Episode 2

L'ange gardien de buts

Le vent souffle. Il vient de finir son jogging matinal. Les vagues de l'Océan viennent, régulièrement, mourir sur la plage.

Vague : Ah…je meurs. J'aurais dû écrire mon testament. Maintenant les poissons vont se battre pour obtenir mon héritage constitué de…rien du tout puisque j'étais qu'une vague.

Marie attend sur la plage, pieds nus, elle regarde l'horizon. On entend comme un bruit de harpe en fond sonore. Peut-être est-ce dû au vent qui joue entre les arbres ? Ou au battement régulier des vagues qui s'éteignent avec une douce mélancolie ? Ou à ce type qui joue de la harpe dans l'épave de l'avion ?

Aussi loin que porte son regard, la future mère ne voit aucune trace de civilisation. De l'eau, de l'eau, de l'eau à perte de vue, c'est tout. Une mer d'huile (mais en eau) s'étale devant eux. Aucun signe d'espoir.

Pourquoi la providence l'a-t-elle amené ici ? Va-t-on apprendre des révélations sur son enfant dans cet épisode ? Oui, donc restez encore un peu.

L'expédition constituée par Mulden, Dana et Maradoninho est revenue, juste à temps pour le déjeuner. Ils ont ramené avec eux une sorte de radio et de biens lourds secrets à en juger par leurs expressions fatiguées.

Non moi ça va, fanfaronne Fox. C'est Maradoninho qui portait tous les trucs lourds. Mais bon, c'est rien pour lui. C'est un sportif. Il a une force naturelle. C'est pas un de ces cyclistes dopé à mort par ces pourris de médecins.

Ouais ouais…, commente Dana (toujours scientifique)

Et si vous cherchez le pilote, poursuit Mulden, je l'ai accroché en haut d'un arbre, pour éviter qu'on le perde.

Les cordes de la harpe continuent de dispenser dans l'air chaud de l'après-midi leur fraîche harmonie. La plupart des rescapés ont choisi d'attendre les secours sans paniquer (c'est vrai quoi, ils sont juste perdus au beau milieu de l'Atlantique sur une île non répertoriée, sans réserve de nourriture ou de médicaments et traqués par un Monstre). Les optimistes sont étendus sur la plage et profitent du soleil des tropiques pour bronzer. Puisqu'il y a des fous qui payent une fortune pour s'offrir des plages privées, autant profiter de la situation gratuitement (et puisqu'ils vont mourir, autant mourir bronzé).

Lorie vient étendre sa serviette à côté de Marie. La chanteuse ne porte qu'un étroit bikini deux pièces (que Mulden observe avec ses jumelles, juste au cas où un extra-terrestre s'y dissimulerait).

Alors, il est pour quand ce bébé ? demande Lorie.

Marie émerge de ses réflexions.

Hum…pardon1 ?

On dirait que vous en êtes au dix-huitième mois de grosse fesse…

Heu non…au huitième mois de grossesse.

Ah ! J'étais pas loin2, se réjouit Canement. En tous cas, c'est beau de voir le fruit d'une puissante passion amoureuse.

Si j'en vois un jour, je vous le dirai…

FLASHBACK 15 mois avant

Les parents de Marie.

Marie, nous te présentons Joseph. C'est lui que tu vas épouser.

Quoi ! s'exclame la jeune fille. Non mais ça va pas la tête ! On est en France ! Au vingt-et-unième siècle ! Il n'y a plus de mariage arrangé.

C'est pas un mariage arrangé, ma fille. C'est un mariage forcé ! Il t'a acheté.

Mais c'est du délire ! On peut pas faire ça dans un pays civilisé comme la France.

Ben si.

…, rétorque Marie

C'est bon, en fais pas une affaire personnelle. Regarde les statistiques ! 10 000 mariages forcés par an, alors un de plus ou de moins, quelle différence ?

Ca fait une différence pour moi ! En plus je le connais pas ce type…

Il est de la maison de David, répliquent les parents.

Il loge dans la vieille bâtisse en ruine au milieu du quartier ? Et alors ? Je vois pas ce que ça a d'impressionnant.

FIN DU FLASHBACK

Oh c'est génial ! continue Lorie. Moi aussi j'aurai un enfant, un jour, quand j'aurai trouvé le véritable amour. Je le sais, je l'ai lu dans un magazine qui parlait de moi.

Vraiment ? demande Marie.

Et puis c'est super de vivre toutes les étapes. Le jour où tu sais que tu vas avoir un bébé, tu dois être au moins aussi heureuse que si t'apprenais que tu vas être mère !

