmoins :

-Christophe Barenton. Et voici mon épouse Cécilia.

Puis ce fut le tour d'un autre homme, âgé, une longue barbe blanche, aux yeux bleus pétillants de malice, très souriant.

-Albus Dumbledore, directeur de l'Ecole de Sorcellerie de Poudlard en Angleterre.

-En Ecosse, mon cher, dit-il en riant. Si certains vous entendaient leur susceptibilité serait blessée.

Il serra la main du couple avec une cordialité offrant un large contraste avec l'attitude du précédent.

-Ce que vient de nous raconter l'inspecteur est très étonnant, nous n'avons pas pu nous empêcher de venir. Excusez notre curiosité.

Il parlait impeccablement le Français avec une pointe d'accent qui rendait l'approche de cet homme encore plus agréable. Puis Bésatout se tourna vers une jeune femme, assez petite, très mince aux yeux très noirs.

-Maïté Etchegorria, enseignante à l'Ecole Supérieure Internationale de Haute Magie d'Esnassou.

-Ca c'est un nom Basque, s'exclama Christophe, encouragé par le sourire cordial de la jeune femme.

-C'est exact. J'accompagne le professeur Dumbledore car nous souhaitons développer des échanges entre écoles de magie. Nous étions en compagnie de monsieur – elle désigna le directeur du service de Régulation – quand nous avons appris ce qui vient de se produire. J'avoue que je suis très intéressée !

Tout le monde s'assit autour de la table.

Désirez-vous prendre quelque chose ? proposa Cécilia avec aménité.

-Nous ne… commença l'obséquieux bonhomme.

Mais l'Anglais l'interrompit sans aucune vergogne.

-Je suis Anglais et comme tous mes compatriotes, je me sens irrésistiblement attiré par une tasse de thé. Et vous, Miss Etchegorria ? Le Pays Basque accompagnera bien le Royaume Uni !

-Avec plaisir, surtout si c'est monsieur qui nous offre une démonstration de ses talents !

-Vos désirs sont des ordres pour moi, déclara Christophe.

Et aussitôt dit, aussitôt fait, chacun fut pourvu d'une tasse de porcelaine anglaise et une nouvelle théière apparut. Tout le monde parut enchanté à l'exception de Rossignol qui voyait les choses évoluer dans un sens qui ne lui plaisait guère. Il voulait de toute évidence contrôler la situation mais sentait le poisson lui échapper. Cela le rendait hargneux. Il attendait son moment pour empêcher tous ceux-là de tourner en rond.

Ce fut Dumbledore qui prit la parole en premier :

-Cette affaire est bien amusante mais peut poser un problème. Je crois que l'inspecteur s'en est ouvert tout à l'heure : vous dites ne pas connaître la sorcellerie mais vous utilisez cette baguette avec un brio évident. De plus, en un laps de temps tout de même réduit vous avez trouvé le moyen d'inventer plusieurs sortilèges.

-C'est vraiment interdit ? questionna Christophe, tout de même un peu inquiet.

-Interdit ? Non, pas en soi, mais les pouvoirs magiques sont trop souvent mal employés soit par des irresponsables, soit par des gens dangereux. C'est pourquoi le ministère de la Magie dont l'un des rôles est le maintien de l'Ordre, peut se poser des questions. Mais commençons par le commencement.

Dumbledore se retourna vers l'Inspecteur :

-Monsieur l'Inspecteur, je vous propose de vérifier si notre ami n'est vraiment pas déclaré auprès du ministère.

-C'est déjà fait. Quand j'ai entendu le nom de monsieur, je me suis permis… Bésatout se rengorgeait. Et bien nous avons bien un Barenton mais il s'agit de Pierre Barenton, mais pas de Christophe.

-Pierre était mon père.

-Pierre Barenton marié à Esther Blacout, reprit Bésatout, mais il n'existe pas d'enfant déclaré.

Un silence s'établit, lourd de la réflexion de chacun.

La voix autoritaire et grave de Rossignol s'éleva :

-C'est impossible voyons. Comment ces archives sont-elles tenues ? Vous avez autre chose, Inspecteur ?

