Après une longue période d'agonie, Don a senti l'obscurité ramper devant lui. Avant de se laisser emportait dans un monde sans douleur, sa dernière pensée était que leurs ravisseurs avaient gagnés une bataille. Les souffrances physiques n'étaient rien à côté de la détresse qu'il voyait dans les yeux de Charlie. Je suis désolé Charlie. Les gorilles l'ont lâchés et il s'est écroulé à terre, inconscient.
Chapitre 7 (non violent) :
Carter et Mcbright sont sortis en fureur de la pièce.
« Donovan, Eppes est beaucoup plus résistant qu'on ne le pensait !»
« J'ai vu ! »
« Ce que je veux dire c'est que ça risque de prendre plus de temps que prévu. Et plus ça va durer, plus on a de chance d'être repérer. Cette partie du lac est désert à cette époque de l'année mais il y a toujours des plaisanciers qui se croient plus forts que tout le monde et ils pourraient remarquer nos mouvements.»
« Je sais ! Il n'y a qu'une solution. »
« Tu vas les tuer maintenant ? »
« Non, pas encore. Je t'ai dis que je voulais que ce Eppes souffre et il va souffrir, crois-moi. »
« Qu'est-ce que tu comptes faire ? »
« On passe à l'étape supérieure. Et je te jure qu'il va crier !»
Charlie était figé, incapable de bouger. Don gisait devant lui, inerte. Aucun mouvement de son corps n'indiquait s'il était vivant ou non. Don ! Non ! Charlie n'a pas entendu leurs bourreaux sortir de la pièce en furie, il n'a pas non plus entendu le grincement terrifiant de la porte. Il entendait seulement une petite voix dans sa tête qui se répétait de façon mécanique : Il t'a laissé Charlie. Don est mort. Don est mort. Il s'est levé et s'est approché de son grand frère. Plus il s'en approchait, plus il pensait que la petite voix avait raison. Don ne bougeait toujours pas et son torse ne semblait pas se soulever. Les yeux rivés sur le visage de Don, Charlie s'est laissé tomber à genoux et, de ses doigts tremblants, a recherché une impulsion. Rien. Aucune fréquence de pouls. Non ! Il a essayé un autre endroit et a été soulagé de sentir une impulsion. Faible et irrégulière, mais elle était là. Il a regardé le torse de son frère et a constaté qu'il y avait une légère élévation. Pour être certain qu'il n'était pas victime d'une hallucination, Charlie a posé sa main sur la cage thoracique et a été heureux de constater que sa main se soulevait et s'abaissait au rythme de la faible respiration de Don. Charlie a laissé échapper un petit rire nerveux et a pris Don dans ses bras, berçant sa tête contre son torse. En tapotant sa joue, il a essayé de le réveiller :
« Don ? Don, tu m'entends ? ».
Charlie a étudié le visage de son frère pour y déceler la moindre petite réaction.
« Don ? S'il te plaît réveille-toi ».
Le jeune génie a redoublé d'effort en voyant les paupières de Don se contractées :
- « C'est bien Donnie, ouvres tes yeux. Un petit effort.»
Les efforts de Charlie ont été récompensés puisque Don a ouvert ses yeux lentement en chuchotant faiblement le nom de son frère :
- « Char…lie »
En voyant la douleur dans les yeux de son frère, Charlie a immédiatement regretté sa reprise de conscience.
« Oh Donnie, je suis désolé ».
« J'vais…bien. J'...déso…lé, Char…lie. T'en…fais pas.» La voix de Don était si faible que Charlie l'a à peine entendue.
Il ne pouvait pas en croire ses oreilles. Son frère agonisait dans ses bras et il continuait à dire qu'il allait bien ! Non seulement il disait qu'il allait bien mais en plus il demandait à Charlie de ne pas s'inquiéter. Charlie a secoué sa tête et s'est résolu à ne pas laisser son frère continuait à s'inquiéter pour lui mais surtout à ne pas le laisser se culpabiliser. C'est à mon tour d'être le fort. Il a soulevé doucement le menton de Don afin qu'il puisse le regarder dans les yeux. Inconsciemment, il a adopté le comportement de son grand frère lorsqu'il se voulait rassurant. Il l'a regardé droit dans les yeux et a parlé d'une voix douce tout en étant ferme :
« Donnie. Tu n'as pas à t'excuser. Tu n'es pas responsable de ce qui nous arrive. D'accord ?». En voyant l'expression sincère et déterminée de son petit frère, Don a faiblement incliné la tête.
