Bon pour être très originale, encore un grand merci à mes lecteurs et mes reviewers ! Un petit chapitre qui n'apporte pas forcément grand chose au grand mystère du chapitre 13, mais je l'aime beaucoup quand même ! Le prochain chapitre donnera plus de suspens !!


Incident

Une semaine s'était écoulée. Aucun de nous trois n'avaient eu à subir une nouvelle fois les impressions désagréables qui nous avaient tous secoués. Carlisle n'avait pas pu donner d'explications satisfaisantes à Bella ce qui, bien sûr, n'avait pas arrangé l'inquiétude qui rongeait la jeune femme. On ne pouvait pas lui en vouloir. Nous n'étions pas dupes. Rien de ce que nous avions vécu n'était une coïncidence. Quelque chose se tramait. Cependant, ni Alice, ni Edward, ni moi ne nous préoccupions de cela. C'était puéril, irresponsable et stupide. Peut-être même arrogant. Mais à ce moment-là, rien n'aurait pu nous faire entrevoir ce qui allait suivre…

Mercredi matin. A la base, un jour comme les autres. Nous nous étions retrouvés tous les cinq au lycée, prêts à affronter une nouvelle journée tout à fait ordinaire. Mais visiblement, la banderole qui surplombait le hall d'entrée nous réservait une toute autre surprise.

---Oh, c'est pas vrai, lâchai-je. Qui a eu l'info pour ça ?

Je fixais d'un regard réprobateur la bannière aux couleurs criardes. Bella s'était raidie, Alice restait la bouffe à demi-ouverte, et les garçons avaient une expression entre la désapprobation et le dégoût.

---Comment on a pu passer à côté de ça ? finit par réussir à articuler Bella. C'est le pire truc qui pouvait arriver et… on n'a pas été mis au courant.

Notre réaction pouvait paraître assez étrange, surtout vu les derniers événements. Nous agissions comme de parfaits adolescents, mais il y avait plus que ça. Si Bella craignait plus que tout les activités sportives, nous, nous les évitions. C'était la matière que nous séchions sans vergogne et pour de très bonnes raisons. A la moindre baisse de vigilance, tout contact avec un être humain serrait catastrophique. Contrôler nos forces et nos instincts alors que la frénésie nous entourait avait son lot de risques. En clair, aucun de nous ne souhaitait participer à cette compétition inter lycée. Malheureusement pour nous, nous apprîmes très rapidement que rester plantés, béas, dans le hall principal n'était pas la meilleure façon pour éviter ces pseudos épreuves sportives.

Par des circonstances assez obscures, nous fûmes embringués dans l'équipes de softball de notre lycée. Autant dire qu'aucun de nous n'était enchanté, Bella la première. Affalés sur les gradins, nous contemplions notre adorable amie qui tremblait à l'idée que son nom soit appeler pour se rendre sur le terrain.

Je détestais cette ambiance. Le mélange des odeurs corporelles, des eaux de toilettes, du parfum des crèmes de beauté, de nourriture qui s'accumulaient autour de nous me rendait nauséeuse. Je ne pouvais pas gérer tout ce qui m'entourait, ni même éviter que toutes ces fragrances m'assaillent sans vergogne. C'était comme se retrouver dans une parfumerie et essayer de se trouver une nouvelle eau de cologne. Au bout de cinq minutes d'essayage, vous ne pouviez plus rien distinguer correctement et vous commenciez déjà à avoir un mal de tête prenant. Pour moi, c'était encore pire. Si de loin, j'avais l'attitude d'une élève à l'allure « cool », il en était tout autre. Je n'étais pas allongée sur les genoux d'Alice pour défier cette mascarade d'esprit sportif, mais parce que j'étais réellement malade.

---Tu peux te faire porter pâle, tu sais, me souffla Edward.

---Bella serait capable de me tuer…

Il me gratifia d'un large sourire. Il était le mieux placé pour connaître l'aversion de Bella pour les sports en tout genre. La jeune femme était dotée d'une incroyable maladresse ainsi que de deux pieds gauches. Voir l'un de nous se défiler alors qu'elle était sur le point de craquer aurait sans aucun doute déclencher sa fureur !

---Non, mais qu'est-ce qu'ils attendent ? Ils veulent me rendre dingue !

Bella venait de remonter les gradins en notre direction, assez remontée. L'attente lui tapait sur le système, et c'était assez compréhensible.

