Episode 3

Trois femmes et des dolmens par un soir d'été

Où est-elle ?

Elle s'enfonce dans les eaux agitées de la mer. Elle ne peut plus respirer. Autour d'elle, tout est rouge, comme si une mare de sang l'emprisonnait. Elle chute. L'Océan l'entraîne vers le fond. Tout est lourd. Elle ne peut plus bouger. Ses mouvements ralentissent. Le décor vire progressivement du rouge au noir puis tout s'éteint. Réveil !

Julie Lascaux se réveille en sueur dans sa tente. Tremblante, elle cherche à retrouver son souffle. Encore ce rêve. Ce rêve qu'elle fait depuis toute petite et qui revient, de plus en plus fréquemment. Et à chaque fois, l'histoire lui semble davantage réelle, comme si elle l'avait vécu…il y a longtemps…la semaine dernière…

Dans la jungle tropicale, le trio d'explorateurs a réussi à fuir la menace. Mac s'arrête, essoufflé, et dévisse sa gourde. Nio et Palipatine l'imitent. Bizarrement ils ne sont pas fatigués, mais Gyvère ne le remarque pas. Il boit quelques gorgées.

Bon dieu ! Qu'est-ce que c'était ?

Un ours, répond Palipatine. Mais pas n'importe quel ours.

Mais depuis quand trouve-t-on des ours en peluche vivants dans la jungle ? s'interroge Mac.

Depuis dix minutes environ.

Gyvère s'interrompt. Devant lui se dresse une flèche rocheuse.

Regardez ! Dans notre hâte, nous nous sommes rapprochés du plus haut sommet de l'île.

Il faudrait le nommer, pour les cartes, propose Palipatine.

C'est vrai. Nous l'appellerons Mont Espoir, propose Mac, poète entre deux réparations.

Je trouve que Mont Désespoir irait mieux avec le reste.

Justement ! Entre le territoire sombre, la bouche des Enfers, le fleuve de la mort, la prairie de la désolation, la tente de Mulden, la forêt maudite, le cimetière hanté, la carlingue d'avion déchiquetée, le pays des mort-vivants, le Tartare, la caverne démoniaque, la trappe maléfique et la route des ténèbres…je sens un manque d'optimisme flagrant, le sentiment qu'on va tous mourir ici et ce serait moyennement cool voire médiocre.

D'accord Mont Espoir, griffonne Palipatine sur la nappe qui sert de carte. Et il est situé dans la direction (regarde la boussole) nord-sud-est-ouest par rapport au camp.

Les humains marchent encore quelques deux mille mètres.

Vous avez vu ça ?! s'exclame Mac. On a mis qu'une ligne pour courir deux mille mètres. Je vais m'inscrire aux jeux olympiques dès mon retour…

Les rescapés touchent au but. Devant eux se dresse le Mont « Espoir/Désespoir/Ne se prononce pas ». Une formation rocheuse effilée datant de l'ère Jurassique ou de la semaine dernière. 9000 mètres de haut, c'est haut, mais ça pourrait être pire.

J'ai amené des combinaisons de plongée et des bouteilles, annonce Mac.

Mais, dit Palipatine en fronçant un sourcil interrogateur. On va pas faire de plongée sous-marine.

Non. Les bouteilles c'est pour picoler quand on sera arrivé au sommet. Il nous faut d'abord entamer l'escalade.

Oui, reprend Palipatine. Puisque les escaliers sont en panne, je suggère qu'on prenne l'ascenseur.

Ki ji oh oh ! dit Nio en désignant les écriteaux.

Divers panneaux jonchent les murs du couloir menant à l'ascenseur.

Risque de mort ! Pas plus d'une personne à la fois ! On ne grignote pas pendant le trajet ! Attention à l'abominable homme des neiges ! Chien méchant ! Chalet d'hiver de la Créature ! Il n'y a pas de bunker secret en haut de la montagne, pas la peine de monter !

Je vais monter, déclare Mac. Vous deux, vous pouvez installer cet émetteur-relais en bas de la montagne. Si on obtient un signal feedback en haut de la montagne il transitera via le réseau jusqu'au camp. Et si vous comprenez rien à mon langage technique c'est normal… je suis intelligent, et pas vous.

Allez-y sans crainte, répond Palipatine. Et faîtes attention à la vitre transparente.

Quelle vitre ?

BENG !!!

Celle-là.

