Transformations et Autres Petits Changements…
Il faisait encore nuit quand Delvin ouvrit péniblement les yeux pour découvrir le visage de Céleste penché au dessus du sien. Une lanterne posée sur la table de chevet éclairait faiblement son visage, mais il pouvait tout de même distinguer qu'elle avait ces cernes à faire pâlir de jalousie un croque-mort. Son regard était néanmoins souriant et semblait au comble de l'excitation.
- Delvin, réveille toi ! lui dit-elle en murmurant. J'ai réussi ! Allez, lève-toi ! On va pouvoir guérir Phil !
- Qu'est-ce que tu racontes ? demanda Delvin la bouche pâteuse. Où étais-tu ? Je me suis fait un sang d'encre. Et qu'elle heure est-il d'abord ?
- J'ai réussi ma potion. Il est presque six heures. Je me suis enfermée dans les cachots de la vieille Buddle pour avoir tous les ingrédients à portée de main, répondit-elle dans un flot de parole continu. Mais tu vas te lever, oui ?
- Céleste, je dormais ! Laisse-moi au moins une minute. Tu veux bien te tourner le temps que je m'habille ?
- Je dois vraiment ?
- A ton avis ? Allez tourne-toi ! dit-il un peu trop fort.
- Houlà ! Tu n'as pas très bonne haleine… dit Céleste en grimaçant.
- Sans blague ? S'irrita Delvin. Je suis levé depuis trente secondes et je n'ai pas encore trouvé le temps de me brosser les dents, je suis vraiment trop lent…
- Attends, je vais t'arranger ça, fit-elle en pointant sa baguette.
Delvin voulu protester, mais sa bouche se remplit aussitôt d'une mousse très pétillante fortement parfumée à la menthe et à l'eucalyptus ; et il en avait tellement qu'il faillit s'étrangler. Il saisit le verre qui était posé sur sa table, et cracha toute la mousse qu'il avait en bouche. Puis il dut s'habiller en gardant les lèvres fermées car son haleine était maintenant si fraîche qu'elle lui piquait les yeux.
Céleste prit Delvin par la main et l'entraîna au pas de course dans les couloirs du château en direction de l'infirmerie. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent tout essoufflés devant la porte en faisant une longue glissade. Céleste lissa sa robe avec ses mains pour tenter d'avoir l'air plus présentable, mais cela s'averra parfaitement inutile tant ses vêtements étaient froissés.
- Delvin ? demanda Céleste inquiète. Je peux te demander quelque chose ?
- Je t'écoute, répondit-il en clignant fermement des yeux à cause des effluves d'eucalyptus.
- Voilà : je voudrais que tu restes mon ami ; quoi qu'il se passe. Et aussi que tu me protèges si l'on voulait attenter à ma vie. Tu veux bien ?
- Céleste, tu vas me dire ce qui se passe ?
- Disons que je suis certaine que Phil guérira grâce à cette potion que j'ai préparée. Seulement, la réaction risque d'être… violente… du moins pour un temps… Alors j'ai ta parole ?
- Si tu es sûre de guérir Phil, alors il n'y a pas à hésiter.
- Oh merci, Delvin ! fit Céleste l'air soulagé. Reste ici, j'en ai pour une minute.
- Tu ne veux pas que je vienne avec toi ?
- Non ! Il ne vaut mieux pas. Je ne voudrais pas que Phil croie que tu es dans le coup.
Céleste entra sans faire de bruit dans l'infirmerie. Delvin attendit quelques minutes qui lui parurent fort longues quand il entendit brusquement un cri de femme apparemment terrifiée. Il saisit sa baguette et se rua sur la porte de l'infirmerie mais celle-ci s'ouvrit à la volée. Il tomba nez à nez avec Céleste qui prenait manifestement la fuite.
- Voilà, dit-elle. Il est guérit. Maintenant, il est temps pour toi de tenir ta promesse.
Elle s'enfuit alors à toutes jambes et disparut en tournant dans le premier couloir qui se présenta à elle. La porte de l'infirmerie s'ouvrit une nouvelle fois, et une jeune fille de petite taille en sortit, rouge de colère. Son air lui était familier.
