Mensonges
Ce fut comme une décharge nerveuse glissant le long de ma colonne vertébrale. Un signal d'alarme silencieux. L'inquiétude d'Edward était grandissante, et plus il regardait Bella, plus il avait envie de partir du lycée pour venir s'assurer que j'allais bien. Il ne lui faudrait que peu de temps pour enfin se résoudre à prendre cette décision.
J'ouvris les yeux aussitôt. Jacob était toujours allongé à côté de moi, dormant paisiblement. Il était encore resté toute la journée, non pas que cela me déplaise, mais j'espérais de tout cœur que cela n'allait pas lui causer plus de problèmes. Il avait beau être devenu un être à part, je doutais fort que son père et la meute accepte ses escapades.
Je me dégageai doucement de son étreinte. Je le réveillerais à la dernière minute. Il avait visiblement autant besoin de dormir que moi. Veiller sur une ancienne louve devenue vampire n'était pas la chose la plus reposante qui soit, j'en étais consciente. Je soupirais.
Je retirais la chemise que Jacob m'avait donné la nuit où Victoria était morte. Son odeur et la mienne ainsi mélangées ne feraient en aucun cas bon effet sur Edward, et j'avais besoin de temps pour réfléchir à ma situation actuelle. Je ne serais pas capable de répondre à toutes les questions qui allaient fuser lorsque mon secret serait dévoilé.
Je fouillais dans ma commode, et trouvai un top à manches trois quart d'un vert sombre.
---Qu'est-ce que tu fais ?
Sa voix était encore emplie de sommeil. Il était pourtant assez éveillé pour river ses yeux sur la chute de mes reins. J'enfilais rapidement mon haut sous son regard désapprobateur. Je me retournais fronçant les sourcils.
---Rien de ce que j'ai pu voir ne m'était étranger, se défendit-il.
---Lève-toi !
---Pourquoi ?
J'attrapais sa main et le forçais à sortir du lit. Ce fut une mauvaise manœuvre. Il en profita pour se saisir de ma deuxième main, les ramenant toutes les deux derrière mon dos. Si la situation n'avait pas été aussi délicate, j'aurais volontiers joué à ce petit jeu.
---Edward arrive avec Bella.
Son sourire disparut pendant une seconde. Il lâcha mes mains sans pour autant s'éloigner de moi.
---Je ferais mieux de partir.
---Jake, attends.
Ce fut à moi de le retenir.
---Tu peux rester.
Il me regarda interloqué.
---Je ne sais pas si tu es au courant, mais Edward et moi, on n'est pas trop potes, si tu vois ce que je veux dire.
---Je le sais. Je ne te demande pas de venir en bas avec moi quand ils seront là, mais tu peux rester dans ma chambre.
Je le coupais avant qu'il puisse me dire que ça ne changerait rien au problème.
---J'ai un don assez spécial. Je manipule les fragrances aussi discrètes soient-elles.
---Tu veux dire que…
---Je peux masquer ton odeur et aussi t'empêcher de ressentir celle d'Edward.
---Waouh !
J'étais plus gênée que satisfaite de l'effet produit par cette déclaration. Jacob prenait tout ce qu'il découvrait sur moi avec un aplomb déconcertant. Pourtant, cette fois-ci son attitude changea.
---Je ne sais pas, Cassie…
Les pneus de la Volvo d'Edward crissèrent dans mon allée. Les yeux de Jacob me scrutèrent encore une fois. Je lui effleurais la joue sans pour autant quitter son regard.
---Tu peux rester, vraiment. Il n'y a plus de danger.
Les premiers coups qui résonnèrent dans l'entrée ne m'aidèrent pas à le convaincre. Il semblait résigner.
---Vas-y, me souffla-t-il.
Les seconds coups m'obligèrent à le quitter. Je descendis les escaliers tendant l'oreille pour savoir si Jacob était toujours dans ma chambre. Aucun bruit ne me parvint. Je chassais mes pensées noires et me concentrais sur mes nouveaux visiteurs. J'ouvris la porte et découvris un Edward passablement inquiet.
---Tu vas bien ?
---Oui.
Bella soupira de soulagement tout comme son compagnon. Je fis mine de ne pas comprendre leur inquiétude.
---Que se passe-t-il ? demandai-je en les faisant entrer.
---Où étais-tu ?
Le ton d'Edward ne me plut pas.
---Est-ce que je suis sous surveillance ?
Visiblement mon attitude produisait le même effet sur lui. Il eut un geste d'impatience.
---Non, bien sûr que non !
---C'est de ma faute, intervint Bella.
Elle semblait si gênée d'être la cause de cette confrontation. Edward ne faisait pas ça par plaisir. Il faisait uniquement confiance à l'instinct de Bella, et je ne pouvais pas lui en vouloir. Elle avait eu raison de s'inquiéter comme lui avait eu raison de se fier à sa compagne.
---Quand tu es partie de chez moi, tu étais si nerveuse. Et tu n'es pas venue au lycée aujourd'hui, alors j'ai pensé que peut-être…
Je soupirais.
---Bella, ce n'est pas ta faute. J'ai vu que tu étais inquiète hier soir. J'aurais dû donner de mes nouvelles. C'est juste que je n'étais pas en état. Je suis désolée.
---Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?
