Chapitre 9: Vent Nouveau sur Poudlard
Les Nomades du Vent étaient à Poudlard depuis une semaine. Fudge et Dumbledore avaient eu une sévère discussion qui s'était terminée par le départ d'un Ministre terrorisé par la colère du plus grand sorcier du siècle – même si Tom, Moira et les Jumeaux Potter étaient encore plus puissants. Mais le Ministre n'avait rien changé pour autant à ses idées et Ombrage tentait toujours de soumettre les Nomades à l'autorité du Ministère (ce qui lui avait valu des représailles des plus amusantes de la part de ces derniers : déguisée en crapaud durant deux jours !)
Chaque membre des Nomades de moins de 20 ans suivait les cours et s'était rapidement intégré à l'école, malgré la différence de langage, réglée grâce à un sort même s'ils usaient de leur langue principale entre eux. Evidemment, il avait d'abord fallu que les étudiants passent outre les étrangetés de ces Voyageurs. A commencer par Soraya.
En effet, la jeune fille enjouée avait la manie de jouer sans cesse avec des lames, couteaux ou poignards, ce qui avait surpris plus d'une personne. En fait, outre ses compagnons, seul Harry avait paru presque blasé devant ses lancers de couteaux et ses manipulations à en faire trembler plus d'un. Le jeune homme avait d'ailleurs choqué plus d'une personne en attrapant avec deux doigts une dague lancé par la jeune fille dans sa direction, et ce sans pour autant cesser marcher vers les portes de la Grande Salle! Et il était dos à Soraya !
C'était en fait l'apothéose d'une démonstration magistrale de confiance, de maîtrise et de puissance…
Hermione, pourtant si maîtresse d'elle, en tremblait encore…
Flash-Back
Le jour déclinait et chacun attendait avec impatience le dîner, bienvenu après la première journée chargée des plus jeunes Nomades. Harry était assis avec ses amis des trois maisons (Serdaigle, Gryffondor et Serpentard) à la table des Lions, dos aux autres tables, et discutait joyeusement Quidditch avec Ron et Draco. Il était si pris par sa conversation qu'il ne vit pas Soraya, Raya, Hikari, Moira et Selena arriver. Celles-ci se firent attraper au passage par des Serpentard et des Serdaigle très curieux et un peu trop envahissants. Le fait que le groupe était en partie composé des fils McNair, Dolohov et autres fils de mangemorts aussi convaincus que leurs pères fit tiquer Hermione et Neville. D'autres s'en aperçurent et le bruit baissa soudainement d'un cran, histoire de bien entendre.
Et ils ne furent pas déçus.
Les étudiants semblaient avoir trois buts : connaître tous les secrets intéressants de ces nouveaux venus, les attirer (de force s'il le fallait) chez leur maître et, accessoirement, de se les accaparer pour leur plaisir personnel.
Quand Dolohov, un septième, se fit un peu trop pressant autour de Soraya, ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase de leur agacement et de leur mépris teinté de dégoût.
Tout se passa très vite.
A la vitesse de l'éclair, Soraya sortit de sa ceinture un petit poignard et le pointa sous la gorge du Serpentard, ses yeux reflétant parfaitement bien sa colère. Les autres élèves qui l'accompagnaient ne purent rien faire pour l'aider car ils étaient tenus en respect par les baguettes ou autres artefacts des jeunes Nomades, les garçons (Mordo, Kei, Anar et Tom) étant apparus d'on ne sait où pour les aider.
Aider les pauvres étudiants qui risquaient leur peau en songeant à venir en aide à leurs acolytes, s'entend.
Les yeux de la seule fille au visage découvert se firent durs et froids comme le métal alors que sa voix devenait glaciale, sifflante. Tous purent l'entendre distinctement.
- Ecoute-moi, mon vieux, t'es un peu trop collant à mon goût alors tu dégages. On est peut-être des filles, mais on sait se défendre. Tu t'imaginais que la vie sur les routes était paisible et sans danger ? Eh bien, laisses-moi te l'apprendre alors ! Nous sommes toutes capables de nous battre aussi bien que les garçons, avec ou sans baguette !
Hikari, qui menaçait la gorge d'un Serpentard, complètement apeuré par son air carnassier, avec de longues aiguilles métalliques bien aiguisées, poursuivit, dure et sèche :
- Et nous connaissons, toutes, les techniques capables d'immobiliser un homme ou, dans le pire des cas de le faire souffrir ou de…comment dire… l'incapaciter… Alors si vous voulez pas avoir droit à une démonstration, pas touche !
Selena abordait un air indifférent, comme si tenir le malheureux Serdaigle par une prise de Judo tout en menaçant sa pomme d'Adam du tranchant de la main était quelque chose d'absolument normal et courant. Elle prit la suite de l'Anglaise et de la Japonaise :
- D'autre part, vous devriez vous laver les oreilles. L'Albinos ne nous intéresse absolument pas et ses promesses encore moins… Preuve s'il en fallait de notre bon goût et de notre santé mentale… Ce type est une infection à lui seul ! Donc, pour le tattoo, vous repasserez… En plus, on a jamais trop aimé les mecs à tattoo…
Puis, semblant se souvenir de quelque chose, elle échangea un petit regard complice avec ses amies qui leur fit échapper un petit rire amusé.
- Je rectifie… ça dépend du tattoo… et de celui qui le porte !
Leur petit rire se propagea aux quatre garçons qui avaient compris l'allusion subtile au tatouage Shawin ou Drayal ainsi qu'au symbole du lien indéfectible des Compagnons mais il cessa aussi vite qu'il était venu. Les explications ne semblaient pas finies.
En effet, Moira tenait McNair en joue, sa baguette pointée entre les deux yeux du Serpentard couché à terre, chaque bras écrasé sous les pieds de la jeune femme. Ce fut elle qui donna la conclusion d'une voix polaire et aussi tranchante que la lame de Soraya.
