Comme promis voici le chapitre qui va tout faire basculer (comme l'indique le titre quoi ! XD). Bonne lecture et encore merci de me suivre !


Basculement

Le bacon commençait à peine à rissoler dans la poêle lorsque je me rendis compte que Jacob venait enfin de se réveiller. Sa démarche était assez pataude ce qui me fit esquisser un sourire. Certains traits humains ne pouvaient pas disparaître.

Il s'installa à la table de la cuisine et s'effondra dessus.

---Tu aurais pu dormir un peu plus, tu sais.

---Tu me tortures depuis dix minutes…

---Ce n'est que du bacon et des œufs, le taquinai-je.

---Ouais… D'ailleurs faudra vraiment que tu me dises où tu as appris à cuisiner, un de ces jours.

---J'en perdrais tout mon charme !

Tout en roulant la tête sur le côté, il me fit une moue boudeuse. Je lui tendis une assiette pleine à rabord et prenais place à ses côtés. J'aimais ce moment-là de la journée. Tout me semblait calme et paisible. J'aurais très bien pu tout oublier et ne me concentrer que sur lui et rien d'autre.

---C'est bientôt le grand jour, au fait.

---Quoi ?

---Le flyer super stylé qui est sur ton bureau.

Voyant que je ne comprenais pas, il enchaîna :

---La remise des diplômes.

---Oh ! Ca !

---Tu avais oublié ?

---Un peu, oui. Avec tous les événements de ces dernières semaines, ça m'était un peu sorti de la tête.

---Tu es quand même majeure de ta promo !

---Oui, comme les 20 dernières fois où je me suis rendue à cette cérémonie.

---20 fois, hein…

Le poids de mon âge lui revint encore une fois en pleine figure, mais cela ne le préoccupa qu'une fraction de seconde.

---Tu n'es quand même pas un peu excitée ?

Ma moue lui fit comprendre que non. La toute première fois, il était vrai que j'avais eu cette pointe d'euphorie qui entraîne parfois la fin d'une période, mais les suivantes avaient perdu peu à peu leur attrait.

---Sans vouloir gâcher tout ce que représente cette cérémonie, ce n'est qu'une simple réunion où l'on reconnaît enfin que tes dures heures de labeur ont vraiment un sens.

---Nos cérémonies au sein de la tribu sont plus représentatives du passage à l'âge adulte.

---Oui. Il est difficile de faire plus exceptionnel.

Il me comprenait. Les rites de passage de notre tribu étaient des moments magiques. Rien ne pouvait les surpasser.

---Et pour l'université ?

---Tu veux vraiment que je m'en aille !

---Cass, réponds juste à la question.

---Pas Yale. Le doyen actuel a été l'un de mes professeurs. Je l'avais assez marqué, il serait donc dangereux d'y retourner. Pas Harvard non plus, ni le MIT, ni même Berckley…

---OK ! J'abandonne.

Voyant que j'avais gagné la partie, je lui décochais un sourire victorieux. Il semblait pourtant déçu. Pour lui, le fait que je participe à cette cérémonie était un moyen de me raccrocher encore un peu plus à une vie normale d'adolescente. Ce n'était qu'un petit espoir.

---Alice a prévu d'y aller de toute façon, et la connaissant, je serais sans doute convier à la fête. Elle m'a déjà acheté ma tenue, alors ne t'inquiètes pas.

---Je ne m'inquiète pas…

Ce fut à son tour d'avoir un air satisfait. Et une semaine plus tard, alors que le grand jour était sur le point d'avoir lieu, ce même sourire me nargua.

Je n'arrivais toujours pas à me laisser gagner par l'euphorie du moment. C'était pourtant assez difficile vu l'état dans lequel était Alice et Bella. Elles ne cessaient de parler de la cérémonie et du bal de ce soir avec un enthousiasme que je ne croyais pas possible. Heureusement pour moi, mes amies m'épargnèrent toute participation à la discussion.

Enfoncée dans le siège arrière de la Volvo, je ne quittais pas des yeux le paysage de Forks. Je connaissais pourtant par cœur le défilement de verdure et de bâtiments vieillots qui jonchaient la route menant au lycée, mais rien ne me fascinait plus que cette nature impassible, ce moment calme et serein où tout commençait à peine à reprendre vie.

---Cassie ?

