Et voici le septième chapitre! Cette fic devrait être plus courte que "Une Ombre parmi les vivants", car l'important est le combat final et la découverte de la vérité sur les Jumeaux. Enfin, pour le moment... N'hésitez pas à commenter!
Bonne lecture
Fustella
Chapitre 7: Faces à faces
Elisabeth regarda chacune des personnes présentes. Elle sentait que Dumbledore aurait préféré ne pas avoir à intervenir, désirant couper tout lien avec son petit-fils pour le protéger. Elle le plaignit : il semblait déjà si vieux, si fatigué ! Si brisé par toutes les épreuves qu'il avait traversées ! A croire que la famille était maudite… Entre lui, leurs parents et eux, aucun membre des Potter n'avait eu une vie calme et simple. Elle se demanda vaguement si ceux qui les avaient précédé avaient eu le même problème. Elle se jura de vérifier quand elle aurait un moment. La généalogie l'avait toujours passionnée, comme le Droit. Elle comptait d'ailleurs faire pleinement usage de ses connaissances sur ce dernier face aux personnes présentes.
Elle s'assit dans un des fauteuils, droite et digne, et attendit qu'on lui explique les raisons de sa convocation. Son frère et elle étaient prêts. Ils se demandaient juste pourquoi Severus se trouvait ici et non Minerva. Mais Albus lui fournit la réponse.
- Le Professeur Mc Gonagall ayant cours, elle ne pourra pas assister à cette petite entrevue. J'ai demandé au Professeur Rogue de la remplacer.
Ombrage en semblait ravie et les jumeaux sentirent qu'elle avait fait exprès de choisir une heure où la directrice des Gryffondor ne pourrait être présente et où celui des Serpentard – réputé pour sa haine envers Harry – pourrait assister. Ce dernier était impassible, à son habitude, dans un coin de la pièce.
Le Ministre se leva de son fauteuil, de toute sa hauteur, l'air sévère et imposant. Pathétique surtout… Il se voulait si important. Et bien, on allait voir qui aller gagner du Ministre le plus crétin de toute l'histoire du Ministère de la Magie ou des Jumeaux Potter, plus au fait des lois et anciens traités que le Ministre lui-même.
- Monsieur Potter, Dolores Ombrage ici présente m'a averti que vous l'aviez insultée ainsi que moi-même dans la Grande Salle après avoir causé un scandale. Outrage à magistrat dans l'exercice de ses fonctions est passible d'une peine assez conséquente, le saviez-vous ?
Harry eut un petit sourire très Serpentard et regarda le ministre dans les yeux :
- Je le sais parfaitement, Monsieur le Ministre, mais je n'ai pas commis ce dont vous m'accusez.
Fudge allait exploser sous l'insolence du jeune sorcier qui osait lui faire face. Il en avait assez !
- Comment ? Mais bien sûr que si ! En insultant Mlle Ombrage…
Redoublement du sourire. Froncement de sourcils de la part d'Albus et de Severus.
Harry parla d'un ton léger mais où transperçait tout son sérieux, enfoncé dans son fauteuil, un bras sur l'accoudoir gauche, la main supportant la tête dodelinante de ses doigts, l'autre bras tombant négligemment sur l'autre bras du fauteuil, les jambes croisées. Il allait dominer la situation. Il avait toutes les cartes en main et comptait bien les jouer, de la plus faible à la plus forte.
Il salivait d'avance.
- Toute personne affectée à Poudlard sous quelque emploi que ce soit ne peut cumuler cet emploi avec un autre, surtout de nature politique ou administrative, à moins que cet emploi ne se trouve être inhérent à celui qui la lie à Poudlard. Loi 132 de la première charte des relations Poudlard – Ministère, article 1, alinéa 12.
Les quatre adultes regardèrent l'adolescent avec de grands yeux. Mais celui-ci continua :
- Autrement dit, Mlle Ombrage n'est aucunement sous votre juridiction actuellement mais sous celle de Poudlard et de son Directeur, à moins bien sûr qu'elle ne soit toujours affiliée au Ministère, ce qui signifierait qu'elle est en ce moment en position d'illégalité face à la loi.
Silence dans le bureau. Albus Dumbledore avait les yeux qui pétillaient derrière ses lunettes en demi-lune, attendant la réaction de Fudge et d'Ombrage qui se retrouvaient pris dans leur propre piège. Et il se demandait vraiment jusqu'où le garçon pouvait aller avec ces lois. Il semblait bien au courant de lois que lui-même ignorait ou dont il n'avait plus souvenance. Et pourtant, il était le président du Magenmagot !
Rogue, toujours dans son coin, tentait de retenir un sourire. Il retrouvait là toute l'arrogance de son père mais cette fois bien mieux employée… Il usait de l'intelligence de Lily et de l'astuce de James. Il attendait avec impatience la suite de l'échange très… serpentardesque…. Il se disait vraiment que ce garçon avait été une perte immense pour Serpentard et son objectif personnel de nettoyage de blason. Pourquoi le Choixpeau avait-il choisi Gryffondor ?
Fudge, après un moment de silence, repris la parole, plus furieux encore :
- Cessez immédiatement ce petit jeu, Potter et cessez de vous prendre pour un expert dans les lois ! Cette loi n'est que pure invention de votre part, elle n'a jamais existé ! Vous aggravez votre cas par une affabulation.
Mais Ely/Harry n'avait aucunement peur de ce gros bouffon. Elle connaissait son sujet par cœur, autrement dit les lois sorcières. Il connaissait aussi bien le sien, soit Poudlard et ses moindres recoins. Jusqu'aux livres de la Bibliothèque et de la Réserve. Il donna l'information nécessaire à sa sœur qui se tourna vers Albus Dumbledore qui la regardait avec amusement, attente et curiosité.
- Monsieur le Directeur, pourquoi ne pas demander à Mme Pince de nous apporter le volume concerné de notre exemplaire du Livre des Lois qui se situe dans la section juridique de la Bibliothèque ? Le contenu de cette charte qui, si ma mémoire est bonne, date de 1091, devrait se trouver dans le deuxième tome de la série concernant Poudlard.
