Chapitre 12 :
Le lendemain matin, Charlie est rentré silencieusement dans la chambre de son frère et a fermé doucement la porte pour ne pas réveiller son père toujours endormi sur le petit lit de camp. Il s'est approché lentement de Don et s'est assis sur la chaise précédemment occupée par Megan et Alan. En examinant son frère, Charlie a ressenti un malaise. Il a fermé brièvement ses yeux et a respiré profondément. Ce n'était pas le moment de se montrer faible, pas au moment où Don avait, plus que jamais, besoin d'aide. Celui-ci avait encore une longue route devant lui et le jeune génie était bien décidé à la parcourir avec lui. La route s'annonçait longue, sinueuse et semée d'embûches mais ensemble, en tant que famille, ils arriveront à destination. Prenant un dernier souffle profond et rassemblant tout son courage, Charlie a rouvert ses yeux et examiné son frère. Le visage de Don était couvert de contusion et un grand pansement couvrait sa temple. Avec la robe d'hôpital et les couvertures, le jeune professeur ne pouvait pas voir le corps de son frère mais l'image des hématomes sur son torse était encore fraîche dans son esprit. Son père lui avait dit que Don souffrait de côtes cassées, de brûlures au deuxième degré profond provoquées par les fils électriques, d'un genou gonflé et meurtri, d'une épaule disloquée et de diverses contusions et entailles sanglantes non infectées. Assurément, un rétablissement complet demandera beaucoup de temps, d'amour, de courage et de patience. Mais le plus étrange et le plus inquiétant pour Charlie était que Don s'étendait sur le lit d'hôpital complètement inerte. Aucune contraction sous ses paupières, aucuns mouvements de doigts. Rien. Seul le respirateur donnait un semblant de vie à son frère. Grâce à lui, le torse de Don se soulevait mécaniquement de façon régulière. Sans ces mouvements provoqués par la machine, le corps de Don semblait totalement exempt de vie.
Charlie a trouvé un peu de réconfort en prenant sa main. Elle n'était plus aussi froide, aussi glaciale que dans le hangar, juste avant son arrêt cardiaque.
« Eh Don ! Tu vois, tu es déjà sur la route du rétablissement. Tu dois te réveiller. Le plus dur est derrière nous maintenant. Ton équipe nous a trouvé, ainsi que Billy. Tu es en sécurité. Tout ce que tu dois faire est d'ouvrir tes yeux et de nous faire confiance. Papa et moi, on sera là pour t'aider. On te rattrapera à chaque fois que tu tomberas. Tu n'as pas à avoir peur. Peu importe dans quel état tu seras quant tu te réveilleras, on s'occupera de toi. Jamais on ne te laissera mais pour cela tu dois ouvrir tes yeux.»
Charlie a regardé les yeux de son frère, priant pour qu'ils s'ouvrent. Mais Don semblait toujours aussi inaccessible. Le jeune génie a alors porté son regard sur les machines médicales entourant le lit. Là aussi, il n'y avait aucun changement. Aucun bip sonore plus fort qu'un autre, aucun changement de chiffres sur le moniteur cardiaque indiquant que Don se réveillait.
« Don ! Arrêtes de faire ta tête de mule ! Aller, à trois tu ouvres tes yeux : un, deux, TROIS ! »
Charlie a soupiré de déception. Il commençait sérieusement à douter de la possibilité que son frère se réveille un jour.
« Charlie ? »
Charlie s'est retourné pour voir son père se réveiller.
« Eh papa. Comment tu vas ? »
« C'est à moi de te poser cette question, fiston. Et d'abord, qu'est-ce que tu fais ici. Tu devrais être au lit ».
« Je vais bien. Encore fatigué mais ça va. Il ne faut pas t'inquiéter pour moi. Don a beaucoup plus besoin de toi que moi j'ai besoin de toi ».
Alan, surpris d'avoir dormi aussi longtemps, s'est levé péniblement et s'est assis à côté de son cadet.
