Sérieusement, tous vos commentaires m'aident vraiment à continuer cette fic ! Donc un grand merci à ceux qui laisse des reviews et à ceux qui me lisent !


Verdict

---Que se passe-t-il ?

Jake me regarda décontenancé. Pendant une fraction de seconde, il avait senti que quelque chose n'allait pas, et l'instant d'après, j'affichais un sourire charmeur en lui posant une question des plus anodines.

---Quoi ?

---Pour que tu viennes me chercher au lycée alors qu'Edward et Alice y sont, c'est que ça doit être urgent.

Jouer la carte de l'indifférence. Ne plus penser à rien. Se focaliser sur le moment présent. C'était le seul moyen pour ne pas se laisser aller.

---Euh… Oui. Sam voudrait te parler.

---A propos de mon esclandre…

---Non. On savait déjà que tu étais l'une des leurs… enfin…

---C'est pas grave Jake. C'est la vérité.

Il baissa les yeux, se montrant plus gêné qu'à l'habitude. Il arborait son air maladroit que j'aimais tant. Un frisson me parcourut.

---Il voudrait te parler des Cullen, finit-il par murmurer.

Il n'était pas à l'aise. Il aurait préféré ne pas être le messager. Il me fixa, attendant ma réponse. Mon silence n'était pas dû à une hésitation quelconque. Il fallait que Sam et moi discutions de certaines choses, j'en étais consciente. J'essayais juste de ne pas penser à Adriel, à cette nuit…

---Tu n'es pas obligée d'accepter la rencontre. Du moins pas aujourd'hui.

---C'est bon, Jake. Ça ne me dérange pas.

---D'accord.

Il m'accompagna jusqu'à la portière passager, et me laissa prendre place dans la Golf. Le plus naturellement du monde, nos mains s'effleurèrent, mais j'eus un mouvement de recul, m'éloignant aussi subtilement que possible de lui. J'espérais de tout cœur qu'il ne s'était aperçu de rien. Tout cela n'allait pas pouvoir durer éternellement et je ne voulais pas le blesser… Il prit place à côté de moi sans paraître troubler par mon attitude. Le moteur de la voiture se mit à vibrer, et nous partîmes en direction de la Push.

Je savais pertinemment que le silence que j'imposais n'allait pas plaire à Jake. J'étais la première à détester ce genre de situation lorsque je me trouvais avec lui et il le savait. J'essayais de ne pas remarquer les regards inquiets qu'il me lançait, mais cela m'était impossible. A chaque fois, mes muscles se contractaient comme si l'énervement me gagnait peu à peu. L'inquiétude de Jacob se transforma en agacement.

---Qu'est qu'il y a ?

Sa voix était contenue. Je sentais qu'il parvenait difficilement à garder son calme. Je contrôlais ma respiration avec peine pour paraître le plus décontractée possible.

---Rien, Jake.

Brusquement, la voiture se braqua. Par réflexe, mes mains se cramponnèrent au siège. Nous avions beau être d'une constitution plus robuste que la normale, son geste avait été stupide. Perplexe, je fixais Jacob. Il était furieux.

---Qu'est ce qui te prends ? hurlais-je.

---C'est plutôt à moi de poser la question !

---Quoi ?

Ses mains se crispèrent sur le volant. J'aurais dû essayer de le calmer, mais c'était hors de mes capacités. J'étais dans le même état nerveux que lui.

Ne supportant plus de le voir me fixer avec autant de colère, je sortis de la voiture. Une seconde plus tard, la porte du conducteur claquait violemment. Jake était derrière moi.

---Dis moi ce qu'il se passe !

---Non !

Ma voix trembla. J'étais terrifiée. Croyant que sa colère en était la cause, il se radoucit et voulut me toucher. Ce fut encore pire. J'écartais son bras avant même qu'il ne me touche.

---Ne me touche pas !

La colère de Jake venait de s'envoler. Il me regardait avec une inquiétude qui renforça mon énervement. Je ne voulais pas le voir souffrir. Je ne voulais pas que tout ça resurgisse. J'avais pris soin de ne pas en parler à Alice et Bella, ce matin-là. Je voulais oublier ça. Plus que tout au monde. Mais qui pourrait comprendre l'abjection totale que j'avais pour cet unique souvenir, alors que j'avais traversé tant d'épreuves douloureuses. Qui comprendrait que ce souvenir-là était un fardeau dont je ne supportais plus le poids ?

---Cassie, tu me fais peur…

Pourquoi avait-il fallu reparler d'Adriel aujourd'hui ? Pourquoi le comportement de mes amis m'avait fait sentir si coupable ? Ce n'était pas ma faute ! Jamais je n'avais voulu ça !