Mac monte dans l'ascenseur. Il n'y a que deux boutons. Haut et bas. Il teste tous les boutons jusqu'à découvrir celui qui l'emmènera au sommet de la montagne.

En bas, Palipatine complote dans l'ombre. Mais dans l'ombre on voit rien, et il faut qu'il branche ce foutu relais, donc il vient comploter en pleine lumière.

Alors dîtes-moi Nio, ça va ?

Yo ha.

Vous avez une fiancée vous ?

Yo ha.

Et par hasard…vous auriez pas fait un rêve où vous la voyez mourir brutalement ?

Noketena tcheï.

Je vois…mais il existe un moyen de la sauver. Autrefois existait un site, qui enseignait comment contrôler la vie…

Et la conversation continue sans qu'aucun des deux interlocuteurs ne réalise que l'autre ne comprend rien à ce qu'il dit.

En haut de la montagne, un vent violent souffle, soulevant des bourrasques de neige. Mac est déjà entièrement recouvert de givre. Il ne doit la vie sauve qu'à sa combinaison. Un yéti a bien essayé de lui vendre un parapluie mais il ne s'est pas laissé avoir. Gyvère avance à pas lents, ralenti par la couche neigeuse qui lui arrive jusqu'à la taille. Il gravit péniblement les derniers mètres qui le séparent du sommet. Puis il plante le drapeau américain (Mulden a parié que ça attirerait les martiens).

Ensuite, il se souvient de la radio. Mac déballe tout son matériel, malgré la tempête qui souffle rageusement (celle-ci n'ayant pas été vaccinée contre la rage). Il monte l'émetteur radio en un temps record puis commence à émettre (normal pour un émetteur).

Tout à coup PAAF !!!

Quelqu'un vient d'assommer brutalement l'innocent technicien. Le mystérieux agresseur en profite pour voler la radio. Il oublie derrière lui son tricorne mais ne s'en soucie pas. Personne ne le soupçonnera.

Mac Gyvère reste étendu dans la neige, à la merci du premier prédateur venu.

Au campement, Julie sent que quelque chose va mal. Son intuition lui souffle que le lait est resté trop longtemps sur le feu. Il va déborder. Vite. Elle attrape la casserole et la retire de la plaque chauffante.

FLASHBACK 1 mois avant

T'as pas peur que la casserole déborde ?

C'est bon je vais voir.

Le jeune et beau procureur de la République Sacha Touille, en peignoir, se hâte d'aller retirer le lait bouillant. Pendant ce temps, Julie Lascaux reste tranquillement au lit. Son amant revient.

Alors tu as réfléchi ?

A quoi ? demande Julie l'air innocente.

Je te donne un indice. La bague orné d'un diamant (qui m'a coûté une fortune cela dit en passant) que tu portes au doigt.

Ahhh le mariage… (encore un truc de mec)

Oui ! Ca fait deux ans qu'on est ensemble. On vit ensemble. Faudrait peut-être savoir où on va…

Oui je vois bien Sacha mais tu vois…je ne connais ni mon père ni ma mère ni mon grand-père ni ma grand-mère ni la femme du boulanger…je ne sais pas d'où je viens…en plus il paraît que je viens d'une île maudite…et pas ce soir j'ai la migraine, même si on est le matin…bref tu comprends…

Non, pas du tout.

Tant que je ne saurai pas d'où je viens, je ne pourrais pas m'engager sérieusement dans quelque chose.

Ah ouais ? Quand tu t'es engagée dans la police t'as pas attendu. Quand t'es venue coucher avec moi t'as pas attendu. Quand t'as acheté notre super maison à crédit, t'as pas attendu. Quand tu t'es convertie à l'arianisme, t'as pas attendu. Il y a seulement la fois où t'as pris le bus que je t'ai vu attendre (parce que les bus sont toujours en retard).

FIN DU FLASHBACK

Tout le monde raconte que je ne suis pas française. Lors d'une tempête, un bateau accosta sur une île inconnue. Quelqu'un trouva mon berceau abandonné sur la plage et l'emmena à l'orphelinat le plus proche. D'après les témoignages dont j'ai hérité, cette île d'où je viens pourrait très bien être cette île, sur laquelle nous avons échoué.

Vous comprenez vieille femme ? demande Julie à une vieille femme.

Moi je comprends surtout une chose. Depuis que tu es revenu sur l'île, la mort rôde. Tu as ramené avec toi la chaos et la désolation !!

