Tout d'abord, l'éternel remerciement pour tous ceux et celles qui me lisent ! Je suis contente de voir plus de reviews ! XD Faut dire que je savais pas qu'il fallait enlever l'option par défaut, mais bon…
Sinon, voici un nouveau chapitre avec tous pleins d'émotions ! J'espère qu'il vous plaira.
Peine
---Comment va-t-elle ?
---Je ne sais pas. Elle ne dit pas un mot, son regard est vide. Elle reste prostrée à côté de Bella. Elle ne laisse rien entrevoir. Elle n'a même pas pleuré.
---Je vois…
Un jour seulement s'était écoulé depuis que Bella avait été mordue. Nous avions pu prendre la fuite et passer la frontière sans aucun inconvénient majeur. Personne n'était grièvement blessé. Seules la fatigue et la faim nous avaient un peu malmenés, mais c'était des moindres mots comparés à ce que nous aurions pu subir.
J'avais pu me déplacer par moi-même, une heure avant que nous arrivions à notre nouveau refuge. Je n'étais déjà plus vraiment moi-même. J'avais simplement suivi le mouvement sans me poser la moindre question. Penser, équivalait à souffrir et je ne voulais pas souffrir. Lorsque nous atteignîmes notre but, je ne fus pas surprise de voir que notre asile serait une ancienne prison désaffectée. Perdue dans les bois, en pleine montagne. Les bâtiments ne se voyaient même plus tellement la végétation avait pris le pas dessus le béton. Chacun prit ses quartiers. Le silence semblait être le mot d'ordre. A chaque fois que je croisais quelqu'un, les regards étaient fuyants, les sourires tristes. Je ne relevais pas cette attitude de pitié. Je n'en avais que faire. Les seuls mots qui sortirent de ma bouche, le furent pour Edward…
Je ne cherchais pas vraiment un but précis à ma ballade à travers les couloirs sans fin de la prison. Je voulais juste marcher. Ne rien faire d'autre. Je ne le reconnus pas tout de suite. De loin, il n'était qu'une ombre recroquevillé sur lui-même. La tête entre les jambes, il se cramponnait à ses cheveux comme s'il voulait que quelque chose sorte de son esprit. Je ne vis ses larmes que lorsque je m'abaissais en face de lui. Doucement, je détendis les muscles de ses mains et le forçais à ma regarder. Ses pensées m'assaillirent violemment. Il ne supportait pas de voir Bella souffrir ainsi. Il avait pourtant essayé de toutes ses forces, mais l'expérience s'était révélée trop dure. Il s'en voulait. Il ne se supportait plus.
---Ca va aller, le rassurai-je.
Ma main caressa doucement son visage. Pendant quelques secondes, je pus lui sourire.
---Je n'y arrive pas…
---Je sais. Je vais m'occuper d'elle, ne t'inquiète pas.
Avant qu'il ne puisse me répondre, je partis vers la chambre de Bella. Elle était seule. Tout le monde devait croire qu'Edward resterait à ses côtés… Son état n'avait pas changé. Gémissements, cris, délires. Son corps se tordait sous la douleur. Comment Edward avait-il pu supporter cela, ne serait-ce que quelques minutes ? Même pour moi, ce spectacle était insupportable. Etait-ce cela le prix à payer pour nos péchés ? Qui avait choisi pareille condition de son propre choix ? Esmée avait été sauvée, tout comme Alice ou Edward. Ce n'avait été que des gestes d'amour de créatures dévastées par la solitude. Pour les autres, comme Carlisle et moi, ce n'avait pas été de la compassion, ni même un amour quelle que soit sa forme. Les monstres qui nous avaient fait cela n'étaient que des déchets qui méritaient de mourir.
Mes mains plongèrent dans la bassine d'eau fraîche posait juste à côté du lit de Bella. Aussi doucement que possible, j'essuyais son visage avec le linge humide. Elle ne me reconnaissait probablement pas dans son délire.
---Je suis là, Bella. Serre ma main. Serre-la aussi fort que tu voudras.
Mes doigts enlacèrent les siens, et l'étau se resserra aussitôt. Je n'avais que faire de cette douleur-là. Elle devait simplement pouvoir se raccrocher à quelque chose. Il n'y avait rien à faire d'autre. Il fallait juste attendre.
Lasse de tout ceci, je m'écroulais à son chevet. Ma tête se reposa sur le matelas, et j'attendis que tout cela se termine. J'avais tout mon temps.
