Trahison
Seuls seize kilomètres nous séparaient de Montecatini. Il nous fut facile de rejoindre la ville dans les plus brefs délais. La bourgade présenta bientôt à nous. Imposante et monstrueuse cité de pierre.
---Où est-ce ?
---Dans les souterrains de la ville, répondit Carlisle à Sam. Il y a une entrée près des thermes selon les dires de Marcus. Il nous suffira de l'emprunter pour ensuite suivre les galeries.
---Est-ce qu'on peut réellement avoir confiance ?
---On le saura rapidement.
---Il faut se dépêcher, soufflai-je aux deux meneurs. Le soleil ne va pas tarder à se lever.
Carlisle opina. Ouvrant le chemin, nous le suivîmes à travers les rues pavées de Montecatini, nos pas effleurant à peine la pierre de toscane. La ville dormait encore profondément, ne se doutant pas une seconde que le pire des cauchemars allait se jouer ce matin même.
Tout avait été organisé avant notre départ de Volterra. Nous allions devoir nous séparer une nouvelle fois, même si le domaine d'Aro nous était totalement inconnu. Trop de vampires résidaient encore aux côtés de celui que nous devions tuer. Il aurait été stupide de vouloir se focaliser sur lui et en oublier ses sbires. Eradiquer la ruche avant de s'attaquer à la reine.
Notre cadence s'arrêta brusquement. Au détour d'une ruelle, nous dûmes faire face à une impasse. C'était si prévisible. Une fois encore, la grille sauta de ses gonds et nous laissa découvrir les obscurs souterrains de la ville. Nous y plongèrent sans une hésitation, et notre course continua. L'architecture se trouva être la même que celle du repère de Volterra. A n'en pas douter, il serait facile de localiser ma proie. Nous avions juste à suivre le défilement continu des salles pour tomber sur les vestiges d'une tour de pierre.
A peine eûmes nous retrouvés la clarté des néons du premier hall que déjà trois groupes se formèrent. Cela n'arrêta pas notre progression. Alice, Jasper, Edward, Bella et moi continuâmes droit devant. Une à une, les salles défilèrent devant nous, toutes plus luxueuses les unes que les autres. Cependant lorsque nous nous attendîmes à voir apparaître l'ascenseur conduisant aux étages supérieurs, un escalier de pierre stoppa notre course. Notre hésitation ne dura que quelques secondes. Alice posa sa main sur mon bras, et dans un sourire nous quitta à son tour avec Jasper. Nous n'étions désormais plus que trois.
Quatre à quatre, nous gravîmes les marches de marbre blanc. Je pouvais déjà sentir l'air frais qui filtrait à travers les meurtrières de la salle. Fermant les yeux, le temps d'une respiration, je fus de nouveau fasse à la créature que je haïssais le plus au monde. Edward et Bella m'encadrèrent une fraction de seconde plus tard. Aro fulminait.
Toute ma vie durant, j'avais eu peur de ce monstre. Je ne parvenais plus à me souvenir le nombre de nuits, où, terrifiée et en pleurs, je m'étais réveillée en hurlant, son visage hantant encore mon esprit. Et aujourd'hui, il se trouvait devant moi, trahi par les siens, ivre de colère. Il était pathétique. Comment avais-je eu si peur d'une telle créature ? Il me semblait si insignifiant maintenant… Alors que je faisais un pas en avant, il recula. J'étais pourtant la même qu'à notre dernière visite. Si frêle, si fragile. Ne voulait-il pas mater celle qui l'avait bafoué ? L'occasion se présentait enfin à lui. Il n'avait qu'à faire un pas dans ma direction, et alors…
Une porte dérobée explosa soudainement, laissant venir à nous les bruits des combats qui se déroulaient aux étages inférieurs. Démétri apparut suivi d'un autre homme encapuchonné.
---Ils attaquent la demeure ! cria Démétri à l'adresse de son maître. Nous avons été trahis !
---Tais-toi ! hurla Aro.
Nos ennemis nous fixaient, pleins de haine. La trahison était dure à accepter. Ils n'étaient plus que des fardeaux dont on désirait se débarrasser coûte que coûte. Ils n'avaient plus rien à quoi se raccrocher. J'aurais dû me délecter d'une telle scène, mais quelque chose me dérangea. L'homme qui n'avait pas une seule fois réagi face à notre présence… Il restait simplement adossé au mur, comme s'il avait été blessé. Et son odeur… elle titillait chacune de mes cellules, comme si elle m'annonçait clairement un danger. Ma mâchoire se crispa au point de sentir l'émail de mes dents crisser sous la pression de mes muscles.
A la seconde où je reconnus Jacob, mon esprit perdit pied. Mon regard se posa sur Aro faisant croître la fureur qui me consumait déjà. Mes yeux perdirent leur couleur naturelle, prenant une teinte violacée. Ils n'étaient plus que le reflet de la folie qui me guettait.
