Titre : Parce que personne ne peut prendre sa place… (continua)

Auteur : Malabar Princess

Note : je n'écris pas pour de l'argent mais pour mon propre plaisir. Aussi, j'attends que mon travail ne soit pas recopié, ni entièrement ni partiellement, par respect. Merci.

EeEeEeEe

Chambre 109.

La jeune fille redressa la tête. Quatre garçons entrèrent. Le dernier resta scotché sur place.

L'adolescente se pencha sur un corps enfouit dans un lit et murmura :

- Ma puce, réveille toi. Il y a quelqu'un pour toi.

Perrine caressa doucement les cheveux blond clair d'une fillette qui dormait. Celle-ci remua légèrement et ouvrit doucement les yeux.

- Il y a des gens qui veulent te voir.

La fillette regarda en direction de la porte et ouvrit de grands yeux verts. Les garçons lui sourirent, et firent de petits signes de la main.

- Bonjour, firent-ils ensemble.

La petite regarda, affolée, la jeune fille, puis reposa son regard singulier sur les garçons, comme si elle n'en croyait pas ses yeux. Enfin, après un sourire encourageant de l'adolescente, elle murmura d'une petite voix :

- Bonjour…

Georg, Gustav et Tom se regardèrent et sourirent.

Le silence s'installa, tandis que Perrine se pencha à nouveau vers la fillette.

- J'ai réussi à les faire venir. Ils sont gentils, ils ne vont pas te manger, je te le promets.

La petite sourit à ses propos puis regarda à nouveau les garçons qui n'avaient pas changé de place. Bill était immobile et son regard allait de la fillette à la jeune fille. Il avait la bouche entrouverte et il paraissait rempli de stupeur.

- C'est bien eux ? Enfin, c'est bien Tokio Hotel ?

La fillette paraissait apeurée de poser une telle question. L'adolescente sourit et dit :

- Oui, c'est bien eux. En chair, en os et en rock.

Le visage de la petite s'éclaira alors qu'elle regardait les quatre jeunes hommes. Ses yeux se mirent à briller d'une lueur étrange, alors qu'elle soufflait à la jeune fille, dont la tête se trouvait toute proche de la sienne :

- Ils sont où papa et maman ?

Avec une voix douce et presque inaudible, Perrine lui répondit tout en lui caressant à nouveau le front et les cheveux :

- Ils sont encore en voyage. Mais ils m'ont promis qu'ils viendraient bientôt te voir.

Le visage de la fillette perdit son sourire tandis qu'elle regardait les yeux également verts de son interlocutrice.

- Et Justin, il est où ?

Les yeux de l'adolescente se voilèrent tandis qu'elle lui répondait d'une voix où perçait une tristesse mal masquée.

- Justin… Il est parti en vacances, au ski…

Puis, d'une voix enjouée, elle rajouta :

- Mais regarde, eux ils sont là. Et rien que pour toi.

La petite sourit à nouveau, et les observa.

D'un mouvement de tête et d'un regard, la jeune fille les encouragea à s'approcher.

- Gustav, Bill, Georg, Tom, je vous présente Colinne.

Les quatre garçons s'avancèrent, et trois d'entre eux souriaient.

- Salut Colinne ! Alors comme ça tu nous aimes bien ?

C'était Tom qui venait de parler. Les joues de Colinne devinrent roses de plaisir alors qu'elle hochait la tête.

- Je comprends pour moi, je suis tellement fort, et je joue tellement bien de la guitare, mais je comprends pas comment tu peux aimer Georg.

Ledit Georg passa une soufflette derrière la tête du jumeau tandis que tout le monde éclatait de rire… sauf Bill, qui n'eut qu'un mince sourire. Il restait en dehors des autres, la mine absente, ses yeux allant toujours de la fillette à la jeune fille.

L'ambiance était à présent détendue dans la chambre 109 de l'hôpital St-Jörg de Leipzig. La fillette souriait et éclatait de rire, ainsi que les adolescents, à part le chanteur.

