Chapitre 5 :
Après avoir pris un rapide petit déjeuner et raccompagner Amita et Larry sur le parking de l'hôpital, Charlie a fait son chemin vers la chambre de son frère.
Pendant un bref instant, il a cru que son cœur allait lâcher lorsqu'il a vu son père faire les cent pas dans le couloir.La panique était gravée à l'eau forte sur le visage d'Alan. Oh non ! Don !
D'une voix tremblante, Charlie a attiré l'attention de son père :
« Papa ». « Don…il est… ». Charlie s'est arrêté à mi-phrase, incapable d'exprimer sa pensée.
Alan s'est retourné en entendant la voix de son fils et, dans un élan, a serré son jeune fils dans ses bras. Il a ressenti un peu d'apaisement en pouvant toucher un de ses deux fils.
« Je ne sais pas ce qui se passe Charlie. J'étais en train de parler à ton frère et d'un seul coup toutes les machines se sont mises à clignoter et des alarmes se sont déclenchées. L'infirmière m'a dit de sortir. Je n'ai eu aucune nouvelles depuis. Ils sont toujours avec Donnie ».
A peu près une vingtaine de minutes plus tard, les infirmières et le médecin sont sortis de la chambre. Ce dernier s'est dirigé vers Alan et Charlie qui, eux-mêmes, se sont dirigés vers lui, s'apprêtant à recevoir de mauvaises nouvelles.
- « Docteur, comment va mon fils ? »
- « Don est vivant ».
Ces trois mots étaient les plus beaux mots qu'Alan et Charlie n'avaient jamais entendus de leur vie. Tous les deux avaient l'impression qu'un énorme poids avait été enlevé de leurs épaules. Pendant vingt longues minutes, les pensées les plus sinistres n'avaient pas quitté leurs esprits. Pendant vingt longues minutes, ils se sont demandés si Don était mort ou vivant. Pendant vingt longues minutes, ils ont eu l'impression d'être attachés au bout d'une fine corde prête à lâcher à n'importe quel moment les précipitant dans un gouffre sans fond.
Reprenant avec peine le contrôle de leurs émotions, ils ont attendus que le médecin poursuive ses explications.
« Don a fait une crise de tachycardie c'est-à-dire que son rythme cardiaque s'est accéléré beaucoup trop rapidement. En l'espace de quelques minutes, il est passé de 70 battements par minutes à 150. Normalement, le cœur bat à une cadence comprise entre 60 et 80 battements par minute. C'est ce qui correspond à un rythme sinusal. La tachycardie de Don a été provoquée en partie par sa fièvre, qui au demeurant, est encore très élevée, et par une hypoxie. L''hypoxie est une insuffisance d'oxygène du sang à partir des poumons ».
« Mais il va aller bien maintenant ? »
« Nous faisons tout pour. Nous avons augmentés son niveau d'oxygénation puisque la quantité d'oxygène arrivant dans les tissus était insuffisante. En ce qui concerne la fièvre, nous lui administrons des antibiotiques par voie intraveineuse. S'ils n'agissent pas comme nous le souhaitons, nous augmenterons les doses mais nous devons veiller à ne pas provoquer une infection ».
« Y'a-t-il un risque que cela se reproduise ? ».
« Malheureusement oui. Aussi nous allons le surveiller encore plus étroitement. Ce qui l'aiderait à soulager son malaise serait d'éponger régulièrement son visage et son cou avec un tissu humide. Et surtout, vous devez continuer à lui parler et ne pas lui faire ressentir votre inquiétude. Certaines études ont démontré que les patients se trouvant dans un état d'inconscience peuvent sentir la présence de leurs proches et entendre leurs voix. Je vous avouerais qu'il y a quelques années, j'étais sceptique à ce sujet mais j'ai été témoin d'événements au cours de macarrière que la médecine n'explique pas. Aussi, je vous encourage fortement à suivre mes conseils ».
Après avoir une nouvelle fois remercié le médecin d'avoir pris soin de Don, Charlie et Alan sont entrés dans la chambre. Ils ont passé le reste de la journée à lui parler et à essuyer tendrement son visage et son cou avec un tissu frais, prenant seulement quelques pauses lorsque l'équipe de Don ou Amita et Larry arrivaient à les persuader de les prendre. Leurs services n'ont pas été vainc puisque dans la soirée, l'état de Don s'est un peu amélioré et la fièvre avait baissé de quelques degrés.
Epuiser physiquement et émotionnellement, Alan et Charlie se sont assoupis sans s'en rendre compte.
