Vol au-dessus d'un nid de sorciers

Chapitre 8 – Des ombres… rien que des ombres !

Le repas avait duré jusqu'à une heure relativement avancée de la nuit au grand dam de Molly, à cause des enfants. Mais Arthur avait assuré :

Nous n'irons à Londres qu'après-demain, et puis ce ne sont plus des gamins. Demain, ils n'auront qu'à dormir davantage.

Quant à Dumbledore, il avait quitté le Terrier avant la fin de la soirée, pour regagner Poudlard où il restait fort à faire avant la rentrée scolaire. Juste avant de partir, le professeur avait pris Christophe à part et lui avait remis une liste de fournitures qui lui seraient nécessaires durant son séjour à l'Ecole ainsi qu'une bourse d'argent sorcier pour lui permettre de faire ses emplettes. Le Français lui rendrait cet argent quand il aurait réussi à mettre ses affaires en ordre en Ecosse.

Cécilia, pour sa part, monta se coucher juste après le café trouvant que le voyage l'avait quand même fatiguée. Son mari l'avait vue songeuse, peu attentive à ce qui se passait autour d'elle, depuis un certain moment du repas. Puis elle avait sursauté, comme s'éveillant après un songe, ou qui sait, un mauvais rêve. Il lui avait demandé si elle allait bien et, sur une réponse affirmative de sa part, il ne prêta plus la moindre attention à l'incident.

Quelqu'un d'autre observa ce changement de comportement, ce fut Hermione à qui rien n'échappait. Elle avait aperçu, le regard de Cécilia se perdant dans le vague, comme chez quelqu'un s'abîmant dans une profonde réflexion. Elle avait lu dans ses yeux la surprise, puis un semblant d'horreur et enfin le petit sursaut la secouant. Puis son mari lui avait parlé et la jeune femme avait retrouvé son calme immédiatement. Hermione nota la profonde maîtrise de Cécilia malgré l'intensité de son émotion, mais la jeune fille savait que ce calme n'était que relatif en raison de la pâleur qui avait gagné les traits de la Française. Quelles réflexions pouvaient agiter ainsi un être humain au point de le déstabiliser aussi brutalement ?

Quand elle la vit le lendemain matin, Hermione lui trouva le visage fatigué. Il était plus que probable que Cécilia n'avait pas bien dormi : la cause de son agitation se révélait donc plus grave que ce qu'elle avait pensé auparavant.

Les deux femmes prirent leur petit déjeuner en vis à vis. Hermione tenta de nouer la conversation, mais elle ne put rien savoir de plus. Insister aurait certainement indisposé son interlocutrice et une sorte de petite voix lui intimait de ne pas se découvrir. Si Cécilia ne voulait rien dire, elle se tairait et rien ne la ferait changer d'avis, la jeune fille en était certaine.

Vous avez mal dormi, hasarda-t-elle néanmoins.

Ca se remarque tant que ça ? interrogea Cécilia, légèrement inquiète.

Un peu, mais tous mes professeurs me disent que je suis très observatrice.

Je pense que c'est à cause du voyage et des excès d'hier soir.

Elle mentait, c'était évident et montrait bien que les craintes d'Hermione étaient justifiées. De plus elle n'avait pas commis d'excès particulièrement remarquables lors du repas, ce dernier, tout en étant généreux, restant dans des limites tout à fait normales. Hermione préféra dévier elle-même la conversation.

Votre mari m'a dit hier soir que vous partiez pour Londres aujourd'hui ?

Cet après-midi, après le repas. Nous nous retrouverons tous demain avant d'aller sur le Chemin de Traverse.

Vous savez ce que c'est ?

Oui, bien sûr, Molly nous a tout expliqué en détail. Si je m'attendais, il y a seulement quelques jours, à faire du shopping chez les sorciers…

Les deux femmes sourirent.

Ca doit être terriblement déstabilisant de découvrir ainsi un monde complètement inconnu, reprit Hermione. En ce qui me concerne, mes parents sont moldus et quand je me suis rendue là-bas pour la première fois, ça m'a fait bizarre, mais j'étais jeune alors c'était moins difficile. Mais pour vous, toutes ces découvertes en quelques jours…

J'avoue que j'ai encaissé un choc, acquiesça Cécilia, et Christophe aussi, mais nous essayons de nous adapter. J'imagine qu'il nous faudra faire bien des efforts pour que votre monde nous accepte.

Hermione hocha la tête en soulevant ses sourcils.

Quelques uns ne le feront jamais. Je préfère vous le dire. Certains sont terriblement intolérants. Ils pensent que la vraie sorcellerie se communique de génération en génération, par le sang, et ceux qui ne sont pas purs, selon leur point de vue, sont considérés par certains comme des sous sorciers en quelque sorte.

Parce que vous avez ce genre de gens, vous aussi ? Nous connaissons cela, croyez-moi, assura Cécilia.

Je le sais bien. C'est là-dessus que Voldemort se base pour recruter des adeptes, ou plutôt des esclaves à sa solde.

La porte s'ouvrit, laissant passer Harry. Il salua Cécilia puis embrassa Hermione.