- Et ne vous attendez jamais à ce que nous révélions nos secrets, quels qu'ils soient. Un Nomade prête Serment du Secret dès qu'il a dix ans ou qu'il entre dans la communauté ! Et il est rompu à toutes sortes d'exercices pour que le secret le reste ! La loi du Silence nous est inculquée dès le berceau par des moyens que vous ne voudriez jamais connaître, elle fait partie de nous ! Si le Secret sort, celui qui le reçoit comme celui qui le donne reçoit une punition à la hauteur du secret… Et la moindre d'entre nos punitions donnerait des frissons à chacun de vous, tout sadiques, cruels et méchants que vous soyez !
Soraya, réfléchissant soudain à quelque chose, haussa le ton, s'adressant à toute la salle, élèves comme professeurs (ces derniers étant très peu nombreux à ce moment).
- Bon sang, par Morgane, qu'êtes-vous au juste ? Des moutons ou des hommes ? Devez-vous toujours penser comme on vous le dit ? Devez-vous toujours suivre ce que les autres veulent de vous ? Avez-vous seulement une âme qui vous appartienne ou n'êtes vous que des limaces baveuses et rampantes qui embrasseront les robes de celui-ci ou de celui-là ? Pensez par vous-mêmes, grands dieux ! Cessez de suivre le troupeau bêlant et secouez-vous ! Que voulez-vous, VOUS ? Oui, VOUS, au fond de vous ?
Elle laissa passer un moment de silence choqué puis reprit :
- Choisissez par vous-même ! N'ayez pas de regrets, pas de remords ! Cette vie est la vôtre, pas celle de votre père ou de votre mère, encore moins celle d'un inconnu ! Croyez-moi, j'ai plus de respect pour un homme qui assume ce qu'il fait, erreurs comme mérites, et fait ce qu'il pense juste, même s'il place cette justice chez l'Albinos dégénéré ! Faites en sorte que vous puissiez sans honte vous regarder dans le miroir et sourire du chemin que vous aurez parcouru ! Faites que les gens vous respectent sans devoir pour autant vous craindre ! Ne suivez que votre chemin, celui que vous aurez vous-même tracé à la force de vos croyances et convictions !
Elle baissa la tête et serra les poings. Ils tremblaient de fureur…
- Les vôtres… Pas le chemin de vos parents, pas celui qu'un autre veut que vous suiviez…
Sa voix se fit plus douce alors qu'elle levait la tête et parcourait la salle silencieuse du regard. Elle monta sur la table et, d'une voix calme mais passionnée, sans se rendre compte de l'arrivée dans la salle du reste des professeurs et adultes (Ombrage exceptée), elle leur raconta une histoire :
- Mon frère… Mon frère a longtemps fait cette erreur et elle a failli le perdre… Même encore maintenant, elle lui plane au-dessus de la tête comme une épée de Damoclès. Royan a toujours pris sur lui, il croyait que tout était normal, que ce qu'il vivait était naturel et était nécessaire. Il prenait toujours le regard des gens en compte, estimait qu'il était de son devoir de porter sur les épaules toutes les charges du monde… Il ne disait rien, rien…
Ses poings se serrèrent au point que ses jointures blanchirent et que ses ongles lui entrèrent dans la peau tendre de sa paume. Elle tremblait et avait les larmes aux yeux. On sentait les sanglots dans sa voix.
A la table des Lions, comme partout dans la salle, on se taisait. Hermione était horrifiée de la voir ainsi, elle avait peur de ce qu'elle allait lui dire sur Royan. Draco était surpris de la violence de la jeune fille qu'il commençait à aimer. Ron avait du mal à avaler la révélation qu'une fille puisse avoir autant de charisme et –surtout- qu'elle puisse se battre et mettre un homme à terre sans aucun problème. Ginny l'admirait, comme les Jumeaux. Neville avait les yeux brillants. Il se sentait reprendre du courage par les paroles de la jeune fille. Il jeta un coup d'œil vers Harry et fut un peu surpris de le voir serre convulsivement la nappe blanche, tendu un arc, crispé à l'extrême. Il était le seul à ne pas être tourné vers Soraya et gardait obstinément la tête baissée.
Il tremblait autant que la jeune fille et Neville, assis en face de lui, fut le seul à entendre ces mots :
- Tais-toi… Ely, tais-toi ! Je t'en prie, arrête… N'en dis pas plus, ils n'ont pas à savoir…
Mais Soraya, dont les larmes brouillaient la vue et menaçaient de couler, baissa la tête un instant :
- Et tout ça pour quoi ?A quel prix ? Il a gâché son enfance ! Une part de son adolescence ! Il a perdu une part de son innocence à un âge beaucoup trop jeune !
Elle releva vivement la tête. Les larmes coulaient sur son visage rouge :
- IL A FAILLI MOURIR !!! MOURIR ! PAS UNE FOIS, MAIS PLUSIEURS !!Et pas pour lui, non ! Parce qu'il estimait que c'était normal, qu'il le méritait ! QUE C'ETAIT LE CHEMIN QU'ON LUI AVAIT TRACE ! QU'IL DEVAIT RISQUER SA VIE SANS EN PRENDRE SOIN ! QUE CE SACRIFICE DE SA VIE ETAIT NECESSAIRE, POUR LE BIEN DE TOUS !!! ET VOUS TROUVEZ CA NORMAL ???
Elle tenta de se calmer, reprendre sa respiration. La salle restait silencieuse, seuls quelques halètements de surprise et quelques sanglots se faisaient entendre. Neville reporta son regard sur Harry qui serrait encore davantage la nappe, menaçant de tout faire tomber. Son visage était toujours baissé, caché derrière ses mèches noires.
Et Neville sut.
Sa grand-mère, depuis tout-petit, lui avait raconté des histoires sur les Potter. Mais elle ajoutait toujours un détail que tout le monde semblait avoir oublié, même les livres et les gens qui les avaient connu. Un tout petit détail qui lui tenait à cœur et qu'elle avait révélé à son petit-fils afin que ce détail ne soit pas oublié.