« Bien. Ecoutes-moi attentivement Donnie. Je veux que tu arrêtes de t'inquiéter pour moi. Je ne suis pas celui pour qui il faut s'inquiéter en ce moment ! C'est à moi de m'occuper de toi, et pas l'inverse. Tu me comprends ? »
Don a été choqué et extrêmement touché de l'attitude de son frère. Don voyait cette confiance et cette détermination seulement lorsque son petit frère expliquait ses grandes théories mathématiques à ses étudiants ou à son équipe et lui-même lors d'une affaire. Il n'en avait jamais été le destinataire direct dans n'importe quelle autre circonstance. Charlie a vu l'émotion passé sur le visage de son frère et il a continué dans une voix plus douce :
« Donnie, on va s'asseoir contre le mur. D'accord ? Tu seras plus confortable ».
« J'peux…pas…bouger » A répondu son frère dans un soupir d'anéantissement.
« Ne t'inquiètes pas. Je vais t'attraper sous tes épaules et je vais te traîner jusqu'au mur. Je sais que ça va te faire mal. Mais crois-moi, tu seras mieux ».
Don a incliné la tête et a serré ses dents en prévision des vagues de douleurs qui s'apprêtaient à déferler.
Charlie a pris Don sous ses aisselles et l'a traîné jusqu'au mur en essayant de lui causer le moins de souffrance possible. Malgré tous ses efforts pour rester stoïque, Don n'a pas pu retenir des gémissements de douleur.
« On y est presque Don…Voilà, on y est ». Charlie a adossé Don, en sueur et essoufflé, contre le mur. Il a soulevé sa chemise pour examiner ses blessures et a haleté en voyant les gros hématomes couvrir la totalité du torse et de l'abdomen de son frère. La peau était un mélange de rouge, de noir et de violet. Charlie a sondé avec ses doigts les côtes, provoquant de petits cris de douleur de Don.
« Tu as sûrement quelques côtes cassées».
Don a incliné légèrement sa tête tout en maintenant étroitement ses yeux fermés et sa mâchoire serrée. Charlie a rabaissé la chemise et s'est retenu de vérifier le dos de peur de provoquer encore plus de souffrance en tournant son frère sur le côté. Mais il n'avait aucun mal à imaginer dans quel état il devait être, ainsi que l'état de ses jambes. Son regard s'est porté sur la jambe gauche de Don et a remarqué que le pantalon était déchiré. Il a délicatement soulevé le tissu et a vu une grande entaille sanglante au niveau du genouPuis il a étudié de plus près le visage de son frère. Une grande contusion couvrait sa joue droite et il y avait aussi une autre entaille sanglante au niveau de sa temple gauche. Sans oublier sa lèvre fracturée. Oh Donnie. Charlie a enlevé la cravate chiffonnée de son frère et s'en est servi pour essuyer le sang.
« Je suis désolé Donnie. Je voudrais tellement faire plus ».
Trop épuisé pour répondre, Don a soulevé sa main pour essayer de toucher Charlie mais il était tellement faible qu'il a seulement balayé l'air, le forçant a lâché un nouveau soupir d'anéantissement. Son petit frère s'en est aperçu et il a saisi sa main tout en s'asseyant à côté de lui.
« Shhh Donnie ».
Instinctivement, Charlie a posé la tête de son frère sur son épaule et a laissé, dans un geste de réconfort, sa main s'attarder dans ses cheveux.
« Essaie de te reposer Donnie ». Pour inciter son frère à dormir, il a commencé à tracer de petits cercles dans un mouvement lent sur sa temple non endommagée avec son pouce. Très vite, il a senti la respiration de Don s'égalisait indiquant qu'il était profondément endormi, loin de toute souffrance.
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« Et finalement, on les a arrêtés dans un vieil hangar à bateaux à environ 300 km de Los Angeles. Ils y avaient cachés leur dernier butin.
