Grand Ordre & Prise de bec

Tous les élèves étaient installés à leur table quand les élèves de première année firent leur entrée dans la Grande Salle. On aurait pu les classer en deux catégories : Ceux qui avaient le nez en l'air pour observer avec émerveillement le plafond magique, et ceux qui regardaient partout à la fois tant ils étaient inquiets. Seule une petite fille aux lunettes carrées et à la démarche sûre ne manifestait pas la moindre crainte et semblait savoir exactement ce qui allait se passer. Le professeur Dumbledore arriva avec le Choixpeau Magique dans une main, fit apparaître un tabouret avec sa baguette et le posa dessus. La déchirure en forme de bouche s'ouvrit alors et, sous les yeux ébahis des futurs initiés, le chapeau commença sa chanson.

Et voici bientôt mille années

Que par les quatr' je fus choisi,

Pour sans faille déterminer

Le lieu reflétant votre esprit.

Noble est cet' tâche difficile,

Dans la bonn' maison vous irez

Je ne suis point un imbécile

Jamais je ne me suis trompé.

Taisez-vous, faites le silence,

Que je puisse faire le bon choix,

Car une mauvaise ordonnance

Pourrait causer votre trépas.

Gryffondor rime avec courage,

Et c'est ici que vous irez,

Si votre cœur brave l'orage,

Que vous réserv' la destinée.

Les Serdaigles sont réfléchis,

Vous en ferez votre maison

Si vous traitez avec mépris

Tout ce qui manque de raison.

Dans la maison des Poufsouffles,

On aim' le travail acharné

Car tout le reste n'est qu'esbroufe,

Qui jamais ne fait avancer.

Serpentard usait de malice,

Au risqu' de trahir son prochain

N'épargnant jamais aucun vice,

Pourvu qu'il parvienne à ses fins.

Coiffez- moi donc sur votre tête,

Ne manifestez pas d'émoi !

D'ici peu, vous serez moins bêtes

Car je fais toujours le bon choix.

La salle se mit alors à applaudir avec ferveur le Choixpeau, puis, lorsque le calme revint, Dumbledore déroula un parchemin où se trouvaient les noms des nouveaux arrivants et la répartition commença. Les discussions débutèrent également, mais de façon discrète. Certains prenaient des paris sur la maison où seraient envoyés les élèves, alors que d'autres racontaient leurs vacances. Le premier garçon à s'avancer n'aurait pas eu une expression différente si on lui avait annoncé que sa dernière heure était venue.

Celui-là, je suis sûr qu'il va aller à Poufsouffle, chuchota Phil. Il n'a pas la trempe pour aller à Gryffondor…

Serdaigle ! S'exclama le Choixpeau.

Et voilà, J'avais raison ! dit Phil d'un air satisfait. Il ne pouvait pas aller à Gryffondor, il suffisait de le regarder.

Pardon ? demanda Céleste. Tu as surtout dit qu'il irait à Poufsouffle. Il me semble que tu n'as pas vu juste sur toute la ligne.

Oui, et bien je n'ai pas eu complètement tort non plus, rectifia Phil un peu agacé.

N'es-tu jamais fatigué, Phil ?

Fatigué de quoi ? demanda-t-il les yeux ronds.

D'avoir toujours raison bien sûr ! Tant de perfection réunie dans un seul être. Ce n'est pas lassant de te mêler ainsi avec le commun des mortels ?

Céleste, si tu cherches des noises, tu vas les trouver ! menaça gentiment Phil.

Des Gallions ! Je cherche des Gallions. Aussi parfait soit-il, ce garçon manquera toujours d'ambition, rétorqua Céleste en levant les yeux au ciel.

La cérémonie continua ainsi, à chaque fois entrecoupée par les acclamations de la table qui accueillait un nouvel arrivant. Delvin félicitait avec les autres Serdaigle une jeune recrue, quand ses yeux croisèrent le regard assassin de Vladimir à la table des Serpentard. On pouvait y lire une haine insondable, une envie de meurtre. Cela lui fit froid dans le dos, car il se demandait quelle folie pouvait nourrir tant d'agressivité. Après tout, ils ne connaissaient rien l'un de l'autre et Delvin fut certain que cela cachait autre chose qu'une simple histoire de sang pur. La prochaine fois qu'il parlerait à Chloëlle, il lui demanderait pourquoi son frère le détestait tant.

McGonagall, Minerva ! appela le professeur Dumbledore.

La jeune fille aux lunettes s'avança et son attitude déterminée fit sourire Dumbledore.

