Chapitre 3 :

« CHARLIE !!!» Don s'est réveillé en sursaut en hurlant le nom de son frère. Il a regardé autour de lui et a été rassurer de constater qu'il était chez lui, dans son lit. Instinctivement, il a allumé sa lampe de chevet et a regardé l'heure : 02 h 15 du matin. Il s'est assis sur le bord de son lit, essayant de reprendre son souffle. Quel cauchemar ! Les images du corps de l'agent Taylor ne cessaient de défiler dans sa tête et les mots de son père ainsi que les cris hystériques de l'épouse de son agent raisonnaient sans cesse dans son cerveau. Il avait l'impression que la bande se rembobinée perpétuellement. Comme si cela ne suffisait pas, Don avait aussi rêvé du corps de Charlie totalement brûlé dans sa voiture.

Don a fait son chemin à la salle de bain et a passé de l'eau sur son visage. Il s'est regardé dans le miroir et n'aimait pas ce qu'il voyait. Son teint était pâle et il avait de grandes cernes sous les yeux. Il a fermé un moment ses yeux en se penchant sur le lavabo et est revenu s'asseoir sur son lit. Il y est resté pendant quelques minutes, ses coudes sur ses genoux et son visage dans ses mains.

Décidant que le sommeil était peine perdue, il a décidé d'aller au bureau. Il aurait au moins la sensation de faire quelque chose d'utile.

Très tôt le matin, Megan a trouvé son patron assis à son bureau, les yeux rivés sur son ordinateur. Elle n'en était pas vraiment étonnée.

« Don ! Ne me dis pas que tu as passé la nuit ici ! » En voyant son regard, elle a ajouté : « Surtout ne me réponds pas. Je ne veux même pas savoir».

Etudiant un peu plus son aspect, elle s'est enquit : « Sérieusement Don, tu as dormi quelques heures au moins ? ».

« Bien sûr ».

Megan s'est contentée de cette réponse bien qu'elle soit persuadée que ce n'était pas la vérité.

« Comment va Charlie ? ».

« Physiquement il va bien. C'est pour son état mental que je m'inquiète. Il a vu James mourir devant lui. C'est le genre de chose dont on met longtemps à se remettre…Si on s'en remet ».

« Et ton père, comment il va ? »

A cette question, Megan a vu Don se tendre.

- «Je pense qu'il va bien. » Don a répondu sèchement, indiquant ainsi que la conversation s'arrêtait là.

Connaissant le caractère de Don, l'agent Reeves a compris qu'il ne fallait pas insister. Elle est allée à la salle de repos et est revenue quelques minutes plus tard.

« Qu'est-ce que tu fais ? » A-t-elle demandé en donnant un café à Don.

« Merci. Je suis en train d'éplucher la liste que toi et les gars avait établi hier. »

« Mmh, c'est une très longue liste. Tu dois certainement détenir le record du plus grand nombre d'arrestations ! »

Offrant un petit sourire à Megan, Don a continué :

« J'ai fais des recherches sur eux et la plupart d'entre eux sont soit mort, soit encore en prison. J'ai pu ainsi réduire un peu la liste ».

« Il faudrait aussi rechercher du côté de leurs proches. Il n'est pas rare que ce soit un parent qui se venge. »

« Oui j'y est pensé aussi mais je n'ai pas encore eu le temps de le faire. Il faut aussi rechercher du côté des affaires dans lesquelles Charlie a participé. Après tout, lui aussi est visé par les menaces».

A peine avait-il fini sa phrase que le reste de l'équipe est arrivée. David et Colby ont voulu s'enquérir de la famille de leur patron mais ils se sont ravisés en voyant le regard de Megan indiquant qu'il valait mieux ne pas poser trop de question.

Après avoir échangé les banalités habituelles, l'équipe entière s'est mise au travail. Don finissait de se renseigner sur ce qu'étaient devenus les criminels qu'il avait arrêté tandis que Megan, David et Colby faisaient des recherches sur leurs proches.

En fin de matinée, Don était tellement concentré dans son travail qu'il n'a pas vu son frère arriver.

« Don » A demandé ce dernier, incertain.