« Je m'inquiète pour vous deux. Tu n'as peut-être pas besoin de moi, comme tu dis, mais tu ne peux pas m'empêcher de te m'occuper de toi. Tout comme je veux prendre soin de ton frère ».
Alan a posé sa main sur le genou de Don et a répété les actions de Charlie en scrutant tout signe de réveil.
« Tu n'as pas répondu à ma deuxième question. Qu'est-ce que tu fais hors de ton lit ? »
« J'avais besoin de voir Don. J'ai promis au médecin que je ne ferais aucun effort, que je me reposerais et je lui ai dit que de toute façon je resterais ici, à l'hôpital, avec mon frère. Je l'ai convaincu et il a été d'accord pour me signer les papiers de décharge ».
« Si tu fais vraiment ce que tu lui as dit, alors je ne vois aucun inconvénient. Je ne peux pas te blâmer de vouloir être ici avec Donnie. Mais tu me promets de vraiment te reposer ? »
« Je te le promets papa. »
« Mmh. De toute façon, je te tiens à l'œil ».
Après avoir adressé à son plus jeune fils un regard de fierté, Alan a reporté son attention sur Don.
« Donnie, c'est papa. Je suis sûr que tu peux m'entendre. Tu dois te réveiller mon garçon. Ton frère est là aussi. Nous n'attendons que toi, mon grand. Tu verras, tout se passera bien.»
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« Oh Donnie, si tu savais à quel point je t'aime. »
« Je le sais maman. Je t'aime aussi. Je ne veux pas te quitter. Je veux rester avec toi, s'il te plaît».
« Tu ne peux pas rester avec moi Donnie. Tu as toute la vie devant toi. Ton père et ton frère ont besoin de toi».
« Je suis fatigué maman. Je suis fatigué de faire semblant d'aller bien et de jouer à l'invincible. Mon travail devient de plus en plus dur et beaucoup de personnes comptent sur moi. Je ne veux plus le faire maman. Ici, au moins, je n'ai plus de responsabilité à assumer. Tout ce que je veux, c'est de la tranquillité…et être avec toi ».
« Oh, mon petit ange. Tu ne peux pas… »
« S'il te plaît maman. Laisse-moi rester avec toi. Je ne veux plus être seul.»
Don se détestait de ressembler à un petit garçon mais sa mère était la seule personne qui le comprenait. Elle était la seule à pouvoir pénétrer à l'intérieur de sa solide forteresse. Devant elle, Don n'avait jamais eu peur de montrer sa vulnérabilité. Il savait que jamais sa mère ne le jugerait pour ses faiblesses. Bien au contraire, les rares fois où il s'était permis de pleurer, Margaret l'avait toujours pris dans ses bras en l'incitant à laisser libre cours à son chagrin.
« Donnie, tu n'es pas seul. Ton père et Charlie sont là pour t'épauler. Tout ce que tu dois faire est de demander leur aide. Ils ne te jugeront pas. Ils savent que tu es fort. Et ils savent aussi que tu es un être humain comment tout le monde. Tout le monde à ses faiblesses Don. Laisse-les s'occuper de toi. Tu as tes amis aussi. Tu dois t'ouvrir juste un peu plus aux gens qui t'aime.»
Margaret a pris son fils par le menton et l'a forcé à la regarder. Elle a senti son cœur fondre en voyant ses yeux remplis de larmes.
- « Il n'y a pas de honte à pleurer Donnie. »
- « Maman »
En entendant sa voix tremblante, Margaret a étreint d'un geste brusque son fils et l'a serré tout en lui frottant affectueusement le dos.
- « Laisses-toi aller Donnie ».
Don n'a pas eu la force de résister. Il a enterré son visage dans l'épaule de sa mère et s'est accroché à elle tout en laissant sa peine prendre le dessus sur lui.
- « Maman »
- « Je suis là mon ange. Laisses-toi aller. Voilà, c'est bien ».
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Bip bip bip bip…
Alan et Charlie ont sursautés en entendant le bruit du moniteur cardiaque qui s'accéléré d'un seul coup. Ils ont regardés Don et ont constatés que ses paupières contractées.
