Chapitre 13 :

Alan se tenait devant la fenêtre de la salle de séjour, attendant impatiemment le retour de ses garçons. Aujourd'hui avait lieu la première séance de rééducation de Don. Charlie l'accompagnait. Un mois s'était passé depuis son réveil. Il était resté deux semaines à l'hôpital de Berkeley avant d'être autoriser à rentrer à Los Angeles. Charlie et Alan étaient restés avec lui mais toute son équipe et Billy avaient dû repartir. Travail oblige. Toute la première semaine à la maison, Don n'avait pratiquement pas quitté le lit. Il était encore extrêmement faible si bien qu'il ne restait pas longtemps éveillé. D'autant plus que ses attaques de vertiges l'avaient empêché de faire le moindre mouvement. Don n'était pas sorti indemne de son coma. Les blessures directes de ses tortures guérissaient bien. Son épaule disloquée était guérit, son genoux et ses côtes guérissaient également. Ses hématomes et contusions commençaient à se résorber et même ses brûlures cicatrisaient. Mais il souffrait de conséquences neurologiques dues à sa privation d'oxygène au cerveau pendant son arrêt cardiaque. Plus précisément, il souffrait d'une paralysie complète de son bras gauche. Paralysie qui nécessiterait beaucoup de séances de rééducation. Mais le médecin les avait prévenus : il y avait seulement une chance sur deux pour que Don retrouve l'usage complet de son bras. Il avait repris assez de forces la semaine précédente, lui permettant ainsi de commencer sa rééducation aujourd'hui. En plus de sa paralysie, il était victimes d'attaques de vertiges. Mais ces attaques étaient le cadet de leurs soucis. Elles avaient été très puissantes au début mais elles s'espaçaient de plus en plus. Il pouvait se passer plusieurs jours avant qu'une nouvelle attaque ne survienne. Ce qui inquiétait le plus Alan, était le comportement émotif de son fils. Son aîné ne souffrait pas seulement de séquelles au niveau physique mais il souffrait aussi de séquelles au niveau comportemental. Des variations de son humeur étaient fréquentes. Il passait de la bonne humeur à une humeur sombre d'un simple claquement de doigts. Mais peut être que le pire dans tout cela était que Don semblait de plus en plus dépressif. Il arrivait à donner le change en plaquant un petit sourire sur son visage mais sa famille n'était pas dupe. Alan et Charlie savaient trop bien que derrière son sourire se cachait une grande peur de perdre son travail.

Le seul point positif dans toute leur histoire est que Charlie, au grand étonnement et à la plus grande fierté de son père, semblait très bien gérer la situation. Physiquement, le jeune génie avait totalement récupéré. Il avait repris ses kilos perdus dû à la malnutrition pendant leur enlèvement et les grands cernes sous ses yeux avaient presque disparus. Enfin, pas totalement. Il était toujours sujet à des cauchemars la nuit. Plusieurs nuits il s'était réveillé en sueur en hurlant le nom de son frère. Après avoir passé plusieurs nuits à le réveiller et à le calmer, Alan avait réussi à persuader son cadet de suivre une thérapie, qui avait l'air de plutôt bien marcher.

Enfin, l'autre souci d'Alan était que lui et Don n'avaient pas encore parlé ouvertement de leur dispute. Son fils semblait lui avoir pardonné puisqu'il agissait comme si elle n'avait jamais eu lieu. Mais il voudrait en être sûr. Il voudrait que son fils lui dise expressément qu'il ne lui en voulait pas. Il connaissait trop bien son fils pour savoir qu'il était capable de garder une rancune contre une personne à l'intérieur de lui sans jamais la laisser apparaître au grand jour.

Sur le chemin du retour, Charlie ne pouvait s'empêcher de lancer des regards inquiets sur son frère, endormi dans le siège passager. Sa première séance l'avait clairement fatigué. Il avait attendu Don dans la salle d'attente et a eu un choc en voyant son état lorsqu'il est sorti. Il transpirait profusément et son visage fantomatique portait toutes les traces de son père, Charlie s'inquiétait pour Don. Physiquement, son frère se rétablissait plutôt bien, toute chose considérée. Mais émotionnellement, Don semblait lointain, inaccessible. Il donnait l'impression d'être prisonnier dans un monde parallèle. Il n'avait jamais été une personne très bavarde mais, depuis qu'ils étaient revenus à la maison, Don était beaucoup plus silencieux que d'ordinaire.