- Delvin, où est-elle ? éructa-t-elle. Je vais la tuer !
- Ce n'est pas possible ! s'exclama Delvin. Ne me dis pas que c'est toi, Phil ?
- Bien sûr que c'est moi, triple andouille ! Tu ne me reconnais pas ?
- Si ! À tes yeux et à cette façon de te mettre en colère. Ce n'est pas croyable. Comment a-t-elle fait ?
- Tu lui demanderas quand je l'aurais tué ! Vociféra Phil.
- Céleste est vraiment géniale ! dit Delvin en riant. Ça a marché à la perfection. Tu es vraiment guéri.
- GÉNIALE ? GÉNIALE ? C'EST UN MONSTRE, OUI !
- Elle vient surtout de te sauver la vie, tu devrais lui en être un peu plus reconnaissant.
- Vas-y ! Soutiens-la ! dit Phil qui ne se calmait pas du tout.
- De quoi tu te plains ? demanda Delvin. Tu es mieux en fille et en bonne santé qu'en garçon suicidaire, non ? Sans compter que tu vas avoir énormément de succès, ajouta-t-il avec malice.
- Que c'est drôle ! Je voudrais t'y voir, toi.
- Allons, ce n'est pas si terrible, Phil. Ce n'est l'affaire que de quelques jours, le temps de préparer la potion qui refera de toi un homme.
- Elle a franchement intérêt à trouver rapidement, dit Phil qui s'apaisait légèrement. Je sens que ces journées vont être très dures… Et puis pourquoi ça me pique les yeux quand tu me parles ?
- C'est encore un coup de Céleste, je t'expliquerai. Allez, va te changer et viens prendre un petit-déjeuner, fit Delvin d'un ton réconfortant. Ça va te redonner le moral.
La transformation de Phil en fille était particulièrement réussie. Il n'avait aucunement gardé de traits masculins, ce qui aurait pu donner un résultat pour le moins mitigé. Sa taille modeste, qui lui avait souvent valu des quolibets, était beaucoup plus adaptée au beau sexe. Ses cheveux noirs coupés courts mettaient en valeur ses grands yeux clairs et pour parfaire le tout, une jolie poitrine magnifiait sa féminité. En d'autres circonstances, Phil se serait plu à lui-même. Delvin lui expliqua de quelle façon il avait tenté plusieurs fois de mettre fin à ses jours, du fait qu'il était sur le point de passer le restant de l'année scolaire à St Mangouste, et que pour empêcher cela, Céleste avait travaillé avec acharnement pour trouver un remède. L'amertume de Phil s'amenuisait au fur et à mesure qu'il en apprenait sur lui-même et dut admettre, non sans difficulté, qu'il était mieux ainsi que sur un lit d'hôpital.
Ils retrouvèrent Céleste à la table des Serdaigles qui mangeait avec peu d'appétit. Toute la fatigue accumulée ces derniers jours lui retombait sur les épaules. Le regard plein d'appréhension, elle attendit que Phil déverse sur elle toute la colère dont il avait fait montre quelques instants plus tôt. Phil soupira longuement, puis s'approcha de Céleste et l'embrassa sur la joue.
- Delvin vient de me raconter tout ce que tu as fait pour moi. Je te dois une fière chandelle, apparemment…
- Oh Phil ! dit Céleste qui éclatât en sanglots. J'étais sûre que tu allais m'en vouloir.
- Mais je t'en veux ! dit Phil en s'asseyant. Mais pas autant que je te suis reconnaissant.
Céleste se moucha bruyamment et se mit à dévorer avec entrain tout ce qui était à sa portée. Delvin sortit un parchemin, une plume et une bouteille d'encre pendant que Phil se servait un grand verre de jus d'orange.
- À qui écris-tu ? demanda Céleste entre deux bouchées.
- À mon père, répondit Delvin. Je lui raconte tout ce qui s'est passé depuis le début de l'année. Il a bien le droit de rire un peu, non ?