Un petit détail répondant au nom d'Elisabeth Lily Potter.
La sœur jumelle d'Harry Potter, le Survivant.
Comprenant à peu près ce que tout cela signifiait, se demandant comment il avait pu manquer les ressemblances physiques et morales entre les deux, Neville posa sa main calme et apaisante sur celles crispées de son vis-à-vis. Celui-ci, surpris, releva vivement la tête et ses émeraudes plongèrent dans les yeux de son ami.
Il ne leur fallut qu'un regard.
Quelques murmures échangés.
- Tu sais ?
- Je sais. Tu n'as pas à t'en vouloir.
- Je ne voulais pas qu'ils sachent.
- Ils ne le sauront pas, Harry. Elisabeth a bien manœuvré. Ascendance Potter ou Evans ? A moins d'une touche Serpentard ?
Le jeune homme se détendit quelque peu à la plaisanterie et fit un sourire tremblant.
- Merci. Tu sauras tout, promis.
- Prends ton temps Harry.
Et Harry le remercia de nouveau, avec les yeux cette fois. Ils écoutèrent ensuite ensemble la suite du discours de Soraya, sans la regarder, se parlant par des mimiques ou des regards. Neville apaisait l'âme tourmentée d'un jeune homme qui, si les choses s'étaient passées autrement, aurait dû être son ami d'enfance, son meilleur ami, son presque frère.
Soraya avait laissé un moment de silence avant de s'expliquer :
- Mon frère avait et a toujours un grand cœur, un cœur d'or, plus grand et plus généreux que je n'en ai jamais vu. Il ne voulait jamais voir quelqu'un souffrir et préférait subir à sa place. Des gens sont venus et lui ont dit : ceci est ta voie, ton chemin. Voici ce que tu as à faire, à dire, à penser. Suis-nous, bats-toi pour nous et avec nous et les gens cesseront de souffrir. Alors il est parti. Il a tout sacrifié pour ce but qu'on lui avait ancré dans le crâne. Il a perdu son innocence trop tôt, il n'a pas eu d'enfance… Et personne ne voyait rien, pas même ceux qui se disaient ses amis, ceux qui l'accompagnaient lorsqu'il a quitté notre communauté sans rien dire. Un jour il est rentré et nous avons vu les dégâts dans ses yeux et dans son âme, plus puissants que les blessures de son corps. Il a failli mourir, mais pas seulement de corps, comprenez-vous ? C'est son âme qui a failli y passer parce que certains ont voulu tracer son chemin pour lui, un chemin qu'il ne voulait pas suivre, pas comme ça, pas à ce prix.
Sa voix se brisa à ces derniers mots et elle conclut :
- Alors, ne faites pas la même erreur que lui et que tant d'autres qui n'ont pas eu la chance d'en réchapper. Choisissez par vous-même, ne vous laisser pas dominer, briser, humilier. Vous devez être les seuls maîtres de votre propre vie et pas de celle des autres. Ne laissez personne, qu'il soit Ministre ou Mage puissant, vous dire ce que vous devez faire, comment agir et penser. Faites-le tant que vous le pouvez encore. Maintenant. Avant qu'ils ne commencent à contrôler vos vies et que vous ne puissiez plus penser par vous-même. Après, il sera trop tard. Bien trop tard…
Elle ferma les yeux, tentant de reprendre contenance. Elle ne dit que ces derniers mots avant de descendre de la table :
- C'est tout ce que j'avais à vous dire. Réfléchissez-y. Et vite.
Elle rejoignit ses amis qui s'avançaient pour la prendre dans leurs bras, tentant de l'aider à se remettre de sa tirade. Par chance, Ombrage n'était pas présente et personne ne brisa ce silence teinté de respect avant un moment. Et lorsqu'enfin le brouhaha reprit, il resta auréolé de ce silence et de ce respect. Personne n'haussait le ton, beaucoup la regardaient pleurer. Certains enviaient le jeune Royan d'être autant aimé par sa sœur. La plus touchée fut Pansy Parkinson.
Le Directeur s'avança vers la jeune fille qui séchait ses larmes, un air compatissant sur le visage mais quelques étincelles discrètes de malice dans les yeux. Cette jeune fille le décontenançait, il ne savait trop comment agir face à elle. C'était l'impression que son fils James, sa belle-fille Lily et son petit-fils Harry lui donnaient par moments.
- Je vous félicite jeune fille. Votre discours fera sans doute plus de merveilles que tous les miens. Merci.
- Je ne l'ai pas fait pour vous, monsieur le Directeur. Mais pour eux.
- Sans doute. Mais merci quand même. Pour eux.
A la table des Lions, tout le monde commentait ce qu'il venait de se produire. Seuls Neville et Harry ne parlaient pas. D'un regard, ils se comprirent et se levèrent pour quitter la Grande Salle sous les regards surpris de tout le monde. Le silence revint soudainement devant la sortie du Survivant qui dépassa ses amis Nomades sans les voir.
Alors que tout le monde les regardait, même Dumbledore qui semblait assez surpris, il se passa quelque chose que tous prirent longtemps pour un mirage tant la scène sembla irréelle.
A la vitesse de l'éclair, Soraya s'était abaissée, avait sorti une dague d'une de ses bottes et l'avait lancé en direction du jeune homme qui lui tournait le dos. Ce fut si rapide que personne ne put réagir. Harry, de dos, attrapa l'arme entre deux doigts et ne s'arrêta de marcher qu'à ce moment. Tout le monde avait le souffle coupé par la rapidité de l'action comme par l'aisance d'Harry qui se retourna lentement en haussant un sourcil.
Sa voix était badine, légère, quand il prit la parole dans un nouveau silence choqué.
- Et puis-je savoir que me vaux l'honneur ?
Piquante, de l'amusement dans les yeux, la jeune fille lui répondit :
- Juste voir si tu n'avais pas perdu tes réflexes. Mais tu as de bons restes.
