Chapitre 14 :
- « Tu es sûr que ça va aller ? »
Tout en finissant de préparer son sac, Charlie a répondu à son frère en soupirant. Il avait arrêté de compter le nombre de fois où Don lui avait posé cette question depuis le début de la matinée.
- « Oui Don. Tout ira très bien. Je reprends seulement le travail. Je ne vais pas sauter dans le vide ».
« Mais tu n'es pas retourné à Calsci depuis…enfin tu sais ».
Charlie a refermé son sac d'un coup sec et s'est tourné vers son frère.
« Arrêtes de t'inquiéter tu veux. Je vais parfaitement bien. Et de toute façon, plus je tarde à reprendre le travail, plus ce sera dur ».
Mais la vérité était que Charlie était anxieux. Il avait l'impression d'aller à son premier jour d'école et son frère avait raison. Il n'était pas retourné à l'université depuis l'explosion de sa voiture et la mort de l'agent Taylor.
« Charlie, je t'ai préparé ton petit déjeuner. »
Le jeune génie a roulé des yeux en voyant son père sortir de la cuisine avec un gros sac.
« Tu appelles ça un PETIT déjeuner ? ».
« Parfaitement professeur. Tu n'as rien avalé ce matin. Tu es sûr que tu ne veux pas que je t'accompagne ? »
« Papa ! Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ?! Non je ne veux pas que tu m'emmènes. Amita passe me prendre. Tiens, justement j'entends sa voiture. »
Charlie a saisi son sac et sa veste puis est sorti de la maison précipitamment après avoir saluer son père et son frère, sans leur laisser le temps de dire quoi que ce soit. Il appréciait leur inquiétude mais elle ne faisait qu'accroître son angoisse. Tout ce qu'il voulait en se réveillant ce matin était de ne pas y penser et de retourner au travail comme si rien ne s'était passé. Mais c'était sans compter sur sa famille.
Alan et Don ont regardés Charlie partir jusqu'à ce que la voiture d'Amita ne soit plus en vue. Alan a mordillé sa lèvre inférieure et a regardé pensivement son fils. C'était la première journée qu'il passait seul avec lui depuis leur dispute.
« Bien. Nous devons y aller aussi. Tu as une séance de rééducation dans une heure et c'est l'heure de pointe. »
Don a silencieusement convenu. Lui aussi appréhendait cette journée. Pas seulement parce que son frère devait reprendre le travail aujourd'hui, mais aussi parce qu'il allait être seul avec son père.
Peu de mots ont été échangés de toute la matinée. La plupart du temps, Alan et Don s'échangeaient des banalités, ou alors ils restaient silencieux. Alan a emmené Don à sa séance de rééducation, et ont fait quelques courses avant de rentrer à la maison.
Après le déjeuner, Alan est allé travailler dans le jardin tandis que Don se reposait sur le divan.
Tout en taillant les rosiers, Alan réfléchissait à toutes les façons d'aborder son fils. Il brûlait d'envie de le forcer à parler mais cela ne servirait à rien. Si Don décidait de ne rien dire, alors il ne dirait rien. Oh et puis au diable la patience. Alan a déposé son sécateur et s'est dirigé d'un pas déterminé dans la salle de séjour. Mais il s'est arrêté net en voyant son fils endormit devant la télévision. Déçu, il l'a observé pendant quelques secondes. Il s'apprêtait à retourner à ses rosiers lorsqu'il a entendu la voix somnolente de Don.
« Papa ».
Don a ouvert progressivement ses yeux pendant que son père s'approchait lentement de lui.
« Don ? »
Alan observait son fils soigneusement tout en attendant une réponse. Mais Don semblait s'être égaré dans ses pensées. Il s'est assis à côté de lui en se demandant s'il devait laisser son fils commençait ou s'il devait commencer lui-même. Il n'a pas eu à choisir puisque Don l'a devancé.
« Je vais quitter le FBI papa ».
Ces mots ont eu l'effet d'une bombe sur Alan. Il s'attendait à tout sauf à ça. Il était sûr que son fils lui ferait des reproches mais au lieu de cela, il donnait l'impression de s'en faire à lui-même. Il avait souvent espéré entendre Don prononcer ses mots. Mais maintenant qu'il les entendait, il n'était plus aussi sûr de vouloir les entendre.
