« Parfaitement agent Eppes, je suis le petit frère de Jerry Carter, Donovan Carter ! »
A cet instant précis, Don s'est demandé s'il serait vraiment en mesure de protéger son petit frère.
Chapitre 5 (VIOLENCE) :
Don se rappelait bien de Jerry Carter. Jerry était une véritable brute qui tuait quiconque se mettait en travers de sa route. Connor Mcbright était son complice et ce n'était pas non plus un enfant de cœur. Ses années passées en prison n'étaient pas faites pour rassurer Don. Il n'y avait rien de plus dangereux que la rancune d'une personne qui a passé plusieurs années de sa vie en prison. Si Donovan est comme son frère, on ne sortira jamais de là vivant.
Donovan s'est approché de Don et lui a asséné un coup de poing dans son estomac. Don, le souffle coupé, s'est plié en deux, les mains sur son estomac. Il serait tombé sur ses genoux si Charlie ne l'avait pas attrapé à temps.
« Donnie ! Don réponds-moi ! »
« Je vais bien Charlie, t'inquiètes pas » A répondu Don après avoir repris le contrôle de sa respiration.
« Ca c'est pour ne pas avoir pris mes menaces au sérieux dès le départ ! » Donovan se satisfaisait de la réaction des frères Eppes. Parfait. Je vais bien m'amuser. Et beaucoup plus que je ne le pensais.
Mcbright s'est avancé à son tour et a aussi frappé Don dans son estomac.
« Et ça, c'est mon hors-d'œuvre ».
Cette fois-ci, Don a réagit en se jetant sur son agresseur, prenant celui-ci par surprise. Emporté par son adrénaline, il a essayé de le frapper au visage mais deux des gros bras l'ont arrêté et retenus fortement. Instinctivement, Don a essayé de se libérer mais la bataille était perdue d'avance. Furieux, Mcbright a asséné deux nouveaux coups de poing dans son abdomen. Une nouvelle fois, Don a dû lutter pour récupérer son souffle et une nouvelle fois Charlie a hurlé le nom de son frère. Il a essayé de l'aider mais les deux autres gros molosses l'ont saisi.
« Inutile de vous défendre ! » A hurlé Carter. « Vous n'avez aucune chance ! ».
« Qu'est-ce que vous voulez ? » A demandé Don, en essayant encore de se libérer. « Laisser partir mon frère. Il n'a rien à voir avec ça ! »
« Vous avez raison agent Eppes. Il n'a rien à voir avec ça. Son seul tort est d'être votre frère. D'ailleurs, c'est en sa qualité de petit frère qu'il est ici ».
A ces paroles, Don a gelé. Son plus grand cauchemar allait devenir réalité. Il a toujours eu peur que son frère soit blessé à cause de lui, ou pire encore. Mais il avait toujours pensé que ce serait en raison de son travail comme consultant et non parce qu'il était son frère.
Lisant dans les pensées de Don, Carter a continué :
« Mais rassurez-vous, ma priorité n'est pas de le blesser. Physiquement j'entends. Du moins, pour le moment. Cela dépendra de vous agent Eppes. Je veux qu'il subisse ce que j'ai moi-même éprouvé envers mon grand frère. Et je veux que vous, agent Eppes, subissiez ce que mon frère a subit en prison ».
L'estomac de Don s'est noué en comprenant la menace implicite de leur ravisseur. Jerry Carter figurait sur la liste que son équipe avait établi et il avait fait des recherches sur lui. Il avait découvert que l'aîné des Carter avait été battu à mort par les autres détenus.
Donovan s'est félicité intérieurement des expressions qu'il a vues passé sur le visage des frères Eppes. Il s'est tourné vers Charlie et a continué à parler : « Voyez-vous, mon ami, mon grand frère a beaucoup souffert en prison. Je ne vous apprends rien en vous disant que c'est la loi du plus fort qui règne dans les prisons. Mon frère disait toujours qu'il fallait constamment se battre, toujours surveiller ses arrières. Les gardes fermaient les yeux sur ce qui se passaient. Ils disaient que les prisonniers n'avaient que ce qu'ils mérités. Et il a fallu qu'à cause de votre frère et son associé Billy Cooper, Jerry soit envoyé tout droit dans une des prisons les plus dures du pays, la prison d'Arcadia en Californie alors qu'il avait réussi à s'évader avec Connor du pénitencier de Redding ! ». Carter s'est dirigé vers Don et l'a frappé au visage, lui fracturant la lèvre inférieure. Charlie a été horrifié de voir des gouttes de sang coulées le long du menton de son frère.
