Style : Yaoi, espionnage
Inspiré de : Alex rider
Couple : Alex rider X Yassen Gregorovich
Moscou Blues- Chapitre 5
Cette histoire se déroule à la fin de "jeu de tueur » SPOILERS au sujet de jeu de tueur et de Yassen.
IMPORTANT :ce chapitre a une version avec lemon, vous trouverez cette fic en intégralité sur adult fan ficiton . net (dans la section non-english fic)
« Il a fait QUOI ? »
Cela faisait plus de dix minutes que Martin Freeman entretenait avec Jack Starbright une conversation plus que tendue. La gouvernante avait appelé l'ambassade de Grande Bretagne pour savoir où en était le MI6 dans ses recherches.
En ne voyant pas Alex rentrer, elle s'était immédiatement rendue au siège des services secrets, persuadée qu'ils l'avaient envoyé à l'autre bout du monde. Ensemble, ils avaient conclu à une fugue…ou un enlèvement. C'était finalement l'ambassadeur américain qui leur avait appris l'emplacement d'Alex.
« Melle Starbright…Calmez-vous. »
« Que je me calme ??? Vous m'apprenez qu'Alex a été enlevé par un mercenaire russe et qu'il a provoqué la destruction d'une ambassade et vous voudriez que JE ME CALME ? »
« Mademoiselle, c'est vous qui avez exigé de savoir. Vous connaissez votre poulain, je crois. »
« Avant que vous ne veniez lui pourrir l'existence, il agissait comme n'importe qui ! »
Freeman poussa un soupir. Avec une telle mère poule, c'était à se demander si Alex Rider ne portait pas encore la couche.
« Ecoutez, mademoiselle Starbright, vous vouliez des nouvelles, vous en avez : Alex va bien et nous ne tarderons pas à le ramener en Angleterre. Comme ça vous pourrez hurler en toute quiétude sans payer le prix de la communication. »
« Et qui vous dit que son kidnappeur ne va pas lui faire du mal ? »
« Honnêtement, ce serait surprenant. On ne fait pas traverser le globe à un adolescent connu des services secrets pour l'abattre ou le malmener. Si Gregorovich avait voulu du mal à Alex, il se serait contenté de rentrer chez vous. »
« Alors que lui veut-il ? »
« Nous n'en sommes pas sûrs, mais apparemment, il essaie de l'utiliser contre nous. »
Alan Blunt et Madame Jones regardaient le houleux échange d'un air ennuyé. Ce n'était pas la première fois que la gouvernante d'Alex Rider déchaînait ses foudres contre eux. Quant à l'ambassadeur américain, il ignorait Freeman :
« Nous avons placé des hommes dans tous les aéroports de la région. Ils ont ordre de prendre le petit vivant, mais d'ouvrir le feu sur Gregorovich si nécessaire. Cet homme est dangereux. »
Blunt eut une grimace pincée, comme il en faisait souvent :
« Pas tant que ça puisque vous avez déjeuné avec lui. »
« Je vous demande pardon ? »
« Vos informateurs ne vérifient que l'identité des enfants dans votre ambassade ? » Enchaîna Madame Jones « Celui que vous avez pris pour un diplomate russe n'était ni plus ni moins Yassen Gregorovich, nos services nous l'ont confirmé. C'est une de ses nombreuses identités. »
« Et…qu'en concluez-vous ? » Interrogea l'ambassadeur d'une voix blanche.
« Que Gregorovich utilise Alex Rider. » Rétorqua Blunt.
