Chapitre 2: Shawins

Hermione était dans la bibliothèque avec Ron. Ils étaient censés travailler sur le dernier devoir de métamorphose mais ils n'étaient pas vraiment concentrés. Ils pensaient à Harry. Ron avait aussi finalement compris que quelque chose n'allait pas avec lui et s'inquiétait beaucoup. Quelques semaines plus tôt, un matin, lorsqu'il s'était réveillé, il s'était rendu compte que son ami s'était déjà levé et habillé. Il était assis sur le rebord de la fenêtre, sa place favorite, et observait le ciel. Mais ce qui avait choqué le rouquin, c'était la trace des larmes sur son visage et ses yeux rouges. Merlin, Harry avait pleuré ! Mais quand il l'avait questionné, le jeune Gryffondor avait esquivé habilement et n'avait rien voulu dire.

Finalement, Hermione, à bout de patience, ferma son livre d'un coup sec, le tirant de ses pensées. L'air sacrément énervée, elle le regarda dans les yeux.

- Nan, c'est définitif, je suis trop inquiète pour travailler !

Ron resta bouche-bée. Pour que quelque chose empêche la jeune fille de travailler, il fallait vraiment que ce soit grave ! Mais après un moment, il dut bien reconnaître que, malheureusement, les problèmes d'Harry étaient graves et il retint un commentaire.

- Je suis d'accord, Hermione. Je pense que nous devons trouver ce qu'il se passe avec Harry et l'aider du mieux que nous le pourrons.

Elle acquiesça, les sourcils froncés. Elle tira de son sac un petit carnet et il en fit autant. Depuis un mois, ils y consignaient le peu d'informations qu'ils parvenaient à glaner. Au début, Ron avait trouvé ça stupide et n'avait accepté que devant l'air furieux de la jeune fille, mais à présent, il devait bien avouer que c'était une chose nécessaire. Surtout quand ils avaient découvert que le jeune homme disparaissait certaines nuits ou même quelques heures dans la journée.

- Qui commence ?

- Honneur aux dames.

Hermione tourna quelques pages et lut ses notes en diagonale avant de commencer.

- J'ai cherché un lien entre les dates où Harry agit vraiment bizarrement et surtout celles où il disparaît. Je n'en ai pas trouvé réellement, mais…. Enfin, il y a une constante. La nuit de la nouvelle lune. Ces nuits-là, il disparaît sans faute. J'ai cherché partout, je n'ai rien trouvé qui puisse l'expliquer ! Le seul facteur est l'absence de la lune et donc le fait qu'il fait plus sombre, ces nuits-là. Mais…

-… Mais il a disparu une bonne partie de la soirée et de la nuit de dimanche dernier. Et c'était une nuit de pleine lune !

Dans un geste de désespoir, Hermione se prit la tête entre les mains, se tirant les cheveux comme si la solution devait en survenir.

- C'est à ne plus rien comprendre ! Au moment où je crois avoir trouvé une piste, un évènement la détruit en mille morceaux ! J'en deviens folle !

- On s'en était aperçu, Granger !

A cette voix froide et sarcastique, les deux ados sursautèrent et se tournèrent vers celui qui avait parlé.

Drago Malefoy.

- Qu'est-ce que tu fous là, Malefoy ? Tu cherches les emmerdes ?

Le Prince de Serpentard soupira.

- Absolument pas, Weasley. Je voulais seulement vous parler en privé, mais si vous le prenez comme ça…

Il fit demi-tour et allait s'éloigner quand Hermione se leva pour le retenir. Il n'agissait pas comme d'habitude, elle sentait qu'il disait la vérité et que c'était important.

- Attends ! Que… Qu'est-ce que tu veux nous dire, Malefoy ?

- Pas ici. Suivez-moi.

Ils rangèrent leurs affaires et le suivirent jusqu'à une petite pièce qu'ils ne connaissaient pas. Elle ressemblait à un bureau-bibliothèque, ce qui fit ouvrir de grands yeux à la jeune préfète de Gryffondor. Elle ne connaissait pas cette pièce ! Mais elle se reprit bien vite et s'apprêta à écouter attentivement son collègue de Serpentard. Ron semblait exaspéré et impatient. Elle craignait l'esclandre.

- Bon, tu veux nous dire quoi, la Fouine ?