Bill observait la jeune fille, qui n'avait l'air de rien. Il la regardait, cette fille si différente de celle qu'il avait connu ce jour-là, dans la loge : plus de tenue provocante, plus de sourire goguenard. C'était une ado en jean's et en pull vert à manches longues qui se trouvait ici, et qui faisait comme si rien ne s'était passé…

- Perrine, je peux te parler cinq minutes dehors s'il te plaît ?

L'adolescente regarda le jeune homme fixement dans les yeux l'espace de quelques secondes. Le silence était retombé.

Le regard de la fillette ainsi que celui des autres garçons allaient de Perrine à Bill, et de Bill à Perrine.

Enfin, la jeune fille se pencha sur Colinne, et elle la borda tout en lui chuchotant quelques mots.

- Je te laisse cinq minutes princesse. Ne t'inquiètes pas, je suis juste dans le couloir.

Puis elle se rapprocha et caressa son front.

- Je te charge de surveiller les trois autres. S'ils ne sont pas sages, tu as le droit de les forcer à manger le plateau de l'hôpital. Regarde, il est encore là.

La jeune fille sourit lorsqu'elle entendit l'éclat de rire de la petite. Elle lui tapota le bout du nez et rajouta :

- N'hésites pas. Qu'ils ne fassent pas de bêtises !

Puis, elle se mit à la chatouiller. La fillette commença à gigoter dans tous les sens tandis qu'elle hurlait de rire. Les garçons assistaient à cette scène, en train de fondre littéralement devant tant de complicité.

Puis, la jeune fille arrêta. Elle borda à nouveau correctement les draps, puis embrassa le front de la petite.

- J'y vais. Surveille-les bien.

Perrine se redressa, tenant la main de la fillette dans la sienne tout en s'éloignant. Elle se retourna et murmura, d'une voix étrangement étranglée :

- Ne t'endors pas en mon absence…

Colinne acquiesça et elle lâcha sa main. Perrine se tourna vers les garçons qui restaient et les regarda d'un air entendu. Puis, elle se dirigea vers la porte, que Bill lui ouvrit, et elle sortit de la chambre, suivie du jeune homme.

Ils allèrent plus loin dans le couloir, en silence. Puis, Bill attrapa finalement son bras et la retourna.

- C'est quoi toutes ces conneries ?? Tout ce que tu m'as dit et tout ! Et puis qu'est ce qu'on fout dans cet hôpital ??? Pourquoi tu nous as amené ici ?? Puis c'était quoi cette comédie de l'autre jour dans la loge ?? Et pourquoi tu ne m'as pas dit que Colinne était ta petite sœur ???

EeEeEeEe

Le silence retomba. Les cheveux blond clair, tout comme ceux de sa sœur, cachaient son visage baissé.

Enfin, elle le releva, pour faire apparaître un visage fatigué et las, voire… triste…

- Dans ce que je t'ai dit l'autre jour, deux choses sont vraies : je m'appelle bien Perrine, et j'ai effectivement dix-sept ans. Mais je ne suis ni une accro au sexe, ni une salope.

Elle ferma les yeux douloureusement. Si tu savais Bill…

- Je t'ai présenté Colinne. Elle a dix ans, et c'est effectivement ma petite sœur. La ressemblance a parlé. Et si aujourd'hui, elle est ici, c'est parce qu'elle se trouve en phase terminale d'une leucémie.

Bill n'entendit plus rien. Il entrouvrait la bouche, la refermait, puis l'ouvrit à nouveau.

- En… phase terminale… d'une leucémie ?

Perrine hocha la tête et se tourna vers la fenêtre à sa gauche. Le ciel était parsemé de quelques nuages, mais le soleil avait brillé toute la journée.

- Le médecin a dit qu'il n'y avait qu'un miracle pour la guérir aujourd'hui. Il ne lui reste que quelques semaines à vivre au maximum.

Elle tourna la tête vers le chanteur.

- Je lui ai refilé ma passion. Ma passion pour un groupe de quatre ados. Elle rêvait de vous voir… Alors, j'ai décidé que s'il fallait un miracle pour qu'elle guérisse, alors j'allais le provoquer. Je suis venue à Munich, par mes propres moyens, et j'ai monté tout un rôle pour vous faire venir. Ça a été dur de faire ce que j'ai fait. Mais je pensais que c'était le seul moyen de vous frapper, et de vous obliger à venir la voir…

Bill l'interrompit.