Le jeune génie s'est garé dans l'allée de sa maison et, avant même qu'il ait arrêté le moteur, son père est apparu à la porte d'entrée. Alan a attendu quelques secondes sur la terrasse, observant ses deux fils dans la voiture. Remarquant que Charlie n'arrivait pas à réveiller son frère, il s'est approché pour l'aider et, ensemble, ils ont aidé Don à faire son chemin jusqu'au divan.

Don était à peine allongé qu'il s'était déjà rendormi profondément. Charlie a glissé un oreiller sous sa tête tandis que son père le couvrait avec une couverture légère. Celui-ci a froncé les sourcils en sentant la chaleur émanait du corps de son fils.

« Il a de la fièvre. »

« Oui. Sa première séance l'a littéralement épuisé. En sortant du centre de rééducation, j'ai cru que j'allais devoir le porter jusqu'à la voiture. »

« La rééducation s'est bien passée ? »

« Je ne sais pas. Il était trop fatigué pour parler et il s'est endormi aussitôt assis dans la voiture ».

« Mmmm. On va le laisser dormir ici pour le moment. Et lorsqu'il se réveillera, nous l'aiderons à se mettre au lit. Dans l'immédiat, je doute qu'il ait assez de force pour monter les escaliers ».

Charlie a silencieusement convenu puis s'est assis sur un des fauteuils, son ordinateur portable sur les genoux. Il devait seulement reprendre le travail dans une semaine mais il devait établir son plan de cours et le transmettre à Amita. De son côté, Alan a saisi son journal et a prit place dans un autre fauteuil. Il avait beaucoup de travail à faire dans le jardin, tondre la pelouse, tailler la haie et les rosiers, mais, pour le moment, il n'avait qu'une seule envie : apprécier un après-midi tranquille avec deux garçons. Il y a quelques semaines, cette banalité semblait un rêve inaccessible. Depuis leur enlèvement, les petites choses de la vie quotidienne prenaient une toute autre dimension, comme à cet instant précis. La douce respiration de son fils endormi et le visage concentré de son plus jeune sur son ordinateur semblaient être la huitième merveille du monde à ses yeux. Désormais, il s'était promis de profiter pleinement de chaque instant passé avec ses garçons, même les plus anodins.

« Papa »

Alan a levé ses yeux du journal et a regardé son plus jeune par-dessus ses lunettes.

«Charlie ? »

« Je suis inquiet pour Don. Il a l'air tellement éloigné. J'ai l'impression qu'il est à des années lumières de nous ».

« Oui, je m'en suis rendu compte aussi. Mais tu connais ton frère, il n'est pas vraiment du genre à se confier. »

« Je sais mais…Je ne sais pas. Il a l'air si différent. Il est présent physiquement mais son esprit est ailleurs. Et il est si triste. »

« Je pense qu'il faut qu'on lui laisse le temps et qu'on aille à son rythme. On ne doit pas le brusquer sinon il se refermera encore plus. Il parlera lorsqu'il se sentira prêt à le faire. Nous devons juste être patients ».

Charlie a regardé son frère, toujours profondément endormi, et a prié pour que son père ait raison.

Don a dormi d'un sommeil de plomb jusqu'à l'heure du dîner. Il s'est réveillé par l'odeur du rumsteck et des pommes de terre au four que son père était en train de préparer dans la cuisine.

« Tu n'as jamais pu résister à l'appel du rumsteck, hein ? »

Il a regardé son petit frère toujours assis dans le fauteuil, un sourire espiègle sur ses lèvres. Il a prit son oreiller et l'a lancé en direction de son cadet. Mais il était encore très faible si bien que l'oreiller a seulement fait flac au bas du divan, le forçant à laisser échapper un petit gémissement de défaite. Gémissement qui n'est pas passé inaperçu pour Charlie.

« Tu commences à te faire vieux. Je vais bientôt devoir t'acheter une canne ».

« La ferme Charlie ». Don se voulait bourru mais son petit sourire l'a trahi. Il n'a pas atteint ses yeux mais Charlie l'a apprécié. D'autant plus que ces derniers temps, rare était de voir son frère sourire. « Tu t'amuses de ma misère ? »

« Au moins, tu admets ta misère. »

Don n'avait plus de projectiles à porter de main. Il a donc dû se contenter de lancer un regard de défi à son petit frère.

« Tu auras intérêt à courir vite quand j'irais mieux ».

