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Sensations

Mes ongles frappaient mon bureau avec un rythme effréné. Je ne m'aperçus de ce geste que lorsque M. Loonis posa sa main sur la mienne m'empêchant de continuer. S'il fut surpris par mon contact glacial, je le fus tout autant de sa présence auprès de moi. Nos regards se croisèrent. Malgré l'irritation qu'il put lire dans mes yeux, il me sourit simplement, me montrant qu'il ne voulait qu'une seule chose : pouvoir continuer son cours sans gêne.

---Désolée.

Sur le tableau, en majuscules blanches, le titre de la leçon du jour me narguait. « La guerre, ses raisons et ses conséquences ». Lorsque j'étais entré dans la salle, j'avais d'abord cru à une mauvaise plaisanterie, mais je devais me rendre à l'évidence. Le monde entier ne tournait pas autour de notre existence. Et de toute façon qui aurait pu savoir dans quelle situation nous nous trouvions tous.

Je ruminais ainsi depuis près de 27 minutes. J'avais cessé d'écouter M. Loonis au bout des premières cinq minutes. Des images défilaient devant mes yeux grands ouverts. Mon imagination s'était alliée à la peur sourde qui me hantait depuis hier. Des crocs, du sang, des cris. J'arrivais à garder un calme impérial pourtant ma nervosité n'avait trompé personne. Je pouvais sentir les regards d'Edward et Bella, derrière moi. Ils s'inquiétaient, je le savais bien. J'en détestais encore plus ma position. J'allais de nouveau être l'oiseau de mauvais augure, mais à quoi bon se leurrer… il allait bien falloir mettre toute la famille au courant de la menace qui pesait sur eux.

A la sonnerie, je fus la première à sortir. J'étais tellement préoccupée que je ne sentis pas la présence d'Alice à mes côtés. J'étais complètement à côté de mes pompes.

---Cassie ?

Au son de sa voix, je sursautais. Elle me regarda curieusement. Je n'aurais pas dû me comporter de façon aussi humaine. J'aurais dû la sentir approcher. Et ce détail ne lui échappa aucunement.

---Ok, très bien ! Quoique ce soit, je ferais tout pour te sortir les vers du nez, alors tu as intérêt à nous dire ce qui ne va pas.

J'aurais pu rire dans d'autres circonstances. Mais la détermination d'Alice et mon inquiétude n'avaient rien de drôles. Pendant une fraction de seconde, je vis son visage déchiqueté par des griffes acérées, le sang souillant son délicat visage. J'avais vu la guerre, je l'avais même vécue. Je savais pertinemment ce que représentait tout cela. Les carnages, les meurtres, la folie. Et à l'époque, ce n'était que des hommes contre des hommes, pas des créatures mythiques dotées de pouvoirs effrayants se déchirant pour sauver leur peuple respectif. Sam m'avait demandé purement et simplement de contrôler l'incontrôlable. Nous étions des bêtes sauvages. Même moi, j'étais incapable de garder le contrôle sur mes instincts. Un jour ou l'autre, l'un d'entre nous commettrait une erreur, c'était inévitable.

---Il faut que je vous parle. A toute la famille, Bella y compris.

Alice se détendit quelque peu. Elle avait déjà dû penser aux méthodes qu'elle aurait pu utiliser pour me faire parler, et la connaissant, j'aurais de toute façon fini par cracher le morceau.

Edward n'avait pas perdu de temps. Les cours n'étaient même pas finis que nous nous retrouvâmes dans la demeure des Cullen. Nous étions tous les huit assis autour de la longue table en laqué blanc du salon, attendant que Carlisle nous rejoigne. Il n'avait pas pu se rendre chez lui dès le coup de fil de son fils. L'hôpital avait besoin de lui pour une affaire urgente, mais il avait promis de faire aussi vite que possible. J'espérais de tout cœur qu'il tienne sa promesse car la tension qui régnait dans la pièce ne me plaisait guère. J'avais envie de cracher le morceau sans plus attendre. Cela aurait pu détendre tout le monde… enfin, dans un certain sens.

Entendre la porte d'entrée claquer me fit lâcher un soupir de soulagement. En nous découvrant ainsi attablés, je crus apercevoir un sourire sur les lèvres de Carlisle, mais cela ne dura pas. Malgré le fait que nous donnions l'image d'une réunion mafieuse, il compris rapidement que l'inquiétude qui nous hantait tous n'était pas amène à la plaisanterie. Il vint nous rejoindre, et tout en me saluant, m'invita à commencer.

---Je ne sais pas si vous allez apprécier ce que j'ai à dire, mais je ne peux pas le garder plus longtemps pour moi.

Je pris une grande inspiration. J'avais cette désagréable sensation d'être une souris entourée de lions affamés. C'était certes stupide, mais le regard glacial de Rosalie n'aidait pas mon imagination à se calmer.

