Moi, le Mangemort
Le 21 juin :
Je l'ai trahi.
Il le sait.
Il le sent.
Il le voit dans mes yeux.
J'essaie de ne pas baisser le regard quand il me sonde.
- C'est toi qui lui a sauvé la vie, finit-il par dire.
Ce n'est pas une question. C'est juste une constatation, plate, mortellement vrai.
Je ne réponds pas. De toute façon, que pourrais-je dire ?
Rien.
Juste… rien.
- Combien ?
Je lui rends son regard.
Les yeux rouges dans les yeux noirs.
C'est sans doute la dernière chose que je verrai.
Non, sûrement pas un éclair vert.
L'Avada Kedavra ne marche pas sur les traîtres.
J'ai vu ce qu'il avait fait à Karkaroff.
J'étais là.
Je l'ai même assisté dans son ignominie.
- Plusieurs fois, finis-je par répondre.
Ma voix ne tremble pas.
Légère satisfaction.
- C'était toi lorsqu'il était en première… C'était toi durant la cinquième année… et ce soir, c'était aussi toi !
- Oui.
La claque m'atteint violement. Ma tête ballotte comme celle d'une poupée de chiffon. Le sang coule contre ma tempe et glisse sur ma joue.
- Traître ! cracha-t-il. Toi ! Parmi tous ! Toi qui t'es vendu à Dumbledore.
Je ne réplique rien.
Il a tellement raison.
Il m'a tout donné.
Je l'ai trompé.
Trahi.
Haï.
- Ta stupide bravoure ne servira à rien.
Je ferme les yeux.
Je ne veux plus voir la lueur démente de son regard.
Je veux qu'un souvenir heureux danse devant mes yeux.
Je cherche une image, belle et pure.
Je la tiens presque dans les méandres de mes souvenirs.
- Endoloris.
L'image disparaît en même temps qu'une douleur atroce me transperce de part en part.
Je m'effondre à terre.
Je me mords les lèvres jusqu'au sang pour ne pas crier.
Il interrompt le sortilège alors que je ne pensais plus être capable de le supporter.
Il se baisse pour que j'entende son chuchotement.
- Tu as tout gâché, espèce d'idiot sentimental !
- Non.
C'est juste un son rauque qui s'échappe de ma gorge.
- Sauver un enfant et te condamner par la même occasion.
Il a raison.
Je l'ai fait.
Je me suis jeté dans la gueule du loup.
Pour un gosse que je n'apprécie même pas. Que je n'aime pas. Que je déteste, même.
- Tout cela pour Dumbledore.
A l'évocation de ce nom, l'image revient.
Elle est plus vive que tantôt.
Si belle et si pure.
Dumbledore.
Albus.
Que n'ai-je pas compris plus tôt ?
Comment ai-je pu être aussi stupide ?
Je me targuais d'avoir une intelligence au-dessus de la moyenne.
J'avais tort.
Ma vie n'est faite que de décisions irréfléchies, imbéciles.
- Ta fidélité à cet illuminé amoureux des Moldus signe ton arrêt de mort.
Albus.
Ses yeux bleus pétillant de malice et de bonheur.
Albus.
Son sourire sincère et communicatif.
Albus.
Son soutien inconditionnel.
Sa confiance inébranlable.
Sa miséricorde infatigable.
Sa compréhension.
Son amitié.
Sa mort…
Tout.
Je me souviens de tout.
Je sens une larme rouler sur ma joue.
Elle se mêle au sang.
Elle a un goût salé.
C'était Albus mon père.
Mon modèle.
Mon mentor.
Que n'ai-je pas compris cela plus tôt ?
Pourquoi me tromper à ce point ?
- Tu vas le rejoindre.
Non !
Je ne veux pas !
Il m'a confié une mission.
Je ne dois pas échouer.
Il faut que je me batte.
Je relève la tête pour croiser une nouvelle fois les yeux rouges.
Ma vision est brouillée par les larmes.
Comme il est bon de pleurer.
Juste une fois.
Rien q'une unique fois.
J'ai raté.
Je n'ai même pas été capable de réussir ce qu'Albus m'avait demandé.
Je suis un échec.
Je l'ai toujours été.
Albus, mon père.
L'image revient une nouvelle fois.
Je serre fort les paupières pour la garder en moi.
Je veux qu'elle reste.
Toujours.
Mon âme ne doit plus être noire.
Albus.
Blanc.
Pur.
La mort, enfin.
La délivrance…
Et voici la fin de "Moi, le Mangemort". C'est vieux, très vieux. Et pourtant, je l'aime cette histoire. Une review pour dire ce que vous en pensez ?