---Vous croyez qu'ils vont oser m'appeler ? Sans me vanter, j'ai une assez mauvaise réputation sur un terrain, et le but, c'est de gagner, non !

Ses mains s'agitaient nerveusement autour d'elle, mais me voir mal en point lui fit oublier ce qui la torturait.

---Cass ? Tu vas bien ?

---Oui, ne t'inquiète pas.

---Tu es plus blanche que d'habitude.

---C'est l'inconvénient de se nourrir plus régulièrement. Je suis plus sensible à mon environnement, et vous êtes très nombreux aujourd'hui.

Sa moue me fit comprendre qu'elle imaginait très bien ce que je ressentais.

---Tu le regrettes ?

---Quoi ? De me nourrir correctement ?

---Oui.

---Bella, il n'y aura pas de compétitions sportives inter lycée tous les jours… Bella ? Rassure-moi. Il n'y en aura pas tous les jours ?

Voyant mon air amusé, elle retrouva le sourire. Elle s'affala sur l'un des bancs, mettant sa tête entre ses mains. En la regardant, je m'aperçus que tout ceci était ridicule. Bella aurait dû se sentir plus en sécurité avec ses semblables malgré sa peur tangible pour les activités physiques. Elle n'aurait pas dû chercher un tant soit peu de réconfort auprès de nous. Jake avait raison dans le fond. Notre existence même la mettait en danger à chaque minute.

« … regardez… au final… petit… »

Je secouai légèrement la tête. Les pensées que je venais de capter étaient semblables à des parasites. Comme un moustique qui vous agace et que vous n'arrivez pas à tuer. Elles bourdonnaient sans que je puisse réellement les comprendre. Ce n'était que des bribes de phrases dont certains mots me parvenaient en hurlant.

« … regardez-le… au final… ce n'est… petit… »

J'essayais de me focaliser sur cette voix. Les autres n'arrivaient déjà plus à me parvenir. C'était comme si ces pensées là avaient pris le dessus sans que je sache pourquoi. Pourtant, j'avais du mal à me concentrer dessus. Mais pourquoi ?

« Regardez-le ce type… »

Je ne vis que trop tard ce qui allait se produire sous nos yeux. Me relevant précipitamment, je ne pus que distinguer la silhouette musculeuse se précipiter à travers la foule. La colère. Comment n'avais-je pas compris que tout ceci était dû à la colère ?

---Alice, éloignez-vous ! Maintenant !

La jeune femme eut un moment d'hésitation. Les garçons se relevèrent. Nos regards se tournèrent dans la même direction. La silhouette se rapprochait dangereusement de sa cible et les secondes que je perdais n'allaient pas améliorer la situation.

---Alice !

---On y va. Tu vas y arriver ?

---Oui.

---Très bien.

Bella les rejoignit. Je la stoppais dans son élan.

---Non. Tu restes avec moi.

---Pourquoi ?

Les trois vampires quittèrent les gradins. Au même instant, un poing s'abattit sur le nez d'un parfait étranger. Le cartilage se brisa sous la force de l'impact. Le sang ne mit qu'une fraction de seconde à s'échapper de la blessure. Anxieuse, je regardais mes amis s'éloigner. Jasper eut un frisson. Je vis Alice resserrait son étreinte autour de lui. Bella se rapprocha de moi. Son bras s'agrippa au mien. Elle avait peur. Elle connaissait l'horreur d'une telle situation…

---Reste ici. Si jamais les choses se compliquent, courre vers la foule !

Doucement, je me dégageais. Elle avait compris ce que j'avais sous-entendu. Il était si difficile de se contrôler face à l'odeur du sang. Edward parvenait à se contenir depuis qu'il sortait avec Bella. Alice avait assez de volonté pour ne pas succomber, mais Jasper… S'il ne parvenait pas à se ressaisir et que ses compagnons ne pouvaient le maîtriser, Bella risquait de se faire blesser… ou pire encore. Le vampire connaissait l'odeur exquise de notre amie. L'instinct sauvage qui le hantait se focaliserait sur cela. Il oublierait qu'il l'aimait. La seule chance pour Bella, serait de me rejoindre dans la foule. La panique qui suivrait un tel événement serait terrible, mais elle aurait une chance d'être sauvée… au détriment d'un autre…

