Episode pilote
Ouvrir l'œil et le bon
Un œil.
Il s'ouvre. La pupille se rétracte instantanément sous l'effet de l'intense lumière.
La paroi de l'œil, présentant la forme d'une sphère de vingt-trois millimètres de diamètre, est presque entièrement formée par la sclérotique ou cornée opaque, sorte de coque fibreuse blanche que tapisse intérieurement la choroïde, membrane mince noirâtre, qui se termine antérieurement par deux feuillets : le muscle ciliaire et la couronne, ou procès ciliaire. A sa partie antérieure, la sclérotique présente une ouverture, à peu près circulaire, dans laquelle est enchâssée la cornée transparente. Bref, c'est passionnant la vie d'un œil !
Pour cette raison, il a été sélectionné pour être le héros de la série Loust, nouvelle série contemporaine au concept novateur. C'est l'histoire d'un œil au pays des yeux (Ah ! Je vous avais prévenu que c'était de l'art contemporain). Le héros a mal à l'œil. Redoutant une conjonctivite, il se rend chez le médecin.
Docteur, j'ai mal à l'œil quand je bois mon café. C'est grave ?
Non, pensez juste à retirer la petite cuillère avant de boire.
Dans la rue, il observe avec insistance deux jeunes jolies yeux, qui le menacent d'appeler les flics s'il continue à les regarder comme ça. Dévorer des yeux est taxé de cannibalisme, au pays des yeux. L'œil rentre chez lui. On sonne. Il va à la porte, regarde à travers l'œil de bœuf, mais ne voit rien. Il pousse alors le bœuf (à qui appartient l'œil susmentionné ) et constate avec joie que c'est sa copine. Elle lui demande s'il veut manger à l'œil.
A l'Oeil ? Le meilleur restaurant de la ville ! Mais c'est pas trop cher ?
Seulement si tu commandes à manger.
Après le repas, la fille part cambrioler. Elle demande à son ami de faire le guet.
Attends je suis pas homosexuel moi ! Je suis hétéro !
Je t'ai pas demandé de faire le gay, mais le guet. Tu ouvres l'œil, et le bon !
Y a pas de risque que je me trompe, j'en ai qu'un .
Ils reviennent à l'appartement avec un œil-de-chat.
Pourquoi t'as éborgné un chat ?
Mais non, crétin ! C'est une pierre précieuse ! Pas un vrai œil de chat…
La fille pose sa lentille et examine son butin à l'œil nu.
Quoi ! Nue ? s'exclame le héros (un peu pervers).
Il court se rincer l'œil, sous l'eau du robinet. En se rinçant, il se débarre de la poudre aux yeux qu'on lui jetait depuis le début. Il comprend l'origine de sa douleur : il se mettait le doigt dans l'œil depuis le début (et ça fait mal). Sa copine, dont il est fou amoureux, à laquelle il tient comme à la prunelle, qui pousse sur son prunellier, se servait de lui pour commettre ses méfaits. Il a fermé les yeux sur la vérité, désormais il les gardera ouverts (sauf pour dormir).
Le héros décide finalement de croire à l'existence du mauvais œil, quand celui-ci tente de lui piquer son porte-feuille. Le mauvais œil le prend entre quatre yeux, des brutes qui font les gros yeux (comme dans la fable, de Lafontaine, de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que l'œil-de-boeuf). Le héros regarde autour de lui. Il jette un œil à droite, puis à gauche. Les deux brutes vont s'écraser dans les poubelles. Le héros tourne de l'œil pour lancer un coup d'œil circulaire sur le côté. Paf !Encore un méchant dans le décor. Le mauvais oeil réussit à taper dans l'œil du héros, du coup, le gentil tombe amoureux du mauvais œil et décide se pacser avec lui (parce qu'on a pas encore autorisé le mariage entre deux yeux). Fin !
J'ai jamais lu un scénario aussi nul ! Comment voulez-vous que j'écrive une série de cent pages avec cette histoire ? On va plutôt dire que cet œil appartient à quelqu'un, que quelqu'un a un nom, une vie, un costume (très cher), une forêt de bambous autour de lui et, tout de suite, ce sera plus intéressant1.
Un œil.
Il s'ouvre. La pupille se rétracte instantanément sous l'effet de l'intense lumière.
L'œil appartient à Fox Mulden, agent d'élite du FBI. L'homme vient juste de s'éveiller. Il ne sait pas pourquoi il est allongé là, sur le sol. Son corps tremble. Fox aspire de grandes goulées pour tenter de se calmer. Une violente douleur traverse périodiquement son dos, comme s'il s'était fait une entaille de 5,72 cm en tombant d'un avion. Mulden sent le soleil brûlant sur sa peau. Il halète toujours, ne parvient pas à reprendre son souffle. Le brillant enquêteur du FBI prend conscience, entre deux inspirations, de l'odeur qui plane dans l'atmosphère : de la fumée !
Les toasts ont encore brûlés, pense-t-il tout d'abord. Fox se redresse sur son séant pour découvrir qu'il n'est pas dans son appartement de Washington. Il est au cœur d'une forêt de bambous L'homme essaie de se remémorer comment il est arrivé là. Il n'a tout de même pas abouti dans une serre botanique après une cuite arrosée. Les réflexes de policier entrent en action. Fox tâte ses poches à la recherche d'un indice.
Une forme attire son attention. Il l'attrape et exhibe une petite bouteille de vodka, semblable à celles qu'on distribue dans les avions. Hum ! La théorie de la beuverie semble se confirmer. Fox poursuit son inspection et découvre des prospectus de compagnies aériennes. Etrange. Mulden continue et déterre finalement de ses poches un billet d'avion pour Paris. Les pièces du puzzle s'assemblent à la vitesse de l'éclair dans l'esprit du brillant détective. Tous ses indices ne peuvent avoir qu'une explication : Il a été enlevé par des extra-terrestres puis abandonné dans une forêt de bambous.
Fort de cette déduction, l'agent du FBI se relève, s'époussette un instant puis fait quelques pas. Il s'arrête aussitôt en voyant bouger un buisson. Instinctivement sa main glisse pour saisir la crosse de son revolver, soigneusement rangé dans son holster. Une créature surgit de la végétation et Fox suspend son geste. Il s'agit d'un petit chien. Un adorable petit labrador avec des yeux mignons.
Cette créature est peut-être un signe ? Le signe qu'il y a d'autres humains civilisés dans les parages. De plus, le chien est connu pour être le meilleur ami de l'homme. Ce petit animal est probablement destiné à devenir son compagnon de voyage durant cette aventure. Son guide spirituel, sa mascotte, son ange gardien, son esprit de la nature personnel, son…
PAN !
L'agent Mulden lui a logé une balle entre les deux yeux.
Attends ! Je sais encore reconnaître un extra-terrestre déguisé en chien. Faut pas abuser…
Fox remarque que la bête porte une chaîne, en or massif (10 000$ environ), autour du cou. On peut y lire le nom de la créature : HANNIBAL. L'inspecteur arrache le collier.
Pièce à conviction ! explique-t-il.
Puis voyant que c'est du plaqué, Fox jette le collier. La conscience tranquille, Mulden se met en route. Il a entendu des cris étouffés sur sa droite. Probablement des gens qui hurlent en voyant des extra-terrestres. Fox, en bon héros américain, court sauver les gens, en marchant. Il devrait peut-être accélérer s'il veut arriver à temps pour voir quelque chose. Voir quoi ? Je sais pas moi, un vaisseau d'extra-terrestre peut-être.
Alors je cours !
L'agent Fox Mulden amorce un sprint. Il hausse la vitesse de sa course. Ses chaussures vrombissent. Ses foulées s'allongent brusquement, bref il passe la troisième sans débrayer.
L'inspecteur se dirige avec célérité vers la source des cris, d'où s'élève une épaisse fumée noire qui recouvre le ciel et plonge la terre des les ténèbres. Ils doivent faire un mega-barbecue ! Faut que je me dépêche, pense Fox. En se rapprochant, les hurlements des gens se font plus distinct. On arrive à différencier les hurlements de terreur des cris de douleur.
Les bambous défilent autour de Fox comme les passagers à quai quand le train s'en va. Mulden fait au revoir à l'un d'eux. Le bambou agite un mouchoir. L'agent sait que c'est peut-être la dernière fois qu'il voit ces arbres, mais qu'est-ce qu'il en a à faire? L'homme ne regarde même plus le paysage qui devient flou, tellement il va vite. Le décor n'est plus qu'une succession multicolore de vert et de jaune. Puis une lumière aveuglante l'enveloppe, tout est d'un blanc aveuglant, comme s'il avait jailli sur une plage des caraïbes illuminée de soleil. Plouf ! Subitement, Fox se retrouve entouré d'un bleu aquatique. L'air est devenu humide comme s'il avait plongé dans l'océan. Bizarrement, Mulden fait des bulles quand il ouvre la bouche.
Suis-je mort ?
J'ai vu une lumière blanche et maintenant cet air liquide qui a la consistance de l'eau. C'est marrant, j'ai l'impression de me noyer. C'est normal…JE SUIS EN TRAIN DE ME NOYER. !
Réalisant (enfin) qu'il est dans l'océan, Mulden embraye la marche arrière et entame une course à reculons. L'agent spécial ressort de l'eau. Son costume est trempé. Un poisson fait des claquettes sur sa tête. Malgré tout, Fox prend le temps d'observer les environs.
Une mer d'azur, transparente, où nulle trace de pollution ne transparaît, vient s'écraser doucement, par vagues successives, sur une plage de sable blanc. Une douce brise marine souffle dans les cheveux de l'agent, lui apportant l'air chargé d'embruns de l'océan. Les cocotiers se balancent doucement sur un rythme de reggae. C'est la plage parfaite où on voudrait passer nos vacances. Enfin…parfaite si on excepte les cadavres en lambeaux, les cinquante blessés qui rampent dans le sable, une carlingue d'avion déchiquetée, un réacteur encore en activité qui assourdit les agonisants, de multiples incendies qui crachent une âcre fumée nocive, et une aile d'avion d'où fuit allègrement du kérosène.
Devant cette vision, Mulden est obligé de réviser sa théorie. Tous ces gens ! Cette carlingue d'avion ! Ce kérosène ! Cette aile d'avion ! Tout cela ne peut signifier qu'une chose : les extra-terrestres gagnent un avion en kit pour cinquante humains kidnappés. Comme les aliens sont nuls en puzzle, ils n'ont pas su remonter l'avion et l'ont laissé en pièces détachées sur la plage. Nous ne voyons pas d'autre explication.
AAAAaaaaaaaaaaaaaahhhhhh ! hurle un homme, écrasé par des poutrelles métalliques.
Bonjour monsieur ! FBI ! J'aurais quelques questions à vous poser si vous le voulez bien.
Aaaaaaaaahhh, agonise l'autre.
Hum…je crois que souffrez physiquement, remarque Mulden (qui est un enquêteur d'élite rappelons-le). On dirait une rage de dents. Je le sais, parce que mon ex-petite amie a eu la même chose. La pauvre…elle a été enlevée par les extra-terrestres la semaine dernière. Elle a eu à peine le temps de me laisser un message, sur mon répondeur, pour me dire qu'elle partait sur Mars et qu'on se reverrait plus jamais.
AAAAaaaaaaaaaaaaaaa !
