Notes:

- Ca va faire des années que cette histoire est en projet. Je pensais approcher la fin, et puis finalement jme suis rendue compte que jpouvais faire plus que ça, et que j'en avais l'envie... Donc là j'ai encore le plein d'idées pour vous faire chier avec qqs chapitres :)

- Ensuite, je voulais vous parler d'une petite chose... Bien que cette histoire soit dans le passé, ne prenez pas en compte le tome 7 pour ceux qui l'ont lu. Ne l'ayant pas lu moi-même (attendant ardemment la version française...) qui sait, peut-être qu'il y a des éléments que JKR développe enfin dans son dernier tome... Si c'est le cas, merci aux anglophones d'y faire abstraction et d'(essayer d') apprécier quand même mon histoire ;)

- Et bon, comme ça fait des siècles qu'il n'y a pas eu de nouveau chapitre (suis pardonnée au fait ?) Je vais vous résumer en trois mots le précédent :

Euhbataille… imminante… apocalypse… Et merdeuh ça fait déjà trois. Bon on va en mettre plus

Susan et Bertrand, contre toute attente, ont enfin trouvé le lieu où Grindelwald tiendra sa réunion secrète à Paris… Ayant réussi de justesse à prévenir quelques alliés britanniques, Susan s'apprête à se battre contre une centaine de Partisans de Grindelwald, participant ainsi à la bataille qui, peut-être, (et j'insiste hermoniesquement sur ce dernier mot) qui peut-être mettra fin à la guerre de son époque, la deuxième guerre mondiale. Pendant ce temps, Bertrand, impuissant, reçoit dans son appartement la visite d'une connaissance.

- Ah oui, dernière chose : lorsque des dialogues écrits en français sont en italique, c'est qu'il s'agit de paroles en français dans l'histoire. (et oui, n'oubliez pas qu'il s'agit de personnages anglais, donc qui parlent anglais, mais bien évidemment traduit en français dans le texte… c'est pas compliqué, hein?…)

- Ah, et dernière des dernières choses : Minerva est d'âge avec Yarley, et donc est plus jeune que Susan. Elle vient de sortir de Poudlard, elle n'est pas encore professeur. (que fait-elle ? Bonne question, peut-être vais-je développer ça dans de futurs chapitres… ) Si je précise tout ça, c'est juste que je me rappelle quelqu'un (lance un regard inquisiteur à travers la pièce) qui m'a fait comprendre dans une review (je ne te haïs pas pour autant, chèr(e) ami(e), n'ait d'inquiétude) qu'on voyait notre chère personnage comme une sorcière expérimentée, déjà prof à Poudlard. Mais non… Imaginez là, sans rides et sans lunettes, jeune et pleine d'énergie.

Voili voilou (ok, je sors)

BONNE LECTURE!


- - - - -CHAPITRE 12 - - - - -

QUE LA BATAILLE COMMENCE

La première personne qui lui sauta aux yeux fut le Führer en personne. Il était d'une taille impressionnante et, bien qu'il n'eu pas une allure particulièrement colossale, il émanait de la force de cet homme. Susan et les autres étaient assez éloignés de lui, et pourtant elle avait l'impression que son visage était taillé dans du roc. Il avait des rides très profondes, peut-être creusées d'avantages par des cicatrices, et pourtant il n'avait pas les cheveux de couleur blanche, mais d'un brun très foncé, coiffés impeccablement, raie sur le côté. Mais son regard, c'était son regard strict qui frappait le plus. Et lorsque ce regard balaya les Alliés, Susan se sentit particulièrement mal à l'aise. Il se tenait au centre de l'immense pièce, sur une estrade dorée, qui lui donnait encore plus de grandeur qu'il n'avait déjà, et plusieurs immenses lustres étincelants en or rigide, ne supportant aucune bougie mais d'où émanait une lueur presque aveuglante, étaient suspendus au plafond et l'éclairaient comme en plein jour. Et, petit à petit, chaque sorcier allié put voir apparaître sur le visage sec de Grindelwald un sourire étrange, un sourire empreint de folie.

Tous ses disciples sorciers, une centaine de Partisans, peut-être plus, étaient autour de lui. Tous habillés de robes de sorciers rouges, ils portaient cette fameuse croix nazie dans le dos, une croix noire, impressionnante, terrifiante. Ils se tournèrent tous vers le groupe des Alliés.

Une soudaine terreur envahit alors Susan. Eux, sorciers anglais, n'étaient que vingt huit. Alors que les Partisans étaient cinq fois plus nombreux. Si seulement ils avaient eu plus de temps pour prévenir les autres…

Dumbledore s'avança vers les ennemis, et, contrairement à Susan, ne sembla avoir aucune crainte. Les Alliés marchèrent fidèlement derrière lui. Ils marchaient tous ensemble à la même allure, la tête haute. Mais ils allaient droit au suicide…

Pourtant, Susan ressentit un sentiment étrange et fort. Le courage surpassait peu à peu la peur. Plus que du courage, c'était de l'honneur. L'honneur de combattre pour leur liberté, pour la liberté du monde entier. Soudain elle eut un flash back. Elle revit ses grands-parents, une expression confiante sur leurs visages. Et elle vit également Bertrand. Son visage souriant, son regard sincère et émerveillé. Elle entendit même le son de son rire franc. Elle ne le reverrait sans doute plus jamais. Avec un terrible nœud dans la gorge, elle continua d'avancer. Ses yeux commencèrent à briller. C'était pour lui qu'elle se battrait. Pour qu'il vive dans le monde où il voulait vivre. Pour qu'il retrouve son Paris et sa France d'avant. Elle se rendit compte qu'elle serrait tellement sa baguette qu'elle ne la sentait plus entre ses doigts. Elle se rendit compte aussi qu'elle aimait ce français plus qu'elle n'avait jamais aimé n'importe quel autre garçon. Une larme coula le long de sa joue. Elle l'essuya rapidement. Ce n'était pas le moment de pleurer… Si ses yeux s'embuaient elle n'aurait pas une vision assez nette. Il fallait qu'elle se défende du mieux qu'elle pouvait.

-Dumbledore… Murmura alors Grindelwald d'une voix terriblement douce. J'avoue que je ne m'attendais pas le moins du monde à vous voir arriver ici. Si ça avait été le cas, j'aurais prévu quelques toasts en votre honneur…

Des petits rires s'élevèrent du rang adverse.

-Je ne vous en tiendrais pas rigueur, répliqua Dumbledore, les yeux rieurs. Je voulais simplement vous annoncer que vous êtes tous en état d'arrestation.

Cette fois-ci des éclats de rire fendirent le silence qu'avait laissé Dumbledore.

-En état d'arrestation ? Répéta Grindelwald sur un ton faussement étonné. Oh Scheiße

Susan se rendit compte alors qu'en dépit du fait qu'il était allemand, il parlait parfaitement la langue anglaise.

-J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur non plus du fait que nous allons réduire en miette votre poignée de sorciers, et vous par la même occasion. Vous êtes tellement peu nombreux…

-Nous sommes peut-être peu nombreux, répliqua Dumbledore, mais cela ne signifie pas que vous vaincrez. La force n'est pas dans le nombre mais dans le courage.

De nouveaux des rires.

-Soyez assuré que mes hommes sont également très courageux…

-S'ils étaient courageux ils n'auraient pas emprunté le chemin facile et enivrant qu'est la magie noire.

Les rires s'arrêtèrent.

-Vous avez fait une erreur ce soir, reprit Dumbledore, celle de réunir tous vos Partisans. A présent vous êtes tous démasqués.

L'horrible sourire de Grindelwald s'accentua.

-Je vous en prie, Dumbledore… Admettons qu'une vingtaine de pitoyables sorciers arrivent à nous vaincre tous, admettons… Vous croyez peut-être que seuls les sorciers ici présents ont accepté de me suivre ? Il y en a d'autres, Dumbledore ! D'autres, par exemple, qui sont retenus par leurs études, mais qui m'ont juré fidélité !

Du coin de l'œil, Susan vit Dumbledore bouger légèrement la tête.

-Et oui, Dumbledore, vous m'avez bien entendu… Il y en a d'autres à Poudlard, par exemple…

Susan jeta un regard à son ancien professeur. Les yeux fixes, Dumbledore semblait combattre en lui une haine intérieure. Puis soudain son visage redevint calme, et ses yeux pétillèrent.

-J'espère que vous vous êtes préparés à mourir avant de venir ici, continua Grindelwald d'une voix qui se voulait tonnante, tandis qu'il faisait quelques pas sur l'estrade, les mains derrière le dos.

-Et bien, j'ai le regret de vous dire que non… Avoua Dumbledore.

La lueur qu'il avait dans le regard s'embellit et s'intensifia.

-Mais nous nous sommes préparés à défendre notre honneur, reprit Dumbledore, totalement immobile. Nous nous sommes préparés à faire cesser ce chaos que vous avez semé sur cette terre. Nous nous sommes préparés à vous vaincre, vous et tous vos Partisans.