Ouais, au moins…

Et c'est qui le père ?

Il n'a pas de père. Je l'ai porté, je vais le mettre au monde, je ne me le suis jamais expliqué…Et je me vois mal lui expliquer dans dix-huit ans, quand je le retrouverai dans un magasin de jouets, qu'il est le fruit de l'immaculée conception…

FLASHBACK 8 mois avant

Un ange arrive sur Terre. Il médite sur ses instructions et le protocole à appliquer.

Par quoi je commence ? « Bonjour », ça fait un peu formel. Mais « salut » ça fait carrément vulgaire. Faudrait que je trouve une formule qui fasse tendance et en même temps qui mette en confiance…Et que je surveille mon petit accent hébreu…

Puis il se téléporte (plus pour frimer que par flemme de marcher)

Dans l'appartement de Marie, une puissante lumière apparaît au milieu du salon. Les murs se mettent à trembler, le téléphone sonne, tous les appareils électriques s'affolent. Le fer à repasser tente de se jeter par la fenêtre, le sèche-cheveux se cache sous le lit, le réveil s'enferme dans les toilettes, la télévision veut appeler les pompiers mais le téléphone est occupé à raisonner le fer à repasser suicidaire. Les ampoules s'éteignent. Elles n'ont plus besoin d'agir puisque la Lumière est apparue dans le salon.

Marie tombe à genoux devant cette apparition. Une créature, d'une beauté parfaite, aux longues ailes blanches vient de se matérialiser sous ses yeux.

Réjouis-toi ! chante la créature ailée (un ange, tout le monde l'aura compris, sauf Mulden)

Pourquoi ? J'ai gagné au loto ? demande Marie (un peu cupide)

Heu…non…c'est beaucoup mieux…

Je suis sélectionnée pour une émission de télé ? Je vais jouer pour gagner de l'argent ? Ou je vais raconter ma vie pathétique dans une émission navrante ?

Ni l'un ni l'autre…(l'ange consulte son manuel d'ange annonciateur) Et je crois que t'étais pas censée répondre ça…

J'ai rien gagné en fait ! C'est une offre promotionnelle bidon c'est ça ? Vous me faîtes croire que c'est la fête et ensuite vous me vendez une baignoire trouée à 10 000 euros !

Je peux en placer une ! coupe l'ange. Pause Je disais donc…réjouis-toi comblée de grâce…

Non mais dis donc, reste poli ! Je suis pas grasse! Je te traite pas de grosse vache ailée moi ! Alors respect !

Heu pardon, répond l'envoyé céleste, en essayant de contrôler son accent hébreu (qui lui pose régulièrement des problèmes quand il essaie d'expliquer son origine divine, aux policiers qui contrôlent ses papiers). Je disais « comblée de grâce », ça veut dire que tu es heureuse et que tu reçois la grâce (ou un truc de ce genre).

Ah ok…, répond Marie qui fait semblant d'avoir compris.

Réjouis-toi comblée de grâce car le Seigneur est avec toi !

Qui ça ?

Ben le Seigneur ! Mon maître ! Celui qui a créé l'Univers ! Celui qui ouvre les mers, qui fait trembler la terre, qui jette des éclairs, qui se repose le septième jour. L'Etre ultime qui a tout créé en ce bas monde, y compris la série Loust ! L'alpha et l'omega. Dieu !

Bah je veux bien…mais je crois pas en Dieu…, rétorque Marie sceptique.

Sois sans crainte Marie, répond calmement l'ange, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu enfanteras bientôt un enfant. Il sera grand et appelé fils du Très-Haut.

Pourquoi ?

Ben, parce qu'il est fils du très-haut.

Ah ok, comprend Marie.

Il règnera sur la maison de Jacob.

L'appartement de Jacob vous voulez dire. J'ai jamais entendu dire qu'il avait une maison.

Je parlais pas du Jacob de votre banlieue moisie.

Ah pardon, continue…

Heu, je sais plus en j'en étais. Heu ouais, tu seras bénie entre toutes les femmes et tout ça…

Je veux bien mais il est impossible que j'ai un enfant ! Mon mari est en prison depuis le lendemain de notre mariage (pour m'avoir tabassé) et je n'ai pas l'intention de le tromper (sinon il va me tuer en sortant de prison).

T'inquiètes pas ! Avec la technologie moderne tout est possible. L'esprit descendra sur toi et dans l'ombre il créera en ton sein un être divin…

Non mais ça va pas ! Vous êtes malade ! Sortez de chez moi !