Je tournai la tête vers Alice. Elle me fixait à travers le rétroviseur intérieur, jetant à peine un coup d'œil à la route.

---Quelqu'un va venir pour toi ?

---Non. Carl est à plusieurs centaines de kilomètres d'ici et il ne verrait pas trop l'intérêt de la chose, quant à Jacob, je lui ai fait promettre de ne pas venir…

Je m'accoudais de nouveau à la fenêtre entrouverte de la voiture. La conversation était finie et Alice n'insisterait pas davantage. Je ne voulais pas revenir une nouvelle fois sur les raisons qui me poussaient à désapprouver ce jour si important pour n'importe quel adolescent normalement constitué. Pour les exclus, c'était la fin du règne du lycée. Une nouvelle vie allait commencer pour eux, loin des sportifs et des pom-pom girls qu'ils détestaient. Pour les élèves populaires, ce n'était qu'une raison supplémentaire pour faire une soirée dont se souviendraient les générations à venir. Et en arrivant au lycée, mes représentations de ce jour trouvèrent vie. Partout où vous regardiez, des sourires béas illuminaient les visages. Les familles se regroupaient autour de leurs enfants, leur rappelant combien ils étaient fiers et que ce jour allait être la meilleure chose qui soit dans leur vie. Un peu plus loin, malgré le fait qu'il ne soit encore que 7h30 du matin, l'équipe de football transvasait les fûts de bière qu'ils avaient, à n'en pas douter, obtenue illégalement d'une voiture à une autre.

Nous descendîmes de la voiture aussitôt rejoints par le reste de la famille Cullen. Pour eux tout ceci semblait être une expérience des plus réjouissante. Emmett et Rosalie charriaient gentiment leurs frères et sœurs, Esmée était aussi excitée que n'importe quelle mère et Carlisle essayait de garder tout ce petit monde aussi calme que possible. Je devais avouer que résister à tout ceci en leur compagnie devenait de plus en plus dur.

Carlisle, me voyant en retrait, me passa le bras autour de la taille et m'entraîna vers les siens.

---Tu n'affectionnes pas tout ceci, n'est-ce pas ?

---Je n'en suis pas très fan, en effet.

Il fronça les sourcils, cherchant peut-être un argument qui me ferait changer d'avis.

---Ne vous fatiguez pas. Je suis contente d'être ici.

---Je t'ai connue meilleure menteuse !

---Dites-moi sincèrement combien de fois vous avez assisté à cette remise des diplômes.

Il fronça une nouvelle fois les sourcils. La réponse allait semble-t-il m'impressionner.

---A vrai dire, je suis incapable de te donner un nombre exact…

Il réussit à me faire échapper un sourire ce qui le satisfit.

---Dis-toi que ça va passer vite.

---Je ne crois pas non… surtout qu'Alice m'a fait promettre de faire bonne figure. Je crois que je vais devoir jouer le jeu jusqu'au bout.

La moue qu'il fit à cet instant-là ne me rassura pas le moins du monde. Je savais qu'Alice avait tendance à prendre beaucoup trop à cœur ce genre d'événement et je commençais à douter de mon pouvoir d'imagination sur les horreurs que j'allais subir aujourd'hui. Alors que Carlisle continuait à me guider vers le gymnase, Alice se retourna me gratifiant d'un large sourire. Dans quoi avais-je bien pu m'embarquer ?

Les parents et les familles furent conviées à rejoindre directement le gymnase. Quant à nous, on nous laissa quelques minutes pour nous préparer dans des salles aménagées. J'avais fini par m'isoler dans un coin de la pièce qui avait été réservée pour que les filles puissent s'habiller et se pomponner avant le début de la cérémonie. Le bleu métallisé et le jaune poussin des tuniques donnaient à la pièce un aspect des plus étrange. Je n'avais jamais assisté à un défilé de miss, mais j'étais sûre que l'on n'était pas loin de ce que devaient être les coulisses d'un tel événement. La fraternité qui s'était d'elle-même installée au sein des filles était, quant à elle, assez flippante.

