Chapitre 2 :
Quand Don est arrivé à Calsci, la police de Los Angeles avait déjà délimité un périmètre de sécurité et les services de secours s'activaient à éteindre le feu.
Don est descendu de son SUV, les yeux fixés sur la carcasse brûlante. Son sentiment de crainte n'a fait qu'accroitre au fur et à mesure qu'il s'en approchait. Il s'est frayé un chemin à travers les curieux et est passé sous les cordons de police. Quant il est arrivé suffisamment près de l'épave calcinée, Don a senti son cœur s'accéléré. Il ne restait plus rien de la voiture de son frère qu'un amas de tôle brûlé. Don est sorti de sa stupeur en sentant le bras de David sur le sien. Il a regardé son subordonné qui lui indiquait du doigt un cadavre gisant sur la chaussée. Oh mon dieu, Charlie ! Don s'est avancé et plus il avançait, plus il pouvait sentir l'odeur de la chair brûlée. Il a commencé à paniquer lorsqu'il s'est rendu compte, avant que le coroner ait eu le temps de refermer le sac plastique enveloppant le corps, que celui-ci était méconnaissable, brûler de la tête au pied. Il était sûr qu'il s'agissait de son petit frère. Charlie ! Je suis si désolé. Je n'ai pas su te protéger.
« Don »
Don était profondément ancré dans sa peine qu'il entendait à peine la voix de David.
« Don » A insisté ce dernier. « Don, tu m'entends ? »
Revenant un peu à la réalité, Don a répondu d'une voix d'outre tombe :
« David. Je veux qu'on trouve qui a fait ça et je… »
« Don ! Ce n'est pas Charlie ».
« Qu..quoi ? A bégayé Don.
« Regarde là-bas. Charlie est dans l'ambulance ».
Don a regardé en direction de l'ambulance et a vu son frère assis à l'intérieur, envelopper dans une couverture de survie. Il a alors réalisé que le corps était celui de l'agent Taylor. Il s'est précipité à l'intérieur de l'ambulance et s'est assis à côté de l'infirmier.
« Charlie ! » Dans un élan, Don a pris son petit frère dans ses bras et n'a pas pu empêcher ses larmes de tomber. « Charlie, j'ai cru que tu étais mort ! ». « Charlie ? Charlie tu m'entends ? » A-t-il questionné en constatant que son petit frère fixait la paroi de l'ambulance sans cligner des yeux. « Charlie ? » A insisté Don en passant sa main devant ses yeux.
« Il est en état de choc » Lui a répondu l'infirmier. « Votre frère est un vrai miraculé. Une chance pour lui qu'il se trouvait plus loin de la zone de souffle que votre collègue. Il a seulement une bosse sur la tête dû à son atterrissage sur la chaussée. Il n'a aucune autre blessure mais nous allons l'emmener faire des radios pour en être sûr. Il est extrêmement choqué. Il n'a pas dit un mot depuis qu'on l'a trouvé ».
« Je viens avec vous. Vous pouvez m'attendre cinq minutes le temps que je donne les ordres à mon équipe ? ».
Au signe d'assentiment de l'infirmier, Don est sorti de l'ambulance pour revenir quelques minutes plus tard.
« C'est bon. Nous pouvons y aller ».
Pendant tout le trajet jusqu'à l'hôpital, Don a bercé son petit frère dans ses bras et lui a chuchoté des mots doux dans son oreille. Charlie a semblé les entendre puisqu'il a commencé à cligner des yeux et a détourné son regard de la paroi.
«ça va aller Charlie. Je suis vraiment désolé si tu savais.»
Don a accompagné son petit frère jusque dans la salle d'examen ne le quittant que lorsque les infirmiers l'ont emmené passer des radios.
Pendant que Charlie était en radiologie, l'équipe de Don est arrivée à l'hôpital.
« Comment va Charlie ? » A demandé Megan.
« Ils lui font passés des radios en ce moment. Il ne semble pas avoir d'autres blessures que sa bosse sur la tête. Mais il est extrêmement choqué. Il a à peine dix deux mots dans l'ambulance. Quand je pense à ce qui aurait pu se passer… » Don a laissé sa phrase en suspend en se remémorant la vision de l'agent Taylor. Megan, David et Colby se sont échangés des regards mais n'ont rien dit. Ils avaient les mêmes pensées que leur patron.