Jacob voulut se rapprocher, tenter de me calmer. Le toucher, le regarder, sentir sa présence… tout cela faisait ressortir ce que je voulais cacher. C'était trop dur.

---S'il te plait… Recule…

---Tu sais très bien que je ne peux pas, me murmura-t-il.

Il fit encore un pas de plus. Je me tenais la tête entre les mains, ne cachant même plus les pleurs qui encore une fois me brûlaient de l'intérieur.

---Je ne veux pas me souvenir…

---De quoi est-ce que tu parles ?

---A chaque fois que je te touche, les souvenirs reviennent… C'est trop dur. Je t'aime à en mourir, mais je ne supporte plus cette souffrance. Et tu lui ressembles tellement…

Mes mots le blessaient. Mais il n'allait pas renoncer. Tendrement, il m'enlaça, me protégeant de son immense silhouette. Mes pleurs redoublèrent.

---Je lui ai menti… Il est mort alors que je lui mentais…

Jake resserra son étreinte. Je ne pouvais arrêter le flot de mes paroles, tant pis si cela devait nous amener à nous séparer.

---Le coup que j'ai reçu à l'estomac lors de l'attaque… c'était bien plus grave que ça…

---Calme-toi. Reprend ton souffle.

Mes poings se resserrèrent contre lui. Il fallait que je lui dise.

---J'étais enceinte… J'attendais un enfant quand ils ont commencé à frapper notre village ! Le vampire qui m'a attaquée, ne m'a pas seulement frappée, il m'a transpercé de part en part…

---Tu as perdu l'enfant…

L'horreur se lisait dans sa voix.

---Je n'ai pas pu le dire à Adriel… lorsque je l'ai découvert agonisant, son premier réflexe fut de toucher mon ventre pour s'assurer que son fils allait bien. Il n'a pas senti le sang s'écouler de ma plaie… il n'en était plus capable. Il m'a demandée si nous allions bien et je n'ai pas pu lui dire la vérité. Il est mort en pensant que nous étions sains et saufs.

---Tu voulais simplement qu'il parte en paix…

---Tu ne comprends pas… je n'ai pas pu le protéger. Je n'ai pas pu protéger l'homme que j'aimais et mon propre enfant !

---Cassandra, ce n'est pas de ta faute.

---C'est bien ça le problème. Je n'ai pas pu les protéger alors qui me dit que je pourrais te protéger toi !

Le fond du problème résidait dans cette simple constatation. Ce que je ne supporterais pas, ce serait de refaire les mêmes erreurs, encore une fois. Je ne pourrais pas. J'avais pris conscience de tout cela. Si j'avais voulu être seule durant toutes ces années, c'était pour oublier cette peur atroce qui s'empare de vous avec une cruauté immense. J'étais terrifiée à l'idée de perdre d'autres personnes que j'aimais. C'était pour cela que ce souvenir me faisait tant souffrir. Il me rappelait combien j'étais faible.

Nous restâmes l'un contre l'autre durant plus d'une heure. Rien n'aurait pu faire disparaître cette peur. Mais en sentant le cœur de Jacob battre si fort dans sa poitrine, je compris qu'il était inutile de vouloir se cacher derrière la solitude.

---Dis, tu ne vas pas attraper froid sous cette pluie ?

Je ne pus m'empêcher de rire doucement. Non, je n'allais pas tomber malade… Je ne le pouvais plus.

---Je suis désolée.

---Ne le sois pas. Si tu as besoin de te confier, je suis là. Ne garde pas tout ça pour toi, même si je dois en souffrir, c'est encore pire de te voir dans cet état.

---Promis.

Je lui fis le signe des scouts, ce qui le rassura et lui fit en même temps échapper un large sourire. Il essuya les dernières larmes qui courraient sur mes joues avec son pouce, puis m'embrassa sur le front.

---Je suis du genre torturée…

---Oui, c'est vrai, mais tu perdrais tout ton charme sans ça.

Il passa son bras autour de ma taille et me ramena à la voiture. Ma tête se reposa sur son épaule.

---On peut toujours reporter la réunion, tu sais.

---Ca va, Jake. La crise est passée.

Il n'était pas si convaincu que cela, mais il m'ouvrit tout de même la portière de la voiture. Je m'y glissais, échappant ainsi à la pluie qui continuait de tomber avec force. Jacob chercha une serviette sur les sièges arrières et me la tendit. Ce n'était pas vraiment nécessaire, je ne risquais pas de tomber malade, mais j'appréciais le geste.