« Il se réveille ? »
« Je ne sais pas Charlie. Donnie, tu m'entends ? C'est papa. Ouvre tes yeux Don. »
« Aller Don, tu peux le faire ».
Pendant que Charlie appuyait sur le bouton pour appeler l'infirmière, Alan continuait à implorer son fils tout en traçant des cercles sur son torse.
- « Oui Don, tu peux le faire. Reviens parmi nous. Ton frère et moi on t'aime. Je te promets que tu ne seras plus seul.»
« Don, serre ma main si tu m'entends ».
Alan a regardé les mains de ses deux garçons espérant voir celle de Don serrait celle de son petit frère. Mais à sa grande déception, Don n'a donné aucun signe de reprise de conscience. Les chiffres du moniteur cardiaque sont revenus à la normale et, une fois de plus, son fils s'étendait devant lui complètement inerte.
Juste après que Don se soit calmé, l'infirmière est entrée en trombe dans la chambre et s'est précipitée au chevet de Don.
« Mon fils vient juste de se calmer. Il était agiter et les bips de cette machine se sont accélérés. J'ai cru qu'il allait se réveiller».
Sous les regards remplis d'espoirs d'Alan et de Charlie, l'infirmière a examiné Don. Elle a contrôlé les machines et sa respiration, pris sa température et vérifiait ses pupilles avec une petite lampe de poche. A contre cœur, elle a regardé Alan et Charlie pour leur dire qu'il n'y avait aucun changement.
« Mais…ses paupières ont bougés et sa respiration s'était accélérée. Il doit y avoir du changement. Mon frère allait se réveiller !»
« Il a sûrement fait un mauvais rêve. Je ne vois pas d'autres explications. Je vais quand même en parler au docteur ».
L'infirmière a quitté la chambre en évitant de regarder la déception gravée sur les visages du père et du frère de son patient.
Megan, Colby et David s'approchaient de la chambre de leur patron et ami lorsqu'ils ont vu l'infirmière en sortir.
« Qu'est-ce qui se passe ? Don va bien ? » A demandé impatiemment Megan.
« Il semble que l'agent Eppes ait montré quelques signes de conscience. »
« C'est formidable ! »
« Ne vous réjouissez pas trop vite. Je l'ai examiné et il ne montre toujours aucun signe de réveil. »
L'infirmière a hésité quelques secondes avant de continuer : « Ecouter…Je me mêle peut être de ce qui ne me regarde pas mais…à votre place j'essaierais de préparer sa famille à la possibilité que l'agent Eppes ne se réveille jamais.»
N'en croyant pas ses oreilles, Colby a senti la colère montait en lui.
« Exactement. Vous vous mêlez de ce qui ne vous regarde pas ! C'est de l'agent spécial Don Eppes dont vous parlez ! S'il y a quelqu'un qui peut se sortir de cette situation, c'est bien lui. Vous n'avez pas idée de ce qu'il a subit. Il a été battu et torturé. Et il est toujours vivant ! Alors ne nous dites pas que l'on doit se préparer à la possibilité qu'il ne se réveille pas. C'est l'homme le plus fort et le plus têtu que je connaisse ! »
« Je…je suis désolée. J'ai seulement dit ça parce que cela fait maintenant presque 48 heures qu'il est ici et que son état n'évolue pas dans un sens positif. »
Remarquant le malaise de l'infirmière et surpris par l'éclat de Colby, David est intervenu :
« Non, ne vous excusez pas. Vous essayez seulement de nous aider et vous faîtes tout ce qui est en votre pouvoir pour aider Don et sa famille. Nous vous en sommes très reconnaissants. Nous sommes juste un peu sous pression en ce moment ».
Megan a regardé Colby en le poussant du coude pour qu'il s'excuse mais celui-ci l'a ignoré et a préféré entrer dans la chambre, sans un regard pour l'infirmière. Megan et David se sont excusés auprès de celle-ci et sont aussi entrés dans la chambre.