« Ah oui ? Et qu'est-ce que tu vas me faire, vieil homme ? »

« Eh ben, je ne sais pas encore mais d'ici là, j'aurais soigneusement élaboré un plan. »

Charlie a étudié de plus près son frère. Peut-être était-ce le bon moment de le forcer à s'ouvrir.

« Don »

« Mmh ? »

« Tu sais, si tu veux parler, je suis là. Papa aussi. »

Don n'a pas répondu. Au lieu de cela, il a préféré contempler le plafond en silence.

« Papa et moi, nous ne sommes pas aveugles. Il est évident que quelque chose te tracasse. Nous voulons t'aider mais nous ne pouvons pas le faire si nous ne savons pas ce qui ne va pas. »

« Papa a sûrement besoin d'aide dans la cuisine ».

Tout en évitant son frère du regard, Don s'est levé lentement et prudemment du divan. Ses attaques de vertiges étaient moins fréquentes mais elles étaient toujours là et de forte puissance, prêtent à attaquer à n'importe quel instant. En se dirigeant vers la cuisine, il a jeté un coup d'œil furtif sur la photo de sa mère, dans le cadre accroché sur le mur. Déçu, Charlie observait les actions de son frère et a surprit son regard sur la photo.

ooOOOoo

« Tu as besoin d'aide papa ? »

Alan a levé ses yeux de la salade qu'il était en train de préparer et a souri en voyant son aîné, les cheveux en pagaille et les cernes encore gonflés par le sommeil.

« Donnie ! Tu as bien dormis ? »

« Mmh. Je peux t'aider ? »

Avec son bras gauche encore paralysait, Alan savait que Don ne pouvait pas l'aider à grand-chose. Mais il savait aussi que son fils avait besoin de se sentir utile. C'était une nécessité pour lui. Sans cela, son aîné sombrerait encore plus dans la dépression. Se retrouvait dépendant de sa famille après avoir passé toute sa vie à se débrouiller seul n'était pas une chose facile à admettre pour Don. Il acceptait l'aide de son père et de son frère mais une expression gênée était toujours présente sur son visage. Tout en maniant la salade, Alan regardait son fils chercher désespérément autour de lui quelque chose qu'il puisse faire pour aider.

« Eh bien, tu pourrais arroser la viande dans le four avec la sauce, ainsi que les pommes de terre.»

Le visage de Don s'est aussitôt éclairé pour s'assombrir aussitôt. Est-ce que je suis descendu si bas que ça ? Je suis content comme un enfant parce que je peux arroser cette fichue viande. Alan a secoué tristement sa tête en apercevant le regard sombre de son fils. Don avait encore une longue route devant lui avant de se sentir mieux.

- « Bah alors quant est-ce qu'on mange ? J'ai faim moi !».

Alan et Don se sont retournés d'un même mouvement pour voir Charlie entrait en souriant. Celui-ci était déjà entré dans la cuisine depuis quelques secondes mais sa présence était passé inaperçue. Il avait aussi vu l'expression de son frère, aussi avait-il décidé d'essayer de relever l'humeur. Lorsque son frère a de nouveau reporté son attention sur la viande et les pommes de terre, Charlie et Alan se sont regardés. Tous les deux avaient la même pensée : si Don ne retrouvait plus jamais l'usage de son bras, plus jamais ils ne le reverraient souriant.

« Au lieu de râler, tu pourrais déjà commencer par mettre la table ». Alan avait comprit la tentative de son jeune fils et est aussi entré dans son jeu. Ils se sont tous les deux échangés des remarques espiègles jusqu'à ce que soit venu le moment de se mettre à table.

Pendant tout le repas, Don est resté silencieux, écoutant d'une oreille distraite la conversation animée de son père et de son frère. Le moment du dîner était toujours un calvaire pour lui. A chaque repas il avait l'estomac noué. Non seulement il n'avait pas assez de force pour soulever le pichet d'eau, mais en plus, il devait subir l'humiliation de voir son père ou son frère lui coupait sa viande. Et chaque repas lui rappelait à quel point il était devenu dépendant. Il savait pertinemment que, sans sa famille pour l'aider, il serait incapable de se préparer à manger. Il ne lui resterait alors plus beaucoup de solution. Soit il ne mangeait pas, ce qui, soit dit en passant, ne poserait pas vraiment de problème étant donné son manque d'appétit, soit il serait contraint de commander de la nourriture à emporter à chacun de ses repas.

