Disclaimer : Les lieux, les personnages, les termes magiques et l'histoire d'Harry Potter appartiennent à J. K. Rowling et je ne fais que les emprunter en ajoutant quelques détails de mon cru pour, je l'espère, pouvoir divertir les lecteurs. Qui plus est, je ne tire aucun profit de cet emprunt.

Résumé : Qu'arriverait-il si un vampire perdait le contrôle? Et qu'arriverait-il si le prédateur en question n'était nul autre que Severus Rogue et sa proie une simple Moldue? Venez le découvrir!

Note de l'auteure : Pour me faire pardonner mon retard de la dernière fois, voici le prochain chapitre mis en ligne rapidement:) Les choses entre Severus et Èva ne sont pas aussi simples qu'on pourrait le penser à prime abord... ;)


Chapitre 7 : Le malentendu

Lorsqu'Èva se réveilla le lendemain, elle était de très bonne humeur.

Elle s'étira à sa manière féline et se retourna. Cependant, elle fut surprise de ne pas voir Severus dans le lit.

Se pouvait-il qu'il soit si tard qu'il soit déjà parti manger? S'il fallait qu'elle soit de nouveau en retard, madame Pince ne la laisserait plus jamais remettre les pieds dans la bibliothèque!

Alors que la jeune femme cherchait une quelconque horloge des yeux, elle entendit la porte de la salle de bain s'ouvrir.

Elle tourna son regard en direction du bruit et dut se mordre la lèvre inférieure pour ne pas succomber devant la vision qui s'offrait à elle.

Severus venait apparemment de sortir de la douche, car il secouait encore ses cheveux avec une serviette éponge magique qui en absorbait toute l'eau. Il était pied nu et portait un pantalon chic complètement noir et une chemise blanche qu'il n'avait pas encore boutonnée.

« Craquant! », pensa Èva en tentant de détourner le regard.

Mais ce fut peine perdue et elle croisa le regard amusé de Severus.

Ce dernier lança la serviette de bain dans un panier de vêtements sales apparemment destiné aux elfes de maison. Puis il se dirigea vers la jeune femme médusée sur place par l'apparition d'un dieu grec qui s'approchait d'elle.

- Bonjour, dit-il avant de déposer un chaste baiser sur ses lèvres.

Èva émit un petit grognement et agrippa la chemise de Rogue pour l'attirer brusquement à elle. Le sorcier se retrouva donc allongé sur la brunette.

Cette dernière s'empara avidement des lèvres de Severus. Le vampire sourit contre la bouche de la jeune femme à cause de son comportement immature. Elle ressemblait à une enfant qui n'avait pas reçu assez de bonbons. Il répondit néanmoins passionnément à son baiser.

À bout de souffle, ils finirent par se séparer, restant tout de même étroitement collés.

- Bonjour, répondit finalement Èva. Et ne recommence plus jamais ça; je croyais que tu m'avais abandonnée, continua-t-elle d'un air faussement boudeur.

- Hum… si c'est comme cela que tu réagis à chaque fois, je veux bien recommencer tous les jours!

Èva plissa les yeux et le repoussa à côté d'elle, sur le lit, en murmurant un vague « sadique, va! ».

Elle allait se lever lorsque Rogue l'attrapa par le bras et l'attira à lui.

- Où allez-vous, jeune femme? demanda-t-il en mordillant son cou.

- J'allais travailler, monsieur. Et si vous voulez me retrouver vivante ce soir, il faudrait me libérer, répliqua Èva, sur le point de craquer.

Severus accepta finalement de la relâcher.

- Peu importe, j'aurai tout mon temps ce soir, à notre entraînement.

La jeune vampire se dépêcha de se relever avant que Rogue ne décide de la reprendre comme otage.

- À ce propos, où et quand je te retrouve? demanda-t-elle en se dirigeant vers la salle de bain pour constater le massacre de ses cheveux, comme à tous les matins, ignorant résolument le sous-entendu qu'avait fait Severus.

- N'avais-je pas dit à vingt heures… il y a deux jours?

Èva comprit l'allusion à la soirée où Severus lui avait révélé son passé et qu'elle s'était enfuie.

Elle revint s'asseoir sur le lit après avoir brossé ses cheveux légèrement bouclés et s'être aspergé le visage d'eau froide pour se donner un peu de courage.

- Oui, d'ailleurs, à ce sujet…, commença-t-elle d'un air coupable, je voulais te dire que j'étais vraiment désolée.

- Ah…, fut la seule réponse de Rogue.