Mais t'étais pas censée répondre ça…, achève l'ange déboussolé.

FIN DU FLASHBACK

Ouais, répond Lorie sceptique. Pas de père. C'est le mensonge qu'on raconte à tous les gamins pour leur cacher que leur paternel est un alcoolique, un criminel, un fou, un lâche ou un prêtre.

Et il ne m'a pas échappé que vous portiez une alliance ! remarque Julie Lascaux qui s'immisce brusquement dans la conversation.

Oui j'ai été mariée…

Alors c'est l'enfant de ton mari, propose Lorie (dans un éclair de génie).

Non.

C'est donc le fils d'un autre, conclut Lascaux. Et comment a réagi le mari ?

Mal3 !

FLASHBACK 4 mois avant

Dans une sombre cellule de prison, un homme dort. Ses songes sont tourmentés. Il a appris que sa femme attendait un enfant. Sa femme ! Sa chose ! Sa propriété ! La garce l'a trompé avec le premier venu ! Joseph a donc ourdi le projet criminel de ne pas répudier son épouse en public, il va juste la torturer avant de la tuer.

Voyant que ça risque de dégénérer, l'ange vient lui parler en songe.

Joseph !

Mmmm…

Joseph ! Je te parle. Même si tu dors tu m'écoutes, intime l'ange.

Mais je rêvais que j'étais beau, riche et intelligent…

Laisse tomber les rêves. Je viens te parler de la réalité. Je suis un ange envoyé par Dieu qui te parle en songe alors tu peux me croire… c'est du sérieux !

Oui j'écoute.

Joseph, fils de David. Ne crains pas de retourner chez toi, vers ta femme, Marie. Car ce qui a été engendré…

Ca veut dire quoi engendré ? demande Joseph (qui n'a pas le dico en prison)

« Ce qui a été créé ». Ce qui a été engendré en elle vient de l'esprit saint !

C'est qui ce bâtard ! Je vais aller lui massacrer sa gueule !

C'est une entité abstraite, explique l'ange.

M'en fous, je vais lui arracher les yeux et le découper en morceaux.

Abstrait, ça veut dire que tu peux pas le toucher…

Malédiction ! s'exclame Joseph.

Marie enfantera un fils et tu l'appelleras du nom d'Emmanuel…

C'est quoi ce nom de tapette ? Je voulais l'appeler Moktar le barbare.

…Car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés, achève l'ange sans se soucier du dernier commentaire. Tu as bien tout compris ?

Ouais, répondit Joseph. J'ai compris ! Je vais aller massacrer cette pute, puis j'irai buter ce bâtard d'esprit saint et après j'irai écouter le CD de Moktar.

J'ai pas l'impression que tu ais vraiment saisi le concept…donc on va passer à autre chose.

L'ange sort du rêve. Il choisit de se matérialiser dans le monde réel, dans cette sombre cellule de prison. La créature ailée attrape Joseph, le secoue pour le réveiller puis lui décoche une droite en plein visage. PAM ! Le prisonnier est projeté contre le mur, et s'y encastre avec la même violence que s'il avait heurté une voiture. Puis l'humain s'écroule à terre en protestant civilement…

Hé ! Espèce d'enculé ! Ces connards d'anges chrétiens sont censés être des pacifistes comme ces enfoirés de hippis !

L'ange lui envoie une série de coups de pieds dans les côtes. PUM ! PUM ! PUM ! PUM !

On est pas pacifiste, mais pacifique, nuance !

Subtile nuance qui tient dans l'épaisse semelle cloutée de la botte angélique.

Et si t'avais lu tes classiques, tu saurais que c'est nous que Dieu envoie pour détruire des villes païennes ou démolir les trucs à démolir. Maintenant, tu as intérêt à écouter, et à retenir ce que je vais te dire.

Ok ok !

L'ange le ramasse, il le soulève par le col, d'une seule main.

Joseph, fils de chien, tu retournes chez toi et tu ne touches plus jamais ta femme, Marie. Car ce qui a été engendré en elle vient de l'esprit saint. Elle enfantera un fils et tu l'appelleras du nom d'Emmanuel, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.

Et si je l'appelais Jésus ?

POUFF !

Coup de boule.

Joseph tombe par terre, le nez pissant le sang.

Tu fais ce qu'on te dit, c'est tout, dit l'ange tandis qu'il disparaissait dans un halo aveuglant de lumière.

Tout ceci advint pour que s'accomplit cet oracle prophétique du Seigneur :

Un élu naîtra, sans père mais plus puissant que tous les hommes, il détruira les sites et ramènera l'équilibre sur Internet.

