Disclaimer : Les lieux, les personnages, les termes magiques et l'histoire d'Harry Potter appartiennent à J. K. Rowling et je ne fais que les emprunter en ajoutant quelques détails de mon cru pour, je l'espère, pouvoir divertir les lecteurs. Qui plus est, je ne tire aucun profit de cet emprunt.

Résumé : Qu'arriverait-il si un vampire perdait le contrôle? Et qu'arriverait-il si le prédateur en question n'était nul autre que Severus Rogue et sa proie une simple Moldue? Venez le découvrir!

Note de l'auteure : Il y a vraiment des jours ou je me dis que j'ai un style déplorable! J'espère que vous apprécierez quand même!

Enjoy!


Chapitre 4 : La perte

Èva se réveilla plusieurs heures plus tard. Elle se sentait étrange. Elle hésitait entre malade et confortable.

Lorsqu'elle voulut s'étirer, elle remarqua qu'elle était couchée en cuillère avec quelqu'un. Elle baissa les yeux vers la main qui l'enlaçait par la taille.

Définitivement, c'était une main d'homme.

Èva se retourna vers l'homme appuyé contre son dos avec un regard affectueux en disant :

- Michael, quand j'ai dit que je te voulais en un seul morceau, je ne voulais pas dire en un morceau avec moi. Que je sache, tu n'es pas mon frère siamois! dit-elle d'un ton moqueur.

Mais Èva se figea lorsqu'elle rencontra les yeux charbonneux encore endormis qui n'étaient définitivement pas ceux bleu foncé de son frère aîné.

Le cœur de Severus avait raté un battement lorsqu'il avait croisé ce regard rempli d'affection qui s'était tourné vers lui.

Il fronça cependant les sourcils en réalisant cruellement qu'il ne lui était pas destiné, tout comme ces paroles joyeuses.

- Michael?

Èva s'éloigna du professeur pour briser ce contact physique qui la mettait dans tous ses états.

Les yeux de nouveau bleus de la jeune femme se brouillèrent.

Elle s'assit dans le grand lit. Elle replia les jambes vers elle, appuya ses coudes sur ses genoux et enfouit son visage dans ses mains. Elle prit une longue inspiration entrecoupée de sanglots refoulés.

- C'est mon frère… murmura Èva en se mordant la lèvre inférieure pour l'empêcher de trembler. Dieu qu'il me manque! murmura-t-elle pour elle-même.

Severus sentit son cœur se serrer douloureusement.

« Tout est de ma faute… comme toujours », pensa-t-il amèrement.

La brunette se retourna vivement vers Rogue. Ce dernier vit que ses yeux étaient voilés d'un film de larmes.

Èva cligna rapidement des paupières pour empêcher les larmes de couler.

- Oh mon Dieu, ça fait combien de temps que je suis partie? Trois ou quatre jours? Seigneur, il doit être terriblement inquiet! débita la jeune femme sur un ton affolé.

Rogue s'était redressé lui aussi. Il voulait prendre Èva dans ses bras et la réconforter, mais il hésitait. Elle ne le laisserait sans doute pas faire, elle le repousserait et cela ne ferait qu'empirer leur relation déjà conflictuelle.

Lorsque Severus s'était assis près d'elle, Èva avait remarqué qu'il ne portait qu'un pantalon en lieu et place de pyjama. Elle se mit alors à détailler lentement son torse.

Il était plutôt musclé et avait la peau blême de quelqu'un qui ne voyait pratiquement jamais la lumière du soleil.

« Pas étonnant quand on vit dans un cachot », pensa la jeune femme, ce qui eut pour effet de faire apparaître un petit sourire sur son visage.

Puis elle remarqua quelque chose qui ressemblait à un tatouage sur son avant-bras. Elle tendit la main pour aller effleurer le dessin, essayant de distinguer ce qu'il représentait.

Severus était tellement concentré à épier chaque expression du visage d'Èva, alors qu'il savait pertinemment qu'elle était en train de le juger, physiquement du moins, qu'il ne vit pas son geste tout de suite.

Ce ne fut que lorsqu'elle fronça légèrement les sourcils qu'il suivit son regard… jusqu'à la Marque des Ténèbres.