« Pourquoi ?! »
« Tu as raison. Mon travail ne nous apporte que des ennuis. J'ai fais entrer la violence dans cette maison ».
« Non Don. Je n'ais pas raison. Je regrette vraiment mes mots. Tu n'as pas fais entrer la violence ici. C'était vraiment stupide de ma part».
« Si papa. C'est à cause de mon travail si Charlie a failli être tué. Si j'avais un autre travail, jamais on se serait retrouvé dans cette situation ».
« Mais tu aimes ton travail. Tu ne peux pas le quitter Donnie ».
« J'aime mon métier mais il met toi et Charlie en danger. Alors je préfère arrêter avant qu'il ne soit trop tard. Il y a assez de criminels en prison qui veulent ma peau. Je ne veux pas en rajouter. Je t'assure, la liste est déjà assez longue. Je préfère perdre mon travail d'agent fédéral plutôt que de vous perdre. »
« Don, écoutes-moi. Tout d'abord, je regrette de m'être emporter contre toi. J'étais vraiment en colère par ce qui était arrivé à Charlie et les mots ont dépassés mes pensées. Je t'assure. Je ne pensais pas ce que je t'ai dis».
« Mais si tu les as prononcé, c'est que quelque part, au fond de toi, tu les penses. »
« Non Don »
Don a regardé son père. Son regard indiquait nettement qu'il ne le croyait pas. Alan a choisit de l'ignorer et a continué :
« Ce que je veux que tu comprennes, c'est que je m'inquiète pour toi. Je sais que tu es bon dans ton travail et tu as une très bonne équipe, mais tu es en première ligne tous les jours. Tu peux te prendre une balle à tout instant ou je ne sais quoi encore. Tous les jours, j'ai peur d'apprendre ta mort».
« Tu vois, au moins si je faisais un autre travail, je t'épargnerais tous ces soucis».
« Don, comprends-moi bien et laisses-moi parler. Oui je n'apprécie pas toujours ton travail et non je ne veux pas que tu en changes. Je respecte ce que tu fais et je suis très fier de toi. Le FBI, c'est ta raison de vivre. Je sais que tu ne serais pas heureux si tu devais faire autre chose. Et la seule chose que je veux pour toi et ton frère, c'est que vous soyez épanouis. Aussi bien dans votre vie privée que votre vie professionnelle. Alors si tu es heureux dans ton travail, et je sais que tu l'es, alors moi aussi je le suis. Je n'ai pas le droit de t'empêcher de le faire, et je m'en voudrais. D'ailleurs, je sais que l'une des raisons pour laquelle tu t'acharnes à retrouver l'usage de ton bras, c'est justement de pouvoir retourner le plus vite possible à ton travail.Toute ton enfance, pour ne pas dire ta vie, tu as dû t'adapter à la vie de Charlie. Mais aussi à celle de ta mère et moi. Tu avais très bien compris qu'elle devait s'occuper de ton frère beaucoup plus que toi et tu avais compris que je n'avais pas beaucoup plus de temps à te consacrer. Je suis conscient que nous t'en avons demandé beaucoup trop. Et tu n'as jamais rien demandé en échange. Alors, il est normal que ce soit désormais à moi de m'adapter à ton mode de vie. C'est à mon tour de faire des sacrifices. Et je sais aussi que tu étais heureux à Albuquerque avec Kim. Tu étais sur le point de te marier et tu allais même passer directeur. Et pourtant, tu n'as pas hésité à tout abandonner pour revenir à la maison quand ta mère est tombée malade. Tu aurais pu repartir après sa mort mais tu as choisis de rester. Et j'en suis très heureux. Je ne vais pas te demander en plus de quitter ton travail. Ce serait tellement injuste de ma part. Alors, maintenant, réponds-moi honnêtement : serais-tu réellement heureux si tu perdais ton travail d'agent fédéral ?»
Don a réfléchi quelques instants avant de répondre doucement :
« Non ».
