Et un nouveau 'chapitre' de 'Un Shinobi: à côté'. Celui-ci est plutôt orienté angst. 'Sight (vue)' et 'Sixth sense' se passent entre les chapitres 21 et 24 de 'Un shinobi est un lycéen comme les autres'.


030.Death (mort) Iruka

La mort, c'est entendre ta mère qui crie soudainement et ton père qui jure.

La mort, c'est ne pas comprendre ce qu'il se passe depuis le siège arrière, et voir les lumières.

La mort, c'est ressentir des choses qui ne devraient pas être, rouler et se retourner et se crasher-s'écraser.

La mort, c'est un horrible, horrible bruit de métal grinçant et os brisés et verre éclaté et liquides bouillonnants.

La mort, c'est avoir un morceau de métal –ou était-ce du verre – planté dans le visage.

La mort, c'est rouge et épais et ça a une odeur métallique et ça colle.

La mort, c'est ne pas se rappeler et se demander où sont Papa et Mama.

La mort, c'est être sorti d'une carcasse métallique avec beaucoup de lumières et de gens qui crient autour.

La mort, c'est entendre les gens dire que tu es un miraculé.

La mort, c'est se réveiller dans une pièce blanche avec ta tante Alice/ton oncle Syd/ton oncle Franck à côté de toi.

La mort, c'est vingt et quelques points de suture qui grattent sur ton visage, un plâtre et beaucoup, beaucoup d'autres points de sutures partout ailleurs, même à l'intérieur.

La mort, c'est demander où sont Mama et Papa et ne pas comprendre pourquoi les gens évitent de te répondre et de te regarder.

La mort, c'est aller vivre avec tante Alice et oncle Syd et ta cousine Emily qui aime danser et bien s'habiller et ton cousin Shikamaru qui fait des trucs que font les bébés qui s'ennuient.

La mort, c'est retourner à la maison une seule fois, pour dire et montrer à tante Alice ce que tu veux garder.

La mort, c'est se rappeler finalement ce qu'il s'est passé – même s'ils disent que tu ne devrais pas pouvoir, même si tu ne comprends pas, et tu pleures la nuit quand personne d'autre n'est là, que personne d'autre ne peut entendre.

La mort, c'est une pierre carrée, froide et grise sous un arbre.

La mort, c'est aller voir un docteur deux fois par semaine pendant deux ans, puis une fois par semaine pour une autre année, et puis plus du tout.

La mort, c'est se rappeler les bruits à chaque fois que tu vois ton visage à jamais marqué dans un miroir.

La mort, c'est se rappeler le visage de tes parents grâce à une photo sur ta table de chevet, grâce aux cadres accrochés aux murs dans l'appartement d'Alice et Syd, juste au-dessus de l'appartement que tu appelais maison.

La mort, c'est voir le sourire triste de ton oncle Syd à chaque fois qu'il parle de sa petite sœur Margaret, de son beau-frère et meilleur ami.

La mort, c'est un vide.

La mort, c'est se demander ce qu'ils auraient pensé de toi.

La mort, c'est se demander s'ils t'auraient aimé moins s'ils t'avaient connu tel que tu es maintenant.


035.Sixth sense (sixième sense) Iruka

Il a l'impression qu'il a toujours eu ce… sens-en-plus, même s'il peut se souvenir qu'à un moment, ça n'était pas là. Et c'était un moment qui n'était pas si vieux que ça. Mais la différence entre avant qu'il puisse goûter/sentir/utiliser ça et après était toute floue. C'était un peu comme quand on arrêtait d'avoir le hoquet – on se souvient de quand on l'a, et d'un coup on se rends compte qu'on ne l'a plus et on se souviens pas de quand ça s'est arrêté. Mais le corps s'y est ajusté, et c'est normal.

