-CHAPITRE 2 « Born with nothing, Die with everything »
-Alentour de Reno
-Vendredi, 14 mai 2021
Elle avait roulé toute la nuit et était enfin arrivée dans un semblant de ville dans la périphérie de Reno. En général, elle évitait les grandes villes si elle n'avait aucun coup à faire. Il était trop facile de s'y faire repérer.
Là bas, elle avait changé de voiture et de plaques d'immatriculations. Puis elle s'était accordée une sieste de 2 heures avant de reprendre la route. Tout ce qu'elle avait repris de l'autre voiture, était les quelques antiques cassettes audio qui lui plaisaient assez.
Elle roulait droit devant elle dans le Black rock désert du Nevada. Elle avait changé d'Etat, c'était le plus important.
Devant et derrière elle s'étalait cette longue route d'un bleu sale, sorte de balafre unique défigurant le paysage sableux et jaunâtre. Le soleil se levant à l'est, rond et flamboyant dans le ciel gris, déversant un flot de lumière sur les terres arides tout autour d'elle. Rien ni personne à l'horizon, juste elle et sa voiture, la musique seule pour briser le silence.
Les dernières étoiles scintillantes laissèrent place au turquoise dans le ciel. Ce semblant de liberté lui donna le frisson. Elle respira l'air avec plaisir, savourant le vent s'engouffrant par la vitre et faisant danser ses longs cheveux noirs autour de son beau visage aux traits presque parfaits.
Dans ce moment de pleine liberté, elle décida de se rendre vers le nord. Elle allait à Seattle.
-Terminal City
-Salle de contrôle
Alec et Max, tous 2 l'air perplexe et épuisé, regardaient le nouveau venu engloutir un énorme sandwich à une vitesse phénoménale. Il mordait à pleines dents son repas sans se soucier d'autre chose.
« Quel ironie », pensa Alec. « Le voilà qui ressemble à un hamster maintenant… »
-« Ne le regarde pas comme ça ! » gronda Max, elle-même ayant les yeux rivés sur le visage gonflé par la nourriture du petit Freak.
-« Comme quoi ? » De toute façon regarde-le, il s'en fiche ! » Lâcha Alec en faisant une grimace alors que le petit transgénique faisait un renvoi bruyant.
-« Il a dit quelque chose depuis que tu l'as trouvé ? » demanda Max en détourant enfin le regard pour le poser sur le jeune X-5, vautré sur sa chaise.
-« Non rien, tout ce qui est sortit de sa bouche pour l'instant c'est ce son dégoûtant et dépourvu de finesse que tu viens d'entendre. Et à la vitesse à la quelle il avale cette chose, je ne serais pas étonné si la prochaine chose qui en sorte soit une énorme flaque de vom... »
-« Alec ! » coupa Max qui savait ce qui allait suivre.
-« Bon pour changer de sujet, tu as parlé aux autres de la réunion d'hier ? »
Max respira profondément.
-« Non… j'attendais ce matin … je ne sais pas comment ils vont prendre la chose, j'appréhende leur réaction », avoua t'elle.
-« Tu en as parlé à Logan ? »
-« Non plus… je suis certaine que j'aurais pu obtenir plus… »
-« Arrête donc de te prendre la tête et de penser à ce qui aurait pu être, regarde plutôt ce qu'on a ! De toute façon cet emplumé de Maire à dit lui-même que si les choses se passaient bien, tout pourrait encore changer en notre faveur. »
-« Tu y crois ? »
-« Pourquoi pas ? »
Elle haussa les épaules.
-« Je ne sais pas… ça ne te semble pas trop facile ? »
Il devait avouer que si… Elle comprit son silence.
-« Quoi qu'il en soit, tu dois leur dire, ne laisse pas traîner. »
La discussion fut interrompue par un autre bruyant renvoi et l'entrée de Joshua et de Mole :
-« Joshua ne ronfle pas ! Il respire fort ! » Dit l'homme chien d'un air agressif peu convainquant.
-« Tu parles ! » cracha Mole entre deux bouffées de son cigare. « Tu fais plus de bruit qu'un moteur de Chevrolet ! »
-« Zoshua !! » hurla le petit transgénique à tête de souris. L'homme chien se retourna, surpris, et ouvrit de grands yeux ronds.
-« Sydney !!! » hurla-t-il en réponse.
Le petit bonhomme sauta de sa chaise et de précipita dans les bras, ou plutôt dans les jambes de son grand compagnon. Il lui arrivait à peine à la taille. Joshua souleva le petit comme si c'était une plume et le serra dans ses bras.
-« Mon dieu arrêtez-le ! Il va le tuer ! » dit Alec sur un ton faussement apeuré.
Joshua, d'une seule main, assit « Sydney » sur son épaule.
-« Max ! C'est Sydney !! » dit l'homme-chien en pointant son ami de sa grande main griffue.
-« Oui … je vois ça … mais … »
-« Hé ! Zoshy mon poteau ! Z'ai eu peur peur peur de pas te trouver ! Ze suis bien bien content de te voir ! » Dit le rongeur « Tes potes sont sympas ! C't un peu la décadence cet endroit ! Mais ze préfère être ici que dehors, vec' tous ces zhumains qui traînent, fait pas bon se balader dans la rue rue rue. Puis on mange mieux ici !! Z'ai décidé de me ramener quand z'est vu ta tronche à la télé, t'es pas bien bien photozénique mon vieux ! Tranzénique, mais pas photozénique, t'as pigé ? Héhé ! Bref me voili, me voila ! Comme au bon vieux temps pas vrai vrai vrai ? Au fait, Bern te remet le bonzour, cet abruti a pas voulu quitter les zégouts, t'sais bien comme il flippe pour le soleil !… »
Sydney se lança dans un immense discours sur ses tentatives de ralliement à Terminal City. Joshua le fixait et l'écoutait avec une attention passionnée.
Max et Alec se regardèrent. « J'aurais vraiment du aller dormir cette nuit », songeât le X-5 en se passant une main dans les cheveux.
-« Je le préférais quand il ne parlait pas pas pas », dit il à Max. Celle-ci retient un sourire.