- Ron ! Par pitié, évite-nous ces insultes ! Que nous veux-tu exactement, Malefoy ?

Pour une fois, dans la bouche d'Hermione, ce nom ne prenait pas l'apparence d'une insulte et Drago lui fut intérieurement reconnaissant pour cela. Il n'aurait pas supporté un échange d'insultes. Pas maintenant. Pas alors qu'Harry avait peut-être besoin de lui.

- Je… Je… Comment va Harry ?

La question laissa les deux Gryffondor la bouche ouverte. Comment ? Malefoy qui se préoccupe de la santé de sa Némésis ? Et qui l'appelle par son prénom, par-dessus le marché !

Hermione se reprit la première alors que Ron continuait à se demander dans quel monde de fou il venait d'atterrir.

- Malefoy… Pourquoi cette question ? Et depuis quand c'est « Harry » et plus « Potter » ou « le Balafré » ?

Le jeune homme sembla se rendre compte de sa bévue car il se mordit vivement les lèvres, ennuyé. Et montrer de tels sentiments n'était décidemment pas habituels pour un Malefoy qui se respecte. Il réfléchit un moment puis haussa les épaules dans un mouvement d'humeur, comme s'il abandonnait tout, la partie, son masque et sa réputation de bon petit Serpentard. Ce qui était le cas.

- Oh, et puis zut, à la fin ! (Il se tourna vers les deux autres) De toutes façons, vous l'auriez su un jour où l'autre… Alors, maintenant ou plus tard… (Il plongea ses yeux d'acier dans ceux chocolat de la jeune fille) Je suis un ami d'Harry depuis trois ans. Depuis qu'il m'a sauvé la vie en deuxième année.

Ron ouvrit de grands yeux puis se passa une main sur le visage, tentant de remettre de l'ordre dans ses esprits.

- Ok,ok … Pause, les gars. TU es un ami d'HARRY depuis la deuxième année parce qu'il t'a SAUVE LA VIE ? Mais c'est quoi ce bordel ? C't'une blague, hein, c'est ça ?

Mais Drago était on ne peut plus sérieux.

- Je ne plaisante pas, Weasley, c'est la vérité. On a juste fait en sorte de ne pas le montrer, à cause de mon père et des problèmes que je pourrai rencontrer.

Hermione le regarda un moment puis hocha la tête en signe de doute.

- Pour que nous te croyions, Malefoy, il faudra te montrer convaincant. Raconte-nous tout depuis le début, ok ?

Le Serpentard eut un petit sourire puis s'assit sur une des chaises de la pièce. Les Gryffondor l'imitèrent et il se mit à tout leur dire.

- Ca s'est passé en deuxième année. Juste après ta pétrification, Granger… Après le départ d'Hagrid et du directeur…

Flash-Back.

Les Serpentard de deuxième année et quelques-uns de leurs aînés étaient en train de se promener dans les cachots, allant toujours plus bas, toujours plus loin. Ils étaient décidés à trouver la Chambre des Secrets et à s'allier à l'Héritier de Serpentard.

Ils marchaient déjà depuis un bon moment quand Marcus Flint découvrit un passage secret étrange. Ils s'y engagèrent, certains de tenir le bon bout, mais, par sa maladresse légendaire, Goyle activa un piège. Drago, qui marchait devant lui, glissa dans une trappe. Il était le seul à être tombé mais les autres restèrent pétrifiés. Il se demanda un instant pourquoi, avant d'entendre les sifflements menaçants d'une bonne centaine de serpents. Il était tombé au beau milieu d'un nid de serpents qui, à l'entente de leurs sifflements, n'étaient pas ravis d'être dérangés.

Mais ça ne semblait pas être le seul piège du passage, car Crabbe, par un faux mouvement, en déclencha un autre. Il semblait qu'une partie des pièges étaient destinés à s'enclencher à la moindre trace de peur ou de doute de quiconque empruntait ce chemin. Et Crabbe avait une peur panique… Un immense sifflement se répercuta dans le passage, provenant de l'autre côté de la trappe. Et cela suffit pour que les Serpentards s'enfuient en courant, laissant derrière eux leur camarade prisonnier de son trou à serpents.

- Eh ! Venez m'aider à sortir de là ! Eh !

Mais personne ne vint. Du moins, personne de Serpentard.