Ron n'est pas levé ? demanda-t-il.

Oh non, ce n'est pas son heure, assura la jeune fille.

Je peux me joindre à vous ? fit-il surtout à l'adresse de Cécilia qui lui sourit.

Mais bien sûr, reprit cette dernière. J'étais en train d'expliquer à Hermione que mon mari et moi aurions besoin de tous les soutiens pour notre entrée dans votre monde.

Harry contempla le visage sérieux de la jeune femme exprimant un besoin réel.

Le moment est mal choisi pour faire connaissance avec notre univers, lâcha-t-il.

Je sais, se borna à dire son interlocutrice, mais on ne nous a pas tout dit, certainement faute de temps pour le faire, pourtant nous devrons en savoir beaucoup plus. Je peux vous assurer que nous n'avons pas choisi ce qui nous arrive.

Le jeune homme approuva d'un mouvement de tête, tout en gardant une réserve pleine de gravité et de réflexion.

Personne ne sait comment l'année va se terminer. Dans quelques semaines ou mois, nous pourrions être tous morts !

Le regard du jeune homme se perdait dans le vague, lourd d'inquiétude et de certitude.

Harry, voyons ! se hâta d'interrompre Hermione. On dirait que tu cherches à tout prix à faire peur à madame !

Il eut un petit sourire puis dit, à l'adresse de Cécilia :

Mon amie a un peu raison, mais moi aussi. Cette guerre nous précipite dans l'inconnu le plus total.

Appelez-moi Cécilia s'il vous plaît, proposa cette dernière en regardant les jeunes gens, en tout cas quand nous sommes entre nous. J'ai cru comprendre que nous devrions nous revoir bientôt. Il faudra que Christophe et moi, nous vous racontions tout par le menu. Je vous avoue que j'imaginais vivre dans une Europe en paix, me voilà cruellement démentie. En plus, nous ne savons ni l'un ni l'autre ce que nous devons défendre en dehors de nous-mêmes. Cet individualisme forcé n'est pas du tout notre genre.

Il y eut un moment de silence où personne n'osa trop parler. Puis Harry se lança :

En fait, moi aussi j'ai vécu un problème un peu analogue. Enfant, j'ai eu une éducation moldue, et en plus de la pire espèce et j'ai atterri chez les sorciers tout aussi brutalement. Mon rôle parmi eux était déjà écrit mais j'étais loin de le savoir. Je ne l'ai découvert avec certitude qu'il y a un peu plus d'un an.

Hermione contempla son ami, vivement étonnée qu'il parlât aussi facilement à cette inconnue qui l'écoutait avec une attention des plus soutenue. Les traits de cette dernière semblaient s'être délivrés de toute fatigue, remplacée par des marques d'une totale concentration. Cependant beaucoup d'incompréhension demeurait en raison de son manque d'information. Elle ne put s'empêcher de trouver son interlocutrice sympathique en voyant cette incertitude, du reste non dissimulée, qui conférait à Cécilia une sorte de vulnérabilité.

Comment aider ces gens, alors que le contexte se faisait si dur ? Dumbledore compterait-il sur eux pour initier ces inconnus à une réalité qu'ils pressentaient sans pouvoir la cerner complètement ? En tout cas, la jeune femme avait été explicite : elle leur demandait beaucoup pour des jeunes, alors que cette guerre les privait de leur adolescence pour les propulser dans un monde trop sérieux, d'une dureté totale, risquant d'engloutir les êtres les plus faibles.

Pourquoi ne pouvons-nous jamais épauler vraiment ceux que nous aimons ? Ou simplement ceux que nous trouvons sympathiques, rayonnant quelque chose de généreux, d'aimable ou un peu de lumière ?

Hermione découvrit qu'elle commençait à apprécier celle qui se tenait devant elle malgré une réserve évidente qu'elle sentait chez elle. Mais ce n'était que de la discrétion, une volonté de ne pas gêner par une présence tonitruante. Elle n'en irradiait pas moins quelque chose d'impalpable, un charme évident, appelant envers elle confiance et amitié.

Harry paraissait aussi sous l'influence un peu magique de ce pouvoir subtil que Cécilia ne soupçonnait certainement pas. Il la contemplait, tout perdu dans cet immense regard bleu qui ne cherchait rien et qui à force de disponibilité et d'écoute, obtenait tout des autres.

Cette femme pourrait être très dangereuse si elle le voulait !

Mais l'intuition de la jeune Gryffondor lui soufflait qu'il n'en était rien. Elle sourit de voir ainsi Harry dans un état qu'elle ne lui avait jamais connu, complètement subjugué par cette étonnante présence.

Sur ces entrefaites Molly pénétra dans la pièce mais s'arrêta sur le seuil, surprise par un silence inhabituel.

Mes enfants ! s'écria-t-elle, l'expression enfants incluant visiblement Cécilia, pourquoi restez-vous silencieux ? Il n'y a pas de mauvaise nouvelle au moins ?

