OMNIA VINCIT AMOR

L'Amour triomphe de tout


Partie 4 : Protège-moi, juste une fois…

Harry essaya de ne pas paraître avoir l'air trop stressé tout en attendant les aveux de son Maître. Il posa son regard un instant sur la robe de celui-ci élégamment ornée de broderies noires presque invisibles dans son ensemble noir. C'était de toute évidence une robe de haute couture sorcière.

"Si je suis venu, Harry, c'est surtout pour m'excuser" commença le Lord Noir avec un visage sombre "Je n'aurais jamais dû profiter de toi ce soir-là, je m'en veux terriblement…"

"Vous n'avez pas vraiment profité de moi, Maître" murmura Harry avant de baisser les yeux vers le sol.

"Si, j'ai profité de ta faiblesse et de l'autorité que j'ai sur toi, tu sais je trouve cela vraiment dommage que nos rapports aient à ce point dérapés… Je ne sais pas si tu te rends compte vraiment de ce que j'ai fait, mais je t'ai complètement méprisé en t'amenant dans ma chambre alors que j'avais énormément de respect pour toi. J'aurais souhaité que nos rapports en restent aux leçons de piano…"

Harry leva ses yeux d'émeraude vers son Maître, essayant de canaliser la douleur qu'il ressentait à ces mots.

"Mais vous avez voulu arrêter les leçons de piano…" objecta Harry.

Lord Voldemort passa une main dans ses cheveux, terriblement gêné.

"Je le sais… Tu sais je m'en veux vraiment beaucoup, alors je vais essayer d'être sincère avec toi mais tu dois me promettre que tout ce que je vais te dire restera entre nous, c'est d'accord ?"

"Je vous le promets, Maître" répondit Harry légèrement curieux.

Le Seigneur des Ténèbres demeura silencieux un moment comme s'il rassemblait ses pensées.

"Comme tu as pu le constater, j'entretiens une relation avec Severus Snape depuis de nombreuses années. Je n'ai jamais réellement mis un mot sur notre relation mais de toute évidence, Severus l'a fait pour moi… Mais quelque part, je le comprends, il avait à peu près ton âge lorsque nous avons commencé à nous voir régulièrement et j'ai été son premier amant. Il est évident que lui m'est resté fidèle mais moi je n'ai jamais vraiment compris ce que ça voulait dire de rester enchaîné à quelqu'un toute ma vie."

"Vous voulez dire que vous l'avez trompé ?" demanda Harry.

"Je ne pensais pas le tromper lorsque je le faisais puisqu'il n'était à l'origine qu'un mangemort de second ordre comme toi et qu'il n'était rien de plus qu'une petite distraction, j'en ai honte maintenant… Mais, ses talents extraordinaires en potions et sortilèges ont fait qu'il ait rapidement passé de mangemorts de second ordre à favori, il a un peu près suivi le même trajet que ton père"

"Il n'est pas vraiment comme moi alors…" murmura Harry même s'il comprenait qu'il y avait de dangereuses similitudes entre lui et Snape. Lord Voldemort ne releva pas la phrase de son mangemort.

"Les années ont passées et de part sa beauté et ses talents, je n'ai pas voulu mettre un terme à notre relation, je l'appréciais beaucoup et il est devenu très important dans ma vie à tel point que je pouvais me passer de mes autres amants pendant des mois. Le problème est que – et je viens de le savoir – Severus Snape était et est toujours amoureux de moi, mais il l'a pourtant bien caché" dit Lord Voldemort en fronçant les sourcils, ayant l'air de se perdre dans ses pensées.

"Vous l'avez quitté ?" demanda Harry d'un air incrédule.

"Je crois bien que oui, mais ça n'a pas été facile car Severus Snape avait toutes les raisons de croire que je voulais vivre avec lui… (Voldemort gesticula nerveusement sur le banc du parc), vois-tu au fil des années, j'ai commencé à avoir une drôle d'envie qui devait de toute façon arriver avec l'âge… Je voulais avoir un enfant, je me fichais du père ou de la mère, j'en voulais un. Or, je savais depuis le début de notre relation que Severus Snape était destiné à mettre mon enfant au monde, c'est lui-même qui m'avait annoncé cela, une prophétie avait été faite sur son compte, pourquoi ne l'aurais-je pas cru ? Alors, je l'ai tout bonnement autorisé à faire des recherches pour qu'il puisse porter mon enfant… La potion que tu as vu dans les mains de Severus ce soir-là était l'échantillon le plus réussi que Severus était parvenu à faire, vois-tu ce soir-là je ne courais pas après Severus mais après la potion… Je n'ai pensé qu'à ça et je n'ai même pas eu la présence d'esprit de te dire de m'attendre, je ne dis pas qu'on l'aurait fait mais au moins tu aurais compris que je ne me fichais pas de toi…"

Harry resta muet un court instant.

"Donc vous ne l'aimez pas ?" fit Harry vivement.

Lord Voldemort eut un léger sourire.

"Je ne sais même pas ce que c'est d'aimer" répondit franchement son Maître.

"Et cette potion… Elle a marché ?" demanda Harry en se mordant la lèvre inférieure.

"Oui… Au début. Severus a perdu l'enfant. La potion n'est pas tout à fait au point."

"Alors pourquoi l'avez-vous quitté ?"

"Parce qu'il m'a menti" répondit le Lord Noir "Harry… Je vais maintenant te parler de quelque chose qui te concerne directement, je sais qu'il est un peu tard et si tu veux qu'on remette cette discussion à demain, dis-le moi et je n'y verrais aucun inconvénient."

"Vous avez attisé ma curiosité, et je ne suis pas fatigué… Je vous écoute."

"Bien…" murmura le Lord Noir, il soupira, "Je ne savais pas que Severus te faisait subir un calvaire, sinon je l'aurais arrêté bien plus tôt, j'en suis vraiment désolé… Toujours est-il que lorsque j'ai su cela, j'ai commencé à me dire que son attitude envers toi était complètement irrationnelle, je ne comprenais pas ce qui avait pu déclencher une telle haine à ton égard, certes ton père et lui étaient tout sauf amis mais de là à te faire frapper par d'autres mangemorts ! Je veux dire, il avait de quoi être jaloux mais ce n'était pas la première fois qu'il me surprenait, et il ne savait rien de nos leçons de piano, il ne pouvait pas savoir que je te considérais beaucoup plus que tous les autres, je l'ai puni de ses actes envers toi et je lui ai demandé la raison d'une telle violence."

"Et alors ? Il a répondu quoi ?" demanda Harry, avide de savoir ce qui avait pu motiver ce bâtard immonde de Snape.

"Il m'a tout d'abord avoué qu'il m'aimait, et c'est ça qui est la clef de son comportement. Mais pour que tu comprennes bien tout, je dois remonter vingt ans en arrière lorsque Severus et moi avons commencé à nous voir. C'est à ce moment-là qu'il m'a dit qu'il était destiné à mettre mon enfant au monde, ce que je ne savais pas c'est qu'il avait complètement détourné une information que James Potter lui avait demandé de me transmettre. C'était très imprudent de la part de James mais il ne savait pas à quel point Severus le haïssait et était d'ores et déjà amoureux de moi. La réalité était certainement qu'il pensait qu'une information de ce calibre et à mon intention ne pouvait pas être déformée par Severus qui était plus que fidèle envers moi."

Harry attendait impatiemment et le souffle coupé, la suite du récit de son Maître. Mais celle-ci ne vint pas tout de suite. Lord Voldemort regardait son mangemort avec un sourire à la fois doux et désabusé.

"James était très fier de toi, il revenait de ses permissions avec un énorme sourire aux lèvres en criant à qui voulait bien l'entendre que tu étais magnifique et incroyablement puissant, il m'avait même confié avec un demi-sourire que tu détenais entièrement la magie blanche – c'est quelque chose qui aurait dû m'alerter. Selon James, l'information était bien passée de Snape à moi, mais avant même qu'il ait pu rétablir la vérité, il était mort dans mes rangs. Les années passaient et le seul qui savait toute la vérité était Severus… Il a déformé ta prophétie pour ne pas que tu me voles à lui, il m'a fait croire qu'il était celui destiné à mettre au monde mon enfant alors que c'était toi, toi, le puissant magicien héritier d'une puissante magie blanche qui pouvait sans la moindre potion faire naître dans ton ventre un bébé… Mais rien ne disait dans la prophétie qu'il devait être de moi, en réalité tu peux être enceint de n'importe qui. Mais ça, ce n'est pas Severus qui me l'a dit, c'est moi qui l'ai vu le jour où tu étais évanoui à l'infirmerie. En aidant l'infirmière j'ai pu m'apercevoir que Severus s'en prenait à toi mais surtout que tu avais une fine cicatrice au niveau de ton aine qu'Ishtar avait tout spécialement dessinée au moment de ta conception prouvant par le même fait que tu es capable de porter un enfant et que tu es un très puissant sorcier…"

Harry regarda son Maître en écarquillant les yeux, il était soufflé par ce qu'il venait d'apprendre.

"Vous… Vous devez vous tromper, Maître !" s'exclama Harry "Je n'ai absolument rien de puissant ! Je ne peux pas porter la marque d'une déesse sur moi ! Ce n'est qu'une vulgaire cicatrice que je me suis faite en tombant…"

"Ayant la forme d'un éclair ?" fit Lord Voldemort en levant un sourcil.