« Vous voulez dire, comme nous l'avons fait ? » Ajouta Madame Jones d'un air tendu « Alex n'a tué personne, il n'y a eu que de la casse matérielle. Et nous savons tous les deux pour quelle raison Gregorovich a réussi à mettre Alex de son côté, M. Blunt. Nous le savons mieux que personne. »
Les deux agents du MI6 s'affrontèrent du regard sans échanger un seul mot, uniquement interrompus par l'ambassadeur américain :
« Avez-vous un autre conseil à me donner pour la capture de votre ex-recrue ? »
« Surveillez les sorties de la ville. »
« Je n'en ai pas le pouvoir. Il faudrait que je m'entretienne avec l'ambassadeur Russe pour en avoir le droit. »
« Ce sera long ? »
« 24 h. »
« Alors ils vous ont déjà échappé. »
« Tu ne veux pas dormir encore un peu ? »
Alex s'étira autant qu'il le pouvait dans le tout terrain.
« Non, j'ai trop froid, je m'engourdis. »
« Il y a une couverture supplémentaire à l'arrière. » Lui signala Gregorovich.
« Ca ira, merci. J'ai dormi longtemps ? »
«Presque sept heures. Je savais qu'il te fallait encore un peu de temps pour récupérer. Comment va ta gorge ? »
« Mieux mais j'ai encore un peu de mal à parler. »
« Tu en auras encore pour la journée. Ils ont mis une dose massive, ce projectile m'était réservé. »
Peu après leur conversation, Yassen était sorti, laissant Alex seul quelques minutes. A son retour, il lui avait annoncé qu'ils s'en allaient. Il l'avait porté jusque dans un tout-terrain bâché. Une heure plus tard, ils étaient sortis de Moscou, en direction de la frontière Finlandaise. Yassen avait prévu de laisser Alex à Helsinki, d'où il contacterait Jack et regagnerait l'Angleterre.
« Pourquoi ne pas simplement avoir pris l'avion en Russie ? »
« Par ce que les aéroports sont surveillés. »
« Mais vous voulez que le MI6 me récupère, non ? »
« Alex, ce ne sera pas le MI6 mais les américains qui te récupéreront. Ils t'enfermeront et je doute qu'ils soient très cléments, malgré tes récents contacts avec la CIA. A Londres, le MI6 te protégera sans que les américains viennent s'en mêler. Je ne veux pas devoir aller te chercher dans une prison gouvernementale. Tu ne connais pas les méthodes des américains, ce n'est pas ton âge qui leur donnera des complexes. »
« Je ne veux pas savoir comment vous en êtes aussi sûr. »
« En effet, tu ne veux pas. »
« Vous m'aviez dit que vous ne tuiez jamais les enfants. »
Yassen eut un sourire.
« Alex, tu n'as vraiment pas envie d'entendre la vraie raison pour laquelle j'ai dit ça. Je ne dis pas toujours la vérité. »
« Ok, c'est bon, j'ai compris. Je demanderais plus. »
« Merci. »
Alex se cala mieux sur son siège et contempla les étendues blanches autour d'eux. Il était surpris que cela ait été aussi simple de quitter Moscou…Mais sans doute l'ambassadeur américain n'avait-il pas eu le temps de placer un cordon de sécurité autour de la ville…et cela expliquait la vitesse à laquelle Yassen avait organisé leur départ. Une fois en Finlande, les américains ne pourraient plus atteindre Alex, puisqu'elle appartenait à l'union Européenne, comme la Grande-Bretagne.
Néanmoins, Gregorovich paraissait soucieux.
« Il y a un problème ? »
« La frontière m'inquiète. Les américains ne peuvent placer personne légalement, mais avec la corruption qui règne en Russie, il leur sera facile de remplacer la légalité par une enveloppe de billets, ce qui prend nettement moins de temps. »
« Mais ils ne peuvent pas bloquer toutes les frontières ! »
« Ils ne sont pas idiots, ils se doutent que je vais te rapatrier vers l'Europe. Mais nous nous soucieront de ça plus tard. D'ici une heure, nous devrions rejoindre Petrozavosk. C'est la dernière grande ville avant la frontière. »
« Nous n'avons plus d'essence ? »
Gregorovich lui jeta un regard de biais avec un sourire.
« Non. Mais je pensais que tu aimerais me voir tenir ma promesse.»
Alex devint écarlate et détourna les yeux.