Alors que je cherchais pour la énième fois Alice et Bella du regard, je vis se dresser devant moi Chesley Carver, une pom-pom girl digne des meilleurs stéréotypes, et la petite amie du type que j'avais failli démolir, il y avait peu. Un large sourire déformait son visage et elle semblait bien décidée à venir me voir pour je ne sais quelle raison. Je m'enfonçais un peu plus dans mon siège et la dévisageais avec une incompréhension des plus totales. J'étais sûre d'une chose : nous faisions toutes les deux parties de deux cercles totalement différents, nous nous évitions même. Pourtant, en continuant à se diriger vers moi, cette simple notion semblait lui être sortie de l'esprit. Je me crispais encore plus. Tout dans mon attitude lui signifiait que je ne voulais absolument pas d'une conversation guillerette. J'eus sûrement une merveille idée en me comportant de la sorte, car soudain, elle s'arrêta et me scruta comme si elle venait de prendre conscience de ce qu'elle allait faire. Ses yeux s'écarquillèrent et elle changea brusquement d'itinéraire.

---Mais c'est pas vrai ! Qu'est-ce qu'elles ont aujourd'hui ?

---Cassandra ?

Bella venait de se faufiler vers moi, suivie bientôt d'Alice. Voyant qu'elles étaient toutes les deux prêtes, je les empoignais et les conduisis vers le gymnase.

---C'est Chesley qui te fait autant paniquer ?

Le ton taquin d'Alice lui valut un coup de coude dans les côtes.

---Ne rigole pas ! C'était vraiment flippant.

A mon grand plaisir, alors que j'entraînais mes deux amies loin de mon cauchemar, M. Andrews, le principal adjoint, s'était retrouvé sur notre route. Alice et moi pûmes l'éviter sans problème, mais je dus rattraper Bella in extremis par la taille pour empêcher toute collision. Nous eûmes droit à un regard désapprobateur, mais visiblement l'euphorie du jour donnait certains avantages, notamment, celui de se comporter bizarrement sans aucune réprimande. Lorsque Bella retrouva la terre ferme, il nous indiqua que la cérémonie allait commencer et qu'il fallait absolument que tous les élèves rejoignent le gymnase. Une nouvelle qui fut très bien accueillie par ma personne !

Après quelques minutes à attendre la fin du discours du principal, Alice, Edward et moi, nous étions retrouvés dans la première ligne, prêts à défiler pour recevoir notre diplôme. Aussi sagement que possible, nous attendîmes chacun notre tour d'entendre nos noms pour grimper les marches qui allaient enfin nous conduire vers une nouvelle vie.

---Cassandra Crow !

Hésitante, Alice me poussa gentiment, toujours en proie au même entrain. Je lui lançais un regard courroucé qu'elle accueillit avec une crise de fou rire et je finis par gravir les marches. Comme à chaque passage, des applaudissements envahirent la salle. Du coin de l'œil, je vis Bella et Jasper se lever tout en frappant leurs mains aussi fort que possible. Ils réussirent à me faire sourire ce qui les fit redoubler leurs efforts.

---Eh bien, il semble que vous êtes venue avec de sacrés supporters ! Toutes mes félicitations, Cassandra.

Monsieur Andrews accompagna ces quelques mots d'un franc sourire. Alors qu'il me tendait mon diplôme, je vis qu'il était fier. Il ne me connaissait que très peu, pourtant dans ses yeux et ses paroles réconfortantes transpiraient une réelle joie. Au travers de ses pensées défilaient les moments qu'il avait passé avec chacun d'entre nous. Comme beaucoup d'entre nous, il attendait ce jour avec impatience. C'était pour lui l'aboutissement de toute une année de travail. Il n'avait fait que croiser la plupart des élèves du lycée, mais il n'en restait pas moins qu'il se félicitait de notre réussite. Il était aussi fier de nous qu'un père l'aurait été de son enfant.

Je saisis mon diplôme en répondant à son sourire. Je devais l'avouer, jamais je n'avais vu les choses sous cet angle. Cette cérémonie n'était pas seulement l'occasion de s'amuser avec ses amis, elle permettait à nos parents de nous voir grandir, de se rendre compte de tout ce qu'on avait pu accomplir, d'être fier de nous. Ils voyaient leur enfant quitter le nid et se réjouissaient d'avoir pu les accompagner jusque-là avec succès. Mon regard se posa sur les Cullen. Rien n'avait entamé leur enthousiasme. Ils s'étaient tous les quatre levés pour m'applaudirent. Même Charlie Swan n'avait pu se retenir. Je me mis à rire doucement. M'arrêtant un moment, je leur fis une révérence. Non loin de moi, Alice appréciait avec délectation cette marque d'humour. Je riais de plus belle toujours sous les applaudissements de ma nouvelle famille. C'était cela. Rien de plus. Tout ce que j'avais recherché depuis si longtemps n'était que ce que j'étais en train de vivre à ce moment-là. La preuve que j'avais des liens qui me maintenaient toujours à cette terre. Je n'avais pas réalisé jusqu'à maintenant, mais c'était juste cela…

