Chapitre 4 :
Alan s'est réveillé très tôt le lendemain matin, voulant voir Don avant d'aller à sa réunion avec Stan. Après avoir déjeuné et s'être préparer, Il est allé prévenir Charlie qu'il partait plus tôt que d'habitude. Il est entré dans la chambre de son fils et a été à moitié étonné de la trouver vide, le lit non défait. Mmh. Il a encore dû s'endormir dans le garage. Charlie, heureusement que ta tête est accrochée sinon tu l'oublierais souvent. Mais son jeune fils n'était pas non plus dans le garage. Il est sûrement parti au travail très tôt. Ce ne serait pas la première fois. Il est toujours tendu à l'approche des partiels. Toujours à avoir peur de ne pas avoir assez bien préparé ses sujets.
Sur la route le menant au siège du FBI, il se demandait comment aborder son fils. Don, je suis désolé. Non pas ça, la dernière fois que j'ai prononcé cette phrase il a claqué la porte. Don, écoutes-moi. Non, trop autoritaire. Il n'a pas besoin de ça pour le moment. Don, je dois te parler. Ridicule. Evidemment que je veux lui parler puisque je viens le voir dans son bureau. Alan sentait son nœud dans l'estomac se resserrer de plus en plus à l'approche du bâtiment fédéral. J'ai l'impression d'être un étudiant qui va passer un oral ! Il s'est garé et s'est dirigé à l'intérieur du bâtiment ne sachant toujours pas quoi dire à son fils. Dans l'ascenseur, Alan éprouvait des sentiments contradictoires : d'un côté il avait hâte de voir son aîné d'un autre côté il n'était pas pressé de peur de voir Don le rejeter. La plus grande peur qu'un parent ne puisse jamais éprouver. Arriver à l'étage de Don, les émotions d'Alan étaient de plus en plus embrouillées : amour, honte, culpabilité, peur, angoisse, fierté.
Malgré l'heure très matinale, l'équipe de son fils était déjà au travail. Alan a recherché des yeux son garçon et a été déçu de ne pas le voir.
« Alan ! » S'est exclamé David en se levant de son bureau pour aller lui serrer la main. « C'est un plaisir de vous voir ! »
En entendant l'éclat de David, Megan et Colby ont levés leur tête et sont aussi allés à la rencontre du père de leur chef d'équipe.
« Bonjour, Don n'est pas là ? Je voudrais lui parler. »
« Il n'est pas encore arrivé mais il ne devrait pas tarder. » L'a informé Colby.
« Habituellement, il est là avant tout le monde mais il semblait fatigué hier. Il a peut être décidé de venir un peu plus tard.» A suggéré Megan en rencontrant le regard étonné d'Alan. Mais elle n'y croyait pas elle-même. Ce n'était pas le genre de son patron d'être en retard et si c'était le cas il les aurait prévenus.
« Vous pouvez l'attendre ici si vous voulez. J'allais faire du café, vous en voulez ? » A proposé David.
« Non, merci David. C'est très gentil à vous mais j'ai réunion dans moins d'une heure. Je repasserais plus tard ».
Avant de partir, Alan a eu un petit pincement au cœur en regardant le bureau vide de Don. Son instinct parental lui indiquait que quelque chose de grave était arrivé.
Son sentiment de malaise ne l'a pas quitté pendant toute la réunion. Il était de plus en plus certain que quelque chose n'allait pas, mise à part sa culpabilité d'avoir blesser Don. N'y tenant plus, il s'est excusé et a laissé son associé s'occupait des clients sans lui. Cela faisait plusieurs mois que lui et Stan travaillaient sur un important projet de construction d'un centre commercial. Alan en était très fier. C'était l'un des plus grands projets sur lequel il ait jamais travaillé. Mais aujourd'hui, tout cela semblait sans importance.