Elle s'assit sur le tabouret et le Choixpeau l'envoya chez les Gryffondor dès qu'il eut frôlé sa tête.

Voilà une future préfète, dit Phil.

Voir même préfète en chef, tu peux en être sûr, ajouta Delvin.

Une vingtaine de minutes plus tard, toutes les premières années étaient réparties et Dumbledore s'en alla en emmenant le Choixpeau avec lui. Dès qu'il fut de retour, Armando Dippet, le Directeur de l'école, se leva pour prendre la parole. C'était un homme de petite taille, très mince sauf au niveau du ventre, lequel était particulièrement rond. Il avait des cheveux blancs coupés court et une moustache très noire dont les pointes remontaient presque sous les yeux. Il était de notoriété que ses moustaches reflétaient son moral. Ainsi, quand elles étaient dressées, c'était que tout allait bien. A l'inverse, quand elles pointaient vers le bas, c'est qu'il était désespéré ou d'une humeur massacrante. Parfois, sa moustache pointait d'un coté vers le haut et de l'autre vers le bas, ce qui avait toujours un effet comique alors que la situation s'y prêtait rarement.

Chers Professeurs, chers élèves, permettez-moi de souhaiter à tous la bienvenue pour cette nouvelle année. Je suis fier d'accueillir parmi nous votre nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, j'ai nommé Guilbert Sangfrousse.

Un homme plutôt jeune se leva pour saluer la salle avec un sourire bienveillant. Ce qui était curieux, c'était qu'une étrange vapeur semblait sortir en permanence de sa tête. Tout le monde l'applaudit mais de façon polie, les professeurs, quant à eux, manifestèrent plus d'enthousiasme. Le professeur Sangfrousse se rassit et but un grand verre d'eau, ce qui fit sortir un peu plus de fumée de son crâne.

Ensuite, poursuivit Dippet, je tiens à vous signaler que notre professeur de Métamorphose s'est vu récompenser de l'Ordre de Merlin, première classe, pour avoir défait le sinistre Mage noir Grindelwald il y a quatre ans. La procédure a été longue, mais ce n'est que cet été que nous avons eu la confirmation que nous étions débarrassé de lui à tout jamais. Bravo, professeur !

Cette fois, les exclamations de joie se firent assourdissantes. Dumbledore était très apprécié de ses élèves et collègues.

Je signale aux premières années que la forêt qui entoure le Château est interdite à tous les étudiants, à moins d'être accompagné d'un enseignant. Enfin, je rappelle que notre concierge, M. Blagen Tortionos infligera les châtiments prévus à l'encontre de celles et ceux qui violeront les règlements de l'école. Aussi, je vous prie de bien faire attention à ne pas commettre des actes que vous pourriez regretter, précisa Dippet alors que ses moustaches se mettaient progressivement à l'horizontale. Je charge donc les préfets de surveiller étroitement leurs camarades… Mais l'heure n'est pas aux réprimandes. Il ne me reste plus qu'à vous dire une chose : bon appétit !

Il tapa trois fois dans ses mains pendant que ses moustaches se redressaient et les plats se remplirent de toute une variété de mets, dont certains typiquement anglais : bœuf bouilli et petits pois à la menthe entre autres…La nourriture, présente en grande quantité, était très inégale sur le plan gustatif. Delvin, qui avait une faim de loup, se servit généreusement de ce qu'il préférait. Une fois que tous furent repus, Le Directeur invita les préfets à accompagner les élèves dans leur Maison respective. Quelques minutes plus tard, les Serdaigles arrivèrent devant une statue représentant un sorcier debout, un énorme livre sous le bras et portant sur le nez des lunettes minuscules. La statue tourna la tête vers eux, l'air sévère.

Je possède des pièces de monnaie, dit-elle d'une voix grave. Toutes sont en Or sauf deux, toutes sont en Argent sauf deux, et toutes sont en Bronze sauf deux. Combien de Gallions, de Mornilles et de Noises sont en ma possession ?

Vous possédez un Gallion, une Mornille et une Noise, répondit Delvin en s'avançant.

La statue fit alors quelques pas sur le côté et une porte en chêne massif apparut. La salle commune des Serdaigles était une vaste pièce carrée où tout était parfaitement symétrique. Il y avait des petites tables disposées où quatre personnes pouvaient s'installer pour étudier. Deux bibliothèques qui réunissaient au moins un millier d'ouvrages encadraient une grande cheminée de marbre blanc où crépitait un grand feu. Céleste et Delvin envoyèrent les nouveaux dans leurs chambres et s'assirent dans le grand canapé, près de l'âtre réconfortant.