A peine eut-il fini de parler que les Partisans en question éclatèrent à nouveau d'un rire sonore. Susan eut un frisson dans le dos. Grindelwald, la tête bien haute, au-dessus de toutes les personnes présentes, tel un roi, souriait toujours comme s'il écoutait la plus belle mélodie au monde. Quand le rire des sorciers commença à s'éteindre, Dumbledore reprit la parole d'une vois plus forte que jamais, qui résonna à travers toute la salle, et qui emplit le cœur des Alliés d'un nouveau courage.

-Et je dois également vous avertir, Grindelwald, que nous nous sommes préparés à bien plus que ça !

Au même moment, dans la plus grande surprise de Susan, de ses compagnons et de tous les ennemis, une des portes sur leur gauche s'ouvrit à la volée dans un jet de lumière rouge. De nombreuses personnes entrèrent alors. Des sorciers. Des sorciers non pas vêtus d'une robe rouge portant une horrible croix noire dans le dos, mais portant des robes aux tons différents, aux allures différentes, comme de simples clients d'une rue de commerce magique, ou même affublés de vêtements moldus. Ils faisaient partie des Alliés. Si Susan ne se trompait pas, il s'agissait là de sorciers français. Sans se retenir, un large sourire fendit son visage. Elle se tourna d'un geste brusque vers les autres sorciers anglais. Tous les visages s'étaient illuminés. Susan eut envie de crier de joie.

-Soit, dit soudain Grindelwald avec les restes d'un sourire sur son visage, en ne bougeant plus d'un pouce. Vingt de plus. Ce n'est pas ce qui nous arrêtera. Personne ne peut nous arrêter… Personne ne peut m'arrêter MOI !

Son cri résonna à nouveau à travers l'immense salle. Mais presque aussitôt interrompu par un deuxième bruit sourd. Il provenait d'une autre porte sur la droite. Cette fois-ci, les battants ne se contentèrent pas de s'ouvrir à la volée, mais l'un des deux s'arracha complètement et vola à travers l'immense salle pour venir s'écraser contre le mur d'en face. Derrière la lumière rouge qui se dissipait peu à peu, d'autres sorciers en grand nombre accoururent dans la pièce, baguette en main, parés à l'attaque.

-Voulez-vous que je vous les présente ? Demanda alors Dumbledore en faisant quelques pas en avant. Voici les sorciers français… Et croyez-moi bien, ils sont vraiment, vraiment très attachés à leur charmant pays.

Au même moment une autre porte, la dernière qui se trouvait derrière Grindelwald, s'ouvrit une fois de plus dans un halo rouge flamboyant. Susan ne vit pas le nombre de sorciers qu'il y avait, cachés par les Partisans du Führer, mais elle l'imagina bien en voyant que plusieurs sorciers ennemis semblaient de moins en moins sûrs d'eux.

-Et croyez-moi, continua Dumbledore, ils sont vraiment, vraiment très contrariés que vous ayez pris possession de leur territoire.

Le sourire de Susan s'élargit. Elle se mordit les lèvres. La rage de vaincre s'imposait en elle. A présent il y avait un réel espoir… Il y avait même un immense espoir. Elle regarda les Français s'approcher des ennemis en les encerclant. Il s'agissait d'hommes, de femmes, les cheveux grisonnants ou le visage à peine mature… Ils étaient de tout âge et de caractéristiques différentes. Cependant ils avaient tous un point commun : cette lueur dans leurs yeux. Non pas une lueur folle comme le Führer, mais une lueur semblable à celle de Dumbledore. Et Susan comprit à cet instant que tous les Alliés présents, anglais comme français, possédaient chacun la même lueur dans le regard, et elle comprise.

Ses yeux étaient posés sur le papier peint à rayures de la pièce. S'il avait eu assez de sensibilité artistique en lui, il se serait aperçu que le motif des murs apportait un style victorien à la pièce qui ne suivait pas du tout avec le style contemporain des meubles. Ce n'était pas étonnant venant de son maître qui s'était installé précipitamment, et qui risquait de partir encore plus vite si on découvrait sa véritable identité. Mais, étant issu d'une race canine, cette sensibilité il ne l'avait pas en lui, et il ne se rendit même pas compte qu'il regardait un mur. Seul lui importait le ton avec lequel parlaient les deux hommes debout près de lui. Il sentait dans la voix de son maître et de son compagnon que leurs cœurs battaient plus vite qu'à l'accoutumée. Celui qui venait d'arriver était essoufflé, il avait dû courir en montant les escaliers. La chose qui leur tenait lieu de sujet de conversation était très importante. Et lui attendait patiemment, assis à terre. Inutile de gâcher des forces. Il allait bientôt y avoir de l'action.

Quelques instants plus tard il descendit les escaliers si vite qu'il faillit s'étaler sur le palier. Une fois dans le hall il jeta un regard derrière lui. Bertrand et son compagnon le suivaient de près. Une fois la porte de l'immeuble ouverte il se précipita dehors. Il ne montrait aucun signe de joie. Il ressentait pourtant de l'excitation, tous ses sens étaient en alerte. Le moindre bruissement de feuille d'arbre le faisait sursauter. Tous trois s'approchèrent d'une voiture noire garée devant l'immeuble.

-Monte Merlin, dit Bertrand en ouvrant la portière côté passager.

Il monta, suivi de près par son maître, tandis que le deuxième homme prenait le volant.

-Ils sont vraiment là-bas ? Demanda Bertrand une fois la portière refermée, tandis que Merlin posait sa gueule sur ses genoux.

-Oui, c'est le gérant de la Tulipe Rouge lui-même qui est venu nous trouver, répondit Jean au volant.

C'était un homme brun qui approchait la trentaine, le meilleur ami de Bertrand depuis ses débuts à la Résistance. Il alluma le contact, appuya sur l'accélérateur et pris un virage serré à droite dans un crissement de pneu.

-Il savait qui nous étions, reprit-il. Depuis longtemps il se doutait que nous faisions partie de la Résistance.

-Tu es sûr que nous pouvons avoir confiance en lui ?

-Il ne nous a pas menti. S'il avait voulu nous trahir, il l'aurait fait depuis longtemps. Et puis il nous a raconté son histoire et je le crois. Il nous a expliqué qu'ils avaient fait pression sur lui pour réquisitionner son immeuble. Ils ne lui ont laissé que le café au rez-de-chaussée. Ils ont su le faire taire et le dissuader d'aller fouiner à l'étage et à la cave de sa propre maison. Il avait vraiment peur. Il n'a pas cessé de pleurer comme un bébé en nous racontant toute l'histoire…

Son maître réfléchit un instant. C'était toujours le cas lorsqu'il prenait cette expression fermée et indéchiffrable. Lui commençait à s'impatienter. Il se redressa, posa ses deux pattes avant sur Bertrand et regarda à travers le carreau. A l'extérieur, la ville défilait devant ses yeux. Il faisait noir et quelques lumières passaient devant lui aussi vite que des oiseaux. Les oiseaux… Il adorait courir après eux. Mais ce n'était pas le moment de penser à s'amuser. Il sentait que son maître était également préoccupé par autre chose. Quelque chose en rapport avec cette femme qui avait une si bonne odeur de franchise et de gentillesse. Il savait que c'était le seul être humain qui rendait son maître vraiment heureux depuis longtemps.

Bertrand se tourna vers son meilleur ami.

-Jean, il faut que tu saches une chose…

A peine trois secondes de silence pesant régnèrent sur toute l'immense salle. Puis d'un même geste, dans une même pulsion d'attaque, toutes les baguettes s'illuminèrent de jets de toutes les couleurs, si bien que durant un court instant la salle sembla être animée d'une lumière divine.

Mais il fallait bien que les sorts atteignent un objectif, et à peine Susan eut-elle le temps de lancer sa première attaque, qu'elle reçut un sortilège qui la poussa violemment contre le mur en heurtant quelqu'un de plein fouet. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, une scène étrange s'offrit à elle. Un enchevêtrement de couleurs, de sons et de lumières, voilà ce qui décrivait le mieux la vision qu'elle avait. Absolument tout était mobile, depuis le mouvement des baguettes jusqu'à la traversée que fit l'un des battant rouge d'une porte en allant s'écraser sur l'estrade au centre de la pièce. C'est à ce moment là que Susan se rendit compte que Grindelwald n'était plus dessus. Elle se releva d'un bond et regarda autour d'elle. Malheureusement il y avait trop de jets, d'halos de lumières et de mouvements pour tenter de voir de l'autre côté de la pièce. Mais la sorcière se dit qu'elle avait mieux à faire que de regarder autour d'elle, surtout qu'un petit groupe serré de Partisans fonçait droit dans sa direction. Elle ne savait pas très bien ce qu'ils faisaient, mais ce qui était clair c'est qu'ils hurlaient des sorts sans s'arrêter tout en avançant au fur et à mesure.