- C'est ça ! Moque toi de moi, dit Phil en étalant du beurre sur son toast. Tu lui passeras le bonjour de ma part.
- Et moi aussi, ajouta Céleste. Je l'aime bien ton père.
- Comment t'as eu l'idée de me transformer en fille ? Interrogea Phil.
- En faisant des recherches à la Bibliothèque sur les Nymphes et sur le pouvoir qu'elles exercent sur les hommes. Il semble que les hormones féminines nous immunisent complètement. Il fallait donc que tu deviennes une fille. J'ai d'abord pensé au Polynectar, mais il ne change que l'apparence ; et puis sa préparation est trop longue. Alors j'ai cherché un autre moyen et j'ai finit par trouver dans un très vieux grimoire : Cambiare femina. Je peux te dire que cette potion m'a donnée du fil à retordre.
- Et combien de temps faut-il pour préparer la potion inverse ? demanda Phil en portant son verre à la bouche.
- Quarante trois jours… répondit Céleste d'une toute petite voix.
Phil s'étouffa avec son jus d'orange et en recracha la moitié sur la lettre de Delvin.
- Quoi ?
- Je suis désolée Phil, dit Céleste avec sincérité. Mais je me suis déjà renseignée et j'ai la liste de tous les ingrédients nécessaires. Je viens de remplir un bulletin de commande que je vais expédier aujourd'hui par hibou.
- Fais-moi voir cette liste, demanda Phil. Une plume de pigeon, lut Phil à haute voix. Du bois de senteur fermenté, de l'extrait d'outrecuidance, une dent de grand-enfant, de la poudre d'Ego et des essences de Rut. Et bien ! Il faut vraiment ça pour se transformer en garçon ?
- Il semblerait… Je te promets de faire de mon mieux.
Phil se dirigea vers la salle des professeurs pour prévenir ces derniers de sa guérison et surtout, de son petit changement de nature. Delvin, quant à lui, se rendit à la volière pour demander à Fulgur de porter la lettre à son père. Il rencontra Chloëlle en chemin et c'est ensembles qu'ils attachèrent le parchemin à la patte du faucon. Ils s'isolèrent un moment au point de se mettre en retard pour leur premier cours de la semaine, et c'est avec une pénalité de dix points que Delvin commença le cours de potions. La vieille Buddle était d'une humeur massacrante si bien que tous les élèves se figèrent quand elle s'adressa à Céleste.
- Si je comprends bien, Miss Barns, c'est vous qui vous êtes introduit dans mes cachots cette nuit.
- Oui, professeur, répondit Céleste. Il me fallait…
- Vous n'en n'aviez pas le droit, coupa sèchement Buddle. Cela vous vaudra une retenue, et trente points de moins…
- Professeur ! S'insurgea Phil. Sans Céleste, je serais à St Mangouste. Ce n'est pas juste de…
- Même traitement pour vous, mademoiselle, fit Buddle en insistant sur le dernier mot. Vous ne serez pas trop de deux pour le travail que je vous réserve. Quelqu'un d'autre a-t-il quelque chose à ajouter ? Non ? Et bien, dans ce cas, nous allons pouvoir commencer.
Delvin et Casper, qui étaient assis à la même table, durent supporter la présence derrière eux du professeur acariâtre et de son inévitable haleine pestilentielle. Elle guettait, tel un vautour, leurs moindres faits et gestes dans l'espoir de les humilier devant toute la classe. Même sans avoir commis la plus petite erreur, elle gratifiait Casper de surnoms des plus méchants. N'arrivant pas à produire l'effet escompté, elle se pencha par-dessus l'épaule du jeune homme et lui dit à l'oreille quelques mots que Delvin ne put entendre. Cette fois, Casper bondit de sa chaise et s'adressa à Buddle avec une hargne qu'on ne lui connaissait pas.
- ÇA SUFFIT ! ESPÈCE DE VIEILLE GARÇE PUANTE !