Reprenant son calme, Donovan a poursuivi ses explications : « Mais mon frère était fort… »
« Pas assez apparemment ! » A coupé Don. Les gorilles ont resserraient leur prise sur les bras de Don et celui-ci a laissé échapper involontairement un petit gémissement de douleur.
« Comme je le disais, mon frère était fort. Les blessures physiques n'étaient pas ce qu'il craignait le plus. Ce qu'il craignait surtout était de ne plus pouvoir être en mesure de me protéger. J'… ».
« Parce qu'il vous protégeait lorsqu'il parcourait le pays en braquant des banques et en tuant tout le monde sur son passage ?! » A hurlé Don.
« Parfaitement ! L'argent qu'il volait lui a permis de subvenir à mes besoins ! A cette époque, j'étais encore un adolescent. C'est grâce à Jerry que j'ai pu faire des études ! ».
Don n'a pas pu s'empêcher de laisser échapper un petit rire moqueur qui lui a valu un nouveau poinçon sur sa joue.
« Je vous conseille de ne plus m'interrompre ! Sinon il se pourrait bien que votre frère soit blessé plus tôt que prévu !»
Passant la sûreté de son frère avant tout, Don a pris sur lui pour laisser Carter continuait à parler sans l'interrompre. Satisfait, celui-ci a continué en faisant les cent pas devant les frères :
- « J'ai toujours été la plus grande faiblesse de mon frère. Il a passé sa vie à me protéger. Il ne voulait jamais que quelque chose de mal ne m'arrive et il ne voulait jamais que je m'inquiète pour lui. J'admirais Jerry. Il était mon héros et je le croyais indestructible. Mais je me suis rendu compte que j'avais tort. Que tout cela n'était qu'illusion. Quand j'allais le voir au parloir, je ne reconnaissais plus mon frère. Au fil des mois, il s'affaiblissait physiquement et mentalement. A chaque fois que je lui rendais visite, son visage était couvert d'hématomes. Je n'ose même pas imaginé dans quel état était le reste de son corps. Mais ce n'est pas ce qui le faisait souffrir le plus, comme je viens de vous le dire. Sa plus grande souffrance était de ne plus pouvoir être là pour moi et il était extrêmement peiné de voir dans mes yeux mon inquiétude pour lui. Ça l'a vraiment rongé de l'intérieur. C'est moi qui l'ait le plus blessé ». Donovan s'est arrêté de marcher et a regardé Charlie : « Je ne me le pardonnerais jamais». Après un petit moment de silence, Carter s'est remis à faire les cent pas : « Jerry avait compris qu'il n'était plus mon héros. Je n'étais plus le petit frère qui cherchait l'approbation de son grand frère. Je pense que c'est ce qui l'a tué. Jerry est mort en pensant qu'il avait échoué envers moi. Une seule fois dans ma vie j'ai vu mon frère pleurer. Et il a fallu que ce soit en prison ! » A hurlé Donovan en se retournant vers Don. « Un jour, il m'a regardé en pleurant. Jamais je n'oublierais son regard lorsqu'il m'a dit qu'il ne pouvait pas tenir sa promesse de toujours me protéger. Il est mort en sachant qu'il n'y aurait plus personne pour prendre soin de moi puisque Connor était aussi en prison !»