En sortant de la salle de réunion, il a vérifié ses messages et a constaté qu'il y avait plusieurs appels manqués : un de Megan lui demandant s'il avait réussi à joindre Don et plusieurs de Larry et d'Amita qui s'inquiétaient de ne pas avoir vu Charlie ce matin. Refoulant son sentiment de panique, Alan, le souffle court, a essayé successivement de joindre au téléphone ses fils et n'a pas vraiment été surpris de tomber sur leur messagerie. Pendant un court instant, il a eu l'impression de s'enterrer dans le sol pendant que tout autour de lui prenait une dimension gigantesque. Mes enfants !
Au bureau du FBI, Megan a raccroché son téléphone brutalement. Elle avait essayé, sans succès, de joindre Don toute la matinée. Comme Alan, elle était certaine qu'un malheur se préparer. Ça ne ressemblait pas à Don de ne pas donner de ses nouvelles. Pour couronner le tout, les agents chargés de protéger sa famille étaient aussi injoignables. Et les menaces de mort que Don avait réussi n'étaient pas faites pour l'apaiser.
« Megan ! »
Levant ses yeux du téléphone, l'agent Reeves a vu Alan s'approchait à grand pas, paraissant avoir vieilli de dix ans en l'espace de quelques heures.
« Megan, j'ai reçu votre message. J'ai essayé de joindre Don mais je tombe tout le temps sur sa messagerie. D'accord il ne me répond pas depuis notre dispute mais mon instinct me dit qu'il lui est arrivé quelque chose. Et Charlie aussi semble avoir disparu. Amita et Larry ne l'ont pas vu de la matinée ! Il est arrivé quelque chose à mes enfants ! ».
Megan s'est empressée de faire asseoir Alan, hors de souffle, persuadée qu'il allait faire une crise cardiaque dans la minute qui suit.
« Calmez-vous Alan. Respirer. Voilà c'est bien ».
« Megan, je vous assure que je n'exagère pas. Je suis certain qu'il est arrivé quelque chose ! »
« Je vous crois Alan. Nous sommes aussi inquiets. J'ai envoyé Colby et David chez Don. J'attends leur appel. Vous dites que Charlie aussi semble avoir disparu ? »
Au signe d'assentiment d'Alan, Megan s'est assise en face de lui, certaine que cette fois-ci c'est elle qui allait faire une crise cardiaque. Tout au long de sa carrière, elle a souvent été confrontée à ce genre de situation. Pour autant, elle n'était pas préparer à faire face à la disparition de ses amis. Don était plus que son chef d'équipe. Il devait devenu son meilleur ami. Son numéro était d'ailleurs le premier enregistré sur son téléphone portable et son propre numéro était également en numéro sur le portable de Don. Quant à Charlie…Eh bien elle avait fini par le considérer comme le petit frère qu'elle n'avait jamais eu. Megan était certaine que David et Colby ressentait la même chose.
Alan et Megan sont sortis de leur transe par l'arrivée du reste de l'équipe :
« Megan, Alan » A commencé David. « Don n'est pas chez lui mais son SUV est garé dans son parking. Nous avons interrogés les voisins mais personne n'a rien vu ni rien entendu. Nous avons aussi pénétré dans son appartement. Tout semble en ordre. Il n'y a aucune trace d'effraction ou de lutte ».
« Il y a des caméras de surveillance sur le parking mais il nous faut un mandat pour pouvoir emporter les enregistrements » A fini Colby.
« Charlie aussi a disparu.» Les a informé Megan.
« Quoi ! » Se sont exclamés de concert David et Colby. « Mais un agent devait assurer sa protection ! »
« Lui aussi, disparu ! De même que celui charger de la protection d'Alan. »
Stupéfait par cette nouvelle, David a senti ses jambes bouclées sous lui et s'est lentement assis dans sa chaise. Colby s'est adossé sur la paroi de l'enclos, sans voix.
-« Mes garçons, mes pauvres garçons, qu'est-ce qui vous est arrivé ?! ». Les trois agents ont tournés leur regard sur Alan, assis au bureau de son fils, l'air éperdu et semblant isolé dans sa peine. En le regardant, Megan, David et Colby ont tout de suite su qu'il ne se remettrait jamais s'il arrivait quelque chose à ses fils.
