"Vous êtes sûr que je ne vous dérangerai pas?

-Pensez-vous...bien sûr que non..."

Même moi, je ne crois pas à mes propres mots.
M. Canas m'a "demandé" de lui prêter des livres (en vérité, il m'a piégé avec Serra...c'est un malin, ce type...à moins qu'il n'ait fait ça sans arrière-pensée?...Nooooon.); nous sommes sur le chemin de la maison. Je n'habite pas très loin du lycée (c'est pratique, finalement, de pouvoir acheter n'importe quelle maison à n'importe quel endroit) et, vu l'heure, il ne doit y avoir à la maison que Madame Louise.C'est dommage pour M. Canas, mais je n'aurai pas accès aux livres deMonsieur Pent...c'est pas qu'ils me sontinterdits...c'est que je ne suis pas censé approcher la bibliothèque, c'est tout...

"Ah, on y est. Attendez, je sonne.

-Bien."

J'appuie sur le bouton de l'interphone...il faut compter quelques minutes avant d'avoir une réponse...je regarde un peu partout en attendant. Et fatalement...
mes yeux se posent sur lui.
Lui aussi, il explore les environs...on dirait un petit enfant impatient. Je parie qu'il ne s'attendait pas à ce genre de maison...je ne suis qu'élève dans un lycée publique, après tout!
Ah, il tourne la tête vers moi!
Bon. Faisons mine de détourner le regard... Sans se prendre la porte dans la tronche... Et zut. Raté.

"Oups! Ca va? fait-il en me voyant mettre la main sur l'endroit blessé de mon visage. Vous n'avez pas trop mal?

-Nnnnnoon, ça vvvvvvaaaaa, merciiiiiii...dis-je en me forçant à sourire.

-Oui? fait la voix de Madame Louise dans l'interphone.

-Madame Louise! C'est moi, Erk!

-Oh, je t'ouvre de suite, mon chéri!"

Bzzzz

Je pousse la porte avec ma seule main valide et j'entre dans les jardins, M. Canas à ma suite.

"Ce n'était pas votre mère, à l'interphone? me demande-t-il.

-Non, ma tutrice, Madame Louise. Mais elle s'occupe de moi comme une véritable mère depuis que mes parents m'ont abandonné.

-Oh...je suis désolé...

-Ce n'est rien."

Il ne dit plus rien...je le regarde avec mon oeil ouvert...il a l'air gêné...c'est drôle. Personne n'a jamais eu l'air gêné lorsque je racontais mon histoire.
Ce mec est...gentil.
Rien que pour ça, je lui prêterai tous les livres qu'il voudra.
Et c'est le genre de type à vouloir toute la bibliothèque.

Ca y est, nous arrivons à la porte d'entrée.
Je toque.

"J'espère vraiment que je ne vais pas vous déranger si vous avez des devoirs pour demain...dit M. Canas en attendant que la porte s'ouvre.

-Ne vous inquiétez pas, réponds-je, je n'ai pas cours demain."

Clic

Ah, voilà Madame Louise qui nous ouvre.

"Ah, bienvenue, Erk! Rentre vite, il fait froid...oh...bonjour, Monsieur...?

-Je...euh...je suis Canas, le nouveau professeur de littérature de Erk. Comme nous avons quelques goûts partagés en matière de livres...j'ai insisté pour venir voir sa collection, et éventuellement, lui en emprunter quelques-uns...avec votre accord, bien entendu!

-Oh! Mais bien sûr, voyons! Entrez, entrez, je vous en prie...

-Mer...merci beaucoup...je suis désolé de vous déranger...

-Mais non, voyons, pas du tout! C'est bien la première fois que Erk amène quelqu'un à la maison...même un professeur...

-Bon, dis-je, Madame Louise, nous allons monter dans ma bibliothèque...

-Très bien! Bonne lecture!"

"Et là, c'est la partie sur les sciences Anima...une vieille magie utilisée il y a très longtemps et dont le pouvoir était basé sur les forces de la nature...

-Ca alors! Mais, lorsque vous me parliez d'une bibliothèque...