Alice vint nous voir à plusieurs reprises, inquiète et perturbée. J'avais à peine conscience de sa présence. J'étais trop épuisée pour cela. Les hurlements de Bella m'empêchaient de dormir. Je ne sentais pratiquement plus les doigts de ma main gauche. Mais je ne parvenais pas à trouver de l'importance à mon état actuel.
---Comment va-t-elle ?
---Je ne sais pas. Elle ne dit pas un mot, son regard est vide. Elle reste prostrée à côté de Bella. Elle ne laisse rien entrevoir. Elle n'a même pas pleuré.
---Je vois…
Sam s'inquiétait lui aussi. Il n'osait entrer dans la pièce, préférant attendre qu'Alice sorte pour la questionner. Cela ne faisait que deux jours, mais notre état à toutes les deux mettait à mal les nerfs de notre groupe. Aucun signe d'Aro, ni même d'un de ses hommes, n'avait été signalé. Ce constat n'améliora pas le mental des troupes. Etre sur le qui-vive était insupportable pour eux. A bien y réfléchir, Aro n'était pas vraiment du genre patient, et après la cuisante défaite qu'il avait subie, il aurait déjà dû nous retrouver. Avions-nous vraiment besoin de nous inquiéter pour l'instant ?
Ma main me fit soudainement souffrir. J'arrivais à peine à les bouger. Mes muscles étaient endoloris et la chair meurtrie profondément. Mais plus rien ne me faisait entrave.
---Bella ?
Je me redressais subitement, me penchant au-dessus d'elle. Sa respiration était calme, ses muscles détendus, sa fièvre avait baissé. Le soulagement me gagna. Son calvaire était enfin fini. Je soupirais.
---Bienvenue parmi nous, me belle.
Je quittais la pièce. A quelques pas de là, Edward attendait toujours à la même place. Il fixait le mur en face de lui. Il ne s'aperçut de ma présence que lorsque je fus devant lui.
---Cassie ?
Son regard devait être aussi vide que le mien.
---C'est fini. Elle dort encore, mais tu peux aller la voir.
Il fut secoué par une crise de rire.
---Désolé.
---C'est rien. Elle va bien. Prends ton temps. Je vais prendre l'air.
---Cassie ?
---Hmm ?
---Merci.
Pour toute réponse, je lui rendis son sourire. C'était tout ce que je pouvais lui donner maintenant. J'avais envie de m'éloigner de tout cela. J'avais envie de sentir le vent sur ma peau, de ne plus être enfermée. Il fallait que je sorte. C'était vital. Si je ne quittais pas ces lieux, j'allais devenir folle. La douleur de ma main avait réveillé une souffrance encore plus grande. Mon pas s'accéléra sans que je m'en rende compte. Je ne vis pas l'ombre qui s'interposa entre moi et la sortie. Je percutais Jared de plein fouet.
---Cassie ? Ca va ?
---Oui.
Il me regardait curieusement.
---Tu es sûre ? Ta main. Tu saignes.
---C'est rien, Jared.
Je le dépassais sans plus attendre. Mon cœur se serrait de plus en plus fort dans ma poitrine. Je perdais peu à peu pied. Ma course n'arrangea rien. J'étais prise de tremblements incontrôlables. Le sang battait à mes tempes avec une force assourdissante. Je n'avais plus besoin de chercher d'où pouvait provenir ce vide immense. La solitude était comme de l'acide dans mes veines. Le bonheur d'Edward avait été une torture réveillant la pire des douleurs. J'étais hors d'haleine, mes poumons me brûlaient, mais je continuais à courir dans cette forêt que je ne connaissais pas. Et soudain, ce qui devait arriver arriva. Un cerf se trouva sur ma route. En voulant l'éviter, mon pied dérapa dans la terre meuble. Ma tête heurta de plein fouet le sol boueux. J'en eus le souffle coupé.
Mon corps fut secoué de tremblements nerveux. Je riais. Oui, la situation était risible. Tellement risible. Pauvre petite chose triste et esseulée. Les rires se transformèrent en pleurs. Je l'avais laissé là-bas. J'aurais pu aller le chercher et le ramener près de moi. Maintenant il était prisonnier de lui ou bien…
---Pourquoi ? POURQUOI ?