Quel imbécile il pouvait être des fois : laisser cette satanée Marque à la vue de la jeune femme. Elle n'avait vraiment pas besoin d'un choc supplémentaire.

Il s'empressa donc de cacher son avant-bras sous le drap.

- Qu'est-ce que c'est? questionna-t-elle.

- Vous êtes trop curieuse, cingla-t-il pour la dissuader de poser davantage de questions. Il y a des choses qui ne vous regardent pas.

La jeune femme se rembrunit. Elle était vulnérable pour l'instant et elle s'était permis de baisser sa garde. Et la première chose que cet odieux personnage trouvait à faire était de l'attaquer! Elle regrettait maintenant amèrement d'avoir accordé un peu de confiance à Rogue.

Elle se dépêtra des couvertures et se leva rapidement.

Trop rapidement. La jeune femme sentit sa tête tournée dangereusement et elle perdit l'équilibre.

Severus la rattrapa et la brunette se retrouva plaquée à son torse. Son corps était tiède et Èva se permit d'appuyer son front sur sa poitrine un instant, permettant ainsi à son propre corps de retrouver son centre de gravité et à son esprit de remettre les objets autour d'elle dans le bon sens.

Èva entendait le cœur de Rogue battre à un rythme effréné.

« Est-ce à cause de moi? », pensa-t-elle, confuse.

Elle releva les yeux vers son visage et elle vit son air troublé. Mais cela ne dura qu'une seconde. L'instant d'après, le professeur de potions avait remis son masque d'indifférence.

Il remit la jeune femme sur ses pieds et lui demanda :

- Comment vous sentez-vous?

Honnêtement, Èva devait avouer qu'elle ne le savait pas elle-même. Elle se sentait plus nauséeuse que jamais, sa tête lui tournait et tout ce dont elle avait envie, c'était de dormir.

La jeune femme eut alors une illumination : l'ail!

Elle posa un regard plein de rancœur sur le professeur :

- Et ça se dit maître des potions, tsss, dit-elle en secouant lentement la tête.

Rogue prit l'air le plus snob qu'il possédait.

- Je connais parfaitement les potions, répliqua-t-il d'un ton glacial. Par contre, je ne suis pas devin. Je ne pouvais donc pas deviner que vous ne nous aviez pas précisé vos allergies alimentaires.

- Oh, mais bien sûr, habituellement je donne mon curriculum vitae à tous les vampires qui me mordent pour ne pas qu'ils m'empoisonnent, fit-elle, sarcastique.

Rogue grogna, ce qui lui donna l'air d'un vieux chien asocial, pensa la jeune femme.

- Bien, puisque vous n'avez aucune confiance en mes capacités, je vais vous confier avec plaisir aux bons soins de madame Pomfresh. De toute façon, j'ai des cours à préparer, car j'ai des responsabilités, moi.

Et vlan!

Une douloureuse gifle retentit sur la joue de Severus. Ce geste eut pour effet de faire perdre à Èva le peu d'équilibre qu'elle avait réussi à retrouver.

Rogue l'agrippa fermement par les bras, la serrant sans doute un peu trop fort. Il n'arrivait pas à déterminer si c'était pour la remettre d'aplomb sur ses pieds ou pour la punir de son comportement.

Réalisant son geste, le professeur la poussa brusquement sur le lit et se dirigea vers son armoire pour enfiler une robe.

Èva se redressa sur le lit et hurla, pleine de hargne :

- Vous ne savez rien de moi, comment vous permettez-vous de dire de telles horreurs! Sachez que moi aussi j'ai des responsabilités : j'étais étudiante avant que vous ne m'enleviez violemment à mon monde. Et j'avais aussi un travail et… une famille.

À ces derniers mots, la voix de la jeune femme se cassa et ses yeux se brouillèrent à nouveau.

Rogue marmonna un vague « pleurnicheuse » et avant qu'elle n'ait le temps d'ajouter quelque chose, il l'emmena vers la porte.