FIN DU FLASHBACK

Il a juré de me tuer mais la prison l'a, semble-t-il, calmé. A son retour le mois dernier, il m'a juste demandé d'avorter.

Au septième mois de grossesse ? note Julie. On voit bien que c'est un mec ton homme. Mais dis-moi ! Comment se fait-il que tu voyages alors que tu es proche du terme ? Est-ce que ton obstétricien et ton médium étaient d'accord ?

J'ai fui, répond mystérieusement Marie.

FLASHBACK 2 jours avant le crash

Toc ! Toc ! Toc ! Toujours des bruitages de malade dans cette série

Voilà ! Voilà ! J'arrive !

Marie se précipite vers la porte et observe ses visiteurs à travers l'œil de bœuf.

Pousse-toi le bœuf.

Le bœuf qui tient lieu de porte se déplace. Pourquoi y a-t-il un bœuf en guise de porte ? J'en sais rien. C'est l'ange qui a voulu refaire la déco. Il amené un âne pour faire la table et un agneau pour la table de chevet. On se croirait dans une étable.

Les visiteurs sont quatre robots armés de canons laser (et autres armes létales aussi mortelles que les discours de Rousseau). Leur chef demande d'une voix de synthèse :

Sarah Connor ?

Euh non…moi c'est Marie tout court.

On vous tient !

Le droïd a feinté, comme un footballeur italien, pour obliger Marie à dévoiler sa véritable identité (parce que c'est dur pour un robot-assassin de retrouver UNE femme seule, enceinte, au vingt-et-unième siècle).La machine lève son arme. Si elle pouvait avoir l'air triomphant, elle l'aurait, mais comme elle peut pas, elle l'a pas.

Ouvrez le feu !

Non attendez ! crie l'ange qui vient de surgir du néant. Vous n'êtes pas censé être à cette époque. L'Elu n'affrontera les machines que dans vingt ans. Qu'est-ce que vous foutez là ?

Nous venons du futur. Nous allons tuer le chef des humains avant qu'il naisse pour assurer notre domination dans le futur.

Ha !Ha !Ha ! rit l'ange. Mais c'est nul comme plan. Si vous tuez l'Elu dans la passé. Il sera mort dans l'avenir, de ce fait vous ne le connaîtrez pas, conséquemment les machines ne penseront pas à créer une machine à voyager dans le temps et vous ne viendrez jamais du futur pour le tuer, donc logiquement il sera vivant et tout recommencera…

Heu…heu…, dit le robot qui commence à surchauffer sérieusement. Vous essayez de m'embrouiller…qui êtes-vous ?

Un ange gardien, mon fils (ou ma fille si on compte que t'es une machine)

Ange ? Identification : Propagande religieuse. Je dois vous détruire. Ouvrez le feu.

Les quatre robots assassins se détournent de Marie pour viser l'ange. Ce dernier se contente d'ouvrir sa main. Une lumière aveuglante en surgit. Les machines de guerre sont projetées contre le mur et s'y encastrent violemment. Elles retombent sur le sol sous forme de pièces détachées. L'ange (qui adore encastrer les gens dans les murs) se retourne.

Hum…Marie. Je crois que pour votre sécurité, vous devez voyager un peu.

FIN DU FLASHBACK

Vous avez fui…un danger plus grand que l'île ?

Oui mais, je ne sais pas si j'ai fui assez loin…

A quelques pas, abrités derrière un parasol (réalisé par Gyvère avec une tringle à rideaux, et le rideau moche qui allait avec), Palipatine et Rousseau ont entendu toute la conversation.

Tu penses à ce que je pense Jean-Jacques ?

Heu…ça va être dur. Descartes a dit « je pense donc je suis4 ». Donc si je pense ce que tu penses on peut en conclure que je suis…

Non. Je voulais dire : est-ce que tu devines à quoi je pense ?

Ahhh…vous pensez à la prophétie de celui qui viendra équilibrer Internet. L'Elu. Vous pensez que ce serait cet enfant ?

Le moins que l'on puisse dire c'est que sa création reste un mystère.

Non. Le moins que l'on puisse dire c'est « mystère » tout court, rétorque Rousseau.

Petite touche culturelle ( pour montrer que même Descartes était plus fin que Rousseau) :

« La saignée c'est bien, mais elle peut tuer ceux qu'elle guérit.5 »

Ouais…en tous cas…si ce gamin est vraiment l'Elu, il ne doit rien arriver à la mère.