- Vous viendrez vous aussi en retenue, M. Doussin, dit Buddle l'air satisfait. Tous les samedis, pendant un mois…
Casper ne voulut pas en entendre d'avantage. Il rangea ses affaires qu'il mit en vrac dans son sac et s'en alla en claquant violemment la porte. Peu importait à Delvin les conséquences qui en résulteraient, mais il était décidé à aller voir le directeur une nouvelle fois, pour témoigner en faveur de son ami. Mais comme il s'y était attendu, le professeur Dippet n'était pas vraiment disposé à entendre ses arguments et lui conseilla même de se soucier d'avantage des élèves de sa propre maison. Delvin prit donc congé du directeur avec une certaine amertume.
Le fait que Phil, habile attrapeur des Serdaigles, soit devenu une " habile attrapeuse" se rependit dans l'école aussi sûrement que si on l'avait crié à tue-tête dans la Grande Salle le soir du banquet de bienvenue. Phil fut contraint de demander à Céleste de lui prêter un soutien-gorge, le temps qu'il s'en achète à Pré-au-Lard. Céleste accepta volontiers, mais il dut faire appel à un sortilège d'agrandissement car cette dernière avait une poitrine plus modeste que lui. Outre les remarques désobligeantes qu'il devait subir chaque jour en croisant les élèves, il y avait aussi le problème du couchage. Ses camarades de dortoir voyaient en lui une fille et il était hors de question pour eux qu'ils partagent ce lieu de vie. Mais il en était de même pour les filles qui savaient bien qu'il demeurait garçon au fond de lui, et Phil du rapidement abandonner l'espoir de profiter des salles de bains réservées à la gent féminine. Ainsi s'effondrait ce qu'il estimait être " sa légitime compensation pour outrage subi ". Pour finir, on installa un lit d'appoint dans les appartements du professeur Flitwick dont les ronflements ressemblaient à des piaillements d'oiseaux. En dehors des ses amis proches, la seule personne qui ne se moquait pas de Phil était Josy, sa petite amie de Poufsouffle. Ils attendaient néanmoins que Phil redevienne lui-même pour reprendre la relation à laquelle ils s'étaient habitués…
Céleste, avec l'aide de Miss Plumal, commença à préparer la potion dès qu'elle reçut les ingrédients qu'elle avait commandés. L'infirmière lui avait réservé un emplacement dans son propre laboratoire pour qu'elle ne soit pas dérangée.
Au fur et à mesure que les jours défilaient, le temps se faisait froid et pluvieux, comme pour bien démontrer que c'était à présent le règne de l'automne. Bientôt, on fit venir d'énormes citrouilles en vue de décorer la Grande Salle pour le festin d'Halloween qui tombait le jour de l'anniversaire de Céleste. C'était la première des trois à atteindre la majorité. Lors d'une sortie au village des sorciers, Phil, qui connaissait maintenant bien mieux les mensurations de Céleste, lui acheta une très belle robe de soirée de couleur vert sombre qui mettrait ses yeux en valeur (Choix qu'il aurait peut-être été incapable de faire du temps de sa pleine masculinité). Pour sa part, Delvin opta pour un bracelet d'or finement ouvragé à l'intérieur duquel il avait fait graver le message : "À toi que j'aime si mal ". Ils rentrèrent en fin d'après-midi, non sans avoir fait quelques provisions chez Honeydukes et acheté les indispensables sous-vêtements de Phil.
En se couchant ce soir là, une fois que Delvin eût tiré les rideaux de son lit à baldaquin, Nalia apparut devant lui.
- Bonsoir Delvin, dit la fée en se posant dans la paume de sa main.
- Nalia ! s'étonna Delvin. Je ne m'attendais pas à te voir.
- Il fallait que je te prévienne, fit Nalia l'air inquiet. Comme tu le sais puisque que tu en as eu toi-même, j'ai quelques fois des aperçus de l'avenir lorsque je suis dans ma clairière. Or, j'ai eu une vision te concernant : Tu vas être trahi par une ou des personnes de ton entourage. Je ne peux hélas te dire qui.