- Mais pourquoi tu as joué ce jeu ? Et pourquoi tu as dit que c'était la sœur d'une amie, et pas ta petite sœur ?

Perrine sourit doucement.

- J'ai joué ce petit jeu pour la simple et bonne raison qu'il n'y avait que comme ça que je pouvais vous atteindre…

La mine du chanteur se décomposa.

- Mais… il y a d'autres moyens que le sexe ! Tu aurais pu nous envoyer une lettre et…

- Pour que vous la foutiez à la poubelle, où qu'elle se perde parmi tant d'autres de fans ??? Il fallait que je vous touche directement et, excuse-moi, mais coucher avec vous est l'un des seuls moyens pour vous atteindre… Quant au fait que j'ai menti, c'était un réflexe stupide, pour me protéger. Et puis normalement, je n'aurais pas dû me trouver ici lorsque vous viendriez…

Bill resta silencieux face aux propos de la jeune fille. Il réalisait peu à peu son statut, et il réfléchissait sur les paroles qu'elle avait tenues.

- Pour revenir à Colinne, continua-t-elle, j'espérais que vous faire venir serait un miracle en lui-même, et que cela pourrait la faire guérir. Et si ça ne la soigne pas, au moins, j'aurai accompli son rêve…

Elle se tourna à nouveau vers la fenêtre pour cacher les larmes qui envahissaient ses yeux. Elle voyait défiler devant elle des images de Colinne : Colinne souriant, Colinne jouant au ballon, Colinne à son entrée dans sa nouvelle classe… Elle ne pourrait même pas atteindre le collège… Le cœur de Perrine se brisa, et elle s'accouda à la fenêtre dans l'effort désespéré de cacher les larmes qui roulaient sur sa joue.

Bill fit un geste pour la réconforter, mais avant qu'il ne la touche, elle se retourna et lui dit :

- Tu as d'autres questions ? On peut y retourner ?

Bill abaissa la main qu'il avait levé et la regarda tristement.

- Depuis combien de temps est-elle malade ? Il n'y a vraiment aucun moyen de la soigner ?

Perrine secoua la tête de gauche à droite.

- La maladie s'est déclanchée il y a quelques mois. Ça a été foudroyant. Du jour au lendemain… Et il n'y a aucun moyen pour la sauver. Juste… attendre, et la voir s'éteindre… en attendant un miracle…

Et avant qu'il n'ait pu avoir un geste ou une parole compatissante, Perrine partit en direction de la chambre 109. Bill lui emboîta le pas en essayant de la rattraper.

Lorsqu'elle arriva devant, elle essuya ses joues et souffla un bon coup. Puis, elle frappa et rentra.

Colinne était assise dans son lit, entourée des trois garçons. Elle portait sur la tête la casquette blanche de Tom, trop grande pour elle, et tenait entre ses petites mains les joues de Gustav, qui riait de la situation.

- Toi, tu es mon préféré. Tu ressembles à un ange, et tu as l'air très gentil.

Les trois jeunes hommes rirent aux éclats et Perrine sourit alors qu'elle rentrait lentement dans la pièce, Bill dans son dos.

- Tes cheveux à toi –la petite se tourna vers Tom- ils sont bizarre –elle touchait une dreadlock du guitariste. Perrine, elle, elle préfère Bill. Mais chut, faut pas le dire hein. Elle a déjà Justin.

Le cœur de Perrine se serra alors qu'elle se dirigeait vers le lit d'hôpital.

« 1 appel en absence »… Il l'avait prévenu… Si elle ne décrochait pas, tout était fini. Des mois d'amour, disparus en fumée… pour l'amour de sa sœur. Il n'acceptait pas le fait qu'elle parte à Munich pour qu'elle « fasse sa putain avec des mecs inconnus pour une sœur que l'on ne peut plus sauver ». Et il lui avait posé un ultimatum : c'était soit lui, soit son train pour Munich… Avec une promesse de l'appeler là-bas, elle avait préféré monter dans el train.