Rassurez-vous Mrs Weasley, répondit la jeune femme. Finalement nous avions des états d'âme, il me semble. Je me demandais seulement comment ces jeunes gens pourraient nous aider, mon mari et moi, à mieux connaître le monde magique sur lequel nous ne savons quasiment rien. Et puis nous évoquions la guerre…

Toujours cette guerre ! Je comprends bien sûr. Notre famille est nombreuse et j'ai souvent peur pour mes enfants. Vous en avez ?

Non ! Pas encore, répondit Cécilia. Et c'est tant mieux, parce que nul ne sait comment nous ressortirons de cette aventure.

Molly, voyant à l'expression de son visage qu'elle était sérieuse, ne put réprimer un frisson.

Je ne vous croyais pas si pessimiste, s'étonna-t-elle.

A vrai dire moi non plus. Mais, comme je disais à Miss Granger, j'ai assez mal dormi, sûrement à cause de la digestion. Ca doit venir de là. Mais, au fait, j'ai entendu du bruit vers le haut de la maison, comme si quelqu'un passait son temps à déménager !

C'est ça qui vous a gêné ? s'inquiéta Molly. Une goule habite dans notre grenier. C'est une créature assez agitée, bruyante mais inoffensive. Je pensais que de là où vous dormiez, vous ne seriez pas embêtée.

Rassurez-vous, c'est parce que je dormais mal que je l'ai entendue mais mon mari, lui, a ronflé comme un loir. En découvrant votre monde j'ai l'impression de rencontrer une dimension à la fois comique et tragique.

S'il n'y avait pas Vous savez qui, la vie serait plus souriante, croyez-moi !

Cécilia écarquilla les yeux, les sourcils en accent circonflexe.

Pardon ? questionna-t-elle.

Nous n'aimons pas en parler…

C'est Voldemort ! interrompit Hermione.

Molly fit la grimace à l'évocation du mage noir.

Oh ! Hermione ! fit-elle d'un ton où l'on percevait une sourde peur, tu sais que je n'aime pas qu'on parle de lui par son nom.

Je sais, rétorqua vivement la jeune fille, mais si nous voulons le vaincre, nous devons regarder la réalité en face !

Ca se voit que tu n'as pas vécu l'époque de la première guerre, répondit Molly.

Sa voix avait baissé d'un ton, laissant percer l'horreur à travers ses paroles.

Ca a été la terreur, comme vous l'imaginez mal, reprit-elle s'adressant à Cécilia. Tous les jours les Mangemorts, ses partisans, attaquaient quelqu'un. On ne comptait plus les morts et les disparus ! Chaque coucher de soleil amenait la peur avec lui, tant on se demandait quelles seraient les prochaines victimes.

Le visage de Molly si gai d'habitude, se creusa d'une ride sur le front, soudain marqué comme si les années venaient de lui tomber dessus, tel un couperet de décrépitude.

Je suis désolée, s'excusa Hermione en baissant les yeux, mais notre monde ne réglera pas le problème en laissant tomber les mains et en refusant de regarder la réalité en face. Personne ne le fera à notre place. Moi aussi j'ai peur, j'ai très peur des mois à venir, mais je sais que si nous ne relevons pas la tête, c'est mieux la baisser pour qu'il nous la coupe.

Cécilia garda le silence, réalisant pleinement l'impact de cette guerre sur ses interlocutrices. Molly d'abord, qui n'avait qu'une peur, c'était de revivre les heures sombres d'autrefois à cause de la terrible expérience que cela supposait. Par ailleurs, cette femme si gaie, si extravertie devait ressentir sa fragilité croissante, en raison de l'âge qui la gagnait peu à peu. Comment, dès lors, espérer faire face alors que sa nombreuse famille la plaçait devant une responsabilité de mère considérablement accrue en raison des circonstances ?

Et puis, face à elle, Hermione dont la jeunesse resplendissante éclatait à leurs yeux, se montrait si adulte, frôlant même l'outrecuidance envers Molly, laissant éprouver l'ombre d'un malaise. Ce que la jeune femme avait ressenti se confirmait : ce conflit incompréhensible jetait la jeunesse de ces enfants en lambeaux. Qu'en résulterait-il ? Que perdraient-ils encore d'eux-mêmes, de leur humanité ?

Harry restait silencieux, attentif aux échanges des trois femmes, se bornant à les contempler d'un regard interrogateur.

Et soudain, arriva ce que Cécilia craignait. Mrs Weasley éclata en sanglots qui la secouèrent de la tête aux pieds, les eaux du chagrin et de l'angoisse s'écoulant le long de ses joues. La jeune femme entoura son hôtesse d'un bras fraternel. Hermione, pétrifiée, ne disait rien.

L'un de ses fils est resté en Europe de l'Est. La situation est très grave là-bas, expliqua Harry.

Cécilia se pencha sur Molly.

Il faut garder espoir, dit-elle doucement, rien ne nous certifie qu'il soit perdu. Il est seul ?

Molly fit signe que non.

Alors nous pouvons encore mieux espérer qu'il reviendra. Je penserai à vous deux : la pensée est créatrice. Si notre cœur s'emplit d'espoir et que nous lui envoyons cela, alors nous pouvons le sauver. Pour lui, ce sera comme un vol de colombes qui le fera sortir de l'obscurité, vous verrez !

