Voici le quatrième chapitre de ma fic, plein de révélations et d'explications. Je tiens à vous avertir qu'il est plus sombre que les autres et que ce sera sans doute la même chose pour le suivant.

J'espère qu'il vous plaira quand même! Si vous avez des questions ou - mieux encore - des suggestions, vous savez quoi faire! Review!

Bonne lecture

Fustella

Chapitre 4:

Tom et Moira : Souvenirs I

Tom entra dans les appartements des Jumeaux. Harry avait quitté la salle d'étude pour y être transféré, quelques heures plus tôt. Son état s'améliorait lentement, mais il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet. Inquiet pour l'état de son frère, mais aussi inquiet de ce qui pourrait se produire s'il ne se trouvait pas dans son dortoir ou l'infirmerie, au matin. Soit dans six heures.

Harry était étendu sur son lit, Beth assise à son chevet. Du regard, il la questionna et elle sourit.

- Tu peux entrer, il ne dort pas.

En effet, le jeune sorcier était éveillé et tentait de se relever. Sa sœur se précipita pour l'aider, ajoutant des oreillers de façon à ce qu'il soit à moitié assis, à moitié allongé. Tom s'assit à ses pieds, un petit sourire aux lèvres. Il voyait bien qu'Harry détestait qu'on le materne à ce point. Il n'était pas en verre ! Mais sa sœur était en mode super protectrice, et il ne pourrait rien y faire. Alors il la laissait faire en retenant des répliques qui, il le savait, pourraient blesser sa sœur s'il employait mal ses mots.

- Comment te sens-tu ?

Harry grimaça. Il n'avait pas arrêté d'entendre cette question depuis son réveil, une heure auparavant. Il appréciait énormément toute cette attention, cela prouvait qu'il était aimé, qu'on s'inquiétait pour lui. Mais il en avait marre de toujours répéter la même chose !

- Mentalement ou physiquement ?

Tom reprit son petit sourire, lui faisant comprendre qu'il compatissait mais qu'il attendait une réponse. Harry, Elisabeth, Moira et lui étaient devenus si proches, comme des vrais frères et sœurs, qu'ils pouvaient se comprendre comme s'ils n'étaient qu'un seul être. Et malgré la retenue d'Harry, il pouvait ressentir dans son ton un soupçon d'agacement poli et amusé.

- Les deux.

Harry soupira mais entreprit de lui répondre. Après tout, ils devaient savoir, puisque de son état dépendait l'accomplissement ou non de la cérémonie de réveil, qui aurait lieu à la prochaine Lune Noire.

- Je vais mieux des deux côtés, mais ce n'est pas encore génial. J'ai peur de devoir modifier le programme de la prochaine Lune Noire. Je n'aurai pas assez de forces.

Elisabeth et Tom s'entreregardèrent, levant chacun un sourcil. C'était du Harry tout craché de se préoccuper de telles choses alors qu'il était passé si près de la mort ! Ce qui aurait anéanti tous leurs espoirs de vaincre Voldemort, car il aurait fallu attendre qu'il soit à même de revenir à la vie, ce qui dans son état aurait pris des années ! Tant de vies auraient pu disparaître s'il avait succombé ! Tant de désespoir aurait atteint ceux qui l'aimaient ! Pour eux, bien sûr, il serait toujours vivant, mais ce n'était pas pareil…

- Cesse de penser à cette cérémonie et répond-nous sans la prendre en compte.

- Ca peut aller. Mais la cérémonie…

Elisabeth eut alors un petit rire. Elle avait eu une idée, une idée folle, mais que les circonstances pouvaient aider à réaliser. Elle regarda son frère qui se demandait ce qu'elle avait à rire et lui expliqua son idée.

- Ce n'est pas un problème, frérot. Il nous reste deux semaines, c'est plus qu'assez. Je vais me réveiller toute seule et tout de suite. J'aurai besoin d'une semaine pour m'habituer, ensuite je serais à même de prendre ta place, le temps que tu te mettes en stase pour récupérer tes forces.