Je ne fus qu'une ombre à travers les adolescents qui s'agglutinaient déjà autour des deux garçons. Les paumes de mes mains se plaquèrent contre les deux torses qui se rapprochaient dangereusement. Ils furent tous les deux surpris de me voir m'interposer. Leur colère était si enivrante que j'avais moi-même du mal à garder l'esprit assez clair. Les gouttes de sang qui perlaient sur mon bras n'arrangeaient rien. Essayant de reprendre contenance, je me concentrai sur ce point. L'odeur cuivrée disparut peu à peu. Me nourrir plus souvent avait ces défauts mais aussi ces avantages, je ne pouvais pas le nier. Je parvenais à garder le contrôle beaucoup plus facilement, mais mes instincts étaient loin d'être endormis.

L'un des deux abrutis voulut de nouveau jouer les gros bras. Aussi doucement que possible, je le repoussais.

---Ne me tente pas, Garrett !

Ce fut peut-être le fait que je connaisse son prénom, ou bien tout simplement le regard menaçant que je lui lançais, mais il sembla me regarder d'une toute autre façon. Je n'étais plus la jeune femme à l'air maladif qui avait débarqué récemment au lycée de Forks. De plus, ma patience ne tiendrait pas indéfiniment. Si l'un des deux voulait jouer aux caïds, ils allaient être servis.

---Qu'est-ce qui se passe, ici ?

La foule qui nous entourait se dissipa pour laisser place à l'un de nos enseignants. Il paraissait assez mécontent de la scène que nous offrions tous les trois.

---Cassandra ?

Se plantant devant nous, les mains posées sur les hanches, il attendait visiblement des réponses. Lui dire que tout ceci n'était qu'un malentendu alors que les deux mâles essayaient tant bien que mal de rentrer une nouvelle fois en contact n'aurait pas était très judicieux.

---Une divergence d'opinion, semble-t-il !

---Une divergence d'opinion, hein. Et était-il nécessaire que le nez d'un des deux… interlocuteurs soit cassé ?

---Vous m'en demandez trop, monsieur.

Une nouvelle fois, je dus les repousser légèrement. Ils ne comprenaient décidément rien ! Ces abrutis étaient prêts à s'écharper alors qu'un enseignant leur faisait face, et pour compléter le risible de la situation, c'était moi qui devais donner des explications.

---Cassie, pousse-toi !

Oh oui, bien sûr, c'était tout ce dont je rêvais d'entendre. Mon poing se referma sur le T-shirt de Garrett. Il ne comprit pas vraiment ce dont je m'apprêtais à faire, mais lorsque tout son corps n'eut plus aucun contact avec le sol, un air ahuri se dessina sur son visage. Mon pied droit avait malencontreusement fait perdre l'équilibre à notre joueur de football vedette qui s'était retrouvé étendu de tout son long. Il me scrutait interdit tout comme mes autres camarades. Il était certain que ma côte de popularité allait baisser, mais mon énervement était la seule chose qui me préoccupait. Devant les yeux ébahis de mes camarades et de notre cher enseignant qui n'avait encore daigné bouger le petit doigt, je perdais mon sang froid.

---Cet abruti a mis son poing dans le nez de cet autre abruti ! Et tout ça pour une histoire de nana ! Si vous voulez de plus amples explications demandez plutôt aux personnes qui sont sur le point de s'entretuer, pas à celle qui essaye de les séparer !

Un autre mauvais point pour moi. Parler de la sorte à M. Corman, n'avait pas été la meilleure chose qui soit, mais visiblement, il était bien trop occupé à essayer de comprendre ce qu'il se passait pour réellement prêter attention à mes propos. Profitant de ce moment d'égarement, je me dégageais et rejoignis Bella. J'étais furibonde.

---Tous des abrutis dégénérés ! Est-ce qu'ils savent qu'ils ont été à deux doigts de provoquer le pire cauchemar qui soit ? Non, bien sûr, ils sont trop occupés à regarder leur nombril !

---Tu vas bien ?

Bella me regardait bizarrement. Je devais certes offrir un spectacle assez étrange.

---Oh… Désolée, Bella. C'est juste que…

---Je sais. Tu n'as pas besoin de t'excuser.

Je soupirai. La stupidité humaine allait nous rendre la tâche plus dure qu'elle ne l'était déjà. Bella passa son bras autour du mien et m'emmenait déjà en dehors du stade.