Le retour de Don à la conscience était confus. Ses sens sont revenus les uns après les autres. Il a d'abord entendu un bip incessant puis il a senti l'odeur de l'antiseptique. Hôpital ? Qu'est-ce que… ? J'étais en train de conduire pour aller chez Charlie…Je me suis garé dans l'allée… J'avais du mal à respirer et il faisait si chaud et puis…plus rien. La brume dans son cerveau s'évaporée peu à peu et il a essayé d'ouvrir ses yeux. Après quelques efforts, Don est parvenu à ouvrir ses yeux mais sa vision était trouble. Il a clignoté ses paupières plusieurs fois espérant y voir un peu plus clairement mais sans succès. C'est alors qu'il a senti un poids sur sa main droite et sur son genou. Il a regardé tant bien que mal la source du problème sur sa droite et a distingué une sorte de tête bouclée dormant sur son genou. Charlie ? Son regard s'est tourné un peu plus sur la droite et a remarqué qu'une main était posée sur la sienne. Doit être papa. Don a essayé de parler mais a constaté qu'il ne pouvait pas. Le tube du respirateur inséré dans sa gorge l'en empêchait. Se sentant complètement paralysé et délaissé, Don a laissé échapper involontairement un petit gémissement.
Son gémissement n'est pas passé inaperçu pour Alan. Celui-ci a ouvert ses yeux en se demandant ce qui l'avait réveillé. Lorsqu'il a senti la main de Don bouger faiblement sous sa main, il a regardé son fils et a eu un choc en voyant les yeux bruns de son fils à moitié ouverts. Son choc a été vite remplacé par un sentiment de pur bonheur :
« Donnie, tu es réveillé ! ». « Charlie réveilles-toi ! ».
« Mmmh. Encore cinq minutes.» A répondu Charlie, somnolant.
« Charlie ! Ton frère est réveillé ! ». Alan a secoué Charlie et a appuyé sur le bouton pour appeler l'infirmière.
A ces mots, le jeune génie s'est réveillé brusquement et a regardé son grand frère : « Don ! »
Don voulait désespérément communiquer avec sa famille et les rassurer en leur disant qu'il allait bien. Il a laissé échapper un autre soupir d'anéantissement et a secoué un peu sa tête dans un signe de démission en constatant que le respirateur ne lui donnait décidément aucune chance de s'exprimer.
« Shhh Donnie, ça va aller. Ne combat pas le respirateur. Je sais que c'est inconfortable mais il est là pour t'aider à respirer ». L'a rassuré son père en lui caressant les cheveux.
Déterminer à communiquer, Don a essayé de faire quelques gestes avec sa main.
« Tu veux quelque chose pour écrire ?» A demandé Charlie pour être sûr d'avoir bien compris.
Don a faiblement incliné la tête et Charlie lui a remis un stylo et un petit bloc note qu'il a placé sous la main de son frère. Même dans son état affaibli, Don a réussi à gribouiller quelques mots.
« Eh bien je ne te dirais plus que tu écris mal lorsque tu es en pleine forme. » A taquiné Charlie en essayant de déchiffrer ce que son frère avait écrit. « Tu veux savoir ce qui s'est passé je présume ? ».
Don a de nouveau faiblement incliné la tête.
« Mon cher frère, tu as décidé de faire une belle embolie pulmonaire ». Don a froncé les sourcils et son petit frère a continué : « Ton embolie est due à une phlébite que tu as attrapé lors de ton voyage en avion. Un caillot de sang s'est formé dans une veine de ta jambe et a obstrué une artère pulmonaire. C'est pour ça que tu avais dû mal à respirer. Le médecin dit que l'embolie peut guérir sans séquelle mais… ».
« Mais pour l'instant tu dois te reposer Donnie. On pourra parler de ton état plus tard » A coupé Alan en lançant un regard persistant à Charlie. Il ne voulait pas que Donnie s'inquiète d'une éventuelle insuffisance respiratoire permanente à peine sortie de son état d'inconscience.
Don n'a pas été dupe. Il s'était bien rendu compte que Charlie allait lui avouer quelque chose avant que son père le coupe. Il a fait une note mentale pour s'en enquérir plus tard. Pour le moment, c'était déjà assez difficile de rester éveiller et de penser à peu près clairement.
Amanda, l'infirmière de nuit est entrée dans la chambre et a été enchanté de voir que son patient était réveillé.
« Je commençais à désespérer de voir vos beaux yeux agent Eppes ! ». Amanda a examiné Don et a écrit quelques notes sur son diagramme. « Bien, votre fièvre est en baisse et votre respiration a l'air de s'améliorer. Si vous continuez dans cette voie, nous pourrons enlever le respirateur et le remplacer par un masque d'oxygène ». Après avoir rappeler à Alan et Charlie la politique des heures de visites, Amanda est sortie et est allée prévenir le docteur.
« Bien qu'on apprécie de te voir réveiller, mon bien aimé grand frère, tu dois te reposer pour pouvoir reprendre des forces.»
« Ton frère a raison Donnie. Tu dois dormir.» A insisté Alan en voyant que son fils résistait à l'appel du sommeil. Alan a commencé à commencer à caresser la temple de Don avec son pouce. Ce geste avait toujours permis à Don de s'endormir lorsqu'il était petit. Trente ans après, ce geste avait toujours le même pouvoir puisque Don est tombé dans un assoupissement profond.
A suivre