Le Survivant regarda sa jumelle avec de grands yeux. Il n'avait pas pensé à ça ! Ils étaient tous deux métamorphomages, elle n'aurait aucun mal à le remplacer, surtout qu'elle le connaissait par cœur ! Et s'il se mettait en stase – autrement dit, s'il se mettait de lui-même dans un état proche du coma magique lui permettant de puiser dans son Cercueil d'Eternité de quoi guérir - , il pourrait réveiller sans problème ses parents et ses frère et sœur d'adoption. Cependant…

- Tu es sûre que ça ira ? Et si tu avais besoin de plus de temps pour t'adapter à la vie ?

- Alors, je t'aiderai à réveiller nos parents, Tom et Moira. S'il te plaît, Harry ! Ca sera bon pour moi comme pour toi !

Tom lança un regard à Harry, signifiant qu'elle ne changerait pas d'avis. Harry le savait, ils étaient pareils. Têtus comme personne. Ce devait être de famille, comme la curiosité et la capacité à s'attirer des ennuis. Ne voyant aucune possibilité de lui retirer cette idée de la tête, le jeune homme dut bien s'incliner. Il espérait juste que son caractère enflammé ne lui jouerait pas des tours…

La jeune fille sortit prévenir les autres, laissant ses deux frères ensemble. Harry avait mis sa tête entre ses mains et Tom avait un sourire fataliste.

- Je suis sûr que tout ira bien. Enfin, tant qu'elle ne lorgne pas trop sur tu-vois-qui.

Harry eut un petit rire. Il était persuadé que cette personne était à l'origine de l'idée folle de sa jumelle. Depuis qu'il avait retrouvé tous ses souvenirs, il n'avait pu que constater les inconsciences de sa sœur. Il avait failli avoir une crise cardiaque en la voyant sur les gradins vides, un soir d'entraînement, au début de cette cinquième année.

Flash-Back

Son équipe venait occuper le terrain et la précédente était toujours en vol. En levant les yeux, il avait dut retenir un cri de surprise en voyant sa sœur, sous son apparence de Shawin, assise en haut des gradins, observant le ciel et les joueurs avec insistance, le rouge aux joues, les yeux brillants. Et en suivant son regard, il n'avait eu aucun mal à comprendre à qui ce regard était destiné. Et ce qu'il signifiait. De surprise, il en avait fait tomber son balai.

Drago Malefoy.

Sa sœur était tombée amoureuse de Drago Malefoy.

Il avait fermé les yeux sous le choc et s'était assis sur un banc, s'attirant le regard des membres de son équipe. Ron et Hermione avaient tout de suite accouru, lui demandant s'il se sentait bien. Et, pour toute réponse, il avait éclaté de rire. Un rire nerveux, incapable d'être retenu. Ce rire franc avait résonné, faisant arrêter les Serpentard en vol. Drago avait eu du mal de se retenir de tomber de son balai en constatant de qui provenait ce rire. Il avait dû se poser bien des questions.

Mais ce rire avait aussi attiré l'attention de la Shawin qui devint pâle comme la mort avant de rougir d'embarras. Par leur lien, Harry lui somma de rentrer, lui assurant qu'il ne dirait rien mais qu'il aimerait des explications.

Comprenant qu'il avait tout compris, elle s'enfuit, encore plus rouge qu'auparavant.

Et lui riait toujours, sous les yeux surpris des Gryffondor et des Serpentard. Il finit par se calmer, une fois certain qu'Elisabeth était rentrée. Mais il évita un bon moment le regard de son ami Serpentard, de peur de se remettre à rire.