Mes hurlements ne firent qu'effrayer les animaux des alentours. Je n'attendais aucune révélation. Je savais pertinemment que je n'obtiendrais pas de réponses parce qu'il n'y en avait pas. Tout ceci n'était que le jeu d'un destin qui n'avait qu'un seul but : nous faire souffrir inlassablement. Comme pour se moquer de moi, le ciel se mit à déverser des trombes d'eau. Je pouvais voir chacune des gouttes d'eau s'écraser sur le sol, le bruit assourdissant qu'elles faisaient lorsqu'elles terminaient leur course. Les battements de mon cœur étaient sur le même rythme. C'était comme quand j'étais petite. J'avais volé des herbes à mon père et je m'étais retrouvée en transe. Je venais juste de perdre ma mère et mon subconscient m'avait permis de la voir sous les effets de la drogue. Tout m'était alors apparu avec une clarté indescriptible. La nature autour de moi, ce bien être incroyable…
Ce n'était plus de l'eau qui coulait sur ma peau. Cela ressemblait plus à des coups de langue râpeux et continus. Loin d'être désagréable, cette sensation me rappela de lointains souvenirs.
---Chenoa, arrête ! Chérie, ça chatouille.
Ma requête ne fut pas entendue, et les chatouilles redoublèrent. Je voulus l'attraper par la gorge pour ramener sa gueule vers moi, mais je me rendis compte qu'elle était beaucoup trop petite pour cela.
---Chenoa ?
En me redressant, je vis que je tenais un louveteau de quelques mois tout au plus entre mes mains.
---Elle pensait que tu serais heureuse de la voir sous cette forme.
---J'aurais été heureuse de la voir sous n'importe quelle forme, Adriel.
Il était adossé à un arbre, un large sourire illuminant son visage. Nous étions dans une vaste prairie. L'herbe était verdoyante, le vent y dansait agréablement. Un peu plus en contrebas, se trouvait un lac.
---C'est là où nous nous rendions ?
---Oui. Enfin pas réellement, tu t'en doutes.
Je ramenais Chenoa contre moi, et me recouchais. Ahote, Nodin et Wakiza m'encadraient, allongés eux aussi dans l'herbe, sous leur forme de loup.
---Est-ce que Bly m'en veut ?
Adriel soupira.
---Non. Il pense que tout ceci est de sa faute. Il n'ose pas venir te voir.
---Pourquoi pense-t-il ça ? C'était entièrement de ma faute.
---Ce n'était la faute de personne. Sauf de lui.
---Il est revenu.
---Je sais.
Je caressais tendrement la fourrure de Chenoa. Je savais que je rêvais mais tout cela semblait si réel.
---Je suis désolée.
---De quoi, mon cœur ?
---De t'avoir menti.
---Tu l'as fait pour de bonne raison.
---J'aurais tellement voulu…
---Ce n'est pas la peine d'avoir des regrets. Nous allons bien maintenant. Et puis, tu as des raisons de rester parmi les vivants.
---Jake… Est-ce qu'il est encore vivant ?
Silence.
---Je ne peux pas répondre à cette question.
---Oui bien sûr… Ca serait trop facile.
---Mon amour, s'il te plait…
---Aro va peut-être lui faire la même chose qu'à moi… Je dois le vaincre. Il a fait souffrir beaucoup trop de gens que j'aimais. Mais je n'y arriverais pas.
---Bien sûr que si.
---Comment ?
---Arrête de vouloir attraper le cerf qui se trouve devant toi.
Je revins brutalement à la réalité. Il avait cessé de pleuvoir, mais mon mal de crâne ne s'était pas arrangé. Prenant appui sur mon coude, j'essayais de me concentrer sur mon entourage. Tout était tellement flou autour de moi. J'arrivais à peine à distinguer la tache blanche qui n'était qu'à quelques centimètres devant moi. Et puis, il y avait ce bruit désagréable. J'avais l'impression que les entrailles de la terre rugissaient pour un peu plus me torturer. Heureusement, mon métabolisme reprit le dessus rapidement, me laissant recouvrir la vue et mes autres sens.
La tache blanche que j'avais aperçue, prit la forme d'un loup, et les tremblements de terre ne furent, en fin de compte, que les grognements menaçants qu'il émettait. Mais ce n'était pas à moi qu'était destinée cette colère. Une masse beaucoup plus imposante se dressa soudainement devant nous. Aussi stupide que cela puisse paraître, j'eus un mouvement de recul, égratignant au passage ma main déjà abîmée.