-Monsieur Barenton père, donc, a fait des études à Beauxbâtons d'où il est sorti avec la mention la plus élevée, puis nous perdons sa trace. Rien en ce qui concerne son mariage. Apparemment le ministère ne possède plus rien depuis sa sortie de l'école.

-Il faudra enquêter à ce sujet dans les dossiers de Beauxbâtons. Il peut s'agir d'un mage noir !

-Si vous permettez… Dumbledore avait élevé la voix. Je ne sais pas s'il est vraiment utile de faire trop de bruit autour de cette affaire. Après tout, rien de répréhensible n'a eu lieu ici. Je vois mal monsieur Barenton, fit-il en désignant Christophe de la main, lancer des sorts qui ressembleraient plutôt à des gamineries, en ayant de mauvaises intentions.

Puis s'adressant à Rossignol : De plus, monsieur, l'enquête, si enquête il y a, ne figure pas dans vos compétences mais plutôt dans celle des Aurors ! Tout le ministère en serait secoué.

-Avouez quand même, mon cher, que le cas est bien particulier et il n'est pas question de laisser filer monsieur sans plus de contrôle.

-Que proposez-vous ?

-Le Verita Sérum ! Pourquoi pas ?

-Eh ! Attendez ! C'est quoi ça, s'écria Christophe. Je ne suis pas d'accord. Comme monsieur Dumbledore j'affirme que rien de dangereux ni d'interdit n'a été fait dans cette maison. De plus je suis aussi représentant de l'Autorité et vous n'avez pas plus de preuves vis-à-vis de moi que moi par rapport à vous. Qui me prouve que tout ce que vous racontez est vrai ? Moi je connais le gouvernement, les ministères mais pas celui de la Magie. Le reste ne me concerne pas ! En plus, vous détenez des informations sur ma famille qui sont confidentielles.

Dumbledore se mit à rire.

-Mais absolument, vous avez raison. Si nous vous faisons absorber du Verita Sérum, il faudrait que nous en fassions autant pour nous justifier à votre égard.

Rossignol commençait à montrer des marques d'impatience.

-Alors que faisons nous, grogna-t-il, j'appelle les Aurors et le cas sera réglé ?

Dumbledore leva le bras en signe d'apaisement.

-Si nous appelons, une lourde enquête sera menée, tout le monde sera alerté et parmi ceux qui entendront parler de cette affaire, il y en aura toujours qui seront indésirables. En voulant bien faire nous risquons de provoquer une catastrophe.

-Oui, alors que proposez-vous ? demanda l'homme du ministère.

-Vous permettez ? La voix de Maïté venait d'interrompre les débats. J'ai quelque chose à proposer mais je souhaiterais parler à madame et monsieur en tête à tête.

-Pas d'objection, déclara Dumbledore.

Personne ne souleva la moindre observation. La professeur et le couple quittèrent le salon pour se réunir dans ce qui devait être une chambre d'amis.

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Une fois seuls, Maïté prit la parole.

-Bon ! Je vais faire une démarche très délicate à votre égard , mais il faut que nous avancions tous, et que ça aille vite.

-Pourquoi ? demanda Christophe.

-Parce que votre situation est plus grave que vous ne l'imaginez. Vous ne connaissez pas notre monde mais il est beaucoup plus dur que le votre. En particulier les Sorciers ne s'embarrassent pas de principes démocratiques comme chez vous. Le bonhomme, là, Rossignol, il peut vous tenir en son pouvoir à la seconde s'il le désire. Seule notre présence l'en empêche. Il a peur parce que vous représentez une énigme grave à ses yeux, et je ne nie pas que le problème ait quelque chose d'exceptionnel. On ne vous connaît pas, vous n'avez soi-disant aucun pouvoir, vous détenez une baguette magique et vous inventez des sortilèges. Avouez que ça ne cadre pas.

-Et alors ? J'en ai rien à faire, moi, de votre ministère.