Carter s'est une nouvelle fois arrêté de marcher et à regarder successivement Don et Charlie :
« Cela fait un moment que je vous observe tous les deux, que j'épie vos faits et gestes. Ma première intention était de m'en prendre seulement à vous, agent Eppes. Mais je me suis rendu compte que ce ne serait pas suffisant. Vous êtes comme mon frère. La souffrance physique ne vous fait pas peur. J'ai vite compris que votre petit frère était votre plus grande faiblesse. J'en ai eu la certitude lorsque que je vous ai vu l'autre jour sur le parking de l'université de votre frère. La panique était gravée sur votre visage. Vous et votre frère avait la même relation que celle que j'ai eu avec Jerry. Vous êtes le protecteur et Charles est votre petit protégé. J'ai aussi remarqué que votre petit frère vous idolâtre. Ça se voit dans son comportement. Il est toujours à l'affût de votre approbation. Vous êtes son héros. Vous comprenez donc que la vengeance la plus parfaite qui soit serait de vous faire subir à tous les deux ce que mon frère et moi avons vécu ». Donovan a laissé ses mots en suspend pendant quelques minutes, appréciant la terreur de Charlie et l'inquiétude de Don, bien que celui-ci fasse de son mieux pour ne pas la montrer. Il s'est approché de Charlie et l'a forcé à le regarder dans les yeux :
« Que ressentira votre frère lorsqu'il comprendra qu'il ne sera plus capable de vous protéger, professeur ? Que pensera-t-il lorsqu'il verra votre inquiétude pour lui ? Je suis certain qu'il éprouvera la même chose que mon frère. Il sera rongé de l'intérieur. »
N'attendant pas de réponse, le ravisseur s'est adressé à Don :
- « Et vous, agent Eppes, que ressentira votre frère lorsqu'il vous verra affaibli ? Tellement affaibli qu'il comprendra que son héros indestructible n'était qu'une illusion. Que pensera-t-il lorsqu'il verra que son héros ne sera plus capable de le protéger et que pensera-t-il lorsqu'il sera tout seul pour se défendre, ne pouvant plus compter sur son grand frère ?»
« Je n'ai pas besoin de me poser ces questions. Jamais je ne le laisserai !» A craché Don.
« N'en soyez pas si sûr agent Eppes. Vous ne savez pas ce que je vous ai réservé ». Donovan s'apprêtait à sortir de la pièce lorsqu'il s'est rappelé avoir oublié de dire une dernière petite chose : « Au fait, agent Eppes, ne vous en faites pas pour votre ami Billy Cooper. Son tour viendra. Chaque chose en son temps».
Carter est sorti de la pièce après avoir lancé un dernier regard de défi aux frères Eppes.
Mcbright s'est alors approché de Don : « Je suis ici pour venger Jerry et Donovan. Je les ai toujours considérés comme ma famille. Vous les avez fait souffrir tous les deux et vous allez payer. Mais j'ai aussi ma petite vengeance personnelle, Eppes. Pendant toutes ces années où j'étais en taule je n'ai cessé de penser au jour où je pourrais enfin la mettre à exécution. Ce jour est arrivé et je compte bien en profiter. Faites-moi confiance ». Avant de partir, Mcbright a asséné un dernier coup de poing dans les côtes de Don.
Les quatre gorilles ont lâchés Don et Charlie en les faisant tomber à terre et sont aussi sortis de la pièce laissant derrière eux un Charlie terrorisé et un Don furieux, le souffle court.
Au bureau du FBI, la tension était à son maximum. L'agacement et la fatigue commençaient à se faire ressentir.
« Ca fait presque vingt heures qu'ils ont disparu et on a toujours rien ! » S'est exclamé Colby en jetant sur son bureau le dossier qu'il tenait à la main.
« Ouais, ces gars sont de vrais pros. Ils n'ont fait aucune erreur !» A répondu David, amer. « Où en est-on avec les enregistrements ? » A-t-il demandé à Megan.
« Le juge nous a délivré un mandat il y a à peine une heure. J'ai envoyé Andrews les chercher ».
« Eh ben, il ne s'est pas pressé pour nous le délivrer ».
Les trois agents ont continués leur travail au milieu du cahot qui régnait dans tout le bureau jusqu'à ce que David reçoive un appel du lieutenant Gary Walker :
« Eh Gary ! Que me vaut votre appel ? »
«David, cette après-midi, dans le port de Los Angeles, des plongeurs des services de secours s'entraînaient à leurs nouvelles techniques de sauvetage ».