Le regard un peu incrédule d'Hermione croisa celui de la Française.

Essayez, vous verrez bien, reprit cette dernière avec douceur, à l'adresse de la jeune fille.

Celle-ci ne répondit rien, troublée par cette certitude émanant de la jeune femme. Molly se dégagea du bras de Cécilia tout en le serrant en signe de remerciement. Puis, préférant finir de se remettre dans la solitude, elle se retira dans la cuisine.

Personne ne disait rien. Hermione gardait la tête baissée, se mordillant les lèvres.

Il fallait bien que quelqu'un le dise à voix haute, voulut la rassurer Cécilia. Vous avez été un peu brutale, c'est vrai, mais vous avez exprimé une réalité devant laquelle chacun sera confronté tôt ou tard. Craindre de nommer l'ennemi c'est le laisser prendre le dessus. Et ça, c'est nous condamner à tous.

La jeune fille porta sa main gauche à ses lèvres qu'elle se mit à pincer. La jeune femme répondit à son interrogation muette.

Vous venez de l'aider. Toute société a besoin de jeunes pour poser des questions mais quand les adultes voient leurs enfants leur donner des solutions, je trouve que ça devient grave. Molly est assez intelligente pour savoir ce que vous dîtes mais la peur qu'elle éprouve pour ses enfants dépasse tout. Vos propos la déchirent mais ils lui font prendre conscience qu'elle refuse la réalité et que ça la rend vulnérable.

Je crois aussi que tu as bien fait, déclara Harry quittant enfin sa réserve. Je suis sûr qu'elle ne t'en veut pas.

Elle se sentait bien avec nous, assura Cécilia, et puis la réalité s'est rappelée à son bon souvenir, voilà ce qui s'est passé. Le mieux c'est que vous la laissiez tranquille un moment et puis allez la voir, ça lui fera du bien et à vous aussi.

Hermione eut un pâle sourire mais avant qu'elle ait pu répondre, Gwen entra dans la pièce suivi de près par Pattenrond au grand étonnement de tous. Apparemment les deux animaux avaient fait connaissance à l'insu de ces êtres humains plus attentifs à leurs états d'âme qu'à la vie de leurs compagnons. Gwen, fidèle à son habitude, grimpa sur la table pour venir saluer sa maîtresse d'une patte affectueuse, tandis que son nouveau compagnon s'empressait de venir le troubler dans son rituel du matin. Celui-ci le bouscula, désapprouvant une telle démarche mais sans brutalité. Puis, ayant satisfait à ce qu'il devait considérer comme un devoir immuable, Gwen fit volte-face et se mit en devoir de faire culbuter son trouble fête. Ce ne fut pas chose facile car Pattenrond était puissant et les deux animaux finirent par rouler sur la table, mettant en danger la vaisselle de Mrs Weasley. Les convives éclatèrent de rire mais durent mettre un fin pacificatrice à ces ébats qui se poursuivirent, néanmoins, sur le sol et non plus sur la table.

Nous voilà rassurés au moins sur un point, s'enchanta Cécilia, nos deux amis s'entendent à merveille.

Mais qu'est-ce qui se passe ? interrogea Molly, revenue de sa cuisine les yeux encore un peu gonflés, au bruit que produisait la scène. Puis, mise au courant des faits, elle sourit et reprit :

Au moins en voilà deux qui sauront s'entendre ! Mieux que nous, les humains.

Personne ne dit mot mais les sourires sur les visages montrèrent l'approbation de tous.

Le reste de la matinée s'écoula dans le calme des esprits et dans l'euphorie des deux kneazles plongés dans le bonheur de leur providentielle rencontre. Puis vint l'heure du repas, joyeusement partagé, où les nuages des heures précédentes trouvèrent à se dissiper dans un salutaire oubli.

Enfin arriva l'heure de la séparation car les Barenton devaient partir en compagnie de Rémus qui tenait à rentrer à Londres le soir même. Là, une autre personne devait prendre le relais jusqu'à l'arrivée du couple à Poudlard. Sur proposition d'Hermione, Gwen resta en compagnie de Pattenrond, pour la plus grande joie des deux lascars, jusqu'au lendemain où tout le monde devait se retrouver sur le Chemin de Traverse.

Cécilia au volant se lança dans l'aventure des autoroutes anglaises sans éprouver la gêne qu'elle pensait ressentir. Rémus, du reste, l'aidait du mieux qu'il pouvait, conscient du problème que pouvait poser la circulation à gauche à une personne du continent.

Comment des moldus comme nous, interrogea-t-elle, pourrons-nous entrer sur le Chemin de Traverse ? J'avoue que la chose m'intrigue.

Il existe des protections mais, dans certains cas, quelqu'un de déterminé peut les franchir. De plus, êtes-vous vraiment des moldus ?

En ce qui me concerne, certainement, s'exclama-t-elle avec conviction. Christophe, est évidemment sorcier mais moi, non.

Qu'en savons-nous ? Qui de nous, vous connaît ?

Vous m'intriguez.

Il y a quelques jours, Christophe ne savait pas qu'il avait des pouvoirs. Peut-être en est-il de même pour vous !

