Chapitre 7 – La Maison adossée la colline.

La sonnerie de l'entrée retentit. Cécilia accueillit le visiteur qu'elle introduisit dans le salon. C'était un homme de taille moyenne, aux cheveux châtains parsemé de mèches blanches. Son regard attestait de la droiture de son caractère, d'une franchise sans contrainte mais où l'ombre d'une timidité ou d'une crainte latente planait, telle une brume vague. Les vêtements qu'il portait semblaient plutôt communs mais bien mis, tenus avec soin ce qui conférait au personnage une élégance certaine. De ce dernier émanaient en outre, une douceur, une profondeur et une sympathie qui lui donnaient une bonne dose de charme.

- Bonjour, dit-il, s'adressant au couple qui l'interrogeait du regard. Je m'appelle Remus Lupin. C'est le professeur Dumbledore qui m'envoie, mais je dois vous dire d'abord "crème au beurre".

Christophe s'avança pour l'accueillir et le pria de s'asseoir.

- Et nous, nous vous devons " café crème ", enchaîna-t-il.

- Désirez-vous prendre quelque chose, café, thé, chocolat ou autre ? proposa Cécilia.

- Dumbledore m'a assuré que vous prépariez un café fort sympathique, répondit Remus, avec simplicité.

Cécilia se mit à rire.

- Le professeur vous a-t-il parlé de la recette ? interrogea-t-elle en souriant.

- Il s'en serait bien gardé, rassurez-vous. J'imagine qu'un secret se trouve derrière, non ?

L'hilarité gagna les deux autres.

- Un secret ? Oui, je pense, reprit Cécilia, ravie de se moquer un peu de son interlocuteur. Mais attendez de voir. Christophe, peux-tu nous accorder la faveur de nous offrir un café selon ta nouvelle recette ?

- C'est bien parce que c'est toi qui le demandes, répondit l'intéressé avec humour.

Il fit alors apparaître trois tasses de café, toujours en porcelaine anglaise, avec un liseré doré.

- Ces tasses sont magnifiques, admira le visiteur, on les croirait venant d'une table royale, surtout qu'une couronne y figure. On dirait bien qu'il s'agit de la couronne d'Angleterre !

Christophe, s'esclaffant, manqua renverser son café sur le tapis.

- Allez savoir, répondit-il. Peut-être qu'en ce moment même, un majordome ou je ne sais qui, cherche-t-il désespérément trois tasses qu'il venait de préparer ?

Les rires reprirent de plus belle.

S'ils avaient su que c'était justement ce qui était en train d'arriver au Palais de Windsor, peut-être se seraient-ils posés plus de questions. Mais Sa Gracieuse Majesté attendit un peu, légèrement étonnée de ce contretemps, pendant que nos amis devisaient tranquillement, dégustant avec plaisir ce café préparé de main de maître.

- Miouw ?

Remus eut la surprise de voir Gwen monter sur ses genoux.

- Oh le beau chat ! s'exclama-t-il.

- Mais enfin, Gwen, répondit Cécilia mi étonnée mi amusée, respecte donc les invités !

- Miouw !

- Laissez, laissez… J'en ai rarement vu d'aussi beau ! Il vous appartient ?

- Il était à ma mère qui est morte il y a peu de temps, fit Christophe, nous avons trouvé Gwen dans la maison.

- Vous ne saviez pas qu'elle en avait un ?

- Nous ne l'avions pas vue depuis quelques temps.

- Je comprends.

Remus eut une courte hésitation puis reprit :

- Ce n'est pas vraiment un chat.

Les époux Barenton eurent chacun la même mimique accablée, l'air de se demander ce qui allait encore leur tomber sur la tête.

- Ah ? Et c'est quoi selon vous ? questionna Cécilia d'un ton morne. Remus sourit, visiblement amusé.

- C'est un Kneazle, laissa-t-il tomber, comme pour asséner un dernier coup sur ce pauvre couple qui le contemplait quelque peu désespéré.

- J'aurais du m'en douter, tenta de plaisanter Cécilia, et moi qui ne connais que ça !

Remus rit de plus belle.

- Rassurez-vous, un Kneazle n'a rien de dangereux, c'est une sorte de chat, dont les oreilles sont nettement plus grandes que celles de son congénère moldu. Et voyez sa queue ressemblant à celle du lion. C'est un animal extrêmement intelligent. C'est quand même curieux, d'habitude leur fourrure est mouchetée ou ocellée. A Poudlard une élève en possède un roux, de toute beauté. Normalement il faut les déclarer au ministère et veiller à ce qu'aucun Moldu ne le voit. Surtout, amenez-le avec vous.

- Je ne connais personne à qui le confier et nous avions bien l'intention de lui offrir le voyage, assura Christophe.

- Tant mieux, je suis sûr que vous ne le regretterez pas, promit Lupin.

Après une ou deux secondes de silence, il continua :

- Dumbledore m'a donc chargé de vous escorter jusqu'en Angleterre, dit-il, après avoir attendu que le calme revînt. Nous allons envoyer vos bagages les plus lourds et dont vous n'aurez pas un besoin immédiat, directement à Poudlard. Vous ferez donc le voyage sans être encombrés.