« Eh ? » A demandé David en entendant l'hésitation de Gary.
« Eh ils ont découvert une voiture. »
«Gary ! Vous voulez bien me dire pourquoi vous m'appelez ! On n'a pas de temps à perdre ici. Don et Charlie ont disparu ! ».
« Je sais et c'est pour ça que je vous appelle. Il y avait deux corps dans la voiture. Ce sont deux agents fédéraux ».
« Quoi ! Vous en êtes sûr ? »
Alertés par l'éclat de David, Megan et Colby se sont approchés de son bureau et l'agent Sinclair a mis le haut parleur.
« Les deux corps que l'on a retrouvé dans la voiture sont des agents fédéraux. D'après leurs insignes, il s'agirait de l'agent Turner et de l'agent McCalister.
« Ce sont les agents qui étaient chargés de la protection de Don et de Charlie ! Comment sont-ils morts ? »
« Ils ont reçu chacun une balle dans la tête ».
« Et vous nous prévenez seulement maintenant ! ».
« Agent Sinclair, sortir une voiture de l'eau ne se fait pas en cinq minute ! ».
« Oui. Excusez-moi. On est tous tendus ici ».
« Ce n'est rien. Je vous comprends. Tout comme vous je veux retrouver les frères Eppes. Il faudrait que l'un de vos agents vienne confirmer l'identité des corps. »
« Bien sûr. On vous envoie un agent»
David a remercié le lieutenant Walker et a raccroché en regardant Megan et David. Tous les trois avaient la même pensée : les ravisseurs de Don et de Charlie ont tués trois agents fédéraux de sang froid en moins de deux jours. Ils n'hésiteront sûrement pas à tuer leurs amis.
- « Agent Reeves, voici les enregistrements que vous avez demandés ».
Megan s'est retournée et s'est empressé de les prendre.
« Merci Andrew »
L'équipe s'est précipitée dans la salle de conférence pour visionner la cassette. Ils se sont vite rendu compte que l'image était de mauvaise qualité. Colby a avancé la bande et l'a arrêté en sursaut lorsque le SUV de Don est apparu sur l'image. Inconsciemment, les trois agents ont retenus leur souffle en voyant l'enlèvement de leur ami. Instinctivement, ils ont tous les trois regardés en direction de la salle de repos où se trouvait Alan. Celui-ci était assis dans un fauteuil en train de siroter un thé. Il semblait vieillir à vitesse grand V d'heure en heure.
« On doit les trouver.» A dit David, sinistre.
Megan et Colby ont convenus par un signe de tête puis les trois agents ont reportés leur attention sur la vidéo, déterminés, plus que jamais, à retrouver Don et Charlie. Ils ont repassé plusieurs fois la bande, essayant de trouver n'importe quel indice. Les ravisseurs étaient de taille moyenne et ils n'avaient aucun signes distinctifs visibles : aucun boitement, aucun tatouage visible et leurs visages étaient cagoulés.
« On dirait qu'ils ont commis leur première erreur ». A constaté Megan. « Colby, tu peux zoomer sur la plaque d'immatriculation du fourgon…Encore un peu plus…Voilà…Mmh. Cette vidéo est vraiment de mauvaise qualité. La plaque est illisible». Megan a soupiré d'anéantissement.
« On pourrait demander à Amita de nous aider ».
Megan et Colby ont regardés David, ne sachant pas à quoi il pensait.
« Oui. Avant que vous deux arriviez dans l'équipe, Don, Terry et moi avons enquêté sur une affaire de faux monnayeurs. Et nous avions utilisé un programme d'optimisation vidéo que Charlie et Amita avaient mis au point grâce à une équation. Comme dans le cas présent, la vidéo était de très mauvaise qualité mais grâce à leur programme nous avons pu distinguer quelles genres d'armes les braqueurs utilisaient. Je suis sûr qu'il pourrait nous aider à lire la plaque. J'appelle Amita ».
David est sorti de la salle de conférence, suivi par Megan et Colby.