Don est revenu progressivement et douloureusement à la conscience. Son esprit était embrumé et tous ses sens étaient en désordre. Comme si cela ne suffisait pas, une migraine commençait à faire son apparition. Il a ouvert ses yeux et a constaté que sa vision était trouble. Il a secoué sa tête dans les deux sens espérant ainsi améliorer sa vue mais il l'a regretté aussitôt. Sa migraine, qui était jusqu'à présent relativement supportable, s'est transformée en une sorte de concert de rock martelant contre les parois de son cerveau. Don avait l'impression d'avoir des électro chocs dans sa tête. La douleur était si intense que sa vision commençait à se noircir. Ce n'est pas le moment de t'évanouir Eppes. Reprend toi. Tu es un agent fédéral alors agit comme tel. Parvenu à faire reculer l'obscurité, il s'est enfin rendu compte qu'il n'était pas attaché. Pendant un très bref moment, Don a commencé à se sentir joyeux mais sa joie était de courte durée puisque ses gestes étaient tout de même limités : non seulement il ne pouvait pas faire un simple geste sans que le concert de Rock reparte de plus belle mais surtout parce qu'il s'est rendu compte que quelque chose pesait sur son épaule droite et l'empêchait de se lever. Il a regardé la source du problème et un frisson a parcouru son dos. Charlie !
Son petit frère était encore sans connaissance à côté de lui, sa tête reposant sur son épaule. Ignorant les palpitations dans sa tête, Don a doucement secoué son frère.
« Charlie, réveilles-toi. Charlie…Charlie ».
Un petit gémissement s'est échappé des lèvres du jeune génie incitant Don a redoublé d'effort :
« Charlie ! Si tu ne te réveilles pas tout de suite je coupe tes bouclettes !»
A ces mots, Charlie a ouvert doucement ses yeux et a marmonné en douleur :
- « Mal…ma tête »
- « Je sais, c'est l'effet du chloroforme. Ça va passer » A répondu son grand frère, en examinant tout signe de blessure sur son frère et a été rassuré lorsqu'il n'en a pas trouvé.
- « Qu'est-ce qui s'est passé Charlie ? »
Celui-ci a réfléchi un peu avant de répondre avec un froncement de sourcils :
« J'étais dans le garage à travailler sur ma nouvelle théorie et…et j'ai senti quelqu'un m'attrapé par derrière et…je ne me souviens plus ».
« Je suis vraiment désolé p'tit frère. Tout est de ma faute ».
En entendant le désespoir dans la voix de son frère, Charlie a redoublé d'effort pour se réveiller complètement.
« Ce n'est pas ta faute. Et toi, qu'est-ce qui s'est passé ? Tu vas bien ? ».
« Oui, je vais bien. Un groupe de rock joue dans ma tête mais je vais bien. Je rentrais chez moi et j'ai reçu un appel de papa. Je m'apprêtais à répondre mais, comme toi, j'ai senti quelqu'un m'attraper par derrière et je me suis réveillé ici ».
« Et papa ! Il va bien ? Il est ici aussi ?! »
« Je ne sais pas Charlie. En tout cas, il n'est pas avec nous dans cette pièce. » A répondu Don en parcourant des yeux la pièce dans laquelle ils étaient enfermés.
Celle-ci, très sombre, faisait à peu près dix mètres sur quinze, fermée par une grosse porte en fer. Don s'en est approché et a essayé de l'ouvrir, plus par réflexe que par bon sens. Fermée, évidemment. Il s'est ensuite tournée vers l'unique fenêtre et a constaté qu'il y avait des barreaux. Le carreau avait été peinturé de sorte que Don et Charlie ne puisse pas voir l'extérieur. Et personne ne peut nous voir de l'extérieur non plus. Ils pouvaient seulement percevoir la lumière du jour ou la noirceur de la nuit. Sur le sol, reposés de vieux gilets de sauvetage, totalement hors d'usage. Don a aperçu sur le mur de petits crochets en fer. On doit être dans un vieux hangar à bateaux et ses crochets ont dû servir à accrocher des hameçons pour la pêche. Ça explique le bruit de l'eau. A part cela, la pièce était totalement vide. Plus il la détaillait, plus il avait une impression de déjà vu. Bah, tous les hangars à bateaux se ressemblent.