Harry ne semblait pas totalement convaincu de la réponse :
- Mais encore ?
- Disons que je trouvé très désagréable qu'un jeune homme bien élevé comme toi tourne ainsi le dos à une demoiselle de bonne famille bouleversée sans même la saluer comme il se doit.
- Une demoiselle de bonne famille, même bouleversée, ne porte pas de lames à longueur de journée sur soi et ne passe pas son temps à jouer avec elle au risque d'éborgner quelqu'un. Surtout le jeune homme bien élevé en question.
Tous les Nomades se mirent à rire et Tom ne put s'empêcher de taquiner sa sœur de cœur :
- Je crois qu'il a touché juste, princesse !
Harry vint quand même embrasser sa jumelle sur le front et, dans une révérence de comédie impeccablement effectuée, il dit :
- Maintenant que mes devoirs de jeune homme bien élevé sont remplis, il me faut prendre congé. J'ai certaines choses à faire qui nécessitent toute mon attention et ma présence imminente.
Il fit un dernier clin d'œil puis rejoignit un Neville au bord du fou-rire. Soraya lui lança cependant encore :
- Mais… ton dîner !
- Maraudeur un jour…
Et sur ce, il quitta la Grande Salle avec Neville, laissant derrière lui une Grande Salle ébahie de l'attitude insouciante, nonchalante, du Survivant et des Nomades pliés de rire au sous-entendu.
Fin Flash-Back
Ce qui se passa ensuite entre Harry et Neville, Hermione l'ignorait toujours, comme elle ignorait une bonne partie de la scène de ce soir-là, alors qu'elle se souvenait de ces moments et surtout de Soraya, la première dont ils avaient découvert une manie.
Puis, il y avait Tom et Moira. Ces deux-là agissaient comme des grands frère et sœur autour d'Harry et Soraya. Ils semblaient adorer les taquiner et les faire réagir, mais personne ne savait sur quel sujet exactement. Les amis d'Harry, excepté Neville (allez savoir pourquoi il semblait plus amusé qu'ébahi !) avaient d'ailleurs dû se pincer en apercevant Harry et Soraya courir après le « couple », trempés jusqu'aux os. Et la surprise avait été totale devant la bagarre de chatouilles qui avait suivi. Neville, lui, avait souri avec amusement et tendresse et s'était même joint à la bagarre, à l'étonnement général.
Tom et Moira suivaient aussi les cours avec les plus jeunes et personne n'avait manqué de constater leur aisance dans toutes les matières, surtout en potions – ce qui avait laissé Rogue littéralement sur les fesses. Il avait tenté de leur faire perdre leur sourire et avait récolté bonne réponse sur bonne réponse à ses questions, toutes de niveau ASPIC ou plus, et ce sans aucune hésitation !
Lyra, Syra et Lilith, les trois femmes, étaient les plus silencieuses du groupe. Elles se promenaient presque toute la journée ou passaient du temps en bibliothèque. De tous, elles étaient les moins étranges – si on oubliait leurs rires complices presque perpétuels ou leurs chuchotements excités. Johan, le mari de Lilith et seul homme adulte, les accompagnait parfois quand il ne rôdait pas dans les couloirs ou travaillait dans les appartements de la petite communauté. Il avait reçu la permission d'user à loisir de certaines salles, au grand mécontentement de Severus Rogue qui avait ainsi vu un de ses petits labos être envahi par les préparations du « leader » des Nomades. Préparations qu'il ne connaissait pas, ajoutant donc de la frustration et de la jalousie à son mécontentement.
Et puis, il y avait les six autres, tous entre 16 et 20 ans (de physique tout du moins…). Chacun avait sa petite particularité. Parmi eux, Mordo, le demi-vampire, avait atteint à 16 ans la perfection dans l'art de décontenancer tout le monde. Tout d'abord, il était passionné par l'Histoire de la Magie et prenait des notes complètes sur tout ce que Binns racontait. Ensuite, il concurrençait Rogue pour le sarcasme et l'ironie mordante, quoiqu'il soit plus gentil et diplomate que le maître des Potions qui oeuvrait dans les cachots froids et inhospitaliers de Poudlard. Mordo avait d'ailleurs fait des étincelles dans le cours de DCFM d'Ombrage, soutenu puis imité par les Nomades et Harry (mais Harry n'était-il pas comme l'un d'entre eux, au fond ?).
Flash-Back
Les étudiants s'étaient assis en silence, attendant leur professeur. Les seuls qui semblaient joyeux et enjoués étaient le groupe des Nomades, de Neville Longdubat et d'Harry Potter. Le jeune homme avait beaucoup changé depuis leur arrivée, trois jours plus tôt. Il s'était révélé joyeux, un peu farceur, et très habile avec les mots. En clair, il était redevenu lui-même…mais personne ne le savait. Les Nomades s'étaient très vite liés d'amitié avec les amis d'Harry toujours très surpris par ces visiteurs et encore plus par la transformation du jeune homme. Seul Neville avait accepté ça très facilement. Lui aussi avait changé, gagnant en assurance comme en malice. Il vivait à nouveau, libéré d'un piège presque semblable à celui qui avait plusieurs fois failli engloutir Harry.
Mais en ce moment où les Serpents et les Lions attendaient en silence, seuls les Nomades, Neville – décidemment bien changé en quelques jours - et Harry n'avaient pas adopté une attitude respectueuse et silencieuse. Ils discutaient gaiement en mélangeant allègrement les deux langues et tout le monde pouvait les entendre pouffer par moments.
Ombrage entra à ce moment et aboya :
- Debout !
- Bonjour Professeur Ombrage !
- Assis ! Prenez votre manuel page 127! Les Vampires! Et je ne veux rien entendre !
Mais contrairement à sa demande, on entendit très bien la réflexion du demi-vampire.
