Automne

- Pardon ! Je suis désolée !

Pathétique…Qu'est-ce que ça allait changer qu'elle soit désolée ou pas ? Il serait quand même là. Avachi sur le tronc de cet arbre, agonisant, à cause d'une erreur stupide. Une erreur de débutante. Pourtant, c'est elle-même qui l'avait commise. Elle avait beau retourner les événements dans n'importe quel sens, elle en arrivait toujours au même point : sans son erreur, il n'en serait pas là. Et lui ne disait rien. Pas un regard méprisant, pas une injure. Rien. Elle aurait préféré qu'il lui hurle qu'elle n'était qu'une incapable, qu'il la méprise ! Tout sauf ça…Elle se sentait désarmée.

Elle essuya ses larmes d'un revers de la main. Elle n'avait pas le droit de se laisser aller. Surtout pas devant lui. Alors elle continua de s'affairer à sa tâche, sans grand espoir.

L'explosion qui avait eu lieu avait projeté Neji sur cet arbre, mais malgré sa blessure à la tête, il était resté conscient – un miracle en soit ! Il était recouvert de quelques égratignures et de plusieurs brûlures, mais le pire n'était pas là. Ce qui inquiétait tant Tenten, c'était cette blessure profonde à la poitrine. Son poumon avait sans doute possible dû être perforé. Tenten tentait de bloquer l'hémorragie en maintenant la pression autour de la blessure, mais elle savait que c'était peine perdue : si les medic-nin n'arrivaient pas bientôt, c'en était fini de lui. Foutus médic-nin ! Jamais à l'heure quand on a besoin d'eux !

Mais pourquoi avait-elle fait ça ? Pourquoi ? Elle savait qu'elle aurait dû attendre son signal. Mais elle avait cru que ce serait bon, et ça ne l'avait pas été…Elle avait lancé son attaque en pensant que Neji partirait à temps, mais il avait été surpris et son adversaire en avait profité. Tenten revit avec horreur le moment où la lame avait transpercé la poitrine de Neji, le flot de sang qui en avait jailli ; elle se souvint de l'instant où elle avait comprit qu'il ne pourrait pas s'échapper à temps. Puis tout avait explosé, emmenant leur ennemie six pieds sous terre. Mais à quel prix…Si Neji avait réussi à s'éloigner malgré sa blessure, il n'avait pas été assez rapide : la déflagration l'avait soufflé et projeté contre cet arbre. Le craquement sinistre du choc l'avait glacé d'effroi.

- Neji ! s'écria-t-elle en claquant des doigts devant son visage lorsqu'elle le vit commencer à fermer les yeux.

Elle devait le forcer à rester conscient sinon il risquait de sombrer dans le coma.

- Regarde-moi dans les yeux et ne me lâche surtout pas, ordonna-t-elle d'une voix tranchante qu'elle ne se reconnut pas.

Cette odeur de sang et de brûlé lui donnait la nausée, mais elle se devait de paraître sûre d'elle et autoritaire car un ninja, quel qu'il soit, ne devait jamais laisser transparaître ses faiblesses. Elle devait surmonter. Mais tout ce sang…il se répandait de plus en plus et elle en était recouverte. Maintenant, Neji baignait dans son propre sang au milieu des feuilles roussies.

Les médic-nin n'étaient toujours pas là. Le temps était impitoyable. Un ennemi auquel même le plus puissant des ninja ne pouvait échapper. Et cet ennemi était en train de l'emporter. La Mort arrivait toujours trop vite, emportant avec le vent d'automne les dernières parcelles d'une vie, comme elle balayait les feuilles mortes pour laisser place à l'hiver.

Neji ferma les yeux, et cette fois, elle ne put l'en empêcher. Il avait perdu beaucoup trop de sang, et ce n'était plus le coma qui l'emportait maintenant. C'était malheureusement inévitable : il mourut. Tenten était bien trop lucide pour se répandre en larmes et autres hurlements de douleur. C'était le lot de tout ninja qui se doit : vivre, servir et mourir. Mais comme tout être humain, Tenten ressentait cette terrible injustice, lourd fardeau d'une vie au service de son village. Neji avait toujours été considéré comme un surdoué, un génie. Et c'était à cause de ça qu'il venait d'être tué. Il avait été surestimé, mais preuve en est que même les génies ne sont pas immortels.

Ce soir-là, Neji aurait dû se rendre sur la tombe de son père, comme les vingt années précédentes. Mais il n'irait plus. Il avait rendez-vous avec lui…ailleurs.

Elle dénoua son bandeau avec respect et retira délicatement les bandes qui avaient toujours recouvert son front. Le sceau de sa cage avait disparu. Il était libre. Libre de voler de ses propres ailes.

Son père pouvait être fier de lui. Jamais il n'aurait pu souhaiter avoir meilleur fils que lui.