Il se tourna ensuite vers le Ministre.
- Chaque ministre en poste est tenu de prêter serment au Livre des Lois originel, dont les textes peuvent en être changés par la suite, ce que vous ne vous êtes pas gênés de faire pour les lois sur les Créatures Magiques, il me semble. Celle qui nous intéresse n'a elle jamais bougé et a même fait l'objet en 1614 d'une annexe comportant la liste non exhaustive des métiers compatibles ou non avec un emploi à Poudlard. Elle est donc toujours valide.
Un sourire orna ses lèvres alors qu'elle porta le coup final.
- Alors ? Devons-nous faire apporter ce volume, Monsieur Fudge ?
Il était coincé, elle le savait. Mais cette vengeance était bien légère par rapport à ce qu'il avait fait à son frère. Voyant que Fudge ne disait rien, elle s'enfonça davantage dans son fauteuil et sourit avec une légère ironie. Elle parla en jouant de temps à autre en l'air de la main gauche.
- Il me semble donc que l'affaire est close. Si j'ai insulté Mlle Ombrage, même si j'affirme n'avoir dit que la vérité, ce n'est ni à vous ni à elle de me punir mais à mon directeur de maison ou au Directeur de Poudlard, puisque notre altercation s'est faite en leur présence. Elle est cependant libre de donner son avis sur la punition à donner. Avis mais non décision. Article 789 du Règlement de Poudlard, alinéa 12.
Les yeux d'Albus pétillaient plus que jamais bien qu'il tente de se reprendre, se souvenant de ce qu'il s'était promis, soit s'éloigner de l'enfant pour le protéger. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de se sentir fier de lui. Il se demandait quand même quand et comment il avait pu étudier ces lois et règlements au point de les connaître par cœur.
Rogue était dans le même état mais il avait encore plus de mal car il se devait de garder son rôle d'ennemi d'Harry et de professeur sévère et implacable. Bien difficile quand on assistait à un tel spectacle. Surtout qu'il haïssait ces deux-là…
- Tu les as mystifiés, petite sœur…
- Et attend, 'Ry, je n'ai pas fini.
En effet, Ely savait qu'elle n'allait pas rester tranquille puisque Ombrage n'avait pas été la seule insultée. Elle décida de prendre les devants.
- Autre chose, Monsieur le Ministre, comme vous me l'avez si bien fait remarqué cet été, je suis un mineur. Et je me trouve actuellement à Poudlard, sous la juridiction d'Albus Dumbledore, étant actuellement sans tuteur légal véritable, selon la loi du 17 février 1987 sur les enfants sorciers orphelins ou assimilés, de guerre ou non. C'est donc à lui et non à vous de statuer sur mon sort. J'ajouterai que votre intervention dans cette affaire est du plus parfait ridicule, étant donné que je ne suis ni le premier ni le dernier à penser ce que j'ai dit et à le dire à voix haute. Et même sans ça, vous vous rendez ridicule. J'ai dit ce que je pensais, ce qui ne m'est absolument pas interdit, alors que vous vous trouviez à Londres au Ministère, donc je ne vois aucun « outrage à Magistrat dans l'exercice de ses fonctions » puisque je ne vous ai pas insulté en face alors que vous étiez dans « l'exercice de vos fonctions ». De plus, je le pense toujours, je ne retirerai pas ce que j'ai dit et je suis bien loin de le regretter, au contraire ! Si vous pouviez savoir ce que ça fait du bien…
Son discours avait été suivi dans le plus grand silence. « Harry » maniait les lois à merveille, les retournant contre ceux qui avaient voulu les utiliser pour le coincer. Il avait même fait appel à la loi du 17 février 1987, ce qui était assez retors. En effet, selon cette loi, pour protéger les enfants de sorciers orphelins ou assimilés (comme Neville), suite ou non à la guerre, il avait été décidé que tout enfant confié à la garde de tuteurs devait être protégé par des papiers signés par ces mêmes tuteurs. Des papiers sur la conservation de l'héritage, sur la promesse de veiller sur lui, au risque de voir sa garde retirée et un important procès, etc… Les enfants placés avant cette loi et toujours mineurs étaient également concernés. Mais les Dursley n'avaient pas reçu les papiers, personne ne connaissant le lieu de retraite du garçon. Et la procuration n'était pas valable.
Autrement dit, Harry n'avait selon cette loi plus aucun tuteur légal.
Dumbledore blanchit à cette constatation et Rogue, rien qu'à la mention de la loi, avait failli s'étrangler. Lorsqu'il avait vu les souvenirs d'Harry, il avait cherché à comprendre comment les Dursley avaient pu faillir à ce contrat magique et ne rien recevoir en échange. Maintenant, il comprenait quelque peu pourquoi il n'avait jamais trouvé trace de ce contrat nulle part ! Albus allait devoir s'expliquer avec lui !
Harry, lui, souriait alors que le Ministre passait par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Ombrage ressemblait à un feu de signalisation. Rouge de colère ou blanche d'humiliation ? A moins que ce ne soit verte de dépit… Harry leur échappait ! Pas d'internement ni d'emprisonnement pour lui !
- Dumbledore, j'exige….
- Et qu'exigez-vous, Monsieur Fudge ? Je connais les lois ! Et mieux que vous, il me semble, puisque vous ignorez que Poudlard est juridiction indépendante depuis 1490, lorsque fut signé le Traité de Séparation entre Poudlard et le Gouvernement. Même si depuis 1819 un traité de coopération a bel et bien été établi, le Traité de 1490 est toujours d'application. Vous n'avez donc aucun droit d'ingérence dans les affaires de cette école et vous devriez vous sentir heureux et honoré que le Professeur Dumbledore vous permette d'outrepasser autant vos droits et devoirs sans vous en blâmer. Le renvoi et l'internement des élèves dans je ne sais quelle institution où vous voulez me voir enfermer est de son ressort et non du vôtre !