La personne qui se présenta au-dessus du trou, au moment où un cobra, rendu furieux par ses cris, allait se jeter sur lui pour le mordre, était la dernière personne que Drago Malefoy s'attendait à voir.

Harry Potter.

Le serpent stoppa son élan alors que le Gryffondor se penchait au-dessus de l'ouverture

- Tout va bien ?

- Mais oui, Potter, ça se voit pas ? Je joue aux cartes avec ces charmantes bestioles ! T'es content, hein ? Ton ennemi menacé par ces chères bestioles ? Tu dois bien te marrer, hein ?

Mais Harry ne releva pas. Il haussa juste un sourcil et dit d'une voix légèrement étonnée, comme s'il venait de le croiser au coin d'une rue. Il était à peine amusé.

- Tiens, mais c'est Malefoy !

Puis, il sauta à ses côtés.

- Putain, mais t'es fou, Potter ? T'as vu où on est ? Comment on va faire pour sortir si t'es ici, t'y as pensé, le Balafré ?

- T'aurais pas oublié un détail, Malefoy ?

- Et lequel, Môssieur le Survivant ?

Le Gryffondor eut un léger sourire amusé qui troubla le Serpentard. Ca, c'était pas une réaction de Potter ! Dans des circonstances normales, il lui aurait au moins relancé des insultes.

Sauf que les circonstances étaient tout sauf normales.

Harry se tourna vers les serpents après un dernier petit sourire en coin adressé au Serpentard. Et il ouvrit la bouche, d'où sortirent non des mots mais des sifflements.

Malefoy aurait voulu se cogner la tête contre la paroi.

Potter était Fourchelang !

Comment avait-il pu l'oublier, lui qui avait saisi au vol cette opportunité de l'insulter et de l'humilier à toute occasion, depuis qu'il l'avait découvert ?

Enfin, les sifflements cessèrent et le brun se tourna de nouveau vers lui, un sourire ironique aux lèvres. Un sourire un peu triste quand même, remarqua le Vert-et-Argent. Drago se frappa mentalement. Depuis quand se souciait-il des états d'âme de son ennemi ? Il se reprit en crachant.

- C'est bien beau, Môssieur le Charmeur de Serpent, mais ça ne change rien au fait qu'on est coincé ici ! Et à moins de demander à tes chers copains de nous faire la courte échelle.

Mais l'autre garçon ne répondit pas. Il sortit juste sa baguette et la pointa sur le Serpentard qui eut un mouvement de recul.

- Tu comptes m'attaquer, hein ? Très courageux de ta part, très Gryffondor ! Mais moi aussi je sais me battre !

Il dirigea sa main vers la cachette de sa baguette et pâlit. Elle n'était pas là ! Elle avait dû tomber dans sa chute ! Et il était à la merci de son ennemi ! Mais il n'allait pas rester sans rien faire ! Il allait lui montrer comment résiste un Malefoy !

- Tu es heureux, hein ? Tu avais vu que je n'avais plus ma baguette et tu en profites ! Mais de mieux en mieux, Potter ! Tu ne vaux vraiment pas grand-chose comme Griffy ! Et c'est CA, le héros du monde sorcier ?

Le Gryffondor soupira. Il ne répondit pas et fit seulement un geste de la baguette. Un rayon en sortit et heurta Malefoy… qui se retrouva à flotter dans les airs avant d'atterrir sain et sauf au bord du trou, là d'où il venait.

Il y resta un instant, sous le choc, alors que le brun s'extirpait du trou en se lançant le sort à lui-même. A moins qu'il ne s'agisse d'un autre sort qu'il ne connaissait pas?

Harry leva les yeux vers son rival et lui demanda, un peu inquiet quand même :

- Tu n'as rien ?

Comme l'autre ne répondait pas, encore choqué, il eut un nouveau soupir :

- Tu ne dis rien, donc ça va pas. Tu as besoin d'aller à l'infirmerie ?

- Pourquoi ?

Harry leva un sourcil interrogateur.

- Pourquoi quoi, Malefoy ?

- Pourquoi tu m'as aidé ?

Le Gryffondor haussa davantage les sourcils.

- Tu avais besoin d'aide, non ? J'ai fait ce que j'avais à faire. Sur ce, puisque tu sembles aller bien, tout compte fait, je te laisse. Et, un conseil, fait attention. Ce passage est ensorcelé pour réagir aux émotions de quiconque le traverse.

