S'il y a bien une chose qui ne changera jamais chez moi, c'est ma capacité à créer des catastrophes. Souvent provoquée par mon horrible habitude à me réveiller avec quelque chose dans la bouche.
Souvent, c'est une vieille peluche fripée qui sentait bon. Ou mon oreiller à qui j'ai fait des avances dans un de mes rêves pas très catholique. Parfois mon pouce dans un accès de nostalgie. Mais cette fois c'était tout autre chose.
C'était chaud. Doux. Délicieusement sucré. Et ça bougeait un peu.
J'ai ouvert les yeux… et dès que j'ai décroché ma mâchoire de ce que je suçait quelques secondes plus tôt, j'ai hurlé.
- Merde !
Putain mais je suis la reine des connes ! Merde ! Fait chié !
[Maëllys, soigne ton vocabulaire…
Fichtre ! Saperlotte ! Flûte !
Là, sur le cou de Tom, s'étale une énorme tache rouge suçoniforme.
- Gneurf…
Evidemment, j'ai réveillé mon cousin qui m'a servi de doudou pour la nuit. Il regarde moi qui regarde lui. Il a l'air de s'inquiéter.
- Qu'est que t'as ?
- … Vas voir dans le miroir…
Il grogne un peu mais se lève finalement. Dans le miroir, il regarde son reflet. Il ne semble pas voir le problème puisqu'il me dit :
- J'vois rien…
Je me mets derrière lui et lui déboîte le cou (exercice fort difficile vu ma taille de naine). Ah, je crois qu'il a vu puisqu'il ouvre de grands yeux et laisse échapper un « Scheisse » bien inspiré.
- C'est toi qui m'as fait ça ?
- Moui… Désolée.
- T'es trop douée… Les mecs vont s'imaginer des trucs pas nets…
Oh my God… J'imagine déjà la réaction de Bill…
- Attends, j'ai sûrement une écharpe.
En fait, j'en ai plusieurs. Mais cela m'étonnerait que Tom accepte de les porter. Je crois que j'en ai une noire, toute simple…
Après 10 minutes de recherche intensive, je mets la main sur l'objet salvateur.
- Tiens, voilà. Fais semblant de tousser et d'avoir mal à la gorge, ce sera plus crédible.
Il hoche la tête et enroule son cou dans l'étoffe que je lui tends. Il s'apprête à sortir de la chambre pour aller petit-déjeuner, quand il me vient à l'esprit quelque chose que je n'ai pas eu le temps de lui dire hier soir.
- Heu… Tom ?
- Oui ?
- Ce que je t'ai dit hier soir… S'il te plaît… Ne le dis à personne.
- D'accord.
Il m'embrasse sur le front et sort de la pièce.
¤
Quand j'arrive dans la cuisine quelques minutes après (le temps d'enfiler un bon pull et de faire craquer toutes mes articulations), j'entends Bill en train de s'inquiéter pour son frère qui a l'air… assez gêné.
- T'es sûr que ça va ?
- Oui…
- T'es sûr que tu veux pas aller chez le médecin ?
- Oui.
- T'es sûr que tu veux pas des médocs ?
- Oui !
- T'as pas de fièvre au moins ?
- Non !
- T'es sûr ?
- OUI, MERDE !
Aïe. Si Bill fait sa mère poule, on est dans une m… m… mélasse noire.
Je choisis bien le moment de mon entrée.
- Bonjour !
Tom me répond chaleureusement alors que Bill s'en fout : il regarde Tom avec des yeux inquiets.Je m'installe en silence à la table et me jette sur le paquet de céréales : je dois paraître naturelle et ne surtout pas éclater de rire dès que je croise le regard de Tom.
Gustav arrive à ce moment-là, frais et dispos, sortant visiblement de la douche, ne portant qu'un simple jean et une serviette autour du cou. :bave: Il est absolument… huuuum...
Je n'ai absolument rien dit.
Rien du tout.
Je ne fantasme sur personne.
Raaaaaaaaaaaa.
- Tom, si t'as mal à la gorge, le mieux à faire, c'est de manger du chocolat.
Putain. Je n'ai qu'une envie, c'est de le tuer sur place. C'est absolument faux. Mais comme il sait que Tom ne le sait pas, il le forcera à en boire, et Tom bien évidemment n'en voudra pas, et Gustav le forcera encore, et Tom refusera encore, et finira bien par avouer qu'il n'est pas malade, que l'écharpe est inutile… Et la supercherie sera découverte.
Et Gustav doit sûrement déjà la connaître, s'il a imaginé un plan pareil. Ou peut-être que c'est moi qui me fait trop d'idées.
En tout cas, on est dans une m… m… mélasse intersidérale.
Bon, on va jouer le tout pour le tout.
Je me lève, abandonnant mon (seul ?) ami le bol de céréales et j'attrape Gustav par le bras pour l'emmener dans le couloir.
Pas très fin, ni discret, mais bon, je n'ai pas son esprit machiavélique.
- A quoi tu joues ? Le chocolat n'a jamais calmé le mal de gorge ! Et tu sais que Tom déteste ça !
- Oh mon dieu, Hercule Poirot m'a percé à jour !
Je vais le frapper. Je le sens. Je vais le faire.
PAF !
Je l'ai fait.
- Hey mais t'es complètement dingue !
- C'est toi qui l'es !
- Ca va te tuer que Bill découvre ce que Tom a sur le cou ?
- Mais tu ne réfléchis pas ? Si il voit ça, non seulement Bill va être en colère parce que Tom lui a menti, mais en plus il va croire que Tom a couché avec une fille ! Et ça m'étonnerai que ça lui fasse plaisir après ce qui m'est arrivé…
Gustav me regarde avec des yeux ronds.
- Merde.
- Comme tu dis.
- J'y avais pas pensé.
- J'ai remarqué.
Un silence pesant s'installe.
…
Non en fait, il campe carrément ce silence.
- J'crois que j'ai fait une connerie.
- Oui.
- Tu me pardonnes ?
- T'es bon en maths ?
- Euh… oui… euh… Hein ?
- J'te pardonnes si tu m'expliques les fonctions, ok ?
- D'accord.
Qu'il est bon d'avoir un mec à ses pieds.