Lorsque le professeur la tira par le bras pour l'entraîner vers la porte, la jeune femme se sentit attirée vers Rogue. Cette sensation s'apparentait à celle qu'elle avait ressentie la veille, lorsqu'elle avait voulu sortir des limites du château. Bien que sa première expérience ait été plus violente que celle-ci, Èva était pratiquement persuadée qu'il s'agissait du même phénomène.

Était-ce simplement parce que sa tête l'élançait et qu'elle n'avait plus les idées claires ou y avait-il plus qu'un simple lien mental entre les deux vampires.

Tout en se dirigeant vers l'infirmerie aussi rapidement que la jeune femme malade le lui permettait, Rogue l'interrompit dans ses interrogations:

- C'est une barrière magique. Vous ne pouvez pas vous éloigner de moi ou, du moins, vous devez rester à une distance raisonnable. Cela me permet d'avoir un certain contrôle sur la vampire immature que vous êtes.

- Vous voulez bien me dire de quoi vous parlez?! répondit Èva, franchement agacée.

- De la raison pour laquelle vous n'avez pu quitter l'enceinte de Poudlard hier soir.

Èva prit un air scandalisé.

- Sortez de ma tête, je ne vous le permets pas!

- Je n'ai nullement besoin de votre permission. Pour l'instant, vous êtes sous ma responsabilité et je compte bien faire tout ce qui est en mon pouvoir pour garder un œil sur vous… Il lui lança un regard, voulant constater sa réaction. Et ce, en permanence…

Èva s'arrêta et libéra son bras de la poigne de fer du professeur de potions.

- Je n'ai pas besoin d'une nounou! Et de toute façon, vous ne m'aurez plus à votre charge, car je quitte ce château de malheur à l'instant même!

Joignant le geste à la parole, Èva pris appuie sur le mur de pierres et le longea en direction de ce qu'elle espérait être le grand hall.

- Soit, gaspillez le peu d'énergie que vous avez. De toute façon, vous n'arriverez même pas aux grilles du château, répliqua Rogue sur un ton désinvolte.

« Foutue laisse magique. », pensa amèrement la jeune femme.

Si un regard pouvait tuer, Severus Rogue serait sans nul doute mort au moment même où Èva avait tourné son regard bleu vers lui.

- Bien, je vois que le bon sens vous a rejoint. Nous pouvons donc continuer, dit Rogue en désignant le corridor à la jeune femme en colère.

Èva bouillait de rage. Elle avait envie de sauter à la gorge de ce tyran. De le griffer et même de l'étrangler. Si seulement son état le lui permettait, elle se serait fait un plaisir de lui faire payer son intrusion dans ses pensées et son air détaché, comme si entrer dans son esprit était la chose la plus banale.

C'est donc écumant de rage qu'Èva dû ravaler son peu d'amour propre pour accepter la main secourable que Rogue lui présentait, ce dernier ayant constaté que la jeune femme n'arrivait pas à marcher droit et qu'elle semblait même sur le point de s'effondrer au sol.

Lorsqu'ils arrivèrent enfin à l'infirmerie, Èva avait l'impression d'avoir marché pendant trois jours dans le désert du Sahara. Elle était exténuée, elle avait aussi chaud que dans un fourneau et avait une terrible envie d'être malade.

Du coin de l'œil, madame Pomfresh vit les deux antagonistes entrer dans l'infirmerie et se précipita vers eux.

- Mais voulez-vous bien me dire où vous étiez, jeune femme? dit l'infirmière en colère, les poings sur les hanches. Et qu'est-ce que c'est que cet accoutrement? continua-t-elle en désignant les vêtements de cuir qu'Èva avait volés. Où êtes-vous donc allés tous les deux?

Ce ne fut qu'après avoir reçu un regard noir de la part du maître par excellence dans l'art de lancer de telles œillades, que la vieille dame reporta réellement son attention sur Èva.

C'est alors qu'elle constata le piteux état dans lequel la jeune femme était.

- Oh, ma chère, mais qu'est-ce qui vous arrive? lança l'infirmière, dont le ton avait radicalement changé et était maintenant réellement inquiet. Mais que lui avez-vous fait, Severus?

Èva eut un petit rire.

- Mis à part m'empoisonner, vous voulez dire?