-Non. Mais ils ont le pouvoir, monsieur Barenton, c'est ce que vous ne semblez pas comprendre. Que vous soyez commissaire de police ne les intéresse absolument pas. Vous représentez un danger potentiel pour eux. De plus, votre cas étant exceptionnel, ce sera le Département des Mystères qui s'occupera de votre cas. Ce sont des chercheurs en magies de toutes sortes, un véritable état dans l'état. Ils vous prendront comme cobaye pour leurs études et ce sera un véritable cauchemar pour vous. Enfin il existe un troisième point c'est que le monde des Sorciers est actuellement en guerre contre l'un des nôtres qui risque de mettre le monde à feu et à sang. Si le ministère apprend votre existence, il est certain que Voldemort, le Sorcier noir en question, en aura vent aussi. Les ministères fourmillent en oreilles très indiscrètes. Vous le savez comme moi.

-Soit mais alors, que faire ?

-Le Verita Sérum a des inconvénients. D'une part il vous force à dire la vérité sans discernement et en dehors de votre libre-arbitre. D'autre part, à supposer que vous soyez un expert de mauvaise foi, ce dont je doute, vous pourriez déjouer son action. Par conséquent le Verita Sérum n'est guère adapté. J'ai nettement mieux que ça. Mais j'aurais besoin de quelque chose qu'il m'est très délicat de vous demander : votre confiance.

Le silence s'installa un court moment. Christophe contempla cette petite femme au regard limpide. Il devait être difficile de résister à cette aura d'autorité et de franchise qui émanait d'elle. Il se sentait à l'aise face à elle mais son expérience lui avait amplement montré que les apparences peuvent se montrer terriblement trompeuses. Il avait connu des hommes et des femmes qui savaient très bien contrôler leur expression, qui paraissaient dignes de toute confiance et qui, pourtant, mentaient, trahissaient et s'adonnaient à toutes sortes de turpitudes.

-Le mieux, ce serait que vous continuiez, reprit-il.

-J'ai une potion très efficace qui vous permettra de garder totale conscience de ce que vous dites et qui établira votre bonne foi. Personne ne pourra savoir ce qu'il n'aura pas à savoir. Vous travaillerez sous ma conduite car je prendrai moi aussi du produit. Si vous ne voulez pas que d'autres entendent, vous pourrez parler à voix basse car alors la communication entre nous sera mentale. C'est une potion que j'ai élaborée à partir de plantes amazoniennes, avec l'aide de chamans de là-bas. Elle n'a aucun effet secondaire. D'habitude on l'utilise pour permettre aux gens d'accéder à une réalité intérieure qu'il leur ferait du bien de connaître ou pour faciliter une quête de vision pour ceux que le chamanisme intéresse. Qu'en dites-vous ? Souhaitez-vous en discuter avec votre femme ?

-Vous demandez beaucoup ! Je ne vous connais que depuis quelques instants et vous voulez que je vous fasse confiance, là, d'emblée !

-Je ne demande rien, monsieur, je propose une solution pour sortir de l'impasse. De plus mon collègue aura le temps de convaincre nos amis du ministère de vous laisser partir.

-Mais pourquoi ferait-il ça votre collègue ?

-Nous pensons que vous êtes sincère et que vous courez vers de graves ennuis si vous laissez faire les technocrates. Le Département des Mystères n'est pas peuplé d'enfants de chœur ! Je vous dis, ce sont des chercheurs mais aussi des gens qui ne tiennent pas toujours compte du facteur humain. En fait, personne ne sait exactement ce qui s'y passe.

-Cécilia, qu'en penses-tu ? La concernée se donna un temps de réflexion.

-J'aimerais que vous nous donniez des précisions sur la manière dont se déroulera l'interrogatoire.

-Il ne s'agit nullement de ça. La potion va permettre à monsieur de se promener en lui-même et je serai là pour l'aider afin qu'il ne fasse pas d'erreur. Nous avons tous en nous des parties blessées où des souvenirs peu agréables sont conservés. Nous avons également de nombreuses peurs. La peur gouverne le monde, vous savez ? Il peut être dangereux de visiter tout ça en certaines circonstances. Quant à prouver la bonne foi, ce sera vite fait. Mieux, peut-être aurons nous la chance de voir d'où vous viennent ces pouvoirs magiques qui débarquent, comme ça, sans crier gare !