---Arrête-les ! hurla Aro à l'encontre de Démétri.
Tout se passa extrêmement vite. Ma main agrippa la gorge d'Aro alors qu'Edward envoyait Démétri valser.
---Certainement pas, sifflai-je la mâchoire toujours crispée.
Dans un geste de colère, je plaquai Aro contre le mur de pierre. La force de mon attaque fit exploser les roches laissant le corps de mon ennemi enfoncé dans la pierre. Sous mes doigts, je sentis peu à peu des tremblements secouer Aro. Je pris d'abord cela pour de la colère, mais bientôt un rire hystérique empli la salle. Je ne compris pas tout de suite, les raisons de ce changement d'attitude. Je le fixais toujours d'un regard sans vie, prête à le réduire au néant, mais lui me souriait avec une perversité qui me donnait la nausée.
---Tu crois réellement que tout va se passer comme tu l'avais prévu ?
Je n'eus pas le temps de réagir à ses propos. Une ombre menaçante fondit sur moi, m'arrachant à ma proie. Jacob venait d'attaquer. Il n'avait plus rien d'un homme, ni d'un loup, même son regard avait perdu toute trace d'humanité. Alors que j'étais sur le point de m'écraser au sol, le dernier rempart m'empêchant de sombrer dans l'inhumanité céda. Mon corps se déforma dans des craquements sinistres, laissant les stigmates de ma moitié louve altéraient mon apparence semi-humaine. J'étais à présent un monstre déchu, hideux et en colère.
Jake me toisa avec défi, incapable de gérer les pulsions de ses deux instincts meurtriers. Il chargea une nouvelle fois. Aro avait tord de croire qu'il pourrait m'arrêter en me mettant face à face avec celui que je chérissais plus que tout. Jake n'avait pas mon expérience, ni un contrôle absolument sur ses capacités. Il n'était qu'un nouveau-né, face à la créature la plus expérimentée qui soit.
Ses griffes eurent à peine le temps d'effleurer ma peau crayeuse. Je lui assainis un coup violent à la base du cou sans la moindre hésitation. Il tituba. Ma silhouette se fit trouble dans son esprit, pourtant, il résista au malaise qui le guettait. Il essaya une nouvelle fois de m'atteindre. Je n'eus qu'à esquiver et rattraper son bras pour encore l'envoyer contre un mur. Il insista. Depuis sa première attaque, je n'avais pas bougé d'un seul centimètre. Cela aurait dû lui suffire pour comprendre qu'il n'avait aucune chance. Il donnait l'impression d'être un pantin essayant d'attraper une ombre. La tranche de ma main s'abattit sur sa nuque. Il s'écroula devant les yeux médusés d'Aro.
Ma main retomba sur le côté me donnant un air encore plus inhumain. Je ne montrais plus aucune émotion. Je n'étais qu'une coquille vide qui distillait du poison dans les veines de son ennemi. Aro sembla se résigner à vouloir enfin m'assaillir. Ces mouvements étaient beaucoup trop lents. Je les voyais comme au ralenti, se découpant en saccades. Je ne cherchais même pas à l'éviter. Il enragea de plus belle.
---C'est donc cela ce que tu désirais tant ! hurla-t-il. Tu n'es plus qu'un monstre sans âme !
Il me frappa en plein estomac. Je reculais par instinct sans pour autant avoir mal.
---Tu es comme moi ! Tu es même prête à tuer celui que tu dis aimer !
Un autre coup, plus violent. Je ne bronchais toujours pas.
---Tu n'es qu'un déchet !
Ses cris n'étaient que des plaintes sourdes qui n'avaient aucun impact sur moi. Il n'était qu'un enfant essayant de faire s'écrouler le géant qui avait détruit son jouet.
---Je les tuerais tous ! Tu m'entends ! siffla-t-il.
Encore un pas en arrière. Il ne se rendait pas compte qu'il courrait lui-même à sa perte. Il n'avait aucune chance face au monstre que j'étais devenue. Par sa propre stupidité, il avait créé le pire ennemi qui soit pour les vampires. Si seulement, ce fou avait su… Encore un pas. Il avait détruit par son avidité tout ce qu'il avait construit. Sa recherche constante du pouvoir, sa cupidité aveuglante… Ne voyait-il pas le désastre qui se profilait devant lui ? Encore un pas. Oui, juste encore un pas. Encore un pas et l'étau allait se resserrer sur lui, le piégeant comme un animal.
Il ne sentit même pas les doigts de Jacob se resserrait sur sa cheville. La fureur l'aveuglait complètement. Mais alors que je reculais une dernière fois, son regard s'emplie d'horreur. Il ne pouvait plus me rejoindre. Il était immobilisé. Je le regardais curieuse de ce changement d'attitude. Il n'y avait pourtant aucune perfidie dans mon regard, ni même l'once d'une moquerie, seulement, réaliser qu'il était sur le point de mourir lui fit franchir un nouveau pas dans la folie.