Secouant sa tête et passant une main sur son visage, Don a continué : « Vous avez du nouveau ? »
« Selon les témoins, la voiture a explosé lorsque l'agent Taylor s'est approché de la voiture. Charlie était resté en retrait. Je pense que James a voulu vérifier la voiture avant que Charlie n'approche » A suggéré Colby.
« Selon le médecin légiste, James est mort sur le coup » A continué David, la gorge nouée.
« On a fait enlevé l'épave pour la faire expertiser. Selon les premières constatations de l'expert, il s'agirait d'une bombe de fabrication artisanale » A fini Megan.
«Est-ce que la bombe a été actionné à distance ou programmer ? Ou est-ce que la voiture a explosé lorsque James a appuyé sur le bouton d'ouverture de la clé ? » A demandé Don.
« Il est encore trop tôt pour le dire ».
« D'accord. Je voudrais que vous retourniez au bureau et commencer par vérifier la véracité de l'identité des témoins que vous avez entendus et je voudrais que vous commenciez à faire une liste de tous les criminels que j'ai arrêté au cours de ma carrière. Ça va être une longue liste. De mon côté, je vais rester ici attendre des nouvelles de mon frère et j'irais prévenir la femme de James. ».
« On peut s'en occuper si tu veux »
« Non merci Megan. En tant que chef d'équipe c'est à moi de le faire ».
« Tu veux qu'on appelle ton père ? » A demandé David.
«Non je vais le faire mais merci. Je l'appellerais après avoir eu des nouvelles de Charlie ».
« Bien. On a garé ton SUV devant l'entrée ».
Après avoir remercié son équipe, Don est allé s'asseoir dans la salle d'attente. Il a penché sa tête en arrière contre le mur et a fermé ses yeux. Mais il s'est rendu compte très vite que c'était une mauvaise idée. Les images du corps de l'agent Taylor rejouaient sans cesse dans son esprit. Don était sûr qu'il ne trouverait pas un sommeil paisible avant un bon moment. Il se demandait ce qu'il allait dire à sa femme. Comment dire à une épouse que son mari est mort carbonisé. C'était tout simplement impensable. Il se conformera aux phrases habituelles : c'était un très bon agent, il est mort sur le coup, il n'a pas eu le temps de souffrir, etc. C'était une partie de son travail qu'il détestait le plus. Don avait toujours espéré et espérait toujours que son père n'aurait jamais à ouvrir sa porte pour trouver un agent lui dire prononcer ces mêmes paroles. En pensant à son père, Don se demandait également comment lui dire ce qui était arrivé. Ce n'était pas un moment qu'il attendait avec intérêt. C'est d'ailleurs pour cela qu'il ne l'avait pas encore appelé. Il savait que son père, au fond de lui, n'avait jamais vraiment apprécié que Charlie travaille comme consultant pour le FBI même si un jour il lui avait dit que ça le rassurait de voir ses deux fils travaillaient ensemble. Don avait toujours eu ses propres craintes aussi. Il a toujours eu peur que Charlie soit blessé à cause de sa collaboration avec lui. Il avait bien conscience que ce n'était pas à cause de son travail comme consultant que Charlie avait été blessé. Même s'il ne l'était pas, cela ne l'aurait certainement pas empêché d'être blesser aujourd'hui. Mais Don ne pouvait rien faire contre son sentiment de culpabilité et les doutes étaient toujours présents. Si j'avais pris au sérieux ces lettres de menace dès le départ, peut être que tout cela ne serait pas arrivé.
Le médecin a interrompu Don dans ses pensées :
« Agent Eppes ? »
A son nom, Don s'est immédiatement levé de sa chaise : « Oui. Comment va mon frère ? »
- « Etant donné les circonstances il va très bien. Il a seulement un choc sur la tête mais les radios ne montrent aucun gonflement au cerveau. Nous allons le garder cette nuit en observation ».
Don a soupiré de soulagement en passant une main dans ses cheveux.
« Je peux le voir ? »
« Bien sûr. Je vous accompagne à sa chambre ».
« Merci docteur ».
Lorsqu'il est entré dans la chambre, Don s'est précipité à côté de son frère et l'a pris une nouvelle fois dans ses bras. Il ne se rappelait pas avoir déjà pris son petit frère autant de fois dans une même journée.
« Charlie ! »
« Donnie ! »
Don a été immensément soulagé de constater que Charlie renvoyait l'étreinte et prononcer son surnom. Charlie l'employait seulement lorsqu'il avait peur ou lorsqu'il était inquiet et chercher la réassurance de son frère. Ou lorsqu'il exprimait sa joie à son grand frère.
