Chapitre 10 : Pourquoi tu pleures ?

Avez-vous déjà ressenti ce sentiment de puissance incroyable et de suprématie suprême qui vous envahit quand un mec devient votre esclave personnel ? Moi oui. Tom se sent coupable d'avoir été bourré quand j'étais en danger. J'ai renoncé à le raisonner et je profite de la situation.
En gros, après avoir été aux petits soins avec moi à l'hôpital pendant 2 jours, j'ai effectué le trajet du retour dans ses bras, aussi bien dans la voiture de Georg que dans l'ascenseur.
Maintenant qu'on est arrivé à l'appart, il accède à tous mes désirs. J'ai beau lui dire qu'il est tout pardonné, il est têtu ce crétin.

- Tu veux que je te pose où ?
- Là, ça me va. J'peux me mouvoir normalement tu sais.
- Non, non. Tu veux que je te dépose dans ta chambre ? Où dans le salon ?
- Non, je veux que tu me lâches.
- Hors de question.
- Si.
- Non
- Si.
- Non.
- Si.
- D'accord.

Mais pourquoi il ne me lâche pas ce con ? Et pourquoi il m'emmène vers le balcon ? Qu'est-ce qu'il fait ?
Oh non…
Il m'approche du vide !

- Tu veux toujours que je te lâche ?
- NON !

Je m'accroche à lui comme je peux, je le serre contre moi. La vérité, c'est que j'ai une peur bleue du vide. Il n'y a rien qui me fait plus flipper. Me savoir à 40 mètres au dessus du sol ne me dérange pas… tant que je ne vois pas la terre en bas. A ce moment là, c'est la panique totale.

- Me lâche pas !
- Hola ! C'est bon ! Qu'est-ce que t'as, t'as le vertige ?

Pour tout réponse, j'enfonce un peu plus mes doigts dans sa peau.

- J'ai compris…

Il retourne dans l'appart et me dépose dans le canapé. Ouf ! J'avais oublié la sensation de quelque chose de moelleux sous les fesses… On dirait ce qu'on veut, mais les lits d'hopital, c'est comme la bouffe qu'on sert là-bas… c'est horriblement dur.

En parlant de bouffe, j'ai faim. Je me lève à regret du sofa douillet et me dirige vers la cuisine. Poum poum poum… qu'il y a-t-il dans ce frigo ?

OO

Des choses étranges qui ressemblent vaguement à des horribles moisissures…Yurk, le film d'horreur. Très peu pour moi.
Puisque le témoin n°1 (alias : le frigo) n'a rien donné, nous allons continuer la quête d'une nourriture mangeable dans cette cuisine… Témoin n°2 : les placards.
Oh yeah.
Le pot de nutella.
Mon meilleur ami.

¤

Après avoir dîner de tartines de nutella, je vais dans ma chambre. Je m'écroule sur le lit, avec la ferme intention de dormir. Mais les images qui me reviennent en tête m'en empêchent.
Ca a faillit recommencer. Comme il y a deux ans. Cela fait longtemps que ce cauchemar ne venait plus me hanter… mais il est revenu. Et j'ai peur.
Il doit bien avoir quelque chose qui puisse me rassurer… hum… mon mp3. A mon grand bonheur, il est juste à côté, sur la table de nuit. Je mets les écouteurs et tout de suite, la voix de Bono me chante :

« I can't believe the news today
Oh, I can't close my eyes
And make it go away… »

Sunday Bloody Sunday… pas vraiment adaptée…

Next : Vertigo. Mieux.Je me laisse bercer par la chanson de U2 quand, au milieu du deuxième couplet, la musique s'arrête.
« Low battery » me dit l'écran de mon mp3.
Triple merde.

Cette chambre trop grande et le vide tout autour me fait peur. Tout me fait peur. L'obscurité m'oppresse et m'écrase le cœur. Sans vraiment savoir pourquoi, je me mets à pleurer. Je serre mon oreiller contre moi, comme un gamin s'accrocherait à son doudou.
Ca ne change rien. J'ai toujours aussi peur.
J'entends des pas dans le couloir. J'imagine un homme immense venu me chercher… Ces pas… Non, pas lui… J'ai peur… Trop peur…

- Maëllys ?
- NON !

La lumière s'allume, et je découvre Tom sur le pas de la porte. Et je me rends compte à quel point je suis idiote.

- Tu pleures ?
- Non.

J'essuie d'un revers de main les larmes qui coulent sur mes joues. Je ne veux pas qu'il me voie aussi faible.

- Arrête… Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien.

Il s'approche et s'assoit sur le lit. J'essaie de cacher mon visage.

- Je ne te crois pas.
- Il n'y a rien, je te dis !
- Alors, pourquoi tu pleures ?
- Je ne pleure pas !
- Ne me mens pas.
- …

Sans un mot de plus, il m'attrape la main et me serre dans ses bras. C'est idiot, mais dans cette position, je me sens mieux. Ma respiration n'est plus saccadée et mon cœur se calme.

- Tu ne veux absolument rien me dire ?

Je secoue la tête négativement. Il soupire. Je dois paraître exaspérante, mais je suis trop honteuse pour avouer le mal qui me ronge.

- Allez, après une bonne nuit de sommeil, ça ira mieux. Dors bien.

Il se détache de moi avec un petit sourire. Mais moi je ne veux paaaas ! Je grogne un peu et le retiens.

- Aurais-tu besoin d'un doudou pour dormir ?

GLOUPS. Vu sous cet angle…

- Je ne peux pas dormir bien toute seule.

On dirait qu'il a compris. Il s'allonge sous la couette et m'attire contre lui. Là, je suis rassurée. Je pose ma tête dans le creux de son cou. Il me murmure à l'oreille :

- Comment tu faisais à l'hôpital ?
- Les infirmières me donnaient des calmants, et je m'endormais comme une pierre.
- C'est à cause de l'autre soir que tu as du mal à dormir ?
- … Oui et non.
- Comment ça ?

Devant son regard intrigué, je me sens obligée de lui expliquer.

- C'est seulement à cause de l'autre soir…

Il ne répond rien, il doit attendre que je continue. Je prends une grande inspiration et me jette à l'eau.

- Ca m'est déjà arrivé de me faire agresser le soir quand j'étais seule… sauf que la première fois… le type était seul…et… il… l'a vraiment fait…
- Quoi ?

Ma gorge se serre et les larmes coulent, encore une fois. C'est trop dur de me remémorer tous ces mauvais moments… et encore plus de les raconter.

- Je… il m'a… violée.

Ca y est, c'est sorti. Je ne l'avais jamais dit à personne. Même pas à mes parents, même pas à Maël, ni même à Emma. Mes larmes redoublent et coulent sur l'oreiller. Je me sens tellement honteuse de ce qui m'est arrivé… Et que Tom le sache maintenant.

- Lys… tu… tu ne l'as jamais dit ?
- Snirlf… jamais.
- Mais pourquoi ?
- J'avais… honte.
- Honte de quoi ? C'est le type qui a fait ça qui devrait avoir honte. Ne rejette pas la faute sur toi. Si je le trouve un jour, je te jure que je lui fais payer au centuple ce qu'il t'a fait.

Un petit sourire aux lèvres, il ajoute :

- Personne ne touche à ma petite Lys adorée.