N'ayez crainte, nous allons arranger votre problème…enfin…quand je dis « nous »…
Fox cherche des yeux un volontaire. Il aperçoit un homme qui erre, perdu sur la plage. L'inconnu porte des lunettes de soleil (probablement pour échapper aux illusions des extra-terrestres). Mulden devine qu'il est originaire d'Asie (parce qu'il ressemble aux méchants des films de guerre2 que l'américain a regardé à la télévision, huit heures par semaine, pendant vingt ans). Fox hèle l'inconnu, avec toute la politesse dont il est capable :
Hep toi ! Oui toi, face de niakoué. Viens par là ! FBI !
Chti tong qwé na ? répond l'interpellé.
Oui toi. T'es jaune. Tu dois savoir faire de l'apuconptur…de l'acuconptur… le truc où on plante les aiguilles. Parce que là j'ai un témoin oculaire qui souffre d'une rage de dents…
L'étranger décide de réagir comme le ferait n'importe quel héros de manga (parce qu'il a lu des shonen, huit heures par semaine, pendant vingt ans) : attaquer tous les inconnus, leur faire des prises de karaté, les encastrer dans un mur, leur balancer des boules d'énergie qui explosent, les noyer dans l'Océan, puis devenir leur ami.
L'agent du FBI se fait démolir en deux secondes. Il comprend pas comment fait l'autre pour lui mettre des coups de pied sur la tête, sans monter sur une échelle. Fox mord la poussière, qui est ici du sable (et découvre alors un indice important : c'est du vrai sable).
Le chinois, porte un long manteau noir en cuir, ressemblant vaguement à une soutane de prêtre. Dans son dos, son nom est inscrit, en lettres d'argent de poche, en alphabet occidental : NIO3. De plus, le chinois est coréen. Il se dirige vers la pile de poutrelles qui retiennent un passager prisonnier et les disperse d'un seul coup de pied, comme un gamin renverse une pile de conserves. Mulden comprend immédiatement ce qui se passe : Nio doit être footballeur. Le coréen part sauver d'autres personnes qui jouent au volley dans la flaque de kérosène inflammable, laissant l'inspecteur continuer son interrogatoire avec le rescapé libéré.
Ok très bien. Vous allez maintenant me raconter ce que vous avez vu sur les extra-terrestres.
Aaaaahhh, poursuit le blessé qui est apparemment mortellement blessé.
Vous pourriez essayer de me parler en anglais ? En américain ? Ou même en australien ? Je suis désolé mais je n'ai pas apporté mon dictionnaire « anglais/cris de souffrance ».
HHHHHHHHHHHHIIIIIIIIIIIIIIIIiiiiiiiiiiiii ! hurle une jeune demoiselle au loin.
Fox l'entend et se précipite dans sa direction. Avec un peu de chance ce sera une fille canon effrayée par une souris qu'il fera fuir sans aucun problème (passant ainsi pour un héros, à peu de frais).
Pas de chance ! C'est une grosse femme enterrée sous des décombres en feu. Aucun intérêt, on fait comme si on avait rien vu. Rectification, c'est une femme enceinte sous des décombres en feu. Le code d'honneur du FBI interdit de laisser mourir les femmes blanches. Il faut donc la sauver. Vite, un nouveau volontaire !
Fox avise cette fois un jeune homme, portant un appareil photo en bandoulière. L'inspecteur estime qu'il doit s'agir d'un étudiant, vu son âge, et d'un perdu étant donné son air ahuri.
Hep toi ! Le blanc-bec coincé qui reste dans son coin. Viens m'aider à sauver cette femme !
Quoi ? répond le jeune homme. Mais comment ?
Tu soulèves les décombres et tu les jettes, c'est pas compliqué.
Oui mais heu…c'est pas dangereux ces flammes de trois mètres ?
Ecoute bonhomme. Je crois qu'en chacun de nous il y a un héros caché. Chez toi, il est trop bien caché. Aujourd'hui, c'est probablement la seule fois dans ta vie minable où tu feras un truc héroïque (ou du moins intéressant). Et comme disait mon entraîneur de rugby « Fais-le ou ne le fais pas ! Mais ne me dîtes pas que je ne peux pas faire quelque chose ! »
Très bien, réplique le photographe, mais n'allez pas croire que je suis un héros pour autant. Je suis juste un photographe, un étudiant normal, qui fait des études normales…
Le jeune homme se précipite vers les décombres et, au mépris des flammes meurtrières, les déblaie à grande vitesse. Pendant ce temps, Fox se glisse à terre pour saisir la main de la jeune femme. Celle-ci semble secouée par des spasmes.
J'ai-des-contra-ctions ! J'ai-des-contra-actions, halète-t-elle.
C'est bien, répond Mulden sur un ton qui se veut rassurant (mais en réalité il s'en fout). Moi j'ai plein de contraventions4. Vous voulez échanger ?
Mais ! Je-vous-jure ! J'ai-des-contra-ctions ! répète le femme enceinte qui a mal choisi son moment (et son sauveur).
Oui oui je vous crois. Mais j'y connais rien en contrats et en actions. C'est pas la peine d'essayer de me vendre un truc.
Les contractions, c'est des douleurs liées à l'accouchement, crétin !
Ah ? Pourtant je sens rien, moi !
Le jeune étudiant finit rapidement de dégager la femme enceinte. Les mains du photographe ne portent aucune trace de brûlure donc il se dépêche de mettre des gants noircis pour faire croire qu'il est blessé (le policier a l'air suffisamment intelligent pour remarquer un truc louche5). Fox tire la femme loin des morceaux métalliques décharnés. Il l'allonge sur le sable et lui conseille d'attendre. Dans son état elle ne peut pas courir. Ensuite, l'agent du FBI demande à l'étudiant de veiller sur la future mère (quelle prévention !)
Alors, Fox part en courant sauver d'autres personnes. Une pensée le taraude.
Est-ce que je les ai installés sous l'aile en déséquilibre d'où fuit le kérosène, substance hautement inflammable ?
Mulden se retourne.
Oui c'est bien ça.
Et il continue sa course.
Sur la plage, les gens hurlent. La peur et le désespoir s'emparent des cœurs. La confusion règne dans ce chaos post-apocalyptique. Les gens ne savent pas quoi faire. La plupart d'entre eux ont été séparés d'un membre de leur famille, d'un collègue de travail ou de leur petit labrador. Ils errent à la recherche d'un visage connu.
Juliette ! Juliette ! hurle un amant désespéré, en regardant partout, en implorant le ciel de lui venir en aide (mais comme il doit déjà porter les nuages toute la journée, le ciel a pas le temps de s'amuser)
L'amour de sa vie n'apparaît nulle part. Elle est probablement morte durant le crash de l'avion. Comment cela est-il possible ? Ils étaient pourtant assis, côte à côte, en train de s'embrasser, enlacés, quand l'appareil a commencé à piquer du nez. Peut-être est-ce lié au fait, qu'elle s'est sauvée subitement pour aller chercher un parachute ?
A quelques mètres de Roméo, le dernier réacteur encore en service continue de tourner. Son souffle aspire tous les détritus qui traînent sur la plage, et les broie sans aucune pitié (comme les broyeurs à ordures des dinosaures). La machine hurlante fait un bruit de tous les diables, pire qu'une soufflerie automatique, pire qu'un ouragan déchaîné, pire qu'une fille qui va faire les soldes. Le réacteur couvre tous les hurlements sur plusieurs dizaines de mètres.
Roméo, désespéré au bout de cinq secondes de recherche, s'approche de la machine.
Sans Juliette la vie n'a plus aucun sens. Que la mort me saisisse à son tour, pour que je la rejoigne dans l'autre monde.
L'homme s'approche du souffle meurtrier et se fait subitement aspirer par l'avide machine. Le corps humain est déchiqueté en une seconde par les pâles acérés qui tournent à la vitesse du son. Le super ventilateur projette des éclats de chair un peu partout autour6.
Il n'y a plus Roméo.
(par contre, la plage a une nouvelle coloration)
Arrive alors Juliette, fraîche comme une rose.
Youhou ! Roméo ! Je suis là. J'étais juste partie chercher une trousse de maquillage dans les décombres. T'as pas fait de bêtise au moins ?
Parmi les restes de Roméo, il y a des os. Des os trop solides pour les pâles du réacteur qui se bloquent plusieurs fois en essayant de les broyer. Des grincements métalliques se font entendre un instant avant que tout ne saute. La machine explose violemment, tuant au passage Juliette, dans une gigantesque boule de flammes incandescentes.
Il n'y a plus Juliette7
Le souffle de l'explosion se répand à travers la plage, déséquilibrant un peu plus l'aile déséquilibrée, décoiffant les gens encore coiffés, soulevant du sable (qui pique les yeux). Fox qui a tout observé, de loin, ne peut s'empêcher de penser qu'il y a vraiment des gens cons sur cette terre (des gens plus con que lui).
Les rares pièces du réacteur qui n'ont pas été pulvérisées retombent à quelques mètres de là, dans la mer azurée, comme les restes d'un feu d'artifice (qui a coûté cher en vies ! On pourra pas recommencer chaque année). La panique est toujours de mise sur la plage. L'accident n'a pas vraiment amélioré la situation. Il a, à peine, contribué à faire diminuer le volume sonore (et obtenir le silence, toutes les mères savent déjà le faire sans tuer personne, heureusement pour nous, heureusement pour moi)
Nouveaux grincements de métal inquiétants. L'aile de l'avion penche dangereusement, comme la tour de Pise. Mulden ne s'inquiète pas. La tour de Pise tient depuis des siècles. Les nombreux travaux, commandés par le gouvernement italien, pour consolider la stabilité de la tour devaient juste servir à blanchir l'argent des extra-terrestres.
L'édifice de métal, de plusieurs centaines de kilos, tremble sur ses bases. On le voit osciller légèrement. Le kérosène continue à couler à flots à travers les nombreuses déchirures qui constellent la coque métallique. Les gens s'écartent tous précipitamment de l'endroit où l'aile va tomber.
Tous sauf deux. La femme enceinte n'est pas en état de bouger. Le photographe a reçu l'ordre de rester là. Et comme Fox ne pense pas à leur dire de bouger, personne ne bouge. Grincements stridents du métal. Ce n'est plus qu'une question de secondes avant que…
Quoi ? Un type très moche avec un tricorne8 sur la tête fait du bouche à bouche à une superbe blonde étalée sur le sable. C'est inadmissible9 ! Vite, Fox se rue sur le rustre (qui semble profiter de l'occasion pour peloter l'inconsciente).
Ecartez-vous ! Je suis docteur ! invente l'inspecteur pour chasser l'autre.
L'homme, pris par surprise, confus, lâche la jeune femme et recule précipitamment, il bafouille et tente de s'expliquer.
Je suis maître nageur ! prétend le type.
Ouais c'est ça ! Et moi je suis docteur ! Tu lui souffles dans l'estomac depuis dix minutes.
L'homme au tricorne cherche une nouvelle excuse.
Elle ne respirait plus. J'essayais de la sauver, car le bien de la cité passe avant le bien individuel. Comme le disait Aristote, nous sommes des animaux politiques…
…Donc tu la pelotais. Attends mec ! Je connais cette réplique par cœur. J'ai vu le film où Aristote bute trente terroristes, dans un immeuble en flammes sur la mer, avec juste les lacets de ses chaussures, explique Mulden trop absorbé par la contemplation de la fille pour se rendre compte qu'il confond un philosophe antique avec un acteur. Comment vous vous appelez ? demande-t-il en redressant la tête.