Contente que la journée se termine enfin, dit Céleste en s'étirant.

Il va pourtant falloir que l'un de nous fasse une petite ronde pour voir si certains ne se sont pas perdus, ajouta Delvin. Tu veux que je m'en charge ?

Franchement, je veux bien, merci, répondit-elle avec gratitude. Tu sais où est Phil ? Il ne m'a pas dit bonsoir…

Faut dire que tu l'asticotes en permanence. Je crois qu'il est allé se coucher.

Je sais bien que je le cherche un peu. Mais deux mois sans le taquiner, c'est un peu long. J'avais besoin de retrouver mes marques.

N'y va pas trop fort, tu sais qu'il démarre vite.

C'est justement ce qui est amusant.

Bon, ce n'est pas tout ça, mais il faut que j'y aille. Bonne nuit Céleste, dit Delvin en l'embrassant sur la joue. A demain.

C'est tout ? fit-elle la mine faussement triste.

Oui, c'est tout et tu le sais très bien.

Tu préfères Chloëlle ? demanda Céleste en retrouvant brusquement son sérieux. Je ne lui fais pas confiance.

Parce qu'elle est de Serpentard ou parce qu'elle me plaît ? interrogea Delvin un peu agacé.

Les deux. Quelque chose ne colle pas dans son attitude. Trop belle, trop gentille et néanmoins Serpentard.

Tu vas un peu trop loin, Céleste.

Comme tu voudras, mais ne viens pas dire que je ne t'aurai pas prévenu. Cette fille va t'attirer des ennuis.

Mais Delvin se leva et se dirigea vers la porte sans ajouter un mot. Il préférait s'en aller avant que la situation ne dégénère. Il n'ignorait rien des sentiments de Céleste à son égard car elle ne s'en cachait aucunement. Il était sorti avec quelques filles de l'école les années précédentes et elle n'avait jamais montré le moindre signe de jalousie. Pourquoi était-ce différent cette fois-ci ? Il chassa ces pensées de son esprit et accéléra le pas en refaisant le chemin en sens inverse, en direction de la Grande Salle.

Delvin se réveilla de bonne heure le lendemain matin. Ses vêtements propres sous le bras, il se dirigea vers la magnifique salle de bain réservée aux préfets, afin de prendre la douche qui finirait de l'éveiller complètement.

Il descendit ensuite prendre son petit déjeuner à la table des Serdaigles. Seuls quelques professeurs et de rares élèves étaient déjà présents. Delvin se servit un chocolat bien chaud, et étala de la marmelade d'orange sur un scone aux raisins. Puis il prit un des emplois du temps qui se trouvait en bout de table et consulta son programme de la journée. La matinée était quasiment occupée par un double cours de potions en compagnie des Poufsouffles, et l'après-midi par un triple cours de métamorphose. Le cours de potions était assuré par Miss Malva Buddle, une femme aussi vieille que méchante. Or, la rumeur voulait qu'elle approchât les deux cents ans... A la regarder, on se demandait même comment elle pouvait encore tenir debout. Peut-être était-ce grâce à un des breuvages qu'on la voyait boire régulièrement et dont elle seule avait le secret. Une grosse bosse dans le dos l'obligeait à se tenir courbée, ses mains décharnées et déformées par l'arthrose étaient pourvues de longs ongles jaunis, et de sa bouche partiellement édentée se dégageait un parfum de mort. Elle était l'image parfaite de ce que les moldus se font d'une sorcière. Cependant, son esprit restait alerte, et elle était si adroite de ses mains qu'elle pouvait doser les ingrédients à la demi goutte près.

Une fois que Delvin eut fini de manger, il sortit dans le parc pour profiter des premiers rayons de soleil qui teignaient d'or les murailles du Château. Son regard fut attiré par une vision insolite. A la lisière de la forêt se trouvait un grand tas de blocs de pierres et juste à côté, une pioche tenue par deux grands bras musclés s'élevait du sol à intervalle régulier pour y disparaître aussitôt. Delvin s'approcha, et quelques instants plus tard, il découvrit Hagrid qui était en train de creuser ce qui semblait être des fondations.

Bonjour Hagrid.

Bonjour Delvin, dit le géant en sursautant légèrement. Je ne t'avais pas entendu arriver. Comment vas-tu ?

