Chapitre 3 :

Dans la salle d'attente, l'attente semblait interminable. Cela faisait maintenant un peu plus de deux heures qu'Alan, Charlie, Amita et Larry attendaient des nouvelles de Don. Deux heures d'angoisse et d'espoir.

Plus l'attente s'allongeait, plus le sentiment de culpabilité était grand dans le cœur d'Alan. J'aurais dû insister pour qu'il aille voir un docteur. Je suis désolé Margaret. Je n'ai pas su prendre soin de notre fils. Alan ne regrettait pas seulement le fait de ne pas avoir su convaincre Don de se soigner. Il regrettait surtout ne pas savoir comment s'y prendre avec lui. C'était si facile avec Charlie. Oh bien sûr, Alan ne comprenait pas aussi bien que Margaret comment fonctionner son plus jeune fils, mais il savait mieux s'y prendre. Il savait sur quels boutons appuyaient pour que Charlie vienne se confier à lui. Mais avec Don, aucuns boutons ne marchaient. Quand Don était plus jeune, Alan avait su franchir quelques murs que son fils avait dressés autour de lui. Mais maintenant qu'il était adulte, les murs étaient devenus si épais qu'ils en étaient infranchissables. Son aîné était bien déterminé à ne laisser personne franchir sa forteresse. Alan pensait que c'était une façon pour lui de se protéger. Il savait que c'était dû au fait que Don avait toujours dû se débrouiller seul, à ne compter que sur lui-même. A devenir indépendant très jeune afin que lui et Margaret puisse se consacrer entièrement à Charlie. Tellement indépendant que c'était pratiquement impossible pour lui de demander de l'aide. Alan s'était toujours demandé si Don aurait eu une personnalité différente si Charlie n'avait pas nécessité autant d'attention. Aurait-il été moins introverti, moins isolé, et surtout beaucoup moins indépendant. C'est ma propre équation insoluble. A-t-il pensé. Son regard s'est posé sur son cadet. Il espérait que Charlie n'allait pas s'isoler dans son P égal non P comme il l'avait fait lors de la maladie de sa mère.

Pour Charlie, la tentation de s'isoler dans sa fameuse équation insoluble était bien présente. Mais il comptait bien ne pas y succomber. Il ne voulait pas refaire deux fois la même erreur. Il se devait d'être fort pour son père et son frère. Don a toujours été là pour lui. C'est à mon tour maintenant. Je ne te laisserais pas Don. Je te le promets. Tu ne vas pas me laisser tomber maintenant. Pas maintenant qu'on devient de plus en plus complice toi et moi. On a encore du chemin à faire tous les deux. On en a déjà parcouru une bonne partie, tu ne crois pas ? Et qui sait, peut-être qu'un jour tu nous feras assez confiance pour abattre tes murs. Mais Charlie se demandait s'il aurait réellement la force d'aider et de soutenir son grand frère.

De son côté, Larry essayait tant bien que mal de remonter le moral :

« Quand Don ira mieux, je vais avoir beaucoup de question à lui poser. Je pense qu'il fera un bon projet d'étude ».

« Un bon projet d'étude ? » A demandé Amita, stupéfaite.

« Oui. En fait, je pensais à la mort. Voyez-vous, je pense que la mort est une invention humaine car personne n'a connu la mort…Arh ! Je ne suis pas très clair là». Larry a pris sa tête entre ses deux mains et l'a inclinée de gauche à droite avant de continuer : « Ce que je veux dire, c'est que personne ne sais ce qui se passe après la mort. Naturellement, il faudrait que Don fasse un rapide arrêt cardiaque pour qu'il puisse nous raconter ce qu'il a vu ou entendu. J'ai lu beaucoup d'articles relatant les expériences de personnes qui ont frôlés la mort mais il n'y a aucuns points communs entre tous ce qu'elles racontent. C'est fort regrettable. Ce serait une vraie découverte. Avant la découverte, une propriété peut exister par ses manifestations sur l'expérience mais si toutes les manifestations possibles sont expérimentées, alors… »

- « Larry, vous ne nous aidez pas là.» A coupé Amita en lançant à Larry un regard indiquant nettement qu'il valait mieux ne pas continuer.

A ce moment là, une infirmière est entrée dans la salle d'attente.

« Famille de Don Eppes ? »

Alan et Charlie ont bondi de leurs sièges.

« Oui. Je suis son père, Alan Eppes. Et voici son frère, Charlie. Comment va mon fils ? »

« Je ne peux rien vous dire. Je vous emmène voir son médecin. Si vous voulez bien me suivre ».

« S'il vous plaît, dites-nous au moins si mon fils va bien ».

« Je suis vraiment désolé monsieur mais je ne peux pas. C'est au docteur Travis de vous faire part de son état ».

Le silence de l'infirmière sur la santé de Don n'a fait qu'accroitre l'inquiétude d'Alan et de Charlie. Cela ne pouvait signifier que de mauvaises nouvelles.

L'infirmière a mené Alan et Charlie à travers de longs couloirs avant de les introduire dans le bureau du docteur. A leur arrivée, celui-ci les a accueilli avec un large sourire et leur a fait signe de s'asseoir dans les deux fauteuils situés en face du bureau.

« Bonjour, je suis le docteur Travis. Je me suis occupé de Don ».

Alan et Charlie ont rapidement serrés sa main mais n'ont pas perdu de temps à faire les présentations.

« Comment va mon garçon ? »

« Don a une embolie pulmonaire. Je ne vous cacherais pas que son état est très sérieux ».