Quoi ? Mais…vous n'en savez rien. On est tous arrivés en même temps. Et il y avait des monstres avant que l'avion ne se crashe !! tempête Julie.

Euh oui…en effet…mais on aimerait bien pendre quelqu'un en public pour expier la terreur collective…voyez…une sorte de bouc émissaire…et une conne dans votre genre ferait parfaitement l'affaire.

On verra ça plus tard. Pour l'instant je crois que vous avez une promesse à tenir.

Je ne me rappelle pas…

Alors suivez bien ce flashback.

FLASHBACK Les deux dernières semaines

Julie harcèle la vieille femme chez elle.

Ecoutez ! Je sais que c'est vous qui vous êtes occupée de mon dossier lors de mon adoption. Vous devez me dire qui sont mes vrais parents.

Vos « vrais » parents sont ceux qui vous ont élevée, pas ceux qui vous ont abandonnée.

M'en fous ! Moi je veux savoir qui sont mes ancêtres biologiques.

Techniquement on descend tous des singes…

Julie harcèle la vieille femme à son club de bridge.

Vous devez me dire qui sont mes parents. Sinon je vous colle une garde à vue.

Laisse tomber j'ai déjà un garde-malade…

Julie la harcèle au marché.

Donnez-moi un nom. Voire deux !

Faîtes-moi confiance. Ce secret pourrait vous détruire. Vous ne voulez pas le savoir.

Mais si je veux le savoir, puisque j'arrête pas de te suivre.

Ah, je croyais que c'était juste pour le plaisir de m'embêter…

Julie la combat jusque dans les magasins de vêtements.

Donnez-moi cette jupe. Elle ira mieux sur moi que sur vous.

Nan ! Je l'ai vu la première !!

Julie la poursuit jusque dans l'avion (vol 816 pour Paris)

Vous devez me dire qui sont mes véritables parents.

Bon écoutez…Je ne vous le révèlerai jamais à moins que…

A moins que quoi ?

A moins que cet avion ne s'écrase sur l'île dont vous êtes originaire et que nous survivions toutes les deux.

FIN DU FLASHBACK

Alors !!!!!!!!!!

Très bien, je vais vous le dire…admet la vieille femme.

Subitement le Monstre de l'île surgit de la forêt et se rue à toute allure vers les deux humaines. Visiblement il est payé pour tuer les gens qui révèlent trop vite les secrets.

Vite ! hurle Julie. Dîtes-moi tout ce que vous savez avant que ce Monstre ne vous dévore.

Mais…je sais rien…Le marin qui a trouvé votre berceau n'a jamais rencontré vos géniteurs. Comme il n'y avait pas d'identifiant sur vous, on a marqué « parents inconnus » dans le dossier.

Mais pourquoi ne me l'avez-vous pas dit plus tôt ?! crie Lascaux, presque hystérique.

Pour vous faire marcher ! On a fait des paris avec les copines du club sur le temps que vous tiendriez.

CHCROUPT !!

Les mâchoires d'acier viennent de se refermer.

Une comique en moins.

Le Monstre s'en va à pas lents, délaissant une Julie effondrée.

Oh mon Dieu…qu'est-ce que j'ai fait ?

Réponse dans le flashback suivant !

FLASHBACK 20 minutes avant le crash

Bon écoutez, dit la vieille femme. Je ne vous le révèlerai jamais à moins que…

A moins que quoi ?

A moins que cet avion ne s'écrase sur l'île dont vous êtes originaire et que nous survivions toutes les deux.

Mais c'est impossible…

Julie s'éloigne rapidement et s'assoit rageusement dans son siège. C'est fini ! Cette tête de mule n'acceptera jamais de parler. Elle ne connaîtra jamais…

Tiens ! On dirait que l'avion est en train de survoler une île ! Pourtant, elle n'est indiquée sur aucune carte.

Mademoiselle !

Une voix la tire de ses réflexions. C'est le président Palipatine, en personne, qui lui parle.

Qu'y a-t-il président ?

J'ai fini de lire tous les magasines que j'avais emmené. Puis-je échanger les miens contre les vôtres ?

Bien sûr.

Julie lui donne ses revues féminines et en échange elle reçoit un étrange manuel technique « Comment saboter les moteurs d'un avion en plein vol avec seulement une perceuse ? »

Vous avez remarqué ? demande Palipatine. On survole une île inconnue et en plus un passager a oublié sa perceuse dans les toilettes, juste à côté de la salle des moteurs.