A la fin du dîner, Don s'est dirigé vers le salon avec l'intention de regarder le match de la NBA, Chicago contre Portland, à la télévision, mais c'était sans compter sur sa famille. Charlie l'a devancé et lui a confisqué la télécommande, bravant le gros regard de désapprobation de son grand frère. A deux contre un, Don s'est rendu et est allé au lit. De toute façon, à quoi bon résister. Quand j'aurais perdu mon travail à cause de mon bras, j'aurais tout le loisir de regarder le sport à la télévision, tout seul dans mon appartement. D'ailleurs, c'est la seule chose que je pourrais faire tout seul. Alan et Charlie l'observaient monter lourdement les escaliers. L'angoisse était gravée à l'eau forte sur leurs deux visages.

- « Papa, c'était trop facile. »

- « Oui, beaucoup trop facile. Ton frère devient de plus en plus facile à manier. Ce ne peut pas être bon ».

Pendant qu'il se préparait à se mettre au lit, non sans quelques difficultés, Don réfléchissait à sa situation et il est arrivé à une seule et unique conclusion : si la rééducation ne fonctionne pas, il se retirerait des vies de son père et de son frère. Jamais il ne sera un fardeau pour eux. L'histoire de Charlie et d'Amita commence enfin à devenir sérieuse etpapa à l'air de s'entendre plutôt bien avec le nouveau patron de Charlie. Il a beaucoup souffert de la mort de maman et il a le droit de reconstruire sa vie. Ils ont tous les deux mérités leur bonheur. Ils ont leurs vies et ils n'ont pas à passer leur temps à s'occuper de moi. Je suis désolé maman. Je sais ce que je t'ai promis mais je ne peux pas. C'est trop dur.

Après plusieurs minutes d'efforts et de grognements, Don, haletant, est enfin parvenu à se coucher. Qu'est-ce qu'il fait chaud ici. Il a regardé la fenêtre avec une énorme envie de se lever pour aller l'ouvrir. Mais le simple fait de se changer et de préparer son lit avait épuisé toutes ses dernières réserves d'énergie. Au lieu de se lever, il a abaissé les couvertures jusqu'à sa taille et a essuyé d'un revers de main la sueur sur son front. Super Eppes, tu ne peux même pas te lever pour aller l'ouvrir.Il a soupiré de désespoir et s'est endormi rapidement.

Une heure plus tard, Alan est entré dans la chambre de son aîné, voulant s'assurer qu'il allait bien. Son fils était profondément endormi mais même dans son sommeil, son visage portait toutes les traces de l'anxiété. Il a remonté les couvertures jusqu'à ses épaules et a passé tendrement sa main dans ses cheveux humides par la sueur.

- « Ne t'inquiètes pas Donnie. Tout ira bien. Jamais nous ne te laisserons. Jamais. »

ooOOOoo

Don s'est réveillé tard dans la nuit, ne sachant pas ce qu'il l'avait tiré de son sommeil. Il avait une sensation soudaine que quelque chose n'allait pas. Un petit sourire est apparu sur ses lèvres à cette pensée. Dans son état, il y aurait toujours quelque chose qui n'irait pas. Mais tout de même, Don avait une sensation étrange. Il fait toujours aussi chaud ici. Il a regardé sur son torse et a froncé les sourcils en remarquant les couvertures tirées jusqu'à ses épaules. Il aurait juré qu'ils les avaient laissés sur sa taille. Secouant sa tête, il les a retiré et a entreprit une démarche pour sortir du lit. Mais il s'est levé trop rapidement car le monde s'est mis à incliner dans tous les sens devant lui. Il avait l'impression d'être à l'intérieur d'un kaléidoscope. Mais en moins marrant. Ouh là, oui, en beaucoup moins marrant. Il est resté quelques minutes assis au bord de son lit à attendre que le monde arrête de danser la java autour de lui et que les papillons dans ses yeux décident qu'ils étaient temps de partir.

Prenant de grands souffles profonds, Don est parvenu à se lever et, tant que bien que mal, a réussi à marcher la courte distance jusqu'à la porte de sa chambre à coucher. Il l'a ouvert doucement et est entré dans le couloir. Il s'est arrêté un petit moment, essayant de détecter n'importe quel bruit suspect. Mais le seul bruit dans la maison était les ronflements de son père.