- Ben dis donc… C'est l'armée ou quoi ? Sérieux, on dirait le sergent-chef qui aboie ses ordres : « Gaaaarde à vous ! Présenteeeez armes ! ».
Il y eut des petits rires dans la salle, bien peu parvenaient à retenir leur hilarité, même chez les Serpentards. Ombrage n'apprécia pas. Elle tenta cependant de lui répondre avec son sourire dégoulinant et sa voix trop gamine.
- Gardez vos réflexions pour vous, jeune… hybride… Essayez de rejoindre le niveau des hommes pour une fois… Ce n'est pas parce que le Ministre a eu la bonté d'accepter votre présence en ces lieux que vous devez tout vous permettre…
- Il apprécie pas les hybrides et il envoie un crapaud à Poudlard. Il sait pas ce qu'il veut, le ministre !
Cette fois, les rires fusèrent, menés par Harry et ses amis. Mordo n'avait que marmonné sa phrase mais tout le monde l'avait entendue. Ombrage se mit alors à tousser. Harry haussa un sourcil.
- Un bonbon au citron, professeur ? Pour votre gorge…
De nouveau, il y eu des rires dans la classe. Même Hermione riait, trop amusée pour réprimander ses amis. Et puis, au diable le règlement ! Cette sale bonne femme méritait ce qui lui arrivait !
- Non ? Je les donnerai au directeur alors…Avec quelques esquimaux au citron…pour changer. Qu'en penses-tu, Nev' ?
- Tu ne change pas le goût, juste la présentation, là, Ry ! Mais c'est une bonne idée… Il va adorer !
- Je trouve aussi… Bon, où en étions-nous ?
- 40 points en moins pour Gryffondor ! Et une retenue pour vous, Mr Potter !
Le silence se fit et Ombrage eut un sourire victorieux mais Harry ne se laissa pas démonter, faisant sourire sa sœur par ses répliques.
- Donnez si vous voulez… mais pour ma part, j'ai assez vu votre tronche et copié assez de lignes pour le restant de mes jours. Alors je passe, merci quand même.
Et avec un sourire, il se plongea dans son manuel, dans le silence total. Ombrage commençait à prendre une belle teinte violette. Elle retira encore cinquante points (à la grande horreur d'Hermione) puis avisa alors Mordo qui écrivait dans son manuel.
- Mr Mordo ! J'ai dit lire, pas écrire !
- Oh, mais c'est ce que je fais ! Je supprimais juste les erreurs et les bêtises…
Ce fut Soraya qui lui répondit :
- Il doit plus te rester grand-chose, alors !
- Si ! Le titre !
Et les Nomades se mirent à rire, vite suivis par Harry et enfin par toute la classe. Ombrage sentait que ces enfants lui échappaient, même ses Serpentard. Elle se mit à trembler de rage.
- Cessez ce petit jeu tout de suite.
Anar, le jeune elfe à la blonde chevelure et à l'apparence d'un jouvenceau de 19 ans, limait ses ongles depuis le début de ce cours. Il prit pour la première fois la parole à cette réflexion, sans pour autant quitter ses doigts des yeux.
- Sauf que ce n'est pas un jeu, Professeur. Si vous nous traitez comme de la merde, désolé du terme, nous ferons de même. C'est ainsi que ça se passe chez nous. Et je vous conseillerais de ne pas pousser le bouchon plus loin.
- Je suis votre professeur, Mr Anar, je sais ce qui est juste !
Hikari, la jeune japonaise de 18 ans aux longs cheveux noirs qui dessinait depuis le début du cours, releva la tête et planta son regard, à peine visible derrière son masque argenté, dans celui de la femme.
- Vous, vous n'étiez pas là quand Soraya a résumé si parfaitement ce que nous pensions de ce genre d'attitude ! Voici bien la preuve que vous n'êtes pas un vrai professeur. Sans compter qu'un professeur accepte ses erreurs et tente de les corriger, un professeur respecte ses élèves qui le respectent en retour. Un véritable professeur n'est pas omniscient ni omnipotent, le sait et l'accepte. Il ne tente pas de diriger ses élèves comme de vulgaires pions sur un échiquier ! Vous n'êtes même pas l'ombre d'un professeur… et Merlin sait combien nous avons vu de professeurs avant vous !
Hermione se mit à réfléchir à tout ce qu'elle venait de dire et comprit son point de vue ainsi que l'erreur qu'elle faisait régulièrement en donnant tout crédit à ses professeurs. Décidemment, les Nomades du Vent étaient des gens non seulement cultivés et habiles mais surtout sages. Ils étaient plus à même d'affronter l'extérieur qu'aucun d'entre eux !
Elle reporta son attention à la scène.
Kei venait de poursuivre la pensée de son amie d'enfance. Le jeune japonais de 18 ans aux cheveux étrangement gris, mi-longs retenus en tresse sur la nuque, avait passé tout ce temps à faire des calligraphies sur des morceaux de papier. Seuls les Shawins et Apprentis présents savaient qu'il confectionnait des Fuda, ces papiers utilisés en magie orientale. Il n'appréciait donc pas d'être déconcentré par la crise de la vieille folle.
- Pour tout vous dire, ce cours ici ne vaut rien. Défense contre les Forces du Mal ! La bonne blague ! C'est fou comme ça va vous servir ! Quand vous rencontrez un Vampire animé de mauvaises intentions – et notez que j'ai dit « animé de mauvaises intentions », tous ne sont pas dangereux et encore moins cruels -, vous allez lui lire votre bouquin ? Vous espérez sans doute qu'il s'endorme ou s'écroule de rire ? Peut-être pensez-vous l'assommer avec ? Il est sûrement tellement lourd, dans tous les sens du terme, que ça devrait suffire…A moins que vous vous dites que plus on sera à crever, mieux ce sera !
Le silence se fit, chacun réfléchissant à ces paroles. Selena, la française de 17 ans aux cheveux blonds, qui lisait un roman, poursuivit sans pour autant quitter sa lecture, tournant simplement une page. Sa voix était teintée d'une ironie mordante et de sarcasme.
