Style : Yaoi, espionnage
Inspiré de : Alex rider
Couple : Alex rider X Yassen Gregorovich
Moscou Blues- Chapitre 4
Cette histoire se déroule à la fin de "jeu de tueur » SPOILERS au sujet de jeu de tueur et de Yassen.
L'avion en provenance de Londres n'avait pas une seconde de retard sur l'horaire. Et pour cause : il avait été affrété spécialement pour trois passagers. L'aéroport de Moscou avait tout fait pour que la piste soit dégagée à temps.
L'ambassadeur américain avait personnellement demandé à venir pour accueillir ses visiteurs, un homme à l'air grave et aux cheveux déjà gris malgré son visage qui n'affichait pas davantage que la quarantaine, un autre à l'air pincé et aux rides qui formait un masque sévère et une femme brune dépourvue de la plus totale expression. Malgré le peu de sympathie des visiteurs, l'ambassadeur les reçut avec un large sourire.
« Monsieur l'ambassadeur, M. Blunt, Madame Jones. Merci d'être venus si vite ! »
« Nous avions d'excellentes raisons de faire vite. » Rétorqua Alan Blunt, approuvé par Madame Jones.
« Je n'en doute pas. Ma voiture vous attend. »
Les trois britanniques suivirent en silence. L'ambassadeur anglais, Martin Freeman, paraissait être le seul inquiet.
A peine étaient-ils installés dans la limousine que Blunt s'enquit :
« Pourriez-vous nous donner de plus amples au sujet de…l'incident ? »
« L'attaque, vous voulez dire ! »
« C'est pour pouvoir utiliser le terme exact que Monsieur Blunt souhaite en savoir plus. » Intervint Freeman en jetant un regard courroucé au directeur du MI6, qui l'ignora.
L'ambassadeur américain se renfrogna :
« J'étais en dîner d'affaire lorsqu'on m'a prévenu qu'un adolescent avait assommé un de mes gardes. Nous avons évacué l'ambassade, selon la procédure de sécurité. Elle a prit feu peu après. »
« Vous avez vu sortir l'adolescent ? »
« Non. Ni moi, ni aucun de mes gardes. Mais l'un des incompétents qui l'ont laissé entrer ont pu voir ses papiers. »
« Et c'est en faisant des recherches que vous avez pris contact avec M. Blunt. » Compléta Freeman, apparemment de plus en plus nerveux.
L'ambassadeur américain approuva :
« Alex Rider, affilié au MI6 »
« J'ose espérer que vous n'avez nullement songé à une attaque de la part du gouvernement britannique ? » Demanda Madame Jones d'un ton neutre.
« C'est pour le vérifier que je vous ai demandé de venir. »
M. Blunt et Madame Jones échangèrent un regard avec Freeman. Après les incidents du 11 Septembre et les récents événements avec Sarov, les américains étaient sur les dents.
« Et…hormis le garçon, quelqu'un d'autre a disparu ? »
« Oui, mon invité. Un diplomate du nom de Vladimir Sladivich. »
« Avec votre permission, nous allons faire quelques recherches sur cet homme. »
« Ce que vous voulez pourvu que vous fassiez vite. J'aimerais voir ce malentendu se dissiper promptement. »
« L'ennui, Monsieur l'ambassadeur, c'est que le malentendu s'est échappé. » Fit remarquer madame Jones.
« Qui vous dit qu'il n'est pas mort dans l'incendie ? »
Alan Blunt secoua la tête :
« Vous pouvez me croire, Alex Rider n'est pas mort. »
« Tu n'as jamais appris le russe ? »
« Mon oncle ne m'a pas emmené en Russie. »
« C'est déjà extraordinaire de parler quatre langues à ton âge, tu sais. »
« Vous en parlez combien vous ? » S'enquit Alex.
Ils étaient rentrés après le repas et Gregorovich leur avait servi une boisson chaude avant de s'installer sur le canapé, Alex assis sur l'accoudoir à côté de lui.