Fin Flash – Back

Le jeune homme sourit, songeant à toutes les fois où il avait dû se retenir de rire devant lui, toutes les fois où son regard s'était fait malicieux ou amusé. Il aurait pu être fâché, ou jaloux, mais il n'en était rien. Il aimait beaucoup Draco et savait que, même s'il ne ressentait rien pour Elisabeth, il ne lui ferait aucun mal intentionnellement. Sa sœur avait le droit d'être heureuse, le droit d'aimer, il ne le lui refuserait pas ce bonheur. Et il approuvait tout à fait son choix, connaissant Draco mieux que personne.

- Pourquoi souris – tu ?

- Je pensais à ma sœur et à Draco. Au jour où j'ai appris qu'elle en était tombée amoureuse.

- Le jour où tout Poudlard s'est mis à croire que la Gazette disait vrai en racontant que tu avais perdu la tête ?

Harry se renfrogna. Ca, c'était le coté négatif de l'affaire. Sans oublier les questions de ses amis et de ses professeurs, auxquelles il fallait ajouter celles de Sirius et Rémus. Pas de pot.

Tom s'aperçut du changement d'humeur de son frère d'adoption et s'en voulut.

- Je suis désolé Harry. Je ne voulais pas…

- C'est pas grave, Tom. Au fait, quelle heure est-il ?

- Il te reste quelques heures avant le lever. Mais je ne sais pas si c'est très prudent.

- Je ferai attention, promis, mais je dois y aller.

- Je vais prévenir les autres.

Le Shawin sortit de la chambre et se dirigea vers la salle de réunion où se trouvaient les autres. Il les prévint de la décision d'Harry et les laissa pour rejoindre la salle d'étude. La salle était de grande taille et contenait un lit à baldaquin – utilisé lorsque les Shawin apprennent les arts réclamant la relaxation ou le sommeil - , plusieurs tables de taille variable et une petite bibliothèque contenant le double des ouvrages de base ou de référence. Une grande cheminée avec quelques fauteuils s'y trouvait aussi. Il s'assit face à elle dans son fauteuil favori et resta là à observer les flammes vives. Il ne pouvait pas sentir leur chaleur, mais il la devinait telle qu'elle était dans ses souvenirs, lorsque, jeune étudiant à Poudlard, il s'asseyait là pour lire ou écouter les leçons d'Histoire de Rowena Serdaigle.

Il ferma les yeux se replongeant dans son passé. D'ordinaire, il préférait faire comme si certaines choses n'avaient jamais eu lieu, mais il savait que bientôt il ne pourrait plus se voiler la face. Alors, autant commencer tout de suite.

Tom Elvis Jedusor. Le nom de son père et de son grand-père paternel. Tous des moldus. Sa mère, une sorcière, était une héritière directe de Salazar Serpentard. Elle aurait dû se nommer Jade Serpentard, mais la prudence avait fait choisir à sa famille, bien des générations plus tôt, le nom de Vipérin. Elle était donc Jade Vipérin. Sa famille s'était assombrie au fil des siècles et s'était tournée vers le mal, servant tous les mages noirs. A moins qu'un des leur ne soit un de ceux-là. Mais elle n'était pas comme eux. Elle ressemblait à sa mère, qui s'était vue mariée de force à l'héritier de cette sombre famille. Elle était droite et noble, une véritable Serpentard. Elle disait souvent qu'elle n'était pas une Vipérin mais une Serpentard.

Elle avait fait ses études à Poudlard dans la maison de son aïeul. Elle était destinée à devenir une Shawin et avait rencontré les Fondateurs, Merlin et Poudlard dès sa première année. Comme elle était étroitement surveillée par sa famille, sa formation était très lente, mais elle était plus que déterminée. Pourtant, à sa sortie de Poudlard, elle n'avait toujours pas terminé sa formation. Comme elle était assez riche par elle-même, elle décida de quitter sa famille. Elle s'acheta une maison près d'un grand domaine et y vécut tout en poursuivant sa formation. Elle n'y resta cependant pas longtemps.