Pourquoi voulez-vous qu'il lui arrive quelque chose sur cette île ? demande naïvement J-J.

Franchement ? demande Palipatine, étonné par la bêtise de son acolyte.

Oui, pourquoi ?

Parce qu'il y a un contingent de robots assassins qui est en train de débarquer sur la plage.

Il en arrive de partout. Des mécaniques sans âme, sans pitié, conçues pour tuer. Des droïds effilés, des baraqués, des armés, des entraînés , des programmés, des boulonnés, des licenciés, des désespérés, des déshérités, des articulés, des drogués, des benêts6… Certains en forme de roues arrivent en roulant. Ceux en forme de carré arrivent en caracolant. Les autres sont des losanges, des triangles, des chiligones, des poupées-Lorie. Les robots ont toutes les formes imaginables du vague insecte à l'aigle effilé (en passant par le lapin obèse des Carpates). Un millier de machines à tuer, parfaitement programmées débarquent sur la plage, avec un seul objectif : tuer la mère de l'élu pour assurer la domination des machines, et tuer Mulden (juste parce qu'il gonfle tout le monde), ce qui fait deux objectifs7.

Une pluie ardente de missiles assassins tombe du ciel. La plage se change rapidement en un champ de bataille. Les balles sifflent. Les chenilles écrasent le sable avec force. Les bips se font incessants. Un droïd, mal rasé, semble hésiter à tirer sur la foule désarmée.

Qu'est-ce que tu attends OQP ?

N'est-ce pas immoral de massacrer des innocents ? Je devrais vivre avec ce poids sur ma conscience toute ma vie. Vais-je passer du côté obscur ? Cette manière que nous avons de déchiqueter les humains, de torturer des victimes innocentes, de perpétrer des massacres n'est-elle le signe d'une profonde faiblesse ? Cette attitude est peut-être l'expression impuissante d'une frustration liée à notre enfance ?

Les 999 autres robots, qui ont déjà subi une psychanalyse pour stabiliser leur agressivité émotionnelle, continuent de tirer sur les humains innocents qui fuient dans le plus total désordre.

Hum…grommelle Palipatine. C'est gênant mais pour faire la guerre, d'habitude, il faut être au moins deux8.Il faudrait peut-être que les humains se décident à contre-attaquer.

Ils agissent. Julie a compris le but des droïds. Elle attrape Marie et l'emmène se cacher dans les bois. En chemin, elle tire une balle sur un immense robot qui tente de leur barrer la route. Le projectile le coupe en deux. Ca lui apprendra à affronter une femme flic (qui doit prouver constamment qu'une femme peut être aussi efficace qu'un homme, d'où sa tendance à dégommer trois robots avec une seule balle).

Restent 997 robots sur la plage. Palipatine s'avance à leur rencontre. Il aimerait bien ne pas dévoiler ses super pouvoirs de gros méchant avant la fin du livre (parce qu'il devrait alors tuer tous les témoins, c'est-à-dire tout le monde).

Rendez-vous humains, grogne un des robots. Toute résistance est inutile.

Ca se discute, philosophe Rousseau. Qu'est-ce que l'inutile ? Qu'est-ce que l'utile ?

Chion to peï !

Nio fait un quadruple saut périlleux avant et atterrit entre les machines et le président. Il fait signe aux gens de se cacher. Le coréen a l'intention de se battre.

Seul contre une armée de droïds ? Cet exploit restera dans les annales, faîtes-moi confiance ! l'encourage Palipatine.

Les humains désertent la plage rapidement, laissant un unique homme affronter la menace. Devant lui, 997 canons sont pointés sur lui, prêts à cracher leur semence de mort. Comme l'humain reste immobile, les robots passent à l'action. Un déluge biblique de balles et de missiles fond sur le coréen désarmé.

Celui-ci observe calmement la situation, derrière ses lunettes de soleil, et lève une main devant lui. Instantanément, toutes les balles, tous les missiles, toutes les tartes à la crème s'immobilisent sur place, comme si le temps avait été figé. Nio sourit. Il abaisse la main et tous les projectiles tombent au sol, désactivés. Puis le coréen sort de sa poche un objet.

FLASHBACK 2 heures avant

Marie. Vous pouvez me donner un coup de main ?

Bien sûr, Mac Gyvère. Que puis-je faire ?

Le technicien officiel du camp de rescapé a rassemblé des feuilles de palmier et des trombones.

Vous me tenez cette ficelle pendant que j'assemble les composants.

Une heure plus tard. L'objet est terminé.

Et c'est quoi exactement ? demande Marie.