« Il refuse de rentrer chez lui ?» A demandé Colby à Megan, en regardant Alan.
« Oui. J'ai essayé de le convaincre plusieurs fois de rentrer et je lui ai promis de le prévenir dès qu'on a du nouveau mais…il tient à être ici. Je pense qu'il a peur de rentrer dans une maison où les souvenirs de Don et de Charlie sont partout. Et de Margaret. Je vais lui parler ».
Lorsque Megan est entrée dans la pièce, Alan s'est immédiatement levé de son fauteuil, le regard rempli d'espoir. Megan a senti son cœur échoué. Elle voudrait tellement pouvoir lui donner de bonnes nouvelles.
« Nous venons de visionner la bande de vidéo surveillance. Malheureusement, elle est de mauvaise qualité. En ce moment, David appelle Amita pour qu'elle vienne nous aider. Apparemment, elle et Charlie ont mis au point un programme permettant d'y voir plus distinctement». Megan a omis volontairement de parler des deux agents retrouvés morts.
Alan s'est rassis lourdement dans le fauteuil, anéanti.
« Vous n'avez aucune nouvelle de mes garçons ? Bonnes ou…mauvaises ». A-t-il demandé, la gorge nouée. Ne sachant pas s'il voulait vraiment avoir une réponse en cas de mauvaises nouvelles
« Non. Aucune » Megan s'est assise dans le fauteuil situé à côté d'Alan et dans un geste de réconfort, a mis une main sur l'avant bras de celui-ci : « Alan, vous devriez rentrer chez vous. Vous devez vous reposer. Je vous promet de vous avertir s'il y a du nouveau ».
« Non. Je reste ici. Je veux être là lorsque vous les trouverez. De toute façon, je ne peux pas dormir en ne sachant pas si mes enfants vont bien. Si je vais chez moi, je vais tourner en rond et je guetterais le moindre coup de téléphone. » Alan a passé une main sur son visage. En voyant ce geste, Megan a eu l'impression de voir Don. Celui-ci avait toujours cette mimique lorsqu'il se concentrait. Tel père, tel fils.
« Megan, je ne veux pas les perdre. Je les aime tellement… Donnie ne sait même pas que je l'aime ».
« Détrompez-vous Alan. Je suis sûr qu'il le sait. Et je sais qu'il vous aime aussi. Je sais que vous vous êtes disputé tous les deux. Il ne me l'a pas dit mais je l'ai vu dans son comportement. Ce n'est pas parce que l'on se dispute avec une personne de sa famille que forcément on déteste cette personne ».
« Non Megan. J'ai été dur avec lui. Je l'ai accusé d'avoir fait entrer la violence dans notre maison ! ».
« Alan, je suis sûr que vous ne pensiez pas ce que vous avez dit. Et Don aussi le sait. Il sait que lorsque l'on est en colère, on est amené à dire des choses qu'on ne pense pas. Croyez-moi. Don connait très bien la nature humaine. C'est d'ailleurs pour cela qu'il est un excellent agent ».
Alan a considéré ces paroles en silence pendant un petit moment.
«C'est ce que Charlie m'a dit hier soir. Je me suis toujours amusé de voir à quel point mes garçons se connaissent sans même s'en apercevoir. Ils sont tellement différents tous les deux et pourtant ils se ressemblent tellement». La voix d'Alan s'est cassée en prononçant ces derniers mots. « Comment est-ce que Charlie a pu se faire enlever aussi ? Il m'a dit que la maison était surveillé, que deux agents assuraient notre protection ».
Megan a été prise de court par cette question. Devait-elle lui avouer la vérité ou devait-elle le ménager? Elle a été sauvée de ce dilemme par l'arrivée de Colby.
« Megan, Amita vient d'arriver avec Larry. »
L'agent Reeves s'est aussitôt levée, imiter par Alan. En passant devant l'enclos, Alan n'a pas pu s'empêcher de regarder le bureau de son fils. Fermant les yeux un bref moment, il a suivi les agents fédéraux dans la salle de conférence où Amita et Larry installaient le matériel. Il a eu un haut le cœur en voyant que les amis de Larry étaient aussi bouleversés que lui. Amita était très pâle et ses yeux étaient rougis par les larmes. Larry n'était pas en meilleur état. Il semblait être entre la terre et la lune, les cheveux en pagaille.