- Je ne voulais pas te blesser, je t'assure. Mais comprends-moi, ça faisait beaucoup d'informations en même temps. J'ai été dépassée, c'est tout. Et tu dois avouer qu'apprendre qu'un mage noir complètement fou a presque conquis le monde à ton insu, c'est assez choquant. Et encore plus de savoir que l'homme en face de toi, avec qui tu es seule dans des cachots, a été un de ses plus fervents partisans. C'est même un peu effrayant quand on ne connaît pas beaucoup l'homme en question, finit-elle en baissant les yeux, gênée de ce qu'elle avouait.

Le cerveau de Rogue avait très bien saisi toute l'explication d'Èva et pouvait même comprendre sa réaction, mais, pour le moment, il s'obstinait à n'entendre que les dernières phrases qu'elle avait prononcées. Elle avait eu peur de lui.

- Je vois…, reprit-il d'une voix dénuée de toute émotion.

C'est donc pour ça qu'elle avait refusé d'aller plus loin la veille, alors que tout son corps disait le contraire. Avait-elle eu peur qu'il aille contre sa volonté? Qu'il aille même jusqu'à la violer, comme il lui était arrivé de faire avec d'autres femmes?

Cependant, Èva s'était abandonnée dans ses bras et elle avait même accepté de dormir à ses côtés, même si cela signifiait se mettre en position de faiblesse devant un ancien Mangemort.

Que devait-il penser à ce moment, alors qu'Èva avait pris une adorable teinte bourgogne et qu'elle avait baissé la tête d'un air gêné?

- Ce n'est pas ce que tu crois, dit-elle d'un ton timide.

- Oh et qu'est-ce que je crois alors? répliqua Severus d'un ton plus rude qu'il ne l'aurait voulu.

Èva leva vers lui un regard à moitié blessé et à moitié en colère.

- Quand vas-tu comprendre que ce monde n'est pas le mien? Il n'y a que quelques semaines encore, j'ignorais qu'il était possible ne serait que de faire léviter une plume. Alors, imagine torturer des gens par la magie! Et ton passé n'est pas des plus roses, je te ferais remarquer! Qu'aurais-tu voulu? Que je te saute dans les bras en disant que tu avais toujours été un homme bon et charitable et que je voulais que tu sois le père de mes enfants?

- Je n'en sais rien! la coupa Severus.

Les deux vampires se fixèrent un long moment, tentant chacun de leur côté de se calmer.

- Bien. Je crois que nous avons tous deux des responsabilités qui nous attendent…, dit finalement Rogue pour couper court à la discussion et pour enfin pouvoir se retrouver seul avec un bon verre de scotch pour digérer toutes ces révélations… ou pour les oublier, ce qui était moins compliqué.

- Écoute, oublions cette histoire, d'accord? soupira la jeune femme. Le passé, c'est le passé. On ne peut plus revenir dessus. Et puis tu as changé. D'ailleurs, je ne veux pas retrouver le vampire asocial, j'aime beaucoup trop celui attentionné, conclut Èva avec un petit sourire, pleine d'espoir.

Le sorcier soupira en roulant des yeux. Il cédait. De toute façon, il n'avait pas envie de se retrouver de nouveau en froid avec la jeune femme. Bien malgré lui, il devait avouer qu'il aimait sentir les lèvres de la jeune vampire sur les siennes. Il avait envie de pousser leur relation plus loin. Et ce n'était certainement pas en se mettant Èva à dos qu'il arriverait à ses fins!

Severus se releva donc et, d'un mouvement circulaire de baguette magique, il fit apparaître la robe bleu ciel et blanche de la jeune femme.

Après avoir remercié le professeur de potions, Èva se retira dans la salle de bain pour enfiler le tout.

Severus en profita pour commencer à faire son lit. En prenant un oreiller, la douce odeur de lilas des cheveux d'Èva lui chatouilla les narines. Oui, décidément, il avait envie de garder la jeune femme le plus près possible de lui et d'amener leur relation à un niveau supérieur.

Rogue fronça les sourcils. Serait-il amoureux?

Cependant, il ne put aller plus loin dans son questionnement, car il fut interrompu par Èva qui sortait de la salle d'eau.

- Quelle heure est-il? demanda-t-elle.

- Sept heures quinze… il te reste encore un peu de temps, lui répondit Rogue avec un sourire carnassier.

Contente de voir que Severus était revenu à un meilleur état d'esprit et amusée par son attitude, Èva s'avança langoureusement vers lui, un air lubrique accroché au visage.