Une bombe à neutrons. Elle ne détruit que les systèmes électriques, pas les biologiques. Si jamais l'île nous envoie des robots hostiles on pourra répondre.

Merci…, dit Marie.

De quoi ?

De m'avoir permis de travailler, de me sentir utile. Ici j'ai l'impression que tout le monde s'agite pour notre survie sauf moi.

Ah ben…si c'est du travail que vous voulez, il faudrait refaire toute la plomberie de la centrale hydro-électrique que j'ai bâti ce matin…

Non, finalement travailler n'est pas nécessaire, au revoir.

FIN DU FLASHBACK

Nio active la bombe à neutrons et la jette sur le sable. Les machines n'ont pas le temps de fuir. Une onde bleue d'énergie apparaît au cœur de l'armée et explose dans toutes les directions à la fois. La vague électromagnétique balaye tous les droïds assassins, comme un gamin de mille ans qui soufflerait les bougies de son gâteau d'anniversaire. En un instant, l'invincible armée venue du futur est transformée en collection de boîtes de conserve…que Mac Gyvère s'empresse de démonter pour récupérer les composants.

A la lisière de la forêt, Maradoninho serre son bras droit avec oune élastique. Puis il sort oune seringue, remplie d'oune épais liquide visqueux jaunâtre, et se la plante. Les anabolisants se répandent dans son système sanguin via le sang. Ses muscles atrophiés se remettent à gonfler au bout de quelques minutes. Il sera encore oune surhomme pendant quelques heures.

Dans la jungle, Peter a fini de construire sa propre cabane. Il cache son costume de super-héros dans un super-placard, puis range la lettre (qu'il lit tout le temps en ayant l'air de vouloir tuer quelqu'un) dans sa table de chevet. Après quoi, il sort dehors. Parking installe une clôture tout autour de son jardin. Enfin il déclare à tous : « ceci est à moi » et les gens le croient. Tous sauf un. Un malade qui arrache les pieux en hurlant à la foule :

Gardez-vous d'écouter cet imposteur !

Ca veut dire quoi ?

N'écoutez pas ce type !

Alors pourquoi tu nous dis pas « n'écoutez pas ce type » ?

Ok. N'écoutez pas cet imposteur !

C'est qui l'imposteur ? demande Peter Parking.

Toi ! répond un Rousseau accusateur.

Quoi ? Tu sous-entends que Peter Parking n'est pas ma véritable identité ? Que je suis en réalité un super-héros doté de super-pouvoirs, qui met un super costume quand il faut sauver des gens ?

Heu non…je disais juste que t'es un imposteur quand tu te prétends propriétaire de quelque chose, parce qu'en réalité tu ne l'es pas.

Haaa…, répond Peter soulagé que personne ne soupçonne son identité secrète (à part la totalité des lecteurs bien sûr)

Je reprends donc. N'écoutez pas cet imposteur ! Vous êtes perdus…

Oui on avait remarqué qu'on était perdu au milieu de nulle part, tu nous fais pas avancer là.

Mais laissez-moi finir ! Je fais des phrases de ouf et personne ne les entend.

Vas-y ! Vas-y ! On t'écoute.

Vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne9.

Silence.

Wah ! Comment c'est beau !

T'as trouvé ça tout seul ?

Heu…oui, ment le philosophe. Donc pour conclure, Peter tu n'as pas le droit d'avoir de propriété privée.

Désolé mais je suis américain. Chez nous, il y a des droits inaliénables. Et dès qu'un étranger touche à nos affaires on a le droit de lui tirer dessus donc…

POUFF !

Coup de boule.

Rousseau tombe au sol et roule plusieurs fois. Il laisse une traînée sanglante derrière lui. Peter se prépare à poursuivre le combat quand…

POUET ! POUET !

On entend un camion trente-trois tonnes (avec un klaxon minable) qui arrive à toute allure.

Manque de chance ! Deux gamins sourds sont en train de jouer sur la route (que Mac Gyvère a fait avec le bitume de la dernière marée noire). Ils n'entendent pas le monstrueux véhicule qui leur fonce dessus (et qui songe pas une seconde à freiner).

Vite. Peter fonce dans sa cabane et attrape son costume rouge et bleu. Puis il court chercher une cabine téléphonique. Malheureusement, Mac n'a pas fini de l'installer.

Dépêche !

Oh ça va. Faut juste que je raccorde les dix-huit fils entre eux.

POUET ! POUET !

La camion n'est plus qu'à cinq mètres des enfants.

Voilà. La cabine est prête.

Merci, crie Peter en le poussant.