-« Joshua », continua t'elle. « Ton ami a été très imprudent, si les policiers l'avaient vu, ça aurait pu briser nos chances avec eux, tu comprends ? »
Mais Joshua ne l'écoutait pas, il avait posé le petit transgénique sur le sol, celui-ci mimait une violente et soi-disant bagarre avec une vingtaine de policiers.
-« Bon, OK, STOP ! » hurla la jeune X-5. « Joshua et Mole, faites passer le message : Je veux tout le monde en bas dans 20 minutes ! »
Les 3 Freaks s'en allèrent, Mole hurlant sur Sydney pour qu'il la boucle.
-« J'appelle Logan », dit Max qui partit vers les moniteurs.
Alec se retrouva seul, assis sur sa chaise.
-« Et voilà », dit-il. « Je suis seul et …. Je parle… seul et le monde entier s'en fout… » Il eut un sourire résigné et sortit à son tour de la pièce, à la suite des 3 freaks.
Max grimpa les petites marches métalliques et se posta dans le dos de Dix.
-« Quelque chose ? » lui demanda-t-elle.
-« Pas de quoi s'affoler, 2 ou 3 clodos énervés mais les flics s'en sont chargés, puis y'a eu une bande de mômes qui a essayé d'entrer mais ils se sont faits embarquer aussi, puis un type bourré est venu se vider su.. »
-« Ok ! Pas besoin des détails. C'est tout ? »
-« Non, y'a cette bande de crétins de la télé qui nous ont tournés autour toute la nuit et ils sont toujours là. Je me demande ce qu'ils attendent d'ailleurs », dit Dix, secouant sa tête bizarre d'un air dubitatif.
-« Quoi tout ça c'était cette nuit ? » s'exclama t'elle
-« Ouep ! » répondit-il avant d'essuyer son monocle avec un pan de son pull troué.
-« Faut pas demander quand on sera dehors... », Murmura-t-elle, avec un soupçon de peur dans sa voix chaude.
-« Dehors ? » demanda distraitement le Freak.
-« J'expliquerai ça tout à l'heure. Laisse-moi la place, il faut que je cause à Logan »
-« Bien m'dame », dit-il en se levant d'un air las. « Je vais essayer de trouver du café en attendant. »
Il s'éloigna. Max établit la connexion avec Logan. Elle savait que seul son ami pouvait apaiser son angoisse. Elle sourit en pensant au jeune homme. Si elle avait pu deviner, cette nuit là, qu'elle faisait la plus belle rencontre de sa vie… Tout ce qu'elle voulait c'était quelques objets de valeur à revendre au marché noir, mais ce qu'elle avait finalement trouvé dans cet appartement n'avait pas de prix. Elle l'avait trouvé lui, elle avait trouvé le veilleur. Et ça avait radicalement changé sa vie.
Elle avait d'abord été séduite par la mine d'informations qu'il représentait, tous ces contacts, cette puissance en quelque sorte. Ensuite c'était son sens des valeurs, son honnêteté, et sa volonté d'aider les gens qui l'avaient fait craquer. Les hommes réellement intègres étaient rares en cette époque où il était plus difficile d'obtenir un fruit frais que de trouver un tueur à gages…
Il apparut à l'écran, affairé sur un autre moniteur un peu plus loin.
-« Salut toi ! » lâcha-t-elle en souriant doucement.
-« Hé Max ! J'attendais ton appel ! Alors comment s'est passée cette réunion? »
-« hm… », dit elle en fronçant les sourcils.
-« Raconte. »
Il fit rouler sa chaise de bureau jusqu'à l'écran où apparaissait Max.
-« Et bien, c'est officiel, je HAIS les politiciens ! Ce gros imbécile de Maire a exigé tout un tas de trucs idiots et inutiles en prétextant la sécurité des citoyens », grinça-t-elle sur un ton ironique.
-« Quel genre de trucs ? »
-« Couvre feu, laisser-passer, signe de reconnaissance, c'est à peine si on a le droit d'entrer dans un magasin ! »
-« C'était à prévoir. Le Maire est en fonction depuis peu de temps, il veut couvrir ses arrières, surtout après l'affaire de Bobby Kawasaki. »
-« Je sais mais … comment je suis censée leur annoncer ça ? »
-« tu ne leur as pas encore dis ? »
-« Non, je voulais te parler avant ! »
Il sourit
-« Écoute Max, je pense que ce que vous avez obtenu là, c'est mieux que tout ce qu'on pouvait espérer. Je suppose qu'il y a des conditions … »
-« Evidement. En gros on doit se faire discret et s'attirer le moins d'ennuis possibles. Les décisions sont encore provisoires, on a droit à « une période d'essai » de 3 mois, si après ça, tout se passe bien, on pourra espérer obtenir plus encore. »
-« Trois mois… » Dit Logan en grimaçant.
-« Ouais… ça nous laisse assez de temps pour prévoir un plan de secours au cas où cette solution tombe à l'eau. »
-« Je suis certain que c'est possible… »
-« Mais imagine Logan ! Les gens nous haïssent ! Si on sort… ils vont nous jeter des briques à la figure ! Tu vois Mole s'asseoir et essayer de les raisonner ? »
-« Non j'avoue que sous cet angle… »
-« Ils nous laissent ce laps de temps parce qu'ils savent déjà que ça va mal se passer ! »
-« Et si jamais ce n'était pas le cas ? » demanda Logan très sérieusement.
-« Qu'est ce que tu veux dire ? »
-« Et bien, et si tout se passait bien… tu penses qu'ils tiendraient leurs promesses ? »
Elle haussa les épaules.
-« Ils n'auraient pas vraiment le choix je suppose. »
Il y eut un silence, ils se regardèrent d'un air entendu.
-« Et à part ça, vous avez besoin de quelque chose ? » demanda Logan
-« Si ce n'était que « quelque chose » ! L'eau courante a été rétablie mais on a de l'eau chaude que quand on est très chanceux. Il nous manque pas mal de matériel de toutes sortes, des couvertures, des matelas, des vêtements, des assiettes et de la nourriture à mettre dedans, des meubles : tables, chaises, armoires. Il nous faut également toute une série de médicaments, … en fait ce serait beaucoup plus court si je te faisais la liste des choses dont on ne manque pas ! »
Logan eu un sourire désenchanté.