Même dans son état affaibli, Don n'avait pas perdu ses instincts d'agent fédéral et est allé vérifier en bas. Plus facile à dire qu'à faire. La fête n'était pas encore finie et quelques papillons avaient décidés d'en profiter un peu plus. Il a clignoté plusieurs fois des yeux et, prenant le mur comme appui, il s'est dirigé lentement, trop lentement à son goût vers les escaliers. A sa grande détresse, il était déjà hors de souffle lorsqu'il les a atteints. Le plus dur était encore devant lui : descendre les escaliers sans tomber. Soudainement, il a réalisé l'absurdité de sa situation. Il pouvait à peine se tenir sur ses deux jambes sans que son monde se mette à vaciller. Alors s'attaquer à un cambrioleur. Une vraie opération suicide. D'autant plus qu'il n'avait pas son arme.

Par le plus grand des miracles, Don a descendu les escaliers sans incidents et un petit sentiment de fierté a rempli son cœur. Il avait raison, quelque chose n'allait pas. De sa position, il pouvait apercevoir son petit frère assis dans le noir sur le divan. Seule la lune éclairait le salon mais même dans l'obscurité, Don pouvait voir que Charlie agissait étrangement. Il était assis raidement, les yeux dans le vague.

« Charlie ? »

Charlie a sursauté en entendant son nom et a vu son frère se tenir devant lui, prêt à s'effondrer d'une minute à l'autre.

« Don ! Qu'est-ce que tu fais hors de ton lit ? »

« Je pourrais te poser la même question. »

« Je n'arrivais pas à dormir. Mais viens t'asseoir avant de t'évanouir ».

Son frère a obéit sans broncher et s'est assis à gauche de son frère sur le divan, tout en soupirant de soulagement. Ce divan ne lui a jamais paru aussi confortable.

« Alors, est-ce que tu vas enfin me dire ce que tu fais ici, assis dans le noir en plein milieu de la nuit ? »

Charlie s'était réveillé après un autre cauchemar. Pour soulager son père, il avait dit qu'il n'en faisait plus et que la thérapie l'aidait mais la vérité était qu'il se réveillait toujours au beau milieu de la nuit avec le nom de son frère sur ses lèvres.

« Charlie ? Tu m'entends ? »

« Oui, je t'entends. Tout va bien. Ne t'inquiètes pas pour moi ».

Son grand frère avait déjà assez de soucis comme ça et il n'avait pas l'intention d'en rajouter.

-«Charlie, dis-moi ce qui se passe. Je te préviens, je ne te lâcherais pas jusqu'à ce que tu me le dises. Et tu sais que c'est vrai. Je ne suis peut être pas en pleine forme mais je peux toujours être aussi têtu ».

Le jeune génie savait trop bien que son frère disait la vérité. Il ne le laisserait pas partir tant qu'il ne lui aurait pas dit ce qui le tracasser. Mais il s'est obstiné à garder le silence.

« Tu fais encore des cauchemars, c'est ça ? »

Charlie a soupiré. Depuis qu'ils étaient petits, il n'avait jamais rien pu cacher à Don. Il semblait toujours savoir ce qui n'allait pas.

« Oui » A-t-il admis timidement. « Mais ne t'en fais pas. Vraiment, je vais bien. »

« Non c'est faux. Ecoutes, je suis vraiment désolé de ne pas avoir été là pour toi ces jours derniers ».

« Don ! Tu étais très faible et tu l'es encore. Tu as déjà beaucoup à faire pour aller mieux. Je n'ai pas le droit de te demander d'être là pour moi. »

Les mots de Charlie ont touchés Don à vif. Carter a raison. Je ne suis plus capable d'aider mon frère.

« Don ? Don, tu vas bien ? »

« Oui. Je vais bien. C'est pour toi que je m'inquiète. Je veux t'aider Charlie. S'il te plaît. Je sais que je peux encore le faire. »

Cette fois-ci, ce sont les mots et le regard suppliant de Don qui ont touchés Charlie à vif.

- « Oh Don. Je sais que tu peux le faire. C'est juste que je ne veux pas rajouter mes problèmes à tes propres soucis. »

Le jeune génie n'a pas pu résister plus longtemps au regard triste de son frère et lui a raconté ses cauchemars.

« Ce qu'il y a c'est que…à chacun de mes cauchemars, je revis ces moments où j'ai dû regarder Carter et Mcbright te torturer. Et dans chacun d'eux, tu t'écroules à terre…mort ».

Don a vu les épaules de son frère tremblaient pendant qu'il se confiait à lui. Dans un geste de réconfort, il a enroulé son bras droit autour de ses épaules et a posé sa tête contre sa propre épaule droite. Une boule s'est formée dans sa gorge. Il voulait réellement aider son frère, mais comment ? Peut-être que lui parler de maman lui ferait du bien.