Jean-Jacques Rousseau ! Philosophe.
Très bien Jean-Jacques (Avec un nom aussi nul c'est forcément un français. Salauds de pacifistes). Je dois opérer une trachéotomie. Vous savez ce que c'est ? Non ? C'est pas grave ! Mais pour ça j'ai besoin de crayons de couleur incassables. Vous en avez sur vous ? Non évidemment. Alors vous allez m'en acheter immédiatement. Vous voyez le bout de la plage, là-bas. D'accord. Vous y allez en courant, puis, vous tournez à droite, vous faîtes cinq cent mètres puis vous prenez à gauche. Vous continuez sur le sentier puis vous suivez les panneaux et vous arrivez à la supérette du coin.
Ok, j'ai compris, répond l'autre (qui a pas vraiment compris qu'on se fout de sa gueule).
Le français part en courant vers le trajet qu'on lui a indiqué. Mulden rit sous cape.
Ha ! Ha ! Je l'ai eu. Les crayons de couleur incassables n'existent pas !
Puis son attention se refocalise sur la fille étendue à terre. C'est une grande et belle jeune femme de vingt ans aux courbes généreuses. Sa longue chevelure d'or ondule sur le sable. Le crash de l'avion ne semble pas avoir affecté sa beauté éclatante. Même les traces de suie ne ternissent pas son rayonnement. Vite, Fox place sa bouche contre les lèvres pulpeuses de l'inconnue et souffle.
Rien ne se passe.
Flûte ! J'aurais dû écouter ce que disait l'infirmière pendant le stage de secourisme.
Et elle disait quoi ?
Je sais pas, j'ai pas écouté.
Fallait pas commencer par desserrer ou dégrafer tout ce qui entoure le cou ?
Excellente suggestion ! Je vais dégrafer tous ses vêtements. Après, je sais plus…
Fallait pas basculer la tête en arrière, en maintenant le menton vers le haut ? Puis avec l'autre main bloquer la tête et pincer le nez ? Fallait pas appliquer sa bouche largement ouverte autour de celle de la victime ? Souffler de façon progressive jusqu'à ce que la poitrine commence à se soulever ? Se redresser, reprendre son souffle tout en regardant la poitrine de la victime s'affaisser ? Réaliser une nouvelle insufflation ?
Si ! Oh, je me rappelle maintenant…qu'il fallait faire tout ça.. Je suis vraiment trop fort ! Normal, je suis le héros (normal je suis américain)
Tandis que Fox s'acharne à sauver la vie d'une demoiselle en détresse (qui, il l'espère, sera reconnaissante par la suite), l'aile de l'avion menace toujours de tomber sur deux innocents.
L'ombre de la mort plane sur leurs têtes. Les grincements métalliques de la carcasse, qui se dilate sous l'effet de l'intense chaleur, se font de plus en plus menaçant. Puis, soudain, quelque chose lâche. La base se déchire. Plusieurs centaines de kilos chutent violemment vers le sol. La faux de la mort s'abat sur les deux innocents sous la forme d'une tapette à mouche géante.
SPROING !
L'immense plaque métallique s'est stoppé à deux mètres du sol. Personne ne voit pourquoi, car tout le monde a eu la présence d'esprit de fuir avant que le machin ne tombe (tous les rescapés sont pas complètement stupides).
Sous l'immense pelle à tarte de la mort, un homme se tient debout. C'est notre photographe qui retient avec un doigt les quelques douze cents kilos de ferraille. La femme enceinte est ébahie.
Woh ! Mais quel est ce miracle ! Comment faîtes-vous ?
Ca ? Oh rien…je ne suis pas du tout un super héros doté d'une super force depuis qu'une araignée mutante radioactive m'a mordu. En fait c'est une poussée d'adrénaline, explique l'étudiant. Et je fatigue…
Vous devriez peut-être poser cette aile d'avion, maintenant. Vous allez fatiguer.
Non non, ça va. Ca nous fait de l'ombre. Je suis quelqu'un de très fragile. Faut que je reste à l'ombre si je veux éviter que mon asthme et mes courbatures se réveillent. Et puisqu'on en parle, vous vous appelez comment madame ?
Je m'appelle Marie et vous ?
Officiellement je suis Peter Parking. Mais vous pouvez m'appeler Christopher Peter Delano Roosevelt Jackson Parking 3ème, comme tout le monde
A une centaine de mètres, Fox a réussi son bouche-à-bouche. La jeune femme étendue sur la plage tousse, se contracte violemment, puis sa respiration reprend un rythme normal. Ses poumons s'emplissent à nouveau sur un tempo régulier. La blonde ouvre doucement les yeux sur son sauveur, qu'elle ne reconnaît pas.
Où suis-je ?
Non. La seule véritable question qui importe c'est : qui vient de vous sauver la vie ? Et c'est moi, Fox Mulden. Mes amis m'appellent Fox.
Fox…
La femme se redresse sur ses coudes, lève la tête et contemple le décor aux alentours. La plage est parsemée de cadavres et de restes d'avion. Il ne reste plus un seul objet debout ou en état de marche. Tout n'est que brasiers erratiques, masses métalliques en fusion ou tas de chairs sanguinolentes. Un large morceau de carlingue légèrement écrasé porte encore l'inscription de la compagnie aérienne. On peut reconnaître ça et là des passagers du vol 816 à destination de Paris.
Vite le cerveau de la blonde entre en action et elle conclut sans plus tarder, seize minutes après :
L'avion s'est crashé !
En effet, nous avons été enlevés par des extra-terrestres, répond Mulden. Mais vous ne m'avez toujours pas dit comment se prénomme cette charmante demoiselle.
Qui ça ?
Toi.
Enfin…vous me faîtes marcher… Vous m'avez forcément reconnu. Je suis Lorie Canement !
Le vent souffle. Grand moment de solitude.
La femme ajoute en voyant le visage perplexe de l'inspecteur :
T'as pas la télé dans ton pays ?
Mulden tente alors de se servir de son cerveau pour élaborer une riposte (mais écrire correctement « élaborer », à l'oral, lui prend déjà une minute)
Heu si bien sûr ! Tout le monde sait que vous êtes célèbre pour avoir fait ça…et puis surtout ça ! Et que dans le métier vous êtes connue pour vous-savez-quoi. J'ai adoré votre dernière intervention à la télé ! C'est très avant-gardiste conceptuellement !
Oui oui, bon, n'exagérez pas, vil flatteur. Je ne suis que la chanteuse française numéro un des ventes depuis des semaines.
Quoi ! Ils ont aussi des artistes en France !
C'est qui déjà le gros nul qui est premier chez ces gros nuls de français ?
Gros effort de mémoire. Mulden cherche dans ses souvenirs un clip où il n'y aurait pas un pseudo-chanteur, habillé en racaille (pour faire croire aux jeunes que c'est une racaille), entouré par une multitude de femmes lascives à fortes poitrine déshabillées (pour qu'on regarde le clip), en train de lire sa chanson (de trois mots environ). Il n'en trouve pas.
Mais c'est normal ! Vous êtes merveilleuse ! J'adore votre musique ! J'adore la France ! Et…arghh…
Subitement l'agent Mulden cesse de parler et se tord de douleur. Il crispe les dents et son visage porte un masque de souffrance. Lorie remarque à la dérobée que le dos de sa veste est couvert de sang. Il doit être blessé depuis un moment mais a préféré venir sauver les autres plutôt que de se soigner lui.
Quel courage !
Quelle bêtise. Qu'est-ce qu'on fait si le héros principal meurt dès le début ? C'est catastrophique. Les autres passagers seront perdus, désorientés, désespérés. Du coup, le suspense augmentera, par conséquent les ventes du livre augmenteront et l'auteur s'en mettra plein les poches.
Tiens donc ? pense l'auteur. Finalement, Fox, tu vas mourir en héros. Moi l'auteur, je t'ordonne de rester sur la plage à te vider de ton sang dans les bras d'une chanteuse versant toutes les larmes de son corps. Tu gagneras une super scène de fin et t'auras une place réservée au paradis des personnages de fiction. Mais ? Mais ? Il va où ?
Je vais chercher un médecin ! Je tiens à la vie !
Mais je t'ordonne de…
Tu crois quoi ! Que je suis un ouf ! J'obéis pas aux français moi !
Fox court sur la plage. Il s'éloigne du lieu de l'incident et va se poser dans une petite crique, à l'écart. L'agent pose sa veste. Dans son dos, on voit que la chemise blanche est recouverte par une immense tâche rouge. Mulden sert les dents pour ne pas crier, il tombe à genoux plié par une nouvelle poussée de douleur.
Une femme le voit chuter et se hâte dans sa direction. C'est une petite rousse vêtue d'un costume élimé, fripé, roussi, déchiré, qui a dû s'abîmer dans l'enfer du crash (ou alors la nouvelle mode féminine consiste à porter des loques). Elle met un genou à terre et attrape l'agent du FBI.
Du calme je suis docteur en médecine !
Aïe…j'ai mal docteur. Une douleur lancinante torture mon pauvre dos depuis que je me suis réveillé au cœur de cette forêt de bambous.
Hum…vous avez probablement une plaie ouverte. Il va falloir la recoudre. Rassurez-vous j'ai déjà recousu des jeans, des rideaux et même des cadavres (bizarrement, personne veut que je touche aux vivants).
Très bien. J'ai une bouteille de vodka si vous voulez, propose Mulden.
Pour me désinfecter les mains ?
Non, pour boire. Mon père, chirurgien, n'opérait jamais sans avoir trois grammes d'alcool dans le sang.
Ca ira, merci. Vous avez une préférence pour la couleur du fil ?
Non, répond Fox. Le noir ira très bien.
D'accord allons-y…
Oh et puis non ! On utilise du fil blanc au FBI.
Si vous voulez…
Non, le blanc ça fait ringard. Je vais prendre du vert.
Va pour le vert…
Non c'est affreusement laid. Plutôt du rouge.
Alors le rouge…
Ca fait communiste, coupe Mulden. Je vais prendre du bleu.
Tu vas surtout prendre ma main sur la gueule si tu te décides pas !
Après quoi, l'agent se dépêche de choisir le fil noir. Le médecin, une chirurgienne ou peut-être une dentiste, peut-être un prix nobel ou une alcoolique à qui on a retiré la licence, est une femme, c'est tout ce dont on est sûr.
VIDEO 47 ?
? est une jeune femme dynamique et moderne qui sait allier féminité et vêtements féminins. Elle travaille à la morgue la nuit, mais le jour, elle a une grande passion : les autopsies. Elle en a réalisé cinq cent douze millions depuis son diplôme. Elle a eu droit à tous les âges, toutes les couleurs, toutes les formes. C'est elle qui a autopsié le canari du président lors de l'affaire des graines empoisonnées. C'est elle qui a démantelé le réseau de clandestins en pièces détachés. Elle a autopsié trois fois le prof qui avait tenté d'abuser d'elle à la fac (deux fois avant qu'il meurt). Son plus grand regret dans la vie : ne pas pouvoir s'autopsier elle-même.
FIN DE LA VIDEO
La femme commence à déshabiller Mulden. Celui-ci n'est pas rassuré (parce qu'il vient de voir la biographie de ?) mais dans tout bon film il faut une scène où la fille déshabille le héros pour soigner ses blessures, comme ça on voit que le héros est super musclé…dans ton cas Mulden…on va être obligé de supprimer cette scène au montage.