« Une embolie pulmonaire ? »

« Oui. Une embolie pulmonaire est une obstruction brutale d'une artère pulmonaire. Elle est due à la formation d'un caillot, c'est-à-dire une petite masse de sang coagulée, formé sur la paroi d'une veine. Ce caillot va migrer, grâce à la circulation sanguine, de l'endroit de sa formation jusque vers les poumons qui servent en quelque sorte de filtre».

« Alors si j'ai bien compris, le caillot a bouché le système artériel irriguant le poumon ? » A demandé Charlie.

« Oui, c'est cela. Les symptômes sont diverses : angoisse, gène respiratoire, fièvre, crachats sanguinolents. En l'occurrence, tous ses symptômes ont conduit Don en état de choc. Dans le cas de Don, le caillot est dû à une phlébite profonde. C'est un trouble cardiovasculaire. Le caillot sanguin s'est produit dans une veine profonde de la jambe gauche de Don, dont le débit sanguin est important. Le problème est qu'il s'est détaché de la paroi de la veine. Et porter par le flux sanguin, il a traversé le cœur et a bloqué l'artère pulmonaire. C'est ce qui a provoqué l'embolie pulmonaire. Plusieurs facteurs peuvent provoquer une phlébite. Par exemple, le fait de rester dans une position immobile pendant plusieurs heures : travailler en étant debout longtemps, faire de longs trajets en voiture ou en avion, etc ».

« Mon fils a fait un long voyage en avion il y a deux jours. Il revenait de Roumanie et il n'a fait qu'une courte escale à Paris. Vous pensez que c'est ce qui a pu provoquer sa phlébite ? ».

« J'en suis même certain. Dans un avion, l'immobilisation prolongée, la pressurisation et la climatisation augmentent le risque de phlébite ».

« Mais…J'avais bien remarqué que Don avait dû mal à respirer et qu'il était fiévreux. Mais il ne donnait pas l'impression d'avoir mal à sa jambe ».

« Les signes de la maladie sont en général peu nombreux. La plupart du temps, le patient ressent une douleur spontanée et une sensibilité à la palpation du mollet. Un petit gonflement de la jambe voire une fièvre peut aussi évoquer le diagnostic de phlébite profonde. Mais les symptômes peuvent être totalement absents. Il n'est pas rare qu'une phlébite ne soit décelée qu'au stade de l'embolie pulmonaire. Comme c'est le cas pour Don ».

« Qu'est-ce que vous prévoyez comme traitement ? ».

- « Etant donné que Don souffre d'une embolie pulmonaire grave, nous l'avons placé en soins intensifs et nous l'avons mis sous respirateur artificiel puisque les gaz du sang ont révélés une baisse de la concentration en oxygène. Le respirateur a justement pour fonction de lui fournir de l'oxygène supplémentaire. Si dans quelques jours sa respiration s'améliore, alors nous l'enlèverons et nous le remplacerons par un simple masque d'oxygène. Nous lui administrons également des anticoagulants pour empêcher l'extension des caillots existants mais également la formation de nouveaux caillots, avec héparine par voie intraveineuse. Si ça ne fonctionne, alors nous serons obligés de recourir à la chirurgie pour enlever le caillot sanguin de l'artère pulmonaire. Mais j'espère ne pas en arriver là car cela nécessiterait une intervention lourde ».

« Il y a également une dernière chose que vous devez savoir ». Le docteur a hésité avant de continuer : « L'embolie pulmonaire peut guérir sans séquelle, mais il peut subsister un essoufflement plus ou moins invalidant ».

« Un essoufflement plus ou moins invalidant ! Mais mon frère est un agent fédéral ! Le FBI, l'adrénaline, c'est sa vie ! Il ne peut pas se permettre d'avoir un essoufflement plus ou moins invalidant !».

« C'est seulement une possibilité. Don peut très bien s'en sortir sans aucunes séquelles. Pour le moment, tout ce que nous pouvons faire est de le maintenir sous étroite surveillance et voir s'il répond bien au traitement. De toute évidence, beaucoup de facteurs jouent en faveur de votre frère : il m'a tout l'air d'être un homme fort et au vu de son dossier médical, il a toujours été en excellente santé avant. Dans son cas, le risque de séquelles est très minime».

« Vous avez des chiffres ? »

« Des chiffres ? »

« Oui. Vous avez bien des statistiques ou je ne sais quoi encore. Quelque chose qui ressemble à des nombres. Il faut… »

« Charlie ! » A coupé son père, en colère. « C'est de Don dont on parle. Ton frère. Pas une de tes statistiques. Ton frère a toujours défié la chance jusqu'ici à cause de son travail. Il n'y a aucune raison pour que ça change maintenant. Don s'en sortira. Je n'admettrais aucun autre résultat. Est-ce que c'est bien compris ? ». Alan n'a pas attendu de réponse de Charlie. Ce dernier était d'ailleurs trop ébahi par la colère de son père pour pouvoir répondre quoi que ce soit. « Pouvons-nous voir Don ? ».

« Bien sûr. Je vais demander à Amanda de vous conduire dans sa chambre. Amanda est l'infirmière qui va s'occuper de votre fils, en alternance avec une autre infirmière, Betsy. Si vous avez des questions, je serais heureux de pouvoir y répondre. Vous n'aurez qu'à demander à l'infirmière et elle me contactera ».

Alan et Charlie, aussi blanc l'un comme l'autre, ont remercié le docteur et ont suivis l'infirmière. Mais avant d'aller voir Don, ils se sont arrêtés par la salle d'attente pour informer Larry et Amita. Ces derniers, voulant leur laisser de l'intimité, leurs ont dit qu'ils repasseraient le lendemain et qu'ils préviendraient l'équipe de Don.

Alan et Charlie, l'estomac noué, se sont alors dirigés vers la chambre de Don.

A suivre