Re-silence. Le Ministre et Ombrage semblaient tétanisés par le fait qu'il semblait percer leurs intentions à jour. C'en était vraiment impressionnant, très troublant aussi. Fumseck eut un trille joyeux et vint se poser sur le bras tendu d' « Harry ». L'oiseau savait qu'il s'agissait de la fille et non du fils Potter, à cause de son lien profond avec Poudlard. Il savait que le vrai Harry avait souffert et il souffrait aussi de ne pas avoir été écouté par son maître. Il savait ce qu'il avait traversé et ce qu'il vivait en ce moment, placé en stase forcée pour pouvoir être sauvé et réveiller les siens afin que la Prophétie s'accomplisse.
Ely caressa l'oiseau en lui parlant mentalement.
- Bonjour, Fumseck. Comment vas-tu ?
- Bien. Merci, Ely. Comment va ton frère ?
Mais ce fut la voix d'Harry qui lui répondit. Le Phénix était très ami avec les Jumeaux et leur rendait visite autant que possible, remplaçant ainsi quelque peu la présence d'Albus. L'oiseau les adorait et s'inquiétait beaucoup pour eux, surtout depuis qu'il avait compris le piège dans lequel Ombrage et Fudge tentaient de le faire tomber. Il en avait été scandalisé et avait tenté de le révéler à son maître et ami, mais en vain, car l'homme se tenait à sa résolution de s'éloigner de l'enfant.
- Je suis là, Fumseck. Je partage l'esprit de ma sœur un moment. Je pense que mon état va en s'améliorant même si c'est très lent.
- J'en suis content, enfant.
Et ils se reconcentrèrent tous les trois sur la scène en face d'eux.
Fudge s'était étranglé, Ombrage tentait de le calmer, Albus avait les yeux brillants et Severus avait un léger sourire aux lèvres. Sourire Made in Serpentard, évidemment.
Ely se releva alors et le Phénix quitta son poignet pour revenir à son perchoir. Elle parcourut la scène des yeux et regarda ensuite son directeur dont les yeux pétillaient énormément malgré le fait qu'il ne la regardait pas. Les regarderait-il encore un jour avec ces yeux-là, pleins de fierté et d'amusement ? Elle soupira et se secoua. Elle parla alors d'une voix forte pour être entendue :
- Si vous n'avez rien d'autre à me dire, je me retire. Vous me ferez connaître la punition plus tard, j'imagine, Mr le Directeur. Je suppose que nous nous reverrons, Mr le Ministre, alors à bientôt.
Et elle sortit, bouillant encore un peu. Les adultes derrière elle étaient tétanisés par son attitude et principalement son audace et son insolence. Harry, dans sa tête, sourit.
- Tu t'en es brillamment tirée, Ely ! Et merci de m'en avoir laissé un peu.
- A ton service, frérot !
Ils rirent un moment quand Eisabeth fit à son frère une proposition des plus alléchante.
- J'ai une idée, Harry, pourquoi ne pas préparer ensemble ton réquisitoire contre ces deux Cretinus Maximus concernant la plus grande liste de chefs d'accusation retenus contre des membres du Ministère depuis la naissance du Magenmagot ?
- Tout ça en une phrase ? Nan, sans rire, je marche ! J'ai hâte de les renvoyer au bas de l'échelle à coups de pieds bien sentis ! J'hésite juste entre les pieds à griffes ou à sabots. Tu préfères quoi ? Moi, je dirai les deux !
Ely eut un nouveau rire qui heureusement passa inaperçu durant cette heure de cours où le couloir était vide de tout passage, mort ou vivant, magique ou non.
La nuit était tombée et Draco n'arrivait pas à dormir. Trop de choses se bousculaient dans sa tête. La première était bien évidemment Harry James Potter, ou la Plus Grande Enigme du Siècle. Il avait commencé à changer, mais, ce matin, la transformation était radicale ! Il avait soudainement changé de style vestimentaire – et il était plus que temps , il a rabaissé Parkinson de la meilleure façon qui soit, il s'est élevé devant tous et à haute voix contre Ombrage, il a réuni en quelques minutes des élèves de maisons ennemies, qui s'étaient rapidement liés d'amitié. Et tout cela en moins de deux heures !
Mais ce n'était pas le meilleur, loin de là. Il s'était retrouvé dans le bureau du Directeur et en était sorti deux heures plus tard. Du moins, ils l'avaient retrouvé à la fin du cours de Métamorphose. Bref, il n'était pas le moins du monde repentant et lorsque Hermione lui avait demandé quelle punition il avait reçue, elle n'avait reçu en réponse qu'un étrange sourire mais aucune explication claire.
Durant leur cours de Soins Aux Créatures Magiques, ils avaient été priés de se regrouper par paires et il s'était retrouvé avec lui. Et bien, il aurait pu jurer qu'il lui lançait des coups d'œil fréquents ! Qu'est-ce qui lui arrivait, par Merlin ? Pouvait-on vraiment changer si vite ?
Et ça avait été ainsi toute la journée. Il avait organisé un pique-nique Serpentard/Gryffondor, avait assez régulièrement eu le regard dans le vague, comme s'il se parlait à lui-même et il était persuadé de l'avoir entendu parler tout seul. Oh, jamais des phrases complètes, mais plutôt des mots, comme s'il laissait inconsciemment sortir des bouts de pensée à voix haute. Il se souvenait particulièrement d'un passage qu'il avait prononcé en quittant le dîner.
- … te moque pas de moi… peux rien !... mouais… idiot…. Autant !... Livre…. Peut-être….