-Attention ! Hurla alors Minerva McGonagall en plaquant un sorcier au sol, lui évitant ainsi un sort de stupéfication.

La douzaine de Partisans étaient à présent très proches. D'après leur trajectoire, ils se dirigeaient vers l'une des portes. Une idée vint alors à l'esprit de Susan. Elle regarda autour d'elle et reconnut Hyppolite Joplin et Yarley Anbrowes qui venaient de repousser et d'assommer deux Partisans.

-Hyppolite, Yarley ! Hurla alors Susan tandis que les deux Alliés se tournaient vers elle. Ils veulent sortir !

Alors qu'elle montrait du doigt le groupe de Partisans, ils hochèrent tous deux la tête et appelèrent d'autres Alliés en accourant vers les deux battants que Dumbledore avait presque arrachés. Susan lança des sorts tout en accourant dans la même direction.

-Petrificus Totalus ! S'exclama-t-elle en dirigeant sa baguette sur le premier ennemi de la file, qui n'était plus qu'à trois mètres d'elle.

L'homme en question reçut le sort en pleine face, trop lent pour le contrer, et se raidit aussitôt comme une planche. Il tomba alors en avant dans un bruit sourd, provoquant ainsi la chute de quelques Partisans qui s'emmêlèrent les pieds sur le corps inerte et se retrouvèrent face contre terre, tandis que quelques sorciers alliés profitèrent de la situation pour prendre le dessus. Susan eut un sourire conquérant en reprenant son souffle.

Dans une magnifique gestuelle typiquement moldue de la main gauche, Alastor envoya son ennemi à quatre pattes, tandis qu'il en expulsait un autre de sa main droite a l'aide de sa baguette. Il jeta un coup d'œil furtif derrière lui et vit du coin de l'œil Minerva repousser un ennemi aux longs cheveux noirs et à la peau blanche comme la neige, avant de retourner s'occuper d'un autre Partisan qui venait de faire tomber un Allié.

Minerva fut attrapée au cou par un bras puissant. La personne derrière elle soufflait de jubilation, et en baissant les yeux sur sa main, Minerva reconnut la peau blanche de celui qu'elle venait de jeter à terre. Non seulement il avait le visage sans sourcils d'un monstre de foire, mais en plus il en avait la force et l'haleine. Qu'un homme ait un physique trop peu avantageux pour sortir dans la rue sans que quelqu'un se mette à hurler de peur, Minerva n'en tirait aucun préjugé, mais qu'il ne fasse même pas un effort pour pouvoir parler sans qu'on ne tombe comme une mouche, ça elle ne le comprenait pas.

-Tu paieras pour te révolter contre le Maître ! Dit l'ennemi d'une voix d'outre-tombe dans un accent allemand, mais avec un timbre qui ne trompait pas quant à sa nature…

-Une femme ! S'exclama Minerva en ne pensant même plus à l'odeur nauséabonde qui venait de s'intensifier.

Mais ses mots furent perdus dans un son étranglé de toux suraiguë, tant sa gorge était serrée par le bras de l'allemande. Ce fut à ce moment là que Minerva décida d'agir…

Son talon fin partit en arrière d'un cou sec, et lorsqu'elle entendit un os de la jambe craquer et le cri perçant de la femme, le bras puissant libéra son cou. Minerva fit volte-face et envoya un sort à son ennemie. Aussitôt des cordes apparurent de l'extrémité de sa baguette et ligotèrent l'allemande tombée à terre, qui ressemblait à présent à un vulgaire saucisson se tortillant dans tous les sens.

En levant les yeux, Minerva aperçut Yarley et fut étonnée par le sérieux qu'il arrivait à maintenir tout en se battant. Elle aurait plutôt pensé le voir courir à travers la salle, poursuivi par une horde de Partisans qu'il aurait provoqués verbalement, comme elle l'avait souvent vu faire avec quelques élèves de Serpentard à Poudlard. Mais au lieu de ça il manipulait la baguette avec une vitesse fulgurant, accumulant au fur et à mesure la chute de ses ennemis.

Yarley, pris d'une soudaine crampe à la main, baissa le bras et se massa le poignet en voyant que le groupe de Partisans était enfin à terre, celui-là même qui avait couru après lui dès que Yarley les avait insultés de « bouse de dragon ». Il surveilla ses arrières et fut étonné de surprendre un hochement de tête admiratif de la part de Minerva. Il lui adressa un large sourire de vainqueur et se tourna en regardant un autre groupe de Partisans. Il pointa sa baguette sur sa gorge et murmura « sonorus ».

-Pouvoir aux impurs ! Hurla-t-il de tous ses poumons, d'une voix qui résonna avec puissance dans toute la salle.

Les mots qu'il venait d'entendre lui firent l'effet d'un coup de poing. Caradoc sut tout de suite que Yarley avait été trop loin cette fois-ci. Lorsqu'il se tourna vers lui, il vit de nombreux Partisans faire volte face d'un même mouvement vers le jeune anglais. Beaucoup arboraient des sourires goguenards, féroces même. Il lui sembla que le temps avait ralenti et qu'une atmosphère de glace avait gelé le combat. Les Partisans se regardèrent en faisant quelques pas lents, non pas vers l'avant, mais en encerclant Yarley qui gardait son sourire chenapan. Plusieurs Alliés qui n'étaient pas occupés à se battre tentèrent de casser ce mur de brique, mais en vain. Bientôt les ennemis entourèrent complètement Yarley, qui perdit son sourire lorsqu'il comprit son erreur. Caradoc regarda autour de lui et s'aperçut qu'il n'était pas le seul à craindre pour le jeune anglais. Minerva semblait avoir reçu un saut d'eau. Ses yeux étaient grand ouverts sur la situation et elle n'arrivait plus à faire un seul geste. Susan arrivait vers eux en poussant du coude ceux qui se trouvait sur son passage, sans se rendre compte qu'un Allié lui sauva la vie en maîtrisant un Partisan qui allait s'en prendre à elle. Alastor jetait en vain des sorts de désarmement vite repoussés par les Partisans. Caradoc discerna même les cris lointains d'Hyppolite, qui était pourtant très proche de lui. Son cerveau se remit totalement en route lorsqu'une baguette, sous une manche rouge, se leva vers Yarley et qu'une voix prononça le sortilège le plus redouté des sorciers.

-Avada Kedavra !

Une goutte d'eau s'écrasa sur la nuque de Bertrand. Une légère pluie fine commençait à envahir les rues de Paris. Il quitta des yeux la porte qu'il surveillait pour regarder le ciel et remarqua qu'une brume venait de tomber sur la ville. Le clair de lune et les faibles réverbères n'étaient pas assez puissants pour que quelqu'un puisse les voir depuis les rues voisines. C'était parfait pour rester discrets. Son regard se porta à nouveau sur la porte de La Tulipe Rouge et monta aux étages où les fenêtres étaient obstruées par des planches. C'était là qu'ils étaient. Le gérant du café venait de donner l'information à son réseau. Jean se pencha vers lui.

-Il n'y a pas le moindre mouvement au premier étage…

Merlin, assis à ses pieds, totalement immobile, émit un faible grognement comme s'il était prêt lui aussi à passer à l'action.

-Allons-y, ordonna Bertrand.

Une vingtaine d'hommes, tous résistants, s'engouffrèrent alors dans La Tulipe Rouge. Une seconde plus tard, tous se figèrent d'horreur. Plusieurs soldats allemands se trouvaient dans la pièce, assis aux tables du café. Les résistants brandirent alors d'un même geste leurs armes, attendant le moindre signe d'attaque de la part de l'ennemi pour tirer. Mais aucun ne bougea. Pas un bruit ne se fit entendre, le silence devenait pesant. Bertrand, un pistolet en main, plissa les yeux pour mieux voir dans la pénombre et comprit alors ce qui se passait.

-Ils sont assommés, baissez vos armes, ordonna-t-il.

Les Résistants s'exécutèrent, puis s'approchèrent des ennemis.

-Ils ne sont pas assommés, ils dorment ! S'exclama un jeune lorsqu'un allemand émit un long ronflement sonore.

-Ils ont probablement dû être drogués…

-Mais par qui ?

L'homme brun qui restait aux côtés de Bertrand se tourna vers lui.

-C'est cette femme, n'est-ce pas ? Chuchota-t-il.

Bertrand le regarda et hocha la tête avec un sourire à peine perceptible. Apparemment, Susan et ses amis avaient pu facilement maîtriser les soldats allemands. Il sentit moins de poids sur ses épaules. Il était beaucoup plus rassuré pour elle.

-N'oubliez pas notre mission, rappela-t-il ensuite aux autres en s'avançant. Surtout ne descendez pas à la cave, cela compromettrait tout… C'est à l'étage que les autres se trouvent. Il vaut mieux attacher et bâillonner ces soldats, on ne sait pas quand ils se réveilleront.

Aussi silencieux que des félins, ils s'exécutèrent puis ouvrir une vieille porte dans le coin de la salle. Derrière s'élevait un étroit escalier. Ils montèrent les marches, Merlin en tête de file, le museau en alerte.