Très bien, répondit Delvin alors que Hagrid se hissait en dehors de son trou. Qu'est-ce que tu fais ?

Je construis ma maison, répondit-il avec fierté. Le professeur Dippet n'apprécie pas beaucoup ma présence au sein de l'école et beaucoup d'élèves se méfient encore de moi. Je gêne. Alors le professeur Dumbledore a réussi à obtenir une autorisation spéciale pour que je construise une maison dans le parc. De toute façon, je commençais à me sentir à l'étroit dans ma chambre.

Maintenant qu'il se tenait face à lui, Delvin remarqua que Hagrid avait encore grandi. Il devait mesurer pas loin de neuf pieds et son visage se couvrait d'une courte barbe. Mais ce qui n'était qu'un fin duvet disgracieux chez les adolescents de son âge, ressemblait à du petit fil de fer noir chez Hagrid. N'importe quels ciseaux se seraient émoussés en essayant de couper sa moustache naissante. Ce dernier avait l'air à la fois heureux et embarrassé de parler à quelqu'un.

Comment va Fulgur ? Demanda Hagrid d'une voix mal assurée.

Il va très bien, en partie grâce à toi. D'ailleurs le voilà, ajouta Delvin en pointant son doigt vers le ciel.

L'oiseau décrivait de grands cercles en volant, probablement à la recherche d'une proie. Il amorça sa descente et se posa sur l'avant-bras du jeune homme gigantesque. Hagrid eut un sourire et caressa l'animal qui lui tendait le cou.

Bonjour Fulgur, ça fait plaisir de te voir, dit Hagrid.

Puis, après un temps d'hésitation, il ajouta :

Delvin, j'ai quelque chose à te dire, fit-il en baissant les yeux.

Oui, quoi ?

Tu sais, je n'y suis pour rien dans la mort de cette fille il y a trois ans. Pourquoi j'aurais voulu la tuer, d'ailleurs ? Je n'ai jamais voulu de mal à personne.

Ça je le sais, répondit Delvin. Mais il paraît que Jedusor a apporté des preuves t'incriminant. Il a dit que tu avais caché le monstre dans l'école et qu'il avait échappé à ton contrôle.

C'est faux, protesta Hagrid. J'avais caché un animal, c'est vrai, mais il n'avait rien d'un monstre. C'est Tom qui a tout exagéré. Il faut que tu me croies !

Je me doute de ce que tu as dû endurer, Hagrid. Et si tu dis que tu es innocent, ta parole me suffit. J'ai d'ailleurs toujours douté que tu puisses être l'héritier de Serpentard.

C'est vrai ? Demanda Hagrid l'air étonné.

Oui, c'est vrai. Je suis très content que tu m'en aies parlé car maintenant, les choses sont claires.

Hagrid semblait déborder de joie. Il prit Delvin dans ses bras, le souleva du sol et le serra si fort qu'il lui comprima la cage thoracique.

Merci Delvin. C'est bon d'avoir un ami.

Hagrid … fit ce dernier d'une voix étouffée.

Non, ne rajoute rien, je suis content, c'est tout.

Peux… pas… respirer.

Hein ? Oh pardon, dit Hagrid en relâchant son étreinte.

Punaise ! Fit Delvin en reprenant son souffle. Tu ne connais pas ta force !

Désolé, répondit le géant en rougissant.

Tu en as pour longtemps à construire ta maison ? Demanda Delvin qui voulait changer de sujet.

Je sais pas, au moins trois ou quatre mois. Je voudrais la finir avant Noël, mais ça va être un peu juste. Je n'ai pas le droit de me servir de magie.

Ecoute, Hagrid. Je viendrai t'aider ce soir après les cours, et chaque fois que j'aurais un peu de temps. Comme je peux utiliser ma baguette, ça ira plus vite. Tu es d'accord ?

Bien sûr que je suis d'accord ! S'exclama-t-il. Mais je ne voudrais pas que tu perdes trop de temps.

T'en fais pas pour ça. Je viendrai seulement quand je pourrai.

Delvin s'en retourna vers le Château, il ne fallait pas être en retard dès le premier jour avec le professeur le plus sévère. Il repensait à sa discussion avec Hagrid et il était content de s'être débarrassé d'un poids qu'il avait eu sur la conscience. Comme les autres, il avait à l'époque cédé à la peur, aux rumeurs et il n'était plus allé voir son ami, même s'il avait des doutes quant à sa culpabilité. Il lui devait bien de l'aider un peu à construire sa maison.