Cooper avait dépassé toutes les limites de vitesse et commis plusieurs infractions au code de la route, dont l'usage excessif du gyrophare pour arriver le plus vite possible aux bureaux du FBI. Pendant tout son trajet, il n'avait cessé de repenser à l'époque où il faisait équipe avec Don. Il n'avait jamais eu de meilleur associé. Après Don, il avait fait équipe avec d'autres agents mais il n'y avait jamais eu cette complicité qu'il avait connu avec Don. Ils s'étaient toujours comportés comme des frères tous les deux. Pour Cooper, enfant unique, Don était le frère qu'il n'avait jamais eu. Un frère avec qui on fait les quatre cents coups, avec qui on prend sa première cuite et surtout un frère avec qui on pouvait parler de filles. Pour Don, Cooper était le frère qu'il ne retrouvait pas dans Charlie. Un frère avec qui il pouvait parler de sport, de filles, d'adrénaline, du travail d'agent fédéral. Finalement, Cooper avait demandé à ses supérieurs de faire cavalier seul et depuis il parcourait en solitaire toutes les routes du pays. Plusieurs fois, il avait pensé arrêter la chasse à l'homme. Mais il avait ça dans le sang. C'était comme une seconde nature pour lui. Il n'avait pas de famille donc pas d'attache. Personne ne l'attendait nul part alors à quoi bon se fixer et mener une vie normale. Et c'est sûrement pour cette raison que Donovan Carter ne s'en était pas encore pris à lui. Toujours sur les routes, Billy était moins facile à attraper que Don, fixé à LA. Lorsque Cooper était venu à Los Angeles aider Don sur l'affaire McDown, il avait espéré que son ancien associé avait toujours la chasse ancré dans lui, qu'il regrettait l'avoir arrêté. Et que peut être ils pourraient refaire équipe comme au bon vieux temps. Mais il a constaté que Don était très heureux avec sa nouvelle vie, proche de sa famille. Lorsqu'ils faisaient équipe, Don n'avait jamais parlé de sa famille ou très peu. Et très rarement de son petit frère, pour ainsi dire jamais. Billy n'avait jamais approfondi la question. Après tout, lui aussi n'aimait pas parler de sa vie personnelle et n'aimait pas qu'on le questionne sur ce sujet. C'est d'ailleurs l'une des raisons majeures pour laquelle ils faisaient une bonne équipe. Ils étaient pareils tous les deux. Ils avaient le même caractère indépendant et tous deux étaient une île inaccessible. Ils ne sortaient que très rarement de leurs forteresses de solitude et ils n'y faisaient entrés personnes. Aussi, Cooper avait été très étonné lorsqu'il a vu la proximité de Don avec son petit frère. Il y avait entre eux deux une complicité fraternelle touchante à voir. Cooper avait remarqué que Charlie recherchait constamment l'approbation de son frère et Don essayait tant bien que mal d'effacer toutes ces années où il était loin de sa maison. Aujourd'hui, Don paraissait plus assagi, plus apaisé et plus détendu. En paix avec lui-même. Aussi, lorsqu'il a appris que les frères Eppes avaient disparu, il n'a pas réfléchi à deux fois. Il a demandé à ce qu'un autre agent soit chargé de son affaire en cours et s'est dirigé vers LA. Don avait fait beaucoup d'effort pour se rapprocher de sa famille et, avec Charlie, il travaillait dur pour ressembler à de vrais frères. Il serait damné s'il laissait Donovan Carter et Connor Mcbright gâchés tous leurs efforts. D'autant plus qu'à son grand étonnement, Cooper avait apprécié Charlie pendant son séjour. Bien que Don ne l'admettra jamais, Billy avait remarqué qu'il ressemblait beaucoup à son petit frère : la même détermination, la même ténacité et surtout le même entêtement !
Il était donc arrivé très tôt au siège du FBI et il venait de passer la dernière heure à expliquer l'affaire à l'équipe.
« Vous avez une idée d'où ils pourraient retenir Don et Charlie ? » Lui a demandé Colby.