Il tourna les talons et se prépara à partir mais Drago le prit par le bras.

- Pourquoi ?

- Encore ? Pourquoi quoi, Malefoy ? Parle plus clairement !

Harry était partagé entre l'amusement et l'agacement. Sa voix en disait long sur ses pensées mais on sentait clairement que l'amusement l'emportait de plusieurs têtes.

- Pourquoi m'as-tu aidé alors que je suis ton ennemi ? Pourquoi me donnes-tu des conseils ? Pourquoi ne réagis-tu pas à mes insultes ? Pourquoi ne m'attaques-tu pas ?

Cette fois, le Gryffondor était franchement amusé alors que Malefoy perdait ses moyens, décontenancé par l'attitude du garçon et encore bouleversé du sort qui aurait pu être le sien si personne n'était venu pour lui. Il avait perdu sa superbe, sa prestance, son arrogance. Il avait eu peur, ceux qu'il croyait ses amis – tout du moins ses alliés – l'avaient laissé tomber et son ennemi venait le sauver sans même profiter de l'occasion pour l'humilier, l'insulter ou le rabaisser.

- Ok, alors une chose à la fois. Un, je ne supporterai jamais que quelqu'un meure ou se blesse grièvement devant mes yeux ou par ma faute, surtout si je pouvais l'aider ou l'avertir et plus encore s'il n'a rien fait pour le mériter. Deux, tu n'es pas mon ennemi. Mon rival, mon contraire, je suis d'accord. Pas un ennemi.

- Q-Quoi ?

- Tu as bien compris. Voldemort est mon ennemi, comme le sont ses partisans. Un garçon de mon âge qui ne présente aucune menace majeure n'est pas mon ennemi, même s'il s'agit de toi. Et crois-moi, je sais faire la différence entre tous ces termes ! Voilà qui répond à tes deux premières questions. Et même à la troisième et à la quatrième. Sauf que j'ajoute que je n'ai plus ni le temps ni l'envie de répondre à tes provocations. Ca n'en vaut pas la peine. Cela te suffit ou tu as d'autres questions ?

Comme le blond ne répondait pas, le brun sourit et tourna de nouveau les talons. Avant de partir, il lui donna un dernier conseil.

- Encore une chose, Malefoy. Ne recommence pas ce que tu viens de faire. Ne traîne plus dans les parages, c'est bourré de pièges comme celui-ci. Et ne cours pas après l'Héritier ou la Chambre. Tu pourrais aller rejoindre la première victime du monstre qu'elle renferme.

- Et pourquoi, toi, tu te trouvais ici ?

Harry lui répondit en s'en allant, un sourire triste aux lèvres.

- Moi, je n'ai pas le choix.

Et il planta là le Serpentard qui mit un moment avant d'assimiler l'évènement. Puis de repartir, pensif, vers son dortoir où il fut accueilli avec surprise par ses coéquipiers. Il leur inventa une histoire à sa façon avant de rejoindre son dortoir.

Potter lui avait donné à réfléchir. Et il sentait confusément que les réponses qu'il trouverait allaient le changer sans espoir de retour…

Fin Flash- Back.

- Et ensuite ? Que s'est-il passé ?

- Je lui ai envoyé un message en cours de Potions, le lendemain matin. Le soir-même, nous nous sommes rencontrés pour discuter. C'est là que nous avons conclu une trêve. Mais il fallait sauvegarder les apparences, ne serait-ce que pour me protéger de mon père qui, je m'en rends compte à présent, m'avait complètement sous sa coupe.

Drago se tourna vers Hermione.

- Je suis désolée de t'avoir insultée toutes ces années, surtout lorsque j'ai dit que j'aurai voulu que tu sois morte à cause du monstre. Je ne le pensais pas.

Celle-ci eut un mouvement d'hésitation mais lui fit un petit sourire.

- Je ne sais pas si je fais bien, mais je veux bien te laisser une chance, Malefoy. On fait une trêve ?

Et elle lui tendit une main que le jeune préfet prit avec reconnaissance et soulagement. Il ajouta même, pour prouver qu'il voulait tout reprendre sur de nouvelles bases :

- Alors reprenons depuis le début. Enchanté, je m'appelle Drago Malefoy, Serpentard et Préfet. Je suis aussi attrapeur de Serpentard et je viens d'une grande famille de Sang Pur… mais pas fier de l'être….