« C'est bien ce que je pensais. Le débat est clos. A voir ta tête, tu as autre chose à l'esprit. N'est-ce pas ? Je les connais toutes. Et là, tu as ta tête des mauvais jours. Qu'est-ce qu'il y a ? »
« En fait, je pensais à toutes ces années où je n'étais pas à la maison, où je ne donnais pas de mes nouvelles. Charlie m'a dit à quel point c'était dur pour toi et maman. Je suis vraiment désolé. Je voulais vraiment le faire mais, tu sais, ce n'était pas toujours facile. Et puis, qu'est-ce que je pouvais bien vous raconter. Salut, je vais bien, je suis sur le point d'arrêter un dangereux criminel qui a tué de sang froid des dizaines de personnes. Et vous, vous allez bien ?! »
- "Oui. Billy m'a racontait et m'a dit que pour toi aussi c'était dur. Et c'est vrai que nous avons eu pas mal de nuits blanches ta mère et moi et nous souhaitions que tu sois plus proche de nous. On ne savait même pas où tu étais. Mais de toute façon, je te connais assez bien pour savoir que même si tu nous avais écris plus souvent, tu aurais dis que tu allais bien alors que ce n'était pas la vérité. Enfin, ce qui est fait est fait. On ne peut pas changer le passé. Tout ce que j'espère, c'est que cela ne se reproduise plus. Je ne veux plus jamais être sans nouvelles de toi. Je ne veux plus me demander chaque jour où est mon enfant et s'il va bien. Et je ne veux plus te voir loin de moi.»
« Je te le promets papa ».
« Et maintenant, est-ce que tu veux bien pardonner à ton vieux père ? »
Pour toute réponse, Don a sourit et a étonné son père en l'étreignant. Heureux et immensément soulagé, Alan a serré fortement son fils dans ses bras.
« Tu es le meilleur père que quelqu'un puisse avoir papa ».
« Merci Donnie. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis content que tu me dises ça. Je t'aime Donnie. Ne l'oublie jamais. Tu entends ? Jamais. »
« Je ne l'oublierais jamais. Je t'aime ».
ooOOOoo
« Don, ce n'est pas en guettant l'arrivée de ton frère par la fenêtre qu'il arrivera plus vite.»
« C'est ce que tu te dis quand c'est toi qui nous attends derrière cette fenêtre ? »
Don s'est amusé de l'expression choquée de son père. Celui-ci a préféré hausser les épaules et est retourné en grognant dans la cuisine finir de préparer le dîner.
Don a encore attendu quelques minutes avant que la voiture d'Amita apparaisse dans l'allée. Il les a observé descendre de la voiture et s'embrasser avant de rentrer dans la maison. A peine avaient-ils franchis la porte que Don a bondi sur son frère.
« Charlie ! Tu vas bien ? »
« Don ! Tu m'as fais peur ! Tu veux me faire faire une crise cardiaque ou quoi ? »
Charlie a mis la main sur son cœur et a essayé de reprendre son souffle.
« Bonsoir Amita. Tout c'est bien passé ? »
« Bonsoir Don. Oui, tout c'est très bien passé. Charlie était un peu angoissé ce matin mais cette après-midi je ne l'avais jamais vu aussi passionné dans ses conférences.
Don a respiré un soupir de soulagement et a enroulé son bras droit autour des épaules de son frère.
« Aller, venez manger tous les deux. Charlie, tu vas tout me raconter ».
Alan ne pouvait pas se rappeler avoir eu un dîner aussi plaisant et agréable. Charlie parlait de sa journée avec enthousiasme et Don l'écoutait attentivement. Il a eu un haut le coeur en voyant son aîné réussir à couper sa viande tout seul, maladroitement, mais il avait réussi. Alan soupçonnait qu'Amita en soit la cause. Il savait que son fils était gêné lorsque lui ou son frère la lui coupait à sa place mais il serait encore plus gêné si quelqu'un d'extérieur à la famille les regardait faire. Don avait commencé la rééducation depuis une semaine seulement et déjà il avait retrouvé un peu de force. Il commençait même à ressentir des sensations dans son bras. Alan était vraiment le plus heureux des hommes. Ses deux soleils étaient détendus et riaient de leurs propres plaisanteries. Les chamailleries habituelles commençaient même à faire leur réapparition. Il avait définitivement retrouvé ses garçons.
A suivre