---Les Quileutes se sont réunis après la…

Choisir le mot qui convenait n'était pas vraiment facile. J'avais tout de suite pensé à altercation, mais c'était beaucoup trop sujet à discussion. J'optais donc pour autre chose.

---…dernière rencontre avec la meute. Malgré ma plaidoirie et la compréhension de Sam vis à vis des causes de cet événement, ces vieux fous n'ont pas vu au-delà du conflit qui aurait pu naître.

---Ils veulent nous bannir de Forks ?

La question de Carlisle n'était pas teintée d'amertume ou de colère. J'avais l'impression qu'il s'était déjà préparé depuis longtemps à cette option.

---Non. En fait, ils préfèrent vous savoir à une distance qui leur permet encore de vous surveiller.

---En v'la une bonne !

---Emmett !

---Quoi ? Ils veulent pas non plus nous tenir en laisse ! C'est eux les chiens, pas nous !

Mes poings se crispèrent. Je savais très bien qu'Emmett ne pensait pas ce qu'il venait de dire. Il était tout simplement sur le coup de la colère, mais au fond de moi, ces quelques mots me firent mal. Rosalie avait posé sa main sur celle de son compagnon pour le calmer, mais il s'était déjà rendu compte de lui-même qu'il m'avait blessé.

---Je suis désolé, Cassie.

---C'est rien…

Le silence s'atténua, me rendant encore plus nerveuse que je l'étais déjà. J'appréhendais de plus en plus les mots que j'allais devoir prononcer par la suite.

---Cassandra ? Peux-tu continuer, s'il te plait ?

La voix de Carlisle était toujours aussi douce et posée. Il semblait jouer le rôle du médiateur, comme si tout cela n'était qu'une joute verbale. Moi contre tous les autres. Ce n'était pourtant pas ce que je voulais. Je désirais juste qu'ils sachent…

---Vous pouvez quitter Forks quand bon vous semblera. Ne pensez surtout pas qu'ils vous ordonnent de rester ici. Ce n'est pas ce qu'ils veulent. De leur point de vue, c'est une seconde chance…

J'hésitais quelque peu à continuer. Je fixais Emmett sans que lui n'ose me lancer un regard. Il était toujours en proie à la gêne qu'avait causé les propos qu'il avait eus.

---Ils désirent juste protéger leur peuple, mais ils ne vous empêcheront pas de partir si c'est ce que vous désirez.

---Et si nous restons ?

La question d'Esmée m'emmena au problème suivant. Elle semblait savoir quelle allait être ma réponse. Je pouvais lire dans ses yeux une crainte que je ne connaissais que trop bien.

---Plus aucun faux pas. Si quelque chose arrive à Forks, ce sera une guerre ouverte…

Tous fermèrent les yeux, prenant l'ampleur de ma réponse. J'aurais tellement aimé que les choses se passent différemment.

Après quelques minutes de silence, Carlisle reprit la parole.

---Tu n'auras pas d'ennuis ?

---Pardon ?

---Est-ce que nous divulguer ces informations t'apportera des ennuis ?

---Non, Carlisle ! Et même si cela avait été le cas, je ne vois pas pourquoi vous ne devriez pas être au courant. Les Quileutes ne cherchent pas la guerre, ils souhaitent juste la paix pour les leurs.

---Je comprends parfaitement, rassure-toi.

Il regarda les siens, pensif. Puis, s'attardant sur Bella, il continua.

---Nous avions de toute façon prévu de partir dans très peu de temps. Certaines choses vont nous empêcher de rester ici.

Bien sûr. Bella. Elle désirait devenir l'une des nôtres. Rester auprès d'Edward même en sachant les sacrifices que cela comportait. Et pour cela, ils leur fallaient rompre le pacte en toute connaissance de causes. La vie avait toujours été injuste, n'est-ce pas ?

---Pour quand est-ce prévu ?

Carlisle me scruta. Il devait se demander si cette information pouvait m'être transmise. Oui, j'étais après tout la compagne d'un loup…

---Vous n'êtes pas obligé de répondre. Je comprendrais que vous voudriez garder cette information…

---Peu de temps après la remise des diplômes de ces jeunes gens, me coupa le patriarche des Cullen.

Je fus quelque peu surprise, ce qu'il remarqua inévitablement.

---Pour répondre à la question qui était sous-entendue : nous te faisons toujours confiance. Quant à pourquoi après la remise des diplômes, eh bien tout simplement parce qu'une fois les enfants à l'université, les choses seront plus faciles.

Bella pourrait devenir une vampire sans alerter ses parents. Elle n'aurait plus besoin de se justifier, elle ne serait plus un danger potentiel pour son père. Oui, je comprenais parfaitement.