Il arriva près des cachots où étaient donnés les cours de potions. C'était sans nul doute le lieu le plus froid du Château, ce qui devait contribuer à la conservation des ingrédients les plus périssables. Les élèves des deux maisons étaient déjà là, en train de discuter, attendant de pouvoir rentrer en classe. Parmi eux, Delvin repéra Casper Doussin, un élève de Poufsouffle qui était grand et massif. Il se colorait magiquement les yeux en jaune et portait de longs cheveux lisses qu'il attachait en queue de cheval. Il parlait avec Phil qu'il dissimulait complètement.

Bonjour Casper, fit Delvin. Tu as passé de bonnes vacances ?

Salut, répondit Casper d'une voix grave. Oui, pas trop mal.

De toute évidence, Casper avait mué pendant les deux mois d'été. Mais avant qu'il n'ait pu ajouter quoi que ce soit, la porte du cachot s'ouvrit, laissant entendre une voix chevrotante.

Veuillez entrer s'il vous plaît. Et en silence ! ajouta Miss Buddle.

Les élèves s'exécutèrent aussitôt et prirent place à leur table. Delvin se mit avec Casper, et juste derrière eux, Céleste et Phil s'installèrent également.

J'espère que vous avez profité des vacances pour réviser tout ce que nous avons fait l'an dernier. Vous en avez grand besoin si j'en juge par les résultats que vous avez obtenus aux BUSES. Seulement sept Optimal sur deux classes. C'est lamentable. C'est le pire résultat que j'aie pu constater de toute ma carrière. Aussi va-t-il vous falloir redoubler d'effort. N'est-ce pas Mr Doussin ?

Hum… Certainement professeur.

Pouvez-vous m'expliquer comment vous avez fait pour obtenir Effort Exceptionnel, Mr Doussin ? J'ai bien failli avoir une attaque.

Dommage, professeur, répondit Casper avec ironie.

Comment ? Cracha la vieille femme.

Je dis dommage que je n'aie pas réussi à atteindre Optimal, professeur.

Vous avez la tête qui enfle jeune homme, et d'ailleurs pas que la tête à ce que je vois, vous grossissez comme un porc. Votre bêtise vous rend incapable de faire quelque chose de correct. Je suppose que vous avez réussi à tricher pour obtenir toutes vos BUSES. Et cela a pour conséquence directe que je vais devoir vous supporter deux années supplémentaires.

Casper ne répondit rien, elle cherchait à le provoquer pour lui retirer des points et lui administrer une retenue. Chaque élève de Poudlard avait eu à souffrir des méchancetés de Miss Buddle, mais il était évident que Casper était sa victime préférée.

Quant à vous Miss McRail, j'espère que vous vous préoccuperez plus de vos cours que des affaires de cœur de vos condisciples, dit Miss Buddle en approchant son visage flasque de celui de la jeune fille. Et si, comme l'année dernière, vous avez l'insolence de me demander comment on fait un filtre d'amour, je vous donne deux semaines complètes de retenue. M'avez-vous bien comprise, mademoiselle ?

O… oui, bredouilla-t-elle en manquant de s'évanouir.

Bien ! Nous allons fabriquer aujourd'hui un antidote à l'Elixir du Désespoir. J'aime autant vous prévenir qu'il est très difficile à préparer et qu'il nécessitera toute votre attention. Mais j'ai trouvé un moyen pour motiver, ajouta-t-elle avec un sourire mauvais. A la fin du cours, je vous ferai boire ceci, dit-elle en montrant une fiole noire. Si jamais votre antidote ne convient pas, vous serez tellement tourmentés que vous perdrez jusqu'à l'envie de vivre.

C'était comme si un sort de mutisme s'était abattu sur toute la classe. Personne n'arrivait à en croire ses oreilles.

Bien, je vois que c'est clair pour tout le monde.

Pardonnez-moi professeur, dit Delvin en tendant la main.

Tous les yeux se tournèrent brusquement vers lui.

Quoi, Malbranche ? demanda Buddle avec hargne.

Vous ne pouvez pas nous faire boire votre potion, professeur.

Voyez-vous ça ? Et qu'est-ce qui m'en empêche ? Vous peut-être ?

Moi, non, répondit Delvin en essayant d'avoir la voix la plus assurée. Mais le règlement de l'école, oui. Il est interdit aux professeurs de mettre volontairement la vie des élèves en danger. Hors, si l'un d'entre nous se trompe dans la préparation de son antidote, c'est ce qui risque d'arriver.