FIN DU FLASHBACK

Peu importe ! Je suis un policier ! Je dois maintenant me comporter en policier.

Julie va voir Mulden.

En tant qu'agent du FBI, vous ne croyez pas que vous devriez vous bouger le train ?

Quoi ? Où ça un train ?

Je veux dire que vous devriez enquêter sur tous les meurtres qui ont eu lieu depuis notre arrivée. Le pilote ! Et tous ces innocents !

Ben…c'est-à-dire que mon principal suspect est un monstre de six mètres de haut…je sais pas encore s'il pourra être jugé comme un animal ou un homme…

C'est ridicule ! le réprimande Lascaux. Vous n'avez pas remarqué qu'à chaque meurtre, un menhir se met à saigner.

Un menhir sanglant ? Où ça ?

Dans la clairière où 48 menhirs sont alignés en rond. Vous avez vraiment l'impression que tout ceci n'est qu'un hasard ?

Non en effet. Les extra-terrestres doivent être derrière tout ça. Je vais enquêter…juste après ma sieste.

Merci inspecteur, je savais que vous me comprendriez. Vous n'êtes pas comme mon balourd de fiancé, procureur de la république, qui m'aurait dit de ne pas enquêter sur cette affaire. Comme quoi j'aurais pu être influencé par mes sentiments personnels…n'importe quoi…Si ça se trouve il dort à l'heure qu'il est !

ZZzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz, répond Mulden.

Mon fiancé est un vrai salaud, possessif, conservateur, coincé, lourd, jaloux. Une fois il m'a obligé à reboutonner ma chemise ouverte sous prétexte qu'il neigeait. Il m'oblige à mettre un chapeau pour cacher mes cheveux, pendant les canicules. C'est limite s'il me fait pas porter le voile et le chat d'or ! Il m'interdit de mettre des mini-jupes qui font moins de quinze centimètres. Il m'interdit de mettre des vêtements transparents quand je vais travailler en banlieue. S'il était là, je suis sûr qu'il m'interdirait de me balader en string sur la plage devant le Monstre.

Zzzzzzzz

D'accord je vais interroger les suspects. Si ce Monstre est capable de conduire un camion, c'est probablement quelqu'un qui porte un costume.

Sur la plage où l'avion s'est crashé, Dana examine un homme, cloué à un arbre par un morceau de métal qui le transperce.

Hum…ne vous affolez surtout pas si je vous dis que vous êtes condamné.

D'accord, répond bravement l'homme.

Vous êtes condamné !!

Quoi ?!! Vous ne pouvez rien faire ?! Mais je vais mourir !!!

En réalité. Cette immense écharde métallique a complètement traversé vos tissus : les muscles, les os, les poumons, l'intestin, la colonne vertébrale, la peau…et plein de trucs qui portent un nom latin…

Et alors ?

Si on l'enlève, vous allez vous effondrer sur le champ.

Mais je vais mourir alors…

Non. Au moment de l'impact le métal était bouillant. Les contours de la plaie ont été cautérisés instantanément, un peu comme si vous aviez pris un coup de laser.

Julie arrive sur les lieux.

Est-ce que je pourrais l'interroger ?

Je ne sais pas, il est encore faible, répond le docteur. Faudrait éviter de le…

D'accord.

Lascaux approche et secoue le malheureux.

Tu vas parler !! Tu vas parler !! Tu vas avouer !!!

Quoi ?

La policière lui plante un projecteur 2000 watts dans les yeux.

Tes complices ont déjà tout balancé ! Et ils t'ont désigné comme le cerveau alors avoue !!!

Mais quoi ?

Julie lui colle son revolver contre la tempe.

T'étais où le premier soir après le crash?

Ici.

Et quand on a retrouvé le pilote ?

Ici.

Et quand un camion a failli écraser deux gamins ?

Ici.

Et quand le Monstre a dévoré la vieille femme ?

Là.

Haha !! Tu ne sais plus très bien. Ici ou là ? La vérité est-elle ailleurs ? Qu'est-ce que t'as mangé à midi ? Quelqu'un peut en témoigner ? Non ! Tu t'embrouilles…Pourquoi t'es parti papa ? C'est quoi ton alibi ?