Colby pensait avoir tout vu dans sa vie, surtout après être revenu d'Afghanistan. A un point tel qu'il avait fini par croire que plus rien ne pouvait le toucher. Aussi il n'aurait jamais pensé ressentir un pincement au cœur en regardant Alan et Charlie. Charlie tenait toujours la main de son frère et Alan avait toujours sa main posé au dessus du cœur de son fils.
« Alan. Charlie. »
Ces deux derniers ont, d'un même mouvement, accueillis l'équipe de Don avec un petit sourire triste. Pendant un petit moment, Colby, David et Megan ont contemplés Don en silence. Jamais ils n'avaient vu leur patron aussi fragile et vulnérable. Inconsciemment, ils se sont tous les trois demandés si vraiment leur ami reviendrait un jour aux commandes de leur équipe.
« Billy n'est pas là ? Je ne l'ai pas encore remercié de vous avoir aidé à nous retrouver. »
« Non. Carter doit être transféré aujourd'hui en prison. Avec le meurtre de trois agents fédéraux, l'enlèvement d'un agent fédéral et d'un consultant pour le FBI, il a gagné une place à Arcadia. Billy a tenu à faire partie de l'équipe chargée de le transférer. Il voulait voir de ses propres yeux Carter derrière les barreaux. Mais il a l'intention de venir ici en revenant. Charlie, je sais que ce n'est pas le bon moment mais je dois prendre ton rapport pour le mettre dans le dossier. Plutôt tu me raconteras ce qui s'est passé, mieux ce sera. Avec le temps, la mémoire a tendance à s'effacer. »
- « Je comprends Megan. De toute façon, je veux en finir le plus vite possible et ne plus y repenser ».
- « Merci Charlie. Si tu veux bien me suivre, on va essayer de trouver un endroit calme afin que tu puisses me faire ton rapport sans que l'on soit déranger. »
- « Charlie, tu devrais peut être déjeuné avant. Tu as besoin de reprendre des forces ».
- « J'ai déjà mangé papa. Juste avant que le docteur m'autorise à quitter le lit. Mais toi aussi tu devrais aller manger quelque chose. Nous devons prendre soin de nous si nous voulons être là pour Don quant il se réveillera ».
- « Tu as raison mais je ne veux pas laisser Don tout seul. Je ne veux pas qu'il se réveille et se rende compte qu'il n'y a personne avec lui. »
- « Alan, je peux rester avec Don le temps que vous alliez déjeuner. Je vous promets de vous avertir s'il y a du nouveau. Charlie a raison. Vous devez aussi prendre soin de vous-même». A proposé Colby.
- « Je viens avec vous Alan. Moi non plus je n'ai pas déjeuné ce matin ».
Alan a laissé son regard s'attarder sur Don. Après quelques secondes de réflexion, il a caressé sa joue et a accepté, à contre cœur, d'aller à la cafétéria avec David tandis que Charlie suivait Megan à la recherche d'un endroit tranquille.
Se retrouvant seul dans la chambre avec Don, Colby s'est senti soudainement timide et incertain de savoir quoi faire. Il s'est assis sur la chaise et a regardé son chef d'équipe en silence. Finalement, après quelques minutes, il a commencé à lui parler d'une voix hésitante :
« Don, je…je ne sais pas si tu m'entends. Tu sais…toute ma vie j'ai été soumis à une chaîne de commandement. Depuis que je suis tout petit d'ailleurs. Mon père était militaire et à la maison il agissait toujours comme tel. Ce que je veux te dire…c'est qu'aucun de mes anciens supérieurs ne t'arrivent à la cheville, Don. Je sais que ça fait cliché de dire ça mais c'est vraiment ce que je pense. Tu es un sacré patron. Tu m'as d'ailleurs laissé une deuxième chance lorsque j'ai obstrué une enquête fédérale pour aider Dwayne. Tu te souviens ? Ouais, je suis sûr que tu t'en souviens. Tu as une mémoire d'éléphant. Je ne te remercierais jamais assez de ce que tu as fait pour moi. Sans toi, je serais au chômage à l'heure qu'il est. »
Colby a jeté un coup d'œil sur les machines tout en passant une main dans ses cheveux. Il a respiré profondément et a reporté son attention à Don.
