Chapitre 7 (épilogue) :
« Papa, je vais bien. » A soupiré Don.
« Tu es sûr que tu n'as besoin de rien Donnie ? »
Don a lâché un soupir d'exaspération et a répondu sur un ton agacé : «Oui papa, je n'ai besoin de rien. Tout ce que je veux c'est regardé le match de hockey tranquille, sans que quelqu'un plane constamment au dessus de moi ! »
« Très bien. Je te laisse tranquille. Je suis dans le jardin à tailler les rosiers, si tu as besoin de quelque chose ». Alan a regardé son fils pendant quelques secondes avant de partir.
En voyant le regard blessé de son père, Don s'est senti immédiatement coupable. Son état s'était nettement amélioré et ses derniers résultats médicaux montraient qu'aucunes séquelles de son embolie ne subsisteraient. Après avoir passé deux semaines à l'hôpital, Don était en convalescence chez Charlie. C'était une condition de sa sortie. Le médecin lui avait dit qu'il le déchargeait seulement si une personne pouvait s'occuper de lui. A défaut, il resterait une semaine de plus aux bons soins des infirmières. Bien qu'il apprécié les infirmières, Don s'était résolu à aller chez son frère. Celui-ci et son père avaient d'ailleurs tellement insistés et se faisaient une joie de s'occuper de lui que Don n'avait pas eu le cœur de les décevoir. Aussi, se rappelant les mots de Charlie et la promesse qu'il lui avait faite, Don avait laissé son père et son frère prendre soin de lui. Il n'avait pas eu beaucoup de difficultés à le faire les premiers jours. Il est encore très épuisé qu'il les avait passé à dormir dans son ancienne chambre. Il dormait d'un sommeil de plomb qu'il ne reprenait conscience que lorsque son père ou son frère le réveiller pour manger ou pour prendre ses médicaments. Et il se rendormait aussitôt.
Mais lorsqu'il avait commencé à reprendre des forces et à pouvoir effectuer les petits gestes quotidiens par lui-même, sa nature commençait aussi à reprendre le dessus. Don appréciait le souci de sa famille et son aide mais ce n'était pas facile pour lui de se retrouver dépendant après avoir passé tant d'année à ne compter que sur lui-même. Il faisait de son mieux pour ne pas montrer son agacement mais cela devenait de plus en plus difficile et il devenait irritable malgré lui.
Charlie, qui était assis à la table à manger à travailler sur son ordinateur portable, avait entendu la conservation tendue entre Don et son père. Il avait surtout vu le regard blessé de son père. Prenant son courage à demain, il est allé s'asseoir à côté de son frère sur le divan.
Du coin de son œil, Don a vu son frère s'approcher. Il s'apprêtait à dire à Charlie d'attendre la fin du match mais il a repensé au regard de son père. Ne voulant pas blessé aussi son frère, il l'a laissé s'asseoir et a attendu que son petit frère parle.
« Don »
« Charlie » A répondu Don sans détourner son regard de la télévision.
« Don »
« Charlie »
« Don »
« Charliiie ! Tu veux bien accoucher s'il te plaît ?! ». En voyant l'hésitation de son frère, Don a continué : « Ecoutes Charlie. Je suis désolé. Je ne voulais pas parler aussi durement à papa. J'apprécie vraiment ce que vous faites tous les deux pour moi. Et pour être honnête, je ne pense que j'aurais pu surmonter ça tout seul. Vous deux vous ne m'avez pas laissé. Vous m'avez soutenu au moment où j'en avais le plus besoin. Mais ce n'est pas facile pour moi tu sais. J'ai toujours dû me débrouiller seul et d'un seul coup j'ai deux personnes qui se plient en quatre pour moi. Je tousse un peu et vous accourez. Je me lève pour aller prendre un verre d'eau et aussitôt l'un de vous deux se lève pour me l'amener. L'autre soir, j'ai même surpris papa entré dans ma chambre pour voir si je dormais. Comme si j'avais cinq ans ! ».
« Don. Je suis conscient que tu as fais des efforts pour accepter notre aide et papa aussi. Et je peux comprendre que cela peut être difficile pour toi. Mais je pense qu'il est temps que tu parles à papa. Il faut que vous ayez une vraie conversation tous les deux. Tu sais ce qu'il regrette le plus ? »
« Non »
Il regrette que vous n'ayez jamais eu une relation père-fils tous les deux ».