Bref, il y avait un problème avec le jeune sorcier et même Severus s'en était rendu compte. Ils l'avaient tous (sauf Harry, of course !) rencontré dans la soirée et ils n'avaient pas réussi à comprendre ce que le jeune homme cachait. Ils avaient juste conclu que ce devait être extrêmement grave…
Mais Harry n'était pas le seul problème de Draco. L'autre se nommait « Rêves ». En effet, depuis un moment, le jeune Serpentard faisait des rêves très étranges. Il en avait toujours eu depuis sa deuxième année, mais il ne s'en souvenait jamais. A présent, ils étaient de plus en plus nets et concernaient toujours une jeune femme aux cheveux noirs comme la nuit et dont il ne pouvait jamais voir le regard. Ils se retrouvaient dans différents lieux et ils discutaient ou simplement observaient ensemble un paysage. Il la trouvait belle, douce, gentille et sa présence était apaisante. A croire qu'il commençait à tomber amoureux de son rêve !
Voyant qu'il lui serait impossible de se rendormir, Draco quitta son lit, s'habilla et sortit du dortoir. Une petite promenade nocturne lui ferait le plus grand bien !
Au même moment, Elisabeth quittait silencieusement le dortoir par la fenêtre, sous sa forme d'hibou. Son frère s'était tu depuis le dîner, désireux de ne pas trop la déranger. Elle devait faire ses propres découvertes et agir sans se sentir surveillée. C'était du moins la pensée d'Harry. Elle, elle se trouvait seule et perdue sans lui, bien qu'elle connaisse ces lieux et ces gens depuis toute petite. C'était la première fois depuis sa naissance qu'elle devait interagir avec eux et elle devait faire attention à tout : à ne pas dire des choses qu'Harry n'était pas sensé connaître (officiellement), à ne pas tenter de traverser les murs, à se retenir dans les cours. Et ce n'était pas aussi facile qu'elle l'avait cru au début !
Elle avait du faire attention à ses regards et paroles, surtout lorsqu'ils concernaient un certain blond aux yeux de glace. Elle se souvenait de la fin du dîner, quand son frère lui avait fait la remarque que ses yeux tombaient un peu trop souvent sur Draco. Elle avait failli rougir comme une donzelle effarouchée. Ce qu'elle n'était absolument pas. Les paroles mentales échangées lui revinrent en mémoire :
- Continue comme ça, et ce petit serpent va avoir un trou dans son visage !
- Ne te moque pas de moi, je n'y peux rien !
- Tu n'es pas très discrète...
- Mouais
- Et puis imagine si quelqu'un surprenait tes regards et imaginerait que je suis gay et amoureux de lui… Aargh !
- Espèce d'idiot ! Pas besoin d'en faire autant !
- Mais imagine que ça vienne aux oreilles du crapaud et du crétin ?
- Le Crapaud et le Crétin… On dirait le titre d'un livre. Peut-être qu'on devrait l'écrire…
- Ely ! Tu changes encore de sujet ! Sois un peu sérieuse !
Mais elle savait qu'il n'en faisait autant que pour la rassurer et lui changer les idées. Sa journée avait été très difficile à supporter et elle en avait bien besoin !
Elle s'était sentie oppressée toute la journée et elle avait besoin d'air. Voilà pourquoi elle avait quitté le dortoir et se dirigeait vers les abords du lac, endroit que les Jumeaux affectionnaient tout particulièrement. Elle atterrit et se retransforma en Elisabeth Potter, quittant son apparence d'emprunt pour quelques heures.
Elle resta là, debout dans une robe d'un bleu clair faite de soie pour le haut à longues manches légères et d'un tissu vaporeux pour la jupe, presque diaphane à partir de la mi-cuisse. Avec la lueur de la lune qui l'entourait d'un halo argenté, elle était sublime. On aurait dit une de ces illustrations de fée, de déesse ou de dryade. Elle ne semblait pas humaine tant le tableau était irréel.
Sa voix claire se mit à chanter, complétant l'enchanteresse vision. Sa voix était pure et les mots s'écoulaient aisément de ses lèvres. Comme son frère, elle adorait chanter et avait été dotée par Viviane d'une voix capable d'apaiser hommes, bêtes et toute créature vivante. Sa voix possédait de nombreux pouvoirs, comme la guérison, l'appel des créatures, le réveil de la nature,…
Ce soir, elle voulait chanter pour elle, sans avoir à charmer qui que ce soit. Elle aurait aimé que son frère soit là et chante avec elle. Leurs duos étaient des plus superbes et contenaient plus de magie que leurs solos. Mais il s'était tu et elle était seule… Les mots lui vinrent immédiatement, emportant tous ses sentiments négatifs.
Le pardon commence où s'arrête la rancune
Il prend tout son sens quand il se mêle à l'amertume
Il nécessite du courage, déchire mais pourtant soulage
Anéantit les outrages, illumine les visages
Elle pensait à son frère et à ceux qui lui avaient fait du mal depuis si longtemps. Il avait pardonné à leur grand-père ses erreurs, sa froideur, ses mensonges et ses cachotteries. Il avait pardonné à Severus Rogue et à d'autres. Il avait de même pardonné à ses amis l'interrogatoire qu'il avait subi. Pourtant, il lui avait fallu tant de courage pour surmonter sa rancune bien compréhensible….
Pardonnez-moi
Mes faiblesses, Mes faux pas
Et mes erreurs, qui n'en fait pas?
Certainement pas elle. Elle savait qu'elle avait des défauts, comme n'importe qui. Sa famille lui avait dit que c'étaient des qualités mais qu'elle devait bien les doser pour qu'elles ne deviennent pas défauts. Le problème, c'est qu'elle n'y arrivait pas souvent. Elle était franche mais n'était pas très diplomate car elle ne savait pas quand se taire. Elle était courageuse mais ne connaissait pas la prudence. Et ce n'étaient que des petits exemples…
Mes silences, Mes absences
Ma violence, Mon arrogance
Pardonnez-moi mes faux pas
Et mes erreurs, qui n'en fait pas?
Mes silences, Mes absences
Ma violence
Elle ferma les yeux, laissant des larmes couler une à une sur ses joues pâles sous la lumière lunaire. Ses pensées la conduisirent de nouveau vers Harry et à ce qu'il avait enduré. Elle sentit la colère revenir en pensant à Peter et aux Dursley. Eux que la rancune avait détruit de l'intérieur et qui les avait guidés vers des crimes plus ou moins importants, dont une bonne partie sur son frère.