- Pouvons-nous emmener ce qui nous plaît ou une limite de poids a-t-elle été fixée ? demanda Cécilia.

- Prenez ce que vous voudrez, même tout ce que contient la maison, puis réalisant l'imprudence de ses propos adressés à une femme, poursuivit : encore que, n'exagérez pas quand même… Mais, sur vous, n'emportez que le strict nécessaire.

- Alors tout est déjà prêt dans la pièce à côté.

Après avoir fini de boire leur café, ils se rendirent dans une pièce inoccupée où Cécilia avait déposé tous les bagages du couple. Remus avisa l'un d'eux :

- L'un de vous deux joue de la harpe ?

- C'est moi, répondit Cécilia. Quant à Christophe, il pratique la pandore.

- Tiens ? Expliquez-moi.

Christophe ouvrit un étui de taille plutôt réduite, figurant parmi les bagages et en sortit une sorte de mandoline.

- Il s'agit d'un luth ancien, qu'on utilisait comme basse avec la mandoline. En fait j'accompagne Cécilia et sa harpe celtique.

- Quel dommage que nous ne puissions pas faire un petit concert, déplora Lupin, j'adore la musique, mais nous devons partir sans trop tarder.

- Peut-être à Poudlard, alors ?

Remus hésita, paraissant gêné.

- Je ne pense pas y aller. A vrai dire la relève sera assurée dès ce soir. Je ne dois pas trop m'éloigner de Londres, à cause de mon amie dont la santé n'est pas très florissante actuellement.

Ce fut au tour de Cécilia, d'éprouver de l'embarras.

- Excusez-moi, je ne voulais pas vous gêner.

Le visage de Remus afficha une profonde gravité.

- Ce n'est pas grave, c'est plutôt moi… Je n'aurais pas dû… En fait elle a eu des ennuis, de graves ennuis…

- Je vous en prie, je suis désolée. Rien ne vous oblige à dire ce que vous souhaitez garder intime.

- A présent, elle va beaucoup mieux, mais elle a encore besoin de ma présence assez fréquente.

Puis, son interlocuteur gardant un silence risquant de tous les éprouver, elle reprit :

- Allez, montrez-nous comment vous vous y prenez pour envoyer cette masse de bagages directement à Poudlard. J'imagine qu'il y a de la magie là-dessous ?

Remus parut se décontracter, reconnaissant à l'égard de la jeune femme. Sortant sa baguette magique, il la plaça au-dessus de l'amoncellement de paquets et de valises puis prononça une formule magique à voix basse. Le tout s'auréola d'une lueur rosâtre, sembla se diluer dans la couleur, puis disparut.

- Voilà qui est fait, déclara-t-il triomphant, un peu de rose lui venant aux joues. Destination Poudlard ! Tout est arrivé et sera dans une heure dans votre appartement.

Christophe le regarda, abasourdi.

- Déjà ? Et nous ?

Remus, sourit, amusé mais ne dissimulant pas son étonnement.

C'est donc vrai ? Vous ne connaissez rien à la magie ?

- Exact, concéda Christophe. Nous l'avons découverte il y a une quinzaine de jours, tout à fait par hasard. Dumbledore souhaite m'aider à éveiller mes pouvoirs sans que certains services du ministère soient au courant.

- Je comprends mieux le pourquoi de toute cette procédure. Nous entrerons en Angleterre comme des moldus. Je suppose que Dumbledore vous a déjà expliqué ce que ce terme signifie pour nous. Vous logerez chez des amis pendant deux ou trois jours, puis gagnerez Edimbourg vraisemblablement par la voie des airs, et de là, Poudlard, à peu de choses près.

Le trio sortit dans le petit matin où le soleil levant faisait chanter les oiseaux et se mirait dans les perles d'humidité qui se traînaient sur les feuillages. Les oiseaux lui faisaient leur salutation matinale, leurs chants soulignant le silence paisible de ces lieux un peu en retrait du monde des hommes.

Remus commença par verrouiller solidement les issues de la maison par un sortilège puis appliqua un charme d'invisibilité à toute la propriété afin que nul ne soit tenté d'y pénétrer pendant la longue absence de son propriétaire.

Puis tout le monde embarqua dans la voiture de Christophe, ce dernier au volant, Remus à ses côtés, tandis que Cécilia préférait le siège arrière, puis ce fut le départ.

- Où allons-nous ? interrogea-t-il.

- A Roscoff, répondit Lupin.

- Vous trouverez une carte devant vous, vous ferez la navigation.

Avec l'aide efficace de l'Anglais, ils gagnèrent vite la route qui devait les amener vers la Bretagne. Ses passagers demeuraient silencieux, Cécilia dormant comme un loir, Remus partagé entre ses pensées et la vigilance nécessaire au guide. Christophe songea aux jours écoulés depuis la dernière visite de Dumbledore et Maïté Dès le lendemain de leur dernière séparation, il avait appelé le directeur de Poudlard par l'intermédiaire du miroir :

- Nous sommes suivis, avait-il annoncé comme entrée en matière. Deux personnes !