Devant l'air outré de l'aide soignante, Rogue crut bon de se défendre :

- Miss Jenkins n'a simplement pas cru bon de m'avertir de ces allergies alimentaires. Comment pouvais-je savoir que l'ail d'une simple potion Calmante aurait un tel effet sur elle?

- Simplement! Mais quel inconscient vous faites, Severus! Vous auriez pu la tuer! répliqua l'infirmière, hors d'elle. Et vous le savez pertinemment.

Cette idée, Rogue avait tout fait pour ne pas y penser. Cependant, lorsque la vieille dame l'avait mentionné, il n'avait pu s'empêcher de blêmir. Et si Èva en était réellement morte?

Madame Pomfresh prit Èva des bras de Severus et l'emmena vers un lit à l'aspect fort invitant.

Voyant qu'on n'avait plus besoin de lui et que, de toute façon, sa présence n'était pas désirée, Rogue préféra quitter l'infirmerie à l'odeur stérile.

- Allongez-vous, je reviens dans une minute avec un antidote, dit l'infirmière avec un ton bienveillant à l'intention de sa jeune patiente.

Èva grogna : encore une potion! Elle avait assez de ces mixtures.

Épuisée de se battre contre tout et tout le monde, la brunette se lova sous les couvertures du petit lit blanc. Èva s'endormit au moment même où sa tête entra en contact avec l'oreiller moelleux.

Lorsque madame Pomfresh revint avec la potion, elle trouva Èva dans les bras de Morphée. Elle eut un regard attendri. Èva semblait si fragile. Dire qu'elle devait se battre contre Rogue en plus d'apprendre à se dépêtrer dans ce monde totalement inconnu pour elle!

- Pauvre petite, murmura l'infirmière en bordant la jeune femme, comme une mère l'aurait fait pour son enfant malade.

- Pourquoi devrait-elle donc rester ? Elle ne le désire pas et elle n'est pas la seule!

- Voyons, mon ami, soyez raisonnable. Elle n'est pas en état de quitter ces lieux. De plus, elle ne connaît absolument rien de ses pouvoirs, elle aura besoin d'un mentor.

Ses voix, Èva les connaissait. Du moins, le croyait-elle. Elle ne voulait pas ouvrir les yeux pour identifier à qui elles appartenaient. Elle savait que la lumière ne ferait qu'aggraver son mal de tête déjà atroce.

- Il est hors de question que je joue les nounous! s'indigna le premier homme qui avait parlé.

Quelqu'un toussota. Combien y avait-il donc de personnes ici? N'était-elle pas supposée être convalescente?

- Je crois que la principale intéressée est réveillée, dit la voix moqueuse de la troisième personne.

Cette fois-ci, Èva n'eut aucun mal à reconnaître le propriétaire de la voix : Remus Lupin! La jeune femme ne put s'empêcher de sourire.

- Coupable, dit-elle en clignant plusieurs fois des yeux pour s'habituer à la lumière.

Allant toujours au-devant des désirs de la jeune femme, Lupin tira les rideaux de la grande salle d'un mouvement circulaire de baguette magique.

- Merci, dit Èva en se redressant dans le lit.

- S'il n'y a que ça pour vous faire plaisir, répondit-il avec un sourire.

- À vrai dire, pour le moment, j'aimerais bien placer ces oreillers pour pouvoir m'asseoir, répliqua la jeune femme, d'un air moqueur.

- Vos désirs sont des ordres!

À ces mots, Remus disposa lesdits oreillers, dans lesquels la jeune femme se cala confortablement.

- Et un verre d'eau ne sera pas de refus, renchérit-elle en arquant un sourcil, se demandant si Lupin allait continuer à jouer les serviteurs.

- Bon, ça suffit maintenant. Vous n'êtes qu'une gamine gâtée pourrie!

L'air joyeux d'Èva disparut au son de cette voix cassante. Elle se tourna vers Severus Rogue.

- Merci de vous inquiéter. Je crois en effet que je vais survivre à votre empoisonnement, mais si vous voulez m'achever, n'hésitez surtout pas! dit-elle, sarcastique au possible.