---D'ici là, reprit-il, il semblerait que nous soyons tenu de garder profil bas.

Il regarda sa montre. Une moue réprobatrice déforma son tendre sourire.

---Je dois vous laisser. Je n'ai pu obtenir que peu de temps. Cassandra ! Merci de nous avoir informé de la situation. Et ne t'inquiète pas d'avantage. Tout se passera bien.

Je ne lui rendis qu'un bref sourire. Il repartait déjà vers la porte d'entrée. Je ne pus détacher mon regard de l'endroit où il avait disparu. J'avais espéré voir un des poids qui me comprimaient la poitrine s'envoler, mais malgré ma confession et les paroles de Carlisle, rien n'y faisait.

---Cassie ?

Je relevais la tête vers Bella. Elle me souriait chaleureusement.

---Tu peux rester un peu ?

---Oui, bien sûr.

Derrière elle, Alice me fit un clin d'œil complice. Docilement, je suivis les deux couples jusqu'à la chambre d'Edward. J'entendis Rosalie et Emmett sortirent. Je ne savais pas quoi penser de tout cela. M'en voulait-il vraiment ? Ou était-ce simplement une gêne qu'il ne supportait pas ? Une main se glissa dans la mienne comme pour me sortir de mes pensées. Je fus étonnée de voir Jasper se tenir à mes côtés.

« Il est simplement parti se calmer. Il est du genre impulsif, mais ne te mets pas dans la tête qu'il te déteste. Ce n'est absolument pas le cas. »

Venant de lui, ces paroles eurent plus d'impact sur moi. Je pus enfin sourire sincèrement ce qui visiblement lui fit plaisir.

Edward entraîna Bella sur le canapé de la chambre, tandis qu'Alice et Jasper occupèrent les larges coussins qui couvraient le parquet. Je vins m'adosser au canapé faisant face à l'incroyable bibliothèque musicale de notre hôte.

---Tu as eu de meilleurs jours, hein ?

Je soupirai.

---Ce n'est pas grave, Edward. On s'y fait, tu sais !

Mon humour eut au moins le mérite de faire rire tout le monde. Ils semblaient tous prendre la chose avec beaucoup de légèreté. Je ne savais pas trop comment prendre ça. Etait-ce pour me remonter le moral ? Ou bien, ne mesuraient-ils pas vraiment l'ampleur de la situation ?

---Carlisle a raison, continua Jasper. Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça. Ce n'est pas comme si on avait été en bon terme avec eux.

---Et puis, c'est Edward qui a commencé !

---Eh !

---Ben quoi, renchérit Alice. Je veux pas paraître mesquine, mais c'est la stricte vérité. C'est toi qui as commencé à titiller Jacob. Oh… J'ai vraiment dit ça à haute voix ? Jasper ?

---Je crains que oui.

---Désolée.

Il était vrai que sur les cinq personnes présentes dans cette salle, trois étaient plutôt assez proche de Jake. Mais Alice eut une mimique si amusante en s'apercevant de son erreur qu'aucun de nous trois ne souleva sa remarque.

---J'essayerais de minimiser les choses quand vous déciderez de partir. C'est la moindre des choses que je puisse faire.

---Ne t'inquiètes Cassie. On connaît les risques de tout cela. On s'y est déjà préparé.

---C'est à moi de me sentir mal maintenant, souffla Bella.

Je glissais ma main sur sa jambe, lui signifiant qu'elle n'avait pas à se torturer l'esprit.

---On ne choisit pas celui qu'on aime, et je suis bien placée pour te le dire.

En disant cela, je remarquais qu'après tout, Bella et moi n'étions pas si différentes l'une de l'autre. Nos sentiments pouvaient déclencher à tout moment une guerre que nous ne souhaitions pas. Et pourtant, nous n'étions aucunement prête à abandonner l'homme que nous aimions. L'amour rendait égoïste… mais au-delà de ça, nous étions capables des pires sacrifices.

---Bella ?

---Oui.

---Ca ne t'effraie pas ?

Je n'aurais peut-être pas dû lui poser la question alors que nous étions si nombreux, mais cela ne sembla pas la gêner. Au son de sa voix, je compris rapidement qu'elle était déterminée dans ses choix.

---Pour être franche, depuis ton arrivée, beaucoup moins. Je me suis rendue compte que je n'allais pas perdre autant de choses que je le croyais. Je sais que le sang de loup-garou qui coule dans tes veines te rend plus humaine, mais j'aime à croire que ça ne fait pas tout. Et puis, maintenant, je sais que Jake ne sera plus seul. Je tiens à noter que mes propos risquent de me coûter beaucoup, mais c'est dit !

