Chapitre 2 : Largage de boulet

C'est la seule raison pour laquelle les gens parlent avec moi au lycée. Je suis la cousine de Bill et Tom Kaulitz. Et évidemment, dès que les groupies sachent que je vais les voir, elle me demande de leur transmettre un message et de leur rapporter des autographes. Je m'en passerais bien. Dans ma famille, on me compare toujours à eux. Quand j'ai appris la guitare, on disait que c'était pour faire comme Tom. Quand j'ai eut un piercing, on disait que c'était pour ressembler à Bill. Tout le monde croit que je les admire. En fait, je les déteste. Ils sont bêtes, poseurs et prétentieux. Et leurs copains ne valent pas mieux. La seule chose qu'ils savent bien faire, c'est la musique. Mais je ne m'abaisserais jamais à leur avouer.

Ce putain de train me rapproche à chaque seconde de l'horreur. Nos parents respectifs pensent que le fait de nous retrouver ensemble deux semaines durant ne nous apportera que du bien. C'est sûr, ils vont s'ennuyer pendant deux semaines sans la promo, ça va leur faire du bien de se défouler sur moi. Et cette fois, je serais seule. Mon frère part à Berlin avec son meilleur ami, le traître. Mes parents vont aux sports d'hiver avec mon oncle et ma tante. Et le boulet, qu'est-ce qu'on en fait ? Oh bah, on va le refiler aux jumeaux, ils vont être heureux, tiens.

Une voix nasillarde nous annonce que nous arrivons en gare de Hambourg. Dernières secondes de répis. Je me saisis de ma valise et de mon étui et je suis mes parents sur le quai en traînant les pieds. Ils sont là, avec leurs sourires de faux-cul et leurs coupes de cheveux merdiques. Bill a renoncé à son maquillage et à son gel coiffant, discrétion oblige. C'est vrai, des fois que des groupies traverseraient les rails pour se jeter sur lui. Il y aussi Georg et Gustav. Tout aussi faux-culs que les deux autres. Et puis ma tante et son mari sont là, tout contents, avec leurs sourires aussi larges qu'une tranche de pastèque. Il ne me semble pas nécessaire de relater les échanges de politesse entre ma mère et ma tante (« C'que t'as minci… » « Il sent bon ton parfum ! » « Tu t'es fait une coloration ? ») et les boutades idiotes et de mon père et mon oncle… Mon frère échange déjà avec Tom une de leurs blagues débiles. Moi, je reste dans mon coin.

- Eh bien Maëllys, tu ne dis pas bonjour à tes cousins et à leurs amis ?

Plutôt me jeter sous les roues du train qui arrive.
Tu es une gentille fille, serviable, généreuse et faux-cul, ne l'oublie pas.
Le type qui a inventé la conscience était un idiot pur et simple.

Je me dirige vers Tom avec un sourire crispé. En me serrent contre lui, cet idiot me glisse à l'oreille : « Jolie jupe ». Je ne sais pas ce qui m'a pris ce matin de mettre l'unique jupon transparent de ma garde robe. Je me dégage vite de ses bras et de ses mains trop baladeuses pour me faire étreindre par Bill. Ouf, lui ne me prend que quelques secondes dans ses bras. Georg s'en donne par contre à cœur joie et m'étrangle à moitié, avec un enthousiasme à peine surfait. Gustav se contente (fort heureusement) d'une brève étreinte.
Les parents ont l'air contents. Maël peut prendre son train pour Berlin, les adultes peuvent partir vers le Danemark en toute tranquillité. Largage du boulet réussi.

Une dernière étreinte et tout le monde est parti. C'est parti pour 2 semaines avec ces crétins.

Dans la voiture, l'ambiance est tendue. Je suis coincée entre les deux jumeaux pendant que Gustav, à l'avant, rappelle en permanence à Georg de regarder la route. Il conduit comme un pied. Les deux autres à côté de moi ont des poignées pour se tenir, mais moi, je n'ai que d'autre choix que de me retenir à eux. Bill a l'air assez exaspéré… peut-être parce je froisse sa belle veste… oooh, pauvre chou… c'est ça ou je m'écrase sur le pare-brise.

Le 4x4 s'engage dans les quartiers super chics de Hambourg. Je suis impressionné. Les bâtiments déborde de luxe à chaque étage, le trottoir semble flamboyer avec le tapis rouge des hôtels. Ils n'habitent pas dans ce quartier tout de même ? La dernière fois que je suis allée chez eux, c'était à Magdeburg, et ça n'avait rien à voir.

Arrivée à l'intérieur de leur appart, tout en haut d'un immeuble immense, le souffle me manque. Cet appart est… gigantesque. La salle de séjour fait la taille du terrain de basket de mon lycée. C'est tout simplement dingue.

Je suis là, bouche bée, plantée sur le seuil.

- Bon, tu bouges ?

Oups… je gêne le passage de Messire Bill Kaulitz.

- T'auras tout le temps d'admirer l'appart pendant ces deux semaines.

Si sa sympathie pouvait l'étouffer…
Tom, un tout petit peu plus aimable que son jumeau, daigne de me montrer ma chambre pour que je m'installe.

- Wow…

Cette chambre est aussi surdimensionnée que l'appartement. La déco est assez moderne, la moquette à l'air moelleuse et le lit est aussi grand que celui d'une princesse.

- Je te laisse t'installer.

Et il me plante là, disproportionnée à travers cette pièce bien trop grande. Je traîne ma valise à l'intérieur. A Magdeburg, je dormais sur un matelas dans le salon. Là, j'ai un lit d'impératrice. A Magdeburg, je me faisais réveiller aux aurores par les jumeaux affamés. Ici, je sens que je vais pouvoir enfin faire la grasse mat' jusque dans l'après-midi.