Mais elle n'avait pas décroché… Elle n'avait pu décrocher… Elle avait tenté de lui faire entendre raison, mais il avait coupé tout lien… Elle l'avait fait pour sa sœur, lui qui avait déjà accepté l'idée qu'elle parte, et qui s'efforçait inconsciemment de détruire les espoirs qui restaient à Perrine…

Justin avait été le premier avec qui elle avait fait l'amour. C'était un mois avant qu'elle ne parte à Munich, la veille où elle apprendrait que la mort prendrait Colinne dans peu de temps… Une seule et unique fois elle l'avait fait. Et elle avait donné son corps à, certes, une célébrité, son idole, mais néanmoins un homme inconnu. La moitié des choses qu'ils avaient entreprises, elle ne l'avait jamais fait, et elle avait dû se débrouiller toute seule pour être convaincante… Pour Colinne…

L'éclat de rire des trois garçons la tira de ses pensées. Sa sœur s'était tournée cette fois vers Georg, et elle souriait… Elle souriait d'une telle manière qu'elle en éclairait toute la pièce.

- Ma chanson préférée c'est Vergessene Kinder. Je ne suis pas une enfant oubliée, oh ça non ! Perrine est toujours là pour m'amuser. Mes parents sont souvent en voyage pour leur travail, c'est triste, mais je suis heureuse de les voir à chaque fois. Ils viennent me voir le plus souvent possible et à chaque fois, ils me ramènent des souvenirs de là où ils sont allés. Regarde, ça c'est un instrument qui vient du Gabon. Ils me l'ont rapporté la dernière fois.

La fillette se pencha sur sa table de nuit et prit une sorte de petite flûte en bois brut.

- J'ai jamais réussi à en jouer correctement. Regarde, quand on souffle, ça fait un sifflement très aigu !

Georg prit délicatement l'objet et souffla dedans. Effectivement, le son qui en sortit fit se boucher les oreilles de tout le monde. Devant la tête affolée du bassiste, les jeunes gens ne purent s'empêcher de rire.

- Sérieusement Georg, reste avec ta basse, ça vaudra mieux pour tout le monde.

Le jeune homme fit mine de se jeter sur le guitariste à travers le lit. La fillette éclata de rire et ajouta :

- Ça s'appelle une basse ton instrument ?

- Oui, affirma Georg, ça ressemble à une guitare, sauf que ça le vaut mieux –il évita un soufflet de Tom-, il n'y a que quatre cordes au lieu de six et el son est beaucoup plus grave.

Colinne le regardait avec des yeux émerveillés.

- Qu'est ce que j'aimerais bien apprendre la basse !

- Si tu veux, dès qu'on reviendra, j'amènerai ma basse rien qu'à moi, celle avec laquelle j'ai commencé à jouer, et je t'apprendrai.

Les yeux de la petite se mirent à pétiller. Sa bouche était ouverte en un grand sourire.

- Vous allez revenir ? C'est vrai ?

Les quatre garçons se regardèrent en silence. Puis, pour la première fois, Bill s'adressa à Colinne :

- On te le promet. On se reverra.

Evidemment, lui il savait. Eux, ils ne savaient pas. Ils avaient deviné que l'adolescente qui était assises sur le fauteuil à côté de la fillette était celle qui avait rendu visite à Bill ce soir là… Ils le savaient mais n'en avaient fait aucune allusion. Evidemment, Colinne leur avait tellement parlé de Perrine ! Perrine…

La journée se déroula ainsi. La petite était encore pleine de vivacité, et elle rayonnait dans ce lieu si sinistre…

La joie de Perrine était coupée par ce vide immense qui la remplissait. Dès qu'elle voyait sa sœur sourire, un pincement au cœur apparaissait, et lui faisait trembler le menton, alors que mentalement, elle comptait les jours qui restaient avant la séparation tragique…

Vers dix-neuf heures, une infirmière apparue.

- Allez tout le monde, c'est l'heure des soins ! Vous reviendrez demain !

Perrine tourna la tête vers les garçons. Ils regardaient tous Colinne, qui les regardait tous les uns après les autres. Georg fut le premier à réagir.

- Allez p'tite puce. C'est l'heure de faire dodo.

Colinne laissa une plainte s'échapper.

- Mais je veux pas que vous partiez !

Georg se pencha vers elle et lui tapota le nez..