Rassemblant tout son courage, Amita a commencé à expliquer le programme : « Cet enregistrement a été filmé à partir d'une caméra numérique. Basse définition qui à l'agrandissement donne des images peu claires. Vous allez voir. Le support ne stocke pas assez d'information. Si je zoom sur la plaque, ça ne donne rien, comme vous voyez. Mais Charlie a mis au point un algorithme productif. Il a mis au point une équation permettant à l'ordinateur de combler les vides en extrapolant à partir d'informations données par les pixels qui sont autour ». Pendant qu'elle parlait, le numéro de la plaque d'immatriculation apparaissait de plus en plus nettement sur l'écran.
- « Parfait » S'est exclamé David en sortant un stylo et un petit bloc note de sa poche : « 3AOJ502. Je vais faire une recherche»
En regardant l'enlèvement de son fils, Alan a eu l'impression que quelqu'un lui envoyait des électro chocs dans tout son corps.
« Oh mon dieu ! Donnie ! »
Tout le monde s'est retourné vers lui, alarmés par la tonalité de sa voix. Le visage d'Alan avait perdu le peu de couleur qui lui restait et il donnait l'impression qu'il allait s'effondrer d'une minute à l'autre. Colby s'est empressé de le faire asseoir pendant que David allait lui chercher un verre d'eau et un morceau de sucre.
- « Alan ? Alan ? Répondez-moi Alan ? » A interrogé Megan, d'une voix tendue.
David lui a remis le verre d'eau et lui a dit de laisser fondre le sucre sous sa langue. Après quelques minutes, le visage d'Alan a commencé à reprendre un peu de couleur, mais il était toujours pâle. D'une voix tremblante, il a imploré l'équipe de Don : « Retrouver mes enfants. Je vous en supplie. Je ne pourrais pas vivre sans eux ».
« Nous faisons tout notre possible Alan. Je vous promets qu'on ne les abandonneras pas » A rassuré Megan. – « Vous allez rentrer chez vous. » Constatant qu'elle allait une nouvelle fois se heurter à un refus, l'agent Reeves a insisté : « Alan, vous devez vous reposer. Vous devez reprendre des forces si vous voulez être là pour vos fils lorsque nous les aurons retrouvés ». Megan s'est aussitôt mordu la lèvre. Elle ne voulait pas lui donner de faux espoirs en lui promettant qu'ils allaient les retrouver. Mais ses paroles ont eu un impact sur Alan qui, finalement, s'est résolu à aller à la maison.
« Je vais demander à un agent de vous raccompagner ».
« Si vous n'avez plus besoin de moi, je voudrais raccompagner moi-même Alan à la maison. Je resterais avec lui cette nuit » A proposé Amita.
« Oui, je viens aussi. On doit tous se serrer les coudes dans de pareilles circonstances » A ajouté Larry.
« C'est une bonne idée. Nous vous tenons au courant dès qu'il y a du nouveau ».
Après avoir rassemblés leurs affaires, Amita et Larry ont aidé Alan, encore chancelant, à se lever. Megan, David et Colby ont suivi leur progression jusqu'aux ascenseurs et ont attendus que les portes se referment sur eux avant de se remettre au travail.
Dès que la porte s'est refermée sur leurs bourreaux, Charlie n'a pas perdu de temps pour aider son frère.
« Don ! »
« J'vais bien Charlie ».
« Non ça ne va pas ! Regarde dans quel état tu est !» Avec un mouchoir, Charlie a essuyé le sang sur le menton de son grand frère et a constaté avec horreur que des contusions commençaient à apparaitre sur son visage.
« Merci ».
Charlie a aidé Don à se lever et ils se sont tous les deux assis côte à côte contre le mur.
- « Don, qui est ce Jerry Carter ? »
Don a fermé les yeux un petit moment avant de répondre :
« C'est une affaire qui date du temps où je travaillais dans la chasse à l'homme avec Billy. Jerry Carter était un homme très dangereux. Ainsi que son complice ».