La question d'Edward m'ébranla. A la seconde où il avait prononcé ces mots, je sus qu'il parlait de la meute. Mon interrogation ne lui échappa pas.
---C'est très subtil, je dois l'avouer. Si je n'étais pas autant sur les nerfs, je n'aurais sûrement pas fais attention à cette odeur de musc.
Ma mâchoire se crispa légèrement. Un mouvement imperceptible. J'avais été trop négligente. J'aurais dû prendre plus de précaution et couvrir l'odeur de Jacob dans toute la maison.
---Mais si tu essayais de nous cacher une information de la sorte, c'était stupide.
---Ce n'est pas ce que tu crois, Edward.
Ce fut à moi d'avoir un mouvement d'impatience.
---J'ai été obligée de me rendre en forêt.
---Seule ?
---Edward ! Réfléchis un peu ! Je vous connais depuis à peine quelques jours, et j'aurais dû vous demander de m'accompagner pour…
Ma colère me rendait trop bavarde. Il fallait que je retrouve mon calme pour arranger la situation.
---Carlisle m'a dit qu'il vous était interdit d'aller sur le territoire des Quileutes… et je lui avais promis de suivre cette interdiction.
---Tu as dû avoir une bonne raison.
Son ton était devenu plus calme. La franchise dont je faisais preuve et me savoir toujours en vie devaient y jouer pour beaucoup, mais je n'étais pas prête à mettre toutes mes cartes sur table. Certains de mes secrets devaient encore le rester. Il me fallait une échappatoire. Soudain, une information me revint en mémoire. Embri avait dit que j'avais sauvé Bella. Ce pouvait-il que Victoria… En une fraction de seconde ma porte de sortie se présenta. James avait été le compagnon de Victoria. Il avait eu la mauvaise idée de s'en prendre à Bella, et les frères Cullen ne lui avaient pas laissé une seule chance lorsqu'ils avaient découvert ce que la compagne d'Edward avait subi par sa faute. En apprenant la nouvelle, Victoria avait décidé de se venger.
---Victoria.
A l'annonce de ce nom, Bella se crispa. Edward trembla de rage.
---Elle s'en est prise à l'un des loups de la meute. C'est ce que j'ai senti lorsque j'ai raccompagné Bella. Je n'ai pas réfléchi aux conséquences de mes actes.
---Tu l'as tuée ?
---Oui.
Bella s'effondra sur une chaise.
---Bella ?
Edward et moi nous précipitâmes vers elle. Elle était blanche comme un linge.
---Ca va, nous rassura-t-elle. C'est juste que… j'aie fait des cauchemars interminables sur Victoria. J'arrivais à peine à dormir de peur qu'elle s'en prenne à moi ou à Charlie.
Son soulagement était palpable. Je lui souris comprenant parfaitement.
---Merci, me souffla-t-elle.
---Tu n'as pas eu des ennuis, s'enquit Edward.
---Non, pas avec les Quileutes. Ils ne vous poseront aucun de problèmes.
---Mais… ?
« Pas devant Bella. »
Je lui soufflais ces quelques mots par la pensée. Nos regards ne se croisèrent qu'un bref instant, mais il sembla d'accord.
---Edward, s'il te plait. Cassie ne mérite pas un tel interrogatoire.
---Ne t'inquiète pas pour ça Bella ? Tu as envie de t'étendre ? Tu es vraiment pâle, tu sais.
Son rire n'était pas très convaincant. Elle hocha doucement la tête en signe d'approbation. Edward la conduisit tout de suite sur le canapé de mon salon. Un plaid était déjà posé sur l'accoudoir. Il la couvrit et vint me rejoindre. Il allait me demander des explications et je n'avais d'autre choix que de lui en donner.
---J'ai perdu le contrôle.
---Tu as blessé quelqu'un ?
---Un cerf.
Edward pouffa de soulagement.
---Tu as encore faim ?
---Non. Ça va… Je veux juste qu'elle ne l'apprenne pas.
---Bella ne t'en voudra pas.
---Je sais…
---Les Quileutes ?
---J'ai parlé à Sam, le chef de la meute. J'ai sauvé l'un des leurs, et tué la vampire qui s'était attaqué à lui. On avait des intérêts communs à voir Victoria disparaître. La seule rancœur qu'ils auront, ce sera contre moi, pour l'avoir tué avant eux.
---Très bien. Je vais devoir en parler à Carlisle.
---Dis-lui que je suis désolée de lui avoir désobéi.
---Ne t'inquiète pas. Il ne te fera aucun reproche. Tu avais de bonnes raisons.
Oui, de bonnes raisons… Pas les mêmes auxquelles Edward devait penser, mais de bonnes raisons quand même. Je m'appuyais contre mon évier. Ma vie n'était que complications. Les bras croisés sur ma poitrine, je fixais les escaliers qui conduisaient à ma chambre. Il n'était plus là haut, ce n'était pas la peine d'espérer. Bella réapparut, encore un peu chancelante. Un timide sourire sur les lèvres relevait un peu sa blancheur.
---Tu peux rester, Bella. Ça ne me dérange pas, tu sais.
---Non, tu dois être fatiguée, et puis Charlie doit m'attendre.
---Tu pourras lui dire que tu étais venue prendre de mes nouvelles.
Je réussis à la faire rire. J'avais enlevé un poids de ses épaules, mais qu'allait-il advenir lorsque mes secrets finiraient par être découverts.