- Eh, on t'a promis qu'on allait revenir. Une promesse est une promesse.

La fillette se dégagea de sa couverture et se dressa sur ses genoux.

- Promis juré ? On s'en tape une ?

Les garçons se regardèrent, les yeux ronds. Cette réplique leur rappelait quelqu'un…

Avec un rire, Georg tapa dans la main tendue de la petite fille.

- Juré !

Puis, ce fut le moment des « au revoir ». Les garçons avaient du mal à se séparer d'elle. Inconsciemment, ils s'y étaient attachés…

- Oublie pas ta basse pour la prochaine fois ! Tu pourras me dire comment tu fais pour te coiffer comme ça –elle parlait des dreads de Tom- ? Toi, t'es le plus gentil.

A la surprise de tout le monde, et plus particulièrement du concerné, Colinne attrapa Gustav par le cou et lui fit un câlin avant de lui laisser un bisou sur sa joue. Lorsqu'il se releva, la fillette était aussi rouge que le batteur. Tout le monde, y compris l'infirmière, éclata de rire.

Puis, Bill s'avança. Colinne s'approcha de son visage et dit :

- Viens, je dois te dire quelque chose rien qu'à toi.

Le chanteur sourit et se pencha à la hauteur de la fillette.

- Qu'est ce que tu veux me dire ,murmura-t-il.

- Tu peux surveiller Perrine s'il te plaît ? Parfois, quand je me réveille et qu'elle ne me voit pas, je trouve qu'elle a l'air tout le temps triste. Ça me rend triste.

Bill tourna la tête vers la petite qui s'était approchée de son oreille et sourit.

- Ne t'inquiètes pas, je prendrai soin d'elle.

Bill et Colinne se sourirent, et il déposa un baiser sur la chevelure blonde de la petite.

Vint le tour de Perrine. Les jeunes hommes s'étaient rassemblés dans un coin pour leur offrir un peu plus d'intimité. L'adolescente s'asseya sur le bord du lit de sa petite sœur, où celle-ci se cacha sous les couettes. Perrine la chatouilla à travers et la petite se tortillait à nouveau comme un beau diable tandis qu'elles rigolaient toutes les deux.

- Allez princesse, c'est l'heure. Sois sage, ne fais pas tourner en bourrique les infirmières cette fois.

La petite rigola, tandis que sa sœur lui caressait le front et les cheveux.

- Dors bien, et ne fais pas de bêtises. Ne dérange pas tes voisins en essayant de jouer de cette flûte, je t'en supplie, pour eux !

Les deux filles éclatèrent de rire alors que Perrine collait son front à celui de la fillette. Elle lui murmura :

- J'espère que ça t'a fait plaisir…

La fillette hocha la tête, un immense sourire aux lèvres.

Perrine se redressa, et la borda correctement, bien que cela ne servait à rien.

- Bon, je te souhaite une bonne nuit ma chérie, je passerai te voir demain…

Sa voix se perdit dans sa gorge, comme si elle s'étranglait. Ses gestes étaient répétitifs, comme si elle reculait le plus possible le moment où elle devrait se séparer d'elle…

Sur un dernier baiser sur son front, Perrine se détacha enfin d'elle. Colinne avait agrippé sa main et à présent, Perrine s'éloignait d'elle en sentant ses doigts glisser entre les siens.

Elle rejoignit les garçons qui firent demi-tour. Perrine jeta un dernier coup d'œil derrière elle, et d'une voix étranglée, dit :

- Au revoir…

Les quatre garçons l'imitèrent, d'une voix enjouée, tandis qu'ils ouvraient la porte.

Perrine fut la dernière à sortir. Elle jeta un dernier coup d'œil dans l'embrassure de la porte vers sa sœur alors que la voix de l'infirmière résonnait.

- Bien, à nous deux maintenant mademoiselle Lange…

La porte se ferma sur ces paroles.

Dans l'ascenseur, deux personnes restaient silencieuses, tandis que les trois autres s'émerveillaient de ce petit bout rayonnant. Normal, ils ne savaient pas…

Perrine sentait le regard de Bill dans son dos, mais ne disait mot. Elle mordait sa lèvre, avec devant les yeux l'image de Colinne…

Sur le parking, Tom, Gustav et Georg étaient devant, Bill et Perrine restaient en arrière, silencieux. Perrine s'arrêta brusquement et se retourna. Elle regardait l'édifice gris, et scrutait chaque fenêtre, à la recherche d'un petit visage tant demandé…

- Tu sais quelle fenêtre c'est ?