- En effet, monsieur Rogue. À quoi pourrais-je bien passer ce temps?

La brunette poussa doucement Rogue sur le lit. Elle releva sa robe jusqu'à ses cuisses et s'assit sur les genoux de Severus.

- Hum… je crois que je le sais parfaitement, conclut Rogue avant de s'emparer des lèvres de la jeune femme.

Cette dernière y répondit brièvement, puis fit basculer Severus sur le lit. À califourchon sur le vampire, elle entreprit de parcourir son corps de petits baisers.

Elle débuta son chemin dans son cou et, après quelques mordillements, elle s'aventura vers le torse toujours dénudé.

Elle s'attarda sur un téton, sous les gémissements rauques de Severus. Après quelques secondes, elle continua son exploration du torse d'albâtre offert à ses tortures.

Elle dessina la forme des pectoraux finement ciselés avec sa langue. Elle s'aventura jusqu'à la naissance de la ligne de poils sombres indiquant le chemin jusqu'à de la virilité de Severus avant de remonter vers les lèvres du vampire.

Severus mit ses mains sur les hanches d'Èva dans le but de la faire basculer sous lui, mais la jeune femme ne lui en laissa pas l'occasion. Elle agrippa ses poignets et les maintint au-dessus de la tête du vampire.

- Que se passe-t-il, tu ne te sens pas bien où tu es? demanda-t-elle d'un ton innocent.

Pour démentir sa question, Severus lui fit clairement sentir son érection durement emprisonnée dans son pantalon.

Èva effleura les lèvres de Rogue des siennes avant de bifurquer vers son oreille dont elle s'amusa à titiller le lobe.

- Èva, tu me rends dingue, murmura-t-il d'une voix rauque.

- Cependant, j'ai bien peur de ne pas avoir le temps de m'attarder plus que je ne l'ai déjà fait. Comme tu as si bien dit, des responsabilités nous attendent, susurra Èva au creux de son oreille.

Et avant que Severus n'ait le temps de reprendre ses esprits, Èva s'était déjà relevée.

Elle s'arrêta un instant sur le pas de la porte, ses yeux brillants d'espièglerie.

- On se voit ce soir à la salle d'entraînement!

Puis elle disparut en refermant la porte derrière elle.

Rogue grogna. Une douche froide s'imposait pour calmer le feu inassouvi qui s'était déclenché dans ses reins!

- Ce n'est que partie remise. Tu vas me le payer, Jenkins! dit Severus pour lui-même.

Alors que ce dernier s'engouffrait dans sa douche pour la deuxième fois ce matin-là, Èva, elle, se dirigeait vers la Grande Salle pour y grignoter quelque chose.

C'est avec un sourire satisfait accroché au visage qu'elle pénétra dans la vaste salle.

Cependant, Èva n'eut pas le temps d'atteindre l'estrade où se tenaient le directeur et la directrice adjointe, car Remus l'intercepta au passage.

- Èva! Par Merlin, mais où étiez-vous? J'étais mort d'inquiétude! Que s'est-il passé hier? débita rapidement le professeur de Défenses Contre les Forces du Mal.

La brunette sourit, amusée par le comportement précipité de Lupin, attendrie par toute l'attention qu'il lui portait et coupable de l'avoir inquiété.

- Rassurez-vous, mon cher Remus, ce n'était rien de bien grave. Un simple problème de laisse magique auquel Severus n'avait pas pensé avant de quitter le château.

Le lycanthrope arqua un sourcil perplexe. Laisse magique? Sans doute le lien unissant les deux vampires. Mais, surtout, Severus? Depuis quand Èva appelait-elle le professeur de potions par son prénom?

- Je suis désolée, mais je suis légèrement pressée. J'aimerais manger quelque chose avant d'aller affronter madame Pince, expliqua-t-elle avec clin d'œil.

- Oh oui, bien sûr. Pardon, je ne voulais pas vous accaparer. Je dois aussi y aller, j'ai des préparations de dernière minute à compléter concernant le début des classes, acheva le loup-garou avec en dernier sourire en quittant précipitamment la Grande Salle.

Èva fronça les sourcils. Lupin lui semblait étrange.

Elle secoua néanmoins la tête et continua finalement son chemin vers la longue table des professeurs.

- Bonjour, dit-elle aux deux seuls autres convives attablés.

MacGonagall lui sourit simplement d'un air bienveillant.

- Bon matin, miss Jenkins, répondit Dumbledore. J'espère que vous avez passé une bonne nuit, continua-t-il, les yeux pétillants.