« Eh bien tout au long de ma carrière, j'ai remarqué que les criminels ont toujours tendance à revenir sur les lieux de leurs crimes. C'est plus fort qu'eux. Ils ne peuvent pas s'en empêcher. Ils deviennent ainsi des proies de plus en plus faciles à attraper. Ouais, mon travail devient de moins en moins passionnant. On a juste à les attendre pour les alpaguer ».
« Mais Carter et Mcbright ont commis je ne sais combien de braquages à travers tout le pays pendant plus d'un an. Et on n'a pas le temps de tout vérifier. Plus on tarde à les retrouver, plus il y a de chances qu'on les retrouve… » David n'a pas fini sa phrase. Ce n'était pas le moment de se décourager et d'avoir des idées noires.
Megan parcourait de long en large la salle de conférence et a finalement proposé sa propre hypothèse :
« Je suis d'accord avec vous Billy. Mais il ne faut pas oublier qu'en l'occurrence, l'un des ravisseurs est le petit frère de Jerry Carter. Si c'est lui le cerveau de l'affaire, alors il suit une autre logique ».
« Tu pourrais être plus claire» A demandé David.
« Nous pensons, enfin nous en sommes presque certains, que Donovan veut se venger de Don, et peut être aussi de vous Billy, pour avoir arrêté son frère, ce qui l'a mené tout droit à Arcadia ».
« Ouiii, je vois où tu veux en venir Megan » Colby a senti un regain d'espoir renaître en lui : «Si c'est Donovan le cerveau de l'affaire, alors il faut se placer dans sa tête et non dans celle de Jerry ».
« Vous voulez dire qu'il ne faudrait pas tenir compte des endroits de braquage commis par son frère mais de l'endroit où son frère a été arrêté par Don et Billy » A continué David.
« Ouais. C'est parfaitement logique » A confirmé Billy. «Jerry est mort à Arcadia et non à Redding. Donc le point de départ des souffrances de Donovan est le vieil hangar à bateau où on a arrêté son frère. »
« Mais ce serait beaucoup trop simple ». A constaté David, pas très convaincu.
« Mmh. Mais personne n'a jamais dit que les criminels sont des gens intelligents. Sinon ils ne se feraient pas arrêtés ». Lui a répondu Cooper. « Le vieil hangar à bateau se trouve aux abords du lac Withacker. La ville la plus proche est Salina ».
Très bien. Il faut se mettre en contact avec les autorités locales et leurs demandaient si elles n'ont rien vu de suspect aux abords du lac. Moi je vais prévenir Alan ».
« Pas la peine Megan. Le voilà qui arrive avec Amita ». Megan, David et Cooper ont regardé dans la direction pointée par le doigt de Colby et ont vu Alan et Amita s'approchaient de leurs bureaux. Tous deux portaient des sacs.
Cooper a ressenti un sentiment de malaise en voyant le père de son ami. Deux fois dans sa vie il avait rencontré Alan Eppes et les deux fois ne s'étaient pas très bien passées. Alan avait toujours été poli avec lui mais Billy avait bien compris qu'il n'était pas apprécié. Cependant, Cooper ne l'avait jamais pris personnellement. Il savait que l''amertume d'Alan n'était pas directement dirigé contre lui. Elle était surtout lié au fait qu'il n'avait jamais vraiment aimé le travail de son fils et il n'aimait surtout pas l'idée que son fils traque de dangereux criminels à travers tout le pays, et ne donnait que très rarement de ses nouvelles. Aussi, il a décidé de laisser l'équipe de Don seule avec Alan pendant qu'il contactait la police de Salina.
Megan, David et Colby sont sortis de la salle de conférence et sont allés saluer les nouveaux arrivants.
« Alan ! Justement j'allais vous appelez » A commencé Megan, en prenant le sac qu'il portait dans ses bras.
« Vous avez du nouveau ? Vous avez retrouvé mes garçons ? »
« Eh bien nous pensons avoir trouvé les ravisseurs de Don et de Charlie. Nous avons aussi une idée de l'endroit où ils pourraient être mais nous attendons d'en savoir plus ».
« C'est merveilleux ! »
« Oui. Mais ne vous réjouissez pas trop vite Alan. Nous en sommes encore au stade des hypothèses. Il nous faut des confirmations pour pouvoir agir ». A répondu Colby en prenant le sac que portait Amita.