Il s'enferme dans la cabine, met son costume et ressort aussi sec.

Ben oui, j'allais pas me mouiller dans une cabine, rétorque Peter.

POUET ! POUET !

Un mètre !

Parking saute dans les airs, lance une sorte de corde blanche, qui ressemble à s'y méprendre à un fil d'araignée, et se balance. Il attrape les deux enfants un centième de seconde avant le passage du camion et les dépose en lieu sûr de l'autre côté de la route.

Non mais c'est qui le con qui conduit cet engin ? Et d'où il sort ?

Le camion s'arrête quelques mètres plus loin dans un crissement de pneus strident. Un odeur de caoutchouc brûlé emplit l'air. La portière s'ouvre et une brute épaisse surgit de l'habitacle. Une tonne de muscles, six mètres de haut, une tête immense remplie de dents acérées comme des poignards, des pattes de tyrannosaure, un tatouage « Fuck you ». C'est le Monstre qui revient avec un nouveau look de rebelle.

D'accord ! Filons ! décide Peter.

Tandis que la créature infernale poursuit notre héros, à l'aide de son véhicule hautement polluant, un autre groupe de héros tire les conclusions de sa première quête.

La batterie me semble en bon état, dit Dana. En revanche, une partie du circuit radio a été détruite. Je ne sais pas si on pourra un jour la réparer.

Fais voir, demande Mac Gyvère en mâchonnant un chewin-gum. Hum…Huhum…je vois.

On sait bien que t'es pas aveugle, blague Mulden (ha ! ha ! Rires enregistrés)

Mmmm…j'entends…

Mac crache son chewin-gum et s'en sert pour raccorder deux fils.

Voilà. Ca marche.

Ah bon ? demande Mulden crédule (il ne voit pas les pieds du circuit avancer).

Ca fonctionne je veux dire.

Mac saisit la poignée du combiné du machin dont on se sert pour parler.

Allô ! Allô ! Ici les rescapés du vol 816 à destination de Paris. Est-ce que quelqu'un m'entend ?

Oui moi, répond Mulden.

C'est pas à toi que je parle.

CCCRRRCHHHHCCRRRCHHCHH, commente la radio.

Quelque chose ne va pas, comprend Dana.

Oh chichi toniniwa ? demande Nio en leur tendant des coquillages.

Non merci le jaune, dit Fox. Tu vois bien que c'est du matériel compliqué. On est pas en train de troquer des coquillages.

En fait, je crois qu'il nous apporte à manger, réalise Mac Gyvère. Merci mon ami. Thank you, Gracias, Aligato !

Où t'as vu du gâteau?

Fox, s'il te plait, ne dis rien pendant une minute.

Nio continue son œuvre. Il a collecté des coquillages comestibles et les distribue maintenant aux survivants. Ceux-ci sont réticents au début, surtout parce qu'un des coquillages a vomi un litre de pétrole sur Lascaux, mais ils en ont marre de ne manger que des barres de chocolat.

C'est un problème de portée, explique Mac. Ca peut être résolu. On va monter sur le plus haut sommet de l'île. J'installerai un amplificateur et on retentera un appel au secours. Par contre, la batterie est faible. Je vais couper la radio en attendant d'avoir atteint l'objectif.

Vous voulez qu'on vous accompagne ? demande Dana.

Non docteur je crois que vous avez encore des clients ici.

Où ça ?

Sur la plage où l'avion s'est crashé, un homme continue de se plaindre depuis hier.

Hé ! Les mecs ! Un bout de métal m'a transpercé, je suis cloué au tronc. Je peux plus bouger, venez m'aider ! Docteur, au secours !

Ah lui ! se souvient Dana. Je vais aller le voir.

Moi je peux venir, rebondit Mulden.

Oui mais… je préfère que tu te reposes, invente Gyvère. Je vais plutôt demander à Nio.

Hem…puis-je me joindre à vous jeunes gens ? J'ai fait de l'escalade dans ma jeunesse.

Bien sûr président Palipatine

Merci (ce sera une nouvelle occasion de comploter)

Sur la plage, Rousseau a étalé devant lui une multitude de petites cartes à jouer. Il s'amuse à les classer par couleur et par ordre décroissant. Un enfant a observé son manège. Intrigué le petit s'approche. Jean-Jacques continue comme si de rien n'était…

Tu fais une réussite ? demande l'enfant.

Non, c'est mieux que les échecs. Je suis en train de classer mes cartes à collectionner. Tu connais les cartes Yugi-Duel-Magic-Master-Collector (YDMMC) ?