« J'ajouterais que je ne veux pas t'imposer quelque chose dans une voiture aussi inconfortable. Je t'avouerais que j'ai assez peur de te faire mal. »
« Je suis pas votre premier, à mon avis. »
« Mon premier mineur, si. Et puis tu n'es pas n'importe qui pour moi, je ne me pardonnerais jamais de te blesser. »
« Hé ho, je suis pas en sucre. »
Yassen éclata de rire, sans cesser de regarder la route.
« J'attends de voir ça. »
La nuit était tombée lorsqu'ils parvinrent à Petrozavosk, ce qui semblait arranger Gregorovich : ainsi, ils étaient plus discrets. L'entrée de la ville n'était pas contrôlée et il y avait peu de chance que l'ambassadeur américain ait eut le temps de la faire surveiller, mais il pouvait y avoir des mouchards.
Le réceptionniste n'adressa pas un regard à Alex, à son grand soulagement. Il monta dans la chambre avec empressement…il commençait à comprendre ce que pouvait ressentir Gregorovich, à guetter partout si personne ne le suivait ou ne le fixait anormalement.
« Nous resterons une heure ou deux. » Lui annonça Yassen en fermant la porte derrière eux.
« Seulement ? »
« Chaque minute que nous restons ici donne un peu plus de temps aux américains pour bloquer la frontière. »
Yassen lui sourit et caressa ses cheveux.
« Ty nastopko jepateney… » Souffla-t-il alors.
« Qu…oi ? »
« Je me comprends. » Répondit Yassen avec un sourire avant de l'embrasser.
Terrence Black était installé depuis deux heures environs, à moins de cent mètres de la route, abrité derrière les ruines d'un petit village, en bordure de la Finlande…Au loin, on devinait, comme des têtes d'épingles, les skieurs de la station frontalière, de l'autre côté de la barrière.
Les douaniers ne savaient pas qu'il était là et ça n'avait guère d'importance, lorsqu'ils s'en rendraient compte, Terrence aurait obéi aux ordres qui lui avaient été communiqués.
Ils avaient changé depuis quelques minutes à peine.
Sa première instruction avait été de s'installer près de la frontière et d'y guetter un homme et un garçon.
Il avait ordre de tirer sur l'homme et de s'assurer que la balle serait mortelle. Ensuite, les douaniers ramèneraient le garçon à Moscou. L'ambassadeur en personne lui avait donné les quelques détails de l'opération, devant témoins. Black n'avait pas posé de questions. Pas plus que lorsque son ordre lui avait ensuite intimé d'abattre le garçon également.
Nul doute que l'ambassadeur préférait que cette instruction soit passée sous silence.
Tuer un enfant ne gênait pas spécialement Terrence : ce n'était que de la chair, des muscles, des os, simplement plus petit. Il était tireur d'élite, et il identifiait les autres par leurs points vitaux. Ni race, ni âge, ni sexe. Jamais.
S'il ajustait convenablement son fusil sniper, peut-être pourrait-il faucher les deux d'une seule balle. Ce serait parfait. L'ambassadeur pourrait déplorer une bavure, et lui verserait une prime en sous-main.
Un grondement attira finalement l'attention de Terrence. A l'aide de ses jumelles, il vit arriver le tout-terrain, et ne les abaissa que lorsqu'il eut la certitude d'avoir affaire aux cibles décrites : un homme et un adolescent blond. D'une main assurée, Terrence ajusta son fusil et releva le cache du viseur. Il avait calculé : en visant le cou de l'homme, il aurait aussi la tête de l'enfant.
Posant ses coudes sur la neige, Black attendit, les doigts posés sur la gâchette et les yeux rivés sur la minuscule croix que lui renvoyait son arme.
Deux chairs, deux squelettes, deux cœurs. Rien d'autre.