« Oui. Je comprends. C'est ce que Don dit toujours. Il faut attendre d'avoir toutes les cartes en mains avant de pouvoir agir ».
« Dites-moi. Qu'est-ce que vous portez dans vos sacs ? » A demandé David.
« Oh. Je ne peux pas vous aider à trouver mes enfants alors le moins que je puisse faire est de vous apporter le petit déjeuner. A voir vos mines à tous les trois, vous en avez grand besoin. Je ne sais pas si je vous ai déjà remercié de faire tout votre possible pour retrouver Don et Charlie. Mais merci. Vraiment. Je vous en suis très reconnaissant ».
« Vous n'avez pas à nous remercier Alan ». Lui a répondu Megan. « On est tous une famille ici, et Charlie en fait partie. On ne les laissera pas. Nous savons aussi que si c'était l'un de nous qui était enlevé, ils travailleraient sans relâche jour et nuit pour nous retrouver ».
« Et si on allait manger ce petit déjeuner dans la salle de repos » A proposé David, avec un grondement fort dans son estomac.
En se dirigeant vers cette salle, Megan a demandé où était Larry. Amita lui a répondu qu'il devait assurer une conférence qu'il n'avait pas pu annuler. En voyant la déception sur le visage de Megan, David et Colby se sont échangés un petit sourire.
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Charlie était profondément perdu dans ses pensées lorsqu'il a senti la tête de son frère bouger sur son épaule.
« Shhh Donnie, rendors-toi ».
Mais Don était bien résolu à se réveiller et a remué un peu plus. Malgré leur situation, Charlie n'a pas pu s'empêcher de sourire. Son frère a toujours été têtu en toute circonstance. Tout en filetant ses doigts dans les cheveux de son frère, le jeune génie l'a encouragé d'une voix de plume :
« Eh bien vas-y réveilles-toi. Tu as toujours été une tête de mule.»
« Non c'est pas vrai » A chuchoté Don, somnolent.
« Si c'est vrai »
« Non »
« Si »
Les deux frères ont laissé échappé de petits rires nerveux à cette plaisanterie ô combien trop familière. Don a soulevé sa tête de l'épaule de Charlie. Mais son mouvement était trop rapide et il a senti une vague de nausée l'assaillir. En entendant le gémissement de détresse de son frère et en voyant que son teint avait soudainement perdu le reste de ses couleurs, Charlie s'est empressé de tourner son grand frère sur le côté. Il a enroulé un bras autour de son estomac et a mis son autre main sur son front. Don a senti son estomac vide se resserrer, et se resserrer encore et encore, avant d'être pris d'une violente toux sèche. Chaque spasme envoyait une vague d'agonie dans tout son corps. Par delà la brume opacifiant son esprit, il entendait la voix rassurante et apaisante de son frère.
« Tout va bien Donnie, tout va bien. Je te tiens. Shhh »
Après quelques minutes de toux torturante, Charlie a redressé son frère, haletant, et s'est positionné devant lui :
« Respires Donnie. Respires ». Avec sa manche, il a essuyé tendrement le visage en sueur de Don tout en l'aidant à reprendre sa respiration.
« Merci p'tit frère ».
« Oh, ne me remercie pas trop vite. Attends un peu que je raconte à ton équipe, surtout à tous tes agents féminins, ce que je viens de voir. Le grand Don Eppes, l'indestructible, le fort, le vigoureux, malade pour avoir soulevé trop rapidement sa tête ! »
Les deux frères ont une nouvelle fois ris nerveusement. Satisfait, Charlie s'est à nouveau assis à côté de son frère contre le mur.
- « Ah ouais. Je te préviens que si tu fais ça je raconterais à Amita que tu as peur des mouches ».
- « Don ! J'avais cinq ans ! ».
- « Je sais. Mais Amita ne le sait pas ».
- « Tu n'oseras jamais. Tu ne ferais jamais ça à ton petit frère adoré, le petit frère le plus mignon qui soit ».
- « Ca c'est toi qui le dit ».
Don et Charlie ont appréciés ce bref instant de légèreté pendant un petit moment avant que leur angoisse reprenne le dessus.