Susan vit Black, le Partisan anglais qui lui avait rendu visite dans la cave quelques heures auparavant, s'avancer de deux pas vers Yarley et lever sa baguette. Elle entendit Minerva pousser un cri étouffé au moment même ou le sorcier commença à prononcer l'incantation mortelle. Mais, alors que tout le monde, Alliés comme Partisans, avait les yeux rivés sur ce qui était en train de se passer, un des immenses lustres accrochés au plafond, le plus proche de la scène, s'était détaché et avait filé droit entre Yarley et Black. Lorsque le jet de lumière verte s'écrasa contre le lustre d'or, celui-ci explosa littéralement, projetant la plupart des sorciers à terre, soit par ses débris, soit par le souffle de la puissance de la collision. Susan, trop éloignée pour n'avoir ressenti ni l'un ni l'autre, regarda derrière elle. Elle aperçut immédiatement Dumbledore non loin, la baguette encore levée, le visage rassuré. Au même moment, comme un spectre sortirait d'une tombe, elle vit le corps d'un homme se relever lentement du sol, tout près de Dumbledore. C'était Grindelwald.

Albus Dumbledore avait une fois de plus réussi. Le lustre d'or était tombé exactement à l'endroit où il devait tomber, sauvant ainsi la vie du jeune et insouciant Yarley Anbrowes. Toujours en alerte mais maître de lui-même, son regard se posa sur Susan Derwent, qui le regardait avec un visage rassuré. C'est alors qu'elle tourna soudain la tête sur sa gauche, puis regarda à nouveau Dumbledore en cessant de sourire.

-Attention ! Hurla-t-elle en montrant quelqu'un du doigt.

Mais à l'instant même où les yeux de Susan s'étaient posés sur Grindelwald, Dumbledore savait qu'il s'était déjà relevé. Sans aucune surprise, il regarda tranquillement le sort impardonnable de lumière verte se diriger vert lui dans une vitesse fulgurante.

Le souffle coupé, Susan vit Dumbledore s'évanouir dans un tourbillon de cape à l'instant même où le sort mortel allait l'atteindre. Elle fut rassurée de voir le leader des Alliés contrôler la situation avec une impressionnante facilitée.

-Attention !

Trop tard. Susan n'eut même pas le temps de se retourner vers celui qui venait de crier qu'elle sentit plusieurs personnes trébucher sur elle, l'entraînant ainsi dans leur chute. Aussi vite qu'elle le put, elle se dégagea des sorciers, se releva et se retourna. Il s'agissait d'un Allié et d'un Partisan, en proie à un combat à main nue. L'Allié, que Susan reconnut comme étant Jehannus Weasley, un homme d'une quarantaine d'année, à la chevelure rousse ébouriffée et à la barbe naissante, travaillait auparavant avec elle en tant que photographe pour la Gazette. Jehannus, toujours à terre avec le Partisan, attrapa le bras de son ennemi qui tentait de pointer sa baguette dans sa direction, et envoya son poing dans les côtes, le repoussant ainsi sur le côté.

-Surtout ne m'aide pas ! S'exclama-t-il hors d'haleine, en tournant les yeux vers Susan.

-Tu n'as pas vraiment l'air d'avoir besoin de moi… Remarqua la sorcière d'une voix ironique.

-Ach, verteufelt Engländer ! Tonna le Partisan allemand en lançant son coude au visage de Jehannus.

Susan décida alors de réagir et dégaina sa baguette. Son sort assomma l'ennemi et l'envoya rouler à terre quelques mètres plus loin, renversant au passage deux autres partisans.

-Quand même, souffla Jehannus en attrapant la main de Susan pour se relever, j'ai bien cru que tu allais finir par converser avec lui.

-Non, tu sais bien, jamais pendant un combat, c'est un principe auquel je tiens, répliqua Susan sur le même ton désinvolte.

Puis ils se séparèrent en riant. Susan garda un sourire aux lèvres en cherchant des yeux Yarley. Décidemment cette bataille allait de mieux en mieux.

Le regard furieux, le jeune homme se releva et regarda autour de lui en époussetant sa robe rouge sang. Derrière ses mèches noires qui lui retombaient sur les yeux, il put voir que l'imbécile qui avait osé l'insulter, lui et ses compagnons, était toujours en vie. Il l'avait tout de suite reconnu : c'était Yarley Anbrowes. Les seuls souvenirs qu'il avait de lui étaient les scènes où les plus âgés de Serpentard, la maison dans laquelle il avait été admis à Poudlard, lui couraient après dans les couloirs de l'école en jetant des sorts à tord et à travers. Les imbéciles, ils n'avaient même pas été capables d'attraper un Sang-de-Bourbe. Et aujourd'hui encore, ce Yarley s'en sortait sans une égratignure. Une haine s'empara de lui. Une haine telle qu'une pulsion douloureuse envahit son cœur et lui fit tordre son visage de mépris. Il s'occuperait personnellement de ce Sang-de-Bourbe, il se le promettait, et Dumbledore ne sera plus là pour le protéger. Il jeta un regard vers sa droite, où, au centre de la salle, Grindelwald reculait petit à petit sur l'estrade, pliant sous la force de Dumbledore. Grindelwald, devenu lui aussi un imbécile. Il n'était pas aussi fort et ni aussi puissant que le laissaient paraître ses discours. Peut-être l'avait-il initié pour de bon dans la force de la magie noire, peut-être lui avait-il appris tout ce qu'il avait manqué durant son éducation à Poudlard, mais lorsque le jeune Partisan regarda son Maître trébucher sur l'estrade, comme un chien minable courant se mettre à l'abri de la pluie, il ne ressentit pour lui que du dégoût. Le même dégoût qu'il avait ressentit pour son père lorsqu'il lui avait fait payer le prix de sa conduite envers lui sans aucun regret, sans aucun sentiment, sans aucune honte.

Susan se joignit à la jeune Minerva pour remettre Yarley sur ses deux pieds. Un coup d'œil circulaire lui montra que le cercle des Partisans s'était brisé, et que la plupart était encore à terre. Des Alliés en avaient profité pour fondre sur eux et tenter d'en ligoter. Son regard se posa soudain sur un homme très jeune, à peine sorti de l'adolescence, qui se tenait debout parmi des Partisans recroquevillés. Sa position était telle qu'il semblait sortir de l'irréel. Et il aurait été très beau si son regard ne dégageait pas une haine telle que Susan en eut un frisson. Mais ce qui l'interpella le plus, c'était que ce visage lui rappelait quelqu'un. Mais leurs regards ne se croisèrent que l'espace d'une seconde, car un combat animé passa entre eux deux. Lorsque Susan regarda à nouveau dans sa direction pour essayer de le reconnaître, il avait déjà disparut, et il sortit d'ailleurs de son esprit lorsqu'elle entendit la voix de Minerva s'élever.

-Yarley ! S'exclama-t-elle les yeux exorbités sous des mèches échappées de son chignon. Tu n'es… Tu n'es… Tu n'es qu'un imbécile ! Comment as-tu pu t'exposer à un tel danger ! Du véritable suicide ! Si… si Dumbledore n'avait pas été là… Tu serais mort à l'heure qu'il est !

Susan se tourna vers elle. Minerva n'avait pu retenir ses larmes de couler tout en parlant, et sa voix même trahissait l'état de choc dans lequel elle se trouvait. Yarley sembla complètement égaré et regardait son ancienne camarade de classe avec un regard troublé. A ce moment là un Partisan au ventre bien large courut vers eux, la baguette levée, le visage furieux. Mais Susan n'eut pas besoin des deux Alliés pour l'expulser elle-même en arrière tandis que des cordes s'enroulaient tout autour de lui.

-Je te jure que si jamais tu refais une telle… Continuait Minerva.

-Je suis désolé ! S'exclama soudain Yarley d'une voix sincère qui couvrit les hurlements du combat et ceux de Minerva. Je… je suis désolé ! Pardonne moi, c'est plus fort que moi !

Ce que Susan surprit par la suite, jamais elle ne pourrait l'oublier tant elle en fut attendrie. Yarley attrapa Minerva par les épaules et l'embrassa d'un geste qui était loin d'être hésitant.

En quelques secondes à peine, Merlin atteint le sommet des marches. Une porte lui barrait la route. Il renifla le mince espace d'ouverture au bas et une odeur désagréable lui monta au museau. Elle n'était pas toute proche, mais jamais de sa vie il n'en avait senti d'aussi dérangeante. C'était pire que l'eau de Cologne de son maître. Elle lui rappelait cette odeur qu'avaient les animaux morts lorsqu'ils avaient perdu leur sang, mais c'était bien pire. Il sentait d'autres choses aussi. La peur, la souffrance, le désespoir. Derrière lui il entendit son maitre charger son arme à feu avant d'ouvrir silencieusement la porte.