- Oui… merci, dit Èva, méfiante.

Le vieux directeur émit un léger rire.

- Madame Pomfresh m'a fait part de votre absence la nuit dernière. Je me suis dit que vous aimeriez peut-être avoir vos propres quartiers, le temps de votre séjour ici?

Èva écarquilla les yeux. Une chambre à elle, seulement à elle!

- C'est très gentil. Oui, j'apprécierais. Merci.

- Bien. Je vais demander à Remus de vous montrer l'emplacement de votre chambre dans la journée, finit Dumbledore avec un sourire chaleureux.

- C'est parfait. Dites-lui qu'il pourra me trouver à la bibliothèque, bien sûr. Et encore merci, acheva Èva en prenant deux croissants et une pomme avant de quitter la table.

Lorsqu'elle arriva enfin à la bibliothèque, huit heures tapantes sonnaient à la vieille horloge.

Madame Pince la regarda d'un œil mauvais alors qu'elle finissait de manger sa pomme.

- Eh bien, vous avez au moins fait l'effort d'arriver à l'heure aujourd'hui. Faites-moi le plaisir de jeter ce fruit et suivez-moi.

Èva obéit docilement, préférant ne pas mettre de nouveau la bibliothécaire en colère. Après tout, elle désirait en apprendre davantage sur cette ancienne magie et quel meilleur endroit qu'une bibliothèque pour cela! Il ne fallait surtout pas qu'elle se fasse mettre dehors.

Madame Pince lui fit classer de nouveaux arrivages dans divers rayons. Puis, elle dut épousseter toutes les étagères.

Éreintée de devoir monter dans un escabeau, nettoyer le dessus des bibliothèques, redescendre, pousser la petite échelle un peu plus loin et recommencer le même manège inlassablement, Èva grommelait contre Rogue et son idée de lui avoir fait apparaître une robe! En plus d'être serrée au niveau du corset, ce qui ne l'aidait pas pour respirer ou tousser pour faire sortir la poussière de ses poumons irrités, elle devait sans cesse prendre garde à ne pas mettre le pied sur un pan de sa robe, ce qui aurait pour effet de la faire stupidement tomber au sol.

C'est alors qu'elle soufflait un peu, assise sur l'une des marches du petit escabeau, que Remus la surprit.

- Puis-je déranger une honnête travailleuse? demanda-t-il, compatissant.

Èva ouvrit les yeux et offrit un sourire sincère, mais fatigué, à Remus.

- Oh, attendez, vous avez un peu de poussière là…

Joignant le geste à la parole, Lupin s'accroupit et porta la main à la joue de la jeune femme pour y enlever la trace noire.

- Voilà, murmura-t-il, s'attardant encore sur la joue de la brunette.

- Merci, lui répondit Èva avec le même sourire qu'elle lui avait offert un peu plus tôt.

- Je me suis dit qu'une petite pause vous ferait du bien et comme il est déjà treize heures, c'est le moment parfait pour s'éclipser un peu sans s'attirer les foudres de madame Pince, dit Remus en se ressaisissant.

- Mon sauveur! répondit joyeusement Èva en se levant rapidement.

Elle offrit un large sourire à Remus et le cœur de ce dernier manqua un battement.

En chemin, ils bavardèrent de tout et de rien. Mais le sujet revint inévitablement sur ce qui s'était passé la veille. Èva consentit donc à lui raconter toute l'histoire, en omettant bien sûr les petites scènes intimes avec Severus.

- C'est donc cela que je sentais en vous, dit Remus alors qu'ils pénétraient dans la salle à manger.

- C'est ça que tout le monde, sauf moi, sent, soupira Èva en prenant place entre MacGonagall, en grande discussion avec Hagrid, et Remus.

Ce dernier prit la main d'Èva en signe de réconfort, se voulant compatissant. Il fallait tout de même avouer qu'ignorer quelque chose que tout le monde connaissait pouvait être assez énervant, surtout quand ce quelque chose en question nous concernait personnellement.

C'est sur cette image que Severus pénétra dans la Grande Salle. Il se figea un instant en voyant Remus qui couvait Èva du regard, tenant la main de la jeune femme dans la sienne, et Èva qui lui souriait, semblant reconnaissante de quelque chose.

L'air inhabituellement joyeux de Rogue le quitta instantanément et son visage se ferma.