« Aller Don ! Bon sang, tu ne peux pas rester ici, dans cet état ! Tu sais quoi, la personne qui est dans ce lit, là, devant moi, n'est pas le Don Eppes que je connais. Non, le Don Eppes que je connais est plein de vie et vigoureux. Jamais il n'accepterait d'être dans un lit d'hôpital, délaissé aux soins de tous. Le Don Eppes que je connais ouvrirait ses yeux, se lèverait et dirait « Aller les gars on y va ! On n'a pas de temps à perdre. Chaque minute compte. »
Colby s'est adossé sur le dos de la chaise d'un air las. Si seulement ils avaient trouvé Don et Charlie quelques heures plus tôt, ne serait-ce qu'une heure, Don ne serait pas ici. Il aurait reçu des soins à temps et serait déjà sur la route du rétablissement chez son frère. Colby a été interrompu dans ses pensées par l'arrivée d'Alan et de David, suivis, peu de temps après de Charlie et de Megan.
Megan, David et Colby sont restés au chevet de Don avec Alan et Charlie jusqu'à ce que l'infirmière soit une nouvelle fois venue examiner Don. Sans être désobligeante, elle leur a expressément demandé de ne pas rester trop longtemps dans la chambre. Habituellement, seule la famille est autorisée à rester avec le patient et elle avait déjà assez enfreint le règlement en les laissant rester aussi longtemps. Sans compter le fait qu'elle avait aussi permis à Alan de rester toute la nuit auprès de son fils. Contre leur gré, Megan, David et Colby ont laissés Alan et Charlie seuls avec Don mais leurs ont promis d'essayer de revenir dans la journée.
Alan a dévisagé son jeune fils et a remarqué son teint pâle et ses grandes cernes sous les yeux. Faire son rapport à Megan semblait l'avoir épuiser.
« Charlie, tu devrais t'allonger sur le lit de camp et dormir. Tu as l'air beaucoup plus fatiguer que tu ne l'étais avant de faire ton rapport à Megan.»
« Je vais bien papa. C'est juste que, revivre ce qu'on a vécu, ce que Don a subit…C'était dur papa».
« Mmm, je peux très bien l'imaginer mon garçon. Ou plutôt non, je n'ose même pas l'imaginer».
Voyant que son fils n'allait pas bouger, Alan s'est levé et l'a forcé à aller dormir. Comme un automate, Charlie a laissé son père le menait jusqu'au lit de camp. Ce dernier l'a couvert avec la couverture avant de l'embrasser sur le front.
« Dors Charlie. Tu iras mieux après. »
Charlie a acquiescé d'un petit signe de tête et s'est laissé emporter dans un sommeil profond.
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Don s'est retiré des bras de sa mère et a essuyé ses larmes avec le dos de sa main. Margaret a laissé une main sur l'épaule de son fils et elle a joint son autre main avec celle de Don.
« Tu te sens mieux ? »
La gorge trop nouée pour pouvoir parler, Don a répondu en inclinant sa tête tout en évitant de regarder sa mère dans les yeux.
« Donnie, tu comprends que tu ne peux pas rester avec moi ? »
Une nouvelle fois, Don a incliné sa tête sans regarder sa mère. Margaret a passé sa main dans les cheveux de son aîné et, retenant ses propres larmes, elle a continué à parler :
« Il est temps de partir Donnie. »
« Non ! » Don a levé rapidement sa tête et a prié sa mère du regard.
« Il le faut mon ange ».
« S'il te plaît ». La voix suppliante de Don a définitivement fondu le cœur de sa mère.
« Oh mon bébé. On ne se quitte pas vraiment. Comme je te l'ai dis à l'instant, tu ne peux pas me voir mais moi je te vois. Tu m'as même dis que tu sentais ma présence autour de toi. Tu vois, d'une manière ou d'une autre, nous sommes toujours ensemble. »
La mâchoire serrée, Don a secoué sa tête et a serré ses doigts avec ceux de sa mère. Margaret a délaissé les cheveux de son fils pour caresser sa joue.