Don a levé sa tête. Soulagé de voir son petit frère. Il s'est levé et l'a étreint :

« Charlie ! Je suis heureux de te voir. Tu vas bien ? Tu as bien dormi ? Tu as respecté les prescriptions du médecin ? Tu as… »

« Whoa Don ! Tu peux me laisser respirer.» A répondu Charlie en essayant de sortir des bras de son frère.

« Oui, oui et oui. Rassurer ? ».

« Bien sûr que oui ».

Avant d'aller dans la salle de repos avec son frère, Charlie a adressé ses salutations à l'équipe et les a rassuré sur son bien être.

« Tu veux du café ? Non ne répond pas. C'est idiot ce que je viens de te demander. Dans ton état, le café est la dernière chose dont tu as besoin en ce moment ». Ouvrant tous les placards, Don a recherché ce qu'il pouvait donner à Charlie : « Tu veux du thé, un chocolat ou… »

Le jeune génie a interrompu son frère dans sa recherche :

« Don ! Arrêtes de t'inquiéter tu veux ? Je vais très bien ! Je suis encore un peu choqué par ce qui s'est produit hier mais je vais mieux. Je ne suis pas fait en sucre tu sais ! ».

Don s'est retourné et a regardé son petit frère :

« Excuses-moi Charlie».

« Tu as parlé à la femme de James ? » A demandé Charlie, bien que ce soit plus une constatation.

« Oui. La pauvre femme, elle est toute retournée. A trois mois de l'accouchement, c'est horrible ».

« Elle est enceinte ?! »

« Oui. James et elle attendaient des jumeaux. Je suis restée avec elle jusqu'à ce que ses parents arrivent. Je repasserais la voir dans la soirée et je vais m'arranger avec le service des ressources humaines pour qu'elle ait une aide financière ».

« Je suis vraiment désolé. Je n'ose même pas imaginer ce que c'est de perdre un de ses hommes ».

Don a convenu silencieusement, tout en continuant à préparer son café et le thé de son frère.

« Tu vas bien Don ? Tu as l'air fatigué ? »

« Oui ça va. C'est juste que je n'ai pas bien dormi cette nuit ».

Don a indiqué un siège à son frère et ils se sont assis un moment, buvant leurs boissons en silence.

- « Don »

« Mmh ? »

« Hier…Je t'ai entendu te disputer avec papa. J'ai entendu ce qu'il t'a dit. Je suis vraiment désolé. Je sais que c'était à cause de moi ».

« Charlie, tu n'as pas à t'excuser. Ce n'est pas ta faute si quelqu'un en a après moi ».

« Il s'en veut tu sais ».

Don n'a pas répondu et a continué à boire son café, évitant le regard de son petit frère.

« Don. Il n'en a pas dormi de la nuit. Il a passé la nuit a astiqué la maison ! Et ce matin, il n'a même pas pris de petit déjeuner. Je ne l'ai jamais vu comme ça ».

Don n'a toujours pas répondu. Les mots étaient encore trop frais dans sa mémoire.

« Je suis sûr que tu sais qu'il ne pensait pas ce qu'il a dit. Il s'inquiétait pour moi et ses mots ont dépassés ses pensées. Il regrette vraiment. Tu l'aurais vu ce matin, son regard, c'est comme s'il était hanté. J'ai l'impression de voir son fantôme.»

« Charlie. C'est beaucoup plus que ça. Tout ce que je fais n'est jamais assez bien pour lui comparer à… ».

« Comparer à moi. » A fini Charlie en voyant que son grand frère n'allait pas finir sa phrase.

« Ne le prends pas mal Charlie, mais c'est ce que je ressens ».

« Je sais. Je ne t'en veux pas ».

Après quelques hésitations, le jeune génie a continué :

« Tu vas lui parler ? Il s'inquiète vraiment pour toi tu sais. Il m'a questionné sur les menaces que tu as reçu et ça lui fait vraiment peur.»

Don a regardé son frère et a répondu un peu brusquement :

« Ah ouais ? Je n'en suis pas aussi sûr ».

Charlie a lâché un soupir d'exaspération. Voyant l'obstination de son frère, il a préféré parler d'autre chose. Je réessaierais plus tard.