Pourquoi n'avait-il pas été plus rationnel ce matin? Comment avait-il pu croire qu'il avait la moindre chance avec Èva? Après tout, il l'avait arrachée à son monde, il l'avait transformée en une bête assoiffée de sang et il lui avait même appris que son kidnappeur était un monstre de la pire espèce. Et, finalement, Lupin avait été son premier ami à Poudlard et il semblait que ça avait cliqué entre eux dès leur première rencontre à en croire le sourire niais qu'avait eu Èva lorsque Lupin l'avait rattrapé dans les escaliers.

- Entre animaux, on se comprend, murmura Rogue pour lui-même, la mâchoire serrée.

C'est donc d'une humeur massacrante, presque meurtrière, qu'il prit place dans son siège habituel, à l'écart du petit groupe qui mangeait tranquillement, ignorant totalement ce qui venait de se passer dans la tête de Rogue.

Èva constata néanmoins que Severus ne semblait guère dans son assiette. Elle fronça les sourcils et lança un regard interrogateur à Remus. S'était-il passé quelque chose durant la matinée, alors qu'elle travaillait d'arrache-pied à la bibliothèque? Lupin lui répondit par un haussement d'épaules, n'en sachant pas plus qu'elle.

La jeune femme mangea sans appétit le reste du repas, échangeant des banalités avec les autres personnes attablées autour d'elle.

Elle lançait sans cesse des regards en coin à Severus, tentant de percevoir quelques-unes de ses pensées. Mais son esprit était totalement fermé, ce qui n'était pas pour rassurer la jeune femme.

Rogue, de son côté, sentait bien qu'Èva l'observait. Attendait-elle une réaction de sa part? Oh non! Il ne lui ferait pas le plaisir de lui laisser voir la douleur que sa trahison lui causait.

Il quitta néanmoins précipitamment la table avant la fin du repas, sans un mot ou un regard pour quiconque, mais surtout pas pour elle.

Le comportement de Severus inquiéta encore plus Èva. Elle voulait savoir ce qui n'allait pas, mais elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait pas le découvrir avant le soir, à leur entraînement, puisque madame Pince refuserait catégoriquement de lui donner un après-midi de libre juste avant le début des classes.

Voyant l'air soucieux d'Èva, Remus se décida à intervenir :

- Désirez-vous que je vous montre où sont vos appartements?

Èva, qui fixait toujours la porte derrière laquelle Severus avait disparu, se tourna vers Lupin avec l'air de quelqu'un que l'on vient de sortir de sa torpeur.

- Hein? Oh! Oui, oui, bien sûr. Mais dépêchons-nous, car je dois retourner travailler, conclut Èva avec un pauvre sourire en pensant à la poussière qui l'attendait.

- Bien évidemment, continua le loup-garou en se levant.

Remus mena Èva à travers plusieurs couloirs, lui faisant remarquer différents tableaux pour qu'elle puisse retrouver son chemin.

Finalement, au bout de quelques minutes, ils arrivèrent devant un tableau représentant un griffon profondément endormi sur un rocher plat.

- Le mot de passe est cannelle. Si vous avez besoin de quelque chose, mes appartements se trouvent à gauche, en haut de l'escalier et ceux de… Severus se trouvent à droite en bas de l'escalier.

Les yeux de Lupin s'étaient troublés lorsqu'il avait prononcé le nom du professeur de potions.

- Est-ce que ça va? demanda Èva.

- Oh oui, merci, se ressaisit Remus avec un sourire fatigué. Venez, je vais vous montrer où se trouve la bibliothèque à partir d'ici.

C'est donc toujours préoccupée qu'Èva retourna à son travail. Cependant, elle était maintenant soucieuse autant à cause du comportement de Severus que de celui de Remus. Il fallait qu'elle sache ce qui se passait!

Le temps n'était pas de son côté cet après-midi-là. Les minutes et les heures s'obstinaient à s'écouler à la vitesse d'un escargot. La jeune vampire continuait péniblement sa besogne, toujours dans l'incertitude.

Pourquoi Remus changeait-il si subitement de comportement? Et pourquoi cela s'était-il produit lorsqu'il avait prononcé le prénom de Rogue? Y avait-il un problème entre les deux hommes?

Et pourquoi Severus avait-il l'air si en colère? Dumbledore l'envoyait-il en mission pour l'Ordre? Était-ce à cause du début des cours et de l'inévitable retour d'Harry Potter, qu'il détestait au plus haut point? Ou le Seigneur des Ténèbres l'avait-il appelé à lui pour lui ordonner de faire quelque chose de désagréable pour lequel il se sentait coupable?

Èva jura la mâchoire serrée. Il fallait qu'elle sache, l'ignorance lui devenait insupportable! Et il n'était que dix-sept heures!