« Comment tu te sens p'tit frère ? »
« Je vais bien. Et James ? »
« Charlie… » Don n'avait pas besoin de continuer. Son petit frère avait compris en voyant son regard.
« Il m'a sauvé la vie Don. Il m'a dit d'attendre loin de la voiture. Il voulait la vérifier pour voir s'il n'y avait aucun danger. C'est grâce à lui si je suis encore vivant » Plus il parlait, plus la voie de Charlie tremblée.
En entendant le tremblement dans la voix de son petit frère et en voyant ses larmes, Don s'est aussitôt assis sur le lit, a enroulé un bras autour de son épaule et l'a réconforté du mieux qu'il pouvait.
« Shhh Charlie ».
Après un petit moment, Charlie a demandé à son frère, d'une voix que celui-ci n'avait pas entendu depuis que son petit frère avait eu dix ans, s'il le ramenait à la maison.
« Charlie, tu vas rester ici cette nuit en observation ».
« Non ! Donnie, s'il te plaît, je veux rentrer à la maison » A imploré le jeune génie, les yeux humides.
Don a regardé le médecin, ne sachant pas quoi répondre. Il voulait aussi ramener Charlie à la maison mais il était inquiet pour sa santé.
« Si quelqu'un reste avec vous cette nuit et vous réveille toutes les deux heures, je n'y vois pas d'inconvénients. Mais au moindre problème, il faut revenir immédiatement ici » En voyant le sourire des deux frères, le médecin a continué : « Je vais vous prescrire des calmants et remplir vos papiers de décharge ». Les frères Eppes ont remercié le médecin avant que celui-ci ne sorte de la chambre.
Don a aidé son frère à s'habiller. Ils ont signés les papiers et se sont dirigés en direction du camion de Don. En aidant Charlie à s'installer dans le siège passager avant, Don a remarqué un papier plié en deux coincé entre la vitre et l'essuie-glace. Enfilant les gants en latex qu'il a pris dans sa boîte à gants, Don a pris avec précaution le papier et l'a lu : J'espère que vous avez apprécié ma petite plaisanterie agents Eppes. Ce n'est que le début. Maintenant vous savez que mes menaces très sérieuses. En lisant ces mots, Don bouillait à l'intérieur. Un de mes agents est mort et mon frère a failli se faire tuer et c'est une plaisanterie ! Attends un peu que je t'attrape et je vais te montrer moi ce qu'est une plaisanterie. Il a placé le papier dans un sac plastique et est monté dans la voiture.
« Qu'est-ce que c'est ? » A demandé son frère.
« Ce n'est rien. Juste de la publicité ».
« Tu prends toujours la publicité avec des gants et tu la mets toujours sous sac plastique ? ».
« Charlie…Ne t'occupes pas de ça pour le moment d'accord. Pour le moment, pense juste à aller mieux ».
Charlie voulait en savoir plus mais sa tête palpitait tellement et il se sentait si fatiguer qu'il n'a pas eu la force de s'enquérir plus.
Après s'être garé dans l'allée de la maison, Don a réveillé doucement son petit frère.
« Charlie, réveilles-toi. On est arrivé. Charlie ».
Charlie s'est réveillé progressivement et a gémi de mécontentement.
« Charlie, aller réveilles-toi ».
Finalement réveiller, Don a aidé son petit frère à faire son chemin jusqu'à la porte d'entrée. Volontairement, Don ne s'est pas précipité pour le faire. Il se préparait mentalement à faire face à son père. Celui-ci était en train d'étudier des plans dans la salle à manger. Lorsqu'il a entendu la porte s'ouvrir, il a levé la tête et a été horrifié par l'apparence de son plus jeune fils.
« Charlie ! Mon dieu, qu'est-ce qui t'es arrivé » A-t-il demandé en allant au devant de ses garçons.
Don a répondu à la place de son petit frère en évitant le regard de son père :
« Papa, je vais tout expliquer. Mais pour l'instant, on doit mettre Charlie au lit ».
Alan a regardé Don avec un regard de désapprobation mais a pensé qu'il avait raison. Il aurait tout le temps de lui demander des explications après s'être occupé de Charlie.
Alan et Don ont aidé Charlie à monter les escaliers, à se déshabiller et à se coucher. Après lui avoir donné les calmants, ils sont sortis de la chambre. A peine avait-il refermé la porte que Don a rencontré le regard furieux de son père.