Ca m'étonnerait bien, dit-elle en riant. Je suis totalement ignare en la matière !

Rémus marqua une pause, hésitant. Puis se décidant :

Vous émanez quelque chose… de très subtil… comme une aura assez mystérieuse.

La jeune femme rougit légèrement sous ce qu'elle pouvait considérer comme un compliment.

Je ne le savais pas, assura-t-elle, je me fie à votre jugement.

Excusez-moi, mais c'est ce que je ressens. Personne ne vous l'a jamais dit ?

Cécilia eut un sourire.

Mon mari me dit bien des choses mais jamais il ne m'a parlé de mon aura, plaisanta-t-elle. Peut-être le fait d'être sorcier vous rend-il plus sensible à certaines choses ?

Bien des choses peuvent exacerber une sensibilité et vous donner accès à des informations que d'autres ne sauraient partager. Mais peut-être avez-vous raison.

Embarrassée, elle préféra laisser le silence s'immiscer entre eux, et lui ne fit rien pour l'en empêcher la laissant à ses réflexions. Le temps passa ainsi sans qu'ils n'échangeassent aucun propos. Elle s'arrêta dans une aire de stationnement pour laisser le volant à Christophe, gagna l'arrière du véhicule où elle ne tarda pas à s'endormir.

L'arrivée à Londres se passa sans encombre et ils gagnèrent leur hôtel en plein centre ville dans un vieil immeuble non loin de King Cross. Rémus, toujours plein de complaisance, les aida à porter leurs bagages sans utiliser trop de magie dans cet établissement moldu. Puis vint le moment d'une nouvelle séparation.

J'espère que nous nous reverrons, proposa Christophe. Viendrez-vous de temps en temps à Poudlard ?

Non, je ne le pense pas, hésita un peu Rémus, comme je vous l'ai dit je m'éloigne peu de Londres, mais moi aussi j'aimerais beaucoup vous rencontrer de nouveau. Quand Dumbledore m'a demandé de vous accompagner, j'avoue n'avoir pas été très satisfait. Depuis j'ai eu largement le temps de changer d'opinion.

Si nous le voulons, nous nous rencontrerons à nouveau, affirma Cécilia. Puis-je vous charger d'une mission, Rémus ?

Je vous en prie… si je peux vous être agréable…

Dîtes bonjour à votre dame et présentez lui nos excuses pour vous avoir ravi à elle.

Rémus eut un large sourire.

Ne vous inquiétez pas pour elle, elle comprend très bien la situation, mais c'est entendu, je ferai la commission. Quant aux excuses, elles ne sont nullement nécessaires. Je suis sûr qu'elle aussi souhaitera vous connaître quand je lui aurai parlé de vous.

Vous êtes aimé du jury alors vous ferez un bon avocat, Rémus, assura-t-elle.

Une fois ce dernier parti, ils ressentirent un vide soulignant la rapidité avec laquelle leur relation avec ce dernier s'était installée. A le voir, cet homme ne possédait aucune caractéristique qui pût marquer et pourtant, derrière cet air effacé se cachait une personne pleine de cœur, ouverte et intelligente. Il émanait de lui une force intérieure évidente malgré un caractère doux et avenant. Et pourtant son regard attestait qu'un drame le tourmentait et pas seulement en raison de l'état de sa compagne. Il s'agissait de quelque chose de plus ancien, de quelque chose de plus profond et, donc, d'essentiel.

Laissant là leurs réflexions, ils décidèrent de dîner au restaurant de l'hôtel ayant peu envie de se mesurer au mouvement perpétuel de la capitale anglaise. Se contentant d'un repas simple, ils montèrent se coucher relativement tôt, bien que le rendez-vous avec la personne qui devait les accompagner sur le Chemin de Traverse ne fût fixé qu'à quatorze heures trente.

Ils s'installèrent bien calés sur leurs oreillers, la tête de Cécilia reposant sur l'épaule de Christophe, goûtant le silence en fins connaisseurs.

J'ai eu une vision ! lâcha-t-elle soudain, comme prenant une soudaine décision.

Quand ?

Hier soir… Chez les Weasley. Pendant le repas.

Il me semblait bien que tu avais un problème. Raconte !

Une maison a été attaquée par des hommes portant des cagoules. C'étaient des sorciers qui lançaient des sorts partout. Il y a eu des morts ! Mais je n'ai pas tout vu, j'ai été trop surprise… et puis je crois que j'ai eu peur.

Il lui prit la main et la caressa

Je n'aurais pas fait mieux, dit-il compatissant.

Christophe ! Je ne sais pas qui et quoi sont concernés ! J'ignore si ce que j'ai perçu relève du présent ou de l'avenir.

La jeune femme frissonnait. Christophe resserra son étreinte pour la réchauffer.

J'ai peur ! continua-t-elle. Ceux qui ont fait ça venaient seulement pour tuer, pour jouir d'un spectacle d'horreur. Quand j'y pense, c'est comme si j'y étais, là en plein milieu. Tu comprends ?

Oui ! Oui, je comprends, crois-moi. Tu as dû faire une horrible expérience !