- Evite les mots vulgaires, Kei. Ces jeunes sont si surprotégés que leurs oreilles doivent être elles aussi écartées du langage de nous autres voyageurs qui avons vu plus de choses qu'eux. Et qui en connaissons donc plus. Après tout, ils n'ont pas à savoir ce qui les attend dehors, n'est-ce pas ? Je suppose que leur Ministère s'arrangera pour qu'ils restent chez eux sans sortir et sans rien entendre ni affronter de ce qui se passe dans la vie réelle. Pitoyables…
Raya, la brésilienne de 16 ans à la peau bronzée qui s'amusait à se faire des mèches qu'elle décorait de petites perles, termina son petit jeu et joignit la conversation en regardant la femme qui se taisait, folle de rage et ne sachant que répliquer à ces intelligentes répliques.
- Tiens, bizarre comme vous vous taisez, miss… Serait-ce parce que vous savez que vous ne pouvez pas nous menacer ni faire pression sur nous ? Pas de maison, donc pas de points en moins, impossible de nous renvoyer, pas de parents à menacer et aucune prise de votre ministère chéri sur nos vies… Pas de bol, hein ? A moins que vous ne sachiez pas répondre à la vérité ?
Soraya, qui avait discrètement pris note de tout ce qui venait de se dire, histoire de se souvenir de tout et de bien tout raconter aux autres, se leva alors et se plaça dans l'allée centrale, assise sur le coin de son bureau, face à la femme furieuse.
- Je crois qu'il est temps de mettre les points sur les « i », Professeur Ombrage. Cela me semble nécessaire, que vous ayez ou non entendu mon petit discours de l'autre jour. Les Nomades du Vent ont des règles et des lois. Ils ne se mettent jamais sous l'autorité de ceux qui veulent les dominer et les écraser, ni sous celle de ceux qui les méprisent et encore moins sous celle de ceux qui ne méritent pas leur respect. Si vous persistez à faire partie de ces trois catégories, ne vous étonnez pas de notre rébellion. Demandez-vous plutôt pourquoi vous êtes le seul professeur de Poudlard avec qui nous agissons ainsi… Même Trewlaney n'a pas droit à ce traitement !
Elle eut un petit sourire et jeta un coup d'œil vers Hermione puis vers son frère qui comprit ce qu'elle allait faire et dire. Neville saisit cet échange et sourit, lui aussi comprenait. Il comprenait beaucoup de choses depuis qu'il avait découvert certaines choses au sujet d'Harry comme à son propre sujet. Et en effet, comme les deux garçons le pressentaient, elle s'avança dans l'allée vers le bureau du professeur, écarta la femme qui se retrouva on ne sait comment sur le côté et barra sur le tableau les références du chapitre à lire. Puis, elle se retourna vers la classe. Elle semblait être devenue le professeur.
- Mon frère Royan serait ici, il vous dirait ceci : « on ne peut juger ce que l'on ne connaît pas. Je ne sais pas si votre professeur a rencontré des représentants de toutes ces créatures ou communautés qu'elle dénigre à ce point, mais je suis certain que vous devez faire votre propre avis à ce sujet. Et puisque nous avons en classe des représentants des descendants ou simplement des spécialistes de certains d'entre eux, pourquoi ne pas les interroger ? ». C'est une des leçons qu'il a apprise de ses épreuves. Royan n'est malheureusement pas présent, mais je suis d'avis de suivre cette idée… Qui est pour ?
Et, sans surprise, la majorité des mains se levèrent. Seuls quelques Serpentard avaient refusé, plus par orgueil qu'autre chose.
Tom sourit et se leva alors. Il n'avait pas dit son mot, suivant les évènements avec un sourire aux lèvres, mais il avait une remarque à faire à sa petite sœur de cœur.
- Sora, je crois que nous devrions prendre nos précautions avant de commencer le VRAI cours.
Et il indiqua du menton Ombrage qui se préparait à une tentative de reprise de contrôle. Soraya sourit et lui fit une petite révérence, le laissant faire.
- Merci, Sora.
Et d'un mouvement de la baguette, il pétrifia totalement la vieille folle. Il annonça ensuite qu'il lui effacerait la mémoire de cette partie-là du cours et qu'il recommencerait pour autant de leçons que cela serait nécessaire.
Personne ne broncha et tous suivirent le cours des Nomades sur les Vampires. Etrangement, même les Serpentard restèrent calmes et polis, respectant ces professeurs improvisés. Pansy et ses camarades commençaient à penser par eux-mêmes…
Fin Flash-Back
Oui, les Nomades avaient leur caractère… Les cours de DCFM avaient changé, tout le monde apprenait dans la joie et la bonne humeur, leurs professeurs rapprochant discrètement les maisons qui ne s'en offusquaient pas. Ombrage, grâce au sort d'oubli et à la ruse de Tom, ignorait ce qui se passait réellement dans ses cours de cinquième année Gryffondor/Serpentard. Et dans d'autres également, car il semblait que le message était passé et qu'ils étaient très imités, même dans les classes supérieures. Les Nomades allaient souvent faire des exposés dans telle ou telle classe qui avait réclamé des informations sur l'un ou l'autre sujet.
Les choses bougeaient, évoluaient. Lentement mais sûrement. Tout Poudlard le savait, le sentait. Elèves comme professeurs.
Sauf Ombrage bien sûr. Et peut-être Trewlaney…
Hermione y songeait encore alors qu'elle tentait de se concentrer sur un devoir de Potions. Les Nomades avaient été acceptés de tous – ou presque – et avaient changé bien des mentalités. Les cours de l'AD regroupaient à présent des membres venant de toutes les maisons, leur nombre augmentant à tel point qu'ils avaient dû organiser plusieurs séances par semaine. Les Nomades aidaient beaucoup à l'organisation de tout cela.