"Je… Je sais qu'elle a une forme bizarre mais de là à croire que c'est une marque de fertilité… Et puis d'ailleurs pourquoi Snape aurait eu peur de moi ? Vous ne vouliez pas d'enfant à ce moment-là ! Pourquoi a eu-t-il peur que je vous vole à lui ?"

"Un sorcier comme toi n'est jamais laissé pour compte, Harry, tu sais Severus est loin d'être idiot, et il avait raison… Si j'avais su que tu étais si puissant, je ne t'aurais pas demandé ton avis, tu serais entré de force dans la mangemorie, tu serais devenu d'office un favori et je t'aurais courtisé sans aucune honte parce que tu es tout ce que peut désirer un mage noir, Harry… C'est pour ça que James était si fier de toi !" lança Lord Voldemort.

"J'ai toujours été considéré comme une merde et maintenant je suis un béni des dieux, c'est ça que vous essayez de me dire ?" fit Harry, un soupçon de colère dans la voix "Est-ce que vous allez me courtiser maintenant que vous savez ça ?"

"Est-ce que je l'ai fait ?"

"Pourquoi m'avez-vous raconter tout ça, hein ?" fit Harry en se levant brusquement.

Lord Voldemort soupira.

"Tu as des problèmes d'audition ? Je te l'ai déjà dit, Harry ! Parce que je te respecte énormément, tu n'es pas qu'un mangemort de second ordre pour moi, loin de là, tu ne l'as plus jamais été à partir du moment où je t'ai emmené avec moi pour guérir un de mes conseillers à la dernière grande bataille. J'ai compris à ce moment-là que bien que faible guerrier, tu avais d'autres énormes qualités comme la guérison, l'agilité et une incroyable intelligence ! Si je t'ai dit tout ça, c'est parce que je voulais que tu saches ta propre histoire pour que tu puisses faire ce que tu veux de tes pouvoirs, et que tu te rendes compte une fois pour toute que tu n'es ni insignifiant ni faible !"

Harry déglutit difficilement en observant son Maître qui était lui-aussi levé à présent. Harry semblait désemparé, il chercha la vérité dans le regard du Lord Noir, puis il capitula.

"Et qu'est-ce que je dois en faire de ces pouvoirs ?" demanda-t-il d'un air perdu.

Lord Voldemort eut un ricanement.

"Ce n'est pas à moi de te le dire mais tu risques probablement d'attirer celui que tu aimes et qui ne te voyait jamais avec ce genre d'atouts dans la poche !"

Harry leva des yeux incrédules vers son Maître. Il se souvenait de la conversation qu'ils avaient échangé durant leur dernière leçon de piano. Il avait cru qu'avec le dérapage qui s'était passé ensuite, il avait compris que c'était de lui dont il était amoureux.

"Vous savez, je veux être aimé pour ce que je suis… Pas pour mes nouveaux pouvoirs" répondit Harry d'une voix cassée.

"Vous êtes encore jeune Harry, ne vous inquiétez-pas, je suis sûr qu'au final vous obtiendrez tout ce dont vous avez toujours rêvé" assura le Lord Noir avec un sourire.

"Vous n'allez pas retourner avec Snape, n'est-ce pas ?"

"Cela te tracasserait-il ?" fit Voldemort en souriant "Mais non, je ne retournerais pas avec Severus, il s'est complètement fourvoyé, je ne l'aime pas. Je ne l'ai pas puni sévèrement de ses mensonges pour la seule raison qu'il m'aime sincèrement mais sinon je l'aurais tué sans un remord."

Harry cilla et ressentit d'un seul coup le poids de la fatigue s'abattre sur lui.

"Vous croyez que je peux avoir une permission ? J'aimerais bien voir mon parrain…"

"Bien-sûr, Harry" murmura le Seigneur des Ténèbres "Tu devrais rentrer, tu ne tiens plus debout."

Harry acquiesça.

"Bonne nuit, Maître… Et merci de m'avoir confié tout cela, je vous jure que je ne répèterai rien."

"Oh tu peux dire à tes amis que tu es un protégé d'Ishtar mais je te le déconseille, les hommes sont si sombres, tu vas devoir faire très attention à qui sont tes amis et qui ne le sont pas… Mais j'apprécierais que tu gardes le secret sur moi et Severus" dit Lord Voldemort avant de tourner les talons vers le Château de Salazar.

۞

Sirius était un homme assez discret, il vivait à la campagne dans une grande demeure familiale d'un prix inestimable. Harry ne le voyait pas aussi souvent qu'il le voulait et il ne pouvait contenir sa joie de le revoir. Lorsqu'il transplana dans le village de son parrain, il fut immédiatement subjugué par la beauté du jardin en fleur, la majesté des arbres qui entouraient le petit manoir et le lac artificiel au milieu du terrain qui faisait luire des reflets sur la surface de l'eau.

Il avança d'un pas vif vers la porte du manoir et se hâta de frapper à la porte. Quelques secondes plus tard, un homme d'une quarantaine d'année apparut sur le seuil. Il avait de longs cheveux noirs couleur charbon qui paraissaient aussi doux que la soie et des yeux onyx si profonds qu'Harry avait souvent l'impression de plonger dans un puits obscur. C'était un grand homme assez impressionnant et plutôt bien conservé bien que quelques rides craquelaient sa peau au coin de ses yeux.

"Harry ?" souffla Sirius avec un demi sourire avant d'enlacer avec force son neveu.

"Argh… Tu m'étouffes, Sirius" plaisanta Harry avant de s'éloigner en souriant.

Ils se regardèrent quelques instants avec de grands sourires puis Sirius finit par s'effacer de l'entrée pour laisser passer son neveu. Ils s'installèrent dans le salon et Sirius se hâta de lui servir un café.

"Remus n'est pas là ?" demanda Harry tout en regardant la nouvelle décoration du manoir.

"Il est à Ste-Mangouste, il travaille encore à cette heure-là mais tu peux rester manger si tu veux puisqu'il risque de rentrer tard…"

"Je ne voudrais pas vous déranger !" s'exclama aussitôt Harry bien qu'un sourire malicieux se dessinait sur ses lèvres.

"Oh ! Je t'en prie Harry, ça fait un peu plus de deux ans que je ne t'ai pas vu, et crois-moi déjeuner en tête à tête depuis vingt ans avec Rem commence à devenir ennuyeux !" fit Sirius avant de déposer une tasse de café fumante sur la petite table de salon devant Harry.

"Remus, ennuyeux ? J'ai du mal à le croire…" dit Harry d'un ton doux "Comment ça va vous deux ?"

"Très bien, comme d'habitude, c'est toujours lui qui ramène l'argent et c'est moi qui tient la maison… Ça n'a pas changé !"

Harry eut un léger sourire.

"Ne fais pas comme si tu n'étais pas le préféré artiste peintre de Lord Voldemort" murmura Harry en souriant subrepticement derrière sa tasse de café.

Sirius sourit d'un air présomptueux puis redevint sérieux d'un seul coup.

"Alors Harry, qu'est-ce qui t'amène dans les magnifiques campagnes d'Ecosse ?" demanda-t-il tout en observant attentivement son neveu.

Harry se gratta la nuque sous ce regard trop insistant, il rougit, légèrement gêné.

"Je n'ai pas le droit de rendre visite à mon parrain ?" fit-il avec un rire "Et arrête de me regarder comme ça !"

"Mais je ne faisais que contempler l'œuvre de mon meilleur ami !"

Harry rougit de plus belle et souffla de lassitude.

"Pourquoi est-ce que tu te sens obligé de faire ça à chaque fois que je viens ?"

Harry avait toujours été gêné par les inspections physiques de Sirius, surtout depuis qu'il était entré sous les ordres de Lord Voldemort. Il avait tout de suite remarqué que Sirius et Voldemort se ressemblaient sur bien des points, et la grandeur, la beauté et la dignité faisaient partis de ceux-là. Ils avaient par ailleurs le même style ténébreux grâce à leurs longs cheveux noirs, cependant Lord Voldemort avait un atout en plus selon Harry. Ses yeux. Les yeux du Lord Noir étaient vraiment uniques.

"Parce que tu sembles changer tous les jours, je ne sais pas si tu te rends compte à quel point tu es devenu séduisant, Harry."

"Arrête" répliqua Harry, agacé.

"J'arrête, mais tu as intérêt à me dire ce qui te tracasse !"

"Ce qui me tracasse ?" lança Harry en buvant l'air de rien une gorgée de son café brûlant.

"Fais pas l'innocent, Harry, je te connais trop et quelque chose te turlupine, j'en suis sûr !"

Harry soupira. Il regarda longuement son parrain semblant juger s'il pouvait tout lui dire, absolument tout lui raconter. Puis, il sentit qu'il en avait vraiment besoin. Que ne pas pouvoir parler à ses amis de ses sentiments et de la prophétie ne faisaient que lui miner le moral davantage. Alors, il déversa toutes ses craintes, ses sentiments envers son Maître, les cours de piano, le dérapage, Snape et même la prophétie. A la fin de son récit, il était dans les bras de Sirius, enlacé avec chaleur tandis qu'il pleurait sur sa poitrine, éreinté par tant de changements et de douleurs en si peu de temps.

"Chut… Calme-toi, Harry…"

Harry se redressa et essuya avec ses yeux avec un sourire derrière ses larmes.

"Excuse-moi, je suis vraiment trop stupide."