-« Je vais voir ce que je peux faire de mon côté, en attendant, contacte original Cindy, je suis certain qu'elle peut t'aider. »
-« Non Logan, je veux la mêler le moins possible à tout ça. »
-« Max, tu dois accepter l'aide qu'on t'offre, et tu sais très bien que si elle peut t'aider, elle le fera, et plutôt 2 fois qu'une. »
-« Je sais », admit Max avec un sourire
-« Téléphone-lui, ça lui fera plaisir. »
-« Ok », souffla la jeune X-5.
-« Ah oui, et pour ce qui est de l'interview avec mon contact. Il a fixé la date et l'heure : après demain dans la soirée, vers 21 heures, ça te va ? »
-« Parfait. »
-« Ca se passera ici. »
-« Cool »
« Excellent ! Une excuse pour allez chez lui », pensa t'elle.
-« Alec est dans le coin ? » demanda brusquement Logan 5 secondes plus tard, la tirant de ses pensées heureuses.
Elle fut prise au dépourvu.
-« Hem … et bien … je … oui ! » Elle fronça les sourcils « Hum très convaincante, bravo Max !! » ragea-t-elle intérieurement.
-« Je comprends, je comprends … ça te gène d'en parler », dit-il d'une voix pleine de soupirs.
Il eut un sourire sans joie. Elle ne sut quoi répondre.
-« Remets-lui mon bonjour… alors … à bientôt Max. »
-« A … A bientôt Logan, et merci ! » s'empressa-t-elle d'ajouter.
-« Bye ! »
-« …bye ! »
Il coupa la communication. Elle resta une minute à fixer l'écran noir, souhaitant que tout ceci soit un cauchemar et qu'elle se réveillerait dans son appartement qu'elle partageait avec Orignal Cindy. Elle serait aller prendre une bonne douche, ou mieux ! Un bon bain. Puis elle aurait bu un café bien corsé. Elle serait arrivée au boulot en retard. Normal lui aurait hurlé quelques BIP BIP BIP et elle aurait livré des paquets. Et entre temps elle se serait moquée de Sketchy, aurait rit avec OC et puis pour ne pas déroger à la tradition, elle aurait insulté Alec une ou deux fois. En fin de journée elle aurait fait un tour au Crash, but quelques bières avec sa petite bande. Puis elle serait allée voir Logan…
Au lieu de ça, elle était là, sans plus rien, éloignée de tout ce qui avait si longtemps fait sa vie. Obligée de se battre chaque jour, pour tout, tout le temps. Et pour bien couronner le tout, elle devait mentir et éloigner Logan au maximum d'elle, parce que, comme l'avais si bien dit Renfro … elle était du poison pour tous ceux qu'elle touchait… pour tous ceux qu'elle aimait…
« Ce que tu peux être pathétique » pensa t'elle avec aigreur. Elle soupira, puis se leva et se dirigea en direction du sous-sol.
Après quelques minutes, tous les transgéniques de Terminal City s'étaient réunis dans le grand garage souterrain où Max avait l'habitude de faire ses annonces. Elle les regarda se rassembler, tous différents et pourtant tous pareils. Elle parcourait l'assemblé de ses yeux sombres, avec une lueur triste. Comment pouvait-on les haïr ?
« Bon ok, ils ne sont pas tous super à regarder, certains même fichent vraiment les glandes. » Son regard se posa sur un immense Freak, avec de grands yeux bleus et perçants, un bec, des plumes à la place des cheveux et deux imposantes ailes grises, tombant dans son dos musculeux.
Au première abord, ils faisaient peur, mais quand on regardait de plus près, ses frères et sœurs étaient les plus beaux êtres qu'il lui ait été donné de voir et de rencontrer. Elle regarda trois X-6, habillés de mille couleurs, avec des coiffures extravagantes, puis son regard tomba sur de tout jeunes série X, peut être des X-8. Tous 3 d'un calme olympien, arborant les mêmes cheveux blonds et le visage parfait. « Ils sont si beaux…tous…Iils sont tous beaux », pensa-t-elle avec un mélange de tristesse et de fierté.
Quand tout le monde fut réuni, le brouhaha des conversations s'évanoui… et le silence tomba, brute et cruel. Elle ne pouvait plus reculer. Elle monta sur une vielle carcasse de voiture carbonisée. De son perchoir, la vue était magnifique, tous ces visages qui la fixaient avec espoir et respect la rechargeaient comme une batterie. Elle se sentit capable de tout. Elle aurait pu combattre n'importe qui et n'importe quoi en cet instant précis. Et ce fut avec cette confiance infinie pour les siens qu'elle commença son discours. Sa voix chaude et dure déchira le silence et emplit la pièce.
-« Habitants de Terminal City, ce que nous avons traversé jusqu'à maintenant, rien, pas même Manticore, ne nous y avait préparés. Je vous ai fait sortir, je vous ai rendu la liberté …du moins c'est ce que je croyais. Car même dehors, la liberté n'était qu'une illusion. Je vous ai fait une promesse, celle de vivre libre, ensemble, d'avoir des droits, et la vie que Manticore nous a volée ! Et je tiendrai cette promesse quoi qu'il arrive ! Hier soir, nous avons fait un grand pas en avant, mais le but est encore loin. Comme vous le savez tous, Joshua, Alec et moi-même, nous somme rendus, hier soir, à une réunion avec des ordinaires : Le Maire de Seattle, un agent de la NSA ainsi que le chef de la Police et un représentant de la Garde National. Beaucoup de règles ont été décidées durant cette réunion… elles vous paraîtront peut être injustes … ou cruelles, mais vous devez comprendre que nous n'aurions pas pu espérer mieux. Une période test de 3 mois a été établie, et si après ce laps de temps les choses se passent bien alors seulement … nous aurons droit à plus … »
-« Et c'est quoi ces règles ??!! » hurla une voix.
-« Ouais ! On veut savoir !!! » Enchaîna une autre.