« Connor Mcbright ? »
« Oui. Ils ont grandis ensemble et ils étaient aussi liés que les doigts de la main. C'étaient des braqueurs de banque. Pendant près d'un an ils ont parcouru le pays en déjouant tous les pièges tendus par la police et le FBI. Ils ne se contentaient pas de voler l'argent. Ils tués aussi toute personne qui leur barrer la route. Ils n'hésitaient pas non plus à tuer les employés lorsqu'ils n'allaient pas assez vite pour leur remettre l'argent ou les clients s'ils paniquaient trop à leur goût. Ils ont commis les braquages les plus sanglants que l'Amérique ait jamais connu».
« Ah oui, je me souviens de ça. Les journaux en parlaient beaucoup ».
« Mmh. Quoi qu'il en soit, le FBI est quand même parvenu à les arrêter et ils ont été incarcérés dans la prison de Redding. Carter et Mcbright y sont restés environ un an et demi avant de réussir à s'échapper pendant un transfert au tribunal. Ils ont profités d'un accident de la circulation pour s'évader. Le juge devait se prononcer sur la prolongation de leur détention. Donovan, devenu majeur, avait en effet formé appel du jugement de leur arrestation. C'est alors qu'on a récupéré l'affaire Billy et moi. On les a traqués à travers trois Etats. C'était une chasse très éprouvante. On commençait vraiment par penser qu'on ne les attraperait jamais. Mais Billy était aussi persévérant que moi. Je suis persuadé qu'il doit l'être encore. Il a ça dans le sang. Je l'avais pendant un moment… ».
Don s'est arrêté de parler et s'est perdu dans ses pensées pendant quelques minutes. Charlie l'observait sans rien dire, attendant la suite de l'histoire :
« Finalement, on les attrapé en Californie, à environ 300 km de Los Angeles dans un vieux hangar à bateaux, au bord d'un lac. Le lac Withacker. C'est là qu'ils avaient cachés leur dernier butin. On les a arrêtés et ils ont été incarcérés dans la prison d'Arcadia. C'est l'une des prisons les plus sécurisées et l'une des plus dures des Etats-Unis. Pratiquement tous les plus grands criminels du pays atterrissent là-bas. Jerry a été retrouvé mort dans les douches, battu à mort. Et je ne sais pas comment Mcbright s'y est pris pour bénéficier de remises de peine ! C'est incompréhensible. Il s'en était pris pour 30 ans ! Et pourtant j'ai découvert hier qu'il a été libéré ! Encore une des bizarreries du système judiciaire américain. »
« Vous les avez arrêtés dans un vieux hangar à bateau ? » Au signe d'assentiment de son frère, Charlie a parcouru une nouvelle fois du regard la pièce dans laquelle ils se trouvaient. A son expression, Don a compris que son petit frère pensait la même chose que lui.
Les deux frères sont restés un long moment silencieux, chacun perdu dans ses pensées. Don se demandait comment ils allaient sortir d'ici. J'espère que je vais avoir assez de force pour tenir jusqu'à ce que mon équipe arrive. Il est hors de question que je laisse Charlie seul. Je me suis toujours promis qu'il ne lui arriverait rien et je n'ai pas l'intention de casser ma promesse. De son côté Charlie se remémorait les mots de Donovan Carter. Il avait parfaitement compris que Don serait battu devant lui et qu'il en serait le spectateur. Don a toujours eu une grande force mentale et physique mais il était un être humain comme tout le monde. Il avait aussi ses limites. Je ne dois pas penser comme ça. Don ne m'a jamais laissé. Ce n'est pas aujourd'hui que cela va changer. Il tiendra le coup. J'en suis persuadé.
Se rendant compte de l'angoisse de son petit frère, Don a enroulé un bras autour de Charlie et l'a serré contre son épaule :
« Ne t'inquiète pas Charlie. Mon équipe va bientôt nous trouver. Jamais je ne te laisserais ».
« Je sais Donnie. Je sais ».
A suivre