« Un demi-douzaine, couramment. J'ai des notions dans une dizaine d'autres langues ou de dialectes. »
« Vous n'en aimez pas une plus que les autres ? »
Yassen sourit : « Il s'agit de simples outils pour moi, tu sembles l'oublier. »
Alex fronça les sourcils :
« On avait dit fifty-fifty. Avec tout ce que vous savez sur moi, j'ai le droit d'en savoir plus sur vous. »
« Très bien, très bien, j'abdique. Alors, que veux savoir le fils prodigue de Hunter ? »
« N'importe quoi, je m'en fiche. »
Alex voulait surtout soulever ce masque pour voir l'humain, la personne avec qui son père aimait passer du temps et qui ne se dévoilait que lorsqu'il devenait vulnérable.
« J'adore la littérature classique anglaise. C'était d'ailleurs la première raison qui m'a poussé à apprendre ta langue. J'aime les filles blondes et délicates, je ne supporte pas les opéras italiens et les fast-food, et pour moi rien ne remplace un morceau de Blues. »
« Han, han…Donc votre soirée idéale ce serait un Oscar Wilde, Jodie Foster et du Louis Jordan ? »
« Comme toi un épisode de X-Files en mangeant tes chips chinoises sur fond « Oasis ». »
« C'est un peu ça oui…Et mon père ? Il aimait quoi ? »
« Ton père ? Cuisine instantanée, café noir et Jazz. »
« Rien à voir avec moi, quoi. »
Gregorovich ébouriffa Alex.
« Les même goûts gastronomiques déplorables, peut-être. »
« Désolé, mais je préfère un ramen à un ragoût. C'est aussi comestible. »
« Et excellent pour compter tes côtes. Tu es toujours d'accord pour une séance de karaté ? »
« Oui. »
« Parfait. »
Gregorovich se leva et repoussa la table, dégageant un espace au milieu de la pièce, puis il ôta son pull, révélant un torse aux muscles harmonieux, mince et nerveux.
« Le premier à terre a perdu, ça te convient ? »
Alex descendit du canapé et se plaça face au russe, qui l'arrêta :
« Echauffement d'abord. Tes professeurs ne te l'ont pas appris ou tu es pressé de commencer ? » Fit Yassen avec un sourire, en s'approchant. « Assieds-toi par terre, je vais t'aider à faire tes étirements.
Alex étendit les jambes devant lui et commença à tendre les mains pour toucher ses pieds. Il sentit alors Yassen appuyer sur son dos.
« Bonne position. Tu as eu des professeurs compétents. »
Le russe déplaça ses mains le long du dos tendu, jusqu'à la nuque. Alex eut un long frisson. Il n'avait pas vraiment l'habitude du contact physique, pas aussi intime en tout cas. Gregorovich paraissait redessiner ses muscles et ses os du bout des doigts, comme un sculpteur.
« Tes bras sont un peu trop crispés. Délie tes muscles pour ne pas avoir de crampes. »
Se détendre ? Alex en aurait été bien incapable. La main de Gregorovich était remontée jusqu'à sa nuque, glissant sur sa gorge. Puis le contact disparut.
« Quand tu te sens prêt… »
Alex se redressa brusquement et se mit en défense. Yassen resta en face de lui, les bras le long du corps, en attente. Il lui laissait l'avantage du premier coup. Alex tourna légèrement et envoya brusquement la main vers la gorge du russe, qui para aussitôt.
« Joli coup…Rapide, bien exécuté…Mais prévisible. C'est un début de combat classique. »
D'une torsion de poignet, il fit perdre l'équilibre à Alex, et, pivotant sur lui-même, il envoya son pied vers la tête de son adversaire. Alex s'accroupit rapidement, puis plaça les bras en défense devant son visage, parant un coup de poing dont la force manqua le faire basculer en arrière. Il effectua alors un coup de pied et fouetta Gregorovich derrière les chevilles. Un instant, il crut avoir gagné mais du ravaler sa fierté en sentant le coude de Yassen l'atteindre au plexus : le russe avait concentrer son poids sur l'avant au lieu de basculer sur le dos.
« Ne descends pas ta garde tant que ton adversaire ne touche pas le sol. » L'avertit-il alors qu'Alex chancelait, le souffle coupé. « C'est l'erreur de ceux qui ont trop l'habitude de gagner. »
Sans attendre d'avoir intégralement retrouvé son souffle, Alex exécuta un mawashigiri vers le flanc droit.
Une erreur.
La fin de son mouvement perdit en précision et en vitesse et Gregorovich eut tout juste le temps de l'intercepter, avant d'appliquer un coup de pied dans les chevilles d'Alex, qui tomba lourdement sur le dos. Il cligna des yeux et vit le visage de Yassen se rapprocher soudain du sien.