En passant une main sur son visage, Don s'est retourné et a regardé son petit frère, toujours assis contre le mur. Remarquant ses tremblements, il a retiré sa veste de costume et s'est approché de Charlie.
« Tu as froid ? »
N'attendant pas de réponse, Don a aidé son frère à enfiler la veste puis il s'est assis à côté de lui en le prenant dans ses bras, essayant de lui procurer le plus de chaleur possible.
« C'est mieux ? » A-t-il demandé tout en frottant le bras du jeune génie.
« Oui. Merci. » D'une voix tremblante, Charlie a demandé à son grand frère ce qui allait se passer.
« Je ne sais pas Charlie. Mais, tu peux me croire, je ne laisserais personne te faire du mal ».
Charlie a ressenti un peu de réconfort en entendant ces mots. Depuis qu'il était petit, Don l'avait toujours protégé envers et contre tout. Il n'avait pas toujours réussi mais il avait toujours fait son possible pour le faire. Son grand frère ne l'avait jamais abandonné. Même pendant toutes ces années où ils avaient peu de contact, Charlie avait toujours su qu'il pouvait compter sur son frère. Un simple coup de téléphone, et Don sautait dans le premier avion pour être aux côtés de son petit frère. Il n'y a aucune raison pour que ce soit différent maintenant. S'est rassuré le jeune génie.
« Qu'est-ce que c'est ? » A demandé Charlie en entendant un bruit sourd.
« J'ai l'impression que c'est le moteur d'une voiture. » A répondu Don, tous ses sens soudainement en alerte et resserrant sa prise sur Charlie.
Le moteur s'est arrêté et à peine quelques minutes plus tard, ils ont entendus du bruit derrière la porte. Par réflexe, Don et Charlie se sont levés, Don se mettant instinctivement devant son petit frère comme un rempart de protection. Il s'apprêtait à lui dire de ne pas bouger lorsque la grosse porte en fer s'est ouverte avec un grincement strident qui réveillerait les morts. En l'entendant, Charlie a tremblé encore plus et s'est caché un peu plus derrière son frère. Quatre gros bras sont entrés. Les deux premiers se sont placés à gauche de l'entrée tandis que les deux autres se sont postés à droite. Puis deux autres hommes sont entrés dont l'un se tenait en retrait, dans la pénombre. Le premier de ces deux hommes a regardé de façon tranchante les frères Eppes et a commencé à parler :
« Bien, vous êtes enfin réveillez ! On vous a jamais dit que vous étiez de gros dormeurs ? » Le visage de cet homme paraissait familier à Don bien qu'il soit sûr ne l'avoir jamais rencontré. Cette tonalité, cette voix. Je l'ai déjà entendu quelque part. L'homme a continué, s'amusant de la terreur qu'il voyait dans les yeux de Charlie et de l'incertitude qu'il voyait dans ceux de Don : « Agent spécial Donald Eppes ! Enfin nous finissons par nous rencontrer. J'attendais ce moment avec impatience. Vous ne me reconnaissez pas ? »
Don a fait non de la tête.
« Je m'en doutais. Mais vous allez sûrement reconnaitre mon associé ». L'homme s'est écarté et l'homme qui se tenait dans la pénombre s'est avancé. En voyant plus distinctement son visage, Don a eu un choc :
« Mcbright ! » S'est-il exclamé tout en essayant de ne pas trop montrer son angoisse dans sa voix. Don a alors compris qui était l'autre homme.
« Vous êtes… »
« Parfaitement agent Eppes, je suis le petit frère de Jerry Carter, Donovan Carter ! »
A cet instant précis, Don s'est demandé s'il serait vraiment en mesure de protéger son petit frère.
A suivre