Ce qui surprenait beaucoup Hermione, c'était Harry. Le jeune homme était méconnaissable et ses sentiments pour lui s'étaient enflammés ! Ce n'était plus un amour qui aurait pu faner, c'était un amour vrai. Et elle avait commencé à se demander si Harry et Royan ne seraient pas la même personne… Ce n'était qu'une supposition, mais elle se faisait de plus en plus présente dans son esprit. Mais ce que cette supposition engendrerait si elle se révélait fondée l'effrayait. Elle avait encore en mémoire les révélations sur Royan que sa sœur avait faite le lendemain de leur arrivée…
Elle en était là de ses réflexions quand Mme Pince annonça la fermeture de la Bibliothèque. Elle prit alors le chemin de la Tour des Gryffondor. Mais pendant son trajet, elle entendit des voix provenant d'une classe normalement vide. Et parmi elles, il y avait celle d'Harry.
Curieuse, elle s'arrêta pour écouter.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée… C'est encore trop tôt, Tom…
- Harry a raison. Nous ne sommes pas sûrs de leur réaction... Je pense sincèrement que nous devrions attendre la fin de cette histoire avant de leur dire…
- Mais qui parle de leur dire ? Un simple rêve ou un souvenir bien placé devrait suffire à leur donner quelques pistes, des doutes… Juste histoire de les préparer.
- Pour Lyra et Syra, passe encore… Mais pas pour nous… Bon sang, réfléchis, Tom ! Rien que la réaction de Ginny pourrait tout faire capoter ! Alors Dumbledore ou Rogue, n'en parlons pas !
Harry interrompit la discussion d'une voix sérieuse qui fit frissonner Hermione.
- Et voilà…Nous en revenons encore et toujours aux Sacrifiés… Enfin… En ce qui me concerne, je quitterai Poudlard dès que tout sera fini. Ely a encore une chance avec son Prince adoré, moi je n'ai plus qu'à m'incliner pour le bonheur de ma Princesse. Alors je ne vois pas l'intérêt de leur dire ça, du moins en ce qui me concerne… Neville était l'exception.
Un voix féminine qu'Hermione reconnut comme étant celle de Moira s'immisça dans la conversation, presque rêveuse et lointaine :
- Les Quatre Sacrifiés… N'en ont-ils pas assez subi ? N'ont-ils pas le droit d'être un peu égoïstes ? Ils ont tout perdu, tout abandonné à cause de ce monde qui semble n'aimer que la guerre et les batailles. C'était déjà comme ça du temps de Grindelwald, voici que Voldemort à son tour tente de faire remonter toujours plus haut la barre de la bêtise, de l'horreur et de la peur.
- Ils n'étaient pas là lors de la Première Guerre, ils feront cesser la Seconde avant qu'il n'ait le temps de refaire surface. C'est une promesse, Moira…
Et les voix d'Harry, Soraya et Moira reprirent à mi-voix ce serment immuable
« C'est une promesse ».
Hermione, bouleversée, quitta son poste d'espionnage pour rejoindre la Tour et se réfugier dans son dortoir, le cœur battant, tentant de comprendre ce qu'elle venait d'entendre.
- Les Quatre Sacrifiés… Qu'est-ce que cela signifie au juste ?
Harry et ses amis de Gryffondor se rendaient à la Grande Salle pour le petit déjeuner. Comme d'ordinaire depuis l'arrivée des Nomades, ils se rendirent à la cinquième table et rejoignirent leurs amis des autres maisons.
Depuis quelques jours, quelque chose avait changé à Poudlard. A l'instar des amis d'Harry, les étudiants ne craignaient plus de se mélanger aux autres maisons, même aux repas. Seuls certains d'entre eux, et pas seulement de Serpentard, voyaient ces rapprochements d'un mauvais œil. Même s'il était encore rare de voir des Serpentard et des Gryffondor ensemble, la maison des Serpents se mélangeait plus souvent aux Serdaigle voire à certains Pouffsouffle. Tous les professeurs, sauf Ombrage, avaient été agréablement surpris de l'influence des Nomades sur les étudiants de Poudlard.
Alors qu'Harry se servait tout en discutant dans cet étrange dialecte avec une Nomade au masque aux couleurs or et argent et Neville – tout le monde avait été plus que surpris en apprenant la veille qu'il connaissait et même parlait couramment la langue étrange des Nomades -, un détail attira son attention. Hermione mangeait à peine et semblait perdue dans ses réflexions. Elle sentit le regard de son ami sur elle et elle releva la tête pour croiser deux émeraudes un peu inquiètes. Elle comprit immédiatement les émotions qui s'y lisaient.
Touchée par son inquiétude, elle lui sourit.
- Je vais bien, Harry. C'est juste… Des questions qui n'ont pas de réponses et ça m'énerve !!
Harry eut un petit rire.
- Te connaissant, ça doit être frustrant… Est-ce que je peux t'aider à y répondre ? Je ne pense pas tout connaître mais sait-on jamais !
Hermione réfléchit un instant en se mordant la lèvre puis sembla se décider. Comme elle était assise face à lui, elle put lui parler sans, croyait-elle, se faire entendre de ceux qui les entouraient.
- Tu vas trouver ça bizarre mais… tu nous as toujours dit ne pas avoir eu d'amis avant nous… Et Soraya nous a dit être ton amie d'enfance ! Comment se fait-il que tu ne nous ais jamais parlé d'elle ? …. Tu n'es pas obligé de répondre si tu ne le veux pas, c'est juste que je trouve ça bizarre…
Contrairement à ce qu'elle pensait, la concernée, assise à côté d'Harry, l'avait parfaitement entendue. Elle la regarda dans les yeux, un peu espiègle.
- Si tu veux mon avis, Ryry n'ose pas parler de moi parce qu'il serait obligé de raconter certains épisodes peu glorieux de sa vie…
- Sora !