- Tu es sûre de toi ? demanda Delvin qui s'inquiétait à son tour.
- Non. L'avenir est en perpétuel mouvement. Mais ce présage me pèse et m'étouffe. Les rares fois où j'ai ressenti une pareille oppression, mes craintes étaient fondées.
- Mais pour quelle raison ? Et me trahir de quoi ? Ça n'a pas de sens. Je n'ai rien de particulier.
- Tu te trompes. Je connais l'élément que renferme ta baguette, et ce n'est pas pour rien si c'est celle-ci qui t'a convenue. Il n'y a que toi qui puisses l'utiliser, Delvin.
- C'est ce que m'a dit celui qui me l'a vendue, admit-il pensivement.
- Sais-tu qu'elles étaient les deux plus grandes facultés de Merlin ?
- Non, si ce n'est que c'était un mage très puissant. Le plus puissant de tous, peut-être.
- Oui, mais ce que l'on sait de lui, c'est qu'il était réputé pour changer de forme à volonté ou encore de se trouver à plusieurs endroits en même temps…
- Multiplicatis ?
- Exactement. Tu es le sorcier qui actuellement maîtrise ce sort comme nul autre. Je t'ai observé.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Qu'il est clair que tu as un lien avec Merlin. Encore faut-il savoir lequel…
- Tu crois que je pourrais être son descendant ?
- C'est possible, mais peu probable. On lui connaît un grand amour, mais on ne lui connaît pas de descendance.
- Alors je ne vois pas quoi ! fit Delvin.
- Moi non plus. Mais il va falloir que tu trouves, sans quoi, je crains le pire pour toi et ceux que tu aimes. Je suis triste de t'annoncer cela, Delvin, mais je vois beaucoup de souffrances autour de toi. Tu dois t'attendre au pire…
- Et c'est quoi la mauvaise nouvelle ? dit Delvin tentant de dédramatiser un peu la situation.
- Je sais que c'est beaucoup de soucis pour quelqu'un d'aussi jeune. Mais je t'aiderai de mon mieux, ainsi que je l'ai promis.
- Bien que j'ignore vraiment pourquoi, je te fais confiance, Nalia. Je peux au moins compter sur toi, et ça me réconforte. Je ne pense pas non plus me tromper en disant que je peux aussi compter sur Céleste et sur Phil.
- Ta confiance me touche plus que tu ne l'imagines. Mais prend garde, tes ennemis n'ont pas encore dévoilé leurs vrais visages…
- Je ferai attention. Merci de m'avoir prévenu.
- Je dois partir pour le moment, dit Nalia en prenant délicatement son envol. Mais je serai souvent près de toi ; autant que faire se peut.
Delvin médita une bonne partie de la nuit sur ce que Nalia venait de lui dire. Bien qu'il prenait au sérieux ses propos, il ne pouvait s'empêcher d'émettre quelques doutes. Mais petit à petit, il lui semblait que quelque chose n'allait pas ; quelque chose auquel il aurait dû penser. Fulgur. Fulgur n'était toujours pas revenu avec la réponse de son père. Il se concentra sur son faucon pour voir où il se trouvait. En toute logique, il devait être à la demeure des Malbranche. Mais malgré ses efforts, rien ne se produisit. Cela ne pouvait avoir que deux significations : soit, et c'était le plus vraisemblable, le rapace était endormi, soit il lui était arrivé quelque chose.
Le mardi matin suivant, Delvin et Phil offrirent à Céleste ses cadeaux d'anniversaire. Elle essaya aussitôt sa robe de soirée qui lui allait parfaitement et ne quitta plus son bracelet d'or. Au moment où elle serrait ses deux amis dans ses bras pour les remercier, Fulgur tapa au carreau de la fenêtre. Une de ses pattes était cassée et plusieurs de ses plumes brûlées. Delvin prit son oiseau délicatement dans ses bras pendant que Céleste détachait la lettre de sa patte valide.
- Qu'est-ce qui lui est arrivé ? demanda Céleste très contrariée.