Bill s'était arrêté en même temps qu'elle.

- Non. Je cherche à chaque fois…

Les yeux de Perrine se remplirent de larmes alors qu'elle se mettait à marcher en arrière.

- Qu'est ce qu'il y a ?

Bill mit sa main dans le dos de la jeune fille. Et elle ne put se retenir plus longtemps : là, au milieu du parking, elle éclata en sanglots et se réfugia contre les épaules ouvertes du chanteur.

- A chaque fois, c'est… c'est la même chose, hoqueta-t-elle. J'ai l'impression qu'on m'arrache le cœur. A… à chaque fois, j'ai l'im…l'impression que c'est la dernière fois que je la voi. A chaque fois, j'ai peur que ce ne soit la dernière fois que je la voyais. A cha … chaque fois, j'ai peur de rentrer chez moi, et d'entendre el téléphone sonner pour m'annoncer qu'elle est… qu'elle est partie…

Perrine éclata en sanglots contre l'épaule de Bill, qui entourait son corps de ses bras. Sa peine était trop grande, et elle n'avait plus personne sur qui se reposer... Et aujourd'hui, elle pleurait contre l'épaule de son idole, la personne la moins susceptible d'avoir pu la réconforter…

Bill ne disait mot. Il savait que les autres l'attendaient dans la voiture tout en s'obligeant à ne pas les regarder, préférant ne pas gêner la jeune fille dans sa peine. C'était bien assez dur comme ça… Le chanteur serrait l'adolescente sanglotante dans ses bras, et ne disait rien. Il n'y avait rien à dire… Juste être là, et l'aider dans cette épreuve…

De longues minutes passèrent. Les sanglots de Perrine étaient de plus en plus espacés. Enfin, elle releva la tête et se dégagea des bras du jeune homme.

- Excuse-moi, je suis vraiment trop…

- Non Perrine, tu n'es rien. C'est tout naturel. Et je serai toujours là si tu as besoin de moi.

Perrine sourit à travers ses larmes. Elle n'y croyait pas… D'ici quelques minutes, ils se sépareraient, et lui redeviendrait une rock star tandis qu'elle reprendrait son statut d'adolescente banale…

A leur tour vint el moment de se séparer. Perrine regardait les yeux sombres de Bill tandis que Bill regardait les yeux verts tant singuliers de Perrine, et ils ne disaient rien… Non, leurs pensées voyageaient à travers leurs yeux…

Bill se pencha doucement sur le visage de Perrine. Et il déposa ses lèvres sur les siennes, sans mot dire. La jeune fille répondit à son baiser et mit ses mains délicatement sur les ses joues tandis que le jeune homme la rapprochait de lui en l'attirant par la taille… C'était tellement différent de leurs coups de langue échangés l'autre soir, contre la porte…

Perrine s'écarta légèrement et murmura :

- Je crois qu'on ferait mieux d'y aller. Ils vont t'attendre.

Bill redressa la tête mais garda ses mains sur la taille de la jeune fille.

- Tu veux qu'on te dépose quelque part ? Ça ne nous dérangera pas, t'inquiètes pas.

L'adolescente s'écarta de Bill mais il lui prit les mains.

- Ça ira, merci. C'est gentil… J'ai un train qui va partir, c'est pas loin.

- Tu veux qu'on te dépose à la gare ?

Perrine lâcha les mains du chanteur et commença à s'éloigner en marchant en arrière.