Hermione eut un petit rire.

- Hermione Granger, Gryffondor, Préfète, fille de moldus et fière de l'être. Ah, j'oubliais ! Je suis membre du Trio d'Or de Gryffondor ! Enchantée de faire ta connaissance !

Les deux adolescents se sourirent puis se tournèrent vers le troisième préfet de la pièce, un peu inquiets de sa réaction. Celui-ci, après la méfiance, était passé par toutes sortes d'émotions : le doute, l'étonnement, la rancœur et finalement la compréhension, la compassion – ce qui le surpris lui-même ! Il haussa les épaules et imita Hermione.

- Je ne te fais pas confiance, Malefoy, mais je pense comme Hermione. Je veux bien une trêve. De toutes façons, je pense qu'on a pas besoin d'une stupide dispute en ce moment. Il y a plus grave. Alors, je me présente, Ronald Weasley, dit Ron, Gryffondor, Préfet et membre du Trio d'Or… Enchanté.

- Moi de même. Je suis désolé de tout ce que j'ai pu te dire de mal, Weasley. Vraiment.

Alors que les trois jeunes gens commençaient à lier connaissance dans une pièce inutilisée de Poudlard, un jeune homme se dirigeait vers le septième étage de Poudlard, empruntant les escaliers tournants. Comme s'ils lui obéissaient, ils le dirigèrent vers une porte que personne n'avait jamais franchie depuis mémoire d'homme… ou du moins était-ce la rumeur qui courait à propos de cette porte et de ce qu'elle cachait. Les directeurs successifs ont de tous temps cherché à l'ouvrir, mais aucun d'entre eux n'y était arrivé – même Dumbledore lui-même ! En fait, les escaliers eux-mêmes refusaient de s'y arrêter.

Mais, à l'insu de tous et toutes, ce jeune adolescent avait emprunté l'escalier facétieux et avait attendu d'être certain d'être seul pour lui « demander » de le conduire face à cette mystérieuse porte. Et après un dernier regard en arrière, alors que l'escalier repartait, il posa sa main droite sur le bois vieilli et attendit d'être autorisé à entrer – ce qui ne tarda pas.

Une fois dans le couloir éclairé de nombreux flambeaux, le jeune homme soupira de soulagement et enfouit sa tête dans ses mains.

- Tu m'as l'air épuisé, Harry.

Sans même bouger de sa position, Harry Potter répondit à son interlocuteur, un jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux onyx.

- Je voudrais t'y voir, Tom ! Ils sont trop curieux pour leur propre bien… Je ne sais plus quoi faire pour détourner leur attention. Même à prendre ce passage, le plus visible de tous !

- Je comprends mieux maintenant… J'ai été assez surpris quand tu m'as dit que tu passerais par ici. Ils sont si curieux que ça ?

- Tu n'as pas idée… Je suis persuadé qu'ils enquêtent sur mes agissements… Je ne sais vraiment pas comment j'ai fait pour les dérouter toutes ces années !

Tom eut un petit sourire. Harry était un trop humble pour voir qu'il était le meilleur lorsqu'il s'agissait de brouiller les pistes, détourner l'attention, semer d'éventuels espions, etc… Même les célèbres Maraudeurs ne lui arrivaient pas à la cheville !

Son sourire s'évanouit cependant lorsqu'il remarqua la tâche rouge sur le sol. Vivement, mais le plus doucement possible pour ne pas le faire davantage souffrir, il s'empara de la main du Survivant et ouvrit de grands yeux horrifiés.

La main était complètement ensanglantée et, au milieu du dos de la main, plus rouge encore que le sang, gravés à même la chair, s'étalaient les mots « je ne dois pas dire de mensonges ».

Il leva son visage en colère vers le jeune Potter qui tentait de récupérer sa main, mal à l'aise. Sa voix devint froide et dangereuse.

- Harry ? Qui t'a fait ça ?

- …

- Harry !

- Om…Ombrage… Re… Retenue…

Tom lâcha immédiatement la main blessée et se détourna. Il était furieux ! Comment ce sale crapaud osait-il s'attaquer à son jeune frère ! Il n'avait qu'une seule envie, aller trouver cette sale bonne femme et se venger de tout ce qu'elle avait commis comme erreurs et bêtises depuis son arrivée ! Il avait dû supporter en silence ses insultes envers les élèves et les professeurs, son attitude hautaine, ses foutus décrets d'éducation… mais là, c'en était trop ! S'attaquer à un élève… à Harry, par-dessus le marché ! Comme si l'enfant qu'il aimait comme son frère cadet n'avait pas eu assez à traverser ! Jamais il ne lui pardonnerait !