Elle était tombée amoureuse de Tom Jedusor, l'héritier du domaine voisin, quelques jours après sa sortie de Poudlard et son installation. Ils s'étaient mariés quelques mois plus tard et elle ne tarda pas à donner naissance à un petit garçon. Mais elle n'était pas heureuse. Son mari était volage et la négligeait. Lorsque Tom eut son premier signe de magie accidentelle, à trois mois, elle dut bien révéler la vérité à son époux. Il la quitta sur le champ. Jade était malade, gravement malade, et ce malheur ne fit qu'aggraver son état. Elle confia son fils à un orphelinat. Elle espérait pouvoir le reprendre, une fois guérie, à sa sortie de l'hôpital. Cet espoir ne fut jamais réalisé. Elle mourut à Sainte-Mangouste, loin de son fils, dans la solitude, car personne ne savait rien sur ce qu'elle était devenue ou d'où elle venait, selon le point de vue.

Elle n'était pas encore une Shawin à part entière.

Elle ne fut pas reçue au Cœur de Poudlard, à la grande tristesse de ses mentors. Tout ce qu'elle put faire fut de leur transmettre ses pouvoirs, ses sentiments et ses souvenirs dans le Cercueil d'Eternité qui aurait dû la recevoir. Pour Tom, pour qu'un jour il connaisse son histoire, comprenne et pardonne à sa mère.

Tom vécut dans un orphelinat sans jamais rien savoir. Ses accès de magie accidentelle le faisaient voir comme un être à part, anormal, et il fut vite seul, rejeté. Sa capacité à parler aux serpents avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Mais il n'était pas méchant. Il avait souvent soigné ses camarades de dortoir avec ses pouvoirs, mais les autres oubliaient très vite. Il contrôlait assez bien sa magie et discutait avec les bêtes à défaut des humains.

Il fut plus qu'heureux lorsque Albus Dumbledore, alors professeur de Métamorphose, vint le chercher et l'emmena dans le monde magique. Il fut réparti à Serpentard et, malgré son appartenance à cette maison, il se fit aimer. Son apparence, son intelligence et son caractère aimable avaient séduit bien des gens, à commencer par ses professeurs. Ses meilleurs amis furent Rubeus Hagrid (Pouffsouffle), Angela Adams, la grand-mère paternelle de Drago Malefoy (Serdaigle), et Orion Black (Serdaigle), un grand-oncle de Sirius, qui avait aussi tourné le dos aux idéaux de sa famille. Tous les trois étaient assez particuliers, l'un par son goût pour les créatures dangereuses, l'autre pour ses pouvoirs elfiques et le dernier pour sa passion pour les légendes, moldues et sorcières. Tom les avait aimé pour ce qu'ils étaient et ils étaient devenus les meilleurs amis du monde. L'orphelin ne pouvait rêver mieux que ces trois-là pour amis, car leur loyauté pour le Serpentard était sans faille.

C'est durant sa première année qu'il découvrit l'existence des Shawins et sa propre histoire. Il se mit à détester son père, mais sans pour autant mettre tous les moldus dans le même sac que lui ou les dirigeants de son orphelinat. Contrairement à sa mère, sa formation fut aisée et rapide. Il n'avait pas encore terminé sa cinquième année qu'il était déjà prêt.

Malheureusement, son bonheur fut balayé plus vite qu'on ne saurait dire.

A l'époque sévissait un mage noir redoutable : Grindelwald. C'était un homme froid et sans cœur, un véritable monstre. La communauté sorcière tremblait devant lui et cherchait à le faire disparaître. La guerre chez les moldus et celle chez les sorciers affaiblissaient la communauté magique. Il fallait réagir.

Mais il y avait une chose que personne ne savait, même maintenant, plus de cinquante ans après.

Alors que tout le monde savait qu'Albus Dumbledore avait vaincu le mage noir en 1945, personne ne savait que Grindelwald avait eu deux enfants. Ils étaient nés bien avant qu'il ne se transforme en mage noir, alors que sa femme – la seule qui ait pu retenir ses pulsions meurtrières – était encore de ce monde.