Le russe s'était installé au-dessus de lui et l'empêchait de se relever en bloquant sa gorge de son bras :
« Tu as un excellent niveau : tes gestes sont précis, tes réflexes impeccables, tu analyses vite la situation… »
« J'ai perdu, pourtant. »
« Tu te reposes trop sur tes compétences. Tu considères la victoire comme acquise. »
« Pas vous ? »
« Jamais et contre personne. A fortiori contre toi. Mais tu as commis une faute d'orgueil. »
« Encore une punition ? » S'inquiéta Alex.
« Une leçon, simplement. Mais ne m'en veut pas si je prends tout de même un trophée. »
Alex ouvrit la bouche pour répondre mais n'en eut pas le temps. Yassen l'avait bâillonné avec douceur en l'embrassant, puis en caressant ses lèvres de sa langue. Alex sentit quelque chose qui ressemblait à de la peur enfler dans sa poitrine, mais une caresse dans ses cheveux et contre sa tempe l'apaisa. Il ne se débattit pas et se contenta de fermer les yeux.
« Je me rappelle pas vous avoir dit oui. »
Ils n'avaient pas reparlé du baiser depuis la veille. Après le combat, Alex s'était simplement relevé et avait regagné la chambre, où il était resté seul sans dire un mot. Yassen avait respecté son silence.
Le lendemain, ils étaient repartis promener dans Moscou, et Alex s'était décidé à aborder le sujet alors qu'ils marquaient une pause dans un parc.
Gregorovich le fixa quelques secondes, puis hocha la tête.
« Je sais. Mais tu n'as pas refusé non plus. »
« Vous auriez arrêté ? »
« Oui. »
Le russe n'avait pas joué les indignés, il avait répondu franchement, sans hésitation.
« Mais ça n'avait pas l'air de te déplaire. »
« Comment vous pouvez le savoir ? »
« L'expérience. Je sens tout de suite lorsque mon partenaire est réticent. »
« Votre…partenaire ? » S'étrangla Alex. « Minute ! Je veux pas… »
« Tu me l'as déjà dit, Alex. Mais je sens que tu n'es pas sûr de toi : tu es moins vindicatif lorsque je passe vraiment à l'acte. Tu devrais essayer de mettre un peu d'ordre dans tes pensées. »
« Vous m'avez affirmé que les bébés ne vous intéressaient pas ! »
« J'ai dit cela pour te provoquer. » S'amusa Gregorovich « Pour que tu me prouves que tu n'en étais pas un. »
Il y eut un silence, qu'Alex brisa finalement :
« Mais je reste un gamin pour vous. »
« Un enfant, nuance. »
« Où est la nuance ? »
« Ton jeune âge n'est pas préjudiciable pour moi : je ne te prendrais jamais de haut à cause de ça, comme certains. »
Alex se tendit, le souvenir cuisant de l'affaire Cray lui revenant en mémoire : le MI6 lui avait ri au nez, mais ne lui avait pas présenté d'excuses, même s'il avait empêché la destruction d'une partie d'une monde. Madame Jones s'était bornée à lui poser des questions au sujet de Gregorovich.
« Ils ne supportent pas que tu puisses être meilleur qu'eux. Et tu es meilleur qu'eux par ce que tu as envie de vivre : tu es jeune et tu veux apprendre, voir ce que tu n'as pas vu. C'est ta supériorité. »
« Comment vous savez ça ? »
Gregorovich sourit :
« J'ai été un enfant moi aussi. »
« Tout le monde, non ? »
« Moi j'ai grandi, pas vieilli. »
Alex observa les petites rides qui se dessinaient au coin des yeux glace d'un air sceptique. Cela fit rire le russe :
« J'admets : j'ai un peu vieilli. Mais pas suffisamment pour que mon étroitesse d'esprit me rende inefficace. »
« Et comment fait-on ? »
Gregorovich toucha le front d'Alex.
« On continue à penser par soi-même. Ce que tu fais très bien, je crois. »
Alex hocha la tête. Ces mots, il se serait attendu à les entendre dans la bouche des hommes du MI6…ou il aurait préféré, du moins. Préféré s'attacher à ceux qui étaient dans le bon camp plutôt qu'à l'assassin de son oncle.