-La mère de mon mari vient de mourir. Vous ne croyez pas que le choc a pu provoquer cette arrivée soudaine ? interrogea Cécilia.

-C'est possible mais je me demande s'il n'y a pas autre chose. C'est pourquoi une exploration à l'aide de la potion de l'Ineffable Voyage Intérieur me paraît plus que souhaitable. Je prendrai moi-même de cette potion et nos deux personnalités entreront en communication. Je pourrai voir en vous mais la réciproque sera vraie. Rien à voir avec le Verira Sérum ! Je vous rappelle que personne ne pourra percevoir ce que nous échangeons si vous ne le souhaitez pas.

-Mais le grand lustucru, là, il sera là. A la limite je préfèrerais le poisson-lune !

Maïté sourit, découvrant des dents immaculées.

-Il le faudra bien. Ce sera la meilleure garantie de votre tranquillité future. Au vu de ce que nous tirerons de notre petite séance, nous tenterons tout ce que nous pourrons pour vous en débarrasser. Le tout c'est qu'il se dise que vous n'avez aucun intérêt pour eux.

-Et le directeur de l'école anglaise, ou écossaise, sera là aussi ?

-Ce sera votre meilleur partisan. Il a une influence évidente dans tous les ministères européens sauf dans les pays où nos ennemis ont pris le pouvoir. C'est un sorcier extrêmement connu, le seul dont Voldemort a peur.

-Mais pourquoi est-il de mon côté ?

-Il n'est pas vraiment avec vous. Lui aussi se pose des questions mais il pense que ce n'est pas une raison pour violer les pensées de quelqu'un si l'on peut faire autrement. Je le connais bien, très bien même. Nous n'avons pas eu le temps de nous concerter mais c'est ce qu'il pense.

-Cécilia ?

-Je serais assez pour tenter le coup. De toute façon je serai là aussi. Mais je souhaite ne pas quitter cette maison. Il n'est pas question que nous allions à ce fameux ministère.

-C'est ce que je pense aussi, répondit Maïté. Nous devons éviter à tout prix de partir d'ici. Alors, monsieur, que faisons-nous ?

-Puisqu'il n'existe aucun autre moyen ! Allons-y !

-Voilà qui est parfait. J'avoue que vous n'avez pas été long à me faire confiance.

-Vous êtes douée pour persuader les gens, il faut croire. C'est un pouvoir magique ?

Maïté rit franchement :

-La magie, c'est beaucoup plus de choses que ce qu'on imagine, c'est vrai. Mais ici, je pense que vous avez vite vu que votre intérêt n'est pas de vous fier à Rossignol et que je suis de bonne foi. D'ailleurs notre voyage commun sera pour moi l'occasion de vous montrer que vous ne vous êtes pas trompé.

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Quand la porte se referma sur le couple suivi de Maïté Etchegorria, un silence tomba sur les trois hommes restés plongés dans leur réflexion.

-Bon ! Qu'en pensez-vous exactement, Dumbledore ? finit par demander Rossignol. Le vieil homme prit son temps avant de répondre.

-A première vue, même si des éléments étranges sont présents, je ne trouve rien d'extraordinaire.

-Rien d'extraordinaire ? Tout de même. Je sais que les sortilèges ne sont pas bien méchants mais tout de même ! Ils ont été inventés, non ?

-Certes et je reconnais que ça peut vous sembler étrange. Mais dans l'histoire de la Sorcellerie c'est arrivé. Rarement, mais c'est arrivé.

-Ah bon ? Je l'ignorais !

-C'est normal. Il est fort peu probable que de tels détails aient été enseignés dans les écoles de Magie. Il en est ainsi à Poudlard d'ailleurs. J'aimerais éviter l'épreuve du Département des Mystères à cet homme. Je pense que nous pourrions l'étudier dans un autre cadre.

Mais Rossignol continua sur sa pensée :

-Et puis il n'a pas été déclaré ! C'est inconcevable, non ?

-Disons que nous ignorons pourquoi il n'a pas été déclaré mais lui, il n'y est pour rien. Il n'a pas l'air de mentir.

-Je vous trouve un peu naïf, non ? Si c'est quelqu'un de très fort, il peut nous raconter ce qu'il veut sur le ton qu'il veut.