« Don »
« Mmh »
« Quant on sortira d'ici, promets-moi que plus jamais on ne se quittera ».
« Charlie ? »
« Ce que je veux dire c'est que…enfin toutes ces années où on avait peu de contact toi et moi. Je ne veux plus jamais que ça arrive».
« Moi non plus Charlie. Moi non plus ».
« C'est drôle de voir à quel point on est passé à côté l'un de l'autre pendant toutes ces années et lorsqu'on était adolescents. Tu ne trouves pas ?».
« Mmh »
« On aurait jamais pu travailler ensemble à cette époque »
Ils se sont regardés en grimaçant et se sont exclamés en même temps : « T'imagines l'horreur ! » Don a immédiatement regretté son mouvement en ressentant une douleur poignardante en bas de son dos et dans ses côtes. La douleur était si vive qu'il en a eu le souffle coupé pendant quelques secondes.
- « Don ! Tu vas bien ? »
« Oui…j'vais bien. Je te le promets Charlie. On restera toujours une famille : papa, toi et moi.
« Tu sais, à cette époque, quant tu travaillais loin de la maison, je n'avais pas vraiment compris en quoi consistait ton travail. Evidemment, je savais que tu étais agent fédéral mais je ne savais pas exactement ce que tu faisais. J'étais tellement accaparé par mon doctorat et mon travail sur la convergence de Eppes que je ne m'étais pas vraiment inquiété pour toi. Je m'en veux vraiment. Je ne savais même pas que tu étais fiancé avec Kim et que tu vivais avec elle à Albuquerque. » Un brun d'amertume était évident dans sa voix.
« Tu n'as pas à t'en vouloir Charlie. Tous les deux on vivait dans deux mondes différents. Tu avais ton travail, j'avais le mien. Et si ça peut te rassurer, j'ai jamais rien compris à ta convergence de Eppes ».
«Sérieusement Don. Jusqu'à l'année dernière, tu sais cette affaire où un violent criminel s'était échappé d'un bus pénitencier.»
« Oui. L'affaire McDown. Billy nous avait aidé ».
« Ouais. Eh bien…c'est seulement là que j'ai appris que tu traquais les fugitifs. Je comprends maintenant pourquoi maman et papa, surtout papa, n'appréciaient pas ton travail. Voir son fils parcourir tout le pays à la recherche de criminels tous plus dangereux les uns que les autres, y'a de quoi alimenter de nombreuses nuits blanches.»
« Oh Charlie, ce n'est pas vraiment une période de ma vie dont j'aime me rappeler. Je suis conscient que je ne vous donnez jamais de mes nouvelles. Mais à cette époque, je ne savais pas vraiment où j'en étais moi-même. Tout ce que je savais c'est que j'aimais la chasse à l'homme. Comme Billy, j'avais ça dans le sang. On formait une sacrée équipe tous les deux. J'avais vraiment l'impression d'être doué pour quelque chose mais surtout j'étais enfin Don Eppes. Je n'étais plus comparé à personne ».
« Tu veux dire plus comparé à moi ?» Don n'a pas répondu. Aussi Charlie a continué : « Je sais que c'était dur pour toi quant on était jeune. Peu importe ce que tu faisais, les gens disaient toujours que je pouvais mieux faire si moi aussi je faisais la même chose que toi. Alors que je ne sais même pas tenir une batte de baseball ! »
En prononçant « batte de baseball » Charlie a senti son frère frissonné et s'est maudit intérieurement :
- « Je suis désolé Don. Je ne voulais pas… »
« Ca va Charlie, ça va. Je sais que pour toi aussi c'était dur. C'est vrai, tout le monde te regardait comme si tu étais un phénomène ! Une sorte d'extraterrestre aux cheveux bouclés. J'ai toujours détesté ça. »
« Tu ne me l'avais jamais dit ». S'est étonné le jeune génie.
« Oh…Il y a beaucoup de chose que je ne t'ai jamais dit ».
« Comme quoi ? »
« Comme à quel point j'ai toujours été fier de mon petit frère. Tu étais vraiment pénible quant on était petit, toujours à me suivre partout et à fouiller dans mes affaires, mais jamais je n'aurais voulu un autre frère que toi ».