La jeune femme fut interrompue dans ses maugréas par un grand hibou couleur de jais.

- Severus! murmura-t-elle pour elle-même.

Elle s'empressa de prendre le message que l'oiseau venait lui porter, heureuse pour une fois d'avoir à se confronter au volatile et à son humeur aussi massacrante que celle de son propriétaire.

Elle déplia rapidement le parchemin, ignorant totalement le hibou qui partit après un regard courroucé, et lut le bref message.

Èva,

Je crois qu'il est plus que temps de débuter ton apprentissage. Viens me rejoindre immédiatement à la salle d'entraînement.

S.R.

Une étrange sensation se mit alors à lui tirailler les entrailles. Bien que Severus ne l'ait pas vouvoyé, il avait employé des tournures de phrases sèches, froides et distantes. Il lui ordonnait même implicitement de se dépêcher de venir, comme si son entraînement était une tâche dont il voulait se débarrasser le plus rapidement possible. Bref, elle eut l'impression de s'être de nouveau retrouvée face à l'ancien Severus Rogue.

C'est dans cet état d'esprit des plus incertains qu'elle alla retrouver madame Pince pour lui demander son congé. La bibliothécaire accepta à contrecoeur, car, puisqu'il s'agissait d'une demande expresse du professeur Rogue en personne, elle ne pouvait pas refuser.

Appréhendant le moment où elle allait se retrouver face à un Severus d'une humeur apparemment meurtrière, Èva marchait lentement dans les corridors du collège, tentant tout de même de ne pas se perdre.

Après à peine quelques minutes qui lui semblèrent des secondes, la jeune femme arriva devant la porte entrouverte de la salle d'entraînement.

- Severus? appela-t-elle en poussant timidement la porte. Tu es là?

Elle pénétra dans l'immense salle de pierres qui n'était éclairée que par quelques malheureuses chandelles. Èva ne put s'empêcher de penser à quel point cet endroit lui paraissait hostile à ce moment précis.

Elle sursauta lorsqu'elle entendit le grincement de la porte qui se referma dans un claquement sec. Elle se retourna vivement pour constater avec soulagement que ce n'était que Severus.

- Tu m'as fait une de ses peurs! l'accusa-t-elle gentiment en posant une main sur son cœur affolé.

- Tu aurais pourtant dû sentir ma présence, l'attaqua-t-il. Il va falloir que tu mettes plus d'ardeur dans ton apprentissage, finit-il d'une voix glaciale.

- Severus, je peux savoir ce qui te prend ? répliqua Èva, irritée par son changement impromptu de comportement.

Rogue ricana, un air malveillant affiché sur le visage.

- Comme si cela pouvait te faire quelque chose!

- Comment oses-tu dire de telles choses? demanda Èva, scandalisée. Après ce que nous avons vécu ensemble ces derniers jours!

Severus comprit parfaitement l'allusion à leur nouvelle intimité.

- Chimère! conclut-il d'un mouvement de la main signifiant qu'il balayait sa déclaration comme s'il ne s'agissait que d'un vulgaire courant d'air. Maintenant, prépare-toi, nous commençons.

- Oh non, tu ne t'en tireras pas…, commença Èva.

Mais elle ne put finir son objection, car elle sentit une fulgurante douleur au niveau de sa tempe droite. Elle avait l'impression que quelqu'un la poignardait sauvagement. Sous le coup de la souffrance, elle tomba à genoux, prenant sa tête entre ses mains.

- Qu'est-ce que tu fais? hurla la jeune femme à son tortionnaire.

« Je croyais pourtant que c'était évident… j'utilise ce fameux lien magique qui est sensé nous unir. », lui répondit Rogue… dans sa tête.

Il s'insinuait donc dans ses pensées, comme elle avait voulu le faire plus tôt pour découvrir ce qui le tracassait.

« Un peu de douceur, ça te tuerait? », lui cracha mentalement Èva dont les yeux commençaient à s'emplir de larmes à cause de la douleur.

Un sourire sadique étira les lèvres du sorcier. Ce sourire qu'elle avait vu à travers les souvenirs de Rogue. Ce sourire qu'il utilisait pour ses victimes lorsqu'il était encore Mangemort.

Èva prit peur. Qu'arrivait-il donc à Severus? Pourquoi voulait-il autant la faire souffrir? Allait-il la tuer? Mais, surtout, pourquoi?

Rogue capta ses pensées et croisa le regard profondément apeuré d'Èva.