Me relevant, mes yeux se posèrent une nouvelle fois sur les Cullen. Je riais toujours, mais quelqu'un riait encore plus fort que moi. Je sentis la stupeur me glacer. J'avais beau regarder autour de moi, je ne parvenais pas à trouver d'où pouvait provenir ce rire. J'avais froid. La peur me tétanisait. Mes entrailles me criaient que quelque chose n'allait pas. Une présence venue des anciens temps, une voix qui rodait toujours dans mon esprit venait de resurgir. Je reculais malgré moi. Personne ne semblait se rendre compte de mon changement d'attitude. L'assemblée continuait de paraître enjouée. Alice trépignait d'impatience dans les coulisses. Pourquoi ?

---Nooonnnnn !

Même mon hurlement ne fit rien changer. Je voulais sortir de ce cauchemar. Je ne comprenais rien. Et puis soudain, alors que je cherchais le regard protecteur de Carlisle, je le vis lui. Pareil à mes souvenirs. La forêt l'entourait et il était accompagné de ses congénères prêts à tuer sans aucun scrupule. Hautain, méprisant, immonde créature. Il riait à gorge déployée, me scrutant avec un délice pervers. Je m'écroulais, incapable de garder contenance. Les larmes me brûlaient, mes sanglots resserraient ma poitrine encore plus. Je voulais que quelqu'un vienne à mon secours.

---Cassandra.

Je voulais juste qu'on me protège.

---Cassandra.

Mes yeux se retournèrent vers Alice. Elle frappait toujours dans ses mains, bondissant adorablement comme à son habitude, mais derrière elle quelque chose avait changé. Edward ne me regardait plus en souriant. Il ne portait plus sa tunique. Il me regardait inquiet, tremblant presque.

---Reviens-nous, Cassie !

En une fraction de seconde mes yeux fixèrent de nouveau mes baskets. J'étais penchée en avant, la main contre ma poitrine. Je faisais encore ma révérence… Doucement, je me relevais, comprenant à peine ce qu'il venait de se produire. Je souris timidement à l'assistance et quittais l'estrade. La tête me tournait, un haut le cœur me secoua. Je me retins de justesse au mur en face de moi. Ma respiration était saccadée. Je ne parvenais pas à trouver l'air qui m'était nécessaire. Sur l'estrade, Alice récupéra son diplôme et celui d'Edward en gratifiant chaleureusement Monsieur Andrews de l'un de ses plus beaux sourires, l'empêchant de poser des questions. Edward s'était précipité vers moi avant même que quiconque ne puisse s'en apercevoir. Ses mains puissantes m'agrippèrent avant que je perde pied.

---Qu'est-ce que tu as vu ? Cassandra ? Reste avec moi !

Alice s'accroupit à côté de moi. J'étais en sueur, incapable de retrouver mes esprits. Elle m'essuya le front et essaya de me calmer, mais rien n'y faisait. Il fallait pourtant que je les prévienne du danger. Il le fallait…

---Volturi…

L'effroi gagna aussitôt mes deux amis. Alice retira vivement sa main de mon front comme si j'avais annoncé la pire des catastrophes.

---Va chercher Carlisle ! lui ordonna Edward. Elle ne tiendra pas s'il ne l'aide pas.

Alice resta de marbre, le regard vide.

---Alice !

Elle sortit de sa torpeur et fixa son frère, apeurée. Edward reprit un ton plus doux.

---Va chercher Carlisle, s'il te plait.

La jeune femme se leva précipitamment et quitta les coulisses. Le vampire se concentra de nouveau sur moi.

---Respire, Cassie. Doucement, c'est ça.

Mes pleurs ne tardèrent pas à prendre le dessus de ma raison. Alors que j'étais prise de sanglots, les mains de Carlisle m'emmenèrent loin de tout ceci.