Quant à la rancune elle ronge
Trouble même les songes
Elle réclame une sentence
Suggère la vengeance
La rancune flirte avec l'injustice
Elle tente d'assassiner les quelques liens qui lui résistent
Prisonnière du passé elle vient hanter les présents
Elle se força à se calmer, honteuse d'avoir pu ressentir de la haine envers eux. Elle était pourtant bien placée pour savoir le mal que la Haine pouvait causer mais elle ne pouvait s'empêcher de les haïr.
Elle repensa à sa journée et se sentit fatiguée, espérant qu'elle n'avait commis aucune bêtise. Elle ne voulait pas causer des problèmes à son frère.
Pardonnez-moi
Mes faiblesses, Mes faux pas
Et mes erreurs, qui n'en fait pas?
Mes silences, Mes absences
Ma violence, Mon arrogance
Pardonnez-moi
Mes faux pas
Et mes erreurs, qui n'en fait pas?
Mes silences, Mes absences
Ma violence, Mon arrogance
Elle se sentait aussi fatiguée des tensions entre maisons, entre êtres humains. Sous son état de Shawin, elle ne les ressentait pas, elle n'avait pas l'impression d'être écrasée par les tensions, les regards sur elle – oh qu'elle comprenait son frère à présent ! – et l'obligation de devoir surveiller ses moindres faits et gestes. Comment son frère faisait-il ? Comment des hommes pouvaient autant se détester ? Dans les différentes communautés de Shawins du monde, elle ne l'avait jamais ressenti, ou du moins pas à ce point. Chez les Elfes, chez les Fées, chez les Vampires et autres créatures, jamais elle n'avait ressenti l'atmosphère si proche d'une explosion grandiose et catastrophique. Et des dégâts conséquents…
Pourquoi nos coeurs sont endurcis?
Comme si on avait mit l'amour en sursis
Comme si l'on ignorait que le temps chasse
Souvent nous dépasse
Mais qu'est-ce qu'il nous reste?
Quand ceux qui nous ont blessés
Ceux qu'on croit détester sans jamais cesser d'aimer
Un jour disparaissent
Nos regrets, nos remords, nos douleurs et nos larmes
ne pourront jamais les ranimer
Pardonnez-moi mes faiblesses mes faux pas
Et mes erreurs, qui n'en fait pas?
Mes silences, Mes absences
Ma violence, Mon arrogance
Pardonnez-moi mes faux pas
Et mes erreurs, qui n'en fait pas?
Mes silences, Mes absences
Ma violence, Mon arrogance
Pardonnez-moi…
Le silence suivit son chant. Elle pleurait en silence, sans sanglots. Seules les larmes coulaient. Mais elle se sentait mieux, son cœur s'était allégé.
Lentement, elle quitta ses sandales et fit quelques pas dans le lac, savourant le contact de l'eau avec sa peau. Elle avait envie de se jeter dans le lac et de nager sous la lumière complice de l'astre lunaire. Elle fit quelques pas mais un bruit derrière elle la fit se retourner. Et son cœur manqua un battement.
Draco marchait dans le parc, sans but réel. Ses pensées vagabondaient et il les laissait faire sans les contrôler. Souvent, lorsqu'il faisait cela, une solution lui apparaissait ou un détail auquel il n'avait pas prêté attention se révélait à lui. Ce soir ne serait pas différent.
Ses pas le conduisirent vers le lac de Poudlard et il n'y prêta pas attention. Du moins jusqu'à ce qu'il entende la plus belle voix qu'il ait jamais entendu.
Il s'approcha de la source de la chanson remplie de tant de tristesse et de douceur et resta figé devant le spectacle qui se présentait à ses yeux.
Une jeune fille magnifique chantait, debout dans le lac, à quelques pas de la rive. Elle était auréolée par la lumière argentée de la lune et semblait irréelle. Sa peau semblait refléter cette lueur oscillant entre le bleu électrique et l'argent. Elle avait les yeux fermés et les larmes coulaient sur ses joues. Sa voix chantait le pardon.
Il était sûr qu'il ne l'avait jamais vue ni à Poudlard ni ailleurs, mais sa chevelure noire où s'accrochaient des rayons de lune lui rappelait la jeune fille de son rêve. Etait-ce possible que ce soit elle ? Celle qui hantait ses nuits et même ses jours ? Elle était donc réelle ?
Il n'osait pas déranger la jeune fille qui avait terminé son chant et fit un pas en arrière pour partir mais une branche craqua sous son pied. Elle se retourna et regarda dans sa direction pour se figer. Hésitant, il fit un pas en avant, tombant sous la lumière de la lune.
Tous les deux s'observèrent un moment. Ely n'osait pas croire que son Prince était ici, magnifique sous la lumière lunaire, naturel sans son gel ou autre artifice qu'il affectionnait tant. Et il lui semblait mille fois plus beau comme cela. Draco se sentait timide comme un Pouffsouffle de première année. Il ne savait pas quoi dire ni quoi faire. Heureusement, elle le tira de ce mauvais pas en se reprenant et en lui souriant.
- Bonsoir. Ne devrais-tu pas être dans ton dortoir à cette heure de la nuit ?
L'autre eut un petit sourire timide qui ne lui ressemblait pas du tout mais qui faisait craquer la jeune fille.
- Je suis sorti réfléchir. Tu vas les prévenir ?
Elle partit d'un petit rire, un rire qui parut merveilleux au jeune homme.
- Pourquoi, je devrais ? Je n'ai aucune raison de leur dire. Tu veux rester un moment avec moi ?
Ely se demanda comment elle avait eu le courage de le lui demander. Draco hocha la tête et s'assit sur l'herbe, sous le saule pleureur qu'affectionnaient tant les Maraudeurs et les Jumeaux Potter. Elle sortit de l'eau et le rejoignit, pieds nus.