- Je ne sais pas, répondit Delvin qui essayait de contenir sa colère. Mais j'aimerais bien choper l'ordure qui lui a fait ça.
Delvin déplia la lettre et la lut à haute voix.
Mercredi 25 Octobre
Je vois que tu n'as pas le temps de t'ennuyer à Poudlard. Ça me rappelle le temps où j'y étais moi-même. Si tu as encore des ennuis avec la vieille Buddle, je te donnerais quelques infos sur son compte qui la feront taire. Mais il y a dans ta lettre quelque chose qui m'inquiète bien plus que les méchancetés de cette vieille peau. Je me rend compte aujourd'hui que le temps a passé bien vite, et que je n'ai que trop tardé à te révéler ce que tu dois savoir sur notre famille.
Je voudrais que tu demandes à Dumbledore une permission pour me rendre visite le plus vite possible. (Dippet n'acceptera pas). Le moyen le plus rapide serait par Portoloin (Dumbledore pourra te le créer) car notre cheminée n'est pas raccordée pour voyager de cette façon. Fais-moi savoir rapidement quand tu pourras venir. En attendant, prend bien soin de toi. Transmets mes amitiés à Céleste et à Phil.
Ton père qui t'aime,
Melchior.
PS : merci pour le jus d'orange, mais la prochaine fois, donne-le moi dans un verre…
Delvin quitta aussitôt la salle commune et s'en alla apporter Fulgur à Hagrid afin qu'il le soigne une nouvelle fois. Sa cabane était à présent terminée mais le mobilier était sommaire. Il possédait juste un très grand poêle à bois pour se chauffer et faire la cuisine, un lit adapté à sa démesure, une table et deux chaises. Les cours de sortilège avaient été annulés car le professeur Flitwick s'était absenté pour la journée. Delvin put prendre ainsi le temps nécessaire pour rester près de son animal.
- Hummmm, grogna Hagrid. On a dû lui lancer des éclairs. Mais ils n'ont fait que lui brûler les plumes. C'est très curieux. Fulgur est trop rapide pour se faire toucher par ce type de sort. Du sol, ça me semble impossible, à moins d'être plusieurs. L'autre possibilité, c'est qu'il ait été poursuivi par une créature aussi agile que lui et capable de lancer des sortilèges.
- Tu penses pouvoir le guérir ? interrogea Delvin.
- Rassure-toi. Il lui faut juste du temps et du repos. J'peux m'en occuper si tu veux.
- Je veux bien, oui. Je préfère le savoir entre tes mains. Il ne pourra rien lui arriver chez toi.
- Pour sûr ! s'exclama Hagrid avec fierté. Tu n'as pas à t'en faire.
Delvin prit congé de Hagrid un peu avant midi et se rendit au bureau de Dumbledore pour lui faire part du contenu de la lettre de son père et de l'agression de Fulgur. Le professeur de métamorphose écouta très attentivement le récit de Delvin, les mains croisées, le menton reposant sur ses index.
- Je ne sais pas de quoi ton père veut t'entretenir Delvin, mais il n'est pas question que je m'y oppose s'il estime que c'est important. Viens me voir samedi matin à huit heures, j'aurai préparé le Portoloin. Ne dit rien à personne, surtout.
- Professeur, comment vais-je prévenir mon père ? Ce ne serait pas prudent d'utiliser un hibou.
- Tu as parfaitement raison. Je me chargerai de le prévenir.
- Merci professeur, dit Delvin en saluant Dumbledore.
- Je t'en prie, c'est tout naturel.
Delvin s'apprêtait à sortir du bureau quand Dumbledore l'interpella.
- Au fait, je te félicite de t'être attiré les bonnes grâces d'une Fée Sylvestre… Tu as bien de la chance.
- Comment savez-vous ? demanda Delvin interloqué.
- Ce n'est pas parce qu'elle peut se rendre invisible que je ne peux pas la voir, répondit Dumbledore d'un air amusé. Elle est rarement loin de toi. Je pense que d'ici peu, tu seras doté d'une protection efficace.