Allons allons commandant, intervient Dana. Vous voyez bien que vous le fatiguez…vous devriez boire une bonne soupe pleine de somnifères.

Non je continuerai jusqu'à…

C'est bon ! C'est bon ! J'avoue !! hurle le malheureux. C'est moi qui dirige le trafic de drogue sur Paris depuis un an. Mais je voulais pas !! Au début c'était juste pour gagner de l'argent malhonnêtement sans me fatiguer. Quand j'ai vu que tous les drogués finissaient à l'hôpital psychiatrique, en prison ou à la morgue, j'ai pas compris qu'il y avait un lien avec la drogue. Je suis pas responsable de toutes ces vies détruites…c'est…c'est la faute des médecins qui ont oublié de dire que c'était dangereux…

Ils l'ont dit, réplique Dana. Bon finalement je crois que je vais vous laisser là, sans surveillance, avec Julie…

Deux heures (et quelques coups bien placés) plus tard. Lascaux poursuit son enquête. Bizarrement, il y a quatre puissantes familles qui se sont installées sur l'île depuis au moins…3 jours (depuis le crash en fait). Plus étrange encore, les victimes proviennent toutes de ces quatre familles.

Julie pénètre dans la demeure familiale des Vieuxbof. Une immense propriété de 2000 mètres carrés (où on voudrait passer l'été) entourée par des hectares de vignes.

Wah ! C'est grand chez vous.

Oui, répond le maître de maison Wilfried.

Et où avez-vous trouvé ça dans les décombres de l'avion ?

C'est Mac qui l'a bâti à partir des plans enregistrés dans mon ordinateur portable.

Hum. C'est amusant. Les quatre familles de l'île sont subitement devenues riches il y a trente ans, sans explication.

Et alors ? demande Wilfried.

Rien.

Comment ça rien ? Vous êtes en train d'insinuer quelque chose là !!! Ne mentez pas ! Je le lis dans vos yeux. Vous croyez quoi ? Qu'il y a trente ans nous avons tiré des torpilles, par erreur, sur un bateau de pilleurs de banques et que nous avons ensuite subtilisé leur magot ?

Euh non…je pensais que vous aviez gagné au loto.

Ah oui, vous avez parfaitement raison, répond Wilfried.

Julie va ensuite à l'usine de porcelaine des Canement. En entrant elle se heurte à Lorie.

Oups ! Pardon madame la policière, s'excuse la jeune Canement.

Ce n'est rien. Mais dîtes-moi, que faisiez-vous chez les Canement jeune Canement ?

Ben c'est ma famille. Je vis ici, explique Lorie.

Ah…donc vous venez d'une famille riche, puissante et célèbre.

Oui, pourquoi ? C'est un crime ?

Oui…euh…je veux dire non. Mais en regardant la télé j'avais cru comprendre que vous veniez d'une famille pauvre/à problèmes/en prison et que vous étiez devenue championne de chant par votre seule volonté et votre talent.

Ouais, on a juste oublié de dire que mon père était le réalisateur, ma mère productrice, mon oncle pdg d'une boîte de disques, et qu'on m'avait payé des cours de chant.

Pourquoi ?

Il faut que les spectateurs puissent se reconnaître en moi. Qu'ils croient que n'importe qui peut gagner mon concours et devenir célèbre. On m'a inventé une histoire, comme ça t'as soixante millions de crétins qui bavent devant l'émission en croyant qu'ils pourraient être à ma place.1

Mais !!! Mais…cette méthode est géniale !! s'exclame Julie.

Ben oui. Comment croyez-vous que mon frère Moktar est devenu une star ?

Moktar le barbare ?!! L'interprète de « nique la police » ! De « j'aime pas la police » ! De « Aux chiottes la police » ! De « la police nique sa mer » ! Et de « la police en short à St-Tropez » !! Le chanteur qui a vendu le plus de disques l'année dernière.

Oui. Il s'appelait Jacques-Henri Canement et il a jamais rien foutu de sa vie. Donc on lui a trouvé un surnom (qui fasse davantage peur, c'était pas dur), un costume de racaille (pour faire croire aux jeunes que c'est une racaille), une multitude de jeunes femmes lascives à fortes poitrines déshabillées (pour qu'on regarde le clip) et un casier judiciaire (pour qu'il range ses affaires dedans, pendant la récré).

Julie, perturbée par tant de révélations, continue avec le château des De Beurrenoir.

Je cherche monsieur Beurrenoir.