Charlie est resté un petit moment choqué. Il n'avait jamais entendu son frère lui parlait de cette façon, aussi ouvertement.
« Merci Don. C'est pareil pour moi. Jamais je n'aurais voulu un autre frère que toi. »
Don a serré la main de son petit frère et a répondu d'une voix tendue :
« On a beaucoup de chose à rattraper toi et moi. Un Eppes se doit de savoir manier une batte de baseball ! ».
Charlie a répondu avec un petit rire, soulagé de voir que Don ne serait peut être pas hanté par une batte de baseball lorsque tout ceci sera fini. Don Eppes à la batte, encore et toujours !
Les deux frères ont discutés pendant un moment avant que l'épuisement les emporte finalement dans un sommeil sans rêves.
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L'équipe de Don, Amita et Alan étaient en train de finir de manger leurs petits déjeuners lorsque Billy Cooper est entré en train en trombe dans la pièce. Alan a été surpris de le voir mais n'a rien dit. Au lieu de cela, il lui a adressé un petit signe de salutation.
- « Bonjour M. Eppes. Et…Amita si je me souviens bien ».
- « Oui. Ravie de vous revoir, agent Cooper ».
- « Moi de même. Bien, je viens d'avoir le shérif de la police de Salina au téléphone. Il m'a dit qu'hier, dans la soirée, des plaisanciers ont vu un fourgon noir près du vieil hangar. Mais le shérif n'y a pas prêté attention sur le moment puisqu'il arrive souvent que des jeunes organisent des feux de camps dans ce hangar. Il parait que ça leur donne l'impression de vivre un film d'horreur. Les jeunes d'aujourd'hui, je vous jure. Enfin bref, je lui ai donné le signalement du fourgon qu'on voit sur l'enregistrement ainsi que le numéro de la plaque d'immatriculation. Je lui ai demandé d'aller vérifier. Il a envoyé une vedette de la police. »
- « Une vedette ? »
- « Oui. Apparemment, c'est le moyen le plus rapide de s'y rendre. D'ailleurs je me rappelle qu'avec Don, on avait eu beaucoup de difficulté à y accéder par la route. L'endroit était abandonné depuis tellement longtemps que la végétation avait recouvert tous les chemins d'accès au hangar. Ça doit être une vraie forêt aujourd'hui. Le shérif devrait nous téléphoner d'une minute à l'autre ». A peine avait-il fini sa phrase qu'un agent est entré leur disant que le shérif venait de recevoir le rapport de la vedette.
- « Qu'est-ce qu'ils ont trouvés ? » A demandé Colby, impatient.
- « Tout d'abord le shérif nous a dit que la vedette ne s'est pas approchée du hangar, de peur d'éveiller des soupçons au cas où ce serait bien l'endroit dans lequel sont retenus l'agent Eppes et le professeur Eppes. A cette époque de l'année, cette partie du lac est très peu fréquentée et qu'en conséquence un bateau est vite repérable. Mais avec leur jumelle, ils ont aperçu un fourgon noir correspondant à notre description. Ils n'étaient pas assez prêts pour voir la plaque mais cela leur a vraiment paru suspect ».
- « Je suis sûr que c'est eux ! » S'est exclamé David.
- « Moi aussi. J'en ai l'intuition et mon intuition ne m'a jamais trompé.» A poursuivi Megan. « Très bien, avec le jet du FBI, on peut y être en moins d'une heure. » L'agent Reeves s'est retourné vers l'agent et lui a dit de prévenir la police de Salina de leur arrivée.
- « Je viens avec vous » A dit Alan, en se levant de sa chaise, se préparant à suivre les collègues de son fils.
- « Non Alan. C'est beaucoup trop dangereux. » L'a interrompu David.
- « Essayez un peu de m'en empêcher ! »
Voyant la détermination d'Alan, les agents fédéraux n'ont pas voulu perdre de temps à le convaincre de rester ici et lui ont permis de les suivre. Alan s'est retourné vers Amita et lui a dit qu'il l'appellerait aussitôt qu'ils les auront retrouvés.
« Je vois très bien maintenant d'où Don et Charlie tiennent leur entêtement » A dit Megan.
« Oui, ils tiennent ça de ma femme ».
A suivre