---Oh c'est pas vrai…
Un grizzli nous menaçait bel et bien. Je n'avais pas vraiment de raisons de craindre l'animal, mais il avait de quoi vous mettre au respect. Le loup continuait de grogner, les babines retroussées, les crocs prêts à mordre. Il voulait me défendre… Il n'avait pourtant aucune chance, seul face à cet énorme prédateur.
Me relevant délicatement, je vins me placer auprès de mon sauveur. Ma main s'enfonça dans son épaisse fourrure. N'importe qui aurait eu la main tranchée pour un tel geste, mais au lieu de cela, le loup se calma.
---Reste-là. Je m'en occupe.
En un éclair, je fus en face du grizzli. L'animal eut un mouvement de recul, mais mon petit jeu, l'énerva encore plus, une fois qu'il eut retrouvé sa contenance. « C'était donc cela que tu voulais, Adriel. Ne plus chasser le cerf, mais l'ours. Tu sais pourtant ce qu'il se produira si je suis un tel conseil… ». Mais pour l'heure, il n'était plus question de cela. L'ours se trouvait trop prêt de notre abri et il n'allait pas partir sans causer d'énormes dégâts. Son immense corps avança vers moi. L'une des ses pattes manqua mon visage de quelques centimètres. Il grogna de plus belle. Se faire manipuler par un être si chétif ne lui plaisait pas. Il fallait que j'en finisse maintenant où les choses allaient se compliquer plus que prévu. Mes yeux perdirent tout ce qu'ils avaient encore d'humain. Le chasseur venait de se réveiller. La démarche pataude de l'ours ne l'aida pas à me contrer. Je fus sur son épaule avant même qu'il ne s'en rende compte, mes dents s'enfonçant déjà dans sa chair. Le sang afflua dans ma gorge sans que je puisse en contrôler le débit. Le grizzli commença à chanceler. Il ne pouvait plus m'atteindre, ses membres refusant de se mouvoir. Il s'effondra quelques secondes plus tard. Je me dégageai, encore étourdie par la quantité de sang que je venais de boire. Je dus m'asseoir de nouveau. La tête me tournait. Je ne m'étais plus nourrie de la sorte depuis près d'un siècle, et je supportais mal le trop plein de sang.
Une truffe humide vint me chatouiller la joue. Mon petit sauveur se tenait en face de moi, le regard inquiet. Je pris sa tête entre mes mains, le caressant juste derrière les oreilles.
---Tu t'inquiètes pour moi, hein.
Il appuya sa joue contre mon bras et ferma les yeux.
---Merci.
Nous restâmes quelques instants ainsi, sans que rien ne vienne nous perturber. Puis soudain, des hurlements se firent entendre au loin. Le loup se dégagea de mon étreinte. Son regard passa du lieu d'où provenaient les cris à moi.
---Allez vas-y.
Il hésita encore un peu, puis se décida enfin à rejoindre sa meute. Je soupirais. Il fallait que je rentre. Cela faisait déjà plusieurs heures que j'étais partie et mes compagnons n'avaient pas besoin de plus d'inquiétude.
Il me fallut dix minutes pour rejoindre l'ancienne prison. A mon arrivée, Esmée se précipita sur moi.
---Oh mon dieu ! Est-ce que tu vas bien ?
---Oui.
Elle prit mon visage entre ses mains, m'obligeant à la regarder dans les yeux.
---Qu'est-ce qui t'est arrivée ? Tu es trempée et couverte de boue. Et ton sweat !
Je tournais les yeux dans la direction qu'elle fixait. J'étais dans un piteux état, c'était certain. Un énorme trou laissait entrevoir la peau nue de mon bras droit.
---J'ai rencontré un ours, finis-je par avouer.
Esmée retrouva tout de suite son calme. N'importe quelle mère aurait été terrifiée par une telle nouvelle, mais j'étais certaine qu'elle avait, durant un instant, cru que j'étais partie à la recherche d'Aro. Elle soupira de soulagement.
---Tu es sûre que tout va bien, insista-t-elle.
---Hmm, hmm.
Elle me jaugea durant quelques secondes. Si je lui avais menti, elle l'aurait tout de suite su. Mais j'allais réellement mieux. Ce n'était pas le beau fixe, certes, mais je me sentais mieux.
---Très bien. On va aller te débarbouiller un peu.
Elle passa son bras autour de ma taille et m'emmenait déjà vers l'une des salles de bain présentes dans le bâtiment. Ma tête se reposa doucement sur son épaule.
---Esmée ?
---Oui.
---Merci.
---De rien, mon ange.