Il sortit alors de l'obscurité pour se retrouver dans un large couloir. La faible lumière d'un lointain lampadaire extérieur éclairait la scène. L'odeur s'était à peine intensifiée mais il avait de plus en plus de mal à la supporter. Les résistants le suivirent de près et entreprirent d'ouvrir les portes une à une. La première pièce semblait être une cuisine. On y avait entreposé des meubles qui semblaient avoir appartenu à une chambre à coucher : un lit avait été posé négligemment en travers de la pièce, des vieux vêtements, des draps et une table de nuit occupaient la cuisinière, et les restes d'une penderie obstruaient à moitié le passage de la porte. Mais il n'y avait pas âme qui vive. Une deuxième porte fut ouverte. Merlin ne prit même pas la peine de regarder. Il venait de repérer l'endroit d'où émanait l'odeur.

Bertrand suivit les autres qui se postèrent autour de la cinquième porte du couloir. Ils n'avaient toujours rien trouvé et il commença à se demander si on ne les avait pas attirés dans un piège. Soudain son regard tomba sur Merlin. Il s'approchait de la dernière porte. Son museau effleura à peine le bas de la porte qu'il se redressa aussitôt sur ses pattes-arrières et se mit à danser fébrilement en poussant des grognements. Il réagissait toujours de la sorte lorsqu'une odeur l'insupportait, comme celle de son Eau de Cologne. C'était la bonne porte. Il se tourna vers Jean qui comprit en un regard.

Ils se positionnèrent de chaque côté de la porte. Bertrand tendit l'oreille mais aucun son ne lui parvint, hormis les chuchotements de leurs compagnons dans la pièce voisine où ils venaient de trouver cinq allemands endormis. Il regarda son meilleur ami, et, d'un signe de tête, le même courage s'empara d'eux.

La porte fut ouverte à la volée. Ils tendirent leurs armes en avant. Une scène abominable s'offrit alors à leurs yeux. Même après avoir entendu les descriptions cauchemardesques du gérant du café, jamais les deux hommes n'auraient pu être préparés à voir pareils visions d'horreur.

Et tandis que Bertrand voyait ce qui hanterait ses nuits pendant très longtemps, une trentaine de mètres plus bas, deux petits yeux gris aussi durs que la pierre venaient de repérer Susan avec stupeur.

Un sort de désarmement la frappa en plein dos et sa baguette vola cinq mètres plus loin. La jeune femme, les mains en sueur, le cœur battant à toute allure à force de combattre, se retrouva soudain le visage plaquée contre un des murs. Une poigne de fer venait de la pousser vers l'avant sans laisser le temps à Susan de voir qui était son agresseur.

-Voilà bien une chose à laquelle je ne m'attendais pas, grogna une voix d'une douceur malsaine dans son dos.

Le Partisan en question força Susan à se retourner et elle fut très peu surprise de reconnaître Black. Il appuyait sa baguette sur la gorge de Susan qui ressentit un picotement brûlant et insupportable en sortir.

-Je comprends mieux comment vous avez réussi à maîtriser aussi facilement tous ces gardes moldus et à vous en sortir, continua Black dans un rictus de mépris en toisant la jeune femme du regard. Mais comment peut-on s'abaisser à côtoyer un moldu …? A moins que cette ordure qui se trouvait dans la cave avec vous ne soit également un sorcier…

Une véritable frayeur s'était emparé d'elle du fait d'avoir perdu sa baguette, mais Susan ressentit soudain la colère l'emporter.

-Il n'y a qu'une ordure ici, et c'est vous ! Bertrand est un moldu, mais il vaut cent fois mieux que vos manières méprisables et que votre idéologie à vomir !

Son dégoût était tel qu'elle ne put se retenir de lui cracher au visage. Black ferma les yeux un instant, comme s'il tentait de maîtriser sa propre colère, puis essuya sa joue du revers de la main dans un geste lent.

-Très bien vous l'aurez voulu… J'aurais pu vous tuer sans douleur comme je me suis amusé à le faire si souvent ce soir, mais je vois que vous préférez la voie de la souffrance…

-Torturez-moi comme bon vous semble, répliqua Susan sur un ton de défi, de toute façon vous allez perdre cette guerre ce soir… Vous le savez très bien… Il n'y a qu'à regarder votre si grand Maître plier devant Dumbledore.

Sur ces mots elle eut un sourire provocateur. Black tourna un regard nerveux vers le combat et Susan remarqua qu'il perdait peu à peu son assurance. Mais les petits yeux gris se reportèrent sur elle et un air assuré et amusé se peignit sur le visage de Black.

-Perdre cette guerre ? S'exclama-t-il. Vous pensez donc que ce soir le bien va remporter sur le mal à tout jamais ? Pauvre idiote… Jamais la magie noire ne disparaîtra… Tôt ou tard elle reviendra à nouveau de force et finira par s'imposer… La magie noire est beaucoup plus puissante que votre stupide bonne conscience…

Susan quitta son regard et chercha Dumbledore en s'efforçant de ne pas croire ce que Black lui disait. Elle vit alors deux douzaines de Partisans fondre sur son ancien professeur dans l'espoir désespéré de secourir leur Maître que Susan n'arrivait pas à localiser. Mais elle ne put pas voir la suite car Black la prit par le visage pour l'obliger à le regarder.

-Vous sembliez dire tout à l'heure que la torture ne vous effrayait pas, maugréa-t-il avec un nouveau rictus. Mais je vais vous infliger un sort impardonnable qui m'amuse beaucoup plus…

-Que…

-Impero !

Aussitôt, elle ressentit une intense chaleur sortir de la baguette de Black et la toucher à bout portant à la poitrine. Une vague sensation de bien être envahit alors Susan. Sa respiration ralentit, une douceur se répandit dans ses muscles et les cris du combat lui parurent bien trop lointains pour en prendre compte. Elle comprit vaguement qu'on lui avait remit sa baguette magique entre les mains. Tout allait vraiment pour le mieux…

Avance… Lui susurra alors une voix qui venait de nulle part.

Docile, le cœur léger, Susan obéit, et sans trop voir où elle allait, elle suivit la direction que quelqu'un semblait lui montrer. Tout n'était décidemment que bonheur.

Monte sur l'estrade

Susan obéit. Plusieurs personnes étaient maintenant face à elle, mais elle ne se rappelait plus trop où elle se trouvait. Il lui semblait que les mouvements tout autour d'elle s'étaient arrêtés. Et c'était tant mieux. Ils ne la perturberaient plus. Mais la voix lui chuchota que la personne qui se trouvait à présent face à elle allait d'un instant à l'autre l'enlever à son état euphorique, et si elle y parvenait, il n'en résulterait qu'un grand malheur. Toujours docile, elle leva alors sa baguette.

Débarrasse-toi de lui… Il le faut… Il faut que cette guerre finisse.

La guerre… Oui… Susan se rappela peu à peu la bataille dans laquelle elle était plongée. Sans perturber son état de bonheur paisible, le visage d'un jeune homme au rire franc, aux yeux bleus très profonds lui revint alors en mémoire, ce qui lui rappela quelque chose de beaucoup plus intense… Elle repensait à Bertrand. Elle n'avait plus envie d'être là, devant tous ces gens qui la regardaient, elle voulait seulement revoir Bertrand pour être encore plus heureuse. Elle abaissa sa baguette.

Non, ne fait pas ça, attaque-le…

Non, je n'en ai pas vraiment envie… Pensa Susan.

Une voix lui parvint alors au lointain. C'était la voix de Dumbledore.

-Susan, reprenez conscience de vous-même…

Lève ta baguette magique et attaque cet homme, continuait la voix étrangère.

-N'écoutez que vous-même Susan, c'est un ordre !

ATTAQUE-LE !

Tandis que son camp perdait tout contrôle de la situation et qu'il commençait à se demander s'il ne ferait pas mieux de s'enfuir le plus loin possible de Dumbledore avant qu'il ne le reconnaisse, Tom Jedusor, les cheveux noirs de jais lui tombant devant les yeux, vit une Alliée monter sur l'estrade et pointer sa baguette sur son ancien professeur de Poudlard, qui venait de ligoter plus d'une vingtaine de Partisans avec des cordes invisibles. Il se tourna vers le fond de la salle et comprit que Black, un de ses mentors, lui avait jeté le sortilège de l'Imperium. Il le voyait contrôler la jeune femme en levant légèrement la baguette magique. Lorsqu'il reporta à nouveau son regard sur l'estrade, il vit que la jeune femme avait baissé sa baguette devant Dumbledore qui tentait de lui parler. La sorcière sembla hésiter. Black perdait lui aussi le contrôle de la situation. Décidemment, tout ce que cet idiot de Grindelwald avait mit en place était en train de s'effondrer, et lui, s'il restait là, il finirait par se faire piéger… La jeune femme finit par tomber à genoux en lâchant pour de bon sa baguette magique, la tête entre les mains.

-Non ! Hurla-t-elle.

