Je le croyais. Mais j'ai dû me gourer quelque part dans mon itinéraire, car je ne reconnais pas la rue dans laquelle je me trouve. Il y fait plutôt sombre… la lueur orangée des lampadaires n'éclaire rien, même pas le sol sur lequel je marche. Je devrais être arrivée depuis longtemps !
Chaque bruissement m'effraie. Il fait trop noir… La neige tombe un peu et mouille mes cheveux. Je n'avais pas besoin de ça pour avoir froid ! Ma veste aussi est mouillée.
J'ai
froid.
Je
suis perdue.
J'ai
peur.
Charmant
constat.
…
Comment
je fais pour être ironique dans des moments pareils ?
Sans
m'en rendre compte, je me suis mis à courir. Je n'ai
qu'une envie : rentrer à l'appart me blottir dans les
bras de l'un d'eux. Gustav, Bill, Tom ou Georg. N'importe qui.
Pourvu que ça me réchauffe et me rassure. J'aimerai
même que Maël fasse le voyage de Berlin jusqu'ici pour
venir me serrer dans ses bras.
Depuis
combien de temps j'ère dans ces rues désertes ?
Je n'ai aucune notion du temps. L'ambiance étouffante de
la boîte de nuit me semble si loin à présent.
J'aurai
dû y rester.
Je
cours de plus en plus vite. Je longe ce qui semble être un
stade…ou des maisons peut-être… Je ne sais pas. Ma veste se
prends dans un grillage et se déchire. En essayant de la
rattraper, je m'écorche la main. Tant pis pour la veste. Le
froid me frappe, semble donner des coups de couteau sur ma peau nue.
Et ma main laisse s'échapper une énormité de
sang.
Je n'arrête pas ma course pour autant. Je finirais bien par retrouver mon chemin ! Contre ma cuisse, je sens mon portable qui vibre. Quelle conne ! J'aurai pu les appeler ! Sans m'arrêter, je décroche et la voix de Gustav s'élève du combiné.
/Maëllys ! Où es-tu partie ? Ca va ?/
- Non ! Non…Je suis perdue ! J'ai peur Gustav !
/On va venir te chercher… t'es où ?/
- Ché pas… Y a un cimetière à côté je crois…
/J'arrive, reste dans les parages./
- Viens vit… aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !
J'ai trébuché, comme une conne. Et j'ai chu. Mais pas de manière aussi brutale que je l'aurais cru. En fait, je suis allongé dans une belle couche de neige. Mon portable est allé valser un peu plus loin. J'ai à peine le temps de tendre la main vers lui qu'un énorme pied chaussé de Vans s'écrase brutalement dessus. Phoque, morse et otarie ! (mes excuses à Madame Bardot).
- Bonsoir…
Je relève les yeux vers celui qui me fait face… quelque chose me dit qu'il ne veux pas vraiment du bien.
¤
- Maëllys ! Merde, réponds moi ! Maëllys !
Il y a un bruit étrange de sont côté. Comme si quelqu'un écrasait le téléphone. Et puis, plus rien. Ligne coupée. J'ai un très mauvais pressentiment. Je me tourne vers Bill, qui me regarde avec des yeux inquiets.
- Alors ?
- Alors on fonce au cimetière.
¤
- Alors, faut te donner combien pour une nuit ?
En fait, il n'y en pas qu'un seul. Ils sont trois. Trois mecs bourrés qui n'ont apparemment qu'une envie : moi.
Je n'ai plus peur. Non, en fait, je suis absolument terrifiée à l'idée de ce qu'ils pourraient me faire, ici, devant ce cimetière. Des images horribles se succèdent dans ma tête. Je ne veux pas que ça recommence. Pas une fois de plus. Pitié ! Pas une nouvelle fois !
L'un deux m'a relevé de force en me tirant par les cheveux. Il mord mon cou avec une sauvagerie qui me dégoûte. Je me débats, j'essaie de lui foutre un bon coup de pied. Mais un autre m'attrape et me plaque contre le mur. Il se colle à moi et commence à soulever ma jupe. Je déteste ça. Il fait des bruits répugnants en collant ses lèvres sur ma peau glacée. Je crie, j'ai peur, j'essaie de me dégager de son emprise, mais je suis trop faible. Il déchire mon haut et le jette dans la neige. Non ! NON !!
Gustav !!!! Où es-tu ???
¤
- Dépêche-toi !
Bill et moi, sommes en train de courir dans la nuit froide en direction du cimetière. Juste avant de perdre le contact avec Maëllys, j'ai entendu une voix d'homme. Et j'ai peur de ce qu'il pourrait lui faire.
Le cimetière n'est plus très loin. Moi, je n'entends que des cris de peur. C'est Maëllys ! J'en suis sûr ! Je force l'allure pour rattraper Bill qui, avec ses grandes jambes, a déjà tourné l'angle de la rue. Quand je le passe à mon tour, je vois mon ami se jeter sur un mec qui se décolle précipitamment d'une fille à moitié nue.
¤
Il va le faire, j'en suis sûre. Je n'ai plus la force de lutter. J'ai trop froid, je suis paralysée par la peur. Il faudrait un miracle pour que ça n'arrive pas…
Je n'y ai jamais cru. Ni au destin, ni à aucune religion. Même pas en moi. Mais quand j'ai vu une tornade noire se jeter sur mon agresseur, je me suis demandé si je n'allais pas me convertir. Je suis tombé à genoux, j'ai levé les yeux au ciel et je me suis écroulée dans la neige, le noir m'envahissant.