'ça', c'était comme pouvoir voir sans les yeux, ressentir et toucher sans doigts. 'ça', c'était comme un autre sens fait d'un mix des cinq autres ensemble. C'était comme avoir un bras en plus qui serait un représentation mentale, un peu comme les dessinateurs représentaient la télépathie dans les comics qu'il achetait avec les autres au collège, et qu'il garde toujours sur un étagère.

Il ne sait pas s'il doit en avoir peur ou pas.

Il ne sait pas à qui il pourrait en parler.

Et puis, alors qu'il remplaçait son oncle Franck au bar pendant les vacances, deux jours après son dernier message sans réponse sur le portable de Kakashi, et il commençait à vraiment s'inquiéter, parce que Kakashi avait été un peu étrange lorsqu'il l'avait quitté à Noël, la dernière fois qu'il l'avait vu ; il les 'vit'.

Il 'vit-sentit' les deux mêmes hommes à nouveau dans la semaine. Et encore. Et encore.

Et il était temps qu'il retourne au lycée, et il savait à qui –si ce qui était là, si ce qui allait bien, si ce qui voulait toujours le voir- il fallait qu'il parle de tout ça.


040.Sight (vue) Itachi

Itachi ne comprends pas ce qu'il lui arrive.

Quelque chose est arrivé à sa vue, à ses yeux. C'est bizarre, ça lui donne mal à la tête, ça lui donne le vertige. Il s'est vu dans le miroir de la salle de bains une fois – la salle de bains dans la chambre qui lui a été donnée, dans cette vieille maison pleine de fantômes et de souvenirs qui n'appartient plus à sa famille. Cette maison est celle de son clan, avec des planchers et des tatamis et des peintures délicates sur des portes de papier de riz. Itachi se sent indigne de cet endroit – non, c'est tout ce qui reste de sa famille, lui compris, qui est indigne de cet endroit. Il pleura beaucoup, silencieusement, dans cette nouvelle chambre vide, loin d'où sont ses parents, les larmes brouillant sa vue.

Sa vue devenait trop perçante parfois, trop observante, trop calculatrice. Il pouvait comprendre les intentions derrière chacun des mouvements de sourcils de son père, derrière son visage impassible, derrière les yeux baissés de sa mère. Il souhaitait quelques fois s'être arraché les yeux cette nuit, devant sa maison qui brûlait – devant le corps à jamais immobile de son petit frère.

Il souhaitait qu'Anko soit là. Elle était restée à ses côté toute la nuit le 24, restée à côté de lui sur le banc de l'autre côté du mur vitré de la pièce où son petit frère agonisait, restée à ses côtés quand la ligne était devenue un ligne droite, restée à ses côtés quand il avait pleuré comme un homme brisé et silencieusement demandé les Enfers pour ses parents absents. Ils étaient d'abord sortis ensemble pour le fun et le scandale. Maintenant, il savait qu'elle était une amie, une vraie. Ca lui faisait tellement peur, ça faisait tellement longtemps qu'il avait coupé tous les liens qui pouvaient l'unir à qui que ce soit…

Son père avait refusé qu'elle vienne ici, qu'elle ait le droit d'entrer, et avait transmis ces ordres à la sécurité. Itachi était seul avec sa vue et ses pensées.

Il se souvenait que sa vue avait changé quand le bâtiment brûlait. Il se souvenait d'avoir été capable de voir la trajectoire des flammes, et les mouvements à l'intérieur du bâtiment. Il se souvenait avoir été capable de voir le corps de son frère là où lui et le … quoi ?… homme habillé en noir étaient tombés. Il se souvenait être assis sur le banc dans le couloir et être capable de voir le corps de son frère décliner – d'avoir été capable de voir l'énergie qui maintenait son cœur battant ralentir, et ralentir, et ralentir, d'avoir été capable de voir les poumons garder de moins en moins d'air avec chaque respiration, d'avoir été capable de voir le sang ralentir dans les veines, ralentir, et ralentir, et ralentir et finalement s'arrêter.

Le visage qui lui avait rendu son visage dans le miroir avait eu les yeux rouges – et pas seulement rouges d'avoir pleuré.