Dumbledore avait souri :

- Ne vous inquiétez pas, je suis vraiment étourdi. J'ai complètement oublié de vous le dire. Je vous ai placé sous protection. Quand je vous ai quittés, j'ai réalisé que je vous laissais tout seuls, sans aide en cas d'urgence. Je me méfie un peu du ministère et beaucoup de Voldemort, qui pourrait être mis au courant assez rapidement, j'en ai peur. Je vous ai donc envoyé ces hommes. En tout cas vous les avez vite repérés, c'est plutôt inquiétant pour eux !

- C'est mon métier, professeur. Je surveille toujours mes arrières, on ne sait jamais. Par contre, il m'étonnerait fort qu'ils se soient rendus compte qu'ils étaient repérés.

Le vieil homme avait souri. Puis il lui avait parlé du voyage : il leur avait réservé trois places pour se rendre en Angleterre, deux pour eux et une troisième pour leur guide sans oublier le billet pour Gwen. En outre, ils devaient amener la voiture de Christophe en Angleterre. Le lieu du départ avait été tenu secret pour des raisons de sécurité. Seul Remus avait été mis au courant la veille de sa venue en France. Cette totale discrétion montrait à quel point Dumbledore prenait l'affaire au sérieux, ce qui n'était guère réconfortant. Il regrettait d'avoir entraîné Cécilia malgré elle dans ce qui pouvait devenir une aventure fatale, d'autant plus que tous deux se trouvaient dans l'obligation d'accorder une confiance totale à de parfaits inconnus. Certes, tous s'étaient montrés fort sympathiques, pourtant les plus parfaits escrocs présentent une mine des plus amènes mais restent des aigrefins, parfois des criminels. Ce Voldemort dont il n'avait jamais entendu parler jusqu'à présent était peut-être fort beau, allez savoir.

En tout cas, il admira la confiance sans limite de sa femme, dormant derrière lui, insouciante et abandonnée. Comment pouvait-elle bien faire ? Mais comment n'avaient-ils pas perdu, tous deux, leur équilibre face à ce monde parallèle qui s'imposait à eux ? Les choses s'étaient mises en place comme par… magie. Tous deux avaient obtenu leur mise en disponibilité et leur remplacement sans coup férir, tous les engrenages avaient tourné sans un seul cafouillage. Rien n'avait fait blocage, ni personne n'avait formulé la moindre opposition, le miracle paraissant se mettre de la partie. Restait à savoir dans quelle direction ce dernier les entraînerait.

Le voyage vers Roscoff se passa sans encombre, même si l'œil exercé de Christophe remarqua qu'ils étaient toujours suivis. Cependant, Remus, interrogé, assura qu'il s'agissait bien de l'escorte allouée par Dumbledore. Comme prévisible, les formalités d'embarquement dans le ferry en partance pour Plymouth ne posèrent aucune difficulté particulière.

L'énorme navire s'éloigna du quai et de la côte bretonne en direction de l'Angleterre. Ils restèrent un bon moment, sans mot dire, sur le pont pour assister à l'appareillage. L'air du large faisait flotter l'abondante chevelure de Cécilia. Tous éprouvaient une forme de nostalgie. On ne quitte pas un rivage pour aborder ce monde intermédiaire qu'est la mer sans éprouver une forme d'abandon. Mais si nous savons aimer cette étendue de vagues et de flots, elle devient au moins pour un temps, notre compagne inoubliable.

Même Remus paraissait ému. Dans ses yeux, on devinait qu'il songeait à son amie, laissée là-bas à Londres dans ce qu'elle devait ressentir comme une grande solitude, même si cette dernière ne devait guère durer. Que pouvait-elle penser, dans son état de dépendance plus ou moins prononcée ? Cécilia éprouva le besoin d'envoyer une pensée à cette personne isolée.

Lupin décida alors de rompre le charme, désireux de se rapprocher de ces gens si sympathiques et si accueillants :

- Venez donc dans un des salons, c'est moi qui régale.

Le couple accepta. Une complicité commençait à les unir avec cet Anglais dont la convivialité et la discrétion leur faisait comme un baume sur le cœur. Dumbledore avait assurément bien choisi leur guide.

Ils se retrouvèrent dans une grande salle, garnie de vastes tables entourées de fauteuils confortables. Dans le fond, un bar conséquent trônait, proposant toutes sortes de boissons et sandwichs. La plupart des places étant prises, ils durent se rabattre sur une table, occupée par un couple et ses deux filles, qui les accueillit avec sympathie. L'homme, pas très grand, portant une courte barbe parsemée de blanc, légèrement dégarni, servait les boissons à sa famille. La femme, à la chevelure bouclée, châtain foncé, plutôt petite, au nez un peu plus long que la moyenne, quelque peu pointu et arrondi à la fois, souriait, l'air heureuse. Le contact fut vite noué, la confiance s'établissant spontanément. Le couple se rendait en Angleterre, puis en Ecosse, pour passer quelques vacances. La femme, artiste peintre, souhaitait réaliser quelques tableaux dans ce pays qu'elle ne connaissait pas. La conversation commença à rouler sur le tourisme, puis sur ce qui pouvait être intéressant à voir. Remus sollicita amplement sa mémoire pour conseiller maints endroits passionnants à ces gens qui cherchaient à la fois le contact avec l'habitant et le calme, loin des foules agitées.