Mais il l'avait suffisamment entendu, le monde n'était pas en noir et blanc.
Gregorovich s'était levé, le visage soudain plus sérieux. Son regard balaya le parc et Alex comprit qu'il y avait un problème. Il attendit donc, toujours sur le banc, guettant à son tour :
Une femme traversait le parc, le visage enfoui dans son col, deux hommes parlaient sur le banc en face d'eux et un vendeur ambulant semblait s'ennuyer ferme derrière sa baraque.
« Donne-moi ton appareil photo. » Murmura finalement Yassen.
Alex s'exécuta et Yassen plaqua aussitôt l'appareil sur son œil, effectuant un zoom en direction du vendeur, qui se troubla aussitôt. Vu.
« J'ai perçu un flash…Mets-toi derrière moi et couvre tes yeux. »
« Vous allez… »
La main du vendeur disparut quelques secondes sous son stand. Lorsqu'elle revint dans leur champ de vision, elle tenait un pistolet, pointé droit sur eux. Alex vit Gregorovich se courber légèrement, puis un trait d'argent fila en direction de l'homme, qui n'eut pas le temps d'esquiver le couteau. Il chancela et, un instant, Alex crut qu'il allait s'écrouler. Mais au lieu de cela, il se cramponna à son stand et affermit sa prise sur son arme, le visage crispé.
Alex sentit un poing de glace se refermer sur son estomac en comprenant qu'il allait tirer. Pourquoi Yassen restait-il immobile ?
La réponse était évidente : il faisait écran entre l'arme et Alex.
Lorsque le coup partit, tout se passa en moins d'une seconde : Alex poussa Gregorovich et une intense douleur inonda alors tout son corps.
« Alex, ALEX !!! »
Il hoqueta et voulut répondre au russe, pour le rassurer…Mais il en était déjà incapable et pour cause : le pistolet l'avait atteint à la gorge. Alex eut un pauvre sourire et s'effondra alors que des flashs de douleur dansaient devant ses yeux.
« Il a été repéré dans un parc près de la place rouge, mais il n'était pas seul : il parlait avec un homme… »
Alan Blunt, Madame Jones et Martin Freeman étaient assis en cercle autour d'un bureau, face à l'ambassadeur américain, qui leur tendit quelques photos flous où l'on distinguait un adolescent blond et un homme plus grand, blond lui aussi.
« Ils semblaient proches ? » S'enquit Madame Jones.
« Impossible de savoir mais il semblerait que l'homme ait emmené Rider après l'échange de coups. Notre homme a pu enregistré leur conversation mais la bande a été endommagée lorsque le compagnon de Rider a attaqué. »
« Votre informateur est décédé ? »
« Oui. Les cervicales et les côtes brisées. On ne lui a laissé aucune chance. » Fit l'ambassadeur d'un ton calme, mais où perçait une froideur de plus en plus marquée.
« Alex n'aurait pas fait ça. » Intervint Freeman « Jamais il n'aurait pu faire ça. »
« Aucun risque en effet : il a apparemment été touché dès le début du combat. »
Alan Blunt repoussa les photos.
« Je pense avoir une idée au sujet de l'identité du meurtrier, une idée que ma collègue approuvera, je pense… N'est-ce pas, Madame Jones ? »
« Yassen Gregorovich… »
« Il est connu de vos services ? »
« C'est un mercenaire et un tueur professionnel, parmi les meilleurs. Alex et lui ont eu des démêlés par le passé. » Expliqua madame Jones d'une voix qui, pour la première foi, exprimait un certain émoi.
« Hé bien ils semblent avoir réglé leur différends. » Trancha l'ambassadeur d'un air sinistre « Vous pensez que ce…Gregorovich a pu envoyer Alex Rider brûler l'ambassade ? Un attentat ? »
« Ou une diversion. Vous disiez que votre invité, un diplomate russe, avait disparu ? »
« En effet. »
Alan Blunt se caressa le menton.
« Nos services font actuellement des recherches sur ce…Vladimir Sladivich. Nous pourrons sans doute analyser les faits avec certitude une fois que nous en saurons plus à son sujet. Pourriez-vous nous faire écouter cet enregistrement ? »
« Certainement. »
L'ambassadeur pressa le bouton du petit appareil placé devant lui et la voix d'Alex Rider s'éleva :
« …me rappelle pas. »
« En fait, nous n'avons que des bribes de la conversation…Je ne suis pas sûr que cela nous en apprenne beaucoup. »
Ce fut ensuite la voix de Gregorovich qui répondit :
« …refusé…plus. »
« Vous auriez arrêté ? »
« Manifestement ce Gregorovich a proposé quelque chose à Rider. » analysa Freeman.