---Tu as très bien géré tout ça, me souffla-t-elle.

---Oui, mais que se passera-t-il la prochaine fois ?

---N'y penses pas. C'est peut-être dur, mais si tu te focalises sur tous les scénarios possibles pour que l'un d'entre vous dérape, tu en deviendras folle.

---Je le sais bien…

Sur le parking, nos trois amis nous attendaient, un air anxieux sur le visage. Je pouvais encore voir Jasper trembler légèrement. Alice et Edward semblaient mieux vivre la chose.

---J'ai pu contenir l'odeur du sang. Tu peux te détendre Jasper.

Son regard se posa sur Bella. Ce n'était plus celui du garçon tendre et un brin timide. Le prédateur avait pris le pas. Je sentis Bella se crisper. Doucement, je la glissais derrière moi.

---Jasper.

La peur se lisait sur les traits de sa compagne et de son frère. Je fis signe à Edward de ne pas bouger. Le moindre mouvement de notre part pouvait être interprété comme une menace et Jasper se sentant menacé risquait de faire une folie. Il fallait juste désamorcer la situation, et cela j'en étais capable.

Le parfum d'Alice était très subtil. Un mélange délicat de roses sauvages et de narcisses mêlé à du musc. Tout ceci était imperceptible aux humains. Personne ne pouvait distinguer si facilement les subtilités d'un tel don. Alice avait raison, ma spécificité était fort utile. Doucement, le parfum de mon amie se répandit autour de nous. Pas d'une façon enivrante, mais plus comme une brise qui vous chatouille agréablement les narines. Jasper ferma les yeux. Sa tête s'inclina, ses yeux quittant Bella du regard. Ma manœuvre semblait avoir l'effet escompté. Il luttait contre la créature sauvage qui essayait de le manipuler. Soudain, il dut s'appuyer contre le capot de la Volvo. Alice se précipita, mais il la repoussa doucement. Ce geste n'était pas contre elle. Il avait honte d'avoir encore une fois succombé, mais sa compagne était loin de se laisser déstabiliser pour si peu. Elle l'aida à se redresser passant son bras autour de sa taille. Je relâchai à mon tour mon emprise. Jasper sembla retrouver un peu de constance.

---Jasper ? m'inquiétai-je.

---Ca va. Bella, je suis désolé.

---C'est pas grave, Jasper. L'important c'est que tu ailles bien.

Un rire sarcastique s'échappa de notre ami. Je n'aimais pas ça.

---Edward. Prends ma voiture et ramène Bella.

Lui aussi ne quittait pas son frère des yeux. La crise était loin d'être passée.

---On viendra te chercher demain, me répondit-il tout en regardant Jasper.

Je lui lançais les clés qu'il attrapa au vol. Bella se faufila vers Edward, saisissant sa main pour se rassurer. Attendant patiemment qu'ils partent, je restais de marbre face à Jasper. Alice n'aimait pas mon attitude. Même si je ne la regardais pas, je savais qu'elle me fixait avec désapprobation. Je pouvais aisément la comprendre, mais elle ne pouvait pas voir la situation du même angle que le mien. Elle n'était pas assez objective.

Quand j'entendis le bruit du moteur de ma voiture disparaître au loin, je me détendis.

---Tu penses qu'il a raison, n'est-ce pas ? Que nous sommes incapables de vivre avec les humains ! Que nous finirons par faire du mal à Bella !

Sa voix n'était plus si douce. Une certaine colère la hantait.

---Non. Jacob et les siens n'arrivent simplement pas à comprendre que nous pouvons être aussi soudés qu'eux. De plus, ce que Jacob ou moi pensons n'a pas d'importance. Ce qui compte c'est que tu sois capable de veiller sur Jasper.

Elle fut décontenancée. Elle avait certainement cru qu'après cet incident, mon comportement allait changer, que je n'allais plus leur donner cette confiance si durement offerte.

---Tu devrais ramener Jasper, Alice. Il va pleuvoir dans quelques minutes et le parking va se retrouver envahit.

---Et toi ?

---J'ai quelque chose à faire.