-« Avant, vous devez me promettre, sur l'honneur, que TOUS, je dis bien TOUS ici présents, vous respecterez ces règles, malgré tout le dégoût qu'elles vous inspireront. Mais sachez… que c'est inespéré, et qu'ensemble, nous pouvons y arriver. »
Un long silence s'abattit sur l'assemblée. Max les fixait d'un air sévère et décidé.
-« PREMIERE REGLE ! » hurla t'elle. « Un couvre feu. Les transgéniques tous autant qu'ils sont, ne peuvent, sous aucun prétexte, sortir la nuit. Les transgéniques à … à apparence humaine ont le droit de sortir jusqu'à 19 heures…. Pour les autres… la limite est fixée à 17 heures. »
Plusieurs voix coléreuses retentirent.
-« SILENNNCE !!! » s'époumona-t-elle. « Comme je l'ai dit : tout peu encore changer ! Vous espéreriez peut être qu'ils allaient nous donner le feu vert complet du jour au lendemain ?!? »
Les voix se turent, mais la colère et le dégoût suintaient de partout.
-« REGLE DEUX : Nous devons à tout moment, porter un signe de reconnaissances pour que les ordinaires puissent nous identifier facilement. Avec Joshua… SILENCE !!!… (Elle marqua une pause.) Avec Joshua nous pensons que le meilleur choix est de loin notre drapeau. Mais si quelqu'un à une meilleure idée, il peut nous en faire part. »
Elle tourna son regard vers l'homme chien au premier rang et celui-ci leva son pouce avec un sourire joyeux. Elle lui rendit son sourire, avec moins d'enthousiasme.
-« Règle trois ! Nous ne sommes pas autorisés à quitter l'enceinte de la ville. Donc personne ne quitte Seattle. Et dernière règle, les transgéniques à aspect humain ont l'autorisation de travailler. Bien que je doute qu'aucun patron n'accepte l'un d'entre nous… Nous ne sommes pas totalement libres, mais jamais nous n'avons été aussi près de la lumière, nous … qui venons des ténèbres. »
Elle leur laissa une minute. Un calme pesant, assourdissant même, plana sur l'assemblée.
-« Maintenant que nous pouvons sortir, la priorité est d'améliorer la vie à Terminal City. Pour cela nous avons prévu plusieurs choses. Au début, peu d'entre-nous sortiront, il faut laisser le temps aux habitants de Seattle de s'habituer à notre présence. Néanmoins, dès demain, Alec emmènera un groupe pour aller chercher ce dont nous avons le plus besoin. Nourriture, vêtements et toute chose utile. Nous avons besoin de 7 volontaires, … de préférence des X-5 ou des X-6. Tous ceux qui restent à l'intérieur devront se rendre utiles ! La situation de crise étant passée, nous devons commencer à nous établir. Il y a assez de place ici pour tous. Nous devrons trier toutes les immondices qui traînent et en utiliser un maximum. Les opérations seront dirigées par Mole. C'est à lui que vous devrez vous adresser si vous avez des questions. Joshua constituera une équipe pour les écussons, tous les volontaires sont les bienvenus. Quant à Dix et Luke, ils sont dès maintenant chargés d'établir une liste, avec le nom, le matricule et la série de chacun d'entre nous. Si certains sont dans l'incapacité de parler, (elle regarda l'homme ailé qui n'avait pas de bouche mais un bec) faites-vous aider, ceux qui n'ont pas encore de nom fixe, décidez-vous. Chacun doit s'être présenté dans la salle de contrôle avant demain midi. »
Elle posa ses mains sur ses hanches, et sont ton se radoucit.
-« Dehors, on ne nous aime pas beaucoup. Au moindre faux pas, c'est toute la communauté qui est prise à défaut. Soyez toujours vigilants, surveillez-vous et veillez les uns sur les autres. Tout transgénique sans badge de reconnaissance sera arrêté par la NSA. Ils ont des moyens de nous repérer. Alors déconnez pas, ne cédez ni à la panique, ni à la colère, je vous le demande… soyez vigilants… ou on sera tous dans la merde…. Vous pouvez disposer. »
Peu à peu, tous les transgéniques se dispersèrent, les discussions explosant dans tous les sens.
Max sauta en bas de la voiture, rejoignant Alec, Joshua, Dix et les autres sur la terre ferme.
-« Bien jouer Max », dit Luke en se grattant le crâne.
-« T'aurais pas pu faire mieux », cracha Mole en coinçant un cigare au coin de sa bouche.
-« Moi j'aurais pu », lâcha Alec avec un petit sourire d'autosatisfaction.
Mac eut un rictus amusé et poussa le X-5 qui riait. Luke et Dix s'en retournèrent à leur salle de contrôle. Trois jeunes hommes s'approchèrent d'Alec.
-« On est volontaire pour demain Monsieur ! » dit le plus petit.
Alec se retourna, sortit un calepin et un stylo de sa poche et leur demanda leur nom.
-« X-6-908, Monsieur », dit le jeune garçon d'un air excessivement sérieux.
-« Non, mon petit, surtout pas de ça avec moi, … je t'ai demandé ton nom… tu sais … Alec… Max…Joshua... » Son regard tomba sur Mole, mâchouillant son cigare d'un air blasé « Non, oublie celui-là », dit Alec.
-« Ah heu … et bien parfois on m'appelle mouche, Monsieur …»
-« Alec », répéta le jeune homme avec automatisme. « …Mouche ? Tu ne préfères pas cafard ou araignée ? » Dit-il avec un sourire faussement réjoui.
-« Non, Monsieur, Mouche c'est très bien. »
Le sourire du X-5 disparut.
-« Alec… », Dit-il, dubitatif.
Il se tourna vers Max, roulant des yeux.
-« Ok… donc Mouche, et toi ? »
-« Moi c'est Bill, Mons… Alec… »
Alec interrogea le troisième du regard. Il était plus âgé, sûrement un X-5.
-« Moi c'est James. »
-« Parfait, Bill, James… Mouche… rendez-vous demain, 13 h, à l'entrée de Terminal City. »
-« Pourquoi pas plus tôt ? » demanda James.
-« C'est plus… prudent… », Intervint Max.
-« Et… je dors le matin moi », marmonna Alec.
Mole regarda sa montre.