A ces mots, Don a senti un nœud dans son estomac se former. Il avait toujours regretté cela lui-même mais il ignorait que son père ressentait la même chose.
- « Papa regrette de ne pas s'être occuper de toi quant on était petit…à cause de moi ». Don s'apprêtait à interrompre son frère pour lui dire que ce n'était pas sa faute mais Charlie lui a fait signe de le laisser continuer. « Maintenant il peut le faire. Don, il veut vraiment s'occuper de toi. Et bien qu'il a détesté te voir aussi malade, il a vraiment apprécié prendre soin de toi. Je pense qu'il a eu l'impression de pouvoir enfin effacer toutes ses années. S'il te plaît Don, laisse-le se racheter. Il en a vraiment besoin ».
Don est resté un moment silencieux. Son regard était tourné vers la télévision mais il ne voyait pas vraiment le match. Les mots de Charlie ne cessaient de raisonner dans sa tête.
« Tu as raison Charlie. J'irais lui parler. Dis-moi, depuis quand tu as grandi ?! » Les deux frères ont partagés un petit rire.
Charlie s'apprêtait à se lever et à retourner à son travail mais Don l'a retenu par le bras.
« Attends Charlie ».
Etonner, Charlie s'est rassis et à regarder son frère.
« Je ne pense pas t'avoir encore remercié d'avoir été là pour moi. Merci. Ça me touche beaucoup ce que tu as fait. »
« Tu es mon frère. C'est normal. Tu en aurais fais autant ».
« Je suis fier de toi p'tit frère. Je suis fier de l'homme que tu es devenu. Vraiment.»
Charlie a été touché par la sincérité qu'il voyait dans les yeux de son frère. Décidant que son travail pouvait attendre, il est resté assis à côté de lui et tous les deux ont regardé la fin du match ensemble sans échanger un mot. Parfois, les mots sont inutiles. La présence près de soi de ceux que l'on aime suffit.
Le soir, à table, le dîner était tendu. Peu de mots étaient échangés. Alan essayait de ne pas paraître trop encombrant et prenait sur lui pour ne pas regarder le visage encore trop pale de son aîné. Décidément, je ne saurais jamais comment m'y prendre avec lui. De son côté, Don évitait de regarder son père, il se sentait encore honteux de son comportement. Sa culpabilité avait atteint un degré de plus lorsqu'il s'était assis à table et avait vu que son père avait fait du rumsteck avec des pommes de terre au four. Quant à Charlie, il feignait de ne pas voir la tension évidente et parlait de son travail sur sa théorie cognitive d'apparition.
Ils ont débarrassé la table et chargés le lave-vaisselle sans échanger un mot. Puis chacun est parti vaquer à ses occupations. Charlie a repris son travail sur son ordinateur, Alan était dehors, sur la petite terrasse à l'avant de la maison, assis dans le banc en bois et Don était sur le divan lisant la section sport du journal.
Après quelques minutes, Don a refermé le journal après s'être rendu compte qu'il venait de lire dix fois le même article et qu'il ne savait même pas de quoi il parlait. Il a regardé par la fenêtre son père, qui avait le regard perdu dans le vague, et s'est résolu à aller lui parler.
« Papa ». Don a attiré l'attention de son père et a demandé timidement s'il pouvait s'asseoir avec lui.
Alan lui a donné un petit signe d'assentiment sans le regarder. Don s'est assis sur la chaise en bois à côté du banc où se trouvait son père. Il a risqué un regard à son père. Lorsque celui-ci l'a regardé en retour, Don a aussitôt baissé son regard. Puis lorsqu'Alan regardait Don et que celui-ci rencontrait une nouvelle fois son regard, il tournait aussitôt sa tête. Cela a duré un petit moment avant que Don trouve finalement ses chaussures intéressantes à regarder. De son côté, Alan était fasciné par l'allée de la maison.
« Qui a gagné ? »
« Quoi ? » A demandé Don en levant sa tête.
« Ton match de hockey. Qui a gagné ? ».