Le médecin soulève la chemise, tachée d'écarlate, de Mulden et ne peut réprimer un hoquet de terreur. C'est bien pire que ce à quoi elle s'attendait. En réalité, l'inspecteur est gravement atteint…
Il gardait cachée dans son dos une bouteille de ketchup qui a éclaté lors du crash de l'avion. A l'endroit où il cachait ledit objet, la doctoresse repère un petit bleu, certainement la cause des cris de souffrance de Mr. FBI.
C'est bon, je vous autopsierai un autre jour, dit-elle en redonnant sa chemise à Fox.
Merci Doc. Je vous dois la vie.
Non…vous me devez surtout vingt euros pour la consultation. Vous avez pas votre Carte Vital sur vous, par hasard ?
Non, elle était pas vitale. Vous vous appelez comment ?
Scoliose. Docteur Dana Scoliose.
Ses yeux bleus ont la dureté de la glace. Ses cheveux ont la rousseur de Rousseau. La femme tourne la tête et part sauver d'autres innocents. Mulden reste un moment étourdi. Cette opération a beaucoup affecté ses nerfs (qui sont sur les nerfs depuis ce matin). Il doit rester assis un moment, pour souffler et retrouver ses forces.
La journée a été éprouvante. Se réveiller dans une forêt de bambous, sur une île inconnue, sauver des gens en utilisant sa force et son génie, empêcher une aile d'avion d'une tonne de tomber sur une femme innocente, combattre le racisme sous toutes ses formes, séduire Lorie, se soigner tout seul. Tout ça était fatiguant.
Fox commence à réfléchir sur la situation des rescapés (qui ne se soucient que du prochain réacteur qui va exploser sous leur nez). Ils sont sur une île déserte, sans eau potable, sans gaz, sans électricité, sans Internet, sans supermarché, sans télévision, sans nourriture, sans radio, sans espoir, sans préservatifs, sans bateau, sans balise GPS rouge qui fait « bip », sans hélicoptère, sans rien. Il y a environ quarante survivants. La situation, dramatique, exige un héros. Naturellement ce sera l'inspecteur du FBI, le seul habilité pour ce rôle.
Pour l'aider, il aura besoin de l'assistance de cette femme, Dana. Lui sera le cerveau intrépide, intelligent, cultivé et spirituel de la bande. Elle exécutera les basses besognes de l'équipe, fera la lessive, le ménage, les autopsies. Ensemble ils formeront un duo courageux qui chassera les extra-terrestres partout sur cette île. Fox Mulden et Dana Scoliose, la section spéciale du FBI chargée d'enquêter sur le paranormal. Cette équipe parviendra-t-elle à sauver les rescapés ? La réponse juste après les pubs !
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FIN DES PUBS
Le reste de la journée s'écoule paisiblement dans les hurlements. La doctoresse court en tous sens pour sauver les blessés (et autopsier ceux qu'elle a pas pu sauver). Peter tient toujours sa tonne de métal pour faire de l'ombre à Marie. Nio cherche si quelqu'un a vu l'Oracle parmi les survivants. Lorie signe des autographes. Mulden demande à l'Oracle où sont cachés les extra-terrestres (puis la tue parce qu'elle a pas répondu). Les rescapés s'éloignent progressivement de l'épave en feu, pour se regrouper dans la crique. Le kérosène déversé sur la plage se consume et bientôt il n'en reste plus une goutte. L'air se rafraîchit, la tension commence à se relâcher.
Le soleil des tropiques plonge à l'horizon. Il semble grandir, se teinter de toutes les couleurs chaudes de ces latitudes. C'est une immense balle de feu qui s'immerge dans l'océan, mettant le feu au ciel. Paré d'or et d'orange, la sphère flamboyante s'enfonce dans les eaux azurées qui renvoient son reflet diminuant. Râ, le dieu soleil, souverain absolu de tous les êtres vivants, a fait un plongeon magistral digne des Jeux Olympiques. Toutefois aux Jeux, ne plus remonter à la surface après un plongeon est éliminatoire…
Quelques minutes après la noyade de l'astre souverain, le ciel retrouve ses teintes violettes. Un vent froid se lève. Une première étoile apparaît dans le ciel. L'obscurité gagne la coupole céleste. Les survivants se rassemblent tous dans la crique. Tous ? Non. Un homme résiste encore et toujours à la pression sociale.
Où est donc ce courageux défenseur de la liberté de pensée ? Ce libre penseur qui refuse de suivre le troupeau ? Cet intellectuel engagé est resté près des décombres de l'avion. Ah oui, je le vois. L'asocial est adossé à un tronc. Il ne peut bouger car une poutrelle aiguisée l'a traversé de part en part et cloué à l'arbre. L'homme hurle.
Hé ! Les mecs ! Vous m'avez oublié ! Je suis encore là ! Je suis vivant ! Docteur ! N'importe qui ! Au secours !
Mince ! Moi qui croyais avoir affaire à un esprit libéré de toute pression sociale, ce n'est qu'un mourrant. Il ne s'est même pas mis à part volontairement, il a juste été victime d'un accident. Aucun intérêt. On va l'ignorer.
Il fait maintenant nuit. J'aimerais pouvoir dire qu'il fait nuit noire mais il y a plein de trucs qui brillent dans le ciel. Des petits points blancs qui clignotent légèrement. Il y a aussi un gros truc blanc qui a la forme d'un croissant.
Regardez ! On peut voir la lune et les étoiles ! explique Jean-Jacques Rousseau, cultivé.
C'est bon. Arrête de te la péter avec ta science. Même moi je sais comment ça s'appelle. Donc je disais que le campement était faiblement éclairé par la lumière blafarde de la lune, majestueuse, et le ténu rayonnement stellaire.
Les animaux diurnes ont cédé leur place aux chasseurs nocturnes et la forêt se peuple d'une nouvelle collection de cris étranges. D'innombrables bruits, non identifiables, emplissent l'air glacé de la nuit. Les survivants humains ont peur. Derrière les ombres des arbres, qui sait ce qui se cache ?
Moi, l'auteur, je sais. Mais pas eux. Et s'ils le savaient…ils seraient terrifiés. Les rescapés tenteraient de fuir l'île à la nage plutôt que de rester bêtement serrés les uns contre les autres en laissant leur imagination s'emporter (car la somme de leurs cauchemars mis bout-à-bout n'est pas suffisante pour exprimer ce qui les attend10)
Chaque forme dans la nuit, chaque hurlement étrange est automatiquement interprété par leurs esprits apeurés. Chacun croit déceler un indice. Mais tous voient des choses différentes. Les peurs de chacun se dévoilent au cœur de cette nuit obscure, dans cette île perdue au milieu de nulle part. On croit voir des extra-terrestres (inutile de préciser qui a dit ça), des dinosaures échappés d'un parc futuriste, des requins à pattes, des araignées géantes, des robots assassins venus du futur pour exterminer les requins à pattes, des titans mythologiques, des démons venus de l'Enfer, ou pire, des élèves.
Sur les 29 999 passagers du vol 816 à destination de Paris (oui je sais c'est un gros avion, mais faut rentabiliser de nos jours), il ne reste que 48 survivants. En fait, il n'en reste que 42 parce qu'on en a encore perdu aujourd'hui. Faudrait rapidement arrêter le jeu de massacres sinon cette histoire va se retrouver sans héros rapidement.
Parmi les rescapés, tous n'ont pas choisi de rester inactifs. L'un d'eux s'affaire de toutes parts. Il a réussi à allumer un feu en frottant deux bouts de bois. Puis il a construit des cabanes avec des branchages. L'inconnu porte des cheveux blonds coiffés en piques, et retenus par du gel (qu'il a réussi à créer à partir de fientes d'oiseaux macérés). Il a installé l'eau chaude dans les habitations après avoir bâti un aqueduc (avec une boîte de trombones et des restes de carlingue). L'électricité ne tardera pas. Une centrale nucléaire (réalisée avec des emballages de carton et les valises des défunts) est prête. Ne reste plus qu'à trouver de l'uranium enrichi.
En voyant ce semblant de civilisation qui les entoure, les rescapés reprennent confiance. Dana se porte à la rencontre du mystérieux technicien.
Vous êtes stupéfiant…
Non je suis écossais.
Vous seriez pas un extra-terrestre par hasard ? demande Mulden qui surgit au milieu de la conversation.
Non je crois pas , répond l'inventeur. Je m'appelle Mac Gyvère.
D'accord monsieur l'inventeur, reprend Dana. Et quel est votre métier ? Inventeur ?
Non, répond l'inventeur (on se demande parfois si l'auteur comprend ce qu'il écrit puisqu'il continue de l'appeler inventeur). J'étais technicien à la NASA, jusqu'au jour où…
…
Où quoi ? s'impatiente Mulden après une pause de trois minutes.
Le jour où…non je ne peux pas en parler…pas maintenant…pas devant les lecteurs.
Quoi ? demande Dana.
Il y a des parts d'ombre dans la vie de chaque homme. Des territoires inconnus, de l'esprit, que l'on doit d'abord explorer seul si l'on veut ensuite les dévoiler. Une part de mon passé doit rester cachée pour l'instant.
Cher lecteur, tu noteras que cette métaphore n'a rien, mais rien à voir avec l'île. Tu constateras au fil des chapitres que les personnages ne sont pas venus là pour explorer des territoires inconnus, sur une île inconnue, pour dévoiler des parts d'ombre de leur passé. Reprenons…
Mais pourquoi ? interroge Dana. Pourquoi les hommes ont-ils toujours du mal à ouvrir leur cœur, à dévoiler leurs sentiments, à ressentir leur intériorité ? Pourquoi ne voulez-vous pas vous faire aider ? Pourquoi rester caché dans l'ombre quand la lumière est si proche ? Est-ce votre fierté ou votre bêtise qui vous arrête ? Pourquoi ne pas nous raconter votre passé ?
Ben en réalité, répond Mac Gyvère, si je raconte tout maintenant je vais briser le suspense, donc l'auteur préfère attendre quelques chapitres avant que je déballe comment j'ai été lié à un homicide involontaire qui a détruit ma carrière en même temps que la boîte crânienne d'un gosse.
D'accord. C'est votre choix, conclut Dana.
Autour du grand feu réalisé par Mac, les rescapés se sont regroupés en hémicycle. C'est quoi déjà un hémicycle ? C'est un tricycle avec « hémi » au lieu de « tri ». Donc au lieu de trois on a « émi » sans h. On a émi cent haches de cycle, soit 100 H2C soit du dihydrométylène de méthanol de tricycle bref…
C'est un demi-cercle11.
Face à cette assemblée, avec le brasier pour fond d'écran, se tient un homme. Vieil homme aux cheveux gris parsemés. Son visage boursouflé n'est qu'un amas de cicatrices suintantes, où sont engoncés deux yeux rouges. Les dents jaunes qui n'ont pas encore succombé à la pourriture sont aiguisées comme les scalpels de Dana. L'homme n'est pas très grand mais les ombres projetées par le bûcher le font apparaître comme une ombre immense qui étend ses ailes obscures pour recouvrir le monde de ses ténèbres (en somme, il a l'air très sympa).
Mes amis, annonce l'homme de sa voix puissante, qui emplit instantanément la plage. Ce qui nous arrive n'est pas une catastrophe insurmontable mais une résultante du complot juif international pour dominer le monde. C'est un attentat perpétré par des arabes, alors qu'on leur donne déjà les allocations familiales. Les salauds ! Donc faîtes-moi penser à attaquer l'Irak quand tout sera fini.