- Ne me tentez surtout pas… murmura son antagoniste en plissant les yeux.

- Bien, maintenant que vous êtes réveillée, Miss Jenkins, je crois que nous pouvons enfin débuter la discussion qui est l'objet premier de notre visite, coupa le vieux directeur, comme si l'échange tranchant entre Èva et Severus n'avait jamais eu lieu.

- J'avais pourtant cru comprendre que c'était déjà fait, dit Èva avec un ton morne, signifiant clairement qu'elle n'avait aucune envie de parler avec eux.

Un verre d'eau apparut tout à coup dans le champ de vision de la jeune femme. Elle remonta le long du bras qui le tenait pour finalement rencontrer le visage compatissant de Remus. Elle le remercia silencieusement et prit une longue gorgée du liquide rafraîchissant.

N'ayant rien manqué de l'échange silencieux et de la complicité unissant Lupin et Èva, Rogue croisa les bras. Son regard lançait des éclairs au lycanthrope et il avait un air mauvais collé au visage, comme s'il imaginait les pires tortures qu'il pourrait lui faire subir.

- À vrai dire, Mademoiselle, je tentais de convaincre Severus de se joindre à nous avant votre réveil, dit le directeur, le regard brillant d'amusement. Maintenant que tout le monde est présent, commençons.

Il fit apparaître deux chaises, Lupin s'étant assis sur le lit d'Èva, ce qui n'était pas pour aider l'humeur de Rogue.

- Bien, reprit le directeur lorsque tout le monde eut pris place. Qu'avez-vous entendu de notre conversation?

La jeune femme se concentra. Elle n'avait pas vraiment écouté les paroles, mais plutôt les voix, essayant de les associer à des visages connus.

- Seulement que vous vouliez toujours me retenir prisonnière, finit-elle par dire, mécontente de cette découverte.

Dumbledore eut un sourire navré.

- Vous comprendrez que, vu votre état actuel, vous ne pouvez quitter Poudlard. Premièrement, vous n'êtes pas remise de votre malencontreuse mésaventure et madame Pomfresh ne vous permettra pas de quitter cette infirmerie avant de nombreux jours, je le crains, continua-t-il avec un sourire en pensant à l'infirmière qui pouvait se montrer très têtue.

- Oui, en fait, vous avez été inconsciente pendant près de quatre jours, intervint Lupin.

- Quoi!

Èva écarquilla les yeux. Quatre jours! Cela faisait donc plus d'une semaine qu'elle avait disparu de chez elle. Son frère avait déjà dû envoyer toute la police de Londres à sa recherche!

- Écoutez, je peux comprendre votre réticence à me laisser partir, mais je dois absolument retourner chez moi! Mon frère doit être mort d'inquiétude, je dois aller le voir. Je dois le rassurer. C'est une question de vie ou de mort, je vous en prie!

Èva avait l'air misérable à cet instant. Suppliante et désespérée, elle n'en menait pas large.

L'air se raréfia pour Severus. Il sentait son cœur se comprimer douloureusement dans sa cage thoracique. Par Merlin, pourquoi cette fille lui faisait-elle ressentir de telles émotions! Il fallait qu'il fasse quelque chose, qu'il fasse cesser cette douleur.

- Cessez de jouer les capricieuses et faites ce que l'on vous dit pour une fois! fut la seule chose qu'il trouva à dire pour détourner son attention de son cœur.

Èva fut profondément blessée de cette réplique : comme si vouloir voir son frère était un caprice!

C'est d'une voix brisée empreinte d'une profonde tristesse que la jeune répondit :

- Depuis que je suis ici, on m'ordonne toutes sortes de choses… on m'oblige à rester bien sage et à ne pas poser trop de questions… Et maintenant on me contraint même à renoncer à la seule personne qui compte vraiment pour moi, à la seule personne qu'il me reste sur cette terre! Et, vous, vous voudriez que j'abandonne, tout simplement?

Remus prit la main de la jeune femme entre les siennes, pour tenter de lui transmettre un peu de réconfort. Mais Èva brisa le contact. Pour l'instant, elle n'avait envie de voir et de prendre dans ses bras qu'une seule et unique personne : Michael.