"Mais non, certains auraient craqué pour moins que ça, je t'assure" lui dit Sirius avec un regard attendri "Alors comme ça tu as réussi à faire fondre le cœur glacé du Seigneur des Ténèbres ?"

"Je n'ai jamais dit ça !"

"Ça me semble évident pourtant, il n'a jamais traité quelqu'un avec tant de délicatesse et de respect si on omet bien-sûr le passage dans sa chambre."

Harry rougit fortement et soupira.

"Tu crois pas qu'il s'est mis à s'intéresser à moi après avoir su pour la prophétie ?" demanda Harry d'un air anxieux.

"C'est possible. Je n'en sais rien. Mais ce que je sais c'est qu'il n'a jamais accordé de leçons de piano, favori ou pas" assura Sirius.

"Tu dois vraiment me prendre pour le plus grand des imbéciles pour être tombé amoureux de Lord Voldemort !"

"Non, pas du tout. Ce n'est pas la première fois que j'entends dire que quelqu'un est amoureux du Seigneur des Ténèbres et ceux-là étaient des idiots mais toi, c'est complètement différent. Toi, tu as toutes les chances de devenir l'amant de Lord Voldemort parce que tu le mérites amplement ! Je n'ai jamais douté sur tes capacités, Harry. D'ailleurs, je n'aurais jamais pu, je peux encore entendre les discours enchantés de James qu'il faisait sur toi et même si je n'ai jamais été mis au courant de cette prophétie, je peux t'assurer que tu es un homme exceptionnel Harry. Alors, si en plus d'être un homme exceptionnel tu es un sorcier puissant, je ne vois pas ce qui t'empêcherait d'avoir le Seigneur des Ténèbres !"

"Ça me paraît vraiment prétentieux pour un jeune de 23 ans de vouloir devenir l'amant du Lord Noir, non ?" fit Harry en faisant une grimace.

Sirius éclata de rire.

"Ouais, c'est vrai. Mais je ne crois pas que ça déplairait à Voldemort que tu deviennes son amant, c'est à peine s'il ne te l'a pas demandé lorsqu'il t'a raconté la prophétie."

"Alors qu'est-ce que je dois faire à ton avis ?" demanda Harry en regardant profondément son parrain.

"Attendre. Attendre qu'il vienne à toi" répondit posément Sirius.

Harry parut mécontent de cette réponse.

"Mais s'il ne vient pas ?"

"C'est qu'il ne t'aime pas, et ça on en veut pas Harry, n'est-ce pas ? Si tu veux être heureux il faut que vous soyez amoureux tous les deux, sinon tu en souffriras toute ta vie et il n'en est pas question !"

"Je ne sais pas si je pourrais l'ignorer pendant longtemps" murmura Harry.

"Il le faudra bien" souffla Sirius alors que la porte s'ouvrait sur Remus qui eut un large sourire à la vision de son presque neveu.

Remus vint enlacer son oncle avec force. Et après que Remus eût été au courant de l'histoire (il s'exclama plusieurs fois, rougit lorsque Harry lui annonça qu'il avait failli coucher avec Lord Voldemort, grogna de rage à l'entente des maltraitances de Snape et hoqueta de surprise à l'entente de la prophétie), ils parlèrent tous les trois de la meilleure façon d'avoir le Lord, et la réponse était claire : l'ignorer.

۞

Les partisans de Lord Voldemort formaient une foule toujours très singulière, particulièrement différente des autres. Elle était d'un calme incroyable, les yeux des mangemorts étaient tous remplis d'espoir et d'admiration, il n'y avait aucune clameur, aucun reproche, aucun regard évasif. Elle était compacte, énorme et entièrement noire. Et au-dessus d'elle, il n'y avait qu'un homme, un seul, qui dominait toute l'assemblée.

Harry n'avait pas les larmes aux yeux cette fois-là, la victoire était toujours aussi belle mais pour une fois, il n'était pas triste. Pour une fois, Lord Voldemort ne l'ignorait pas. Il lui semblait d'ailleurs qu'il ne l'ignorerait plus jamais. Pris dans son discours, les yeux rouge vermeille du Seigneur des Ténèbres ne manquaient pas d'aller fréquemment à la rencontre d'un autre regard, vert et malicieux. Un petit sourire ne cessait de danser sur les lèvres du jeune mangemort et à ce moment précis, il eut bien du mal à appliquer le conseil de Sirius et Remus.

De façon générale, il avait très mal appliqué leur conseil. Mais il était en même temps très difficile d'ignorer un mage noir qui en plus d'être son Maître était accessoirement celui dont il était désespéramment amoureux. Non pas qu'il allait lui-même à l'encontre de son Maître mais celui-ci ne manquait pas d'avoir de délicates attentions à son intention, en un mois Harry avait vu son appartement tripler de volume, ses armoires se remplir de nouveaux vêtements plus somptueux les uns que les autres, ses repas devenir exquis et raffinés, un piano apparaître dans sa chambre, ses entraînements plus rudes, ses batailles plus rares… Le Maître lui-même venait régulièrement lui parler d'une manière toujours polie et sans aucun sous-entendu douteux. Il lui proposait fréquemment des permissions, des cours de combat et avait même remis à jours les cours de piano. Harry avait eu beaucoup de mal à décliner toutes ses bonnes attentions, il avait gentiment refusé les cours de piano de son Maître ce qui l'avait quelque peu intrigué.

Harry aurait vraiment eu envie de continuer ses cours qui l'avaient tellement faits progresser, il était maintenant capable de jouer le morceau personnel que Lord Voldemort lui avait donné, sans aucune fausse note. Mais il ne pouvait pas accepter les propositions du Lord Noir, il ne voulait pas devenir une poule de luxe que l'on attire par des richesses, des trésors et des compliments. Il n'était pas une jeune fille à marier gloussante que l'on devait courtiser. Et en aucun cas, il ne voulait que Voldemort croie qu'il l'appréciait pour ses pouvoirs.

Harry avait vraiment l'impression d'être d'un romantique ridicule, mais en regardant cet homme aux pouvoirs incroyables vêtu d'habits tâchés de sang qui parlait d'un air conquérant sur cet estrade, il savait qu'il n'avait qu'une seule chance d'être heureux avec lui : c'était qu'il tombe amoureux. Il voulait d'une belle relation avec de vrais sentiments, il haïssait l'idée que le Lord Noir ne voie en lui qu'une mère porteuse. D'ailleurs l'idée de porter un enfant terrorisait grandement Harry, et il n'aimait pas penser qu'il était capable de mettre un bébé au monde… C'était trop étrange.

Le discours de Lord Voldemort fini, les mangemorts quittèrent peu à peu la Salle du Trône. Harry ne put s'empêcher de jeter un dernier regard à son Maître et il vit que celui-ci le regardait avec un drôle d'air résigné, un sourire triste étirant ses lèvres et une légère lueur déçue au fond des yeux. Il s'en alla ensuite entraînant avec lui une demi-douzaine de conseillers qui se hâtaient de le féliciter pour son discours. Il était vrai que les discours de Lord Voldemort avaient sensiblement changé depuis quelque temps, l'optimisme était devenu le mot d'ordre.

Harry sortit lui aussi de la pièce, méditant sur l'étrange comportement de son Maître. Il n'avait pas aimé ce sourire triste ni ce regard éteint. Il ne voulait pas le perdre. Il se demandait de plus en plus s'il avait bien fait de suivre les conseils de Sirius et de Remus. En passant par les grandes portes en chêne, il rencontra Severus Snape dont les yeux étincelèrent d'une haine suffocante dès que leurs regards se croisèrent. Snape ne dit mot mais son aura était électrique et alors qu'Harry passait devant lui, il crut entendre ses doigts craquer.

Une sueur froide coula le long de sa nuque jusqu'à ce qu'il arrivât au Café des Mangemorts. Severus Snape ne s'en prenait plus à lui, bien évidemment, mais à chaque fois qu'il le rencontrait, une peur sans nom l'envahissait. Il voyait bien dans les orbes sombres et tourmentés du favori, que la folie commençait à le consumer, amenant de plus en plus de rage, de fureur, de haine. La tristesse initiale avait fait place à un déchirement total qui angoissait beaucoup Harry.

Harry s'assit à côté de Ron d'un air absent sans s'apercevoir que celui-ci le regardait fixement.

"Alors, Harry ? Qu'est-ce qui se passe cette fois ? Le Maître t'a offert un Sombral ? Ou, peut-être qu'il t'a payé un voyage en Floride ?" fit-il avec un sourire goguenard.

"Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles" répliqua Harry d'un ton acide.

Ses amis devenaient agaçants, ils lui posaient sans arrêts des questions – ce qu'Harry comprenait – sur le nouveau comportement de Lord Voldemort à son encontre.

"Allez, Harry, il n'y a ni Théo, ni Blaise, ni Draco… Il n'y a que toi et moi, tu sais que tu peux tout me dire. Tu es comme mon frère, et je vois bien que tu as des soucis… S'il te plaît, Harry, je te jure que je ne répèterais rien !"

Harry soupira.

"Je te dis qu'il n'y a rien !"

"Allez !"

"Laisse tomber, Ron, je te dis qu'il n'y a rien !" s'exclama Harry d'une voix dure.

Ron le regarda durant un long moment, ses yeux le fusillaient littéralement et une veine ne cessait de pulser sur sa tempe.