Elle me scruta une nouvelle fois, cherchant probablement les raisons qui me poussaient à rester un peu plus longtemps ici. Elle emmena cependant Jasper jusqu'au siège passager de la Volvo et s'installa devant le volant au moment où la pluie commença à tomber. Elle s'éloigna avec regrets mais déjà, les adolescents se ruaient vers leur véhicule pour éviter de se faire tremper ce qui incita la vampire à se dépêcher.

Dans la cohue, personne ne remarqua qu'une ombre prenait le sens opposé à tous les autres. La pluie ne me dérangeait pas, au contraire, elle allait me faciliter la tâche. Je ne retournais pas sur le terrain de foot et me dirigeais directement vers l'infirmerie. L'eau qui ruisselait sur l'herbe allait effacer toutes les particules de sang qui pouvaient encore persister, mais en ce qui concernait le blessé, c'était une toute autre histoire. Il allait falloir que je traque la moindre goutte du liquide cuivré dans tout l'établissement. Une vraie partie de rigolade !

Je dus bien sûr attendre que le lycée se vide totalement. Il n'était pas question de laisser le gardien s'occuper de cette tâche. L'odeur du sang ne partait pas avec un simple produit détergeant industriel. Une fois que M. Simons eut fini son travail, je me faufilais dans l'établissement et commençais ma traque. Une fois le sol javellisé, je récupérais les pansements et tout ce dont l'infirmière avait eu besoin pour s'occuper du blessé. A l'arrière du lycée, mon butin finit dans un vieux container en métal où un beau brasier pris naissance malgré la pluie. Les flammes du feu relevaient des reflets étranges dans mes iris. Mes longs cheveux dégoulinaient le long de mon visage et l'obscurité qui m'entourait me donnait des airs de spectre tout droit sorti d'un film d'épouvante. Ma fatigue n'arrangeait rien. Je ne désirais qu'une chose : rentrer…

Je fus heureuse d'apercevoir enfin la porte de mon doux chez moi. Le trajet du retour ne m'avait pas pris plus de cinq minutes malgré la trentaine de kilomètres qui me séparaient du lycée, pourtant il m'avait semblé durer une éternité. Je poussais la porte d'entrée et m'engouffrais dans la chaleur de la maison. L'eau ruisselait sur mon corps inondant le parquet. Je m'empressais de quitter mon jean et mon sweat, les lançant dans l'évier de la cuisine.

---Est-ce que tout va bien ?

Je relevais les yeux pour faire face à Jacob. Il était vraiment inquiet ce qui était compréhensible.

---Oui. J'ai dû faire un petit détour, c'est tout.

---Tu as l'air crevée.

Il m'aida à lutter contre l'une de mes chaussettes qui refusait délibérément de quitter mon pied. Elle eut le même sort que le reste de mes vêtements et finit dans l'évier. Jacob me laissa quelques secondes. Il revint avec une serviette qu'il me passa sur les épaules. Il aurait aussi bien pu me prendre dans ses bras. La chaleur de son corps m'aurait immédiatement réchauffée. Il sembla lire dans mes pensées et m'enlaça.

---Tu sens le sang, me souffla-t-il.

Je regardais mon avant bras. Du sang séché y était encore collé. Je ne m'en étais pas rendu compte. Je levais les yeux vers Jacob. Il aurait dû se mettre en colère après une telle découverte, mais il n'en était rien.

---Il y a eu un petit incident.

---Tout le monde va bien ?

---Oui.

Il resserra son étreinte.

---Tant mieux.

---Tu ne veux rien savoir ?

---Non. Je te fais confiance.

Il me regarda tendrement et posa son doigt sur le bout de mon nez.

---Allez ! Il faut qu'on te réchauffe.

Il me souleva sans le moindre mal et me conduisit jusqu'à ma chambre. Glissés sous les draps, il ne me laissa pas quitter ses bras. Je soupirais.

---Je n'y arriverais pas…

---De quoi est-ce que tu parles ?

---Maintenir la paix. C'est bien trop dur. Il y a beaucoup trop de choses qui pourraient tout faire basculer.

---Tu ne peux pas être responsable de tout le monde, mon ange. Et ce n'est pas ce que Sam voulait en te mettant au courant de la décision du conseil.

---Je le sais…

---Tu ne pourras pas sauver tous ceux qui croisent ton chemin.

---Je le voudrais tellement…

Il savait que ce n'était pas la peine d'insister. Il n'aurait pas le dernier mot. Pour toute réponse, il resserra son étreinte.