Il y avait des enfants… et puis… attends ! Ca me revient !

Quelque chose d'assez long et sombre tombait au sol, comme au ralenti. Quelque chose qui portait des lumières et s'affalait. Alors des flammes s'en élevèrent. Elle percevait les bruits et les clameurs comme dans un rêve, assourdis, lointains. Les êtres se réduisaient à des ombres fugaces hurlant des imprécations ou des hurlements de détresse et de mort. Parmi ceux-là Cécilia entendit clairement des cris d'enfants. Des éclairs colorés fusaient dans les volutes de fumée grise et les flammes envahirent tout. Les assaillants reculèrent face au feu qui gagnait à toute vitesse. Elle contemplait tout cela sans pouvoir esquisser un geste ni proférer une seule parole pour aider ceux qui plongeaient dans le désastre.

Une femme brune portant une cape épaisse, émergea d'un voile de fumée. Elle était grande, très belle, aux paupières très maquillées. A la main droite elle tenait une baguette tandis que de l'autre, elle portait ce qui pouvait être une cagoule noire. Ses yeux, d'une dureté sans égale au milieu d'un visage maigre et sec, regardaient dans la direction de Cécilia. Cependant elle ne vit pas cette dernière car elle se détourna. Elle hurla sa jouissance devant un tel spectacle puis lança des ordres et quitta les lieux avant que le feu ne la dévorât.

Cécilia réprima un hurlement de terreur et de répugnance, l'horreur l'habitant toute entière. Elle s'effondra alors dans les bras de son mari qui lui caressa ses cheveux sans mot dire.

Au bout d'un bon moment elle se calma enfin, leva la tête vers Christophe, le regard comme implorant.

Il y avait des enfants, ou en tout cas des jeunes, laissa-t-elle tomber à mi-voix. Les hommes masqués venaient pour tuer… tout le monde ! Il y avait une femme avec eux. Le feu a pris, ils ont du partir… je ne sais pas s'il reste des survivants…

As-tu idée de l'endroit ? demanda Christophe, espérant que des demandes objectives l'aideraient à évacuer ses émotions.

Je n'ai pas vu la maison. Il y avait beaucoup de bois. Tout a pris feu en un clin d'œil, comme au Moyen Age !

Et les gens ?

Des ombres… rien que des ombres. !

La voix de Cécilia résonnait comme un glas dans le silence de leur chambre.

Des ombres et des éclairs, poursuivit-elle.

Des éclairs ?

De toutes les couleurs… mais il y en avait beaucoup de verts Je crois que ça sortait des baguettes.

Il faudra en parler à Dumbledore ! Absolument ! Et toi ? Où étais-tu ?

J'assistais à tout, comme dans un cauchemar. Je n'ai pu rien dire ou faire. C'était atroce !

J'imagine, tu penses bien ! Ca me fait frissonner parce que depuis que tu m'as sauvé la vie, je sais que tes visions sont justes.

Dans ton cas, c'était terriblement précis, j'ai vu tes agresseurs et lu dans leur pensée, pour ainsi dire, mais là, tout est flou, inconsistant. Je ne peux pas te dire si cet événement appartient au passé, à l'avenir ou s'il vient d'avoir lieu.

Tu te souviens de détails particuliers ? Etait-ce le jour ou la nuit ? As-tu entendu sonner une pendule ?

Cécilia secoua la tête. Non rien de particulier et pourtant…

Attends, demanda-t-elle, c'était la nuit. Il devait faire froid dehors… Je l'ai su comment ? Ah oui ! J'oubliai : j'ai vu distinctement une femme, grande, l'air sadique… quelle expression ! Ce regard, je ne l'oublierai pas de sitôt : il rayonnait la mort et la cruauté. Elle m'a paru chaudement vêtue.

Autre chose ?

Quelque chose est tombé lourdement sur le sol et puis s'est enflammé. C'était plutôt long et souple. Il y avait des lumières dessus.

Des lumières ? fit Christophe perplexe.

Oui, c'est ce que j'ai vu.

Des lumières…

Quelques secondes passèrent…

Elles bougeaient, tes lumières ? questionna-t-il, ayant l'air de comprendre.

Je ne sais… Si ! C'est possible, je crois qu'elles bougeaient… elles oscillaient… Non ! Elles tremblotaient ! Voilà ! Elles tremblotaient !

C'est ça qui a mit le feu ?

Oui, oui !

La jeune femme sembla soudain faire une brutale prise de conscience. D'un geste convulsif, elle plaça les deux mains devant sa bouche.

Mais qu'est-ce que tu es en train de me dire, Christophe ? s'écria-t-elle. Tu n'imagines tout de même pas…

Si, Cécilia, laissa-t-il tomber d'une voix sourde en hochant la tête. Je le crains, hélas !

Mais… mais pourquoi une telle horreur ? lança-t-elle presque en criant.

Pour que ça fasse plus encore plus mal, j'imagine ! Ces assassins-là n'aiment pas la joie et les rires !

Elle plaça son visage contre la poitrine de Christophe.

Dis-moi… dis-moi que j'ai rêvé, sanglota t-elle.