En 1939-40, lors de la cinquième année de Tom, l'un d'eux étudiait à Poudlard.

Il s'appelait Jack César Alexandre Wallen.

Jack était dans la même année que Tom et le détestait pour tout. Pour son apparence – Jack tirait toujours la tête, ne prenait pas soin de lui et avait une attitude de barbare -, son intelligence – ses résultaient stagnaient toujours entre Troll et Désolant – et son caractère – Jack était morbide, méchant et cruel- mais aussi (et surtout !) pour ses pouvoirs. Car Jack avait remarqué les capacités de Tom, surtout le Fourchelang.

Il en avertit son père qui eut alors une idée cruelle : il fit enlever Tom durant l'été, alors qu'il était sans défense dans son orphelinat.

Ainsi commença son calvaire.

Le Shawin frissonna en se souvenant de ces deux années d'enfer dans les cachots, battu, torturé, mais surtout vidé. Grindelwald avait l'intention de faire de son fils son successeur. Mais pour cela, il avait besoin d'augmenter ses pouvoirs, de faire de lui quelqu'un d'autre, quelqu'un plus à même de lui succéder.

Durant deux ans, usant de tout son sadisme, toute son imagination morbide, il s'ingénia à retirer de son prisonnier toutes ses connaissances, toutes ses capacités – y compris le Fourchelang – pour les offrir à son fils. Par chance, Tom était un Shawin confirmé, aussi, lentement, de façon à écarter les soupçons, put-il envoyer une bonne partie de ses pouvoirs dans son Cercueil d'Eternité, ainsi que ses souvenirs les plus dangereux. Le reste, il tenta de les bloquer, de les enfouir au plus profond de lui-même.

Mais même si cela lui permettait de parler toujours Fourchelang, il ne pouvait rien faire, rien du tout, car sa prison était à l'épreuve de la magie et il n'était pas en état de tenter une évasion physique. Et pour en ajouter une couche, son bourreau venait chaque jour lui raconter les exploits de son fils, qui était rentré à Poudlard sous l'identité de Tom Elvis Jedusor. Il dut retenir un cri de rage en apprenant tout cela.

Il lui semblait que toute sa vie se brisait petit à petit.

Jack avait trouvé la Chambre des Secrets.

Il l'avait ouverte. Il y avait eu des victimes.

Emilie, la cousine d'Angela, avait succombé.

Rubeus avait été accusé à sa place. Il s'était fait renvoyer et croyait que c'était lui, Tom, son ami, qui l'avait trahi.

Ses meilleurs amis le craignaient car Jack les humiliait, les frappait.

Et tant d'autres horreurs.

Sans compter que son ennemi avait joué avec les lettres de son nom pour créer ce foutu surnom de Lord Voldemort.

Il voulait mourir…

Tom ne se rendait pas compte qu'il pleurait à ces souvenirs douloureux. Ses larmes de douleur lui revenaient, silencieuses.

Une main bienveillante se posa sur son épaule. Relevant la tête, il croisa un regard améthyste dans lequel se reflétaient inquiétude et tristesse.

- Tom… Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Moira…. C'est vrai, tu es là… Tu as toujours été là…

- Tom ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

Pour toute réponse, il l'attira à lui, la faisant asseoir à ses cotés, le fauteuil s'agrandissant en même temps. Et il se serra contre elle, cachant son visage dans son pull, continuant de pleurer.

Alors Moira comprit.

Sans un mot, elle le serra davantage contre elle alors qu'il pleurait davantage. Elle se mit à lui caresser les cheveux et le dos en lui chantant une chanson pour le calmer.

Il lui semblait remonter plus d'un demi-siècle en arrière, lorsqu'elle l'avait trouvé dans un cachot de la demeure de son père. Ou plutôt de son géniteur, car elle détestait son père et son frère.

C'était sa plus grande douleur, sa plus grande honte.

Elle, Moira Diane Artémis Wallen, était la fille de Grindelwald.

Elle était la sœur de celui qui se faisait nommer Lord Voldemort.