En se tournant vers Black, il vit alors Yarley Anbrowes se jeter sur lui, annulant définitivement l'Imperium.

-Bandes d'idiots, grogna-t-il entre ses dents.

Aucun n'avait finalement été à la hauteur. Ils avaient tous échoué. Lui seul était encore capable de se défendre, mais entouré de pareils lâches, la défaite était évidente. Mais un jour, sa revanche viendrait. Et il serait beaucoup mieux préparé que Grindelwald. Oh oui, il reviendrait, et ils paieraient tous le prix fort. Il fallait maintenant qu'il s'enfuît. Mais avant cela, il devait exécuter la promesse qu'il s'était faite et s'approcha de Yarley en repoussant tous ceux qui étaient sur son passage, Alliés comme Partisans.

Dumbledore releva doucement la jeune sorcière.

-Bravo, Susan, dit-il en lui fourrant sa baguette dans la main de la jeune femme. Mais il est temps de vous reprendre vite, la bataille n'est pas encore finie.

Susan secoua la tête, et se força à se remémorer des faits qui venaient de se passer.

-L'imperium…

-C'est ça, acquiesça Dumbledore. Susan, maintenant il est temps de…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase car un jet de lumière rouge le frappa à l'épaule. Susan et lui furent projetés à terre.

-Susan, descendez de l'estrade, ordonna-t-il, presque apeuré.

Ils se relevèrent précipitamment et la jeune femme regarda du sang qui coulait de l'épaule du sorcier. Elle vit aussi que c'était Grindelwald qui lui avait lancé le sort. Il était tout près d'eux. Susan put nettement voir l'expression déformée, purement folle, qui l'animait.

-Professeur…

-Tout de suite, ordonna Dumbledore sur un ton autoritaire que la jeune femme ne lui connaissait pas.

Encore sonnée, elle s'exécuta. Elle descendit en chancelant les 6 marches en bois branlant de l'estrade. Et puis, une fois en bas, petit à petit, tout son corps se bloqua. Elle regarda autour d'elle. Elle eut l'impression qu'on lui avait lancé un sortilège de surdité. Elle n'entendait plus rien, mais au font d'elle-même, elle savait que son esprit en était la cause. Elle ne pouvait rien faire d'autre que rester plantée là, à regarder le ballet de baguettes lancer des sortilèges, les sorciers en mouvement, en pleine course ou même projetés en arrières. Elle voyait leurs lèvres bouger, mais aucun son n'en émaner. Et puis elle se rendit compte que des corps gisaient à terre. Il y en avait partout, il y en avait beaucoup.

Et il y avait ce jeune garçon brun, tout près d'elle. Il était très jeune, peut-être avait-il seize ans, et il avait la peau très pâle. Il était recroquevillé sur le dos, dans une position de souffrance. Il avait la bouche et les yeux entrouverts, des yeux qui regardaient dans sa direction. Du sang coulaient de ses lèvres. Il ne bougeait plus. Il ne bougeait plus parce qu'il était mort. Et Susan resta plantée là à fixer son regard vitreux et pâle, comme si un voile blanc les avait recouverts. La jeune sorcière eut l'impression de sortir de la réalité temporelle. Comme si on avait été arrêté le temps, comme si on l'avait mis sur pause.

Et puis elle vit le corps d'une femme à la robe cramoisie se mettre entre elle et le jeune garçon. L'anglaise leva lentement son regard. Une jeune femme blonde. Elle avait les cheveux courts, le visage très fin, les yeux noirs sous lesquels des cernes assombrissaient son visage. Mais elle était belle. Un sourire moqueur et vainqueur s'étira sur ses lèvres. La baguette de l'ennemie se redressa vers Susan de sous sa manche. Un mouvement rapide, une lumière rouge. Le sort l'atteignit en pleine face, elle en tomba à la renverse, face contre sol. Susan n'avait pas reconnu la nature du sort, mais tout ce qu'elle comprenait, c'était que du sang ruisselait. Elle ressentit tout cela très étrangement. Elle n'avait pas encore mal, mais elle sentait une sensation étrangement neutre qui lui venait de l'oreille droite et qui glissait jusqu'à son cou. Là où le sort l'avait atteint.

C'est à cet instant précis que toute la salle fut remplie d'un vacarme extraordinaire. Ce fut comme si on avait rallumé le son. Des cris de douleur, des hurlements de rage, des bruits d'explosions lui parvinrent aux oreilles. Susan, un peu assommée, porta sa main à son cou. Ses doigts étaient couverts de sang. Elle voyait des gouttes tomber sur le sol. Et puis la douleur arriva. Une douleur qui la prit sur le côté droit de son cou. Susan épongea le sang avec sa manche. Elle se retourna au même moment ou la blonde marchait droit vers elle.

-Pauvre choux, ricana-t-elle dans un accent allemand.

C'était maintenant ou jamais que Susan devait réagir. Sa baguette toujours en main, elle lança une incantation.

- Locomotor Mortis !

Aussitôt les jambes de l'allemande se bloquèrent. Susan en profita pour se relever. Elle s'épongea à nouveau le visage, puis posa le bout de sa baguette sur sa plaie et le sang cessa de couler. La jeune femme blonde face à elle cessa de se débattre dans le vent et libéra ses jambes d'un coup de baguette.

Susan récidiva aussitôt.

-Opugno !

Des dizaines de petits oiseaux jaunes sortirent de sa baguette et attaquèrent son ennemie qui se mit à hurler en se protégeant le visage.

-Lacornum Inflamare ! hurla-t-elle.

Les oiseaux prirent feu et retombèrent en de la cendre qui disparut avant d'avoir touché le sol.

Susan gardait les yeux posés sur son adversaire. La coiffure compliquée de la blonde n'était à présent plus qu'une chevelure hétéroclite et mal coiffée, qui aurait eu l'air déplacée dans une réception huppée.

-Elle est moins douée qu'elle parait… Pensa Susan.

Un mince sourire fendit ses lèvres.

-Qu'est-ce qui te fait rire ? Lança son ennemie. Tu te prends pour une grande dame avec ta magie blanche, mais tu n'es qu'une moins que rien ! Tu ne sais même pas ce qu'est le vrai pouvoir ! Tu ne sais même pas ce que peut apporter la magie noire, la magie la plus puissante, celle qui…

-La ferme ! Tranche Susan en lui envoyant un sort de désarmement.

Elle avait toujours eut horreur des longs discours. L'allemande contra le sort.

-Diffindo ! Lança Susan.

Comme un couteau, le sort frappa la sorcière allemande de plein fouet à son flanc droit, juste en dessous de sa poitrine. Susan vit apparaitre peu à peu une tâche légèrement plus foncée que la robe cramoisie de la partisane.

-Pétasse ! Lança cette dernière avec hargne, une main plaquée contre sa blessure sanglante.

Susan leva la tête en lui lançant un regard blasé.

-Okay, fit-elle d'une voix bien audible. Maintenant, on arrête de jouer.

Son bras fendit l'air. Elle lança un nouveau sort de désarmement que sa partenaire n'eut pas le temps d'éviter.

- Incarcerem ! Continua-t-elle.

Des cordes sortirent de nulle part et ligotèrent fermement la partisane qui tomba à terre.

Susan s'approcha d'elle et la regarda de toute sa hauteur.

-La prochaine fois, dit-elle, joue avec quelqu'un de ton âge.

L'allemande se tortilla dans tous les sens en lui lançant des injures en Allemand. La sorcière anglaise regarda autour d'elle et décida de retrouver Black que Yarley avait attaqué. Elle les aperçut enfin, se battant en duel un peu plus loin. Elle s'éloigna de la partisane sans remarquer que quelqu'un venait vers elle pour la détacher.

Jean sortit un canif et le lança à Bertrand qui le déplia d'un geste rapide. Très vite la corde fut coupée et le corps inerte d'un garçon à moitié nu, ensanglanté, lui tomba dans les bras.

-VITE ! Hurla Jean aux autres. PAR ICI !

Aussitôt plusieurs résistants émergèrent dans la pièce. Après une même hésitation, le visage horrifié, ils finirent par se précipiter sur les autres prisonniers pour les détacher. La pièce dans laquelle ils se trouvaient était une longue salle blanche qui devait servir à entreposer la nourriture avant que les Allemands ne la transforment en salle d'interrogatoire. A intervalles régulières, des corps inertes étaient attachés au mur, les bras au dessus de la tête. L'odeur insupportable ne faisait qu'accentuer la vision infernale. Les hommes captifs étaient tous évanouis, mais certains poussaient des gémissements dans leurs rêves.

Merlin, le corps las, s'approcha de son maître et regarda le corps inerte qu'il tenait, les yeux fixes et humides. Bertrand prit le pou de l'homme. Il s'agissait d'un des jumeaux Lombrez. Il portait des coups sur presque toute la surface de son corps. Il se mit à trembler de tous ses membres lorsqu'il comprit que le jeune homme ne respirait plus. Jean s'approcha et posa une main sur la joue du jumeau. La peau était glacée.