Puis ils abordèrent le paranormal, les faits plus ou moins inexpliqués et tous ces mystères dont la science prétend posséder la maîtrise en disant que seul le hasard explique tout. Mais personne autour de la table, à des titres divers, ne croyait à ce dernier. Christophe mourait d'envie de leur servir quelque chose mais cette salle envahie de moldus ne s'y prêtait pas.

- C'est curieux, dit la femme à un certain moment, j'ai l'impression de vous connaître vaguement.

- Moi, ça m'a sauté aux yeux dès que je vous ai vus, déclara l'homme.

Mais ils eurent beau mettre en commun les noms de toutes les relations qu'ils pouvaient avoir, les lieux qu'ils fréquentaient, rien ne les aida à comprendre ce sentiment de reconnaissance. Enfin, l'homme lâcha :

- C'est comme si nous nous rencontrions dans un livre, c'est la pensée de l'auteur qui nous réunit.

Tout le monde sourit devant cette affirmation évidemment surréaliste, puis la conversation se poursuivit jusqu'au moment où les passagers durent se diriger vers leurs voitures en vu du débarquement à Plymouth. Ils s'embrassèrent comme s'ils se connaissaient depuis leur enfance, échangèrent leurs adresses. Néanmoins, Cécilia les prévint que leur absence hors de France risquait de durer longtemps. Puis un moment arriva, imposant leur séparation.

A destination, pas plus qu'au départ, rien ne vint déranger le cour des choses. Ils quittèrent le port de Plymouth rapidement, toujours dans la voiture de Christophe guidés par le patient Remus. Le voyage sur la route de dura guère plus de trois quarts d'heure car les amis de Dumbledore habitaient une localité, Loutry-Sainte-Chaspoule, située à quelques kilomètres seulement.

Ils y parvinrent alors que le soleil se hâtait vers l'horizon sans, toutefois, décliner. Ils franchirent le village, fait de maisons vieillottes, comme issues d'un conte de fée, mais poursuivirent leur route au-delà de collines qui le masquèrent à leurs yeux. Après avoir tourné sur un chemin discret, ils virent une maison plutôt haute, l'air complètement biscornue et, il faut bien le dire, passablement délabrée.

Trois hommes tenant leurs baguettes dressées, un peu menaçants, leur firent signe de s'arrêter. L'un d'eux s'approcha tandis que les autres se contentaient de rester quelque peu en retrait. Visiblement ils se tenaient prêts à toute éventualité, couvrant le premier. Celui-ci fronça les sourcils en voyant Christophe mais, reconnaissant immédiatement Remus, son visage s'illumina.

- Ah Remus ! Ce sont les amis de Dumbledore, j'imagine ?

- Exact, Paulus ! proclama l'intéressé. Tout le monde est là ?

- Je crois ! Arthur vient tout juste de rentrer du ministère. Allez, bonne continuation !

Christophe poursuivit sa route par un chemin qui n'en avait que le nom, jusqu'à proximité de la maison, tandis que Remus expliquait :

- Ici, en Angleterre, la guerre est ouverte avec Voldemort. La famille que vous allez rencontrer a toujours manifesté son opposition aux Ténèbres, c'est de père en fils. Aussi Dumbledore les a-t-il placés sous surveillance constante.

- J'ai la forte impression que cet homme-là a une grande influence, pour pouvoir lui-même mobiliser toute une garde personnelle en faveur de ses amis, répondit Christophe.

Remus hésita un instant, pensant qu'il en avait peut-être trop dit. Christophe et Cécilia, bien que fort sympathiques et très certainement dignes de toute sa confiance, restaient des étrangers. Pouvait-on se fier à ces gens étant donné l'état de guerre ? Néanmoins, après une courte réflexion, il se ravisa. Après tout, l'Ennemi devait bien se douter que le Terrier faisait l'objet d'une surveillance accrue de la part de l'Ordre du Phénix.

Dumbledore dispose d'un solide réseau d'amitiés, sans doute vous l'a-t-il déjà dit. Ses amis jouent, pour la plupart, un rôle actif dans sa lutte contre l'Ombre. A vrai dire, je ne sais pas ce que nous deviendrions tous s'il disparaissait.

Christophe ne répondit rien car ils approchaient de la maison, mais il ne put s'empêcher de penser que, décidément, le directeur de Poudlard devait être un homme encore plus puissant que ce qu'il imaginait. Mais comment laisser reposer tant de choses sur les épaules d'un seul homme, âgé de surcroît ?

Je ne fais que découvrir, les choses doivent être bien plus complexes que ça.

Il rangea sa voiture, curieux au premier instant de ne pas en voir d'autres garées devant la maison, puis il comprit que les habitants, sorciers, devaient utiliser leurs propres moyens de locomotion. Contemplant la maison, il réalisa qu'elle semblait beaucoup plus délabrée que ce qu'il avait cru. De plus elle présentait comme des excroissances dans tous les sens qui lui conféraient un air totalement biscornu. Cécilia lui trouva un air de théière anglaise.