Mais elle n'était pas comme eux.

Elle était l'aînée des deux et avait donc connu sa mère plus longtemps. Elle était une femme exceptionnelle, mariée de force, comme dans beaucoup de familles au sang-pur. Elle avait transmis à sa fille sa beauté, son intelligence, son caractère et ses pouvoirs. Moira n'était qu'une fille, aussi son père la mit-elle de côté, la rejetant complètement à la naissance de Jack. Ce qui lui permit de rester plus longtemps auprès de sa mère, à écouter ses enseignements. Elle fut son précepteur puisque son père estimait qu'une fille n'avait pas droit à l'éducation.

Et quand sa mère mourut, que son père devint encore pire, son monde s'écroula. Elle étudia d'elle-même, seule, dans le secret, et se révéla bien meilleure que son frère. A dix-sept ans, elle entendit parler d'un prisonnier par son père, un prisonnier que personne ne pouvait voir ni entendre. Remarquant les transformations chez son frère, elle craignit ce à quoi ce pauvre être destiné. Mais ses doutes se révélèrent exacts et elle en eut la confirmation en voyant son frère prendre une apparence nouvelle grâce à un Polynectar modifié. Un Polynectar lui permettant de garder à jamais une apparence nouvelle.

Elle se jura alors de trouver ce prisonnier et de l'aider. Il lui fallut cependant plusieurs mois avant de le trouver, et elle n'avait pu retenir un cri d'horreur devant son état.

Il n'était qu'une plaie béante, sale et sanglant. Il était attaché au mur, les bras levés au-dessus de sa tête. Ses chaînes lui permettaient quelques pas, mais son bourreau avait déposé son repas à quelques pas de la limite qu'il pouvait atteindre, par pur souci de cruauté et de sadisme.

Elle voulait vomir, s'enfuir loin de cet endroit, mais elle se força à avancer. Le prisonnier, qu'elle croyait inconscient, releva la tête et ses améthystes rencontrèrent deux diamants noirs, brillants de souffrance, de fièvre, de soif et de faim.

Ils restèrent un instant ainsi à se regarder, l'un comme l'autre n'osant briser le contact. Puis elle s'avança, les yeux toujours dans ceux du jeune homme qu'elle savait de l'âge de son frère, même si elle en doutait à présent.

Elle s'approcha de lui, il ne fit aucun mouvement. Elle se baissa, regardant toujours le jeune homme, s'empara du repas qu'elle transforma d'un coup de baguette en quelque chose de plus consistant, transforma une pierre en cuillère et fit encore un pas avant de s'agenouiller devant lui.

Le contact ne s'était pas brisé un seul instant et ne se brisa pas davantage lorsque, lentement, elle le fit manger et boire, le prévenant qu'une potion – qu'elle lui avait montrée avant de la verser – était mélangée à la nourriture pour soigner sa fièvre.

Tom aussi s'en souvenait.

Il se souvenait de sa surprise en voyant une jeune fille si jeune et belle, qui semblait si pure, entrer dans son enfer. Puis à la surprise succéda la méfiance. Qui redevint surprise lorsque leurs yeux se croisèrent. Il y lisait de la tristesse, de la compassion et de l'horreur devant sa condition. Il pouvait, par ses pouvoirs Shawin, sentir son aura bienveillante et noble, une aura qui le rassurait lentement.

Leurs yeux ne se quittèrent pas alors qu'elle se baissait pour prendre une nourriture qu'elle transforma, pas plus qu'ils ne le firent durant le repas silencieux. Elle lui montra une fiole, la lui fit observer et sentir, puis, comme il acquiesçait, elle en versa le contenu dans le bol. C'était une potion de soin, contre la fièvre.

Lorsqu'elle déposa le bol vide, le contact se brisa et il lui sembla perdre pied, comme si elle était une roche qui l'empêchait de couler.

Etrange sensation.