La Push n'était qu'à quelques minutes du lieu où nous nous étions arrêtés. Mais Jake ne me conduisit pas chez son père cette fois-ci. Je reconnus rapidement le chemin menant à la maison de Sam et d'Emily.

---Sam est seul ? m'inquiétais-je. Vous n'êtes pas tous conviés à cette réunion ?

---Euh… non. Sam a préféré te voir en petit comité.

---Est-ce que je dois y voir quelque chose de personnel ou pas ?

---Non ! Il a juste pensé que tu serais plus à l'aise.

Je regardais Jake avec une pointe de curiosité. Il comprit que je le taquinais, et sortit de la voiture en marmonnant quelques mots que je ne pus déchiffrer.

A l'intérieur, Emily s'afférait autour de viennoiseries sortant à peine du four. Elle nous gratifia d'un sourire sincère, et nous invita à nous asseoir. Sam apparut au même instant. Il nous salua, et vint nous rejoindre à la table après avoir embrassé Emily.

Il soupira.

---Tu n'as pas eu d'ennuis avec les Cullen ?

---Non, Sam, tout va bien.

---Très bien.

Il passa une main dans ses cheveux courts, essayant de retrouver ses idées.

---Sam, tu peux en venir au fait. Tu n'as pas besoin de prendre des gants avec moi.

Il me sourit d'un air gêné et commença.

---Je ne vais pas te cacher que l'intrusion de vampires sur notre territoire n'est pas la meilleure chose qui ait été faite pour améliorer nos relations.

---C'est en grande partie de ma faute, Sam.

---Oui, je le sais. Non pas que je t'en veuille, je comprends parfaitement que tu aies voulu garder un tel secret, mais les choses se sont compliquées. Mon opinion et celle des garçons ont beaucoup de poids au conseil, mais un grand nombre de Quileutes n'ont pas accepté la violation de notre territoire.

---Vous voulez les chasser de Forks ?

L'angoisse me gagnait.

---Non. Nous savons pertinemment que si nous le demandons à Carlisle, il quittera la ville avec les siens. Je suis sûr qu'il a compris dans quelle situation ses « enfants » l'avaient mis. Mais ça ne résoudra pas notre problème.

---Quel problème ?

---Ils resteront des vampires, même à des milliers de kilomètres d'ici.

---Excuse-moi, Sam, mais j'ai du mal à voir où tu veux en venir.

---S'ils restent à Forks, nous pouvons garder un œil sur eux…

---Et je pourrais aussi rester par la même occasion.

---Je n'avais pas vu ça sous cet angle, mais oui.

Nous rîmes tous les trois à sa remarque.

---Je suppose quand même qu'il y a un mais à tout ça.

---Plus aucun écart, Cassie. Quelque qu'il soit. A la moindre incartade, ce ne sera pas un simple bannissement de Forks qu'ils devront redouter.

---Vous leur déclarerez la guerre…

---Nous y sommes contraints, Cassie. Imagine ce qu'il se serait passé si tu n'étais pas intervenu avec Jake, ce jour-là. Qui aurait pu les calmer ? Qui aurait pu empêcher le combat ?

Je baissai les yeux. Je savais que Sam avait raison, mais la décision prise par le conseil ne me plaisait pas. Il y avait tellement de chose à prendre en compte, et ils se bornaient à ne voir que l'intrusion sur leur territoire.

---Très bien, soufflai-je. J'en informerais Carlisle.

---Tu ne cherches pas à plaider leur cause ?

---Sam. Je connais la façon de penser des hommes du conseil. Ils me tolèrent, c'est déjà beaucoup, mais jamais ils ne changeront d'avis sur une telle décision.

Mon ton avait été plus ferme que je l'aurais souhaité. J'étais irritée par ce que venait de m'apprendre Sam, mais qui aurait pu changer cela ? Personne. Autant prendre ce qu'on nous offrait sans rechigner. Le verdict aurait pu être beaucoup moins clément, j'en étais consciente.

Nous ne restâmes guère plus longtemps malgré l'invitation d'Emily à rester dîner avec eux. Je n'étais pas vraiment d'humeur à avoir une discussion enjouée.

---Tu lui en veux ? me questionna Jake sur le chemin du retour.

---Non. J'aurais juste aimé que cela ne prenne pas de telles proportions. J'espère juste de tout cœur que rien ne viendra perturber cette paix si fragile… Jake ?

---Oui.

---Je suis désolée de te mêler à tout ça. Tu n'as pas la meilleure place dans toute cette histoire.

---Ne t'inquiètes pas pour moi. Je survivrais à tout ça !

Je n'avais pas envie de rire. Au creux de mon estomac, cette peur qui me répugnait tant me rappela sa présence. Et elle avait raison de gronder…