-Oui?

-Ce n'est absolument pas comme cela que je l'imaginais!"

M. Canas a l'air impressionné par la taille de ma bibliothèque...c'est vrai qu'elle est à peu près trois fois plus grande que la bibliothèque municipale.
Et puis, les livres qu'elle contient sont également trois fois plus rares.

"C'est...tout est tellement gigantesque chez vous! me fait-il tout étourdi. Je n'arrive pas à croire que vous soyez élève dans un lycée publique!

-Eh si. Prenez tous les livres qui vous plaisent, surtout! De toute façon, je les ai tous lus...

-Tous!

-Tous. Avez-vous trouvé votre bonheur?

-Oui, oui...je pense que ceci suffira..."

Il me montre sa pile de livres que je m'empresse de réduire pour éviter qu'il ne fasse tout tomber.

"Ah, fais-je, attendez, je vais vous aider...Vous pourrez revenir quand vous les aurez lus, pour m'en emprunter d'autres...

-Vraiment?

-Bien sûr.

-Erk...vous êtes vraiment gentil."

Cette dernière phrase...elle sonne plutôt bien...j'aime bien l'entendre la dire...

"Ce n'est rien, voyons..."

Un mois s'est écoulé depuis ce jour.
Il continue de me rendre visite après les cours, tous les jours, mais n'ose pas me déranger le week-end...il a sans doute autre chose à faire.
Je commence à m'habituer à sa présence. Cela ne m'était pas arrivé depuis que Monsieur et Madame Pent m'avaient recueilli.
J'aime bien...le sourire de gratitude qu'il affiche à chaque fois que je lui prête mes livres.
Enfin, je l'aime bien...lui...

Jeudi. Nous sommes tous deux dans ma bibliothèque, comme d'habitude, après les cours. Bien qu'il vienne très régulièrement, il n'a encore jamais réellement conversé avec l'un ou l'autre de mes tuteurs. Il ne sait donc toujours pas que je suis le fils adoptif de monsieur Pent. Mais, c'est étrange...pourquoi ses collègues ne lui ont-ils rien dit?
Bah.

Toc toc toc

Madame Louise ouvre la porte de la bibliothèque, un plateau de thé à la main.

"Voulez-vous du thé? Je viens d'en faire...

-Oh...dit M. Canas, l'air gêné. C'est très gentil, je ne voudrais pas abuser...

-Oui, nous allons en prendre tous les deux! dis-je en agrippant le bras de Canas pour éviter qu'il ne s'échappe. N'est-ce pas, M. Canas?

-Euh...eh bien...euh..."

Nous nous retrouvons tous les trois dans la cuisine, une tasse de thé à la main.
L'ambiance est lourde...personne n'ose rien dire...

"Et donc...dit finalement Madame Louise à M. Canas pour briser le silence, vous êtes professeur de littérature, c'est bien ça?

-O...oui...

-Mon mari aussi est professeur. Je me demande si vous en avez entendu parl..."

Je fais des signes dans le dos de Canas pour dire à Madame Louise de se taire à ce propos.

"Bref, fait-elle, il a écrit quelques livres, lui aussi.

-Oh, alors je comprends pourquoi Erk est aussi cultivé dans ce domaine!"

Je me sens rougir...un tout petit peu...

"Bon, dit Madame Louise en reposant sa tasse sur la table. Erk, le grand jour est arrivé.

-Comment?"

Je suis un peu décontenancé. Que veut-elle dire?

"Je pense, continue-t-elle, que tu devrais montrer à M. Canas la...Grande bibliothèque.

-Oh! C'est vrai? Mais je ne sais pas si...j'ai le droit d'y accéder...

-Eh, il n'est pas là. Ca restera entre nous. Et puis, ce n'est pas toi qui va les lire, c'est ton professeur de littérature! N'est-ce pas?"