L'atmosphère changea alors étrangement. Ils se sentaient à l'aise, comme avec quelqu'un qu'ils connaissaient depuis des années. Ils avaient l'impression qu'ils pourraient tout se dire. Ely ne vit pas de rapport avec la Liaison et s'assit près de lui, les jambes repliées sous elle dans une position qui inconsciemment la rendait plus belle aux yeux du jeune Serpent.
- Comment te nommes-tu ?
Elle ne réfléchit même pas et lui donna un de ses noms de Shawin, un nom que seul son frère et elle connaissaient. Celui qu'elle réservait pour Lui, Draco Malefoy, alias Dracus Rogue. Ce nom lui donnait un certain pouvoir sur elle mais comme ils étaient liés, cela n'avait aucune importance. Et elle l'aimait, alors elle sentait qu'elle le lui aurait quelque soient les circonstances.
- Soraya. Et toi ?
- Draco Malefoy. Je suis Préfet à Serpentard. Et toi ? De quelle maison es-tu ?
Elle eut un petit sourire et d'un grand geste lui montra le paysage qui s'étendait devant eux.
- D'ici. Je ne suis pas élève de Poudlard mais je vis ici. Ma maison, c'est Poudlard, son domaine et la Forêt interdite.
Draco la regarda, fasciné par le regard tendre qu'elle promenait sur tout cela. Et ses mots franchirent ses lèvres sans qu'il puisse s'en empêcher.
- Es-tu humaine ?
Soraya eut un petit rire et le regarda droit dans les yeux.
- Selon toi ?
Mais il ne put répondre tout de suite. Il fixait ses yeux d'argent, car Elisabeth les avait transformés quand elle l'avait vu. Il se sentit prisonnier de son regard, à la couleur presque si semblable au sien. Il posa une main sur la peau douce de la jeune fille et répondit dans un murmure.
- Non… Tu es trop belle pour l'être…
Ces mots figèrent la jeune fille qui n'osait croire ce qu'il venait de lui dire. Elle avait si longtemps rêvé de tout cela en pensant que ce ne resterait qu'un rêve… et il se trouvait là devant elle, à lui murmurer de sa voix chaude ces mots tant souhaités. Elle ferma les yeux sous la caresse.
Il voulait l'embrasser, la serrer contre lui. Il n'osait pas. Lui, le Prince des Serpentard, le fils des Malefoy, n'osait pas. Il agissait comme… comme…. Comme un amoureux… Il rougit à cette pensée, qui fut suivie de la constatation que c'était exactement ce qu'il ressentait en ce moment. Cette fille qu'il ne connaissait que depuis quelques instants l'avait comme ensorcelé… Et il ne se plaignait vraiment pas.
Inconsciemment, les deux jeunes gens s'étaient rapprochés et étaient à présent côte à côte. Soraya passa une main sur la joue du Serpentard, inquiète de son silence et de son regard trouble.
- Draco…
Un frisson lui parcourut l'échine et son cœur manqua un battement à l'entente de son prénom prononcé par la jeune fille de sa voix douce.
- Quelque chose ne va pas ?
- Tout va bien, Soraya…
- Est-ce que… Est-ce que tu veux venir nager avec moi ?
La question le prit de court et il posa des yeux surpris sur sa compagne. Celle-ci se leva et s'avança vers le lac. Elle fit quelques pas dans l'eau et se tourna vers lui.
- Tu veux ?
Il eut un sourire tendre et s'avança vers elle.
- Je n'ai rien pour nager. Et en plus, il fait nuit et il fait trop frais.
Mais la fille Potter eut un sourire mutin. Elle bougea le bras et il se retrouva en caleçon de bain. Elle claqua ensuite dans les mains et une colonie de petites lueurs vint se placer autour d'eux et du lac, illuminant la scène, la rendant encore plus magique, plus hors du temps.
Draco resta choqué un moment puis constata qu'il n'avait pas froid et comprit qu'elle avait fait en sorte qu'il ne soit pas atteint par le froid. Il se demanda comment elle avait bien pu faire ça sans baguette. Puis, il se souvint qu'elle ne devait pas être humaine et que les non-humains avaient parfois des pouvoirs incroyables. Peut-être était-ce le sien ? Elle vit ses questions dans son regard et sourit.
- Tu viens ?
Il sourit et entra à son tour de quelques pas dans l'eau.
- Et si on nous voyait ?
- J'ai pris mes précautions, personne ne peut nous voir, une bulle de protection nous entoure. A moins d'avoir la permission d'entrer, personne ne peut nous voir. Autre chose ?
Il eut un sourire amusé très Malefoy.
- Et toi ? Tu n'as pas de maillot ?
Elle rit encore et courut dans l'eau, s'éclaboussant avec bonheur.
- Je n'en ai pas besoin ! Tu viens ?
Cette fois, il n'avait plus rien à dire et courut à sa suite, décidé à l'attraper.
Jusqu'à tard dans la nuit, deux jeunes gens jouèrent et nagèrent dans le lac, à l'insu de tous. Ils se séparèrent à regret vers deux heures du matin, l'un regagnant son dortoir de Serpentard, l'autre attendant qu'il soit loin pour redevenir hibou et rejoindre la Tour de Gryffondor, où elle redevint Harry Potter avant de se glisser dans les draps, la tête pleine de Draco. De son côté, le jeune homme rêvait à une jeune fille à la chevelure corbeau et aux yeux d'argent.
Soraya.
Dans le dortoir des filles de cinquième année de Gryffondor, Hermione dormait paisiblement. Comme souvent depuis qu'elle avait rejoint Poudlard, elle faisait un rêve étrange. Il se précisait depuis quelques temps mais elle n'en comprenait toujours pas sa signification. Et ça, ça l'énervait. Elle avait beau ne pas croire à la Divination, elle avait avec Harry eut plus d'une fois la confirmation que les visions et rêves prémonitoires existaient bel et bien.