De Beurrenoir, pour vous servir, répond le châtelain.

Ah, deux pour le prix d'un, j'ai de la chance. Pouvez-vous me dire si votre fils, la quatrième victime du Monstre, était bien votre fils ?

Oui.

Alors dîtes-le.

Oui mon fils était mon fils…

Très bien. Maintenant, est-ce que vous voyez un point commun entre toutes les victimes du sérial killer qui sévit sur l'île ?

Le châtelain réfléchit profondément.

Hum…non…à part le fait qu'ils étaient tous dans la même équipe de rugby qui a violé une innocente jeune fille, il y a dix ans, et l'a laissé pour morte…je vois pas !

D'accord. Merci monsieur.

En sortant du château, Julie a un choc.

Oh non !! Quelqu'un a crevé mes pneus, volé mes enjoliveurs, piqué l'auto-radio et mis le feu à ma voiture.

Puis elle réalise.

Mais au fait…j'ai pas de voiture

Julie interpelle un passant. C'est un homme de six mètres de haut, avec des pattes de tyrannosaure, une gueule immense remplie de crocs acérés. Il porte un imperméable et une casquette, ainsi personne, pas même les lecteurs n'ont réalisé que c'était le Monstre. La Créature tente de cacher précipitamment un auto-radio dans sa poche mais Julie est plus rapide.

Hep monsieur !!

Oui ?

Vous n'avez vu personne de bizarre rôder dans les parages, et en particulier autour de la voiture du châtelain. ?

Heu non…quoique, maintenant que vous m'y faîtes penser. Il y avait un jeune arabe, barbu, islamiste, en bande, avec un casier, qui tournait autour…

Merci de votre aide, vous pouvez circuler.

Tandis que Julie va interroger la quatrième maison qui vit dans une superbe famille, Mac Gyvère se réveille dans une grotte gelée, à 9000 mètres d'altitude. Il ouvre difficilement les yeux, les cligne pour chasser le givre qui s'est déposé sur ses paupières. Le technicien essaie d'aspirer de l'air. Le froid gèle ses poumons. Il expire. Sa buée se change aussitôt en glaçons, lesquels tombent dans un verre repli d'alcool.

Mac réalise qu'il est à l'envers. Ses pieds sont collés au plafond par une épaisse couche de glace. En-dessous de lui, défile un tapis roulant avec des verres. Visiblement, celui qui l'a capturé veut le transformer en machine à glaçons. Mais cela ne se passera pas comme ça. A quelques mètres de lui, Gyvère voit son couteau laser traîner dans la neige. Il pourrait l'atteindre s'il avait un bras de quatre mètres.

Des hurlements de bête féroce se font entendre. Une tête de dromadaire vole à travers la caverne, en laissant une giclée de sang frais derrière elle. Des pas inquiétants retentissent. Mac risque un œil vers l'entrée. On dirait bien que c'est la Créature de l'île. Elle porte une grosse fourrure blanche et un autoradio à la main.

Il faut fuir ! Et rapidement ! Notre héros essaye de s'étendre au maximum pour saisir son couteau laser mais il n'y parvient pas. Alors il se détend. Le seul moyen d'attirer son objet à lui serait d'utiliser la force (d'attraction) mais il n'a pas de trou noir sous la main. Il faut un nouveau plan. Trop tard ! Le Monstre l'a vu. La Créature se précipite vers l'humain avec la ferme intention de faire un « CHCROUPT !! » sonore.

Gyvère attrape sa ceinture. Il ouvre sa montre avec les dents. L'animal se rapproche. L'humain enroule un fil électrique qui pendouille de son pull autour de la ceinture métallique, et le branche sur les piles de la montre. Le courant électrique se répand instantanément et par effet d'induction la ceinture devient aimantée.

Le couteau laser est attiré par le champ magnétique. Il vole à travers la pièce. Mac s'en saisit, puis il détruit la gangue de glace qui le maintenait prisonnier. L'humain tombe à terre. Le Monstre n'est plus qu'à un mètre de lui, et l'arme de poing de Gyvère pourra à peine entailler son épaisse fourrure. Le technicien lui lance alors sa ceinture. La Créature l'attrape. Comme c'est un aimant super puissant, il attire tous les objets métalliques de la pièce. L'auto-radio, la télévision, le magnétoscope, le lecteur DVD, la chaîne hi-fi, l'ordinateur et la batterie de cuisine volent à travers la pièce et vont s'écraser sur la Créature qui se retrouve au sol, écrasée par le poids de ses larcins comme devrait l'être sa conscience.