Il sourit intérieurement :

C'est bien une maison de sorciers. Je n'aurais jamais imaginé de telles gens habiter dans une maison normale.

Pourtant celle de sa mère ne montrait rien de particulier à l'extérieur, ni même à l'intérieur, à condition de ne pas se rendre en certains endroits, bien sûr.

Un homme assez grand, accusant une quarantaine légèrement dépassée, dont le caractère le plus marquant pour les visiteurs était sa chevelure d'un roux flamboyant, les accueillit sur le seuil, très souriant et visiblement content de les recevoir.

- Arthur Weasley, se présenta-t-il en serrant la main au couple. Nous vous attendions pour dîner.

Puis il salua Remus, visiblement enchanté de le voir apparemment en pleine forme et lui demanda des nouvelles de sa femme. Ce dernier lui répondit, visiblement content que l'on s'intéressât à sa conjointe, mais n'en dit pas plus que ce qu'il avait déclaré le matin même aux Barenton.

Arthur les introduisit dans l'insolite demeure. Ils pénétrèrent dans la pièce tenant lieu de salle à manger où attendait une femme, tout aussi rousse que son mari, bien en chair, qui tenait un rouleau à pâtisserie dans la main droite. En voyant les visiteurs pénétrer dans son antre elle eut un sourire franc et massif, puis regardant l'objet, elle déclara avant que quiconque puisse proférer un son :

- Rassurez-vous, ce n'est pas pour Arthur !

Puis, tout le monde riant de ce propos, elle posa le rouleau sur un petit plan de travail, puis se précipita sur les nouveaux arrivants et les embrassa comme si elle les connaissait depuis leur plus tendre enfance.

- Molly Weasley, finit-elle par lancer d'une voix sonore. Je suis enchantée que vous soyez parvenus jusqu'ici. Il est vrai que Remus est un guide charmant et particulièrement sûr.

Remus rougit un peu sous le compliment.

- Alors, et ton Irlandaise ? lui demanda-t-elle. Tu en prends soin au moins ?

- Plus encore que l'avare de son trésor, rétorqua l'interpellé. Encore que je sois trop pauvre pour être avare, poursuivit-il en riant.

Puis il répéta ce qu'il avait déjà dit, qu'elle se rétablissait bien mais qu'il faudrait attendre un peu avant qu'elle puisse sortir. Cécilia perçut la même réserve que le matin, quand Remus avait évoqué sa compagne. Il était touché de l'intérêt que tout le monde témoignait tant à son égard qu'à celui de celle qui partageait ses jours, mais il ne souhaitait pas poursuivre un échange sur ce thème. Sa réticence passait inaperçue aux yeux de Molly, au caractère visiblement extraverti, mais Cécilia sentait un besoin d'intimité, de discrétion mais aussi une souffrance dissimulée chez Remus. Elle se rendit compte qu'il devait avoir franchi une lourde épreuve, certainement récente, et n'était certainement pas encore totalement remis sur le plan émotionnel. La femme avait dû être malade…

Ou bien cruellement blessée !

Cécilia éprouva l'envie de voler au secours de cet homme mal à l'aise malgré la gentillesse de l'accueil de la part de gens qu'il connaissait parfaitement, cela se voyait. Heureusement Molly le fit à sa place en invitant Lupin à présenter le couple de Français. Puis tout le monde s'assit, à l'exception de Mrs Weasley, poursuivant ses préparatifs, pour s'intéresser à ce couple d'étrangers si mystérieux pour elle.

- C'est vrai que vous êtes des Moldus ? interrogea-t-elle sans vergogne.

- Voyons ! Molly ! objecta Arthur.

Christophe, en riant, leva la main en signe d'apaisement.

- N'en voulez pas à votre femme Mr Weasley, demanda-t-il, je comprends que nous devons représenter une certaine curiosité à l'égard de votre monde. En fait, il y a quelques jours Cécilia et moi vous aurions répondu que nous étions indiscutablement Moldus, mais à présent, en tout cas en ce qui me concerne, je ne sais plus ce qu'il en est exactement. Suis-je un Moldu sorcier ou un Sorcier moldu ? Je vous laisse le choix. Quant à ma femme, j'ai parfois l'impression qu'elle cache en elle toutes sortes de mystères dans ses profondeurs.

- Mais toute femme est un peu mystérieuse pour son homme, mon chéri, reprit Cécilia roulant des yeux charmeurs à l'intention de son mari.

- Miouw !

Gwen, que Cécilia avait extirpé de la voiture en descendant, s'installa une fois de plus sur la table, s'interposant entre les convives. Molly se précipita, coulant des yeux ronds sur le superbe animal.

- Oh ! Qu'il est beau, s'écria Molly, au grand détriment des oreilles des autres. Il est magnifique ! Attendez, je connais quelqu'un qui saura l'apprécier à sa juste valeur.

Sans même attendre que quelqu'un puisse dire autre chose, la femme plantureuse se précipita vers la porte, l'ouvrit violemment, sortit et cria :

- Hermione ! Hermione ! Viens vite !