Harry…
Oh, comme elle l'aimait ! Elle l'aimait au point de s'inquiéter pour lui plus que nécessaire. Elle ne voulait pas qu'il souffre encore, il avait connu tant de malheurs ! C'est pour cela qu'elle avait agi comme cela, mais elle le regrettait. Elle avait l'impression d'avoir perdu sa confiance. Et sa confiance était une des choses auxquelles elle tenait plus que de raison. Mais cette souffrance de se dire que celui qu'elle aimait ne l'aimerait jamais en retour la faisait agir étrangement. Elle voulait son bonheur, même loin d'elle, mais elle restait frustrée et triste. Et il avait fallu qu'elle passe ses nerfs sur celui qu'elle s'était jurée de ne jamais blesser ! Ah, elle était belle l'amoureuse !
- Comment pourrai-je être jamais être digne de lui ? Je ne fais que des bêtises, je suis fade et inintéressante… Comment quelqu'un comme lui pourrait seulement m'aimer ? Je devrais me contenter d'être heureuse qu'il me considère comme sa meilleure amie… Mais c'est plus fort que moi, j'aimerai être plus…
Et c'est avec ces pensées qu'elle s'était endormie, des sanglots dans la gorge et des larmes coulant en rivière sur ses joues.
Son rêve était un peu différent de ceux auxquels elle avait l'habitude. Déjà que ces rêves étranges semblaient plus réels que la normale, celui-là semblait se passer dans la réalité. Elle se tenait au centre d'un parc, au bord d'un lac, entourée de ruines romantiques, recouvertes de lierre. Au loin, elle pouvait apercevoir un château gracieux qui n'avait rien de ceux qu'elle avait déjà vu. Ceux-là étaient imposants, celui-ci semblait léger. Il avait quelque chose de l'architecture de style gothique flamboyant, comme les plus belles cathédrales françaises. C'était le printemps et le soleil la réchauffait, éclairant de sa lumière le paysage printanier qui l'enchantait.
Elle était là, assise, à l'observer, quand elle se rendit compte qu'elle avait de nouveaux vêtements. Elle se leva pour l'observer. C'était une robe de style Moyen-Âge, simple mais belle, avec un col très dégagé. Ses manches étaient étroites et se terminaient en pointes sur ses mains. Elle était blanche, avec une ceinture dorée, des dessins dorés ressemblant à du lierre sur le bas de sa robe et des hauts de manches de la même couleur or, comme les bords de celles-ci.
Elle sentit une présence derrière elle et se retourna. Pour se figer, sous le choc.
Derrière elle se trouvait le mystérieux jeune homme qui hantait ses rêves. Encore aujourd'hui, en le voyant, elle se demanda qui elle aimait réellement : Harry ou ce mystérieux inconnu ? A chaque rêve elle se reposait la question et à chaque réveil elle s'insultait elle-même : Harry était réel, l'autre n'était que le produit de ses rêves et de son imagination. Pourtant, le doute revenait lorsque ces rêves revenaient.
Aujourd'hui ne changerait pas des autres. Il était sublime. Il semblait avoir les qualités qui manquaient à Harry, comme la patience et un charisme encore plus flagrant. Ses cheveux corbeau lui arrivaient à mi-dos, retenus par un lacet brun. Elle n'avait jamais pu voir la couleur de son regard mais elle l'imaginait aussi envoûtant que le reste. Il avait un corps élancé, souple et bien formé. Il était bien musclé mais ceux-ci étaient relativement discrets, lui évitant de ressembler à certains acteurs ou sportifs moldus qui abusaient de chirurgie ou de musculation. Elle les avait toujours eu en horreur.
- Bonjour, Harmony…
Elle sortit de sa contemplation et sourit. Il l'appelait toujours Harmony et n'en avait jamais démordu. Elle avait laissé tomber et avait fini par aimer la manière dont il prononçait le nom qu'il lui avait donné. Son visage était doux et, pas plus que d'ordinaire, elle pu savoir de quelle couleur était son regard.
- Bon… Bonjour, Royan.
Il sourit et s'avança vers elle. Il lui fit une petite révérence et lui prit la main pour un galant baisemain. Un frisson leur parcourut la colonne vertébrale.
- Comment vas-tu ? Cela fait presque un mois que nous ne nous sommes pas vus.
- Bien, merci. Et toi ?
Royan eut un petit sourire dans lequel transparaissait un peu de tristesse. Mais il ne répondit pas à sa question. Lui dire ce qu'il traversait serait lui donner assez d'indices pour découvrir qu'il était Harry, son meilleur ami. Royan était un de ses noms de Shawin et elle était la seule personne qui le connaissait, à l'exception de sa sœur. Tous les deux ne voulaient pas se métamorphoser devant ceux qu'ils aimaient et avaient décidé de prendre un nom nouveau. Sa sœur était ainsi devenue Soraya et lui avait prit le nom de Royan. Ils partageaient souvent leurs rencontres nocturnes quand personne ne pouvait les entendre. C'était leur secret. Leur seule consolation aussi, car tous les deux avaient cru remarquer qu'ils étaient bien plus proches d'eux comme cela que dans la réalité.
- Royan ? Pourquoi ne parles-tu jamais de toi ? Moi, je t'ai tout dit de moi…
- Je n'ai rien de vraiment intéressant. Ce que tu as à savoir, je te l'ai déjà dit.
Hermione fit une petite moue boudeuse et se rassit au sol, lui tournant dos et observant à nouveau le paysage.
- Ce qui se limite à ton âge et ton nom. C'est peu…
Royan émit un petit rire.
- Et c'est plus que suffisant. Que voudrais-tu donc savoir de plus ?
- Tout ! Ta famille, l'endroit où tu vis, si tu es à l'école, ce que tu aimes et déteste… Je ne sais pas moi !