-Il doit être mort depuis longtemps… Dit-il. Son frère est vivant, mais son poult bat très lentement. Il est là-bas.

Le chien émit de petits gémissements. Bertrand leva les yeux du corps. Son front ruisselait d'une sueur froide.

-Il faut qu'on les sorte de là. Qu'on les fasse descendre. Appelez les camionnettes.

Puis il s'approcha d'une porte dans le coin de la pièce. Il tourna la poignée d'une main ferme et ouvrit la porte, l'arme prête à servir dans l'autre main. L'odeur décupla d'avantage. Il poussa le battant.

Du sang. Du sang partout. Du sang sur le carrelage blanc, du sang qui avait coulé en fine trainées contre le mur, du sang sur la baignoire, sur le rebord d'une cuvette, sur des panneaux en bois qui obstruaient une petite fenêtre. C'était dans cette salle de bain qu'on avait battu, fouetté, torturé physiquement et moralement ses frères d'arme. Bertrand dû se ressaisir contre mur pour ne pas tomber. Il regarda sa main. Elle était couverte de sang. Jamais plus il n'oublierait cet instant. Sans qu'il s'en aperçoive vraiment, une montée de haine envahit son cœur. Il sentit la présence de Jean derrière lui et se retourna. Son ami, le visage livide, semblait au bord de la nausée. Ils se regardèrent.

-Sortons d'ici Bertrand, haleta Jean. Je t'en prie, sortons d'ici…

Susan s'approchait de plus en plus de Yarley en esquissant plusieurs sorts lancés contre elle. Elle tenta de repérer les autres. Minerva se battait non loin de Yarley, elle semblait elle aussi vouloir s'approcher de lui mais était occupée pour l'instant avec un ennemi tenace. Le couple Smethwyck luttait contre un rang de Partisans aux côtés de Hyppolite et d'Alastor.

Soudain elle trébucha et tomba à terre sur ses avant-bras. Elle se retourna et tomba nez à nez avec le corps sans vie d'un Partisan, mort à l'évidence. Manquant soudain d'oxygène, Susan se précipita à reculons le plus loin possible de l'homme en prenant une grande bouffée d'air. Ses yeux grands ouverts étaient presque retournés sur leurs orbites. La jeune femme se releva. Elle se rendit compte qu'elle n'était plus en aussi grande forme qu'au départ. Il devait être très tard dans la nuit. Ses membres commençaient à se fatiguer. Mais surtout, elle avait incroyablement soif. Sa gorge desséchée hurlait au désespoir d'avaler la moindre goutte d'eau.

Elle se retourna et se remit à courir en direction de Yarley qu'elle ne voyait plus. Par contre, elle repéra Black non loin d'elle. Il regardait à terre, aux côtés d'un autre partisan, beaucoup plus jeune. Il ne devait pas avoir dix-huit ans. Il avait des cheveux mi long qui lui retombaient élégamment devant les yeux. Mais à part ça, il n'avait rien de gracieux. Son visage aurait parut beau s'il n'était pas crispé comme si la haine et le plaisir se peignait dessus. Susan le reconnut, elle l'avait aperçut quelques minutes auparavant, et il lui avait parut vaguement familier. C'était un anglais, sans doute.

Enfin, elle repoussa quelqu'un, sans faire attention au camp dans lequel il appartenait, et vit une scène abominable.

Yarley était recroquevillé, genoux à terre, tordu de douleur. C'était le jeune garçon qui lui lançait le sortilège doloris.

-Yarley ! Hurla Susan.

Prise dans un élan d'adrénaline, la sorcière lança illico un sort qui fit perdre l'équilibre à Black, mais elle manqua l'autre de près. Ce dernier lança à Susan un regard en coin, un regard profond et très noir. Le rictus qui tordait ses lèvres s'accentua et ne fit qu'accroître son expression ignoble. Mais alors qu'elle s'apprêtait à le désarmer à son tour, quelqu'un la poussa sur le côté avec une telle violence qu'elle fut projetée à terre. Sa baguette roula plus loin. Avant qu'elle n'ait pu l'atteindre, elle sentit quelqu'un l'empoigner et la retourner sur le dos. Une main siffla dans l'air et gifla de plein fouet Susan qui en resta muette.

-PETITE SOTTE !

Le poing de la jeune femme fendit l'air et frappa à son tour Black à la mâchoire. Elle se redressa aussitôt sur ses genoux et tenta de reprendre sa baguette, mais Black l'attrapa à nouveau en plaquant son bras contre sa gorge. Elle sentit son souffle saccadé tout près, mais elle, elle ne pouvait plus respirer. Black serrait de plus en plus fort. Devant elle, Yarley ne pouvait pas l'aider. Il était à terre, haletant, recroquevillé sur lui-même. Le jeune garçon brun se tenait debout devant lui. Yarley se tourna vers lui et lui cracha aux pieds. Le jeune sorcier lui décocha aussitôt un coup de pied dans l'estomac et lui parla. Mais Susan n'assimila pas ce qu'elle entendait. Etranglée, elle sentait sa gorge lui brûler douloureusement, son sang lui monter aux yeux, son esprit se brouiller de plus en plus. Elle tenta en vain de se libérer de son agresseur.

Une douleur inimaginable parcourait chaque millimètre de son corps. C'était pire que ce que Yarley avait enduré jusqu'ici. Il ne pouvait plus bouger, tous ses membres étaient crispés. Il sentit des larmes s'échapper de ses yeux et s'écraser directement sur le sol dallé. Et puis il entendit quelqu'un hurlait son nom. Même ses yeux le faisaient souffrir, mais il se força à regarder d'où provenait le cri. Sur sa gauche, il vit Susan le regarder, terrorisée. Elle fit un geste de revers avec son bras. Il ne savait pas si son sort avait touché son tortionnaire, mais tout ce qu'il pouvait comprendre, c'était que le sort endoloris s'arrêta et que la douleur insupportable cessa aussitôt. Parcourut de spasme, le corps tremblant comme une feuille, il tenta de se relever mais ses bras ne lui obéissait plus pour le moment. Il s'effondra à terre et refit une tentative, en vain. Il serra ses poings et s'efforça de porter son regard sur Susan. Elle était à genoux au sol, un homme à la robe cramoisie derrière elle lui plaquait un bras sur sa gorge. Il n'avait plus sa baguette mais il semblait qu'il était en train de l'étrangler.

Yarley refit une tentative pour se lever. Il parvint à se mettre à quatre pattes, mais quelqu'un lui envoya un coup de pied dans les côtes. Il roula sur le dos en hurlant de douleur et reconnut la même personne qui lui avait jeté le sortilège doloris avec tant de plaisir.

Tom Jedusor.

Lorsque Yarley l'avait vu lever sa baguette vers lui il n'en avait pas cru ses yeux. Mais c'était bien Tom Jedusor, ce garçon de Serpentard, qui avait peut-être 3 années de moins que lui et qui, Yarley s'en rappelait fort bien, avait réussi à se mettre presque tous les professeurs à sa botte du temps où le sorcier était encore à Poudlard. Il n'y était plus, mais par contre, et c'en était incroyable, Jedusor lui n'avait toujours pas fini ses études.

-Tu en veux peut-être encore un peu ? Demanda Jedusor debout à ses côtés.

Yarley qui se tenait les côtés le regarda droit dans les yeux.

-Espèce d'abruti local, dit-il en souriant comme il put. Tu crois peut-être que je vais ramper devant toi ?

Il cracha à ses pieds.

Jedusor lui envoya un nouveau coup de pied. Puis il s'agenouilla très près de Yarley et lui empoigna les cheveux, le visage tordu de dégoût.

-Souillure de sang-de-bourbe ! S'exclama-t-il avec rage. Je te jure que tu vas mourir. Et je te jure que tes semblables finiront par prendre le même chemin. Et ils souffriront, ils souffriront beaucoup, ça aussi je te le jure. Et crois-moi, Lord Voldemort tient toujours ses promesses.

Yarley ressentit une inexplicable peur au fond de ses entrailles. Une lueur rouge, malsaine, meurtrière, venait passer dans le regard de Jedusor. Il savait qu'il ne mentait pas. Il savait qu'il avait raison d'avoir peur, et il savait qu'il allait mourir. Mais Yarley pouvait encore se battre. Il se battrait jusqu'à son dernier souffle. Il prit le dessus sur la douleur, sur ses membres engourdis et sur le peu de force qui lui restait. Il décocha à Jedusor un magnifique coup de tête. Il entendit quelque chose craquer. Le nez de son adversaire était en sang. Jedusor lâcha prise et Yarley en profita pour reculer. Son regard tomba sur sa baguette. Il l'empoigna, se releva et fit volte face.