Puis la jeune femme se reprit. Voyons, Severus ne lui ferait jamais de mal! Il avait tourné le dos à toutes ces atrocités et elle savait qu'il ne voulait plus jamais se retrouver du côté du mal.

N'est-ce pas?

« Pourquoi fais-tu cela? », réussit-elle à penser clairement.

Une image lui apparut alors. Celle où, au dîner, Remus lui tenait la main pour la réconforter. Ensuite, elle ressentit le douloureux sentiment d'être trahie.

Èva comprit alors pourquoi Severus l'avait ignorée et pourquoi il voulait la faire souffrir.

« Tu n'es qu'un idiot! »

Avant qu'il ne s'énerve encore plus, Èva lui envoya son souvenir du début de la scène, avant qu'elle et Remus n'arrivent dans la Grande Salle.

Une lueur s'alluma alors dans les yeux de Severus. Il doutait.

Était-ce réellement ce qui s'était passé? Ou Èva avait-elle monté cette scène de toutes pièces ? Après tout, il y avait une réelle complicité entre elle et Lupin.

- Je dois en être sûr, murmura Rogue.

Avant qu'Èva n'ait le temps de demander ce qu'il voulait insinuer par là, elle vit plusieurs images défiler devant ses yeux. Ses propres souvenirs.

Elle avait l'impression que Severus violait son esprit. Elle était terriblement blessée qu'il ne l'ait pas crue lorsqu'elle lui avait montré ce qui s'était réellement passé. C'est ce manque de confiance qui était la raison de cette douloureuse intrusion.

Elle tenta de l'empêcher de continuer sa fouille. Il n'en avait pas le droit! Mais Rogue força l'esprit d'Èva, ce qui occasionna un mal de crâne terrible à la jeune femme. Elle avait l'impression de porter un chapeau d'épines qui pénétraient douloureusement dans sa tête.

- Arrête! hurla-t-elle, les larmes de douleur et de frustration coulant librement sur ses joues.

Severus obtempéra finalement. Il était sûr maintenant.

Il s'accroupit et porta la main à la joue de la jeune vampire pour sécher ses larmes.

- Comprends-moi, je devais savoir.

- Ne me touche pas! hurla Èva en s'éloignant le plus qu'elle put de son tortionnaire. Tu n'es qu'un monstre! Je t'avais pourtant montré, tu n'étais pas obligé de me torturer.

- Je ne t'ai pas torturé, dit Rogue, un peu énervé. Ça s'appelle de la Legilimancie. J'avoue y être allé un peu fort, tout de même.

- Un peu! répliqua Èva sur un ton agressif. Est-ce que tu sais à quel point tu m'as fait mal? Et pas que physiquement, termina-t-elle dans un murmure.

- Je suis désolé. Ce sont simplement de vieilles habitudes tenaces, tenta-t-il de s'expliquer.

- Quoi, torturé les femmes?

- Non, être suspicieux, répliqua Rogue avec un regard assassin.

- Tu ne t'es pas gêné pour faire du mal aux gens, malgré tout.

- C'est du passé et tu le sais très bien! s'énerva le sorcier.

- Ça m'avait pourtant l'air bien réel tout à l'heure et dans le temps présent!

- Je me suis excusé! Que veux-tu de plus, à la fin?

- Peut-être que tu penses avant d'agir… ou que tu sois sincère.

La jeune vampire se releva et essuya rageusement son visage humide.

- Maintenant, tu m'excuseras, mais je crois que tu peux au moins comprendre que je ne veuille plus être en ta présence!

- Parce que tu crois que tu pourras aller bien loin? la nargua Rogue.

- Oh, je trouverai un moyen, tu peux en être assuré! Il n'est pas question que je fasse un quelconque apprentissage avec une pomme pourrie comme toi. Tu auras beau essayer de changer, Severus, mais tu resteras toujours mauvais au plus profond de toi.

Sur ces paroles acerbes, Èva quitta rapidement la salle d'entraînement en claquant la porte.

Elle entendit Severus frapper la porte d'un violent coup de poing et hurler sa rage.

Elle frissonna en entendant ce cri de pure colère. Elle ne savait pas et ne voulait pas savoir si cette haine lui était destinée à elle ou bien à lui. Elle accéléra le pas en direction de sa chambre.

Lorsqu'elle arriva devant le tableau, le griffon était bien réveillé et tout à fait alerte. Il fixa la jeune femme en détresse.

- Ne laissez personne entrer après moi, s'il vous plaît, supplia-t-elle d'une voix tremblante.