« Au fait, le papier que tu as trouvé hier sur le pare-brise, qu'est-ce qu'il disait ? »

« Charlie, je t'ai dis de ne pas t'inquiéter avec ça ».

« Ne pas m'inquiéter ! Quelqu'un en a après toi, veux probablement te tuer et je ne devrais pas m'inquiéter ?! »Et j'ai presque été tué hier. S'est ajouté silencieusement Charlie. « Et pourquoi tu ne me les passerais pas ? Je suis sûr que je pourrais en tirer quelque chose. Avec Amita, on a mis au point un logiciel de… ».

« Non Charlie. » A coupé rapidement Don. « Je ne te veux pas sur cette affaire ».

« Don ! »

« Non Charlie ! C'est beaucoup trop dangereux ».

« Excuse-moi de te dire ça, cher frère, mais tu n'es pas logique. Regarde ce qui s'est passé hier alors que je n'étais même pas sur l'affaire ! ».

« Je sais mais ça me rassurerais quand même. » En voyant que son frère allait continuer, Don s'est empressé d'ajouter : « S'il te plaît Charlie. Je me suis déjà disputé avec papa. Je ne veux pas me fâcher avec toi aussi. En plus on a une équipe d'experts parfaitement compétente. De toute façon, tu ne trouveras rien de plus qu'eux. Les menaces sont écrites à l'ordinateur, sur du papier ordinaire, encre ordinaire et tout le tatoin !... Charlie, s'il te plaît ? »

Ne voulant pas causer plus de souci à son frère et en voyant l'inquiétude gravée à l'eau forte sur son visage, Charlie a convenu :

« D'accord Don » A-t-il répondu en soupirant. « Mais je veux que tu me tiennes au courant et que tu fasses attention».

« Marché conclu » A répondu Don en regardant sa montre. « Charlie, ce n'est pas que je m'ennuis mais je dois y aller. On a encore pas mal de boulot et toi tu devrais rentrer à la maison te reposer».

Ils se sont tous les deux levés. Avant d'ouvrir la porte, Charlie s'est retourné et a demandé à Don s'il appellerait leur père.

« Charlie, je vais y réfléchir plus tard ». Charlie est resté planter devant la porte. « Je te le promets ».

« Bien. Il est vraiment inquiet, tu peux me croire. ». Donnant le bénéfice du doute à son frère, Charlie a ouvert la porte et ils se sont séparés après s'être tapoté sur l'épaule.

En voyant son patron revenir à son bureau, Colby l'a interpelé :

« Don ! Je viens de recevoir le rapport d'expertise concernant la voiture de ton frère ».

« Excellent » A répondu Don en prenant le dossier dans ses mains et en s'asseyant à son bureau. « Qu'est-ce qu'il dit ?»

« La bombe n'a pas été programmé. Elle a été déclenché à distance ».

« Donc quelqu'un les observé et a attendu qu'ils s'approchent de la voiture pour l'activer » A dit Don de manière songeuse. « Mais ce quelqu'un a certainement vu mon frère se tenir en retrait par rapport à James et donc… »

« Et donc cela veut dire que le but n'était probablement pas de tuer Charlie mais de lui faire peur. De te faire peur. » A fini David, qui s'était approché du bureau de Don avec Megan.

« Il voulait que tu te rendes compte que les menaces sont très sérieuses. Et James en a payé le prix.» A ajouté Megan.

« Et ça explique le contenu de la menace que j'ai trouvé sur mon pare-brise. Cette fameuse « plaisanterie ». Tu parles ! Quand je vais le tenir celui-là… ».

« Et que dit le rapport sur la fabrication elle-même ? » A demandé Don, tout en continuant à feuilleter le dossier.

« Aucune surprise. C'est une bombe de fabrication artisanale. Ce mec a utilisé des matériaux que l'on trouve dans n'importe quel magasin de bricolage ».

« Evidemment » A répondu Don, amer. « Bien, on va continuer nos recherches et on va quand même vérifier les magasins de bricolage de Los Angeles et ceux se trouvant dans un rayon de 10 km de LA. Je sais que c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin mais c'est toujours ça ».