Ceci est une épreuve, et comme toutes les épreuves elle est faîte pour être truquée. Les élections sont toujours truquées. Les politiciens vous mentent, c'est tous des corrompus, même ceux qui vivent dans un logement de fonction de douze mille mètres carrés.
Depuis la nuit des temps, les hommes ont affronté toutes sortes de périls : les guerres, les maladies, les famines, les blagues de Mulden. Mais nous sommes encore là aujourd'hui ! C'est bien la preuve que nous formons le peuple élu, la race supérieure et qu'on a le droit de piller la nature.
Ces salauds d'américains ne pensent qu'à faire la guerre. On devrait attaquer leur pays et tous les massacrer pour faire triompher la non-violence. On devrait même torturer les dirigeants pour qu'ils votent les droits de l'homme (pas ceux de la femme).
Ouais ! commencèrent à crier quelques illuminés.
Les premiers applaudissements parcoururent l'assistance. Quelques mots avaient suffi à ranimer la flamme vacillante de l'espoir dans le cœur des naufragés (avec un litre d'essence ça marche aussi, mais les mots coûtent moins cher que le pétrole)
Vive le président Palipatine !
Palipatine. Le très populaire président des Etats-Unis de l'Europe de l'est (EUEE) était un homme d'action, habitué à affronter toutes sortes d'épreuves. Quelques mauvaises langues prétendaient que c'était un dictateur. Ridicule. Il avait envoyé les chars d'assaut rouler sur les manifestants dans le seul but de garantir la sécurité du pays. Ces foutus altermondialistes réclamaient la dépénalisation des livres. Des fous ! Ils savent pas à quel point un livre est dangereux, si jamais ça vous tombe sur le pied vous pouvez être blessé, faire une infection et en mourir.
Rappelons que Palipatine a été élu démocratiquement avec 102 des voix. Un parfait exemple de démocratie. Un site (touristique) à lui seul.
Et pour lutter contre la menace terroriste qui se cache probablement dans la forêt, j'ai décidé la création d'une police secrète et d'une grande armée de la république !
Ouais !
Et la république deviendra un empire qui durera encore mille ans…
Attends ! coupe Jean-Jacques Rousseau. Je crois que t'oublies un truc…
Quoi ? s'exclame Palipatine, qui ne s'attendait pas à rencontrer de résistance de la part de ce groupe désorganisé et terrifié.
On a jamais dit qu'on était une république…on a pas encore voté pour savoir si on aurait le droit de vote.
On est un groupe de rescapés, reprend Peter Parking. Nous venons de différents pays, de différentes cultures. On devrait d'abord apprendre à vivre les uns avec les autres plutôt que de penser à une nouvelle constitution politique.
Exact, répond Jean-Jacques. Le mieux serait de ne pas créer de société. Nous devrions garder l'état de nature, où chacun est naturellement bon.
Naturellement bon ? Mes rescapés ? Arrête de fumer la moquette.
Pourquoi la société serait-elle mauvaise ? demande naïvement Marie. N'est-ce pas elle qui rassemble les humains ? Qui relie ensemble les familles, au-delà des liens du sang, par une même culture toujours tournée vers une meilleure éducation, une plus grande ouverture d'esprit ? Un tout uni qui se défend contre les menaces naturelles ?
Non, pauvre femme sans esprit, assène Rousseau. La société est la pire invention de l'homme. Elle a créé la propriété privée, et corrélativement la pauvreté. Car, un homme n'est appelé « riche » ou « pauvre » que s'il est comparé à d'autres hommes. Un humain seul n'est ni pauvre ni riche (par contre il est mal barré pour baiser).
La société a instauré l'embouteillage, la file d'attente, les bus bondés, les rave-partys…C'est pourquoi nous devons rester à l'état de nature naturelle, dans notre liberté naturelle.
Et si quelqu'un refuse ?
On le forcera d'être libre12 !
TOUCHE CULTURELLE : Compter jusqu'à 5
Les anciens avaient rapidement compris que toute l'histoire de l'Univers, mais aussi de leurs vies, était inscrite dans les mathématiques. Si vous éprouvez un doute, comptez jusqu'à cinq.
0, c'est le néant, le commencement absolu de l'histoire, c'est la bulle, le gros nul de service, bref c'est Mulden !
1, c'est « the one », l'élu, le seul, l'unique, c'est donc Nio.
2, c'est la vie qui engendre une seconde vie, c'est la femme enceinte, c'est Marie.
3, c'est le schéma familial de base, le troisième c'est celui qui protège la mère et l'enfant, c'est Peter.
4, c'est celui qui vient s'incruster quand la famille est stable, c'est le parasite, le gars ennuyeux, on sait pas à quoi il sert, c'est Rousseau.
5, c'est encore un truc symbolique compliqué, c'est Lorie parce que (l'auteur cherche dans l'encyclopédie des excuses bancales) … parce qu'elle est la cinquième à apparaître dans l'épisode.
BOOOP.
Le portable clignote et l'écran affiche « Pas de réseau ». Deux secondes après, le message suivant annonce « Plus de forfait ». Et pour finir, la batterie finit par lâcher. Le portable s'éteint. Définitivement.
Nonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn ! hurle une pauvre femme.
Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Lorie, venant au secours de cette inconnue.
J'ai plus de réseau, plus de forfait, plus de batterie, et la garantie de mon portable expire en cas de crash sur une île déserte. Or, il faut absolument que j'appelle mon petit ami, qui est aussi procureur de la république, pour lui dire que je serai en retard au dîner.
Allons allons…quelqu'un vous prêtera bien son portable. Il paraît qu'on est tous bons naturellement ici.
La bonté naturelle ? J'aurais pu y croire avant de voir…
Quoi ? s'impatiente Lorie après cinq minutes d'attente.
Je suis inspectrice à la police judiciaire. J'ai vu les horreurs des hommes : un cadavre de fillette démembré, des chaussettes sales dans l'évier et un gratin dans le sèche-linge, des chaussettes avec des tongs, des restes dans le frigo datant de l'an dernier…Comment pourrais-je encore croire que les humains sont bons ? Surtout avec mon histoire (qu'on dévoilera dans le troisième épisode).
Il y a pourtant une vérité qui surclasse toutes les autres. La chose la plus belle…la plus forte en ce monde…sur laquelle on fait plein de films, plein de chansons…la force opposée à la haine…ça commence par « Am… » et ça finit par « …ile »…c'est…c'est…
Ammophile13 ?
Mais non ! C'est l'amour imbécile !
L'amour ? demande l'inspectrice, comme elle avait déjà entendu ce mot quelque part.
Vous avez un petit ami, vous devez comprendre de quoi je parle.
Bof…Avec mon copain on fait des trucs sexuels mais cette gonzesse arrête pas de me parler de sentiments, de mariage. Des trucs de mec quoi… Moi je me marierai quand j'aurais réussi ma carrière, quand j'aurai élucidé le mystère de ma naissance et la prochaine vague de crimes mystiques qui va supprimer plusieurs familles du terroir l'été prochain.
Pourquoi voulez-vous lui parler alors ? questionne Lorie.
Pour qu'il ne pense pas que je suis morte. Sinon, il va recommencer sa vie avec une autre. Je veux qu'il m'attende bien sagement sans aller voir ailleurs, même si on doit rester bloqués, sur cette île, pendant cinquante ans !
Va demander à Mac Gyvère. Je crois qu'il a réussi à faire un portable avec une boîte de cigarette et un compas.
Dis-moi…, demande la policière en plissant les yeux (comme si elle soupçonnait quelque chose), tu serais pas…
Si ! répond Lorie souriante. Tu m'as reconnu ! Je suis…
…tu serais pas en train de te foutre de moi ?
Non, il a vraiment construit un portable. L'ennui c'est qu'on arrête pas de se faire appeler par des allemands qui disent qu'ils sont tous morts. Que ça les a tué, qu'il a tué tout le monde.
Hum…s'il y a un tueur, il y a probablement des meurtres, je vais voir ça…
Et le commandant de police Julie Lascaux s'en va.
Sur la plage, la tension est retombée. L'espoir court dans les rangs. Il se prépare pour les JO de 2012 à Paris (il a de l'espoir ! Normal, c'est l'espoir). Il fait deux mille pompes, quatre cents flexions, cinq mille abdos, une roulade avant. Il court le trois cent mètres haie, se prend les pieds dans une corde et tombe la tête la première dans le sable, juste à côté de Marie.
J'ai confiance. Si nous sommes là, c'est que le destin nous y a amenés. La providence divine agit toujours au mieux pour nous, elle fait notre bonheur, mais la plupart des gens sont trop bêtes pour s'en rendre compte.
En effet, admet Parking. Je suis trop stupide pour comprendre que la famine, la guerre, les épidémies et les désastres naturels font notre bonheur.
Vous ne croyez pas au destin ? demande Marie.
Il n'y a pas de destin. Seulement une suite logique d'évènements qui, à partir d'une situation initiale, aboutit forcément à une situation finale.
Donc vous croyez au destin.
Voilà ce qui nous différencie Marie. Je suis un homme de science et vous êtes un homme de foi.
Non, ce qui nous différencie c'est que je suis une femme enceinte et toi un païen !
Notre avenir n'est pas écrit. Par exemple, si l'auteur prétend que je ferai des trucs demain ou dans l'épisode 6, je peux contrecarrer sa prédiction en me suicidant tout de suite. Comme ça, je serai sûr de ne pas faire le truc prédit.
Et tu vas vraiment le faire ?
Ca va pas ! Je suis pas con ! Je vais me battre pour triompher de cette île. Je ne peux laisser tous ces innocents dans la détresse. Car mon oncle Ben m'a dit un jour « un grand pouvoir implique de lourdes responsabilités » (huit cents kilos minimum)
Les conversations, sur tous les sujets, vont bon train autour du feu.
Dites-moi Mulden, demande Lorie.
Oui, répond-il en souriant.
Vous n'auriez pas vu un petit chien ?
Un petit chien comment ? Un adorable petit labrador avec des yeux mignons ?
Oui ! s'exclame la chanteuse.
Qui porte une chaîne dorée autour du cou ?
Oui !
Et qui s'appelle Hannibal ?
Oui !
Jamais vu.
Cette île est une occasion inespérée pour vous de tester vos théories, conclut Palipatine.
En effet, répond Rousseau.
Mais bientôt tout le monde partira, vous y avez songé ?
Non, réagit Jean-Jacques avec effroi. Vous croyez que je dois mettre le feu au radeau que Mac Gyvère a construit en assemblant des bouteilles en plastique avec un ruban rose ?
Tu as un grand pouvoir en toi. Un jour, tu deviendras le plus puissant des philosophes.
Rousseau s'éloigne alors du feu pour méditer des actes odieux. Palipatine rit sous cape.
Hé !Hé ! Hé ! J'ai une cape et pas vous !
Il m'a fallu moins d'un jour pour trouver une âme damnée susceptible de servir mes projets diaboliques ! J'arrive à faire le mal, même dans ce trou perdu ! Il y a des jours où j'arrive encore à m'épater moi-même ! Mwahahhahahhahahhahahha !
Le rire dément étouffé par la cape ne parvient pas aux oreilles de Dana, qui se trouve pourtant à deux pas. La doctoresse est assise à côté de Nio, sur une tronc d'arbre abattu. Scoliose se rapproche du coréen pour entamer la conversation, voir plus si affinités.
