Eh bien, finalement, un second chapitre.
Encore plus joyeux que le premier.
Les personnages appartiennent à Mrs Rowling. Le titre vient d'une chanson de Charles Trenet.
Que reste-t-il de nos amours ?
La planète suivante était habitée par un buveur. Cette visite fut très courte, mais elle plongea le petit prince dans une grande mélancolie :
— Que fais-tu là ? dit-il au buveur, qu'il trouva installé en silence devant une collection de bouteilles vides et une collection de bouteilles pleines.
— Je bois, répondit le buveur, d'un air lugubre.
— Pourquoi bois-tu ? lui demanda le petit prince.
— Pour oublier, répondit le buveur.
— Pour oublier quoi ? s'enquit le petit prince qui déjà le plaignait.
— Pour oublier que j'ai honte, avoua le buveur en baissant la tête.
— Honte de quoi ? s'informa le petit prince qui désirait le secourir.
— Honte de boire ! acheva le buveur qui s'enferma définitivement dans le silence.
Et le petit prince s'en fut, perplexe.
Les grandes personnes sont décidément très très bizarres, se disait-il en lui-même durant le voyage.
Antoine de Saint-Exupéry, Le petit Prince, chapitre 12.
.·. ·.· .·.
Tobias Rogue déprimait. Seul, assis dans sa cuisine, il observait l'œil vide un verre plein d'un gros rouge qui ne lui avait pas coûté bien cher.
On avait enterré Eileen le matin même.
C'était lui qui l'avait tuée.
Mais ce n'était pas exprès, ça, non !
Il l'aimait, Eileen.
Il but une gorgée du liquide rougeâtre.
C'est pour ça qu'ils s'étaient mariés, d'ailleurs.
Seulement... voilà... la vie s'était montrée chienne avec eux.
Tobias avait toujours été pauvre. Mais pas Eileen. Sa famille à elle était très riche. Tobias aurait voulu lui offrir ce qu'il y avait de mieux, pour qu'elle ne regrette pas de l'avoir épousé.
Il finit son verre et s'en servit un autre.
Mais c'était Eileen qui avait payé la maison.
C'était Eileen qui avait fait bouillir la marmite pendant des années, puisque Tobias était au chômage.
C'était Eileen qui savait comment s'occuper de Severus.
C'était Eileen qui avait des pouvoirs que Tobias avait cru imaginaires jusqu'à leur mariage.
Tobias avala son second verre cul sec.
Lui, on lui avait toujours dit que c'était à l'homme de la maison de subvenir aux besoins d'un ménage.
On lui avait toujours dit que c'était le père qui devait éduquer le fils.
On lui avait toujours dit que c'était le mari qui était fort et qui protégeait sa femme.
Un troisième verre suivit l'exemple du précédent.
Tobias Rogue avait raté sa vie.
Il le savait.
Tout le monde le savait.
Eileen le savait.
Il s'empara de la bouteille et but une longue lampée à même le goulot.
Ils avaient tous eu pitié de lui.
Les patrons, avec leur air condescendant.
Les voisins, qui le regardaient rentrer à la maison en titubant.
Les maîtres de son fils, qui avaient offert une bourse au gamin trop pauvre pour payer les frais de scolarité.
Et surtout, Eileen.
La bouteille vide alla se fracasser contre le mur. Tobias se pencha et en saisit une autre. Il en avait toute une caisse.
Eileen, avec son gentil regard.
Eileen, qui essayait de ne pas la contrarier.
Eileen, qui se soumettait toujours, même quand il avait tort, même quand il la frappait sans raison, même quand il s'en prenait à Severus.
Tobias avala goulûment la moitié de son litron.
L'alcool, lui, ne le jugeait pas. Une bouteille, ça n'était pas plus puissant que lui, ça ne lui montrait pas combien il était pitoyable. C'était souvent la seule compagnie qu'il supportait.
Plus le temps passait, plus il s'enfonçait dans l'ivrognerie, plus il se sentait médiocre. Il voyait Eileen se faner sous ses yeux, par sa faute.
Il but encore, mais la plus grande partie du liquide se déversa sur sa poitrine débraillée.
Quand il était ivre mort, il ne pensait plus. À rien.
Alors, il continuait à boire.
Que pouvait-il faire d'autre ?
Et puis, il y avait l'enfant. Severus. Un nom choisi par Eileen, évidemment.
Tobias n'avait jamais rien compris à ce gamin. C'était une mauviette, un pleurnichard qui passait son temps dans les jupes de sa mère ou dans des gros bouquins.
Tobias se souvenait que lui, quand il était gosse, il jouait avec les copains dans la rue. Il y avait un peu de bagarre, quelques écorchures, beaucoup de rigolade. Et puis, quand il rentrait, souvent une bonne raclée du paternel. C'était comme ça.
Mais Eileen disait qu'il ne fallait pas de ça pour le petit.
Parce qu'il avait l'air de rien mais qu'il pouvait faire des trucs bizarres.
Parce qu'il ne maîtrisait pas sa force cachée.
Parce qu'il était dangereux, quoi.
Un môme !
Tobias laissa rouler à terre le cadavre de la seconde bouteille. Il eut un peu de mal à déboucher la troisième, ses mains tremblaient.
Eileen ne s'était pas rendue compte de que ça lui faisait, à lui, d'avoir un petit avec des pouvoirs magiques.
Il avait peur de son propre fils. C'était le monde à l'envers.
Du coup, il était encore plus dur avec le gamin : fallait bien rétablir une situation normale !
Dans les yeux noirs de Severus, la peur le disputait à la haine.
Pour le moment, la peur l'emportait, mais un jour...
Un jour, le gosse aurait sa peau, c'était clair.
Et tout ça, c'était la faute à la magie.
Si seulement Eileen avait été juste Eileen !
Tobias s'écroula sur la table.
Des larmes se mirent à couler sur ses joues.
— Eileen ! gémit-il.
Il perdit connaissance.
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