« Nous arrivons. D'ici deux heures, tu seras à Helsinki. »
Alex gardait le silence depuis qu'ils étaient remontés en voiture. Son visage s'était à nouveau fermé. Gregorovich allait le laisser seul…et quand se reverraient-ils ? Dans deux mois ? Six mois ? Des années ? Alex n'était pas sûr de supporter encore la solitude après la douceur et les attentions de Yassen. Il voyait se rapprocher la frontière avec amertume et se demandait s'il ne préférait pas une vie de fuite permanente aux côtés du Russe.
Après avoir fait l'amour, il s'était assoupi quelques minutes contre Yassen, savourant la chaleur et le bien-être que lui procurait ce contact.
« Je ne veux pas retourner à Londres. » Avait-il finalement dit en levant les yeux sur Gregorovich, une détermination nouvelle s'enflammant dans son regard sombre.
« Tu y retourneras. Tu sais très bien qu'il est impossible de faire autrement. »
« Yassen… »
« Je t'ai dit que je viendrais te voir. »
« Yassen… »
« N'insiste pas. Je te déposerais à Helsinki avec un peu d'argent et je partirais vers la Biélorussie, comme convenu. »
Le ton était on ne peut plus définitif. Bien sûr, Gregorovich avait raison, mais Alex détestait que la raison bride ses sentiments. Il haïssait le MI6, les américains, toutes ces histoires qui ne le concernaient ni de près ni de loin. Tout ce qu'il voulait, c'était pouvoir rester avec les personnes qui l'aimaient sans qu'un milliardaire, un psychopathe, ou les deux, vienne tout faire écrouler.
Quelque chose de chaud lui effleura alors la joue, le tirant de ses sombres pensées. Yassen s'était penché sur lui pour l'embrasser, devinant sans doute qu'il était triste. Alex, voyant la frontière se rapprocher, ne réfléchit pas et se serra contre Yassen. Le russe lâcha le volant quelques secondes pour lui caresser le visage, faisant dévier le tout-terrain.
C'est ce qui leur sauva la vie.
Terrence Black avait déjà appuyé sur la gâchette lorsque le véhicule avait soudainement dévié de son axe. La balle traversa la bâche et alla s'enfoncer dans le bras de l'homme. Il n'en fallut pas plus pour que le tout-terrain fasse une embardée et s'immobilise sur un monticule de neige, le moteur tournant dans le vide. Des coups de feu éclatèrent alors, précisément dans sa direction. L'homme qu'il avait blessé savait ce qu'il faisait et semblait décidé à ne pas lui laisser une chance de recommencer. Terrence se redressa en voyant la silhouette venir dans sa direction. Evidemment. C'était le seul endroit où un sniper pouvait s'embusquer. Il finirait donc le travail au corps-à-corps et s'occuperait de l'enfant ensuite. Tirant de sa botte un couteau de combat, il se dirigea paisiblement vers Gregorovich.
Lorsque Yassen avait poussé un cri de douleur, Alex avait paniqué, comprenant rapidement qu'on les agressait. Mais lorsque le tout terrain était sorti de la route, il avait donné de la tête contre le tableau de bord, n'entendant plus ni la voix de Gregorovich, ni le grondement du moteur. Lorsqu'il parvint à se redresser, il sentit le goût du sang sur sa langue et bougea tout son corps, craignant que quelque chose ne réponde plus.
Mais hormis une belle plaie au front, il était entier.
En revanche, Yassen…
La balle avait rendu son bras inutilisable : il pendait le long de son corps, de longues rigoles sombre se dessinant à la surface de sa veste, qui portait de profondes traces de lacération à hauteur du torse et de la gorge. L'odeur écoeurante du sang emplissait la voiture et le regard du russe était comme voilé. Néanmoins, il sourit à Alex :
« Tu va bien… »
« Qu'est-ce…qui s'est passé ? » Balbutia Alex, qui sentait des larmes de panique lui piquait les yeux, alors qu'un filet de sang lui coulait le long du visage.
« Un tireur embusqué. Il a raté son coup, heureusement. Ha… »
Yassen émit un grognement de douleur et porta les mains aux plaies sur son torse.