Malheureusement…

Il chuchotait presque en caressant doucement ses cheveux. Comme elle ne disait rien, il reprit :

Tes larmes sont des perles de Vie pour notre Terre. Heureusement que certains comprennent et ressentent les douleurs du monde, c'est ce qui continue à faire tourner notre planète.

Ca sert à quoi, hoqueta-t-elle, si on est impuissant ?

Pas tant que ça, Cécilia ! Souviens-toi, tu m'as sauvé la vie grâce à une de tes visions. Celle d'aujourd'hui sera peut-être utile. Peut-être que ça se précisera, plus tard.

Ah non ! Ne me dis pas que ça va recommencer !

Je n'en sais rien, à vrai dire. Ce ne sera peut-être pas nécessaire. Nous en parlerons à Dumbledore dès que nous le verrons.

Elle hocha la tête en signe d'assentiment. Il la laissa se calmer un peu, puis lui proposa de prendre de la potion de Maïté Etchegorria, qu'il avait amenée en cas de besoin. Elle accepta, accédant ainsi à une bonne nuit de sommeil.

Christophe, quant à lui, resta un moment éveillé, de multiples questions tournant dans son esprit. L'avenir s'assombrissait. Après les premiers moments qui lui avaient paru somme toute amusants, leur horizon s'obscurcissait de nuages de plus en plus épais. Le monde qu'ils venaient de découvrir se révélait tout aussi ténébreux que celui qu'ils connaissaient. Cela ne l'étonnait pas, mais la perspective de se trouver mêlés à un conflit dont ils ignoraient les tenants et les aboutissants, ne lui souriait guère. De plus, il avait la sensation d'entraîner sa femme malgré elle dans un maelström et il en mesurait la lourde responsabilité en découlant.

Heureusement la fatigue eut raison de lui et il s'endormit.

Le lendemain les trouva reposés malgré les buts étranges de leur voyage et surtout le contexte plutôt inquiétant. Cécilia allait visiblement mieux, même si son regard exprimait encore une lourde préoccupation. Christophe préféra ne pas aborder le sujet de sa vision de la veille et la jeune femme ne dit mot sur la question. N'ayant rien de particulier à faire, le couple resta à l'hôtel pour continuer de se reposer un peu et parler de choses diverses.

Leur entrée dans le monde sorcier ne se faisait pas sans peine et ce moment de paix se révéla réparateur pour tous deux.

Le téléphone sonna dans leur chambre précisément à l'heure de leur rendez-vous. Christophe décrocha.

Il y a là une… dame qui dit que vous l'attendiez.

C'est exact, répondit Christophe. Dites-lui que nous descendons tout de suite.

Il raccrocha en souriant.

Je me demande bien ce que nous allons encore découvrir ! La réceptionniste avait un drôle de ton en me parlant d'une dame, fit-il, s'efforçant d'imiter la voix de cette dernière.

Cécilia se borna à sourire à son tour. Ils descendirent immédiatement, curieux de savoir ce qui les attendait, et entrèrent à la réception. Leur arrivée fut saluée par le fracas d'un vase, qui devait se révéler précieux, venant de trouver l'heure d'un trépas malheureusement prématuré.

Oh ! Je … je suis … désolée ! clama une voix féminine terriblement embarrassée. Excusez-moi !

Vous m'excuserez, rétorqua la voix peu amène de la réceptionniste, mais je dois en aviser la direction. Ce vase était précieux et j'espère pour vous que vous avez une bonne assurance !

Ce disant, elle tourna ostensiblement le dos à la malheureuse et quitta les lieux droite et digne dans sa colère envers cette intruse. Et de fait, la dame en question détonnait dans le décor de cet hôtel relativement cossu. Elle portait un jeans délavé, quelque peu élimé et un pull orange passé, attestant qu'elle devait venir d'un quartier populaire de Londres. Mais cela passait encore si sa chevelure d'un violet provoquant n'attirait pas le regard immédiatement et pouvait provoquer la légitime inquiétude d'un interlocuteur non prévenu. Christophe et Cécilia la contemplèrent un instant dans son désarroi. Ils auraient aimé l'aider mais comment ?

Bonjour, fit la jeune femme à la hâte. Cachez-moi avant qu'elle ne revienne. Vite !

Le couple sourit. Il n'y avait personne dans la pièce, alors pourquoi la cacher ? La réponse vint vite, cette dernière tirant une baguette de derrière sa jambe droite, se pencha sur le champ de la catastrophe.

Reparo ! lança-t-elle d'un ton résolu.

Devant les yeux éberlués des Français les morceaux du vase brisé se soulevèrent de terre entamant un ballet circulaire au ralenti, puis se rassemblèrent pour former à nouveau le vase cassé. Cécilia eut le réflexe de ramasser les fleurs en vitesse puis de refaire le bouquet qu'il contenait à l'origine. Un autre mouvement de baguette, et l'eau disparut du plancher. Aucune trace ne subsistait, arrachant un sourire de satisfaction à la nouvelle arrivante.