« Don, qu'est-ce qui s'est passé ? » Bien qu'il soit un agent expérimenté et qu'il ait fait face à de dangereux criminels, Don a eu soudainement l'impression d'être un tout petit garçon en entendant la voix grondante de son père.
« Papa, allons en bas. On va réveiller Charlie ». Don voulait surtout retarder au maximum la dispute imminente qu'il sentait venir.
Alan a suivi son fils au salon, sa fureur augmentait de minute en minute. N'y tenant plus, il a explosé : « Don ! »
Celui-ci a senti tous les poils de son corps se hérisser et il s'est senti encore plus petit. Deux solutions s'ouvraient à lui : soit il prenait ses jambes à son cou et il s'en allait en courant, soit il faisait face à son père. En brave garçon qu'il a toujours été, Don est resté devant son père. Ou peut être que c'était parce qu'il était trop terrifié pour bouger.
« Papa, la voiture de Charlie a explosé et…».
« Quoi ! Comment ça la voiture de Charlie a explosé ?!».
Don pouvait voir de la fumée sortir des oreilles de son père.
« Papa, écoutes-moi ! »
« Je t'écoutes ! »
Oh la la ! Pas bon signe. Voilà que papa met ses deux poings sur ses hanches.
« Papa » Je suis obligé de commencer toutes mes phrases par papa ! Bon sang, j'aimerais mieux être en face d'un suspect en ce moment. « Papa, cela fait maintenant plusieurs jours que je reçois des menaces de mort… ».
En entendant ces mots, l'expression de son père est passée en un clin d'œil de la colère au souci « Des menaces de mort ? Donnie, pourquoi tu ne nous as rien dit ?» Peut être que je vais sortir de cette maison vivant finalement. Mais en repensant à l'état de Charlie, la fureur d'Alan est repartie de plus belle. Yup ! On dirait bien que non.
« Au début je ne les ai pas prises au sérieux. Dans mon métier, ce genre de chose arrive souvent. Mais les dernières que j'ai reçues viser aussi Charlie. Alors j'ai décidé de les faire expertiser… »
« Tu es en train de me dire que c'est à cause de ces lettres que ton frère a été blessé aujourd'hui ! Et pourquoi tu n'as pas assuré sa protection. Je t'ai toujours dit de protéger ton petit frère ! Tu sais très bien qu'il ne sait pas se défendre tout seul ! Surtout lorsqu'il y a des menaces de cette ampleur. Ton frère est un mathématicien. Pas un agent fédéral ! Il n'appartient pas à ton monde !»
Cette fois-ci c'est Don qui a senti sa colère montait, son père allait trop loin :
« Mais qu'est-ce que tu crois ? J'ai chargé un agent de sa protection et en ce moment cet agent est à la morgue complètement carbonisé ! ».
« Je suis désolé ». Alan s'est radouci un peu mais sa colère était toujours présente. « Mais tu sais que je n'ai jamais aimé ton travail ! Quand tu nous as dit que tu entrais en FBI, je t'avais dis que cela aller nous apporter des ennuis. Et je vois que j'ai eu raison. Tu as fait entrer la violence dans cette maison et encore plus depuis que ta mère est morte ! »
Blesser par les mots de son père, Don a répondu encore plus furieusement :
« Tu aurais préféré que je reparte après la mort de maman ?! Tu aurais préféré que je reprenne mon ancienne vie, que je fasse comme avant lorsque je ne donnais pratiquement jamais de mes nouvelles ! ».
« Ce que je dis c'est que plus tu restes près de nous, plus on est confronté à toute cette violence ! Et le pire dans tout ça, c'est que Charlie est de plus en plus impliqué ! » Alan ne croyait pas lui-même qu'il venait de prononcer ces mots et il les a regretté aussitôt. Mais le mal était fait.
Don est resté interloquer un petit moment.
« Donnie, je n'ai pas voulu dire… »
« Arrêtes papa ! Tu as raison. J'ai toujours été le nuage noir qui plane au dessus de cette maison et ne dis pas le contraire. Je sais que tu penses la même chose. Et pas seulement depuis que je suis au FBI ! Mais ne t'inquiètes pas, le nuage noir va s'en aller pour toujours et tu retrouveras le soleil ! »
Furieux, Don a posé sur la table les prescriptions du médecin de Charlie et s'est dirigé d'un pas rapide vers la porte.
« Don ! Reviens ici ! Je suis désolé ».
Mais Don n'avait que faire des excuses de son père et a claqué la porte derrière lui.
A suivre