D'où l'intérêt qu'aucun d'entre vous ne fasse la moindre erreur, fit Buddle d'un ton sarcastique. Vous boirez tous ma potion, et vous le premier Malbranche.

Dans ce cas, professeur, veuillez m'excuser, mais je dois en référer au Directeur, dit Delvin en se levant.

ASSEYEZ-VOUS ! hurla Buddle en le foudroyant du regard. 30 points de moins pour Serdaigle, Malbranche, et une retenue.

Delvin sentait son cœur qui battait à tout rompre. Il savait qu'il avait été trop loin mais en même temps, la partie semblait gagnée. Miss Buddle écrivit sur un tableau noir et usé la liste des ingrédients. Tous les élèves lançaient discrètement des regards admiratifs à Delvin. Certains même lui adressaient des sourires timides. Le reste du cours se déroula dans un silence de mort. Seul se faisait entendre le bouillonnement discret des chaudrons.

Ben dis donc, fit Casper dans un murmure à peine audible. On peut dire que tu l'as mouchée cette vieille peau. Tu devrais aller voir Dippet pour tout lui expliquer, sinon, elle va te faire passer un mauvais quart d'heure.

Tu as raison, je ne vais pas me laisser faire.

On peut dire que tu commences bien l'année, ajouta Casper en souriant.

Buddle passait entre les tables pour voir si tout se déroulait correctement. Puis elle s'arrêta au niveau de Delvin, se pencha par-dessus son épaule et lui souffla quelques mots que lui seul put entendre. Son haleine était si fétide qu'il dut se concentrer au maximum pour ne pas régurgiter ses scones du matin.

Je vous le ferai payer, Malbranche. Vous pouvez en être sûr.

Juste avant la sonnerie qui annonçait la fin du cours, chacun étiqueta à son nom un échantillon de son antidote et alla le déposer sur le bureau du Buddle. C'est seulement une fois éloignés des cachots que les élèves se plaignirent de l'attitude du professeur.

En tant que préfet, Delvin connaissait le mot de passe qui permettait d'accéder au bureau du professeur Dippet. Il monta l'escalier en colimaçon et frappa à la porte du Directeur.

Il entendit qu'on l'invitait à entrer et lorsqu'il ouvrit la porte, il constata que le professeur Dumbledore était là, lui aussi.

Oui, Mr Malbranche. Que voulez-vous ? demanda Dippet.

Delvin raconta aux deux professeurs ce qui venait d'arriver pendant le cours de potions. Dippet, dont les moustaches se mirent à l'horizontale, l'écoutait attentivement, le visage sévère alors que Dumbledore affichait un air amusé. Une fois son récit terminé, Delvin attendit patiemment que le verdict tombe. Le directeur semblait réfléchir et ce n'est qu'au bout de plusieurs minutes qu'il rompit le silence.

Tu as eu raison d'intervenir, Delvin. Toutefois, tu ne t'y es peut-être pas pris correctement.

Et comment aurait-il dû faire ? Interrogea Dumbledore. Vous savez très bien que Malva met parfois un peu trop d'enthousiasme à se faire respecter. Les élèves reviennent parfois si tremblants que je perds un temps précieux à les calmer avant de pouvoir reprendre mon cours normalement.

Je suis au courant, répondit Dippet d'une voix gênée. Delvin, je vais aller parler à votre professeur de potions pour qu'elle annule votre retenue. Vous pouvez partir.

Excusez-moi, Armando, ajouta Dumbledore. Mais il serait juste que vous donniez des points à la maison Serdaigle pour compenser cette perte injustifiée.

Vous avez raison, Albus. 40 points pour Serdaigle.

Delvin n'en revenait pas, non seulement il n'aurait pas de retenue, ce qui aurait pu être douloureux si c'était Tortionos qui s'en était chargé, mais il avait réussi à obtenir des points pour sa maison. La seule ombre au tableau subsistait : il s'était attiré les foudres de Buddle et il était certain qu'elle ferait tout pour lui rendre la vie difficile.

Il marchait en direction de la Grande Salle quand il croisa Chloëlle au détour d'un couloir. La vue de son visage chassa immédiatement Buddle de ses pensées.

Bonjour Delvin, fit Chloëlle en l'embrassant sur la joue.

Bonjour Chloëlle, répondit Delvin en rougissant légèrement. Tu vas bien ?

Mieux que toi à ce qu'il paraît. On m'a raconté ce qui s'est passé avec la vieille Buddle. Quelle garce celle-là !