Son ami eut un petit sourire tendre et s'assit à ses côtés, lui permettant d'observer sa tenue. Il portait un habit de style Moyen-âge comme devaient en porter les écuyers ou jeunes hommes de classe « moyenne » dans leur vie quotidienne. Les couleurs lui évoquaient la forêt, vert et brun. On aurait dit qu'il sortait tout droit de cette époque, avec sa tunique à longues manches et à lacets, ses bottes de marche et son pantalon près du corps.
- Et bien, pose des questions… Si je le peux, je te répondrai. Ca te va ?
- Parfait ! Alors première question : ta famille ! En as-tu ? Comment est-elle ?
Royan tourna son regard vers le lac et son regard s'y perdit alors qu'il lui parlait d'une voix douce dans laquelle perçaient toute sa tendresse et toute son affection pour les siens.
- Oui, j'en ai une. Elle peut sembler étrange, mais c'est la mienne. Il y a mes parents, pour commencer. Ce sont des gens merveilleux. Mon père est un homme juste et bon. Il arrive toujours à nous faire rire et garder le moral. Ma mère est douce et généreuse, elle parvient toujours à nous rassurer. Elle est aussi très intelligente et lorsqu'elle fait équipe avec mon père et son ingéniosité, nos problèmes sont toujours sûrs de trouver une solution. Ils me donnent toujours l'impression de se comprendre sans un mot ni un geste. Tout comme ils savent toujours ce qui nous arrive. Souvent, ça nous a fait râler.
- Nous ?
Hermione était curieuse. Elle en apprenait plus sur Royan en quelques instants qu'elle l'avait fait jusque là. Elle était touchée et émue de l'amour qui émanait de lui quand il parlait de ses parents. Mais qui était ce « nous » ?
- Oui, nous. Nous sommes quatre. Il y a d'abord Soraya. C'est ma sœur jumelle.
La jeune fille sursauta et ne put s'empêcher de pousser un petit cri de surprise. Royan avait une sœur jumelle ? Comment se fait-il qu'il ne lui en ait jamais parlé ?
- Ca te surprend, pas vrai ? Ma sœur et moi, on est assez particuliers. Nous sommes les deux faces d'une même pièce. Aussi ressemblants que différents. Nous sommes très complices et nous formons une équipe d'enfer. Je ne compte pas le nombre de fois où nous avons mis nos parents ou le reste de notre famille dans tous leurs états. Maman a l'habitude de dire que nous allons un jour leur donner une crise cardiaque. Et Papa ajoute toujours que nous serions capable de leur donner une crise de nerfs, de larmes ou de rire rien que pour leur faire les pieds et la défier.
- Vraiment ? C'est bizarre, je t'imagine mal en petit démon.
Ils rirent puis le jeune homme reprit son récit.
- En fait, je ne le suis pas vraiment. Tom dit toujours que je suis un volcan endormi et ma sœur de l'eau prête à devenir tornade. J'ai l'air calme mais il faut faire attention de ne pas m'énerver. Pareil pour Soraya, sauf que j'ai plus de patience qu'elle et qu'il faut faire encore plus attention à elle.
- Qui est Tom ?
Royan sourit à sa curiosité. Sa sœur et lui avaient depuis longtemps mis sur pieds une histoire à raconter à leur Compagnon ou Compagne. Comme ça, ils étaient sûrs de ne pas se contredire.
- Tom est notre cousin. Il est orphelin et nos parents l'ont pris sous leur aile. Mais je l'ai toujours considéré plus comme un frère qu'un cousin. Soraya aussi. Il a quelques années de plus que nous et donc il est un peu notre modèle. Et puis, il y a Moira.
- Moira ? N'est-ce pas un nom qui fait référence au Destin ?
De nouveau, Royan rit. Il reconnaissait bien là la savante Hermione, à toujours montrer qu'elle en sait beaucoup sur tout. La studieuse Hermione dont il était vraiment fou amoureux.
- Gagné ! Moira est un peu à part. Elle a été accueillie dans la famille lorsque la sienne l'a reniée. Elle n'avait nulle part où aller, alors mes parents ont pensé la garder avec nous. Elle est la plus âgée des quatre, elle a environ dix-neuf ans alors que Tom en a dix-sept. Ces deux-là forment un duo presque pareil à celui que nous formons, ma sœur et moi. D'ailleurs, je suis sûr qu'il y a anguille sous roche entre ces deux-là. Même s'ils ne veulent pas se l'avouer.
Hermione eut un petit sourire tendre. Les duos complices dont il lui parlait lui avaient fait remonter en mémoire le souvenir du Trio d'Or, celui dont Harry et elle faisaient partie. Elle pensait que Royan en avait fini mais il continua, à sa grande surprise.
- Et puis, il y a les autres membres de ma famille. Nos grands-parents, notre grand-oncle et notre grand-tante ainsi que notre tante de cœur. Ils vivent tous avec nous et nous sommes vraiment très unis. Parfois, je me demande ce que je ferai sans eux. Sans oublier ceux que nous ne voyons pas souvent. Eux aussi nous ont appris beaucoup. C'est pour cela que je ne vais pas à l'école : j'ai des professeurs particuliers !
Il se tut et son regard se perdit encore dans le paysage. Hermione réfléchissait en silence sur tout ce qu'il lui avait appris. Sa famille semblait grande et chaleureuse, pas comme Harry. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander si Harry ressemblerait à Royan s'il avait toujours eu sa famille et si la guerre ne l'avait pas tant blessé.
Soudain, Royan se leva.
- Il est bientôt l'heure, Harmony. Tu vas te réveiller. Alors, je vais te laisser.
Hermione s'attrista. Le temps avait passé si vite ! Elle avait encore tant de questions ! Mais elle savait qu'il avait raison et qu'elle ne pouvait pas aller contre le temps. Elle soupira et étreignit un Royan assez surpris. Puis elle l'embrassa sur la joue.
- Au revoir, Royan. A bientôt.
- A bientôt, Harmony…
Et comme il disait ces mots, le décor autour de lui se fana et tout s'évanouit, lui aussi.
Et Hermione se réveilla.