Alors Nio ? Vous croyez que les secours vont bientôt arriver ?
Chtong ya !
Moi pareil. Et…pourrais-je vous poser une question indiscrète ?
Ogusukaya no teï.
On est là tous les deux, sur une plage romantique. J'ai un duvet assez grand pour deux qui m'attend sous ma tente (fabriqué par Gyvère à partir d'une toile de parachute, parachute que personne n'a pensé à utiliser pendant le crash). On est loin de tout, loin des familles, loin des contraintes morales de la société. On est libre. Sous un ciel étoilé, dans une obscurité bienveillante. Loin du feu de bois qui émet la dernière lumière de notre groupe. Alors franchement…pourquoi vous gardez encore vos lunettes de soleil ?
Les théories s'entrechoquent. Les espoirs se heurtent aux craintes. L'idée que les secours vont bientôt arriver se prend une série de gifles et roule au sol. Peter lui marche dessus sans faire exprès.
Pardon ! Je vous avait pas vu ! Mais faut pas rester là, vous gênez…
Le généreux photographe a fouillé les décombres de l'appareil pour tenter de retrouver de la nourriture. Barres de chocolat, barres de chocolat et barres de chocolat au chocolat sont ses seules trouvailles (il y avait aussi un distributeur de barres au chocolat qui a survécu au crash mais bizarrement Peter ne s'en est pas occupé). Parking distribue l'objet de sa collecte équitablement entre les 42 survivants14, s'assurant que personne ne fera d'hypoglycémie ce soir.
Les arbres se remettent à bouger (alors qu'il n'y a pas de vent). Les cris étranges recommencent. Les oiseaux apeurés s'envolent. Derrière la lisière du bois, un homme, Christian (responsable des effets spéciaux de la série), s'amuse à secouer les branchages en poussant des cris lugubres. Il rit en son for intérieur. Les rescapés sont tous paniqués. C'est marrant de faire peur à des gens sans défense.
Bouh…je suis le vilain monstre de l'île qui va vous manger, chuchote-t-il. HOUHOU ! reprend-t-il à haute voix.
Les survivants guettent des yeux une silhouette, une forme qu'ils pourraient identifier comme la source de ces phénomènes étranges. Christian est plié de rire, en voyant les mines déconfites de ses camarades.
Oh les nuls ! Ils croient encore aux Monstres à leur âge !
Il se tord jusqu'à sentir un liquide chaud et épais couler sur son épaule.
Beurk ! Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est pas de la pluie ? C'est qui le fils de pute qui m'a ? demande-t-il en levant la tête vers les hautes branches.
Une créature souriante se trouve juste au-dessus de lui. De sa gueule recouverte de crocs acérés s'épanche un filet de bave continu.
Bouh…JE suis le vilain monstre de l'île qui va te manger !
Crac ! La branche ne peut supporter le poids de la créature qui se laisse tomber sur sa proie.
CHCROUPT ! Les mâchoires d'acier se referment dans un claquement sec.
Shlouf ! Les intestins volent dans tous les sens.
Pcccchiiit ! Des gerbes de sang s'élèvent à dix mètres.
Dring ! Un téléphone sonne, juste pour casser l'ambiance.
Kracc ! Le téléphone s'est fait piétiner (ça t'apprendra à casser l'ambiance !)
Pof ! Pof ! Deux chaussures vides atterrissent sur la plage (le Monstre les a jeté puisqu'elles étaient pas à sa taille)
L'une d'elle arrive non loin de l'agent Mulden, qui ne la remarque même pas (on a jamais vu d'ovni en forme de chaussure).
Les épaves que nous avons retrouvé sur la plage proviennent de la seconde moitié de l'avion, explique l'agent du FBI.
Je vois, répond Dana. S'il y a une seconde moitié, on peut en déduire qu'il y a une première moitié.
Wah ! Quel esprit scientifique.
Et peut-être même, une troisième moitié, propose Lorie.
Non, répond Mulden. Il doit s'agir du troisième tiers. Le plus petit !
Maintenant soyons sérieux, reprend Mulden. J'ai discuté avec les autres rescapés. Beaucoup ont dit avoir vu des colonnes de fumée au nord. Il est possible que l'autre moitié de l'avion soit tombée là-bas. Ce serait utile pour tout le monde de retrouver ce morceau.
Oui, comprend Dana. Le cockpit contenait tous les instruments de navigation, la boîte noire et les radios.
Non, en fait j'ai toujours rêvé d'aller dans la cabine de pilotage d'un avion et de m'asseoir à la place du pilote.
Je vois…Je propose que nous partions à l'aube demain. Cela vous convient-il agent Mulden du FBI ?
Cela ira Docteur Dana Scoliose.
Vous êtes sûr que les lecteurs ont bien retenu les noms des personnages principaux ?
Non mais on s'en fiche, on est pas payé pour ça.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes quand soudain…
Ah parce que tu trouves que tout va bien là ? s'insurge Peter Parking.
C'est bon, t'insurges pas. D'après la théorie leibnizienne de Leibniz on vit dans le monde le moins mauvais possible15.
Et pourquoi dans le meilleur des mondes, des innocents se retrouvent piégés sur une île déserte ? demande, judicieusement, le jeune photographe.
Pour que l'histoire soit intéressante, surprenante, palpitante, saisissante, captivante, passionnante…
C'est bon, j'ai compris ! Tu peux poser le dictionnaire des synonymes.
Vous êtes là pour que l'auteur gagne un max de thune. Plus vous en bavez et plus je ramasse !
Ouais mais là tu arrives à la limite, on peut pas faire pire.
On parie ?
Les arbres se mettent à sauter brusquement (comme s'ils participaient à un concours de trampoline). Cette fois ce n'est pas un plaisantin qui s'amuse à agiter les feuillages. Une créature de plusieurs tonnes avance dans la forêt, déracinant les arbres sur son passage. Elle pousse des cris horribles venus des âges préhistoriques. Ses puissantes pattes griffues laissent des empreintes inquiétantes dans le sol. Elle envoie valdinguer d'un coup de tête un quatre-quatre (que Mac vient de construire avec les restes du train d'atterrissage de l'avion).
La foule des rescapés est terrifiée. Elle s'enfuit en courant dans tous les sens. Dans l'obscurité de la forêt, on voit indistinctement la forme de la créature qui approche de la lisière. On peut facilement deviner sa trajectoire en observant la rangée d'arbres qui s'écroule peu à peu. La puissance des cris fait trembler toute l'île.
Mulden prend son courage à deux mains et fuit, donnant ainsi le bon exemple à tout le monde. Mac arrache un bambou, se fabrique un tuba puis plonge dans l'Océan. Lorie compose une nouvelle chanson sur la peur de l'inconnu, en courant. Peter, tenant Marie sous un bras, saute dans les arbres. Nio pense que le Monstre n'est qu'un programme informatique, mais il se cache quand même (juste au cas où). Un type est trop content parce que ses deux jambes marchent à nouveau (du coup il peut courir). La foule des rescapées s'éparpille dans toutes les directions pour semer la menace.
Seul, un homme est resté au centre de la plage parfaitement immobile.
Docteur Steven. Venez vous cacher ! Il en va de votre vie !
Non. Si c'est bien la créature à laquelle je crois je ne cours aucun risque. Ce grand prédateur préhistorique ne perçoit que le mouvement. En restant parfaitement immobile, je ne crains rien. Si voulez qu'il vous ignore, ne bougez plus !
Une brassée de palmiers déchiquetés s'écroule sur la plage. La créature pénètre sur la plage. Une tonne, six mètres de haut, une immense gueule remplie de dents de la taille d'un poignard, de puissantes pattes de tyrannosaurus-rex et un regard sadique.
Aaaaaahhh ! hurlent les derniers fuyards.
Un monstre !
Mais non c'est pas un monstre ! C'est un dinosaure.
Ah ouf…un instant j'ai cru que c'était un monstre…mais si ce n'est qu'un dinosaure carnivore de six mètres de haut y'a rien à craindre.
CHCROUPT !
Les mâchoires d'acier viennent de se refermer.
Un rescapé de moins.
Moi je dirais plutôt que c'est un titan mythologique. Sa manière de porter des lunettes de soleil, la nuit, est une métaphore sur l'aveuglement de la société face à la nature.
Ou alors c'est un kraken, cette pieuvre géante qui coulait les bateaux.
Ridicule ! Je ne vois pas de tentacules.
SLAPTTT !
Une tentacule de dix mètres de long vient de s'enrouler autour de l'un des survivants.
Un de moins.
Exact. Alors c'est peut-être le lézard géant qui crache du feu et qui dévaste Tokyo régulièrement.
Mais non…il crache pas de …
BBBBBBRRRRRR !
Un jet de flammes, hautement radioactives, vient de carboniser un humain supplémentaire.
Un rescapé de moins.
Et si c'était un robot assassin équipé de missiles…
Ferme-la et cours !
Les derniers fuyards parviennent à quitter la plage, sans encombre (si on excepte une pluie de missiles). Tous les humains ont réussi à se trouver une cachette, sous l'eau, derrière les rochers ou au cœur d'une aile d'avion. La créature guette du regard un nouveau mouvement mais elle ne perçoit personne. Elle a déjà dévoré quatre innocents, ça suffira pour ce soir (elle fait un régime pour perdre les trois cents kilos qui s'accumulent sur ses hanches). La bête emporte quand même la réserve de barres de chocolat (pour éviter l'hypoglycémie).
L'animal avance à pas lourd et commence à rejoindre la lisière de la forêt. Elle remarque subitement que quelqu'un est resté sur la plage. Le docteur Steven est tellement immobile qu'on pourrait le prendre pour un arbre. La créature s'approche de lui.
Au loin Dana panique.
Oh non…il a dû lire l'article du paléontologue Roxton !
Quoi ? réagit Lorie. L'article où il avoue avoir trompé sa femme avec une strip-teaseuse…
Non. L'article de Roxton selon lequel les organes sensoriels du tyrannosaure seraient semblables à ceux des amphibiens (lesquels ne perçoivent que le mouvement).
Le monstre n'est pas crédule. Il voit bien que cette silhouette n'a rien d'un arbre mort. La créature lui souffle dessus pour essayer de faire réagir l'humain. Puis il raconte des blagues :
Que dit Nio quand il voit les éléphants dans un monde virtuel?
« Tiens ! Voilà les éléphants ! »
Que dit Nio quand il voit les éléphants, dans un monde virtuel, avec des lunettes de soleil ?
« Tiens ! Je les avais pas reconnus ! »
Steven reste de marbre, malgré les blagues tordantes du Monstre. Ce dernier semble renoncer.
Bon visiblement tu es bien un arbre mort. Je vais donc te laisser et aller dévorer des chevals…
On dit des chevaux !
Perdu, répond le monstre triomphant.
CHCROUPT !
Les mâchoires d'acier viennent de se refermer.
Un rescapé de moins.
Puis, laissant une moitié de corps sur la plage (régime oblige), le monstre s'en va à pas lents. Les rescapés attendent dix bonnes minutes que les cris du monstre deviennent inaudibles. Il est parti. Où ? On ne sait pas, et personne n'a envie de le suivre pour le découvrir (sauf Mulden, qu'on a assommé par sécurité)
Le reste de la nuit se passe sans incident notable. Une horde de moustiques affamés tente de dévorer les rescapés mais Dana distribue de la citronnelle à tout le monde. Une araignée géante débarque. Peter Parking l'attrape et l'envoie sur la lune. Une troupe de pirates asiatiques venus vendre leur opium tente de kidnapper des gens pour les vendre comme esclaves. Nio leur fait une démonstration de kung-fu et les envoie directement en prison (prison que Gyvère vient de construire avec quelques bambous).