« …n'avait pas l'air… »
« Comment vous pouvez le savoir ? »
« L'expérience…mon partenaire…réticent. »
Blunt et Jones échangèrent un regard rapide. Le terme « partenaire » leur avait écorché l'oreille.
« Tu …essayer de mettre un peu…ordre…tes pensées. »
Il y eut un silence prolongé où une friture déforma ou effaça les propos échangés, puis la voix d'Alex, incertaine, reprit :
« Où est la nuance ? »
« …jeune âge…pas préjudiciable pour moi…Ils ne supportent pas…meilleur qu'eux…tu es meilleur qu'eux…tu es…tu veux apprendre…»
Cette fois, le regard échangé entre les deux agents du MI6 fut plus long, plus sombre.
« Tout le monde, non ? » Interrogea la voix d'Alex Rider, qui semblait plus assurée.
« …admets : …un peu…Mais pas suffisamment …»
« Et comment fait-on ? »
« …tu fais très bien… »
« L'enregistrement s'arrête ici. Apparemment, ils ont repéré notre informateur peu après. Je vous l'ai dit, cela nous avance guère. »
« Personnellement, je trouve cela éloquent. » Rétorqua Blunt « Gregorovich a parlé de partenaire réticent, d'expérience, de jeune âge qui ne lui était pas préjudiciable, et ce « tu es meilleur qu'eux »…Il monte Alex Rider contre nous. »
Madame Jones resta silencieuse mais paraissait troublée :
« Ce qui est surprenant c'est que Gregorovich n'ait pas détruit l'enregistrement et les photos avant d'emmener Alex. »
La première chose que sentit Alex en se réveillant fut la douce chaleur qui l'enveloppait, et le contact des doigts sur sa joue.
« Réveille-toi… »
Il gémit et cligna des yeux, essayant de reprendre contact avec la réalité.
« Alex… »
La voix de Gregorovich cachait mal son inquiétude. Alex parvint enfin à ouvrir les yeux et à les poser sur le russe. Il sourit péniblement et tendit la main dans sa direction.
Yassen était assis à son chevet.
« Ne fais pas d'efforts, Alex…Je pense que tes muscles sont encore endormis. »
« Endor…mis… ? »
Ales fut surpris par sa propre voix : enrouée et faible, comme coincée au fond de sa gorge.
« C'était un pistolet hypodermique. Ils avaient ordre de nous prendre vivants. Tu es complètement fou de m'avoir écarté, tu aurais pu être tué ! »
« La…douche…alors ? » Fit Alex avec un pauvre sourire.
Gregorovich soupira et se pencha pour l'embrasser sur le front.
« Petit imbécile. Te voilà alité pour une bonne journée, en tout cas : tes muscles sont complètement anesthésiés. Je vais te préparer quelque chose. »
« …'ci. » Marmonna Alex en fermant à nouveau les yeux.
« Ne te rendors pas. »
Lorsque Gregorovich revint avec un bol de bouillon, il put constater qu'Alex ne l'avait pas écouté. Il soupira et posa le bol sur le chevet avant de prendre le garçon aux épaules et de le redresser contre les oreillers, obtenant un grognement plaintif.
« Désolé, mais il faut que tu manges. »
L'odeur parut sortir Alex de sa torpeur :
« Pourquoi…peut pas dormir ? »
« Par ce que ton organisme assimilera plus rapidement la drogue si tu restes conscient. »
Il pressa le bol contre ses lèvres et le fit boire à petites gorgées, lui maintenant la tête droite de sa main libre.
« Tu n'as pas de fièvre, tant mieux. »
Le laissant finir, il reposa ensuite le bol.