Mais avant qu'il ait pu se battre, avant qu'il ait pu faire la moindre tentative pour échapper au destin auquel Jedusor l'avait voué, une lumière verte le frappa de plein fouet. Il ressentit un froid, un froid intense qui, comme la douleur de l'endoloris, l'enveloppa entièrement. Il vit le visage de Jedusor, du sang coulant sur ses lèvres, sur son menton, sur son cou, et puis, derrière Jedusor, il vit le visage de Minerva. Il vit son joli visage ovale, qu'il avait eu l'habitude de regarder de longs moments pour essayer de déchiffrer ses émotions. Mais à cet instant précis son visage était figé de stupeur. Une stupeur comme taillée dans la pierre. Il savait qu'il ne reverrait plus rien d'autre de ce visage.

Et puis la lueur verte s'éteignit, comme s'éteignit sa propre vie.

Si Susan n'avait pas eu ce bras puissant collé à sa gorge, elle aurait crié de douleur, comme elle entendait des cris s'élever de la bataille. De plus en plus étranglée, des larmes coulèrent sur ses joues, et elle perdit la force de résister.

-Ce que tu viens de voir, lui murmura Black à l'oreille, c'est l'avenir de tous ceux qui sont avec toi… Regarde-le, cet énergumène, ce Sang-de-bourbe, regarde-le comme il colle parfaitement avec l'image qu'on se fait de lui : un cadavre qui va pourrir, comme ses semblables ont pourris avant lui, comme les autres vont pourrir après. Tu sens la vie qui s'échappe de toi, n'est-ce pas ? Tu sens comme l'oxygène te manque, comme tes poumons te brûlent ? Voilà ce qui arrive à ceux qui tournent le dos aux forces du mal…

Susan aurait voulu lever ses bras et griffer le visage de Black de toutes ses forces, mais c'était à peine si elle pouvait encore agripper le bras du sorcier. Ses larmes cessèrent même de couler. Elle ne ressentait plus qu'une immense douleur pour Yarley, à terre face à elle, pour Minerva, qui accourait non loin avec d'autres alliés, et pour tous ces corps étendus à terre, morts eux aussi.

Et puis ses yeux tombèrent sur sa propre baguette magique, tout près du corps de Yarley. Elle ne pouvait pas mourir ainsi, sans pouvoir rien faire. Elle pensa à Bertrand, à leur cause perdue. Elle concentra les dernières forces qui lui restaient sur sa baguette. Elle pouvait encore y arriver. Sa haine envers Black ne fit que renforcer cette conviction. La baguette bougea de quelques centimètres. Susan ferma les yeux. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser, mais elle persévéra. Elle revit le visage de Bertrand. Elle se concentra sur cette image. Son cœur s'emballa. Si elle ne faisait pas vite, elle allait mourir. Elle se concentra encore et encore. Et puis, après avoir réuni toutes les forces possibles, elle rouvrit les yeux. Elle ressentit une étrange sensation. Comme si ses pouvoirs magiques s'étaient échappés d'elle pour se réunir dans sa baguette. L'objet se mit en mouvement. Il frappa aussi vite qu'une flèche. Susan ne vit qu'un filet de lumière rouge la frôler avant d'entendre un cri de douleur. Black la relâcha. Susan s'écroula à terre, le souffle coupé, la gorge brûlante. Elle toussa, tenta de respirer, toussa à nouveau, encore et encore. Derrière elle Black continuait d'hurler de douleur. Lorsqu'elle se tourna vers lui, elle s'aperçut que sa baguette s'était plantée dans sa main, comme un couteau aiguisé. Une lueur rouge s'émanait toujours d'elle. Susan leva la main. La baguette sortit de la peau de son agresseur et Susan l'attrapa au vol. Le cri de Black redoubla d'intensité et une trainée de sang accompagna la trajectoire de la baguette.

La jeune sorcière se sentait complètement épuisée. Elle resta quelques instants à genoux, les mains plaquées contre sa gorge, les yeux clos. Des larmes coulaient toujours sur ses joues et chaque respiration était pour elle une ultime souffrance.

Et puis elle sentit quelqu'un s'agenouiller face à elle, une main sur son épaule.

-Anapneo, fit une voix familière

La sorcière sentit aussitôt sa trachée inhaler de l'oxygène sans difficulté. Elle avait l'impression que son cerveau allait imploser, mais elle ne sentait plus la douleur. Sauf à l'endroit où la partisane blonde l'avait lacérée à coup de sortilège. Susan ouvrit les yeux. Manadra Smethwyck lui faisait face.

-Susan, est-ce que ça va ?

La jeune sorcière ne répondit pas. Elle regarda par-dessus l'épaule de Manadra. Elle aperçut le corps de Yarley. Manadra s'écarta et Susan vit Minerva, effondrée, penchée au-dessus du corps. Alastor la soutenait et Hyppolite posait une main sur son épaule, en larmes lui aussi.

Susan fit taire ses sanglots. Elle se releva soudain, gagnée par la haine. Elle regarda autour d'elle. Elle ne le voyait pas. Elle ne les voyait plus. Ni Black ni celui qui venait d'assassiner Yarley.

Tom s'effaça de la scène. Il recula jusqu'à atteindre l'un des murs. Plusieurs alliés s'étaient précipités après la mort du sang-de-bourbe, mieux valait ne pas rester dans le coin. Il s'était faufilé dans la foule aussi discrètement et silencieusement qu'un serpent. Il épongea son visage avec sa manche. Il ruisselait de sang. Son nez était cassé. La douleur aigue était insoutenable mais il ne s'en plaignit pas. Ça ne se lisait même pas sur son visage. Il se contenta de se guérir lui-même en lançant une incantation inaudible.

Et puis il décida qu'il était temps pour lui de se replier.

Il ne fuyait pas. Fuir c'était pour les lâches. Jedusor se disait seulement que s'il ne se repliait pas rapidement, quelqu'un d'Angleterre le reconnaîtrait. Dumbledore, dans le pire des cas. Et il ne fallait pas que ça arrive. Il avait d'autres projets en tête, des projets assez importants pour que Jedusor décide qu'il était temps de pour lui de se replier.

Mais avant qu'il décide de la façon dont il allait exécuter cette importante décision, quelque chose de particulièrement extraordinaire attira son attention.

L'estrade au centre de l'immense pièce, où Dumbledore et Grindelwald se battaient un instant auparavant, fut pulvérisée. Les débris tombèrent sur l'ensemble de la foule, qu'on voyait s'écarter. Jedusor ne put pas voir où était passés les deux sorciers car une lumière aveuglante émanait à présent à cet endroit précis.

Toute la salle, tous les visages, tous les yeux rivés sur la scène furent éblouis par une intense lumière bleue. Lorsque Susan s'habitua à la clarté, elle fut époustouflée par la vision de deux corps portés à plusieurs mètres du sol, emprisonnés dans une sorte de bulle lumineuse. Tout autour d'elle s'élevaient des cris de stupeur, des exclamations, des appels terrifiés, mais aucune détonation de baguette ne se faisait plus entendre. Son regard se posa sur la foule. Plus personne ne se battait, tout le monde, Alliés comme Partisans, était occupé à regarder les deux meneurs qui s'étaient immobilisés en l'air. La jeune sorcière se demanda si ce n'était pas le moment d'en profiter en lançant une nouvelle attaque. Mais lorsqu'elle regarda à nouveau Dumbledore et Grindelwald, elle ne put faire un seul mouvement.

La sphère bleutée qui les emprisonnait était d'une étrange beauté. Elle était constituée d'une lumière presque pure. Des filets argentés se mouvaient à sa surface. Susan ne comprenait pas à quoi cela était dû, peut-être était-ce de l'ancienne magie. Il y eut soudain un cri de douleur, puis une détonation assourdissante. Au sommet de la sphère se propageait à présent une lueur verdâtre. Au fur et à mesure qu'elle descendait, un conflit d'exclamations, parfois enjouées, parfois effrayés, s'élevait de la foule. Puis, lorsque la lumière verte atteignit la moitié de la sphère, les filets argentés qui se mouvait à l'extérieur se rejoignirent, comme aimantés, à l'intersection des deux lumières colorées. C'est alors qu'une autre lueur blanche s'en dégagea et fut projetée dans toute la salle, accompagnée d'un souffle de vent qui balaya tout ce qui se trouvait autour. Tous les spectateurs furent projetés à terre.

Lorsque Susan tenta de se relever, elle se rendit compte que des cris de rage envahissaient la foule. Mais avant que la bataille ne reprenne, plusieurs doigts pointèrent vers le plafond. Lorsque la foule releva la tête, elle s'aperçut que la sphère n'existait plus. A présent s'élevait en l'air deux corps, l'un entouré d'un halo bleu, l'autre d'un vert. Un jet de lumière s'émanait de chacun d'eux pour se diriger vers l'autre. Et lorsqu'ils se rencontrèrent, pile au centre de la pièce, Susan cru assister au big-bang de la création. Tout ne fut que lumière blanche. C'est à peine si elle distinguait la robe cramoisie du Partisan qui se trouvait à côté d'elle.

Et puis le bruit assourdissant d'une explosion se fit entendre. Et tout devint noir.