Le " viens vite " était monté de plusieurs crans sur l'échelle de la gamme. Une réponse lointaine mais audible leur parvint. Puis on entendit des pas dans un escalier et une jeune fille brune paraissant en proie avec une chevelure abondante et rebelle entra. Elle s'arrêta sur le seuil, un peu surprise, laissant son regard, où se reflétait une vive intelligence, faire le tour des occupants de la pièce. Puis elle aperçut Gwen dressé sur son séant, qui la regardait. La gamine s'approcha, sans plus prendre garde aux autres, n'hésita pas à prendre l'animal dans ses bras, qui se laissa faire docilement. Elle caressa Gwen en lui murmurant quelque chose et celui-ci lui rendit ses douces paroles en lui posant une patte immaculée sur la joue. De toute évidence, les présentations se passaient très bien.

Puis la jeune fille parut reprendre conscience du monde qui l'entourait, reposa Gwen sur la table, en rougissant un peu.

- Excusez-moi, dit-elle à l'adresse du couple qui la regardait avec beaucoup d'intérêt. Je me présente : Hermione ! Hermione Granger ! Je suis élève à Poudlard et amie d'Harry Potter.

Visiblement, la référence à ce dernier ne reçut, aucun écho dans la pensée des interlocuteurs d'Hermione.

- Nous ne connaissons pas ce monsieur, certifia Christophe.

Hermione les contempla un instant, ébahie. Cécilia se mit à rire.

- Rassurez-vous, mademoiselle, dit-elle, nous ne sortons pas d'un conte de fée mais de France et, qui plus est, de notre monde non magique.

- Vous êtes donc des Moldus ? demanda la jeune fille, encore plus étonnée.

- C'est vrai sans l'être totalement, certifia Cécilia, du moins en ce qui concerne mon mari. Ses pouvoirs magiques sont une découverte très récente pour nous.

- Et le kneazle est à vous, je pense ?

- Gwen ? Il appartient à Christophe, il lui vient de sa mère qui était indiscutablement une sorcière.

- J'en ai un aussi, Pattenrond, il est complètement roux. Je l'ai laissé là-haut, j'espère qu'ils vont sympathiser, tous les deux.

Elle s'aperçut soudain de la présence de Remus.

- Oh ! Professeur, excusez-moi. Je ne me suis pas aperçue que vous étiez là.

Elle se précipita sur lui pour l'embrasser, ravie de le voir là et lui murmura quelque chose à l'oreille qui parut enchanter ce dernier.

- C'est très gentil à toi Hermione, je le lui dirai, c'est promis, répondit-il doucement.

Puis, plus fort, il reprit à l'adresse des Français :

- Hermione et ses amis ont été mes élèves à Poudlard mais ils sont vite devenus des amis profonds… Inoubliables !

- Les amis sont l'une des plus belles choses au monde, affirma Cécilia d'un ton convaincu. Ils nous sont aussi nécessaires que l'air que nous respirons. Vous êtes donc professeur ?

- Je l'ai été mais je ne le suis plus, j'ai arrêté…

Cécilia percevant de nouveau la même réticence qu'auparavant, se borna à sourire, se gardant bien de chercher à en savoir plus. Décidément cet homme lui apparaissait de plus en plus comme un grand blessé de la vie.

- Nous parlions d'Harry Potter, non ? enchaîna-t-elle pour tromper un silence menaçant de se lever entre eux.

- C'est mon ami, répéta Hermione avec conviction. Il est très célèbre parmi les sorciers mais il n'aime pas ça du tout.

C'était au tour d'Hermione de se trouver un peu embarrassée.

- C'est une bien longue histoire pour vous la raconter maintenant.

Décidément, beaucoup de choses gênent ces gens aux entournures.

La jeune femme décida d'insister.

- Vous me la raconterez une autre fois, alors ?

- Ce serait mieux qu'Harry le fasse lui-même mais je ne sais pas s'il le souhaitera.

- Laissons faire le temps. Parfois c'est un bon allié. Nous-nous reverrons certainement à Poudlard.

Hermione allait de surprise en surprise et cela se vit à l'expression de son visage.

- Excusez-moi, se reprit-elle, mais je pensais que les Moldus ne pouvaient entrer dans l'école, et même, ne s'apercevaient pas de son existence !

- J'ai l'impression que le professeur Dumbledore est un homme très savant, dit Christophe. Il a du trouver quelque astuce pour nous permettre d'entrer.

- C'est très possible en effet, admit Hermione. Je crois qu'il est le sorcier le plus puissant au monde.

Cette remarque arracha un sourire à Cécilia.

- Vous paraissez lui porter beaucoup d'estime. Nous le connaissons depuis bien peu de temps mais nous lui faisons totalement confiance.

- Sans lui, je crois que nous ne serions pas là, mes amis et moi. Voldemort serait déjà maître du monde, et nous, morts et enterrés.

- Mais ce Voldemort, c'est un homme si infâme que ça ? demanda Christophe.

Hermione ne répondit pas tout de suite, cherchant visiblement ses mots.

- Ce n'est pas un humain. Plus exactement, il a perdu toute humanité. Il a résolu de devenir le maître de notre monde et de celui des Moldus. Il ne recule devant rien. Il tue froidement ceux qui s'opposent à lui ou qui sont devenus inutiles à ses yeux.