- Non, merci quand même. J'ai besoin de marcher. Embrasse les autres de ma part, et merci… Pour elle…

Alors, l'adolescente tourna le dos à son idole, et partit, les mains dans els poches et la tête baissée…

EeEeEeEe

Un mois après, Billé tait dans une pièce envahie par des lettres. Il arborait une mine fatiguée, il était tout seul et il était deux heures du matin…

Inlassablement, il ouvrait et lisait chaque lettre que le groupe recevait de leurs fans. Un refrain tournait en boucle dans sa tête : que vous la foutiez à la poubelle, où qu'elle se perde parmi tant d'autres… . Les paroles de Perrine lui revenaient constamment à l'esprit. Elle lui avait fait comprendre beaucoup de choses, et lui avait ouvert les yeux sur d'autres… Il se rappelait donc constamment ce qu'il s'était passé, un soir pourtant comme un autre, dans une certaine loge…

Et il se rappelait le visage de la petite Colinne, qu'ils n'avaient pas encore eu l'occasion d'aller revoir à cause de leur emploi du temps… Mais chaque membre écrivait chaque jour à tour de rôle une lettre pour elle, car chacun ne pouvait oublier cette petite… Bill, lorsque son tour venait, écrivait une lettre destinée à Colinne, mais également une destinée à Perrine. Que, finalement, il n'envoyait jamais…

Une enveloppe blanche passa dans ses mains. Une enveloppe sans nom d'expéditeur, sans cœur, ni couleur, ni rien, comme celles qu'il venait d'en voir défiler des centaines… Une enveloppe, blanche, simple…

Bill l'ouvrit, et de cette enveloppe blanche et simple s'échappa un seul bout de papier.

Le chanteur le ramassa et le regarda.

Une photographie, gros plan sur deux visages aux grands sourires, et aux yeux verts et cheveux blonds…

Bill regarda cette photo. Il ne pouvait s'empêcher de l'admirer. Enfin, il la retourna : trois mots étaient écrits…

Elle est guérie.

Bill relâcha son bras et regarda dans le vide, un sourire aux lèvres.

Puis, il éclata de rire, et se leva précipitamment pour courir réveiller ses camarades…

EeEeEeEe

Un grand éclat de rire retentit dans le jardin immense. Colinne avait l'impression de s'envoler, une main dans celle de Perrine, et l'autre dans celle de Bill. Et les deux adolescents couraient, pour qu'elle lève ses pieds et s'approche dangereusement du plafond du ciel entièrement bleu…

Il fait beau, le soleil chauffe sur leurs bras dénudés, et l'air est parfumé…

Ça fait maintenant deux mois que les Tokio Hotel savent que, par on ne sait quel miracle, Colinne est guérie. Elle qui était condamnée par tous les diagnostics…

Aujourd'hui, elle est sortie à tout jamais de la chambre 109, et ne veut plus jamais y retourner.

Aujourd'hui, elle se trouve dans le jardin des Tuileries, immense lieu verdoyant français. Les garçons ont décidé qu'elle, ainsi que Perrine, les accompagneraient pour leur courte tournée en France, qui s'arrêtait inévitablement à Paris.

Aujourd'hui, tous ensemble, ils prennent du temps libre pour s'amuser. Colinne n'arrête pas d'embêter les garçons, elle se fait pourchasser par l'un ou l'autre, mais possède toujours un instant pour venir déposer un baiser affectueux sur la joue ou dans el cou de sa grande sœur chérie.

A l'instant présent, Gustav est en train de prendre des photos de chacun des gestes de Bill, Colinne et Perrine, tandis que Georg et Tom grattent doucement, pour ne pas déranger les personnes alentours, sur leurs instruments respectifs.

Colinne lâche précipitamment les mains des jeunes gens pour arracher avec un petit air malicieux l'appareil photo des mains de Gustav, tout en lui envoyant le flash d'une photo à la figure, pour courir prendre des clichés des deux « gratteurs », et faire d'innombrables gros plans sur la basse, sous l'œil amusé de Georg et de Tom.

Lassée au bout d'un moment, elle change de proie : Bill et Perrine, à part, s'embrassant contre u arbre, Bill et Perrine dos à l'appareil, main dans la main, Bill et Perrine qui se regardent avec une lueur facilement reconnaissable dans leurs yeux…

L'album photographique d'une vie retrouvée… Parce que personne n'aurait pu prendre ta place…

Fino

Quelle galère pour taper tout ça ! Mais cette fic' traînait depuis trop longtemps dans ma pochette et je voulais depuis longtemps la publier, mais faute de temps, je ne pouvais pas. J'espère que vous avez aimé x).