« Enfin…en partie. Attache-toi, nous repartons. Les douaniers pourraient bien venir faire une ron… »
Puis le silence.
Terrifiant, ce silence, alors que l'odeur tournait la tête d'Alex.
« Yassen ? »
Pas de réponse. Le russe avait fermé les yeux, son corps avachi sur le siège.
« Yassen !!! »
Alex se redressa, ignorant la douleur qui labourait son crâne et posa une main tremblante sur la gorge de Gregorovich. Le cœur battait.
Bien sûr, ils auraient pu rester là…attendre que Yassen se réveille, reprenne la voiture…Yassen qui se vidait de son sang.
Le moteur du tout-terrain tournait toujours. Alex se força à respirer calmement. La frontière était tout près, il s'agissait tout au plus de vingt minutes à pied…et dix minutes en voiture. Les douaniers avaient du les repérer, ou ne tarderaient pas à le faire, et Alex n'avait pas de passeport.
Il se passa une main sur le visage, essuyant le sang qui coulait, et se dégagea de son siège, sa décision prise.
« Monsieur Blunt, je viens de recevoir un avis de la frontière. »
L'ambassadeur américain semblait nerveux.
« Ils ont arrêté Rider et Gregorovich ? »
« Pas exactement… » Répliqua l'ambassadeur en serrant les poings sur son bureau « Mais ils les ont vu passer. »
« Comment ça ? »
« Votre…petit espion conduit remarquablement bien pour un adolescent de 14 ans. Il a littéralement défoncé la barrière au tout-terrain. Apparemment, il tenait suffisamment bien la route pour s'arrêter au premier village finlandais. »
Madame Jones s'était assise et restait silencieuse, mais parut satisfaite des nouvelles :
« Dans ce cas, nous allons prendre l'affaire en main. Monsieur Freeman va contacter le gouvernement Finlandais pour que nous puissions rapatrier Alex à Londres. »
« Une seconde ! Je vous rappelle que ce garçon est coupable d'attentat envers États-Unis d'Amérique et de fraude aggravée en Russie, j'exige qu'il soit expatrié ! »
L'ambassadeur avait tapé du poing sur la table. Alan Blunt ne cilla pas mais se leva posément.
« Je comprends…C'est la procédure en effet. De notre côté, nous tâcherons de déterminer l'origine de ce sniper retrouvé mort près de la frontière…Vos agents ne sont pas discrets, monsieur l'ambassadeur… »
Blunt jeta sur le bureau un papier plié.
« Ils remettent leur rapports à n'importe qui. »
L'ambassadeur se figea quelques secondes.
« En fait, nous pensons que Gregorovich pouvait être sa cible…est-ce très prudent de tirer sur un homme qui détient un enfant, dites-moi ? Qu'en dirait l'opinion ? Ne serait-ce pas préférable de ne pas nous embarrasser davantage de ces procédures pesantes, monsieur l'ambassadeur ? » Interrogea Madame Jones en se levant à son tour.
Il y eut un silence, puis Alan Blunt reprit :
« Nous allons nous retirer, maintenant que cette affaire est terminée, et nous occuper d'Alex Rider. Ils ne vous causera plus aucun souci et vous présentera…mmmh…des excuses. »
« Et Yassen Gregorovich ? »
« Inutile d'espérer lui mettre la main dessus pour le moment. D'après ce que nous savons, Alex Rider a appelé sa gouvernante depuis Helsinki. Je doute que Gregorovich soit resté avec lui. »
« Tu ne manges pas ? »
« Je n'ai pas faim, Jack. » Rétorqua Alex en montant les escaliers vers sa chambre, la tête basse.
Depuis qu'il était revenu de Finlande, il semblait plus sûr de lui, plus à l'aise…mais plus triste aussi. Il n'avait pas desserré les dents au sujet de son « enlèvement » et le MI6 avait maintenu sa thèse d'endoctrinement. Ils avaient promis à Alex de le protéger de Gregorovich. Jack en avait été rassurée, et le dorlotait, essayant difficilement de le faire sourire.