« J'ai vu maman. »

Surprit, Charlie a levé sa tête et a regardé son frère.

« Tu as vu maman ? »

« Quand j'étais dans le coma. Je sais que ça parait fou mais elle était vraiment ici, assise devant le piano. C'est une excellente pianiste tu sais. C'est vraiment dommage qu'elle n'ait jamais joué devant nous ».

« Tu lui as parlé ? »

« Oui. Elle m'a même pris dans ses bras ».

Charlie a fermé ses yeux un instant. Il aimerait tellement que sa mère le prenne dans ses bras aussi.

« Elle est toujours là Charlie. Nous ne pouvons pas la voir mais elle, elle nous voit. Elle ne nous a jamais vraiment laissé ».

« Tu veux dire que chaque fois que j'ai l'impression de sentir sa présence, ce n'est pas une illusion. C'est vraiment elle. »

« Oui Charlie. C'est elle. D'ailleurs, je suis persuadé qu'elle nous regarde en ce moment».

Une vague de chaleur et de réconfort a envahi le corps du jeune génie. Soudainement, il se sentait bien et il se sentait en sécurité aux côtés de son frère. Sentiment qu'il pensait avoir perdu pour toujours.

« Elle a parlé de moi ? »

Don n'a pas pu s'empêcher de laisser échapper un petit rire.

« Oui. Elle a parlé de toi. Elle a dit qu'elle était fière de toi. Qu'elle l'a toujours été et qu'elle le sera toujours. Mais surtout, elle t'aime ».

« Je l'aime aussi. Elle me manque tellement. »

« A moi aussi elle me manque. Mais maintenant je sais que d'une façon ou d'une autre, elle est toujours avec nous ».

Les deux frères sont restés silencieux un long moment, chacun pensant à leur mère.

« Don, je peux te poser une question ? »

« Je t'écoutes ».

« Est-ce que c'est maman qui t'as persuadé de revenir ? »

Don a gardé le silence quelques secondes avant de répondre.

« Oui ».

« Oui ! Tu voulais mourir ?! »

« Non. Bien sûr que non. C'est juste que j'étais bien avec elle. C'était merveilleux comme sensation. J'étais dans ses bras, insouciant, loin de tous les tracas. Et puis, j'ai passé tellement d'années loin de la maison, loin de maman que j'avais l'impression de pouvoir enfin rattraper le temps perdu ».

« Je comprends Don. A ta place, je crois que j'aurais aussi voulu rester avec elle. Qu'est-ce qu'elle t'a dit pour te convaincre de te réveiller ? »

« Elle m'a dit que j'avais encore la vie devant moi et que toi et papa aviez besoin de moi ».

« Elle a raison. On n'a besoin de toi. Tout comme tu as besoin de nous. »

« C'est ce qu'elle m'a dit. Mais Charlie, je ne veux pas être un fardeau pour vous deux. »

« Don ! Tu n'es pas un fardeau. Papa et moi, on aime s'occuper de toi. »

« Mais si la rééducation ne fonctionne pas, si je ne retrouve plus l'usage de mon bras, je… »

« Non Don. Je te défie de parler ainsi. Premièrement, tu retrouveras l'usage de ton bras et tu ne perdras pas ton travail. Deuxièmement, dans le cas contraire, tu pourras toujours compter sur nous et jamais tu ne seras un fardeau. Jamais. Tu m'entends ? Jamais ».

Don a contemplé son petit frère un petit moment. L'expression de celui-ci était sincère. Peu importe ce qui se passera, il pourra toujours compter sur Charlie.

« Merci Charlie ».

« Non Don. Merci à toi. Je sais que je peux toujours compter sur toi ».

Aucun autre mot n'avait besoin d'être échanger. Quoi qu'il arrive, Alan, Don et Charlie Eppes sont et seront toujours inséparables.

L'esprit apaisé, les deux frères se sont endormis sans noter le flottement du rideau de la fenêtre, bien qu'il n'y ait aucune fenêtre ouverte dans la maison pouvant provoquer un quelconque courant d'air.

C'est la tête de Charlie reposant sur l'épaule de son frère, et la tête de Don posait sur la tête de Charlie qu'Alan les a trouvés le lendemain matin. Il ne pouvait pas avoir de meilleur réveil. En les regardant dormir, Alan s'est dit que finalement, peut être, oui peut être, leur famille sortirait de cette épreuve indemne et reprendrait une vie normale.

A suivre