---Comment… ?
Ma tête retomba de l'autre côté, et doucement mes yeux fixèrent une frêle silhouette. Aro sursauta en découvrant Bella, le regard aussi vide que le mien. Mes yeux revinrent sur Aro.
---Vous avez vous-même contribué à sa création. Elle inhibe les pouvoirs de Jacob, assez pour qu'il puisse contrôler ses instincts. Vous n'avez plus personne à qui vous raccrocher.
Ma voix était aussi dure et métallique que le métal. Elle résonnait désagréablement dans l'ancienne tour. Je n'avais plus aucune raison de reculer. Comme une ombre morbide, je m'avançais. Mes lèvres se retrouvèrent à quelques centimètres de l'oreille d'Aro.
---Que croyez-vous qu'il arrivera à votre carcasse sans son cœur ?
Un frisson de terreur parcourut Aro. Au même instant, mes griffes défoncèrent sa cage thoracique. Dans un hoquet, tout son corps se crispa. Mes doigts resserrèrent leur étreinte.
---Si vous rencontrez notre créateur, préparez-vous à subir pire que cela.
D'un coup sec, ma main sortit de son entrave. Le muscle encore battant fit s'écouler le sang qu'il contenait. Aro le fixait, éberlué. Son corps fut d'abord pris de tremblements incontrôlés, alors que le liquide cuivré continuait de suinter de la plaie béante que j'avais causée. L'agonie se poursuivit tandis que son corps incapable de rester en position debout s'écroula. Les convulsions se firent plus violentes. Ses yeux étaient tétanisés par la terreur. Il me voyait le toiser avec une indifférence totale, compressant un peu plus son cœur à chaque seconde. Dans un dernier râle, son corps cessa tout mouvement. Le cœur entre mes doigts se transforma aussitôt en un amas de poussière. La carcasse d'Aro suivit le même exemple quelques secondes plus tard.
J'étais pétrifiée. Incapable de faire le moindre mouvement. Le sang d'Aro se mit à me brûler avec une intense violence. Je regardais mon bras sans pouvoir réellement réagir à la douleur qui me submergeait. Ma vue se troubla. Mes jambes ne me soutinrent plus. Ma chute fut arrêtée par Edward.
---Cass ? Cass, est-ce que tu m'entends ?
---J'ai mal… mon bras…
Ma voix n'était plus ce son terrifiant que j'avais entendu. Elle avait repris cette douceur que je connaissais tant. Callée contre le torse d'Edward, je pus voir mes doigts délicats, ma silhouette fine et parfaitement humaine. J'avais pu redevenir moi-même. Cela avait été si facile…
---Jake… murmurai-je.
---Bella ?
---Il va bien. Il est sonné, c'est tout.
---Tu as entendu, Cassie.
---Oui.
---D'accord, on va quitter cet endroit de malheur. Il faut qu'on trouve Carlisle.
Il me souleva de terre avec une facilité déconcertante. J'avais pourtant l'impression de peser si lourd. Bella fit de même avec Jacob. Il était amusant de la voir porter la haute silhouette de Jake, elle qui était si petite, si fragile.
Ma tête commença à se cogner doucement contre mon porteur. Je pouvais sentir que l'on descendait les marches de l'escalier que nous avions emprunté quelques minutes plus tard. Tout était si calme à côté de moi. On ne se battait plus. Seul un silence de mort résonnait douloureusement. Etions-nous les seuls à avoir survécu ? Je ne pouvais même plus entendre les voix qui me hantaient habituellement. Tout cela était parti. Il n'y avait plus que cette douleur lancinante qui ne cessait de me harceler.
Soudain, on murmura à côté de moi. Je ne parvins pas vraiment à comprendre ce qu'il se disait. En me forçant un peu, je reconnus cependant la voix de Carlisle.
---Elle a été blessée ?
---Non, je ne comprends pas ! s'affola Edward. Elle s'est effondrée. Mais son bras l'a fait souffrir.
On souleva précautieusement mon avant-bras.
---C'est le sang d'Aro ?
---Oui.
Une main se plaqua contre mon front. Elle était si fraîche…
---Est-il mort ?
---Oui !
---Ce sang est en train de l'empoisonner… bredouilla Carlisle.
Des mains plus puissantes m'attrapèrent, me bringuebalant comme une vulgaire poupée de chiffon. Le vent se mit à souffler plus fort. Je pouvais sentir les premiers rayons du soleil caresser ma peau. C'était si agréable. Je savais que j'allais mourir, pourtant, j'étais en paix avec moi-même. Si c'était le prix à payer, alors je l'acceptais…
Voilà l'avant dernier Chapitre ! J'espère qu'il vous aura plu même si la fin va encore faire travailler vos nerfs. N'oubliez pas de me laisser un petit mot !