- Miss, je vous assure que tout ceci n'est que temporaire, reprit le vieux directeur dont la lueur amusée avait fui le regard. Dès que vous saurez maîtriser vos pouvoirs, vous pourrez aller où bon vous semble.

- Comme si je le pourrais un jour. Je suis à attacher à lui, répliqua Èva en pointant Rogue d'un air dégoûté.

D'un sourire bienveillant, Dumbledore démentit l'affirmation de la jeune femme :

- Lorsque vous serez apte à contrôler vos aptitudes, vous ne serez plus une vampire immature. Et ceci est l'unique raison pour laquelle ce lien magique existe entre Severus et vous. Historiquement, cette barrière avait été créée pour empêcher les nouveaux vampires de faire tout ce qui leur plaisait, sans aucun respect pour de quelconques règles. De cette manière, celui ou celle qui avait engendré ces jeunes vampires avait tout le loisir de leur transmettre leur ancestrale connaissance.

L'homme à la longue barbe blanche avait ponctué la fin de son explication d'un regard lourd de signification au professeur de potions.

Èva comprit immédiatement ce que Dumbledore voulait insinuer.

- Oh non, je vous en prie, tout, mais pas ça!

- Je ne suis pas plus d'accord que vous, mais c'est cela ou rien! Vous voulez vous débarrasser de moi autant que je veux vous voir disparaître, alors finissons-en!

Remus secoua la tête. Ce n'était décidément pas la meilleure façon de partir du bon pied. Mais bon, il s'agissait de Severus Rogue, alors qu'allait-il espérer. Pourtant, il avait cru déceler quelque chose…

Lupin finit par soupirer et intervint :

- Bon, je crois que cela fait assez d'émotions pour l'instant! Èva a besoin de se reposer.

- Vous avez tout à fait raison, mon cher Remus, répondit le directeur. Puis, il se tourna vers Èva. Miss, soyez assurée que je suis navré de vous imposer cette situation.

- Ne gaspillez pas votre salive, monsieur le directeur, ça ne changera rien, l'interrompit l'interpellée d'un ton las.

Échangeant un regard désolé, Dumbledore et Lupin finirent par conclure qu'il fallait mieux laisser la jeune femme un peu seule. C'était la meilleure chose à faire pour l'instant.

Severus hésita un instant. Il observa la jeune femme, ne sachant s'il devait s'excuser ou la laisser en paix.

Èva fixait un point invisible au sol, perdu dans ses pensées. Elle semblait souffrir à un point inimaginable.

Ce ne fut que lorsque Rogue vit une larme roulée sur la joue de la jolie brunette, qu'il se décida enfin à quitter les lieux. Il ne pouvait en supporter davantage. Lui, qui avait pourtant torturé et vu mourir tant de gens dans sa vie.

Lupin et Dumbledore avaient préféré attendre Severus près de la porte. Ils comprenaient que l'homme avait besoin d'un peu plus de temps pour accepter la douleur qu'ils infligeaient à la jeune vampire. Même si Rogue lui-même ne réalisait pas encore tout cela.

Lorsqu'ils se dirigèrent vers la sortie, les trois hommes croisèrent madame Pomfresh. Leurs mines dépitées lui firent comprendre que l'entretien ne s'était pas passé au mieux.

Lorsqu'elle arriva près du lit d'Èva, elle comprit que leur discussion avait bien plus affecté la jeune femme qu'aucun des trois autres qu'elle avait vus.

- Tenez, buvez cela. C'est un antidote pour votre empoisonnement, vous vous sentirez mieux.

Èva réalisa alors qu'elle s'était presque habituée à la perpétuelle sensation de nausées qu'elle ressentait. Elle accueillit avec plaisir cette délivrance qui avait pris la forme d'une potion, pour une fois.

Lorsque la jeune femme eut fini le premier médicament, non sans grimacer à son goût amer, l'infirmière enchaîna avec un pauvre sourire :

- Et celle-ci est pour vous aider à dormir, car vous avez besoin de repos pour récupérer…

Après un simple hochement de tête, Èva vida le gobelet, s'allongea et se laissa transporter vers l'inconscience.