Mac s'enfuit de la grotte. En bon héros américain (écossais), il pense à se retourner pour lancer un dernier sermon moraliste à son adversaire (histoire de l'achever).

Et pour ta gouverne, sale Monstre. Sache que le crime ne paie pas. Et quand il paie, tu dois payer des impôts dessus, du coup il te reste plus rien…

La ceinture aimantée est si puissante que tout le stock d'appareils volés (cachés dans la salle d'à côté) atterrissent également sur le Monstre : téléviseurs, montres, robots assassins, téléphones portables, imprimantes laser, scanners, webcams, appareils photos numériques et un camion de trente-trois tonnes.

Mac Gyvère redescend tranquillement de la montagne avec l'ascenseur. Il réalise avec effroi que quelqu'un a saboté son relai-radio. Au même moment, Lascaux a terminé ses interrogatoires. Elle va au bar pour reprendre des forces. L'inspectrice est désespérée. Elle a pratiquement interrogé toute l'île mais personne n'a été capable de lui fournir une piste. Julie essaie d'attraper son 78ème verre de vodka quand une main l'arrête. C'est Palipatine.

Allons inspectrice. Dans quel état je vous trouve ?

Dans l'Etat de Louisiane jamais ! Il y a que de l'eau2…

Vous ne devriez pas boire avant de conduire.

Il y a pas de voiture sur une île déserte…, répond-elle complètement bourrée.

Certes mais vous conduisez une enquête. Ho ! Ho ! Humour…

Ah oui l'enquête, elle est belle l'enquête…

Vous n'avez aucune piste. Aucun soupçon ?

Non. Rien de rien. Vous pourriez pas m'aider ?

Hélas mademoiselle, je n'y connais en rien en matière de crime, je n'ai jamais été policier. Il y a trente ans j'étais vendeur de torpilles. Il y a vingt ans, je me suis écrasé sur une île déserte semblable à celle-là. Tous les rescapés sont morts à part moi et un bébé. Du coup j'ai changé de carrière, je suis devenu entraîneur de rugby. Finalement je suis devenu un honnête politicien et un président populaire.

Dans une clairière, il fait sombre. L'obscurité de la nuit est troublée par la pâle lueur de la lune. Un faisceau de lampe torche court sur les 48 menhirs installés en cercle. Sur plusieurs d'entre eux, un nom a été gravé, et de ce nom coule une traînée de sang.

C'est comme dans cette légende celtique « Cuculin le chien du forgeron ». C'est l'histoire d'un guerrier invincible qui devient le chien du forgeron…euh non…c'est pas ça. Quoi qu'il en soit, il n'y a que les extra-terrestres qui ont pu faire ça.

La lumière de la lampe électrique balaye encore quelques monolithes et Mulden s'interrompt brusquement. Il n'a pas rêvé. L'agent du FBI s'approche pour vérifier. Les noms et les symboles qui défilent sous ses yeux ne sont pas anodins.

Fox Mulden

Dana Scoliose

Mac Gyvère

Nio

Julie Lascaux

Lorie Canement

Jean-Jacques Rousseau

Peter Parking

Marie Cochet

Maradoninho

Palipatine

Tous ces noms ont un point commun. Ils ne sont pas celtiques. Une raison de plus de penser que les extra-terrestres ont organisé tout ça.

Qui a gravé ces noms sur les menhirs ? Le Monstre de l'île est-il un jeune délinquant ? Qui est le père de Julie ? Qui a assommé Mac Gyvère pour lui voler sa radio ? Qui est le plus salaud de tous les salauds de l'île ???

Si vous pensez que c'est Palipatine, tapez 1.

Si vous croyez que c'est Rousseau, tapez 2.

Si vous choisissez Bin Laden (parce que c'est un arabe), tapez 3.

Si vous pensez que c'est Julie Lascaux…

QUOI ??? hurle l'hystérique, ivre au dernier degré.

BING ! BANG ! PAFFF !!

…tapez pas !!

1 Suivant cette théorie commerciale, le personnage de Palipatine a été rajouté dans Loust pour être sûr que tous les dictateurs/psychopathes de la planète achèteraient le livre.

2 Elle soigne aussi mal ses blagues que ses enquêtes.