« Oh. Euh. Dallas »
« Mmh. C'est une bonne équipe. »
« Ouais. Excellente».
Nouveau moment de silence.
« Papa. Je suis vraiment désolé. Je ne voulais pas… »
« Non Donnie. Ne t'excuse pas. Si quelqu'un doit en faire, c'est moi. » A coupé Alan, la voix enrouée.
« Non papa… »
« Si Donnie. Je te dois toutes mes excuses. Je comprendrais que tu ne les acceptes pas. Après tous ce que ta mère et moi t'avons demandés. On n'avait pas le droit de te voler ton enfance Donnie. Si tu savais comme je regrette ». La voix d'Alan s'est cassée en prononçant les derniers mots.
« Papa. Toi et maman, vous ne m'avez rien volé. Charlie est spécial et il avait besoin de plus d'attention. Je l'ai toujours compris. Tu n'as pas à t'en vouloir ».
« Oh Donnie. Comment peux-tu ne pas nous en vouloir ?! Je comprendrais très bien si tu as de la rancune envers moi. Tu n'as pas à avoir peur de le dire. »
Le cœur de Don s'est resserré en voyant les épaules de son père tremblaient. Il pouvait même voir dans la pénombre ses yeux humides.
Au fond de lui, Don en avait toujours un peu voulu à ses parents et il a longtemps été jaloux de Charlie, de son génie et de l'attention que lui portaient constamment ses parents. Mais ce qui est fait est fait. Tous ensembles, ils ne pouvaient pas refaire le passé. Aussi Don n'avouera jamais ce qu'il a ressenti toutes ces années à son père et à son frère. Son sentiment d'abandon, son complexe d'infériorité par rapport à Charlie, son besoin d'avoir quelqu'un sur qui s'appuyait lorsqu'il tombé. Tous les trois avaient travaillés dur pour ressembler à une famille après la mort de Margaret et ils commençaient vraiment à devenir très proche tous les trois, presque inséparables. Ce n'était pas le moment de raviver les vieilles blessures et de réalimenter les vieilles colères.
« Papa. Je n'ai rien à t'excuser. En plus, ça m'a permis d'apprendre à me débrouiller tout seul, à être indépendant. Ça m'a bien servi tu sais. Je pense que ça a fait de moi un meilleur homme, un bon agent et ça m'a permis de mieux faire face à toutes les adversités que j'ai rencontré sur ma route ».
« Mais c'est très difficile pour toi de demander de l'aide. Donnie, tu ne peux même pas me dire quant tu ne te se sens pas bien ! »
« Je suis vraiment désolé papa. Je ne voulais pas vous inquiéter, toi et Charlie ».
« Donnie. Je veux que tu me fasses la même promesse que tu as faite à Charlie. Promets-moi de me dire quant tu ne vas pas bien ». Alan a lancé un regard de plaidoirie à son fils.
« Je te le promets papa. Mais en échange, tu dois me faire une promesse aussi ».
«Laquelle ? »
«Je veux que tu arrêtes de te sentir coupable vis-à-vis de moi. Tu n'as pas à jouer le papa surprotecteur parce que tu veux te racheter. Je sais que tu m'aimes et c'est tout ce qui compte. S'il te plaît, reste tel que tu es ».
« Je vais essayer Donnie mais je ne peux rien te promettre ».
« Alors essaie au moins ».
« Je t'aime tellement Donnie ». Alan a prononcé ses mots en pleurant. Don s'est précipité à côté de son père et l'a serré dans ses bras. Alan a renvoyé l'embrassade et a serré très fort son fils.
« Moi aussi je t'aime papa »
Charlie regardait son père et son frère derrière la fenêtre. Il n'a pas pu s'empêcher de laisser tomber ses propres larmes en voyant leur étreinte. On ne pourra plus dire de nous qu'on est une famille qui ne s'étreint pas. Bien qu'il n'ait jamais été croyant, Charlie s'est surpris à prier pour que la maladie de Don soit le dernier coup dur de sa famille. Essuyant ses larmes, il est sorti rejoindre Don et son père. En le voyant, Don lui a fait signe de s'approcher et l'a étreint.
« Je t'aime p'tit frère ».
« Je t'aime aussi Donnie ».
Fin