-En théorie, oui, mais nous sommes trois à avoir l'habitude de peser le témoignage des gens. Ressentez-vous qu'il raconte des histoires ? Et, vous, monsieur l'Inspecteur, vous qui voyez beaucoup de gens, donnez-nous votre avis.

L'intéressé commença par son habituel raclement de gorge, surpris qu'on l'interpelle. Visiblement, en présence de son patron, il avait du mal à garder son assurance. Un regard d'encouragement Dumbledore l'aida à prendre la parole.

-Il est vrai, hésita t-il, il est vrai que son regard, sa façon de parler ont l'air de montrer qu'il vient de découvrir ce qu'il lui arrive. Il est vrai qu'il paraît sincère. Comme ça ! Au premier abord.

-C'est aussi l'impression que j'en ai et mon instinct ne me trompe pas souvent ! En outre j'imagine qu'il ne sera jamais capable de sortir autre chose que des cafés et quelques objets qui l'intéresseront. Sinon il y a longtemps que votre système de détection aurait réagi. C'est le plus performant de la planète. Or cet homme travaille chez les Moldus, donc il réside dans ce pays depuis toujours. Et là rien ! Le flou absolu. Il arrive que quelques pouvoirs s'éveillent tardivement chez certaines personnes mais ça ne va pas loin.

-Pas jusqu'à inventer des sortilèges, en tout cas.

-C'est vrai. Dans la totalité des cas, il s'agit de constatations historiques qui n'en ont jamais fait état. Et alors ?

-Mais il faut le contrôler, on ne va quand même pas le laisser partir dans la nature ! Il pourrait finir par être dangereux !

-J'ai bien une idée ! Il faut lui donner une instruction magique tout en l'évaluant d'une façon pertinente dans un cadre strict. Beauxbâtons ferait parfaitement l'affaire mais la discrétion serait alors exclue. A moins que vous ne teniez à prévenir le Département des Mystères.

-Euh… Non. Non. Ces gens-là, vous le savez, je ne les aime guère. Personne ne les apprécie, à vrai dire. En fait je ne sais trop que penser… Il tombe comme un cheveu sur la soupe !

Dans son intonation perçait comme un effluve de peur. Dumbledore se mit à rire :

-J'en connais d'autres qui sont tombés comme des cheveux sur la soupe ! Mais avec un peu de bonne volonté nous pourrions régler le cas immédiatement. Je vous propose de le récupérer à Poudlard pendant quelques temps, histoire de voir, et puis nous aviserons ensemble. Qu'en dîtes-vous ?

-Mais comment allez-vous expliquer à votre ministère ?

-De la façon qui paraît la plus simple : en ne disant rien pour l'instant. Tous les deux seront mes hôtes à Poudlard et s'il ne peuvent pas entrer à cause des protections magiques, nous les caserons en lieu sûr, loin du système de détection anglais. Mais je préfère la première solution.

-Mais ils ne savent pas transplaner.

-Non ! Mais je saurais arranger les choses, ne vous inquiétez pas. De toute façon il peut entrer en Angleterre comme il veut. Il doit bien avoir des papiers Moldus en règle.

Le haut fonctionnaire réfléchit un moment, puis reprit :

-Au fond pourquoi pas ? Après tout nous ne l'avions pas jusqu'ici, nous nous en passerons bien encore un peu. Si l'avenir se fait prometteur en matière de pouvoirs il sera temps d'aviser. C'est entendu, je vous le laisse, à condition qu'il soit d'accord, bien sûr.

-Il le sera, soyez-en sûr.

Le débat marqua une large pause, les trois hommes préférant se cantonner dans leur silence personnel. Dumbledore se saisit du livre posé sur la table, le contempla un instant, l'ouvrit, cligna des yeux un court instant. Puis, vérifiant que personne ne le regardait, s'en saisit et le cacha dans une poche discrète de sa robe.

C'est à cet instant précis que Christophe et les deux femmes sortirent de la pièce voisine. La voix chaleureuse de Dumbledore les accueillit :

-Alors quel est le résultat de vos cogitations ?