Oui, personne ne l'aime dans l'école, y compris les professeurs. Je viens du bureau du directeur, et il a annulé la retenue dont j'avais écopé.

Tant mieux ! je suis contente. Mais si j'étais toi, je me méfierais à l'avenir de ce que je mange. Elle pourrait bien vouloir t'empoisonner. On va déjeuner ? ajouta-t-elle l'attrapant par le bras.

Heu, je ne suis plus certain d'avoir très faim, dit Delvin soudain inquiet.

C'était la première fois qu'ils se tenaient si proches et Delvin en était enchanté. Mais ce ne fut pas le cas de tout le monde lorsqu'ils pénétrèrent dans la Grande Salle. Vladimir leur lança un regard noir tandis qu'à la table des Serdaigle, Céleste ne semblait guère se réjouir de leur arrivée.

Bon, il va falloir que je te laisse, dit Chloëlle en soupirant. Mes amis m'attendent. Merci jeune homme de m'avoir accompagnée.

Mais tout le plaisir était pour moi, gente damoiselle, ironisa Delvin en prenant des airs de prince.

Pendant le repas, Céleste n'adressa la parole à personne. Elle se contenta de manger un petit quelque chose rapidement et s'en alla. Phil ne remarqua pas l'attitude de leur amie car il passait son temps à jeter des regards en direction des Poufsouffles et lançait des clins d'œil à Josy McRail, la jeune fille qui s'était fait sermonner pendant le cours de potions.

Peu avant 13 heures, Delvin et Phil se dirigèrent ensemble vers le troisième étage pour assister à leurs trois heures de cours de métamorphose. C'était une des matières les plus difficiles à maîtriser car elle exigeait une gestuelle parfaite et un niveau de concentration élevé. Ils n'avaient encore jamais eu de cours aussi long et il y avait à parier qu'ils en ressortiraient avec des maux de tête une fois la séance terminée. Ils apprirent à faire apparaître un objet qui, a priori, ne venait de nulle part. Vous deviez savoir où l'objet se situait, le dématérialiser de son endroit d'origine pour le rematérialiser là où vous étiez. Bien entendu, l'exercice se compliquait en fonction de la distance et du nombre d'éléments qui le constituaient. Ainsi, il était impossible d'amener des objets qui possédaient un pouvoir magique ou une mécanique trop complexe. Ils commencèrent donc par des tabourets, des parchemins ou des assiettes. Dumbledore fit remarquer que c'était le sortilège préféré des fainéants qui n'aiment pas se déplacer pour se procurer ce dont ils ont besoin. Il admit par la suite qu'il utilisait ce sort chaque fois qu'il le pouvait.

Lorsque la cloche sonna, tous sortirent fatigués mais heureux d'avoir appris quelque chose de très utile. Céleste et Phil s'étonnèrent que Delvin ne les suivit pas vers leur Salle Commune.

Où vas-tu ? Demanda Céleste.

Je vais voir Hagrid, répondit Delvin. Il se construit une maison dans le parc et je lui ai promis d'aller l'aider.

Tu sais ce qu'on dit de lui ? Interrogea Phil visiblement inquiet.

Oui, je le sais. Mais Hagrid m'a dit ce matin qu'il n'y était pour rien dans cette histoire qui lui est reprochée. Et je le crois.

Ah bon, tu le crois, s'étonna Phil. Simplement parce qu'il te l'a dit. Et si moi je te dis que je mesure deux mètres, tu vas me croire aussi ?

Bien sûr ! fit Delvin avec un grand sourire.

Et pourquoi, s'il te plaît ?

Pour ne pas te vexer.

Quelques minutes plus tard, Delvin avait rejoint Hagrid qui creusait toujours. La peau de ses mains, pourtant épaisse, commençait à se couvrir de cloques mais cela ne semblait pas entamer sa volonté de poursuivre son ouvrage.

Me voilà, dit Delvin. Tu as bien avancé à ce que je vois.

Merci, répondit Hagrid en s'épongeant le front avec un mouchoir immense. Je suis content que tu aies pu venir.

Que veux-tu que je fasse ?

Trier les pierres en deux tas si tu veux bien. Je vais poser les plus grosses en premier.

D'accord, fit Delvin en sortant sa baguette.

Pendant plus de deux heures, Delvin utilisa le sortilège de lévitation pour soulever les blocs les plus lourds et les disposer ensemble près des tranchées creusées par Hagrid. Le soleil terminait lentement sa course dans le ciel rougeoyant et, bientôt, il disparut derrière la cime des arbres de la Forêt Interdite. Il était l'heure de s'en retourner au Château pour dîner.