-« 10 heures », lança-t-il. « J'ai du boulot et des ordres à donner à plein d'abrutis dans leur genre. Je vous laisse les p'tits gars », dit il en tournant les talons d'un air affligé.
-« Oui, moi aussi je vous laisse, travaillez bien vous tous ! Je compte sur vous », Max adressa un clin d'œil affectueux à Joshua puis sortit du bâtiment et se dirigea vers l'entrée de Terminal City avec l'intention d'en sortir, et ce, au grand jour.
D'un pas nonchalant, les mains enfoncées dans les poches de son petit blouson noir, un bonnet à visière sur la tête, elle s'approcha des grilles. Devant celle-ci, une paire de flics à l'air las buvait un café, assis sur le capot de leur voiture bleu-marine. Ils ne l'avaient pas entendue venir.
-« Psssst ! Hey les gars ! Y'en a une qui aimerait sortir. » Ils se retournèrent vers elle, posèrent leur café et accoururent pour ouvrir la grille.
Max haussa les sourcils d'un air décontracté, puis enfin, elle sortit. Cela lui procura une impression étrange. Elle était dehors et elle en avait le droit. Tout lui semblait plus beau à l'extérieur, comme si elle ouvrait les yeux pour la première fois depuis longtemps.
-« Heu, on doit… on doit vous scanner pour… hem… pour voir si vous n'avez rien … d'illégal hem…sur vous hem… »
Le garde était très jeune et maladroit. Elle ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose qu'on poste des bleus de la police à l'entrée de Terminal City. C'est certain que personne ne voulait de ce boulot.
-« Ok, faites votre job, Messieurs. »
Elle leva les bras, et le jeune homme sortit de la poche de son uniforme un petit objet noir, avec capteur et écran. Max se fichait de ce qu'il scannait. Elle n'avait rien à se reprocher, et puis tant qu'il n'en profitait pas pour lui mettre la main aux miches…
-« Depuis quand vous êtes assigné à ce post ? » demanda-t-elle pour briser le silence pesant.
-« Depuis hier soir, Madame », dit le garde.
Son copain se tenait deux pas en arrière, l'arme au poing.
-« Vous allez rester longtemps ? » Le garde rangea son appareil et sortit de la voiture un bloc de feuilles grillagées et remplit une sorte de formulaire.
-« Sûrement, Madame. »
-« Alors vous pouvez m'appeler Max. »
Le garde leva les yeux et lui adressa un sourire timide. Il avait des cheveux courts, roux, et des tâches de rousseurs.
-« Et vous deux c'est comment ? »
-« Hem … Moi, c'est Ross, Madame, et lui c'est Tim », dit il en désignant son copain derrière lui.
Celui-ci avait de grands yeux marron et une belle tignasse blonde ondulée. Elle lui sourit. Si elle voulait que ça se passe bien autant se mettre les gardes dans la poche. Surtout qu'ils n'avaient pas l'air méchant.
-« Vous allez faire tout ça à chaque fois que l'un d'entre nous sortira ? »
-« Non, juste au début. Jusqu'à ce que le système soit totalement mis en place. »
-« Tant mieux. »
-« Voilà, c'est fini. »
Il déchira une petite feuille qu'il venait de remplir. Et, avec une épingle de sûreté, l'accrocha précautionneusement à la poche avant de Max. Il lui fit un grand sourire, fier de lui.
« Ross… Tim », les salua-t-elle.
Et elle s'en alla. Elle avait décidé de marcher et laisser sa moto dans le garage de Terminal City. Elle voulait savourer son droit de marcher dans la rue à coté des autres habitants de Seattle. Dans la rue, l'effervescence battait son plein. Les gens parlaient, riaient, achetaient, comme si de rien n'était. Le temps en dehors de Terminal City ne s'était pas arrêté et avait continué sa course folle sans elle. Elle slalomait entre les voitures brûlées, les étales du marché du secteur 7, les magasins… Personne ne la remarquait, personne ne la montrait du doigt… Ca c'était la liberté. Un drone passa au-dessus de sa tête. Elle eut le réflexe de se cacher, puis elle se détendit. Plus besoin !… Enfin pour l'instant !
Après trois quarts d'heure de marche et 3 zones plus tard, elle arriva enfin à Jam Pony. La dernière fois qu'elle l'avait vu c'était la nuit, et elle était dans la merde jusqu'au coup. Aujourd'hui tout était différent.
De son éternel pas nonchalant, un petit sourire mi-attendrit, mi-goguenard sur le visage, elle descendit la rampe métallique et pénétra dans le bâtiment. Personne ne la remarqua dans les allées et venues incessantes des coursiers.
-« Allez tas de feignasses !! Bougez vos fesses de mollusques et mettez-vous au boulot !! Si j'en vois un qui traîne les pattes et qui n'accomplit pas son devoir d'honnête citoyen, il peut prendre la porte, et dans la figure de préférence !!! BIP BIP BIP !! »
-« Salut patron ! » dit-elle sur un ton badin dans le creux de son oreille alors qu'elle s'était approchée de lui par derrière.
Il sursauta et se retourna…
-« Hein…c'est toi », dit il d'un air presque dégoûté.
-« Hm…c'est bon de voir que certaines choses ne changeront jamais »
-« Du genre ? »
-« Ta courtoisie, ta douceur et la chaleur humaine que tu dégages, Normal »
Il fit un sourire.
-« Alors quoi de neuf, toi et tes petits copains mutants ? »
-« Ca roule pour l'instant », dit elle en haussant les épaules.
-« Alec n'est pas avec toi ? »
-« Désolé Normal, ton enfant chéri à d'autres choses à faire. »
-« Quand tu le verras, dit lui de passer me voir… »
Normal passa derrière son bureau, et Max s'y appuya.
-« Si tu es venue pour voir Original Cindy, je crois qu'elle est au fond…à ne…rien faire…comme d'habitude », articula-t-il.
-« A vrai dire, je voulais te voir aussi… », Avoua t'elle.
-« Ha bon ? » grinça Normal en la regardant par-dessus ses lunettes.
-« J'ai besoin que tu me rendes un service… »
-« Rien que ça ? Tu as déjà mis à sac tous les locaux de Jam Pony… et je n'ai pas porté plainte… Je trouve que c'est un grand service… », Lâcha t'il d'un air dédaigneux.