Au petit matin, Mulden se réveille frais comme une rose. Les hurlements continus ne l'ont pas empêché de fermer l'œil. Il rassemble ses affaires, puis jongle avec son revolver en attendant Dana qui le rejoint rapidement.
J'ai fini l'autopsie des cinq morts de cette nuit. J'ai découvert la cause du décès.
C'était un coup des extra-terrestres ?
Non. Ils sont morts parce qu'on a séparé la tête de leur corps. Il faudra que je dise aux autres rescapés de ne pas laisser leur tête quitter leur corps, ils pourraient aussi en mourir. Mais nous avons un autre sujet d'inquiétude maintenant. Trouver le cockpit. Tu es prêt Mulden ?
Toujours quand il s'agit de tirer !
Ecoutez-moi vous deux!
Un troisième personnage se joint à la discussion. C'est un grand sportif au tient bronzé, avec un sévère accent brésilien.
Ch'ai entendou dire que vous partiez à la recherche de l'autre moitié de l'aviono. Ch'e viens avec vous. Ch'e souis le dieu du footchball en personne. Ch'ai une résistancio physiquo ch'upérieure à celle des simples mortels. Vous ne pouvez travercher cette jungle sans moi.
Vous voulez porter les bagages ? comprend Mulden. D'accord, prenez les miennes.
Heu…ch'est-à-dire…
Et vous êtes ? demande Dana.
Maradoninho ! Le ch'eul, l'ounique, conclut-il sur un clin d'œil16.
Jamais entendu parler, commente Mulden.
Maradoninho ! s'exclame le docteur. A huit ans, vous étiez champion du monde de votre quartier. A seize ans, champion du monde avec le brésil ! A vingt ans, cinq fois champion de France. A quarante ans, vous serez trois fois champion d'Italie. Vous avez été élu meilleur joueur de l'année vingt fois de suite ! Comment ne vous ai-je pas reconnu ?
Ch'en ai aucune idée. Ch'e tourne dans toutes les poubs, de toutes les chaînes de télé.
Et voici notre trio parti en forêt. Ils marchent plusieurs heures, en suivant la piste déblayée par le Monstre.
Euh ouais, c'est vrai que c'est pratique mais si on suit la piste jusqu'au bout on va tomber sur la Créature, réfléchit Dana.
Exact, on tourne à gauche au prochain feu.
Dana sort son briquet et met le feu. On tourne.
Les explorateurs s'aventurent sous le couvert des arbres. D'après leur carte, maladroitement dessinée, le cockpit de l'avion n'est pas loin.
En chemin ils tombent sur un haut grillage électrifié.
Qu'est-ce que c'est que ça ? demande Mulden.
Ben t'ou as pas écouté l'auteur ? Ch'est un haut grillage électrifié, répond Maradoninho.
La protection fait dix mètres de haut. Elle est couverte d'inscriptions qui informent dans toutes les langues qu'il ne faut pas palper la grille, sous haute tension, ni l'attraper, ni l'effleurer, ni la frapper, ni la heurter par inadvertance, ni la prendre à pleines mains, ni l'agripper, ni la saisir, ni la lécher, ni la manger, ni pisser dessus…
Je constate, constate Fox, qu'ils n'ont pas interdit de la toucher.
L'agent du FBI s'approche du grillage électrifié. Maradoninho le retient de justesse.
Agent Mulden ! Vous avez lou la pancarte en rouge vif ?
Quoi ? Celle qui dit « Attention ! 10 000 volts ! » ?
Non, ch'elle qui dit « Prière de ne pas ch'eter de cacahouètes au Monstre, de six mètres de haut, avec oune immense gueule remplie de dents de la taille d'un poignard, avec des pattes de tyrannosaure et oune regard sadique »
Eh ben ? demande Mulden.
Vous voyez pas où yé veux en venir ?
Mais si Maradoninho, coupe Dana, nous avons parfaitement compris. Cette grille sous tension est capable d'assommer un dinosaure. Nous n'y toucherons pas. Il faut chercher une déchirure dans le grillage.
Et elles ne manquent pas. Vingt mètres plus loin, ils trouvent une ouverture béante (où se découpe une silhouette de six mètres de haut) qu'ils utilisent pour rejoindre l'avion, crashé à une centaine de pas.
La forêt de bambous n'a pas trop souffert. Les arbres touchés par le cockpit ont déjà reçu la visite du service d'assistance psychologique. Les indigènes vont bien, par contre il a plein de voitures brûlées (parce que les plantes-des-banlieues-des-îles-désertes trouvent qu'elles ne sont pas assez représentées à la télévision, en tant que minorité). Des débris métalliques de petite taille ont volé dans tous les sens. La partie avant de l'avion a dû voler en confettis, impossible de retrouver quelqu'un d'entier.
Soudain, Mulden voit quelque chose entre deux arbres.
Là ! Je crois que c'est le cockpit.
Alors, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer.
Bonne nouvelle : Mulden n'a pas de cancer de l'utérus.
Mauvaise nouvelle : Mulden est toujours Mulden.
Maradoninho qui se prétend sportif passe le premier. Il fait deux feintes de corps, une roulette, un coup du sombrero. Les arbres n'ont même pas eu le temps de bouger. Maradoninho parvient sans encombre à la carcasse métallique, il fait signe aux autres de le rejoindre. Dana et Mulden rentrent dans le cockpit éventré à l'arrière. Un bout des WC a survécu. Maradoninho y pénètre, sans que les autres s'en aperçoivent.
L'agent du FBI progresse parmi les sièges occupés par des cadavres. Tout semble mort ici. Un silence inquiétant règne. Mulden regarde autour de lui. Au milieu des défunts, ne règne que la désolation. Sur un siège, Fox reconnaît le type qui lui a vendu un croissant pour cent dollars. Le front du type est barré par une large entaille comme si une valise métallique lui avait sauté dessus pour l'agresser. Le sang a coulé sur son visage et a souillé sa chemise. Fox regarde le corps immobile et décide de lui pardonner (pour les prix exorbitants qu'il pratiquait). Le visage bleui du passager ne bouge pas. Brusquement, le mort ouvre les yeux !
Bouh !
Ahhhhhh ! hurle Mulden, terrifié.
Ah ! Ah ! Je t'ai eu ! rigole l'ex-mort.
PAN !
Une balle en plein front. Le mort est re-mort.
Ca t'apprendra à faire peur aux gens, assène Fox (qui lui colle encore trois coups de pied et lui pique sa montre à vingt mille dollars)
Arrêtez de jouer ! serine Dana. On doit trouver le pilote et les instruments de bord.
Pourquoi le pilote ?
Parce qu'on est dans l'épisode « pilote ». On doit forcément tomber dessus !
Ah oui, c'est juste. Hé ! Ce serait pas, par hasard, le type qui tient le volant et qui est assis sur un siège marqué « siège du pilote ».
C'est possible.
Dana s'approche prudemment du pilote. L'homme est couvert de sang, une longue entaille barre son front. Il semble mort mais le docteur sent que son pouls bat encore. Son état est extrêmement précaire, le moindre choc risque de l'achever.
Attention Mulden, il est encore en vie ! prévient Dana
Pourquoi tu me dis de faire attention ? Tu crois que je vais lui tirer dessus s'il se réveille subitement ?
Oui.
N'importe quoi ! Je suis la bonne conscience de l'humanité…maintenant réveille-le.
Pilote ! Pilote ! appelle Dana en lui assénant de violentes et bruyantes claques.
C'est bon ! Arrêtez ! Je suis réveillé !
Il ne peut plus bouger. Une partie de la console métallique, déformée par l'accident, emprisonne ses jambes.
Mulden, intime Dana, passe-moi l'eau ! J'ai soif !
Je suis mourant, chuchote le pilote, il faut faire vite…Vous voyez le bouton rouge sur la console ?
Heu ouais, répond Mulden qui ne voit clignoter que des boutons rouges devant lui.
C'est pour lancer l'enregistrement du magnétoscope. Mon émission « Loust » commence à 20h50, ne la ratez pas.
Je trouve pas le bouton, désespère Mulden.
Vous voyez le gros bouton blanc marqué « auto-destruction » ?
Oui. Dîtes ! Il est pas un peu con le gars qui a installé ce bouton ? Imaginez qu'un maladroit comme moi entre dans ce cockpit, il pourrait très bien appuyer sur ce bouton par erreur.
Si vous nous disiez où est la radio ? demande Dana (oubliant de surveiller Mulden)
La radio est à ma gauche. Le combiné est juste au-dessus. Malheureusement les circuits de la machine sont engoncés dans le métal tordu.
CRATCH !
Dana, avec sa douceur féminine, vient d'arracher la radio encastrée dans le mur.
Ok ! C'est tout ce qu'il nous fallait on peut repartir ! Au revoir !
Mais…je suis mourrant…vous êtes pas docteur ? demande le pilote plein d'espoir.
Heu si…mais…(cherche dans l'encyclopédie des excuses bancales)
RRRRRRRRRRRROOOOOOOOOOOOOAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRR !
Un cri retentissant retentit subitement dans la forêt et retentit dans les oreilles des humains.
Mais un gros monstre va venir nous tuer17, explique Dana, donc on s'en va !
Elle a raison, ajoute Mulden.
Les pas de la créature font trembler le sol. Elle se rapproche.
Attendez ! hurle le pilote. Je ne vous ai pas donné l'arme absolue qui vous permettra de vaincre cette île.
Une arme ? s'interrompt Fox. Oui, ça peut nous être utile. C'est quoi ?
Le FLASHBACK.
C'est quoi ça ?
C'est une déchirure spatio-temporelle qui permet d'observer une scène du passé. Exemple.
FLASHBACK 1 minute avant que l'avion ne chute
Maradoninho est tout blanc. Des gouttes de sueur perlent à son front. Il n'arrive pas à dévisser le bouchon de sa bouteille d'eau. L'effort est trop intense. Une hôtesse de l'air vient le voir.
Ca va monsieur ?
Ch'a va connasse, laich'e-moi !
Le footballeur se lève et se dirige rapidement vers l'avant de l'avion. Au passage il bouscule Mulden, en train de prendre des prospectus de compagnies aériennes.
Maradoninho arrive dans les toilettes. Là, Mac Gyvère est en train de remettre du gel dans ses cheveux. La star du foot vire le technicien puis ferme la porte. Il sort sa trousse à pharmacie de sa chaussure et la vide au-dessus du lavabo. Cachets contre la toux, c'est pas ça ! Bonbons pour la gorge, pas ça non plus. Gélules contre le cancer des ongles, seringue pour injecter le vaccin contre la grippe du poulet de 1929, sirop contre la méningite du genou, calmants, excitants…c'est pas ça ! Ah ! Voilà ! Un tube de vitamines ! Vite il les avale toutes.
Un coup sourd. L'avion se met à tanguer. Tous les médicaments volent, en tous sens, à travers les toilettes. Maradoninho déséquilibré tombe à terre et heurte le sol.
FIN DU FLASHBACK
Alors, gémit le pilote, vous avez compris…
Oui, répond Mulden, j'ai compris.