Non, répond le petit en secouant la tête.

Ca se joue à deux. C'est la lutte du bien contre le mal. C'est le plus ancien jeu de l'humanité. Bien qu'il n'ait été mis en vente qu'en 1990…on raconte que dans l'Egypte ancienne, des prêtres s'affrontaient déjà avec des tablettes de pierres d'un mètre de haut.

Comment ils faisaient pour les mettre dans leur poche ?

Ils avaient de grandes poches. Quoiqu'il en soit, on retrouve des traces de ce jeu dans toutes les civilisations antiques, même sur l'Atlantide, c'est pourquoi les vendeurs peuvent raisonnablement exiger dix euros par carte (soixante cartes par paquet).

Ah…

Donc va chercher l'argent qu'il te reste. Je t'assure que c'est pas une arnaque…

Dans la jungle tropicale de l'île, trois hommes avancent. Mac Gyvère ouvre la marche, il tranche dans l'épais branchage avec son coupe-coupe (un essuie-glace de l'avion qu'il a aiguisé). Nio, toujours chaussé de ses lunettes de soleil, porte sur son dos la quasi totalité des bagages mais il ne peine pas. Palipatine est censé regarder la carte pour guider l'équipe mais ils ont pas de carte. En plus, il se demande comment fait Nio pour se chausser de lunettes. Avec des chaussures c'est compréhensible, mais avec des lunettes, il voit vraiment pas comment on fait.

Soudain, un bruit dans les fourrés ! Les fougères s'agitent tout autour d'eux. Des bruits étranges se font entendre, des battements réguliers, qui vont en ralentissant. C'est une fin de course. Quelqu'un vient dans leur direction.

Quelque chose approche ! Ca vient droit sur nous !

Tous sont tentés de fuir un moment puis ils se rappellent qu'ils ont emporté des fusils (que Mac a récupéré en démontant les droïds assassins du futur). Mac, Nio et Palpatine sortent leurs armes. Ils mettent en joue le coin des branchages qui bouge le plus.

Viens le monstre…on va pas te faire de mal…en fait si, un petit peu…menace Gyvère.

OH ki TCHI TI ON PONG ! s'enflamme Nio.

Comme c'est excitant. Ca me rappelle les manifestations du printemps quand je tirai sur la foule depuis mon balcon, se rappelle Palipatine.

Dans l'ombre du sous-bois une silhouette approche. Quel monstre horrible l'île a-t-elle envoyé cette fois ? Est-ce un dinosaure préhistorique ? Un robot venu du futur ? Un animateur déguisé ? Un prof acariâtre ? Une horde de loups-zombies, ou pire, des jeunes de Clichy ?

Ho ! Ho !Ho ! rit le nouveau-venu.

Les trois humains braquent leur fusil dans sa direction. C'est un ours en peluche géant !

Pom ! Pom ! Pom ! Bonjour les enfants ! Est-ce que le marchand de sable est déjà passé ?

Arggh ! s'étrangle Palipatine. C'est Nounours ! Fuyez ! Il est trop fort pour les êtres de ce monde !

Est-ce déjà la fin pour nos trois explorateurs ? Sortiront-ils vivants de cette rencontre avec le troisième type (la Créature et le robot étant les deux premiers types) ? Le fils de Marie est-il un garçon ou une fille ? Les 35 heures sont-elles en application sur l'île ? Pourquoi les enfants oublient toujours de ranger leur chambre ? Pourquoi les briques de jus de raisin sont-elles remplies à ras-bord ? Pour qu'on en foute partout quand on les ouvre ?

Toutes les réponses, dans les prochains chapitres.

1 Pardon, en français « pardon ». Du latin pardonnius qui signifiait « dans un mois », en hommage au dieu romain Pardonnius qui pardonnait à ses ennemis un mois après les avoir tués (ce qui leur faisait une belle jambe)

2 Loin, du grec lonois qui signifie « pas proche ».

3 Nous présentons nos excuses au lecteur attentif qui aura remarqué que l'auteur, dans une crise aigüe de schizophrénie, a écrit n'importe quoi en notes de bas de page, juste pour faire croire qu'il avait de la culture.

4 René Descartes, Méditations métaphysiques

5 René Descartes, in Correspondance avec la princesse Elisabeth

6 Piles vendues séparément

7 Nuls ! Ils savent même pas compter jusqu'à deux les robots du futur.

8 S'il n'y a qu'un camp qui se bat, le terme politique dans notre jargon pour désigner ça c'est un « massacre ». (Note de Palipatine)

9 Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, J-J Rousseau