-« Normal ! » Soupira la jeune femme. « Écoute… c'est pas comme si j'avais eu le choix, ok ? »
-« C'est ce qu'on dit ! » s'exclama-t-il en pointant un index accusateur sous le nez de la jeune femme pas du tout impressionnée.
-« Normal, c'est sérieux, je veux que tu acceptes certains d'entre nous dans la boîte ! »
-« Pour bosser ? »
-« Oui pour bosser. Pas pour danser des claquettes ! » Cria-t-elle.
-« Hors de question ! » dit-il en sortant de derrière son bureau avec un balai à la main.
« Normal, on a urgemment besoin d'argent ! Certains d'entre nous dorment à même le sol ! Tu penses au bébé de Gem ?? »
Il stoppa son geste, l'air crispé.
-« Et Alec ? » demanda-t-il avec une grimace.
-« Oh ça suffit avec Alec ! Nous sommes des dizaines là-dedans !... Il dort dans une vielle voiture si tu veux vraiment savoir », mentit-elle.
-« Une vielle voiture ? » demanda son ancien patron, la voix chevrotante.
-« Une vielle voiture », confirma Max
-« Et le bébé ? »
-« On leur a donné un matelas à elle et sa mère »
Max regarda Normal intensément, celui-ci cogitait à toute vitesse.
Il soupira.
-« Combien ? »
-« Combien quoi ? » demanda Max
-« Combien de gars tu comptes m'envoyer pour bosser ?! »
Max sourit à pleines dents, puis haussa les épaules.
-« Une dizaine ! »
-« Une dizaine ??! Mais je n'ai sûrement pas assez de travail pour une dizaine de tes petits copains mutants ! Une prise d'otage dans nos locaux, c'est pas forcement une très bonne pub, figure toi ! »
-« Bon … Huit alors ! »
-« Hum, hum », dit-il en secouant la tête
-« Bon alors combien tu peux en accepter ?! »
Il se remit à balayer, une expression d'intense réflexion sur le visage.
-« 6 ! Et c'est le maximum que je puisse faire ! »
-« Normal, tu es le meilleur !!! » cria la X-5 en le gratifiant d'une tape amicale sur l'épaule.
-« Ouais… je sais…mais tu m'as pris par les sentiments !... C'est très lâche », dit-il en massant l'épaule ou la jeune femme avait frappé.
-« Ah parce que tu as des sentiments toi maintenant ?! » rit-elle.
-« Je les veux tous les 6, demain à 8 heures tapantes ! Pas de retard, pas d'excuses … et veille à ce qu'ils aient tous l'air… humain… Compris ?! »
-« Compris ! » fit-elle.
-« Allez ! Déguerpis, avant de te prendre un coup de balais ! HEY VOUS DEUX LA, AU FOND !!! Vous croyez que je ne vous vois pas vous bécoter comme des sagouins ? Décollez-vous et filez bosser avant que je ne vous jette un seau d'eau sur la tête ! C'est pas un HOTEL ICI !!! BIP BIP BIP !! »
« Et oui », pensa-t-elle, amusée. « C'est bon de voir que certaines choses ne changent pas… »
Elle avança vers les casiers. Elle y était passée un bon millier de fois et rien n'avait changé. Tout ça lui manquait. Elle trouva Original Cindy là où Normal lui avait indiqué. La jeune femme était en grande conversation avec Sketchy, son autre ami.
-« Salut vous deux ! » lança-t-elle avec un sourire sardonique.
-« MAX !! » cria le jeune coursier en lui lançant un large sourire niais et en écartant les bras.
Ils se serrèrent rapidement.
-« Qu'est ce que tu fiches ici ?! » demanda Sketchy en se grattant la nuque.
-« Je passais dans le coin », répondit vaguement la X-5 en haussant les épaules.
Original Cindy s'approcha lentement de Max et posa une main sur son épaule.
-« Original Cindy est foutument contente de te voir, Boo », dit-elle doucement en serrant son amie dans ses bras.
-« Moi aussi, ma sœur. »
-« Le coin est devenu chiant à mourir sans toi, ma belle », dit-elle en faisant la moue.
-« Vous me manquez aussi ! »
-« Alors, que nous vaut l'honneur de ta visite, beauté ? »
Max s'assit sur le banc, et s'adossa aux casiers. Cindy fit de même et Sketchy se posta devant elles.
-« J'ai besoin d'un service. »
-« Tout ce que tu voudras, Boo. Dis-nous juste quel cul on doit botter ? »
-« Aucun pour l'instant », rit Max.
-« Vas-y, balance », dit OC en secouant son abondante crinière.
-« On manque de tout à Terminal City : de nourriture, de fringue, de meuble… C'est devenu pire que tout ces derniers jours. J'aurais besoin de vous pour certains trucs. Par exemple… pour une collecte de vêtements ou… »
-« Ca Original Cindy peut le faire, poupée. Les fringues, ça la connaît. »
-« Merci, ma sœur », dit-elle en tapant de son point sur celui de son amie.
-« Et moi ? » dit Sketchy.
Max fit la grimace.
-« On a besoin de Tryptophane, le plus possible. De quelques médicaments, pour les premiers soins. Mais le Tryptophane, c'est le plus urgent. Beaucoup d'entre nous ont fréquemment des crises et on n'a pas vraiment de stock. »
-« Je vais voir ce que je peux faire », dit Sketchy avec un sourire rassurant.
-« Merci, les gars », murmura Max.
-« On ferait n'importe quoi pour toi, on se demandait juste quand tu te déciderais à nous demander un peu d'aide à la grande asperge et à moi ! »
-« Voilà chose faite », souffla Max
-« Ca vous dirait une bière au Crash les filles ? Comme au bon vieux temps ? » demanda le jeune homme en se frottant les mains.
-« OK, mais pas longtemps, et c'est toi qui paies ! Si je ne rentre pas très vite, Mole aura étripé la moitié de Terminal City avant ce soir. Oh et encore une chose, j'ai convaincu Normal d'accepter 6 des nôtres ici, est-ce que vous pourriez garder un œil sur eux ? Juste au cas où ? »
-« Pas de souci, poupée », dit Cindy d'un air entendu.