"A qui veux-tu faire croire ça ? Ça fait un peu plus de trois mois que nous n'avons pas fait une partie de Quidditch, ou même simplement de Bavboules. Ça fait des siècles que tu en veux à Théo pour une raison qui nous échappe à tous… Snape semble encore plus te détester et c'est sans parler du Maître qui t'offre des petits sourires discrets à chaque fois que vous vous rencontrez… Et sans vouloir être mauvaise langue, vous semblez vous rencontrer fortuitement très souvent !" fit Ron avec un ricanement amer.

"Tu es jaloux, Ron ?" demanda Harry en levant un sourcil moqueur.

"Tu sais très bien que non !" cracha le rouquin "Mon problème c'est que mon meilleur ami est devenu un étranger, qui ne me dit plus rien et qui semble avoir une putain de double vie…"

"Tu lis trop de BD sur ce moldu complètement taré… c'est quoi son nom déjà ? Martin, c'est ça ? Tu devrais arrêter, sérieusement, ça te rend complètement paranoïaque !"

"C'est ça, fous toi de ma gueule mais crois-moi, je ne suis pas le seul à me poser des questions sur ton compte… Théo a –"

" – Théo, Théo, Théo !" coupa Harry "Le petit ange, c'est ça ? L'innocent et parfait petit Théo… Laisse moi tranquille, Ron, je n'ai pas de problèmes, je n'ai pas changé, et Théo m'a déçu pour une raison qui ne te regarde absolument pas !"

Ron se figea sur sa chaise. Il lança un regard stupéfait à Harry puis se leva d'un mouvement lent. D'un air confondu, il s'adressa à Harry d'une voix faible :

"Si, tu as changé, et tu ferais peut-être bien de t'en apercevoir…"

Sur ce, il quitta le Café des Mangemorts. Harry le regarda partir avec un nœud dans la gorge. Il savait qu'il n'aurait pas dû s'énerver, essayer de calmer le jeu, lui expliquer pacifiquement qu'il ne pouvait pas tout dire, il aurait peut-être même dû tout lui dire… Mais quelque chose en lui l'empêchait de le faire, il ne voulait pas parler de ses sentiments envers son Maître, ni repenser à Théo en train de sucer Voldemort, ni à Snape, ni à cette prophétie, ni à Ishtar, et encore moins aux cadeaux que lui avait fait le Lord Noir.

Il soupira et s'effondra sur la table, la tête dans ses mains. Il devenait lentement mais sûrement fou. Toute cette histoire le fatiguait horriblement et il n'était pas loin d'exploser. Ce serait si simple de se laisser tenter et de s'abandonner dans les bras de son Maître. Oui, ce serait tellement bien. Il se sentait si seul et si désemparé… Pourquoi devait-il éviter son Maître, déjà ? Ah oui, pour qu'il se rende compte qu'il n'était pas une petite midinette qu'il pouvait avoir en claquant des doigts afin qu'il subisse ce qu'il avait subi… Pour qu'enfin il tombe amoureux de lui.

En tout cas, ça n'avait rien de drôle et ça ne l'amusait pas du tout.

Et, si en plus il devait y perdre ses amis… Après tout, qu'avait-il de mal à tout raconter à Ron, son meilleur ami ? Ce n'était pas comme si Ron serait jaloux de lui, ce qu'il ne parierait pas forcément avec Blaise ou même Draco.

Il se leva brusquement et se dirigea en quatrième vitesse vers les appartements des mangemorts de premier ordre. Il frappa à la porte et attendit avec indécision que celle-ci s'ouvre. Ron ne tarda pas à ouvrir, le visage fermé, les yeux furieux, il regarda Harry d'un air sombre.

"Qu'est-ce que tu veux ?"

"Récupérer mon meilleur ami" répondit Harry d'un air soudainement timide.

Ron ne changea pas d'attitude.

"Je vais tout t'expliquer."

Le visage de Ron se fendit d'un sourire.

"Rentre."

۞

Deux semaines plus tard, le moral d'Harry était au plus bas. Ron avait été mis dans la confidence et avait écouté le récit d'Harry avec attention, il avait été stupéfait mais en aucun cas jaloux. Au contraire, même. En somme, Harry n'avait pas eu tord de tout raconter à Ron mais l'ennui était autre.

Depuis la dernière conférence de Lord Voldemort, celui-ci n'apparaissait plus dans le Château de Salazar. Cela tracassait et agaçait prodigieusement Harry qui aurait voulu lui parler et mettre tous ses sentiments au clair avec lui. Le problème était que personne ne le voyait, et même les mangemorts de premier ordre ne recevaient plus de nouvelles de lui. Cela n'avait rien d'alarmant, après tout il arrivait souvent au Lord Noir d'être absent du château pendant de longues semaines. Les favoris faisaient simplement régner l'ordre sur le château et donnaient les directives du Lord Noir à sa place.

Mais, cela tracassait tout de même Harry bien que Ron n'arrêtait pas de lui dire que c'était tout à fait normal, qu'il ne fallait pas qu'il espère qu'il serait après lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cela ne réconfortait pas Harry dont les attentions du Seigneur des Ténèbres lui manquaient, pour une fois il aurait voulu qu'il vienne à lui et lui propose une nouvelle fois de lui enseigner le piano.

Emmitouflé dans les draps de son lit, Harry observait la tempête qui frappait fort derrière la fenêtre de sa chambre. Une pluie diluvienne frappait le carreau et des éclairs jaune vif zébraient le ciel. Harry avait une fois entendu qu'il était possible de devenir aveugle en regardant les éclairs mais il ne savait pas si c'était vrai. Il se tourna tout de même de l'autre côté et essaya de s'endormir, mais il avait froid et il était inquiet.

Il avait enfin pris sa décision, il voulait parler au Lord Noir et tout lui avouer, mais non. Celui-ci n'était pas là. Absent. Harry détestait le fait qu'il ne soit pas là et que les favoris aient le droit de les commander. Il exécrait l'image de Snape en-haut de l'estrade, l'air fier et prétentieux, donnant des ordres aux mangemorts de premier et second ordre. Cela l'horripilait ! Surtout, lorsqu'il lui demandait d'accomplir les tâches les plus basses du château, comme laver le sol ou faire la vaisselle dans les grandes cuisines de la cafétéria.

Il n'avait jamais plus été assigné à cette tâche depuis que le Lord Noir le privilégiait, et revenir à ses premières fonctions le rendait de très mauvaise humeur. Quelque part en lui, il devait avouer qu'il en voulait au Lord Noir. Il lui en voulait d'avoir laissé Snape prendre les commandes tout en sachant qu'ils se détestaient cordialement, qu'il l'avait battu à mort et rabaissé plus que quiconque. Il lui en voulait d'autant plus d'être parti sans lui dire au-revoir… Ou même sans lui proposer de venir avec lui. Harry se savait idiot. Il reconnaissait à quel point ses souhaits étaient présomptueux, mais il voulait faire partie de la vie de son Maître de façon entière et exclusive.

Il était tellement pressé qu'il revienne afin qu'ils puissent parler… Soupirant, il expulsa une couverture d'un coup de pied. Il avait chaud et froid en même temps c'était atroce, la météo était d'une ambivalence déconcertante. Ils étaient aux abords de l'été, les orages étaient fréquents, la chaleur suffocante et l'humidité agaçante. La sueur coulait dans son dos et refroidissait, le laissant tremblant. Excédé, il sortit de son lit et alla prendre une douche. Il était encore très tôt mais s'il n'arrivait plus à dormir, autant se lever et accomplir les tâches de la journée. Ce jour-là, il était chargé de s'occuper de la literie des Sombrals du château, ce qui était une fois encore une tâche donnée par Snape.

Le château était toujours endormi, il n'y avait personne dans les couloirs et le grondement de la tempête résonnait sur les murs épais de la bâtisse. Il descendit aux écuries, et, se munissant d'une fourche alla directement à la stalle de Galaxie (NdA : Une de mes juments s'appelle Galaxie, et contrairement au Sombral de LV, c'est un amour ! lol, la

Sombrale de son Maître, de façon machinale. Elle était sa Sombrale préférée.

Alors que les yeux de Galaxie se posaient sur lui, Harry se rendit compte qu'il y avait quelque chose d'étrange dans le fait que Galaxie soit au Château. Théoriquement, elle devrait être avec le Lord Noir s'il était en déplacement. Harry fronça les sourcils, Harry ne se souvenait pas d'une fois où le Seigneur des Ténèbres ne l'avait pas prise pour un long voyage. Etonné, il interrogea Galaxie du regard mais se traita au même moment d'idiot, si Galaxie était au château cela voulait dire que son Maître était enfin rentré. Il remarqua succinctement que Galaxie n'avait pas l'air d'être tout juste rentrée d'un voyage long et épuisant, mais laissa cette pensée loin au fond de son esprit.

Il reposa la fourche et sortit des écuries le plus vite possible. L'angoisse diffuse qu'il ressentait depuis le départ du Lord Noir n'avait jamais été aussi forte. Il grimpa les escaliers jusqu'au cinquième étage et hâta le pas jusqu'aux appartements du Lord Noir. Il était impensable qu'il perde une minute de plus sans lui avoir dit ce qu'il ressentait et il pourrait même ajouter, pensa-t-il avec un sourire, qu'il prendrait avec plaisir un abonnement de cours de piano pour l'éternité. La tête remplie de pensées diverses concernant son Maître, il eut un moment de réaction avant de comprendre que des pas retentissaient derrière lui. Alarmé, Harry se cacha derrière l'une des grandes armures de fer qui parcouraient de temps à autre les couloirs du Château de Salazar. Le cœur battant, il vit une horde de personnes passer devant lui, Harry ferma les yeux et pria fort pour qu'ils ne regardent pas dans sa direction. Il cacha inconsciemment sa marque de mangemort de second ordre avec sa main. Il rouvrit les yeux quelques secondes plus tard, et s'aperçut que la petite troupe prenait la direction des appartements privés du Seigneur des Ténèbres.