- Quel charmant tableau vous nous proposez là ! dit Cécilia en frissonnant.

La gamine enfonça le clou.

- Notre pays a tellement souffert à cause de lui, que bien rares sont ceux qui osent prononcer son nom, préférant le désigner par une expression détournée.

Les Français restèrent silencieux, absorbés par leur réflexion. Hermione parut ennuyée.

- Je suis désolée, reprit-elle, nous nous connaissons à peine et je vous parle de ce qu'il y a de pire dans notre monde…

- Ne vous inquiétez pas, la rassura Christophe, nous sommes là, il faut bien que nous apprenions à vous connaître, vous les sorciers et votre environnement. Nous aimerions que vous nous aidiez, dans la mesure de vos moyens, bien entendu.

- J'essayerai. Je demanderai aussi à mes amis, mais nous aurons beaucoup de préoccupations à Poudlard. L'année sera dure. Mais je vous promets de faire tout mon possible. Mais pourquoi me demander à moi ? Les professeurs peuvent le faire encore bien mieux que nous.

Cécilia eut un grand sourire :

- Nous ne voudrions pas n'avoir que l'avis des adultes, celui des jeunes nous intéresse aussi.

Soudain la porte s'ouvrit brusquement sous la poussée ardente d'un jeune homme dont Cécilia ne vit tout d'abord que la silhouette ombreuse, tout aussi rouquin que ses parents. Tout le monde sursauta sous l'agression. Il était immédiatement suivi par un autre garçon, brun à la tignasse en jachère, portant des lunettes rondes. Tous deux riaient de bon cœur, sûrement après une bonne plaisanterie.

Les jeunes gens s'arrêtèrent sur le seuil, surpris de la présence des nouveaux venus.

- Oh ! Excusez-nous ! finit par déclarer le rouquin, nous ne savions pas que vous étiez déjà arrivés ! Je m'appelle Ron, Ron Weasley et voici Harry, mon meilleur ami, Harry Potter.

Le jeune homme avait fait résonner le " Potter " comme un gong. Le couple, qui s'était levé à l'entrée des deux garçons, s'avança. Christophe fit les présentations.

Harry serra leurs mains avec cordialité mais se tint quelque peu sur la réserve. Cependant, il nota avec satisfaction qu'aucun des deux étrangers ne s'intéressait à sa cicatrice. Du reste personne ne semblait l'avoir remarquée. Il en ressentit de la satisfaction et fit un sourire aimable aux invités. Puis il s'approcha de Remus pour le saluer à son tour et s'assit avec les autres convives.

A cet instant, Mrs Weasley qui était retournée dans sa cuisine pour finir de préparer le repas, entra avec force dans la salle à manger.

Le repas est prêt, mais nous attendons encore quelqu'un qui ne devrait pas tarder. J'espère que vous n'avez pas trop faim ! Je suis désolée, fit-elle, gênée à l'intention des Français, mais je n'ai pas d'apéritif à vous offrir.

Christophe sourit, ravi de l'aubaine.

- Qu'à cela ne tienne, triompha-t-il. Permettez-moi de le faire à votre place ! Ou en tout cas, d'essayer. Je confectionne un punch qui plaît généralement aux invités. Puis, s'adressant aux jeunes : Et vous qu'est-ce que je vous sers ?

- Une bierraubeurre ! s'exclama Ron.

- Pardon ?

Devant la perplexité de Christophe et le silence des jeunes gens, Molly et Remus se mirent à rire.

- Il s'agit d'une boisson typiquement sorcière, expliqua Remus à l'adresse de Christophe. Harry et Ron, vous devez savoir que nos amis nous viennent directement de chez les Moldus. Ils ne connaissent rien de notre monde.

Devant la mine ahurie des garçons, Lupin leur expliqua rapidement la situation, repris de temps en temps par le couple. Ceci n'empêcha nullement nos amis de garder leur mine étonnée, sauf Hermione qui s'adaptait merveilleusement aux circonstances.

- Allons-y, proposa Remus en souriant, envoyez l'apéritif !

Christophe sortit sa baguette qu'il avait bien pris soin de garder dans son pantalon moyennant un petit montage ingénieux.

- Punchcommejefaissibien ! lança-t-il.

Et autant de verres en cristal que d'adultes, contenant le précieux breuvage, apparurent. Puis il opéra de même avec les bierraubeurres qui arrivèrent docilement devant chacun des jeunes gens, déclenchant l'hilarité de tous. Molly contemplait la scène, les yeux ronds.

- C'est génial, ça, lança Ron ! Vous pourriez le faire avec n'importe quoi ?

- Je n'en sais rien, dit Christophe, mais tous mes essais ont parfaitement réussi jusqu'à présent. Et c'est bien ça qui fait que nous sommes ici ce soir.

- Je reconnais que c'est très fort, approuva Remus.

Harry contemplait la scène, stupéfait. Il croyait en avoir tellement vu dans sa brève existence, et voilà que l'extraordinaire se manifestait encore devant ses yeux. Il regarda ces étrangers, si loin de ce qu'il vivait, si loin de son monde de sorciers que lui même redécouvrait fréquemment, alors que son irruption dans cet univers commençait tout de même à dater. Comment se faisait-il qu'un homme puisse découvrir ses pouvoirs à l'âge adulte ? Et comment ces gens vivraient-ils leur entrée dans le monde magique ? Surtout, comment ce dernier accepterait-il leur intrusion ?

