XbrotherhoodMen
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Mes yeux se sont ouverts et se sont refermés aussi tôt, la douleur de la lumière mêlée à celle d'une migraine n'aidant pas vraiment… Que s'est-il passé ? J'essaye de me lever, ma main rencontre quelque chose de poisseux qui me fait frémir. Ma main se lève vers mon regard, la couleur rouge qui la baigne me fait paniquer dans une terreur muette. Qu'es-ce que... ? Mes yeux vacillent tout autour de moi, cherchant quelqu'un, un indice sur ce qu'il s'est passé. Que s'est-il passé ? Mon corps se lève, ma vision floue se cale sur le lit où gisent les restes d'un corps humain. Marie… ? L'horreur absolue me broie les entrailles et je vomis mes tripes sur le corps allongés et à moitié…
Le liquide qui jaillit de mes lèvres est aussi rouge que le reste de la chambre et j'entends le rire incessant de Lebeau qui me vrille les tympans. Non… non !
- Qu'es-ce… »
Je ne sais pas pourquoi je demande ça, alors que je sais déjà la réponse. On a… mangé Marie… j'ai encore le goût de sa chaire encrée entre mes papilles. Nous sommes des monstres ! Mon regard croise celui de John dont les pupilles vertes ont disparues pour faire place à deux grands yeux noirs dont on ne voit plus le fond. Il m'aspire, il me tue… et ce rire… Que quelqu'un le fasse taire !
- Aidez-moi… »
- Ne résiste pas Robert… ne résiste pas… laisse toi aller, vient, vient avec nous… »
J'attrape sa main, empli de crainte et il me relève, me traînant hors de la chambre, loin de John, de Jamie et de ce cadavre froid… ses murmures me guident vers un endroit isolé tandis que la terreur broie mon cœur.
Bien entendu, ce souvenir avait été formaté par Remy, car le lendemain, je ne me souvenais de plus grand-chose. Je m'étais installé contre John, à regarder la télé sans vraiment d'intérêt, alors que mon compagnon passait son temps à griffonner des moustaches sur la photo de son père. Il s'est mit à crier, et dans un grand bruit, le cadre de la photo familiale Allerdyce passa par la fenêtre de notre chambre. Il s'est levé, de forte méchante humeur, a passé dans la manche de son cuir une lame acérée et est parti seul après m'avoir lancé un regard qui tue. Le temps était venu de remplir nos contrats, il était parti chasser Caïn. J'ai regardé la porte se refermer après qu'il l'ait passé, et Jamie m'a interpellé.
- Tu peux garder Max, je dois… aller voir… notre chère directrice… »
Le même regard, la même étincelle dans ses yeux, Jamie s'est glissé dehors avec un sourire en coin, je n'ai rien fait pour aider mes amis… sur le coup, je n'ai rien fait, à part regarder Max avec un sourire perdu alors qu'il me sautait dessus en demandant de jouer avec lui et sa nouvelle peluche hérisson.
On avait le pouvoir, celui là même qui avait rongé Jamie aussi vite que la chose émanant de l'épiderme de Remy avait insinué son corps et sa volonté. Depuis ce jour dans la piscine, Jamie avait sombré, un peu plus chaque fois, à respirer le parfum de cette créature définitivement pas humaine. Il n'a jamais été un mouton blanc, mais à ce moment là, il n'était plus que l'ombre de lui-même… John avait été tout autant contaminé, peut-être plus lentement, mais finalement… ça en revenait à la même chose… la haine qu'il retenait cachée au fond de lui l'avait dévoré tout comme la volonté de Rémy.
Alors que mes deux amis étaient partis achever leur destin, moi j'étais resté là, à jouer avec Max au cache cache hérisson sans savoir quoi faire…
- A toi de le trouver ! »
- J'y vais ! Alors, hérisson où es-tu ? »
Mon bon sens aurait dû me pousser à les en empêcher… à tout faire pour empêcher John de tuer quelqu'un, tout faire ! Je l'aimais plus que tout, plus que personne ne pouvait et ne peut toujours l'imaginer… Mais… emprisonné dans les méandres de Rémy, je n'avais rien fait, automate rouillé…
Les murmures, les cris, Caïn avait été retrouvé… tout du moins son corps. C'est lorsque John est revenu dans la chambre, aspergé de sang, que ma raison s'est réveillée. J'ai lâché le hérisson, et j'ai couru le prendre dans mes bras…
- Héhéhé… »
Mais il n'y avait plus rien entre mes bras, plus qu'un corps vide. Alors, crispé par la peur, j'ai fui la chambre. Ce que j'ai vu et entendu en arrivant dans le jardin principal, fut Jamie qui tailladait la gorge de notre directrice, un sourire diabolique sur le visage et les yeux noyés d'obscurité. Jamie, comme John… je les avais perdus. Un pas sourd s'est approché de nous…
- Que se passe-t-il ? »
Mon regard à croisé le surveillant Logan, j'étais paralysé d'effroi, là, au milieu du jardin, sa lampe a éclairé le corps de la directrice et son regard s'est durci. Sa main a choppé mon épaule et d'une force surhumaine, il m'a tiré à lui, faisant fuir Jamie qui essayait de me récupérer et me ramener à Rémy. Je m'étais accroché à Logan, pensant pouvoir échapper à mon destin, échapper à Rémy, grâce à lui.
- Aidez-moi… »
C'est tout ce que l'ado que j'ai été a pu dire, agrippé comme un enfant au sweet du surveillant. J'avais tout perdu en quelques heures...
- Je sais, on va aller voir le professeur Grey ! »
Il m'a tiré du côté des appartements des professeurs…