La jeune fille éclata de rire, attirant l'attention de ceux qui les entouraient, soit presque toute la cinquième table. Harry semblait outré mais au fond de lui, il s'amusait beaucoup. Connaissant sa sœur, il n'allait pas coupé aux souvenirs honteux, mais il préférait cela à la vérité vraie… qui s'avérait être un blocage de mémoire difficile à expliquer sans entrer dans des détails secrets… Seul Neville à présent savait l'entière vérité. Et pour une bonne raison : il était lui-même un Shawin en puissance et non un des moindres ! Son don s'était éveillé en même temps qu'il retrouvait sa confiance, durant le discours d'Elisabeth/Soraya. Le concerné avait d'ailleurs un sourire en coin en ce moment, il avait également été mis au courant de la version « officielle » et des anecdotes qui devaient la rendre plus vivante, plus crédible.
- Ben quoi ? Avoue que notre première rencontre n'était pas à ton avantage…
Tom, assis un peu plus loin, éclata de rire alors que lui aussi se souvenait de tout ce qu'ils avaient mis au point comme histoire et comme anecdotes, surtout les plus « croustillantes » (James avait insisté sur le fait qu'il devait y en avoir quelques-unes). Et la rencontre Soraya/Harry était un de ses passages préférés. Croisant le regard des amis du jeune homme, il s'expliqua :
- Je me souviens de ça comme si c'était hier ! Et rien qu'à la pensée d'un Harry…. Bref, j'en ai encore mal au ventre de rire !
Et les autres Nomades le suivirent dans son rire. Harry devint rouge de gène et Soraya sourit de toutes ses dents.
- Vous voulez entendre l'histoire ?
- Sora….
- Aaaaah, soit pas rabat-joie, Ry ! C'est une histoire amusante, non ?
- Mouaif… Ca dépend du point de vue…
Draco, assis en face de la jeune fille, ne tint pas plus sa curiosité.
- Alors ? Raconte !
- Dray !
- Allez, Harry ! On veut savoir nous aussi…
- Ron… Bon, ça va, allez-y ! Mais je ne veux pas entendre ça !
- Taratata ! Tu restes, Ryry ! Et on ne discute pas !
Ne pouvant répliquer à sa sœur, Harry soupira et commença à manger alors que Soraya racontait ce qu'ils avaient préparé quelques temps plus tôt comme histoire. Elle faisait partie des « croustillantes » que James Potter affectionnait tant. D'où l'attitude d'Harry qui ne devait absolument pas se forcer pour simuler la gêne face à ce souvenir.
- Il y a une chose que vous devez savoir… Mon frère jumeau, Royan, et Harry se ressemblent énormément…. Enfin, moins maintenant, mais quand ils étaient petits, on aurait pu les prendre pour de vrais jumeaux ! Les seules différences, c'étaient la cicatrice d'Harry et les yeux argent de Royan.
Tout le monde fut assez surpris de l'entendre, sauf Hermione. Elle avait toujours eu l'impression qu'Harry et Royan se ressemblaient étrangement. Harry eut un petit sourire et acquiesça pour appuyer le récit de la jeune fille.
- A l'époque, Harry et Royan avaient trois ans. C'était un jour de pluie, je m'en souviens encore. Harry était parvenu, je ne sais trop comment d'ailleurs, à tomber dans la boue. Il en était couvert de la tête aux pieds ! Notre communauté se trouvait dans les environs et nous cherchions Royan qui s'était encore échappé ! Quand Maman a vu Harry, elle l'a attrapé par le cou et l'a ramené au camp. Elle l'a grondé et l'a forcé à prendre un bain chaud. Elle l'a lavé de la tête aux pieds sans écouter les protestations d'Harry. Il était rouge tellement elle frottait et il n'arrivait pas à lui échapper ! C'est quand Papa est arrivé dans la tente en tenant Royan par le cou qu'elle s'est rendue compte que l'enfant qu'elle lavait et disputait n'était absolument pas son fils !
En entendant cette histoire, tout le monde se mit à rire et Harry rougissait en grommelant, imité en cela par la dame en masque or et argent. Tom reprit alors le récit.
- Tante Lilith, la mère des Jumeaux, était rouge de honte ! Mais ceux qui faisaient une drôle de tête, c'étaient bien Harry et Royan ! Ils n'arrivaient pas à détacher leurs regards, les yeux exorbités et la bouche grande ouverte… Oh, j'en ris encore !
Hermione, curieuse, voulait tout savoir.
- Et ensuite ?
- Maman et Papa ont senti que le petit garçon qu'ils avaient récupéré avait de la magie dans ses veines, mais ils ne le lui révélèrent pas. Comme une tempête se préparait, ils ont gardé Harry quelques jours et s'y sont beaucoup attachés. Je crois même qu'ils ont été choqués par l'accueil qu'il a reçu quand ils l'ont ramené chez lui. Et aussi par la peur d'Harry. Ils ont donc décidé de le considérer comme un troisième enfant et nous sommes donc restés longtemps en contact. Depuis cette histoire, à chaque fois que nous passons près de chez lui, nous venons le voir. Et nous lui écrivons beaucoup…
Harry tiqua devant l'allusion inutile aux sentiments de sa famille moldue envers lui et eut la bonne idée de terminer le récit par une grimace et une plaisanterie :
- Je préfère d'ailleurs oublier les différentes beuglantes que tu m'envoies à chaque fin d'année scolaire… Merlin, mes oreilles en ont toujours eu pour deux semaines pour se remettre des cris ! Heureusement que Royan est doué pour bidouiller les beuglantes… Y'a que moi qui peut t'entendre ! Les verres et les vitres sont saufs !
Pour toutes réponses, sous les rires de la tablée, une Soraya rose de gène lui envoya une claque derrière la tête.
- Et violente, en plus !
Ce qui redoubla les rires…
Mais Hermione n'avait pas eu la réponse à sa question :
Pourquoi n'avaient-ils jamais entendu parler des Nomades du Vent avant la semaine précédente ?