-« Ce bon vieux Normal m'étonnera toujours. Comment tu t'y es prise pour qu'il accepte ? » Demanda Sketchy.
-« Oh torture, maltraitance, flagellation…. La routine », dit la X-5 en riant.
Et ils sortirent tous les 3 comme « au bon vieux temps ».
- Terminal City.
Mole, le cigare pendu aux lèvres, hurlait sans interruption depuis des heures. Ils avaient entrepris de sortir les objets irrécupérables des bâtiments destinés à l'habitation. Certains étant très gros, il avait fallu les sortirent par les fenêtres. Enfin ça, c'était l'excuse qu'avait trouvé Mole. La vérité étant qu'au début il trouvait très drôle le fait de faire tomber des choses sur le sol. Il avait vite changé d'avis…
-« Des SOLDATS ça ??! Mon CUL !! Par la droite j'ai dit !! HEY TOI !! Tu crois que je t'ai pas entendu ?? Viens un peu ici que je botte tes petites fesses de cloporte !! »
« Je crois que c'est officiel mon cher Mole… Tu n'as absolument aucune autorité », dit Alec sur un ton léger.
-« La ferme blanc-bec !!! Je gère !! » Hurla l'homme-lézard en postillonnant.
-« Si tu le dis mon pote », dit le jeune X-5 en levant les mains.
-« Hey toi ! J'ai dit que celui-là restait à l'intérieur ! A L'INTERIEUR !! ….. MAIS POURQUOI TU L'AS LACHE ??? CRETIN !!! »
Alec regardait le spectacle avec délectation. Il aurait pu l'aider mais… non. C'était beaucoup plus divertissant comme ça.
« Ce n'est pas tout ça, mais tu as du boulot mon grand » se dit-il à lui-même. Il se retourna et poussa un cri de frayeur.
-« POURQUOI ?? Pourquoi à chaque fois que je te vois ça me fait ça ? » Demanda le X-5 encore essoufflé à Sydney.
Celui-ci haussa les épaules, les yeux rivés sur Alec, un sourire énigmatique sur le visage.
-« Qu'est ce que tu veux ? » demanda le jeune homme en se remettant de ses émotions.
-« Ze veux venir ! »
-« …venir…. », dit Alec avec une grimace d'incompréhension.
-« Demain en ville ville ville ! »
Alec sourit et se mit à marcher vers le bâtiment abritant la salle de contrôle.
-« Sûrement pas », marmonna-t-il
-« Pourquoi ? » demanda le minuscule Freak.
-« E bien, par ce qu'il nous faut des gens forts et grand au cas où on a des choses lourdes à porter, OK ? »
-« Pourquoi ? » demanda Sydney sur le même ton.
-« Par ce qu'on a besoin de meubles et de choses du genre et que sans vouloir te vexer, tu n'as pas exactement la carrure d'un déménageur, si tu vois ce que je veux dire. »
-« Pas graf ! Ze vais v'nir quand même ! »
-« Mais non ! » dit le X-5 en se retournant vers le freak qui le talonnait de près. « Et arrête de me suivre ! »
-« pourquoi ? »
-« Par ce que ! » Alec se remit à marcher
-« Par ce que quoi ? » Syd se remit à le suivre
-« Par ce que j'ai plein de choses à faire et à organiser ! »
-« Pour demain ? »
-« Oui ! Pour demain. Alors si tu veux bien m'excuser. »
-« Tu vas où ? »
-« Loin ! De toi ! » dit Alec qui commençait à singulièrement s'énerver.
-« Pourquoi ?! »
-« Par ce que …tu poses trop de questions ! »
-« Et c'est pas bien ?! »
-« Mais ! Pourquoi tu continues à me suivre ? »
Syd haussa les épaules.
-« Bah on discute ! » dit-il de sa petite voix.
-« Ah … et bien je t'informe que la discussion prend officiellement fin. »
Le petit se tut enfin mais continua à suivre le X-5. Celui-ci regarda derrière lui, ouvrit de grands yeux et s'arrêta à nouveaux.
-« Qu'est ce que tu fais ? »
-« Bah ze marche enfin ! » dit Sydney en se grattant le nez, et en le regardant de ses petites billes noires.
-« Oui mais… ne pourrais-tu pas aller marcher ailleurs ? »
-« Mais ze vais au même endroit que toi ! » dit Syd.
-« Et comment tu sais où je vais ? »
-« Par ce que t'es touzour fourré au même endroit. »
Alec ne trouva rien à répondre à ça. Il se frotta les yeux du pouce et de l'index.
-« Tu… n'étais pas sensé aider Joshua, Gem et les autres avec les badges ? »
-« Non, non, non. »
Alec comprit qu'il ne s'en débarrasserait pas aussi facilement et se remit à marcher, le freak toujours derrière lui. Il accéléra, encore et encore. Puis il se mit à trottiner, puis enfin à courir, Syd sur ses talons…
« Pourvu que Mole n'ait rien vu », se dit le X-5 en se sentant parfaitement ridicule.
-Secteur 8
-Samedi 15 mai 2021
Il était très tôt, les rues étaient encore peu fréquentées à cette heure matinale. Elle était pourtant assise là depuis un moment, à la terrasse d'un petit café. Appuyée lascivement contre le dossier de sa petite chaise métallique, elle s'alluma une cigarette. Doucement, elle recracha un nuage de fumée de sa bouche savamment maquillée. Ses longs cheveux blonds et raides tombaient en cascade sauvage sur ses épaules. Elle portait un petit ensemble léger d'un blanc éclatant, un bustier et une jupe courte, recouvert d'un petit manteau blanc également aux reflets plastiques argentés. Ses jambes interminables étaient croisées et se balançaient doucement. Elle portait aussi une paire de bottes beiges à talon. Elle but une gorgée de sa vodka tonic et regarda alentour.
« Quel trou pouilleux », pensa-t-elle avec hargne et dégoût.
Un petit homme ventru aux cheveux gris apparut au bout de la rue. Il semblait essoufflé. Il marcha jusqu'à elle, l'air indécis.