Ce n'était pas pareil.
Alex adorait Jack, bien sûr. Il ne pouvait pas se passer d'elle…
Mais Yassen…
Il se laissa tomber sur son lit et contempla le plafond…bien sûr, le russe avait promis de venir le voir. Après la frontière, Yassen s'était réveillé et avait péniblement réussi à mener la voiture jusqu'à Helsinki, avant de disparaître, sans un mot, sans un au revoir. Le MI6 s'était étonné de ne pas l'avoir retrouvé dans un des hôpitaux de la ville, mais Alex en savait suffisamment pour se douter que jamais Gregorovich n'aurait commis une bêtise pareille.
Pendant qu'il était en Russie, l'été avait définitivement pris fin à Londres, et le temps n'était qu'un écho à ce qu'il ressentait : gris, froid, pluvieux. Alex pleurait sans comprendre pourquoi, restait des heures, assis et silencieux. Il attendait. C'était tout ce qu'il pouvait faire, attendre…
« Alex ? Un de tes copains a déposé ton CD dans la boîte aux lettres avec un petit mot ! »
« Mon CD ? »
Jack était entrée et lui tendit une enveloppe griffonnée :
« Merci pour le CD et désolé pour l'attente. Yann Gassey. »
Yann Gassey. Y G. Alex déglutit et se força à sourire à Jack.
« Oui, je lui avais demandé de le déposer à la maison…Merci. »
« Tu es sûr que tu ne veux rien manger ? »
« Pas pour le moment. Mais je verrais tout à l'heure. »
Jack lui passa une main dans les cheveux et sortit en soupirant.
Doucement, Alex décacheta l'enveloppe et y trouva un CD gravé, où était inscrit le dernier titre d'Oasis. Il se leva et ouvrit le lecteur de l'ordinateur, dans lequel il le glissa. La première piste se mit en marche et la voix de Yassen retentit dans les haut-parleurs.
« Bonjour Alex. Comme tu vois, j'ai fait aussi vite que j'ai pu…Je sais que je t'ai fait peur à Helsinki, mais il était trop dangereux de rester avec toi. Le MI6 n'est pas toujours efficace mais étant donné les circonstances, je suppose qu'ils t'ont mis la main dessus peu après ton arrivée. Rassure-toi, je vais bien, la blessure de mon bras est pratiquement guérie et je n'en garderais pas de trace. Je sais que tu vas bien aussi, mais je me doute que ton esprit n'est pas tranquille. Je te l'ai promis, je viendrais te voir, te parler, et pas au travers d'un enregistrement. Je ferais tout ce que je pourrais. N'inquiètes pas ta gouvernante, essaie de lui sourire. Pense que je t'aime, Alex. »
Il y eut un silence, puis Yassen reprit, sur un ton légèrement plus sensuel :
« J'ai mis une deuxième piste sur ce CD…un morceau de blues que j'aime particulièrement. Tu te demandais pourquoi je te parlais en russe l'autre fois, voilà ce que je voulais te dire… »
Le CD eut un silence, puis passa à la seconde piste.
« Je savais pas que tu aimais le Blues. » S'étonna Jack alors qu'Alex remettait le morceau au début. « Tu ne l'écoutes pas sur ta chaîne ? »
« Le son n'est pas bon. Et puis je n'aime pas le blues…juste cette chanson. Elle me rappelle de bons souvenirs. » Fit Alex en souriant. Jack lui pinça la joue :
« Moi du moment que ça t'ôte ce petit air boudeur, je peux supporter n'importe quel musique. Tu as l'air d'aller mieux depuis quelques jours.»
Alex hocha la tête. Son regard brillait.
Les accords Blues emplirent le salon alors que la voix chaleureuse de Billie Holiday fredonnait :
You're so desirable
I just can't resist you
You're so desirable
I have to give in
That tirm resolve I made
Has vanished away now
I'm happy to say now
You win
FIN