Quelques instants après, arriva un homme ventripotent, costume sombre et cravate chic. A le voir, il était évident que ce monsieur se sentait important et il devait l'être, à son échelle du moins.

Bonjour, salua-t-il. Puis regardant autour de lui sans laisser voir son étonnement, il poursuivit à l'adresse de la réceptionniste : Mrs Outermilk, je ne vois ici rien d'anormal !

Il regarda partout, même sur le plancher pour y chercher d'éventuelles traces d'eau.

Mrs Outermilk ! Pouvez-vous m'expliquer ?

La femme avait rougi comme un feu de circulation, plongée à son tour dans le plus grand embarras.

Je…je ne comprends pas… Je ne comprends pas, bégaya-t-elle, au bord de l'apoplexie.

Vous êtes fatiguée, Mrs Outermilk, très fatiguée. Rentrez chez vous et tâchez de revenir demain dans de meilleures dispositions, sinon je vous vire. Et soyez heureuse de vous en tirer comme ça. On ne fait pas de mauvaise farce chez moi !

Oui Mr Winterbreese ! Oui, oui ! Merci Mr Winterbreese ! A demain Mr Winterbreese !

A ces mots, elle disparut, perdue dans sa fuite. Cécilia avait esquissé un mouvement, vraisemblablement pour tirer d'embarras la malheureuse mais Christophe, d'une pression du bras, l'en avait empêchée. Quand son employée eut disparu, le directeur eut un large sourire à l'adresse de la jeune fautrice de trouble.

Très belle réparation mademoiselle, vous avez manifestement beaucoup de talent !

L'interpellée rougit, telle un caméléon.

Mais…

L'homme se contenta de montrer le plafond en souriant de plus belle.

Une caméra, une simple caméra qui m'envoie l'image dans mon bureau.

Devant l'air décomposé de son interlocutrice, l'homme se borna à tirer une baguette de sa poche.

Ne vous inquiétez pas ! J'en suis aussi. Nous ne nous connaissons certainement pas parce que je travaille à cheval sur les deux mondes et que mon établissement est parfaitement moldu, employant des moldus et ne recevant que des moldus.

Se tournant vers le couple de Français :

Il en résulte que l'hôtel est très peu connu chez les sorciers, sauf de Dumbledore, bien sûr !

Alors il vous a tout dit ?

Winterbreese rit doucement.

Avez-vous entendu le vieil Albus Dumbledore dire tout ce qu'il sait ? s'écria-t-il une nuance quelque peu irrespectueuse dans le ton, ça se voit que vous ne le connaissez pas. Moi, je le pratique depuis fort longtemps et je suis fier de pouvoir dire qu'il figure parmi mes amis. Nos activités à tous deux nous empêchent de nous voir souvent mais j'ai parfois l'occasion de lui rendre de menus services.

Et Mrs Outermilk ? interrogea Cécilia.

Ne vous inquiétez pas pour elle. C'est une pimbêche mais elle travaille bien. Je n'ai jamais renvoyé quelqu'un parce qu'il est antipathique, tant que son contact avec la clientèle n'en souffre pas. C'est une bigote au stade terminal, un peu d'insolite lui fera du bien !

Tout le monde éclata de rire. L'incident se terminait bien. Cependant, Cécilia ne put s'empêcher de penser que dans leur cas, aucun des deux n'était un bigot, mais que, question d'insolite, ils avaient été bien dotés !

Il faudrait y aller maintenant, assura l'inconnue, nous sommes en retard. Je me présente d'abord : Tonks. Appelez-moi Tonks, tout simplement. Il faut aussi que je vous dise : glace à la pistache !

Christophe fit les présentations à son tour puis répliqua en échange au mot de passe que leur avait communiqué Dumbledore l'avant-veille : bûche de Noël !

Je reconnais bien encore le vieil Albus, s'exclama Winterbreese. Toujours le goût des bonnes choses. Il me connaît bien : la glace à la pistache que nous faisons ici est superbe, absolument superbe.

Dommage que nous n'ayons pas le temps de la goûter, déclara Christophe avec assurance.

Ca viendra bien un jour, laissons faire le temps, certifia le directeur.

Mais pressé par le temps, le trio dut se séparer de ce dernier pour gagner le Chaudron Baveur qui se trouvait à quelques encablures de là.

L'établissement n'avait rien de commun avec l'hôtel que nos amis venaient de quitter. Perdu dans un recoin d'une rue, dissimulé par un quelconque sort qui le rendait invisible aux moldus, il accueillait des gens de tous horizons dont l'allure, que commençait à reconnaître le couple, attestait qu'ils étaient sorciers. Il y avait peu de monde mais la présence de mères en compagnie d'un ou plusieurs enfants ou d'hommes seuls en tenue évidemment soignée, détonnait dans cet environnement plutôt populaire et un peu miteux.

Les Français découvrirent peu après le pourquoi de cet état de fait. L'estaminet du Chaudron Baveur servait de passerelle pour accéder au chemin de Traverse. Le cœur battant, nos amis franchirent le mur qui donnait accès à la fameuse rue sans la moindre difficulté. Le spectacle qui les attendait fit bouillir le cœur des Français d'un enthousiasme certain.

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