Elle me fait un petit clin d'oeil; je lui réponds par un petit sourire timide.
J'ai du mal à y croire...on dirait que l'information ne veut pas atteindre le cerveau...attendez...hummm... JE VAIS POUVOIR ACCEDER A LA BIBLIOTHEQUE DE PENT! L'UNE DES PLUS COMPLETES BIBLIOTHEQUES DE LA PLANETE! Ca y est, c'est rentré.
M. Canas me regarde sans réellement comprendre l'honneur qui lui est accordé. Il sourit tout de même... Il va vite comprendre, je pense.

"Alors, M. Canas? dis-je après avoir ouvert la porte. Comment la trouvez-vous?

-...

-Euh...Monsieur?

-C'est...toute ma vie...n'a été que l'attente médiocre de ce moment...Sainte-Elimine existe...

-Euuuh...Monsieur?"

Il ne bouge plus du tout. Il ne cligne même pas des yeux... Je n'aurais peut-être pas dû lui montrer la Grande bibliothèque.

"Par contre, dis-je en me mettant devant le professeur, si vous désirez lire un livre de cette bibliothèque, il faut le lire ici. Sinon, mon tuteur s'apercevra que nous avons été fouiner dans ses affaires, une fois qu'il sera rentré...vous m'écoutez, monsieur?"

Il ne me répond pas. Je ne sais même pas s'il me voit.
Sainte-Elimine.
J'ai créé un monstre.

Ah! Il attrape mes épaules!

"Erk...je...merci!

-Euh...de rien..."

Il me fait un peu peur...mais j'aime bien son sourire... ...Mais à quoi je pense, moi?
Je l'aime bien, c'est tout!

"Quand je vais dire ça à ma femme!"

...Quoi?

"Elle ne me croira jamais..."

Qu'est-ce qu'il dit?
Il vient de parler...de sa...femme?
Il...il est...marié...?

"Rien que les livres de votre bibliothèque personnelle l'ont intéressée...alors, l'évocation de tous ces titres!

-V...votre femme? dis-je en tremblant.

-Oui...oh! Les voilà! "Les mystères originels"! Ils y sont tous! Ca alors!"

Il regarde les titres, parcourt les allées, toujours aussi guilleret...mais moi, je reste derrière lui...j'ai encore du mal à y croire.
Il est marié.

"Je peux juste emporter celui-ci chez moi? me dit-il en me montrant "Rituels ancestraux des shamans", son éternel sourire enfantin aux lèvres. Je vous le rendrai demain, promis!"

Je fais mine de réfléchir.
Pourquoi est-ce que, quand je le regarde, j'ai l'impression que mon corps tout entier se réchauffe? J'ai déjà lu ce genre de symptômes dans un vieux livre de médecine spirituelle...c'est un vieux sortilège oculaire qui est censé déconcentrer l'ennemi pour mieux l'attaquer...ou pour se faire obéir...c'est peut-être ça... Mais pourquoi ça me fait si mal de penser qu'il est marié?
Je l'aime bien, c'est tout!
Peut-être que c'est de la jalousie...après tout, il a été mon premier véritable ami...il partage mes passions...on se ressemble tellement...je dirais même que l'on se complète.
C'est normal!
Je suis normal!
Il a le droit de se marier, s'il le désire...et s'il est réellement amoureux!
Mais...ça n'a pas l'air de passer. Même en essayant de me persuader qu'il est marié, ça ne rentre pas.
Ca ne veut pas rentrer.

"Eh bien...fais-je en soupirant. Il est parti en voyage dans le désert de Nabata pour y faire des recherches...alors, je pense que c'est d'accord."

"Et il t'a dit ça comme ça? me crie Serra d'un air scandalisé. Quel mufle!

-Mais de quoi tu veux parler, à la fin? réponds-je avec agacement. Il a le droit d'être marié..."

Vendredi. Je suis au réfectoire en compagnie de ma "charmante" amie Serra et de deux de ses acolytes: un garçon avec une natte verte et une fille rousse avec une barrette en forme d'aile (mais Serra évite de traîner trop près d'elle..."question de mise en relief", elle a dit...j'ai pas bien compris).
Eux aussi, ils ont entendu.