Harry eut un moment d'hésitation puis suivit discrètement le groupe, se disant qu'au pire son Maître le pardonnerait sûrement de se promener à l'étage interdit sans son autorisation. Caché à l'intersection d'un couloir, Harry observa ces hommes et remarqua rapidement qu'il s'agissait d'un groupe de potentiels de son Maître. Ils n'avaient pas plus le droit qu'Harry de pénétrer l'étage interdit mais cela ne semblait pas les gêner, au contraire, ils chuchotaient entre eux, semblant attendre quelque chose devant une porte qu'Harry savait être celle de la chambre à coucher de Lord Voldemort. Intrigué, Harry attendit un petit moment puis la porte s'ouvrit pour laisser place à Severus Snape en personne. Le cœur d'Harry se bloqua dans sa poitrine à l'instant même où il vit ces yeux tant haïs être allumés d'une lueur satisfaite à la limite de l'hystérie. Il sentit douloureusement que ses yeux le piquaient et que ses poings étaient serrés au point de le blesser. La jalousie et la haine emplirent son cœur et une furieuse envie de crier le prit aux tripes, il se mordit brusquement la lèvre inférieure pour s'empêcher de cracher son ressentiment et son acide déception.

"Ne vous éloignez pas de cette porte, vous serez remplacés dans 6 heures" murmura la voix suave de Severus Snape avant de s'éloigner, empruntant fort heureusement un autre couloir que celui dans lequel Harry était caché.

Les larmes cavalèrent les joues d'Harry tandis qu'il imaginait sans qu'il le veuille ce qui avait pu se passer derrière la porte en bois brun de la chambre de son Maître. S'étaient-ils déshabillés lentement ? Dégustant avec plaisir ces retrouvailles tardives qu'ils avaient tout deux si ardemment désirés ? Ou s'étaient-ils jeté dessus voracement et fiévreusement ? Leurs corps mouvant ensemble, effaçant d'un soupir les évènements passés, redessinant l'avenir d'un gémissement étouffé avec la même complicité qu'ils partageaient depuis deux décennies ?

Et dire qu'il avait cru…

۞

Lorsque le château fut enfin réveillé, Harry descendit les yeux secs jusqu'à la Salle de Réception. Il allait s'immiscer encore une fois dans le rôle du petit mangemort soumis et naïf qui adule son Maître et saluer avec un sourire ému une victoire quelconque gagnée au fin fond du globe. Mais dès que cette mascarade serait finie, il irait voir Lord Voldemort et après une discussion qu'il espérait brève, annoncerait son départ. Il se fichait que cette demande soit suivie d'un arrêt de mort (car bien évidemment il était impossible de quitter les rangs de Lord Voldemort), tout ce qu'il voulait c'était ne plus voir le visage hypocrite de son Maître et l'oublier que ce soit dans les limbes de l'enfer ou dans son ancienne chambre de la maison de son parrain.

Il pénétra les doubles portes en chêne de la Salle de Réception et s'aperçut qu'il n'y avait personne – ou en tout cas pas assez de monde pour saluer un retour de Lord Voldemort. En réalité, il n'y avait que Snape sur l'estrade qui donnait des ordres aux mangemorts d'un air réjoui.

"Salut Harry" fit une voix qu'Harry connaissait bien.

"Salut Ron… Tu sais quand est-ce qu'on va fêter le retour du Maître ?" demanda Harry rapidement, tout en regardant Snape d'un œil mauvais.

"Heu… Il est revenu ?"

"Snape n'a rien dit ?" s'étonna Harry "Il vous a donné vos ordres et c'est tout ?"

"Bah oui… Le Maître n'est pas près de revenir tu sais, j'écoutais qu'à moitié, mais je crois que Snape a dit qu'il ne reviendrait pas avant encore un petit moment…"

Harry se tourna vers lui, et le dévisagea, espérant voir inscrite sur son visage la réponse à ses questions.

"J'ai vu Galaxie aux écuries, et Snape est sorti des appartement du Maître très tôt ce matin… Je suis sûr qu'il est revenu. En plus, les potentiels étaient là, ils gardaient sa porte !"

"Non, non, tu te trompes, Harry, les potentiels sont partis avec le Maître, tu le sais bien… Et, Snape a dit qu'ils avaient pris des balais pas les Sombrals, de toute évidence, tu as confondu les potentiels avec des mangemorts de premier ordre et Snape a peut-être été cherché quelque chose dans la chambre du Maître sous l'ordre de celui-ci…"

"Et les potentiels ? Qu'est-ce qu'ils foutaient là ? En plus, Snape leur a donné l'ordre de garder la porte ! Pourquoi garderaient-ils une chambre vide ?" s'exclama Harry.

"Chut !" fit Ron, en s'assurant que Snape qui donnait toujours ses ordres, n'avait rien entendu "Bon, et alors ? Qu'est-ce que tu essayes de prouver ? Peut-être que le Seigneur des Ténèbres est rentré cette nuit et qu'il était fatigué, il a demandé à Snape de le remplacer encore quelques jours, et c'est tout."

Harry se calma.

"Dans ce cas, je dois aller le voir tout de suite… Il faut que je mette certaines choses au clair avec lui" déclara Harry d'un ton dur.

Ron le regarda bizarrement comme s'il le croyait fou.

"Tu crois pas que t'as une attitude un peu trop familière vis à vis du Maître ? Il y a quelque mois, tu n'aurais jamais dit ça…" dit Ron d'un ton calme bien que dans ses yeux Harry y lisait un certain étonnement.

"Il y a quelque mois, je n'étais rien de plus qu'un mangemort de second ordre. Il faut que tu m'aides à faire diversion avec les potentiels… J'ai vraiment besoin de lui parler, c'est important, je suis en train de devenir fou, Ron…" murmura Harry, les yeux soudain brillants.

۞

Harry serra bien étroitement dans sa main la fiole de Fumée de Somnolence d'Aspardi Sueňos que Ron avait dérobé dans le laboratoire des Maîtres de Potions du château réservé aux mangemorts de premier ordre. Il était assez tendu mais résolu à parler à son Maître, peu importe qu'il doive évanouir une demi douzaine de potentiels pour se faire.

Il lança discrètement la fiole devant la porte de son Maître qui s'éclata par-terre. Une fumée âpre et blanche ne tarda pas emplir le couloir. Harry recula et mit la manche de sa robe devant sa bouche pour ne pas respirer la fumée. Il entendit des corps s'effondrer au sol et comprit qu'il pouvait rentrer dans la chambre de son Maître sans le moindre problème.

Harry avança alors vers la porte, sa bouche toujours cachée par sa manche. Il enjamba les corps évanouis et la peur au ventre, passa la porte. Il inspecta la pièce qu'il avait à peine regardé la dernière fois qu'il y était allé et ferma la porte derrière lui. Il avança à pas lents et précautionneux vers le milieu de la pièce, étonné que celle-ci soit vide. Se pouvait-il que Ron ait raison ?

"Il y a quelqu'un ?" demanda Harry "Maître ?"

Seul le silence lui répondit. Son regard se posa alors sur le lit à baldaquin dont les rideaux étaient tirés. Il s'approcha, le cœur battant à vive allure, et écarta la fine tenture verte.

Harry vit alors son Maître endormi qui tremblait convulsivement. Inquiet, Harry grimpa sur le lit et s'assit à côté du Lord Noir. Il remarqua que son front était luisant de sueur et que sa respiration semblait erratique.

"Oh mon Dieu…" murmura Harry.

Il écarta les longues mèches noires collées à son front et s'aperçut qu'il était brûlant. La peur envahit alors Harry qui se demanda quoi faire. Il avait l'impression que son Maître était dans cet état depuis un très long moment et un doute horrible le saisit.

Severus Snape n'avait jamais semblé aussi heureux que ces derniers jours…

Lord Voldemort tremblait toujours autant, il semblait même gémir dans son sommeil ce qui perturba profondément Harry. Il n'avait jamais vu son Maître aussi faible et vulnérable, il ne l'avait jamais vu faiblir et voilà qu'il était cloué au lit avec une fièvre infernale. Une impression étrange emplit Harry au fur et à mesure qu'il le regardait, l'impuissance se mêlait à la tristesse et à la peur.

Il fallait qu'il fasse quelque chose ! Son Maître était si pâle, si faible… Il semblait aux portes de la mort.

"Maître ! Réveillez-vous, je vous en prie…" chuchota Harry, la voix tremblante.

Il secoua l'épaule nue de ce dernier mais cela n'eut pas l'effet escompté. Il remarqua qu'au contraire, il semblait trembler encore plus fort.

"Tom…" murmurait Harry dans une longue litanie, les yeux humides.

Il posa ses mains de part et d'autre de son visage et l'interpella plusieurs fois d'un air désespéré. Il vit les yeux du Lord Noir papillonner faiblement.