« Tu as besoin d'autre chose ? »
« Mal à la tête… »
« C'est normal. J'ai eu peur que la seringue se soit enfoncée dans ton larynx mais il y a eu plus de peur que de mal. »
« Qui… »
« Je pense que l'ambassadeur a ordonné une enquête. Cela devient trop dangereux pour toi, je vais te renvoyer à Londres le plus vite possible. Le MI6 te couvrira. »
« Mais…et vous ? »
« Je n'ai pas fait brûler d'ambassade, moi. » Fit Gregorovich avec un petit sourire « Mais je pense qu'il est préférable que je ne m'attarde pas à Moscou non plus. »
Alex se redressa légèrement, le regard soudain plus vif :
« Et si vous m'accompagniez…à Londres ? »
Yassen lui caressa la joue et le rallongea :
« Tu n'y songes pas. Ce serait encore pire qu'ici…tu imagines, devoir me cacher chez toi, quand le MI6 t'as sous sa tutelle ? »
Il vit l'expression d'Alex redevenir morne, et son regard se voiler. S'asseyant sur le lit, il prit délicatement le visage du garçon entre ses doigts.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
« Vous me lâchez. »
« Je te mets en sécurité. »
« Vous vous mettez en sécurité. »
Gregorovich secoua la tête et empêcha Alex de détourner les yeux.
« Ecoutes-moi. Je n'ai besoin de rien ni de personne pour assurer ma sécurité. Toi, en revanche, tu as encore une vie normale hors de ces murs, et je ne veux pas que tu la foutes en l'air, que ce soit bien clair. Ian Rider te formait peut-être mais je ne veux pas voir mon filleul s'amuser avec des game boy explosives ou se baigner avec des méduses. John voulait une vie normale pour toi. Tu vas retourner à Londres. Je viendrais te voir si tu veux. »
Les derniers mots avaient quasiment échappé à Alex…Ses pensées s'était concentré sur un seul d'entre eux :
« Attendez…votre… « Filleul » ? »
« John m'a demandé d'être ton parrain lorsque tu es né. C'est pour cela que j'ai interrompu une mission pour venir en Angleterre. Ton père tenait à ce que je sois comme un membre de ta famille. »
Alex se sentait étourdi, tout à coup :
« Et…mon oncle ? »
« Il ne s'est jamais très bien entendu avec ton père, et, sans vraiment savoir qui j'étais, il ne m'aimait pas beaucoup. Il désapprouvait mon entrée comme parrain. Il pensait que je ne pourrais rien t'apporter de bon, et force m'est de constater qu'il était dans le vrai. »
« Non. Moi je n'y crois pas. »
Yassen considéra Alex, qui avait retrouvé son calme mais dont le regard brillait à nouveau.
« Vous vous inquiétez pour moi, alors que je vous ai apporté des ennuis. »
« Oh, je m'en doutais. Tu n'es pas le fils de Hunter pour rien, tu es bien du même sang, la ressemblance n'est pas que physique. »
Alex sourit. C'était la première fois qu'il semblait heureux, détendu. Yassen lui caressa les lèvres du bout des doigts, parlant d'une voix plus chaude :
« Enfin, tu souris. J'ai cru que je n'en aurais jamais aucun de ta part. C'est un beau souvenir pour moi, Alex. »
« Personne peut me faire sourire à part vous. »
« Et Jack ? »
« C'est pas la même chose. »
Yassen s'approcha légèrement et lui prit la main.
« Comment est-ce alors ? »
Alex rosit légèrement :
« Je ne suis pas sûr. Mais je sais que c'est différent. »
Ils se fixèrent quelques secondes, puis le russe murmura :
« Est-ce que tu me donnes le droit, cette fois ? »
« Oui. »
Leur lèvres se touchèrent doucement. Yassen resta délicat au début, sans forcer Alex, puis glissa la langue pour tester les réactions du garçon qui, en réponse, ouvrit docilement la bouche. Cela fit sourire le russe : il ne s'attendait pas à une réponse aussi rapide d'un amant aussi jeune. D'une main, il suivit la courbe de la gorge, puis le torse, la hanche.
« Stop. »
Il venait de briser le baiser.
« Arrêtons là. C'est suffisant pour le moment. »
Mais Alex le retint :
« Je suis un enfant, c'est pour ça ? »
« Tu es vierge, surtout. Et tu n'es pas dans ton état normal, ce serait immonde de ma part. »
« Mais… »
Yassen posa un doigt sur la bouche d'Alex.
« Avant ton départ. Je te le promets. Sois patient, c'est aussi difficile pour moi d'attendre. »
A SUIVRE…