-« Bonjour Monsieur le Maire », dit-elle langoureusement.
Elle lui tendit une main qu'il serra.
-« Quel poigne », dit-il avec un sourire nerveux en se massant les articulations.
Elle eut un sourire étrange.
-« Asseyez-vous, je vous en prie », l'invita-t-elle en désignant la chaise qui lui faisait face. Il prit place, jetant des regards inquiets autour de lui.
Un vigidrone passa au-dessus de leurs têtes.
-« Je me présente : Jade Van De Camp… Je crois que nous avons un intérêt commun qu'il serait bon que nous partagions. »
-« Très bien, très bien… C'est un drôle d'endroit pour une rencontre. »
-« J'aime la discrétion Monsieur le Maire, vous aussi, j'en suis certaine. »
Il la regarda, indécis.
-« Qu'est donc cet intérêt commun vous demandez-vous ? A cela je serai directe avec vous, Monsieur le Maire : les transgéniques »
-« Je ne comprends pas », répondit-il, méfiant.
-« Si je vous ai contacté, c'est parce que vous et moi, avons intérêt, autant l'un que l'autre à mettre un terme aux agissements de ces êtres anormaux. Laissez-moi vous expliquez : Vous êtes Maire depuis peu si ma mémoire est bonne, c'est mal chance que ces monstres se manifestent durant votre mandat. Les imaginez vous… voter ? Les imaginez-vous… enseigner dans des écoles, au milieu de nos enfants ? Travailler à côté de chez vous ? Ces êtres ont des capacités que vous ne pouvez imaginer. En gagnant la confiance des gens de cette ville, ils seront acceptés, ils évolueront, se reproduiront avec la population… et alors la situation sera devenue tellement incontrôlable qu'il sera inévitable que l'un d'eux arrive au pouvoir ! Cette… Max Guevara pourrait très bien un jour devenir Maire de Seattle à son tour. C'est ce que veulent ces êtres Monsieur le Maire, c'est pour cela qu'ils furent créés ! Pour le pouvoir ! Vous imaginez l'un d'eux se mariant à votre adorable petite fille Lisbeth ? Lui faisant des enfants capables de soulever la magnifique table en chaîne qui trône dans votre bureau ? Ces êtres sont un virus qu'il faut éradiquer à tout prix avant qu'il ne soit trop tard ! Et je suis l'antidote qu'il vous faut ! Un antidote… très arrangeant… », conclut-elle en faisant glisser sur le sol un petit attaché-case noir.
Le Maire le saisit et l'ouvrit. A l'intérieur, d'énormes liasses de billets verts. Il regarda autour de lui d'un air affolé.
-« Quel est votre plan ? » chuchota-t-il
-« Mes… employeurs et moi-même avons échafaudé un plan qui ne peut que réussir, mais qui n'est certes pas d'une immense discrétion… c'est là que vous intervenez. Fournissez-moi les informations dont j'ai besoin, et du reste… il vous suffira de ne rien faire ! Fermer les yeux », dit-elle avec un sourire entendu.
-« Qui sont vos employeurs ? » Demanda le gros homme en épongeant son front avec son mouchoir en soie.
-« Ils ne désirent pas être connus », dit Jade en écrasant sa cigarette sur la table.
-« Ils sont discrets quand ça les arrange », souffla le Maire. « Je… je ne sais pas… je ne suis pas tout seul dans cette affaire… cela pourrait se retourner contre moi et … »
-« Monsieur le Maire… je crois que vous ne comprenez pas bien… », L'interrompit-elle en se penchant vers lui, le regard brillant. « Vous ne comprenez pas bien à quel point je peux être… très… très, très arrangeante. »
Elle lui adressa un regard fiévreux, sous la table, ses bottes beiges voyagèrent jusqu'à la cuisse du Maire. Celui-ci lui sourit d'un air gourmand.
-« J'ai loué une chambre », murmura-t-elle langoureusement.
-« Vous êtes bonne… en affaire Miss Van De Camp », dit le Maire, sans plus aucun doute dans la voix.
-Quelques part aux alentour de la ville de Boise (Idaho)
-Durant l'après midi
Elle ne s'était pas arrêtée ou presque pas. La route défilait encore et toujours, hypnotisante. Tous les décors y étaient passés : La ville, la campagne, le désert, la forêt… La seule constante était la musique. L'écouter lui évitait de penser aux choses qui, d'ordinaire, lui trituraient l'esprit. Le radiocassette déversait à pleine pompe une chanson dont le titre devait être « Born with nothing, Die with everything » vu le nombre de fois ou le chanteur le répétait.
Elle était passée près d'une ville appelée Salt Lake City. Elle ne semblait pas avoir été trop touchée par l'impulsion : les bâtiments étaient propres, les rues dégagées et les gens courtois. Si elle n'avait pas été si pressée de mettre autant de distance entre elle et San Francisco, elle aurait aimé y passer plus de temps. Il devait y avoir de belles choses à voler là-bas.
La chanson résonnait dans ses oreilles, elle appuya sur l'accélérateur, la vitesse aussi était un bon moyen d'oublier toutes pensées…
-Seattle, secteur 8
-Au même moment
Jade van De Camp sortit de l'hôtel ou elle avait réservé une chambre beaucoup plutôt dans la journée. Elle parcourut la rue à pied, tourna à gauche puis sortit son portable d'un geste plein de grâce et d'élégance.
-« Ferguson ?…C'est moi…oui c'est fait… Ce gros débile a marché. Je lui ai filé le fric et j'ai donné de ma… personne », gloussa-t-elle en remettant son décolleté en place. « …Après ça, cet espèce de mollusque me léchera les pieds au premier claquement de doigts……. non je ne lui ai rien dit. Pour qui me prends-tu ?!!? … Oui et bien dépêche-toi de venir me chercher ! Je me pèle dans cette robe ridicule !! » Et elle raccrocha.
Un sourire limite machiavélique déforma son magnifique visage. Elle était née de rien, sa famille était de loin l'une des plus haïes de leur communauté, mais grâce au culte… elle mourra au sommet !
Fin du chapitre 2 « Born with nothing, Die with everything »
Prochain chapitre : « San Francisco »