"Oui, oui, Tom, réveille-toi !" implora Harry.

Le Seigneur des Ténèbres ouvrit ses yeux de quelques millimètres, ses sourcils étaient froncés et maintenant qu'il était réveillé, Harry pouvait voir toute la douleur qu'il ressentait sur ses traits crispés.

Les mains d'Harry bougèrent d'elles-mêmes et parcoururent le visage du Seigneur des Ténèbres en caresses aériennes. Il frôla ses tempes et descendit le long de sa mâchoire acérée. Il percevait les difficultés de son Maître à se réveiller, il voyait par intermittences les yeux rouge vif se fermer et se rouvrir.

"Maître ?" susurra Harry d'une voix douce.

Le regard du Lord Noir se fixa alors sur Harry, et son expression devint plus lisse. Harry perçut toute sa détresse dans ses yeux qui étaient d'un rouge impressionnant, Harry avait déjà vu les yeux de son Maître être teintés d'une telle couleur mais jamais avec autant d'intensité.

"…Aide… moi" murmura Lord Voldemort en tremblant.

Une vague de douleur le submergea et il se crispa fortement, fermant ses yeux et ses poings. Il semblait vivre un supplice interminable qui l'attirait toujours un peu plus vers la mort. Harry commença à paniquer.

"Mais qu'est-ce que je dois faire ?" s'écria Harry d'un ton désespéré.

Lord Voldemort ne semblait pas en état de répondre mais il attrapa brusquement Harry par le col et le regarda fixement malgré ses tremblements. Harry était étonné de la force qu'il avait encore alors qu'il paraissait être sur le point de mourir.

Il plongea dans les puits de souffrance qu'étaient ses yeux. Ils étaient devenus entièrement rouge et ses pupilles étaient ovales comme l'étaient ceux des serpents. Harry ne put s'empêcher de crier devant cette vision. Il s'écarta brusquement de son Maître tandis que celui-ci essayait de le retenir. Harry sentit la colère et la rage émaner du Lord Noir, et il commença réellement à paniquer. Il descendit du lit et recula de plus en plus, évitant du regard les yeux de serpent de son Maître.

"Harry…" murmura la voix du Lord Noir d'une façon qui fit chavirer le cœur d'Harry.

Il revint près de lui, apeuré des réactions de son Maître mais terriblement inquiet pour lui. Le miroir de son armoire explosa d'un seul coup, et Harry sursauta, regardant son Maître sans comprendre. Les fenêtres explosèrent elles-aussi et suivirent tous les vases et cadres de la pièce.

"Arrêtez !" cria Harry, affolé.

Le lustre éclata en mille morceaux qui trouèrent les tentures du haut du lit, des bouts de verre tombèrent comme des poignards sur eux et Harry s'empressa de protéger son Maître de ses bras, plongeant son visage dans son cou. Il le tint fermement contre lui et le pria à l'oreille d'arrêter. Il entendit un très faible sifflement dans son oreille et comprit que c'était du fourchelang.

"Maître…Je ne comprends pas le fourchelang" dit Harry d'une voix brisée.

Les explosions se calmèrent soudainement et Harry se recula. Il regarda son Maître dans les yeux qui commençait à faiblir, retournant certainement vers le sommeil ou pire vers la mort. Désespéré, Harry le regarda partir sans rien faire et baissa les yeux, incapable de regarder son Maître mourir.

"Ta magie, Harry…"

Harry leva les yeux vers le visage du Seigneur des Ténèbres mais celui-ci était fermé. Le cœur d'Harry cessa de battre un instant puis sombra dans sa poitrine.

"Ma magie ?" s'étonna Harry d'une voix cassée.

Il posa alors ses mains au-dessus du corps de son Maître et se concentra, essayant de se souvenir comment il avait fait avec son Maître quelques mois auparavant pour sauver un de ses conseillers. Il prit une grande inspiration et libéra sa magie, la faisant passer dans ses veines jusqu'aux extrémités de ses doigts et essaya de la faire couler dans le corps de son Maître sans que celle-ci ne se disperse. Comme la dernière fois, une partie de sa magie se perdit dans la pièce mais Harry réussit à épuiser une bonne partie dans le corps de Lord Voldemort.

Il sentit alors la fatigue l'envahir et il s'écroula tout près de son Maître, une de ses mains perdue en-dessous des couvertures et reposant sur le ventre plat du Lord Noir.

۞

Harry se réveilla deux heures plus tard et s'aperçut que son Maître le regardait, un faible sourire aux lèvres.

"Maître ?" fit Harry en se redressant, dégageant par la même occasion, sa traîtresse de main qui s'était cachée sous les couvertures. "Vous allez bien ?"

"J'ai connu mieux" répondit le Lord Noir.

Harry remarqua que ses yeux étaient redevenus noirs aux reflets grenats et ses pupilles parfaitement normales.

"Je te remercie de m'avoir sauvé, Harry" ajouta Voldemort.

"Maître… Qu'est-ce qu'il s'est passé tout à l'heure ?" demanda Harry d'un air anxieux.

"J'étais en train de mourir…" répondit simplement le Lord Noir avec un sourire ironique "Ma magie commençait à me quitter… je ne pouvais plus la contrôler. Désolé… si… je t'ai fait peur…"

Il fermait les yeux souvent, semblant lutter pour rester éveillé.

"Vous êtes fatigué, vous devriez vous rendormir" dit Harry.

"De l'eau, s'il te plaît…" murmura le Seigneur des Ténèbres.

Harry chercha sa baguette dans les poches de sa cape et fit apparaître un verre d'eau. Lord Voldemort se redressa avec difficulté et saisit le verre d'une main tremblante. Il en but la moitié et se recoucha dans son lit.

"Je vais vous laisser vous reposer…"

"Non… Reste… Je n'ai pas… de forces pour me défendre… il faut que je t'explique…"

"Maître, vous n'arrivez même plus à parler, vous m'expliquerez tout plus tard, j'ai très envie de savoir mais vous devez dormir avant…" dit Harry d'un ton sans répliques.

"Ne pars pas…"

"Je ne pars pas."

Harry se recoucha près de son Maître, de côté, le contemplant à son aise. Il sentit au bout d'un moment sa main venir chercher la sienne et la poser sur son ventre. Harry leva les yeux vers son visage d'un air étonné. Lord Voldemort, les yeux clos, arborait un sourire malicieux bien que fatigué aux lèvres et sa respiration devint bientôt plus profonde et régulière. Harry le regarda s'endormir, le cœur soudain joyeux.

۞

Une impression désagréable perturba Harry dans son sommeil, comme un léger sentiment de malaise qui le prit au plus profond de lui-même et le réveilla brusquement. Il s'aperçut alors qu'il s'était confortablement installé, sa tête reposait sur le torse du Lord Noir et ses bras serraient étroitement sa taille.

Il se redressa et sentit un frisson glacial lui parcourir la nuque. Lentement, il se tourna et vit Severus Snape devant le lit du Seigneur des Ténèbres qui les contemplait d'un œil assassin. Le regard d'Harry descendit avec crainte vers la baguette encore baissée du mangemort qui crépitait d'étincelles noires menaçantes.

"Snape…" murmura Harry, tendu à l'extrême, s'attendant au pire.

D'un mouvement vif, Snape leva sa baguette et sans un mot envoya Harry s'écraser violemment contre le mur de gauche. Harry s'écroula et gémit de douleur. Son dos le faisait atrocement souffrir et il manqua de défaillir d'extrême justesse. Il s'affala, haletant, contre le mur et regarda Snape d'un œil alerte.

Sa plainte réveilla le Lord Noir qui d'un regard comprit la situation. Il remarqua les gerbes de feu qui s'échappaient de la baguette du sorcier et ses yeux noirs remplis d'une folie meurtrière.

"Severus" dit-il d'une voix encore faible "calme-toi !"

"Tais-toi !" ordonna Severus d'une voix mortellement froide.

Harry vit distinctement le visage de son Maître se tordre dans une moue contrariée.

"Depuis quand me donnes-tu des ordres, sale chien ?"

"JE T'AI DIT DE TE TAIRE !" s'écria Snape "Et entre nous, le sale chien c'est toi ! Le choisir, lui, plutôt que moi ! Moi, je t'aurais tout donné !"

"Oh oui ! Me donner la mort est sûrement le plus grand cadeau que tu m'ais fait… Severus…" marmonna le Lord Noir, un air blasé peint sur son visage cerné.

Snape contourna le lit et s'assit près de Lord Voldemort, il passa sa main sur la joue de celui-ci, son visage était figé dans une expression de folie à la fois sauvage et passionnée.

"J'étais prêt à tout pour te garder."

Harry ricana amèrement mais cela n'attira pas l'attention des deux anciens amants. Ils se regardaient fixement, semblant se jauger du regard.

"Mais je ne t'ai jamais appartenu, Severus" répondit le Lord Noir, flegmatique.

Harry vit le dos de Snape se tendre, ses yeux s'écarquiller d'horreur et ses mains trembler d'une rage à peine contenue.

"Comment oses-tu dire ça après tout ce que j'ai fait pour toi ?" demanda-t-il d'un ton dur.

"Je t'ai demandé qu'une seule chose et tu as accepté, fin de l'histoire" répliqua Voldemort sans aucune émotion dans la voix.

A ces mots, Snape perdit la raison.