L'agent du FBI se dirige vers les toilettes avec la ferme intention de parler à Maradoninho. Celui-ci sort justement des WC. Le footballeur s'empresse de cacher toutes les substances illicites qu'il a ramassé, dans son sac.
Maradoninho ! Tu devineras jamais ce que je viens d'apprendre.
Quoi ? répond l'autre, tandis qu'un filet de sueur descend le long de sa colonne vertébrale.
Les prospectus pour les compagnies aériennes que j'avais dans ma poche provenaient de notre avion…c'est dingue !
Yé oui, c'est fou ! Et alors ? Qu'est-ce que vous a dit el pilote ?
Aaaahh…, gémit le pilote sur le point de rendre l'âme.
Bon ben, on va vous laisser maintenant, on voudrait pas vous déranger dans votre lente agonie, conclut Dana. Je reviendrai vous autopsier plus tard.
Dana…Dana…ne sous-estime pas les pouvoirs de l'empereur…ou le même sort de magie que ton pair tu subiras…
Mais de qui tu parles ?
Cet avion transportait trois criminels. La CIA devait les intercepter à notre arrivée à Paris mais… Brrggggll (s'étrangle dans son sang)
Dana qui a justement un aspirateur (inventé par Mac à partir de la poche stomacale d'une vache sauvage) dans sa trousse à pharmacie aspire le sang. Le pilote retrouve son souffle et un dernier sursis.
Un pirate informatique du nom de Nio, un coréen je crois. Un terroriste arabe islamiste et barbu, Bin Laden. Keuff…Keuff…Et un vieil homme. Dictateur d'un groupe de pays en Europe de l'Est. Palipatine.
D'accord…Mais en quoi ça me concerne ? demande Dana. On a pas de police sur cette île.
Ben je sais pas moi…vous devriez être terrifiée à l'idée que de dangereux individus vous côtoient !
Pas du tout. Je vous parie cent euros qu'ils vont se faire bouffer par le Monstre de l'île avant la fin.
Tenu (tape dans sa main) Et…Dana…il y a un autre…sky…sky…
Un autre quoi ?
Un autre sky, chochote-t-il à peine. Skaï…wo…cœur…, souffle-t-il en s'éteignant.
Au cœur de quoi ?
…
Non ! Ne meurs pas maintenant ! hurle Dana effondrée. Je n'ai pas encore eu le temps de te dire tout ce que j'éprouvais…
Ah ? T'éprouvais quoi ? demande le pilote subitement ressuscité.
De la peine. De la peur. De l'angoisse face à cette île. Mais surtout du doute sur la condition féminine au vingt-et-unième siècle.
Ah ? Je croyais que tu parlerais de tes sentiments pour moi…
RRRRRRRRRRRROOOOOOOOOOOOOAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRR !
Le cri fait trembler tout le cockpit. Aucun doute, la Créature est à deux pas.
Dana fait deux pas et hurle…
Ahhhhhhhhhhhh !
Du calme ! C'est moi Mulden.
Fox ! Je suis rassurée de vous revoir. J'ai cru un moment que vous vous étiez noyé dans les toilettes.
Pourquoi personne ne me prend pour un agent d'élite de la police américaine ? s'interroge-t-il en son for intérieur.
On a entendu oun cri, continue Maradoninho.
Oui, dit Dana. Le Monstre qui a attaqué le campement cette nuit se trouve à côté de l'avion. Je crois qu'il rôde autour de nous, pour nous faire peur. Car tout monstre compétent, doté d'un doctorat de psychologie, sait qu'il doit rester caché un moment avant d'apparaître et de semer le chaos.
Super ! s'exclame Mulden. On a qu'à sortir dehors, voir à quoi il ressemble et ainsi nos doutes s'effaceront. Il pourra se mettre sa psychologie là où je pense ! Il sera cassé !
N'écoutant que son courage l'agent du FBI sort de l'avion et court après le Monstre. La créature ne comprend pas tout. Un cinglé lui fonce dessus, donc selon toute logique il dispose d'une arme apocalyptique capable de le rayer de la carte. L'animal s'enfuit. Fox continue de le suivre en criant.
Au bout de quelques secondes, la créature commence à se poser des questions. Elle se souvient de la partie de belote, de samedi dernier, avec le tyrannosaure, le kraken et Dracula. L'équipe adverse l'avait emporté en bluffant. Si un monstre est capable de bluff, pourquoi pas un humain ?
HIIIIIIIIIIIIRRRRRRRRRR !
Freinage brusque !
La créature s'arrête dans la boue, laissant des traces de pneus brûlantes derrière elle. Mulden qui la suit toujours s'arrête lui aussi. Il comprend rapidement qu'il y a un problème.
RRRRRRRRRRRROOOOOOOOOOOOOAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRR !
Une pointe d'exaspération pointe dans le cri. La course recommence, mais dans l'autre sens. Fox court de toutes ses forces en espérant atteindre le frêle abri que constitue la carcasse de l'avion. Qu'est-ce qu'il m'a pris ? se demande-t-il en son for intérieur. Sans doute n'aura-t-il jamais la réponse puisque le Monstre l'a rattrapé. Enfin ! Le héros va mourir ! C'est fini ! Il n'aura pas dépassé l'épisode pilote ! Bien fait pour toi !
Les mâchoires d'acier claquent mais ne rencontrent que du vide. Les pattes, de la taille d'un tronc, essaient de transformer Mulden en crêpe mais n'y arrivent pas. Les crocs étincelants manquent leur cible. Le Monstre crache ses missiles nucléaires dans tous les sens mais Mulden vit encore.
Mais comment il fait ? C'est un immortel ou quoi ? Coupez-lui la tête !
La créature tente de le décapiter, de l'ébouillanter avec de l'eau tiède, de le noyer dans l'huile des frites, de le trucider, de l'écarteler, de le pendre, de le fendre, de le moudre, de le coudre, de le dessouder, de le ressouder, de l'éparpiller, de le zigouiller, de lui faire passer l'arme à gauche, de lui faire lâcher la rampe mais il y a pas de rampe…
Inutile ! Mulden s'est réfugié dans une cachette inexpugnable.
Inexpugnable ? demande le Monstre.
Ben oui. Inexpugnable. Qui ne peut pas être pris. Invincible en somme. Pour un monstre qui a un doctorat de psychologie je trouve que t'as pas beaucoup de vocabulaire.
J'ai fait une fac américaine, je connais pas trop le français.
Peu importe ! Le fait est que Mulden s'est réfugié en son fort intérieur.
Quoi ? Mais j'ai pas vu de fort en arrivant !
Mais si ! On en parle depuis deux pages…allez t'es grillé…en fais pas tout un fromage.
C'est ce qu'on va voir ! Je vais me venger sur les autres personnages ! Ils vont souffrir.
La créature s'approche du cockpit, l'attrape entre ses dents et le secoue. Dedans, Dana et Maradoninho sont ballottés de toutes parts. Ils valdinguent à travers la cabine, s'écorchant sur tous les angles. Puis aussi rapidement que ça a commencé, le manège s'arrête.
Dana se relève, tremblante. Elle essaie de voir la silhouette de la créature à travers les fenêtres crasseuses. Qui sera la prochaine victime ? Le pilote ? Le pilote, ou le pilote ?
Maradoninho est dans une situation précaire. Il glisse inexorablement vers une trappe ouverte. Tout le cockpit est incliné de manière à faire tomber ses passagers. (Oh ! C'est bête !)
Maradoninho ! Crie Dana. Accroche-toi !
T'ou sais…si ça tenait qu'à moi…
Au fait…, intervient le pilote. Je vous ai pas raconté. Dix minutes après le décollage toutes les radios sont tombées en panne. Du coup, on a décidé d'aller faire quelques loopings à 1500km de notre trajectoire prévue, pour impressionner les hôtesses. Juste avant le crash j'ai eu le temps de survoler l'île. Vous devinerez jamais ce que j'ai vu…
Non ! Alors dîtes-le ! explose Dana.
Il y a un espèce de bunker, une trappe, à côté de la montagne et dessus j'ai vu le sigle de…
CHCROUPT !
Les mâchoires d'acier viennent de se refermer. Le corps du pilote, ainsi que son siège et la moitié de la console ont disparu. Le Monstre mâche un peu puis il s'amuse à faire gigoter le cadavre sanguinolent. Des gerbes de sang (rouge) éclaboussent les vitres, au grand dam des passagers.
Haaa ! s'écrie Maradoninho. Il a emporté la console vidéo avec les jeux de footchball !
Haaaaa ! hurle Dana. Il mâche la bouche ouverte! C'est écœurant !
Dehors, Mulden assiste impuissant à la scène. La créature est en train de taguer, à grand renfort de sang humain, sur la carcasse de l'avion :
DITES NON A LA DROGUE
Oh my God…qu'allons-nous devenir ?
Que vont-ils devenir ? Mulden trouvera-t-il les extra-terrestres qui les ont amenés sur l'île ? Mac Gyvère pourra-t-il inventer un avion pour rentrer chez lui ? Les trois méchants dissimulés parmi les rescapés sont-ils méchants ? Pourquoi l'avion s'est-il crashé sur cette île ? Pourquoi Peter Parking est-il si fort ? Comment s'appelle la mère du fils de Marie ? Pourquoi y a-t-il des trous dans le gruyère ? Toutes les réponses dans les prochains chapitres.
1 Mais si vous préférez lire trois cents pages de description sur un œil, fermez ce livre, et allez vous acheter l'encyclopédie Larousse Universel (dans laquelle on a copié toutes les infos scientifiques).
2 Films que les américains tournent pour montrer que, même quand ils perdent, ils gagnent (et si t'es pas content, ils vont venir démocratiser ton pays).
3 Et en dessous, en plus petit « the One » (probablement pour souligner que c'est un vêtement unique)
4 Pour avoir roulé à 131 km/h, c'est pas abusé ?
Ca l'est quand il fait ça à la sortie des écoles primaires.
5 C'est clair pour tout le monde, il ne connaît pas Mulden.
6 Je plains la femme de ménage qui devra nettoyer tout ça, après le tournage de l'épisode.
7 Du coup on est mal barré pour faire une histoire d'amour sur l'île. « Roméo et Juliette », sans Roméo et sans Juliette, ça va être un peu avant-gardiste…
8 Tricorne. C'est un chapeau porté du 17ème au 19ème siècle, originairement à trois cornes formées par ses bords plus ou moins larges. Ou un éléphant rose à trois cornes (note de Mulden)
9 De porter un tricorne ? Ou que ce soit pas Mulden à sa place ?
10 On est pas dans un club de vacances ici !
11 Le professeur de chimie William Van Orman Locke, de l'université d'Oxford, m'a écrit pour me signaler qu'une erreur scientifique s'était glissée dans ce livre : c'est de m'avoir choisi pour auteur !
12 Dixit le vrai Jean-Jacques Rousseau, dans Du contrat Social
13 Insecte hyménoptère, arénicole, chasseur de chenilles (note de Dana)
14 Ca fait 7 quarantuitièmes de barre par personne
15 Lire les livres de Leibniz. Perso j'ai pas lu donc je peux pas vous donner la référence exacte
(note de Rousseau)
16 Vous notez l'importance symbolique de cet acte, dans le cadre d'une série télé sur les yeux.
17 Là où j'ai grandi on dirait « il tombe à pic » (note de Dana)
Non, on dirait ça partout. (note de Mulden)
Et moi ch'e dirais que ch'est pas cool de voir el Monstro arriver (note de Maradoninho)