Il allait prendre la porte menant vers les escaliers quand une main tremblante l'arrêta. Il baissa le regard et croisa les émeraudes de son cadet. Il semblait effrayé.

- Non… C'est pour ça que je ne t'ai rien dit, Tom. Ne fais rien d'insensé, il ne faut pas qu'ils te voient… S'il te plaît, grand frère.

Ces deux derniers mots le calmèrent sur-le-champ. Harry ne les disait pas souvent, c'était la preuve qu'il n'était pas dans son état normal, qu'il avait besoin de lui… mais aussi de sa famille. La seule véritable famille qu'il possède.

Il le serra dans ses bras et sentit son épuisement total, ses réserves d'énergie, magiques et physiques, étaient à un niveau critique. Il tremblait de tous ses membres, trempé de sueur et les yeux dans le vague. Il avait sans doute usé de ses dernières forces pour arriver ici sans que personne ne constate son état. Le spectre jura en posant une main sur le front du jeune Gryffondor. Trop chaud. Il devait faire vite. Sans un mot, avec juste un regard d'avertissement, il le prit dans ses bras translucides mais toujours matériels, et courut vers le seul endroit dans Poudlard où il trouverait le nécessaire pour le soigner… mais pourrait-il le guérir ?

Il parcourut le couloir à toute vitesse et arriva en vue d'une double porte sur laquelle un sceau était gravé. Celle-ci s'ouvrit en grand à son arrivée, faisant sursauter la jeune fille qui se trouvait dans la pièce, penchée sur un vieux grimoire poussiéreux. Pour quiconque ignorait l'existence des Shawin, ces spectres si humains, elle aurait pu passer pour une sorcière normale au premier abord. Mais elle ne l'était pas. Comme Tom Elvis Jedusor, Moira Diane Artémis Wallen n'était qu'un reflet, l'ombre d'une sorcière du passé.

- Tom ! Je t'ai déjà dit mille fois de… Merlin, Harry !

Le jeune spectre ne fit pas attention à elle et emmena Harry vers le lit à baldaquin qui se trouvait là. La jeune Shawin s'approcha rapidement tandis qu'il vérifiait la santé d'Harry avec la magie sans baguette. En découvrant les résultats, il étouffa une litanie de jurons.

- Que lui est-il arrivé, Tom ?

- Je ne sais pas vraiment. Il est arrivé comme ça, complètement vidé de toute énergie, la main en sang. Je crois qu'il a rassemblé le peu d'énergie qu'il avait en réserve pour arriver ici sans attirer l'attention. Quand je lui ai demandé qui lui avait fait ça, il m'a parlé d'Ombrage et d'une retenue. C'est tout ce que je sais.

- Je vois. Je vais chercher les autres, je crois qu'on aura besoin d'eux.

Et la jeune « fille » partit, empruntant une des portes qui donnaient accès au reste des « appartements ». Tom revint vers Harry et le vit se débattre dans son inconscience. Ne sachant réellement que faire sans pour autant aggraver les choses, il alla chercher une vasque et la remplit d'eau et de quelques herbes. Puis, il s'assit au chevet du sorcier et entreprit de lui faire des cataplasmes. Il râlait de ne pas s'être intéressé davantage à la médicomagie ou du moins à la Guérison mineure. Il se sentait inutile face à la douleur que son protégé semblait ressentir à cet instant.

- Allez, 'Ry, tiens bon !

Quelques minutes plus tard, Moira était de retour, suivie de plusieurs autres Shawins. L'une d'entre elle portait une caisse emplie de potions et d'herbes médicinales. Tom s'écarta pour la laisser s'occuper du jeune malade.

Pendant qu'elle soignait Harry, Tom se tourna vers les autres. Le plus vieux d'entre eux fit un signe de tête et il les suivit dans une petite pièce attenante. Seules restèrent deux autres membres de leur « communauté », une Guérisseuse et une apprentie d'une quinzaine d'années qui se trouvait dans tous ses états.