« Aller mon grand. Ton père et ton frère ont attendu assez longtemps. »
« D'ac…d'accord. Mais promets-moi que je sentirais toujours ta présence».
« Je te le promets. De ton côté, tu dois me promettre de faire confiance à ton père et Charlie. Promets-moi d'aller vers eux lorsque tu as besoin de réconfort. D'accord mon ange ? ».
« Oui. Promis».
« Tu les embrasseras bien forts pour moi. »
« Je le ferais ».
De nouveau, Margaret a pris son fils dans ses bras et, en retour, Don l'a serré fortement, ne voulant pas la laisser.
« Je t'aime maman ».
« Je t'aime aussi Donnie ».
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Alan contemplait en silence ses deux fils. L'un luttait contre ses cauchemars tandis que l'autre se battait pour sa vie. Dans la pénombre de la chambre, Alan a réalisé, pour la nième fois dans sa vie, à quel point le bonheur et l'équilibre d'une famille pouvaient être fragile. Du jour au lendemain, tout cela peut voler en éclat sans prévenir. On vit heureux, à la limite de l'insouciance, et, d'un seul claquement de doigts, tout s'écroule autour de soi. Insouciance. Voilà bien un mot que ses enfants ne connaissaient pas. Toute leur vie, ses enfants ont dû perpétuellement se battre. Charlie s'est battu toute sa vie pour que les gens le regardent comme étant Charles Eppes et pas seulement le génie. Et Don s'est battu toute sa vie pour être Don Eppes et pas seulement le grand frère du génie. Pour sa part, Alan ne connaissait plus ce mot depuis que son fils lui a appris qu'il entrait au FBI. Chaque matin, il se lève en se demandant si c'est aujourd'hui qu'il recevra un appel lui disant que son fils est mort en faisant son travail.
Il a pris la main de Don et a frotté son avant bras avec son autre main.
« Donnie, tu sais, c'est dur de te voir comme ça. Tu dois te battre. Tu dois me laisser une chance de te prouver que je t'aime. Si tu savais comme je regrette de m'être emporté contre toi. Je sais que tu fais tout ce que tu peux pour protéger ton frère. Jamais tu ne le mettrais en danger intentionnellement.
Je n'ai jamais su comment m'y prendre avec toi. Mais tu peux m'apprendre. Je sais qu'il n'est pas trop tard. Oui, on peut encore apprendre à se connaître tous les deux. Mais pour cela tu dois te réveiller. »
Alan a sursauté en sentant la main de son fils bouger dans la sienne.
- « Donnie ? Donnie, tu m'entends ? »
Une nouvelle fois, Alan a senti la main de Don bouger.
« Aller Donnie, réveilles-toi. Je ne veux pas que l'infirmière entre dans cette chambre juste pour me dire que tu as fais un mauvais rêve. »
A son plus grand bonheur, son aîné semblait réagir à ses paroles. Il a posé sa main sur les cheveux de Don et a mis son pouce magique en marche sur sa temple. Un énorme sourire est apparu sur le visage d'Alan en constatant que son fils essayait réellement d'ouvrir ses yeux.
- « Oui Donnie ! Continue, je sais que tu peux le faire. Aller, encore un petit effort. Charlie ! Ton frère se réveille ».
Le jeune génie a aussitôt ouvert ses yeux, se demandant s'il avait réellement entendu son père lui dire que Don se réveillait ou s'il ne s'agissait que d'un rêve ou d'une hallucination auditive. Il a regardé en direction du lit et a vu son père encourageait son frère. Il s'est précipité au chevet de Don et le même sourire qu'Alan est apparu sur son visage.
« Don ! Je savais que je ne devais pas douter de toi ! »
Après plusieurs efforts, Don est parvenu à ouvrir ses yeux. Sa vision était brouillée mais il pouvait discerner son père et son frère, souriants, à côté de lui. Il pouvait sentir le pouce magique de son père sur sa temple et la main de son frère au dessus de son cœur. Maman a raison. Je ne suis pas seul.
A suivre