Moira sortit de ses poches différentes potions qu'elle appliqua sur les blessures de Tom. Ses gestes étaient lents et doux, presque tendres, et ils lui envoyaient des frissons dans tous le corps. Depuis combien de temps n'avait-il plus connu de tel touchers ?

Lorsque ce fut fini, il ne put s'empêcher de l'interroger :

- Pourquoi ?

- Parce que c'est juste. Parce que je ne peux pas accepter ce qu'ils te font. Tu es un être humain et ce qu'ils font subir aux êtres humains me rebutent. Je ne le supporte pas.

- Alors pourquoi es-tu ici ? Avec eux ?

La jeune fille releva la tête et replanta son regard dans celui si sombre du prisonnier qui parlait avec une voix devenue rauque pour n'avoir pas parlé depuis des mois.

- Je n'ai pas d'autre endroit où aller. Jack est mon frère cadet, je suis la fille de Grindelwald.

Les yeux du prisonnier s'ouvrirent en grand sous la surprise et il ne put s'empêcher de penser qu'un tel ange ne pouvait pas être la fille d'un tel monstre. Avec ses cheveux blonds, son regard améthyste, sa peau pâle qui semblait si douce, son aura si pure…

Comme si elle avait ressenti son incrédulité, elle eut un petit sourire triste.

- J'ai bien peur de t'avoir dit la vérité. Je suis Moira Diane Artémis Wallen.

Puis, elle se rendit compte de la situation. Elle était agenouillée en face de lui, très proche. Ses plaies avaient presque disparu et son torse nu apparaissait, imberbe et bien musclé malgré les quelques mois passés ici. Sans oublier son regard qui l'hypnotisait.

Elle fit comme si elle était pressée et murmura rapidement :

- Je viendrai chaque fois que je le pourrai, mais je ne te promets rien, je suis assez surveillée. Tiens bon, je suis sûre que quelqu'un viendra pour toi.

Elle se leva précipitamment et se tourna vers l'entrée quand elle fut retenue par un appel du prisonnier. Elle l'ignorait mais il sentait qu'elle était mal à l'aise. Ca l'attristait. Pourtant, il voulait la retenir, lui parler encore. Elle était comme une lumière dans les ténèbres. Il décida d'user des informations qu'il avait à lui transmettre pour la garder un peu à ses côtés.

- Attend !

Elle se retourna.

- Je sais que je te demande beaucoup, mais j'aurai besoin d'un service.

Elle eut un petit hochement de tête en tentant de ne pas lorgner sur le torse du jeune homme. Alors, à sa grande surprise, une lueur entoura le cou du prisonnier et un médaillon apparut.

- Prend-le. Je t'en prie. Je suis Tom Elvis Jedusor, je suis étudiant à Poudlard, en cinquième année, à Serpentard. Si tu le peux, envoie ce médaillon là-bas, à mon nom. Si tu ne le peux, garde-le. C'est très important.

Rougissante, elle s'approcha du garçon. Pour retirer le bijou, elle dut entourer de ses bras le cou du jeune homme, pour mieux en voir la fermeture, se retrouvant ainsi collée à lui, une jambe repliée de chaque côté des jambes pliées du prisonnier.

Etrangement, ce fut comme si le temps s'arrêtait. Elle se sentit faible, très faible, alors que lui frissonnait. Ce qui fit qu'il fallu un quart d'heure pour qu'enfin elle réussisse à enlever le médaillon avant de se reculer de lui. Ils se sentaient à la fois embarrassés et complètement troublés.

Moira regarda une dernière fois les yeux noirs de Tom, comme si elle tentait de graver leur lumière dans son esprit, inscrivit chacun de ses traits dans sa mémoire et, rougissante, elle s'enfuit rapidement.

Pour Tom, dans son cachot, c'était comme retomber en enfer, dans les ténèbres, après avoir connu le paradis et la lumière.

C'est ainsi qu'eut lieu la première rencontre entre Moira Diane Artémis Wallen et Tom Elvis Jedusor.