"Tu déconnes, me dit le garçon à la natte, tu fayotes avec "Canassucre-le-Monocle"?

-Oh, ça va, Guy, fait la fille à la barrette, il a l'air très gentil, ce professeur! C'est juste que toi, comme les trois quarts des mecs de la classe, vous le jugez à cause de son métier! C'est un prof, mais c'est un être humain!

-UN ETRE HUMAIN? hurle Guy, incrédule. Tu déconnes, ou quoi? Même nous, en première, dans notre classe, il nous a donné trop de livres pour qu'on puisse suivre la cadence! HUIT PAVES EN UNE SEMAINE! ET QU'ON TROUVE NULLE PART! UN TYPE QUI LIT AUTANT EN SI PEU DE TEMPS, T'APPELLES CA UN ETRE HUMAIN?

-Ca va, ça vaaaa...dit Serra. Dis donc, Priscilla, t'en sais quelque chose, toi, de sa femme?

-Euuh...j'en ai entendu parler...elle est prof dans une université...prof d'hisoire, je crois...elle fait faire pas mal d'archéologie à ses élèves...mais le prof ne parle que de ses connaissances...jamais de son physique, ou de sa personnalité...

-C'est peut-être un mariage non-consommé? dit Serra en vidant son verre d'eau.

-N'y compte pas trop, fait Guy, il a un gosse de deux ans."

Un...enfant.
Parfait. Il ne manquait plus que ça.
Pourquoi faut-il que j'y pense autant? Il a bien le droit de faire ce qu'il veut! En quoi ça me regarde?
Mais n'empêche...j'ai l'impression que je vais moins l'apprécier, maintenant...

"Et donc, le courant littéraire de ce siècle a été fondé, entre autres, sur l'histoire de l'époque anté-dragonienne de notre planète..."

Il débite son cours. Comme d'habitude. Mais ça ne m'intéresse plus.
Je fais semblant de prendre des notes. Quel intérêt prends-je à me mêler de sa vie? Ca ne me regarde pas!
Alors...pourquoi je n'arrête pas d'y penser?

Ding deng dong

Ah! Enfin, la cloche! Je ne veux pas le revoir aujourd'hui. Je prétexterai quelque chose pour qu'il ne vienne pas chez moi... Et zut...il me fait signe de venir à son bureau... Qu'est-ce que je vais lui dire?

"Erk...dit-il. J'aimerais vous dire un mot...

-Euuh, oui?"

Dire que mon chien est malade...ah non, il sait que je n'ai pas de chien...euuuh...j'ai un rhume! Oui! Non! Une migraine! Je suis cloué au lit! Mais non, idiot,
puisque t'es venu au lycée...aaaaah...

"Voilà, dit-il avec un air un peu gêné, je...je...je me suis rendu compte que je venais toujours chez vous après les cours...et...je me sens un peuembarrassé de toujours vous déranger...et...hum...bon, voilà: je voudrais savoir si vous pourriez venir chez moi...pour dîner...ou..."

Ou...?

"Ou pour que je vous montre ma collection de livres!" dit-il.

Hum. Je m'attendais à autre chose...je ne sais pas quoi, mais autre chose... Attendez.
Il m'invite chez lui?
Je rêve, ou quoi?

"Vous n'aurez qu'à venir ce soir! me fait-il tout heureux. Qu'en dites-vous?

-Euuuh...très bien..."

Oups. J'ai dit oui.
Mais quel abruti je fais!

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Yo!

Eh oui, je sais...je vais vite. Mais j'aime bien écrire cette fic.
Ah làlà, dire que j'ai toujours pas fini blazing sword...et en plus...

Ok. On respiiiire...jesuisdésoléeRennjet'aidisquej'avaisPathofradiancemaisenfaitc'estSacredStonequej'aipasPathofradiancepardonpardonpardooooon TT Voilà, le message est passé.
-Prend un bouclier pour se protéger de la vengeance de Renn- Me tue pas, sinon je pourrai pas finir la fiiiic!
Au chapitre suivant, si je suis toujours en vie...