"Fin de l'histoire ? Fin de l'histoire !" s'exclama-t-il plein de rancœur "Espèce de salaud ! Tu vas voir à quel point tu m'appartiens, Tom ! Oui, tu vas le sentir profondément !"

Il tira alors les draps du lit d'un geste brusque, révélant le corps nu du Lord Noir dans la luminosité lactescente de la pièce.

"Severus" siffla le Lord Noir d'une voix menaçante "Arrête ça !"

Harry remarqua alors que les mains du mangemort remontaient le long des cuisses de son Maître. Cette image le rendit malade. Il essaya de bouger pour attraper sa baguette qui avait roulé quelques mètres plus loin mais une douleur aiguë dans son dos le paralysa dans sa tentative. Les larmes aux yeux, il observa Snape continuer de caresser la peau claire du Seigneur des Ténèbres. Celui-ci essaya de se redresser malgré sa faiblesse mais ses forces l'abandonnèrent. Il chassa les mains de son mangemorts brusquement.

"Lâche-moi !" ordonna-t-il.

Snape leva sa baguette et ligota les mains de son Maître sur le montant du lit.

"Tu ferais mieux de profiter du spectacle, Potter, voilà quelque chose dont tu ne pourras jamais faire : soumettre le Seigneur des Ténèbres !" s'exclama Snape avant de se déshabiller, lentement, semblant se régaler de l'expression assassine de son Maître et de ses yeux devenus almandins.

Harry mobilisa tous ses muscles pour se pencher vers sa baguette mais il sentit une fois encore cette souffrance insupportable. Il releva les yeux d'un air désespéré vers Snape qui se plaçait maintenant entre les cuisses de son Maître. Celui-ci le regardait avec défi, un rictus aux lèvres.

"Tu es pathétique, Severus !"

"Tu ne diras plus la même chose quand je te pilonnerai, Tom" murmura-t-il d'une voix caressante "Tu vas enfin m'appartenir…"

"Tu rêves éveillé…"

Le Lord Noir se tut lorsqu'il sentit la verge imposante de son ex-amant rentrer en lui d'un geste foudroyant. Il serra les dents et ferma les yeux, essayant d'oublier cette douleur et l'humiliation cuisante qu'il ressentait au fait d'être soumis à son mangemort. Les coups de butoir de Snape étaient brutaux et Lord Voldemort peina pour ne pas s'évanouir, déjà affaibli par les anciennes souffrances que le poison de Snape lui avait infligées. Il sentit le souffle erratique de Snape dans son cou et cela le dégoûta, il tourna les yeux vers la gauche et rencontra l'émeraude des yeux de son mangemort. Des émeraudes liquides qui reflétaient l'horreur suprême.

Harry ne pouvait supporter cet horrible spectacle ! C'était atroce et pourtant ses yeux ne détournaient pas le regard, ils observaient sans répits l'horreur qui se déroulait devant lui. Il fut profondément décontenancé du calme de son Maître, et de son micro sourire qui lui était adressé comme s'il voulait le rassurer. Harry ne comprenait pas, ce n'était pas lui qui était en train de se faire violer, et c'était lui qui se faisait consoler, c'était inconcevable, inimaginable ! Il obliqua vers la gauche, rampant à moitié vers sa baguette mais celle-ci s'envola dix mètres plus loin. Il tourna son regard enragé vers Snape qui ne le regardait même plus, qui continuait de rentrer et sortir violemment du corps du Lord Noir. Et Harry continuait de pleurer, la rage au cœur. Il voulait crever à l'instant même tant l'instant était cruel. La bile remonta dans sa gorge tandis qu'il scrutait les doigts calleux de Snape agripper fortement les cuisses de son Maître. Il remarqua que celui-ci avait fermé les yeux, les traits de son visage endurcis par une douleur insoutenable.

Sanglotant, Harry rampa à quatre pattes jusqu'au lit le plus discrètement possible, il s'affala contre le bord du lit – qui fort heureusement était plutôt grand et empêchait Snape de l'apercevoir, trop occupé à jouir de l'immondice de son acte. Harry ravala ses larmes et attrapa la main crispée de son Maître qui tordait les draps de son lit au creux de son poing. Il sentit que celle-ci tremblait entre ses mains, il la tint plus fermement et y déversa pour la deuxième fois de la journée toute sa magie. Mais cette fois, il ne la dispersa pas, cette fois il y mit tout son amour, toute sa force, toute sa puissance et toute la colère qu'il ressentait à l'encontre de ce monstre de Snape.

Lord Voldemort reprit alors de la vigueur et la rencontre de la magie blanche d'Harry avec sa magie entièrement noire sembla réveiller des parties inexplorées et vierges de sa puissance. Snape sentit un changement dans l'attitude de son Maître et rencontra ses yeux rubescents qui le fixaient d'une intense et paralysante colère. Les liens du Lord Noir cédèrent et en un mouvement de la main droite, Snape se retrouva enchaîné au mur du fond, les bras et les jambes écartés.

Lord Voldemort se releva brusquement tirant Harry par la même occasion vu que leurs mains étaient toujours liées. Harry gémit de douleur en sentant son dos s'étirer, et Voldemort l'attira à lui. Il appuya sa main sur le dos de son mangemort et la douleur s'en alla d'un seul coup.

"Ta magie est incroyable, Harry, quand tu sauras t'en servir tu deviendras presque aussi puissant que moi !"

Harry leva les yeux vers lui avec un drôle d'air. Est-ce que le Lord Noir venait de parler d'un ton badin ? Le Seigneur des Ténèbres se détacha de son mangemort et enfila une robe de chambre.

Harry l'observa d'un air halluciné. Il le vit chercher sa baguette dans la robe de Snape qui était tombée par terre. Il la sortit et la fit tournoyer entre ses doigts. Il s'approcha alors de Snape avec un horrible sourire sadique.

"Tu n'imagines même pas toutes les ludiques petites tortures que j'ai envie d'essayer sur toi, Severus !" siffla-t-il d'un ton doucereux, ses yeux troublés par une folie vengeresse "Je n'ai jamais senti de colère aussi acide… Mais en même temps, je n'ai jamais eu aussi envie de m'amuser avec quelqu'un…"

Lord Voldemort se tourna vers Harry et le regarda dans les yeux. Il esquissa un sourire doux qui apeura plus qu'autre chose Harry.

"Approche, Harry" ordonna le Lord Noir.

Harry s'approcha à pas tremblants, décontenancé de l'attitude de son Maître et aussi – il devait bien l'avouer – particulièrement apeuré. Comme tout le monde au château, il avait déjà entendu parler des crises de folie de son Maître lorsqu'il lui prenait l'envie de torturer quelqu'un (Harry se souvenait encore de l'expression horrifiée de Zacharias Smith noyé dans son propre sang) et tout le monde savait qu'il valait mieux être loin de lui à ce moment-là. Mais, Harry, bien-sûr n'était pas comme tout le monde. Alors qu'il devrait s'enfuir à toute vitesse, lui s'approchait docilement de son Maître, hypnotisé par ses yeux rouge et son port altier de grand guerrier.

Il avait toujours aimé la folie de son Maître même s'il ne lui avait jamais fait face avec autant de netteté. Le bras du Lord Noir s'enroula autour de sa taille et l'attira à lui.

"Dis-moi ce que tu aimerais que je lui fasse…" dit-il avec un sourire sadique.

"Heu… Je…"

Harry leva son regard vers les yeux onyx de Snape et les vit remplis d'épouvante. Une sorte de félicité envahit le cœur d'Harry à cette vision d'autant plus qu'il sentait la chaleur de son Maître contre son corps ce qui lui rappelait que ce salaud avait eu le droit de goûter à cette chaleur, à cette intimité sans permission. Il l'avait violé. Il se tourna vers son Maître qui le regardait attendant patiemment sa réponse.

"Un doloris" répondit fermement Harry.

Lord Voldemort parut sensiblement déçu.

"Un doloris ?" fit-il, consterné "Tu n'as pas une grande imagination ! Et puis c'est démodé ça ! Non, tu ne crois pas qu'il serait mieux de lui envoyer quelques GrossusSangus afin que son sang soit si épaissi qu'il fasse éclater ses veines, puis on le ferait survivre par un sort curatif et on ferait éclater ses os un à un avant de le dépecer en bonne et due forme. C'est un peu court, je le conçois mais c'est une combinaison originale que je n'ai jamais essayé…"

Harry le regarda d'un air mortifié. Il avait presque vu les images que le Seigneur des Ténèbres avait imaginé dans les yeux de celui-ci. Elles paraissaient horribles et toutes enduites de nombreux litres de sang. Harry se sentit vaciller entre les bras de son Maître et celui-ci le sentit. Il se tourna vers lui d'un air concerné.

"Tu te sens bien ?"

"Je crois que j'ai vu assez d'horreurs pour la journée…" murmura Harry.

Les yeux du Lord Noir s'allumèrent d'une lueur de colère puis s'adoucirent.

"D'accord…" marmonna-t-il en haussant les épaules.

Il agita sa baguette et Snape chuta au sol. Lord Voldemort ligota alors son ancien favori comme un saucisson. Il lâcha Harry et ouvrit la porte de sa chambre. Il vit alors la demi-douzaine de potentiels évanouis sur le sol. Il se tourna vers Harry avec un sourire puis il ligota les potentiels de la même façon qu'il avait fait avec Snape.

Harry baissa les yeux vers ceux brillants de Snape et lui sourit méchamment. Il hésita un instant mais ne put s'empêcher de lui cracher au visage lorsque Lord Voldemort ne le regardait pas.