- Je ne comprends pas…
- Et j'espère que tu n'auras pas à le comprendre, Delvin. Je le souhaite de tout cœur. Mais oublie les bavardages d'un vieil homme. Je crois qu'il est l'heure de satisfaire nos estomacs.
Un terrible orage éclata juste après le déjeuner et dura tout le reste de la journée. Les rafales de vents faisaient vibrer les fenêtres et chanter sinistrement les cheminées du château. Fort heureusement, le banquet à venir dissipait allègrement cette ambiance lugubre. La Grande Salle avait été magnifiquement décorée : Des dizaines de citrouilles, éclairées de l'intérieur, flottaient dans les airs avec un sourire inquiétant. Une piste de danse, sur laquelle des squelettes habillés de riche façon dansaient au rythme d'une valse entraînante, avait même été aménagée. Mais le détail le plus insolite fut de découvrir le professeur de potions vêtue d'une robe mauve. Et contrairement à son habitude, elle semblait être aimable avec tous ceux qu'elle croisait et leur souriait de toutes ses dents (enfin de celles qui lui restaient).
- Dites-moi que je rêve, dit Céleste. Ce n'est quand même pas Buddle ?
- Il semble que si, confirma Phil. Qu'est-ce qui a bien pu lui arriver ?
- Je n'en sais rien, dit Delvin. Mais toute souriante qu'elle soit, elle restera à mes yeux qu'une vieille peau de vache.
- Toi, tu es soucieux, fit Céleste en posant sa main sur la joue de Delvin pour l'obliger à la regarder dans les yeux.
- Un peu, admit Delvin. C'est à cause de cette histoire de Fulgur. Et puis j'ai passé une mauvaise nuit.
- Détend-toi un peu, ce soir c'est la fête, non ?
- Tu as raison. Voyons un peu ce qu'on nous a préparé de bon.
Tous les plats qui se présentaient à eux étaient délicieux, bien meilleurs dans l'ensemble qu'au banquet de début d'année. Delvin était sur le point de commencer son dessert quand il entendit la voix de Nalia chuchoter à son oreille.
- Fais comme si tu ne m'entendais pas, souffla-t-elle. Il faut que tu te hâtes. Il y a un elfe de maison qui fouille tes affaires en ce moment.
- Il faut que je vous laisse un instant, dit Delvin en se levant.
- Quelque chose ne va pas ? demanda Phil.
- Si, tout va bien, répondit-il de son ton le plus convainquant. C'est juste que j'ai oublié de faire quelque chose de très important. Je n'en ai pas pour longtemps.
Mais à peine avait-il franchi les portes qu'il se mit à courir aussi vite que possible. Il arriva un peu essoufflé devant la statue et il était tellement sous le coup de l'émotion qu'il ne comprit pas l'énigme qu'elle venait d'énoncer. C'est Nalia qui donna la réponse et ils purent entrer dans la salle commune des Serdaigles. Delvin saisit sa baguette magique et monta les escaliers qui menaient à son dortoir. Un grand aigle majestueux était posé sur le rebord de la fenêtre. La malle de Delvin était grande ouverte, ses affaires éparpillées un peu partout, et près du lit, une petite créature très laide tenait entre ses mains une lettre. L'elfe, dont une oreille était partiellement coupée, avait un regard diabolique et son sourire laissait entrevoir des dents qui avaient été limées en pointe. Delvin pointa sa baguette sur lui mais l'elfe claqua des doigts d'un geste vif. Plusieurs centaines d'araignées grosses comme la main tombèrent du plafond. Delvin en avait partout ; dans les cheveux, dans le dos, dans les manches de sa robe et sur le visage. Profitant de la diversion, l'elfe bondit sur le dos de l'aigle et l'animal prit aussitôt son envol. Delvin se précipita à la fenêtre et lança un stupéfix en direction des fuyards. Mais l'orage battait toujours son plein et l'éclair rouge se perdit dans la nuit. Après s'être débarrassé d'un maximum d'araignées, Delvin s'approcha de la lettre que l'elfe avait laissé tomber dans sa fuite. C'était la lettre de son père.
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