L'équipe a convenu et s'est remise au travail.

Se retournant vers son ordinateur, le téléphone portable de Don a sonné. Celui-ci l'a saisi et a regardé l'identification de l'appelant. Constatant qu'il s'agissait de son père, il se demandait s'il devait répondre ou non. Avant même qu'il ait pris sa décision, la sonnerie s'est arrêtée. Poussant un soupir, Don a remis le téléphone à sa ceinture et a repris son travail.

En fin de journée, Don, en voyant la fatigue sur les visages des membres de son équipe, leur a annoncé qu'ils avaient assez travaillés pour aujourd'hui et qu'ils pouvaient rentrer chez eux. Ils avaient réduit la liste des suspects mais celle-ci rester encore importante et comme prévu la recherche sur les magasins de bricolage n'avait rien donné.

Sentant un sentiment de déprime s'infiltré dans lui, Don s'est dirigé en direction de son appartement. Lorsqu'il s'est garé, Don était profondément perdu dans ses pensées qu'il n'a pas remarqué un fourgon de couleur noir s'approcher lentement. L'inquiétude et la fatigue prenait le dessus sur Don. Il a encore été plus distrait par la sonnerie de son téléphone portable. Je paris que c'est encore papa. Gagné ! Après avoir hésité quelques secondes, Don s'apprêtait à répondre. Mais il n'a pas eu le temps de le faire puisqu'une main forte l'a saisi par derrière et l'a chloroformé. Pris par surprise, Don a à peine eu le temps de réagir avant de sombrer dans l'inconscience. Deux paires de mains l'ont alors saisi et jeter dans le fourgon.


Dans la maison des Eppes, Charlie dévisageait son père. Celui-ci n'avait pratiquement pas touché à son assiette.

« Papa, tu dois manger. Tu n'as rien avalé aujourd'hui ».

« Je n'ai pas faim ». A répondu son père, bourru.

« Papa. Laisse-lui juste le temps. Il va finir par revenir ».

« J'espère que tu as raison. Je ne comprends toujours pas comment j'ai pu lui dire tout ça hier. Les mots ont dépassé mes pensées. C'est comme si quelqu'un avait parlé à ma place. Je m'en veux tellement tu sais ».

« Je sais. Et je suis sûr que Don le sait aussi ».

« Je n'en suis pas si sûr. Je l'ai appelé plusieurs fois aujourd'hui et je lui ai laissé plusieurs messages. Il n'en a répondu à aucun ». Alan commencé à sentir ses larmes montées à la surface. « Tu l'as vu aujourd'hui. Comment il va ? »

« Il avait l'air très fatigué mais je pense qu'il va bien, vu les circonstances».

« Il est menacé de mort et je ne suis même pas capable d'être là pour lui. Au lieu de cela, je lui ai dis des choses horribles. Il doit se sentir terriblement coupable de la mort de son agent. Je voudrais tellement le réconforter. Quel genre de père je suis ? » Alan se posait surtout la question à lui-même et non à Charlie.

« Le meilleur père que quelqu'un puisse avoir papa ».

Alan a remercié son fils du regard mais il souhaitait par-dessus tout entendre Don le dire.

« Est-ce que ton frère a chargé un autre agent de ta protection ? »

« Oui. En fait il en a affecté deux. Ils assurent aussi ta protection. En ce moment, ils surveillent la maison ».

« Ah bon ? Je ne les ai pas vu ».

« Encore heureux ! Si tu les voyais, ça voudrait dire qu'ils font mal leur travail ».

Après le dîner, Charlie est parti travailler dans le garage. De son côté, Alan a encore essayé d'atteindre Don, sans succès. Soupirant de tristesse, il est parti se coucher en se promettant d'aller voir Don demain au bureau. Il l'attacherait à sa chaise s'il le fallait, mais il lui parlerait.

Dans le garage, Charlie travaillait à sa dernière théorie sans savoir qu'il allait subir le même sort que son frère. Deux hommes sont entrés, aussi silencieusement qu'un chat, et l'ont saisis par derrière. Comme Don, ils l'ont chloroformé et traîné dans le fourgon.