"Ça c'est pour tout ce que tu m'as fait subir depuis que je suis arrivé…" murmura-t-il "Je compte sur Voldemort pour t'offrir une très belle fin de vie, Snape !"

Lord Voldemort revint dans la pièce et fit disparaître les corps d'un claquement de doigts.

"Je les ai fait transplaner dans les sous-sols" expliqua-t-il.

Harry essaya de ne pas grimacer, sachant que les sous-sols étaient les lieux de torture du Château de Salazar. Il savait, entre autres, que c'était là où étaient localisées les cellules. Harry n'y avait jamais mis les pieds mais il s'en félicitait, ceux qui avaient eu le déplaisir d'y entrer ne s'y étaient jamais véritablement remis. Lord Voldemort et ses favoris étaient très imaginatifs en matière de tortures et Harry ne pouvait même pas imaginer ce que subirait Snape, un favori coupable de viol et de tentative de meurtre sur son Maître.

۞

Lord Voldemort était enfermé dans la salle de bain affiliée à sa chambre depuis plus d'une heure et Harry commençait à s'inquiéter. Harry n'avait pas quitté la chambre du Lord Noir, décidé à attendre si son Maître allait bien d'autant plus qu'il avait vu son visage passer du sadisme proche de la démence à une expression plus froide et résolue. Il était intérieurement heureux qu'il ne semble pas traumatisé par son viol mais Harry imaginait mal son Maître être traumatisé pour quoi que ce soit. En réalité, il avait l'impression que son état d'âme actuel était peut-être pire que l'accablement qu'il aurait dû ressentir.

Harry était un peu perdu surtout qu'il ne connaissait aucune autre personne qui soit tombé amoureux d'un mage noir aussi puissant que Lord Voldemort et qu'il n'y avait aucun livre sur terre qui expliquait leur mode de fonctionnement.

Harry sursauta lorsqu'il entendit la porte de la salle de bain s'ouvrir, il se tourna vers le Seigneur des Ténèbres qui s'était habillé de l'un de ses ensembles noirs luxueux. Il avait meilleur mine mais ses yeux ne quittaient plus cette couleur ardente.

"Tu es encore, là ?" s'étonna Voldemort, mais il ne semblait pas en colère.

Harry mordit sa lèvre inférieure, légèrement gêné.

"Je voulais savoir si vous alliez bien…"

Voldemort soupira.

"Je ne vais pas fondre en larmes si c'est ce dont tu as peur" dit-il d'un ton sec.

"Désolé" répondit Harry précipitamment.

Le Seigneur des Ténèbres esquissa un sourire sans-joie. Il s'approcha de son mangemort et le regarda dans les yeux :

"Tu te souviens tout à l'heure, tu m'as dit que tu avais vu assez d'horreurs pour la journée, pourtant ce n'était rien, absolument rien."

"Mais, vous…" coupa Harry, offusqué.

"Chut ! Ne dis rien, Harry. Ce qu'il vient de se passer n'a aucune importante, il n'y aucune raison que tu en sois affecté…"

"Maître" répondit Harry d'un air choqué "Est-ce que vous mesurez la gravité de ce qu'a fait ce… bâtard de Snape ?"

"Oh mais je la mesure parfaitement, ne t'inquiète pas, Harry. Severus recevra toutes les punitions qu'il mérite et il sera bien-entendu tué. Mais ce n'est pas ce que tu viens de voir qui est le plus grave, la plus grosse erreur de Severus est d'avoir tenté de me tuer et de prendre ma place car c'était son intention à n'en pas douter…"

Harry regarda son Maître d'un air révulsé.

"Vous voulez dire que ça ne vous fait rien…" murmura-t-il.

"Severus et moi étions amants et… contrairement à ce qu'il croit, à aucun moment je ne lui ai appartenu, il n'a eu que mon corps, ce qui est tout de même la partie la plus superficielle de mon être, puisque je ne ressemble même pas à ce que je suis en réalité…" dit Lord Voldemort "Mon apparence réelle est loin d'être aussi charismatique que celle que tu vois en ce moment."

Harry s'assit sur le lit de son Maître, légèrement écœuré de ce qu'il venait d'entendre. Lord Voldemort le regarda un instant et haussa les épaules, il tourna les talons et s'apprêta à sortir de la pièce.

"Si c'était moi qui m'étais fait violer, vous vous en ficheriez aussi ?"

Lord Voldemort s'arrêta sur le pas de la porte et se retourna lentement vers son mangemort.

"Qu'est-ce que tu veux dire ? Severus t'a fait du mal pendant que j'étais sous l'emprise de son poison ?"

"Non."

"Dans ce cas, je ne vois pas pourquoi je me poserais la question."

Harry encaissa le coup sans rien dire. Il baissa les yeux et observa ses mains tremblantes. Cette interminable journée commençait sérieusement à l'épuiser. Il sentit des mains chaudes enlacer les siennes et les serrer doucement, il leva les yeux et vit son Maître qui était accroupi face à lui, une expression soucieuse sur son visage.

"J'ai l'impression que toute cette histoire te fait plus de mal à toi qu'à moi."

"Et moi j'ai l'impression que vous vous voilez la face !" s'exclama Harry sans détourner le regard.

Lord Voldemort se releva brusquement.

"Tu sais, je m'étais presque persuadé que tu étais la personne avec qui je pourrais passer ma vie si tu étais d'accord mais de toute évidence tu es bien trop sensible pour devenir l'amant de Lord Voldemort" déclara le Seigneur des Ténèbres en regardant durement son mangemort.

Harry sentit les larmes rouler sur ses joues.

"Oui, c'est bien ce que je disais" affirma le Lord Noir d'un air ennuyé.

Harry se leva du lit et se dirigea vers la sortie, à mi-chemin il se retourna et plongea ses yeux remplis de larmes dans ceux bien moins impassibles qu'il ne le voudrait du Seigneur des Ténèbres.

"Je veux quitter ce château et vos rangs !"

"Tu sais bien que c'est impossible" répliqua Voldemort d'un ton placide.

"Dans ce cas, tuez-moi, ça ne devrait pas être trop difficile puisque vous êtes si dépourvu de sentiments !" s'exclama Harry avant de quitter la chambre, ses larmes coulant librement sur ses joues.

Il marcha à pas vifs puis finit par courir jusqu'à sa chambre dans laquelle il s'enferma à double tour. Il se traîna ensuite dans sa salle de bain, évita son regard dans le miroir pour ne pas voir son visage ravagé par les larmes et entra dans la douche. Il régla la température afin que l'eau soit brûlante et se laissa aller. Il cria, pleura, frappa les parois de la douche, s'esquinta les mains et finit par s'écrouler au sol, le souffle court et les yeux dans le vague. Dans sa tête, les images du viol n'arrêtaient pas de défiler. Il ne comprenait pas l'indifférence de son Maître alors que lui aurait pu en crever.

Mais plus que toute chose, il se détestait, se haïssait, s'exécrait pour ne pas avoir su aider son Maître et lui faire comprendre à quel point l'acte de Snape était immonde. Il se haïssait pour avoir laisser tout ça arriver et pour avoir montrer ses faiblesses devant son Maître. Il ne servait strictement à rien, il valait mieux qu'il parte surtout que le Lord Noir n'avait pas manifester l'envie de le garder près de lui.

Il se détestait pour avoir tout gâché, pour avoir anéanti ses chances d'être avec le Seigneur des Ténèbres.

Et il se flagella encore plus d'être tombé amoureux de Lord Voldemort.


TO BE CONTINUED...

Hé oui, ce n'est toujours pas la fin ! Contrairement à ce que j'avais imaginé, il y aura une cinquième partie bien que sûrement plus courte que celle-ci.

Bon alors je suis assez perplexe sur ce chapitre parce que même si je l'avais déjà imaginé, des choses sont venues s'immiscer pendant que j'écrivais et du coup j'ai du mal à avoir une image claire sur ce chapitre. Le personnage de Lord Voldemort est très compliqué malgré ce qu'on peut imaginer ! Ses réactions concernant le viol coulaient de source selon moi et je n'ai eu pas de mal à les écrire, mais j'ai un peu peur que vous les preniez mal. Je tiens à préciser que Lord Voldemort est loin d'être un perso normal, il est même sacrément dérangé. Ne vous attendez pas à ce que cette fic soit vraiment réaliste. J'essaie de l'être vis-à-vis de Lord Voldemort, cependant.

J'espère que vous avez aimé ce chapitre qui m'a causé bien des soucis et qui n'est pas bétalecté, ma béta avait beaucoup de travail ! Mais je le reéditerai une fois corrigé. Désolée pour les RaR mais je suis moi-même un peu occupée ces temps-ci et je ne sais même pas quand arrivera la cinquième partie (qui devait à l'origine faire partie de ce chapitre mais il aurait fait plus de vingt-cinq pages ce qui est un peu disproportionné par rapport aux autres), je m'en vais aux USA au mois de février donc je risque d'être assez lente pour toutes mes fics.

J'attends vos reviews avec impatience (et une haute dose de crainte aussi) parce que ce chapitre compte un peu plus pour moi que tous ceux que j'ai écris jusqu'à présent dans toutes mes fics. Je n'ai jamais touché au drama de cette façon, et j'avoue que j'ai très peur de vos réactions !

Bises !

SamaraXX