Maïté répondit de sa voix enthousiaste.

-Nous avons beaucoup avancé. Nos amis se montrent très coopératifs, ce qui est exceptionnel. S'adressant à Rossignol : Je pense que le ministère pourra en tenir compte.

-Nous avons également discuté de notre côté, répondit Dumbledore, et nous pouvons faire des propositions constructives. Mais je vous en prie, à vous la parole.

Chacun exposa ses conclusions et un accord fut vite conclu.

-Quand voulez-vous procéder, Miss Etchegorria ?

-Le plus tôt serait le mieux, déclara l'interpellée. Nous pouvons opérer ici même et tout de suite, la potion fait effet rapidement.

Rossignol prit la parole.

-Je dois retourner au ministère. J'ai une importante réunion. Inspecteur, je vous laisse sur place, vous me rendrez compte de la suite des évènements. Puis, s'adressant à Dumbledore : ce qui m'importe c'est de savoir que nous avons affaire avec quelqu'un de bonne foi. Je sais que la potion a été utilisée en matière d'expertise par les Aurors. Je me fierai donc à votre parole et au témoignage de Mr Bésatout, sans oublier vos compétences Mlle Etchegorria. Si l'examen est positif je vous laisse l'homme !

Ceci dit et sans autre considération, l'homme salua tout le monde non sans avoir fait un nouveau baisemain à Cécilia qui lui jeta un coup d'œil dédaigneux, puis il disparut en produisant un léger bruit d'implosion. Christophe et sa femme eurent une expression émerveillée :

Il faudra me montrer comment on fait, s'enthousiasma Christophe. Dumbledore rit :

-Nous aurons beaucoup de choses à vous dire, cher monsieur, le transplanage, c'est ce que vous venez de voir, viendra mais nous devrons vous déclarer comme sorcier au ministère. Ce sera pour un peu plus tard.

-En tout cas, remarqua Cécilia, Mr Rosssignol est parti bien vite. Il est vrai que nous ne sommes plus si intéressants !

-Détrompez-vous, monsieur l'Inspecteur reste avec nous et le Directeur de la Régulation montre la confiance qu'il a en lui.

A ces mots, Bésatout rougit fortement.

Le mieux serait de commencer immédiatement, lança Dumbledore. Maïté, qu'en pensez-vous ?

-Si monsieur est d'accord nous pouvons y aller. La préparation ne dure qu'une minute.

-Alors allons-y ! Autant que ce soit fait tout de suite, accepta Christophe.

Maïté fit un geste aérien et gracieux et apparut un gros flacon de couleur sombre dans ses mains.

Je vous présente aztacopetliabotocl ! Le breuvage de l'Innefable Voyage ! déclara t-elle gaiement.

-Quelle poésie ! C'est donc lui qui va m'emporter dans l'autre monde ?

Maïté ne répondit pas à ce persiflage derrière lequel se cachait une appréhension toute naturelle. Elle invita Christophe à s'asseoir dans un des confortables fauteuils anglais, fit de même, battit des mains. Deux tasses vinrent la rejoindre sans provoquer d'autre réaction de nos amis. Ils commençaient à s'habituer à tous ces prodiges. Elle les remplit aux trois quarts d'un liquide ambré, en prit une qu'elle maintint entre ses mains en fermant les yeux durant quelques secondes, puis la tendit à Christophe. Elle fit de même avec l'autre en prenant soin de ne la remplir qu'au quart, puis la but.

-Allez-y, buvez ! invita t-elle.

Il hésita un peu, voulut sentir le liquide mais parut déçu. Puis il approcha la tasse de ses lèvres, but une minuscule gorgée. Secouant la tête, il dit :

-Hum ! C'est bon. Un peu épicé, légèrement sirupeux et un goût… particulier.

-Mes potions sont toujours bonnes mais finissez, nous ne sommes pas dans une cave à vin, répondit Maïté en souriant.

Christophe s'exécuta :

-Bon ! Et maintenant?

-Restez tranquille et laissez venir.

Le silence s'installa dans l'attente des effets qui ne manqueraient pas de se produire. Ce qui, du reste, ne tarda pas.