Dans la pièce, il y avait de nombreux fauteuils disposés en cercle. Chacun s'assit dans celui qui lui était assigné, ce qui laissait de nombreuses places libres. Le plus vieux membre de leur assemblée regarda le jeune Tom bouleversé par l'état de son petit frère.

- Prend ton temps pour te calmer, Tom. Mais tu dois comprendre que nous devons savoir ce qui lui est arrivé.

Tom acquiesça et tenta de se contrôler. Il regarda ses mains et contempla les reflets intérieurs qui lui donnaient l'aspect si caractéristique des Shawins.

Shawin… C'était le nom de leur « espèce », si l'on peut dire. Il n'était plus un être humain mais n'était pas un fantôme non plus. Il était à mi-chemin entre les deux. C'était comme s'il était une âme, un corps astral en pleine projection. C'était un secret millénaire et rares étaient ceux qui pouvaient avoir accès aux connaissances nécessaires pour y parvenir. Et plus rares encore étaient ceux qui devenaient des Shawins.

Un Shawin était humain, à l'origine. A un moment de sa vie, il se fondait avec un lieu ou un objet et perdait son enveloppe corporelle tout en gardant certaines de ses capacités. Il pouvait devenir matériel ou immatériel selon ses envies ou ses besoins, visible ou invisible, et bien d'autres choses. Mais il n'était plus humain. Il ne pouvait plus vivre… et il ne pouvait plus mourir. C'était un concept très proche de l'immortalité – du moins celle de l'âme – mais des sorciers mal intentionnés et – Merci Merlin ! – trop mal renseignés en avaient tiré le rituel des Horcruxes, que ce… Voldemort, cette Face de Serpent, avait employé à tort et à travers.

Tom ferma les yeux, sentant peser sur lui le regard des personnes présentes. Ils attendaient qu'il soit prêt à parler sans se mettre en rage, comme toujours quand Harry était concerné.

Trois. C'était le nombre de sortes de Shawins existant actuellement. Les plus courant étaient ceux qui, sentant leur mort venir, se fondaient dans un lieu choisi par eux, abandonnant leur enveloppe charnelle. Ils étaient alors officiellement morts pour le commun des mortels et ne pouvaient plus revenir en arrière. Ils portaient le nom d'Eternels et se rencontraient un peu partout dans le monde, mais ils ne se montraient qu'à ceux qui étaient choisis par eux ou des Elus. Comme lui, autrefois. Comme Harry.

Les Ephémères étaient plus rares. C'étaient des sorciers qui se mettaient dans un coma magique avancé. Leur métabolisme était mis en pause, en hibernation. Seule leur âme, détachée du corps, continuait à évoluer. Les Ephémères étaient presque toujours des Elus en danger de mort qui s'assuraient ainsi de pouvoir continuer leur mission en attendant le moment propice pour reprendre leur vie. Mais en échange, ils devaient devenir des Eternels lorsque leur heure véritable viendrait. Tom en était un. Gravement blessé, il sentait qu'il risquait de mourir sans avoir, au moins, délivré ses secrets à une personne capable de poursuivre son œuvre, sa mission et son rêve. Il s'était alors mis en hibernation et était devenu un Shawin en attendant cette personne, celui ou celle à qui il livrerait ses secrets et son savoir et qui le réveillerait au moment propice afin qu'ils se battent côte à côte. Et il savait qu'Harry était cette personne.

Il existait encore une troisième sorte de Shawin. Ils étaient extrêmement rares. Pour être honnête, il n'en existait que deux dans le monde. Et encore, c'était ce qui aurait du être. C'étaient les Phénix. Leurs parents avaient utilisé sur eux un sort de puissante magie ancienne afin de les protéger de la mort et, sans vraiment le savoir, ils avaient fait d'eux des Shawins en puissance. Si d'aventure ils mourraient ou en étaient proches, ils devaient devenir des Shawins avec les mêmes caractéristiques que les Ephémères, à la différence que leurs corps continueraient à évoluer jusqu'à leurs vingt ans et qu'ils n'avaient pas besoin d'aide extérieure pour se réveiller.

Les Phénix auraient du être deux.

Il n'y en avait qu'un seul.

L'autre avait survécu. Et c'était lui qui, en ce moment même, se battait contre le sort dans la pièce attenante à celle-ci.

Harry James Potter.