Et la femme, Cécilia ? Personne n'en avait parlé. Christophe avait découvert des pouvoirs magiques en lui, mais elle ? Comment pouvait-elle être là en tant que Moldue, puisque tout dans cette maison était sorcier ? Il la regarda l'air de rien. Son expression de visage montrait sa sincérité et son sourire donnait envie de lui parler. Mais, des gens comme cela, il en avait déjà vus. Pourtant il y avait manifestement quelque chose d'autre ; la jeune femme rayonnait. Et pas seulement du bonheur de vivre avec un homme qu'elle aimait. Elle possédait quelque chose en elle qu'Harry ne connaissait pas. La beauté de ses traits et de son regard n'en assumaient pas à elles seules la responsabilité. Un mystère émanait de Cécilia et la tentation de sonder son esprit lui vint comme un démon insidieux. Cependant Harry se retint, tout en éprouvant une certaine frustration.

Tout autour de lui se fondit dans une lumière glauque. Les conversations lui parvenaient assourdies comme s'il se trouvait dans une balle de coton. Il percevait la voix de son ami Ron claironnant, peut-être pour se faire valoir auprès de son auditoire, mais quelle dérision face à des gens pareils ! Hermione se taisait, très attentive à ne perdre aucune miette de ce qui se disait pour mieux connaître les nouveaux venus. Dans la vie, la jeune fille se promenait toujours avec un point d'interrogation au-dessus de la tête, et cette attitude lui servait beaucoup, notamment dans sa quête inlassable du savoir.

Puis il y eut un bruit annonçant l'arrivée du dernier convive forçant Harry à revenir à la réalité quotidienne. Le nouvel invité fut accueilli avec enthousiasme.

- Enfin, vous voilà, professeur, triompha Molly.

- Oui, me voilà, répliqua Dumbledore, et heureux d'être parmi vous aujourd'hui. J'ai cru que je ne pourrai pas venir. Que voulez-vous ? Les affaires et cette guerre… Mais je vois que nos amis français sont arrivés. Avez-vous fait bon voyage ?

- Excellent, répondit Christophe. Vous nous avez choisi le meilleur guide qui soit !

- Ne me flattez pas trop, dit Remus. Je n'ai rien fait de particulier mais je dois dire que j'ai passé un moment superbe avec vous.

- Désirez-vous un punch de ma composition, professeur ?

- Volontiers mais je ne sais pas si je le finirai. J'avoue que les temps se font durs et que mon vieux corps accuse parfois la fatigue.

Christophe s'empressa de faire apparaître un nouveau cocktail à l'intention du directeur de Poudlard. Leurs regards se croisèrent au moment où il lui tendit le verre et, malgré le sourire jovial affiché par Dumbledore, il vit que ce dernier ne mentait pas. De plus, un léger trouble dans le brillant des yeux lui montra que cet homme pouvait avoir peur, au moins de temps en temps. Le monde attendait trop de lui, c'était sûr, et cela devait se montrer angoissant. En outre, prendre tout sur soi en permanence faisait accumuler sur ce cœur généreux une tension qu'il supportait de moins en moins.

Le professeur paraissait très seul et personne ne s'en rendait compte. Durant la seconde que dura cette forme de communion, Christophe ressentit profondément ce qu'éprouvait ce vieux monsieur, dont la personnalité si forte pouvait faire illusion. Il nota cette fragilité intérieure qui n'en rendit Dumbledore que plus humain à ses yeux. Ce dernier accentua son sourire et Christophe crut y discerner l'ombre d'un remerciement implicite pour l'avoir un peu compris. Désormais quelque chose de très subtil mais solide comme un fil de soie les unissait.

Molly rabattit toutes les troupes car le repas risquait de refroidir, ce que l'imposante cheftaine du clan Weasley aurait considéré comme déshonorant envers sa qualité de maîtresse de maison.

Le repas réunit tout le monde dans la joie des retrouvailles pour la plupart, de la découverte pour les autres. Cécilia ressentit ce moment comme lorsqu'on pénètre dans une oasis après une journée de marche dans le désert. Mais de quoi serait fait demain ? Ce doute pesa lourd dans son cœur, juste un instant où le temps fit une pause…

Soudain la porte d'entrée s'ouvrit avec fracas. Elle entendit distinctement le bruit de fenêtres volant en éclat ainsi que les cris d'êtres humains surpris par une agression aussi violente que soudaine. Dans l'obscurité totale qui dévorait tout, des éclairs de diverses couleurs éclairaient fugitivement les visages déformés par l'horreur. Plusieurs hommes coiffés de cagoules noires pénétrèrent dans la vieille demeure, la baguette à la main et la haine dans leur être.

Ils étaient venus là pour détruire.

Ils étaient venus là pour avilir.

Ils étaient venus là pour donner la mort.

Et ils la donnèrent.

Au-dessus de la maison flottait une chose évanescente et lugubre comme une marque de désolation.

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