Delvin prit congé de Hagrid en lui promettant à nouveau de venir quand il le pourrait. Ils avaient convenu que Delvin enverrait Fulgur le prévenir. Il fit un petit détour près du lac pour observer le Calmar géant qui flânait sur les rives, quand il entendit des bruits de pas qui venaient derrière lui.

- Waddiwasi ! fit une voix avant même que Delvin n'eût le temps de se retourner.

Une petite pierre vint heurter à grande vitesse la tête de Delvin qui s'écroula aussitôt. C'était comme si on lui avait fendu l'arrière du crâne. A demi conscient, Delvin passa sa main là où il avait été touché et vit qu'elle était couverte de sang. Vladimir approchait en pointant sa baguette, un rictus sur les lèvres. Il était accompagné de Cruor Malifatius, son comparse de Serpentard qui avait la réputation d'être d'une violence rare. Pourtant, rien ne laissait deviner qu'il fallait se méfier de ce garçon comme de la peste. Il n'était guère plus grand que Phil, et son visage pâle sous des cheveux noirs et filasses lui donnait un air maladif. Vladimir chevaucha Delvin qui était toujours au sol, incapable de faire autre chose que de se tenir la tête. Il le saisit à la gorge et de son autre main, appuya fortement la pointe de sa baguette sur sa joue.

Ecoute-moi attentivement, sale petit vermisseau ! Dit Vladimir d'une voix menaçante et glacée. Je t'interdis de fréquenter ma sœur. C'est mon dernier avertissement.

Va te faire voir, répondit Delvin. Ta sœur fait ce qu'elle veut et moi aussi.

C'est ce qu'on va voir… fit Vladimir en s'écartant. Cruor, il est à toi.

Ce dernier s'avança en se retroussant les manches et administra deux formidables coups de poing sur le visage de Delvin qui en eut la pommette fendue. Au moment où Cruor leva à nouveau sa main, prêt à l'abattre de nouveau, ils entendirent une voix tonitruante qui les fit sursauter.

- BANDE DE LÂCHES ! Cria Hagrid fou furieux.

Il fonça sur les deux Serpentard à une vitesse surprenante, et avant même qu'ils puissent faire quoi que ce soit, il les attrapa par le col et les envoya valser dans les airs. Ils atterrirent une dizaine de mètres plus loin, assommés par le choc. Hagrid souleva Delvin sans la moindre difficulté et prit d'un pas rapide la direction du Château. Delvin reprenait un peu mieux ses esprits à présent.

Merci Hagrid, fit Delvin reconnaissant. Tu peux me poser maintenant, je vais marcher.

Pas question ! Dit Hagrid d'un ton sans réplique. Je t'emmène te faire soigner !

Quelques instants plus tard, ils pénétrèrent dans l'infirmerie où ils furent accueillis par Miss Plumal, la toute jeune et très jolie infirmière, qui paraissait épouvantée par l'état de Delvin. Elle n'était en poste que depuis l'année précédente et depuis, nombre de garçons inventaient des maux divers pour se faire chouchouter.

Que lui est-il arrivé ? Demanda Miss Plumal à Hagrid.

Je…il… bredouilla-t-il en rougissant.

Je suis tombé de mon balai, l'interrompit Delvin.

Vous êtes sûr, M. Malbranche ? interrogea-t-elle soupçonneuse.

Tout à fait, mademoiselle.

Miss Plumal lui ôta ses vêtements couverts de sang, le nettoya doucettement, et appliqua sur les plaies un onguent de cicatrisation accélérée. Puis elle lui donna une chemise propre et l'autorisa à quitter l'infirmerie.

Hagrid l'attendait derrière la porte en faisant les cent pas.

Ah, te voilà ! fit Hagrid manifestement soulagé.

Oui, les coupures n'étaient pas trop profondes. Merci encore de ton aide.

Tu plaisantes ? Dit Hagrid encore sur le coup de cette scandaleuse agression.

Promets-moi de ne rien dire à personne, Hagrid.

Je veux bien, mais pourquoi ?

Parce que je ne voudrais pas que cette histoire t'attire des ennuis. Je ne sais pas si Dippet comprendrait ton geste.

Ne t'en fais pas pour ça, répondit Hagrid. Je ne pense pas que Vladimir et Cruor iront se vanter de s'être fait botter les fesses de cette façon…

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