Elle lança un regard complice à Edward. Nos rires et la franchise de sa bien aimée le rendirent peut-être plus apte à comprendre que Bella avait encore de l'affection pour Jake, mais en le regardant pincer doucement la joue de Bella, je vis qu'il en était tout autre. Au fond de lui, Edward ne pouvait s'empêcher d'être reconnaissant envers l'homme qui m'aimait. Il avait sauvé Bella, il la lui avait rendu. Et malgré la jalousie qui le hantait, il était sûr des sentiments de la jeune femme à son égard, comme il savait qu'elle ne pouvait pas oublier son ami Quileute.

Notre conversation continua sur ce ton de légèreté. Je ne savais plus vraiment qui racontait les derniers exploits de Bella à lutter contre l'apesanteur. Seuls les rires me parvenaient en fond sonore. Sans que j'y prête réellement attention, mon regard s'était fixé sur le velux qui nous surplombait. Les nuages étaient plus clairs qu'à l'ordinaire. Ils avaient quelque chose d'hypnotisant, tout comme les murmures que je percevais. Je sentis mon corps se détendre. J'aurais dû trouver cela plaisant, mais petit à petit, j'eus comme des vertiges, la sensation que mon corps répondait à peine à ce que je désirais. Je voulus ramener mon regard sur mes amis. Tout m'apparut au ralenti. Je ne percevais plus le son si plaisant de leurs rires, juste ma respiration et ces murmures incessants. Mais ils ne venaient pas d'eux. Tout était couvert par un voile, m'empêchant de distinguer correctement ce que je voulais. J'avais déjà ressenti cela… oui… il y avait plusieurs mois de cela.

---Edward ? Alice ?

L'affolement de Bella me parvint comme un son strident et déformé.

---Cassie ? Qu'est-ce qui se passe ?

Prise de panique, la jeune femme me retint juste avant que je ne tombe au sol. Son contact fut comme une décharge électrique. Les yeux grands ouverts, j'essayais de reprendre ma respiration.

---Cassie, réponds-moi !

---Ca va, haletai-je.

---Qu'est-ce que c'était ?

La voix de Jasper était aussi anxieuse que celle de Bella. En me relevant doucement, je vis qu'Edward se tenait la tête et qu'Alice était recroquevillée dans les bras de son compagnon.

---Ce n'est pas normal, soufflai-je. Ça ne met jamais arrivé. C'était comme une conversation lointaine mais jamais je n'ai ressenti ça.

---Elle ne devait pas être si lointaine que ça, murmura Edward. Je les ai entendus. Ces murmures… Mon pouvoir ne me permet pas encore d'entendre des conversations comme celles-ci.

---Et je n'ai jamais eu de visions où rien ne m'apparaissait.

Nous nous regardions tous les cinq, apeurés, ne comprenant pas ce qu'il venait de nous arriver. Mais malheureusement, nous n'avions pas le temps de chercher des réponses à tout cela.

---Bella… ton père… il faut que je te ramène…

Je secouai la tête, essayant de remettre mes idées en ordre. Les sensations désagréables se dissipaient peu à peu, mais le malaise restait toujours.

---Parlez-en à Carlisle. Ce n'est peut-être rien, mais autant en être sûr.

Jasper me fit signe qu'il ne manquerait pas de le faire. Bella ne voulait pas quitter Edward, mais celui-ci l'enjoigna de me suivre, prétextant qu'il allait bien.

Sur le trajet de retour, Bella n'osa pas me questionner. Elle paraissait assez choquée par les événements ce que je comprenais aisément. Nous voir tous les trois défaillir sans prévenir, surtout sachant que notre constitution était loin d'envier n'importe quel grand sportif, pouvait facilement vous apeurer.

Tout en gardant le regard fixé sur la route, je posais ma main droite sur la jambe de Bella. Elle sursauta.

---Eh. Est-ce que tu veux que je m'arrête ?

---Non. Merci, Cassie. Ça va.

Je soupirai.

---Je sais que ça ne va pas forcément te convaincre, mais on est sujet au stress comme n'importe quel être humain. Avec les derniers événements, peut-être que notre subconscient à voulu nous rappeler à l'ordre. Tu sais, qu'on devrait lever le pied.

Je réussis à lui faire esquisser un léger sourire.

---Vous m'avez flanqué la trouille tous les trois, lâcha-t-elle enfin.

---Je te rassure, j'ai moi aussi eu peur.

Nos rires n'étaient guère convaincants, mais ils avaient au moins un peu détendu l'atmosphère.

---Tu crois vraiment que c'est le stress ?

---Pour être franche, je n'en sais rien. Mais ce dont je suis sûre, c'est qu'il ne sert à rien de s'inquiéter alors que nous ne sommes certains de rien. Attendons de voir ce que Carlisle pourra nous dire…

---D'accord…