L'animal hocha la tête et la laissa passer après qu'Èva lui ait donné le mot de passe.

Èva remarqua à peine que le décor de sa chambre s'harmonisait parfaitement à son état d'esprit actuel : tout semblait sombre et gris.

La jeune femme se précipita dans sa salle de bain. Elle abandonna ses vêtements sur le plancher et s'engouffra rapidement dans la douche. Elle ouvrit l'eau chaude au maximum et commença à se frotter comme si elle voulait enlever une crasse invisible sur son corps.

Après s'être lavée trois fois, sa peau complètement rougie en témoignant, elle s'autorisa finalement à sortir de la douche.

Elle enfila un peignoir et essuya la buée sur le miroir pour observer son reflet. Elle se brossa rudement les cheveux, ignorant la douleur qu'elle causait à sa peau.

Elle refusait de s'avouer qu'elle faisait tout cela pour sortir Severus de sa tête. Elle avait encore l'impression qu'il jouait avec son esprit, le fouillant, le violant.

En même temps, elle repoussait l'idée qu'elle s'infligeait cette torture autant pour enlever l'odeur de Severus sur son corps. Elle s'était dit qu'il ne fallait pas qu'elle s'attache. Il fallait maintenant qu'elle suive son judicieux conseil, malgré le fait qu'elle soit déjà allée trop loin et qu'elle avait maintenant l'impression de l'avoir dans la peau… dans tous les sens du terme.

Elle lança rageusement sa brosse sur le comptoir. Elle se retourna pour ne pas voir son reflet lui montrer les larmes qui remplissaient ses yeux.

- Dobby? appela-t-elle timidement, ne sachant comment se faire entendre de l'elfe de maison. Dobby! hurla-t-elle, libérant par la même occasion la frustration qu'elle retenait.

Elle entendit un léger « pop » et vit la petite créature apparaître dans sa salle de bain. Dobby tortillait nerveusement un pan de sa taie d'oreiller.

- Vous avez appelé Dobby, miss? Est-ce que Dobby a fait quelque chose de mal, miss?

Èva eut un sourire navré et s'agenouilla devant l'elfe, les larmes commençant à couler sur ses joues rougies.

- Non, Dobby, tu n'as rien fait de mal. Cette colère ne t'était pas destinée.

Èva renifla avant de continuer.

- J'aurais un service à te demander.

- Bien sûr, miss, tout ce que vous voudrez, miss, répondit Dobby, ressentant de la pitié pour la vampire en détresse pleurant en face de lui.

- Pourrais-tu prendre ces vêtements, continua Èva en pointant la robe qu'elle avait abandonnée sur le sol, et par la même occasion, ceux que j'ai laissés dans les appartements du professeur Rogue…

La voix d'Èva se brisa. Elle refoula difficilement un sanglot.

- Et… elle inspira lentement. Et les faire disparaître. Au mieux, les brûler.

Dobby prit un air scandalisé, comme si détruire des vêtements était le pire des sacrilèges.

- Vous être sûre, miss? demanda-t-il d'un ton incertain.

- S'il te plaît, Dobby, j'ai besoin qu'ils disparaissent.

- Bien, miss. Dobby va faire ça maintenant.

- Merci, murmura Èva.

L'elfe de maison disparut après un dernier regard étonné à la brunette.

Dès qu'elle fut seule, Èva laissa libre court à ses larmes. Elle se releva et se dirigea péniblement vers son lit. Elle s'y coucha finalement en position fœtale et laissa sa détresse et sa douleur s'exprimer.

Pourquoi avait-elle si mal? S'était-elle attachée plus qu'elle ne l'aurait cru? Oui, sans doute.

Pourquoi avait-il fallu que Severus Rogue entre dans sa vie! Èva poussa un cri de frustration qu'elle étouffa dans son oreiller.

Tout allait bien avant qu'il n'apparaisse, avant qu'il ne fasse basculer sa vie. Pourtant, elle se sentait si bien dans ses bras. Elle avait tellement aimé sentir ses lèvres sur les siennes, deviner son corps réagir sous le sien, entendre ses gémissements rauques alors qu'il répondait à ses caresses.

Èva secoua la tête. Non, il ne fallait pas qu'elle pense à cela, car au moindre problème ou au moindre doute, il reprenait son rôle de Mangemort et il n'hésitait pas à faire souffrir quiconque se trouvant sur son chemin. Il n'avait pas eu de remords à lui faire du mal, sans même connaître toute l'histoire qui avait éveillé en lui cette colère. Et même lorsqu'elle la lui avait révélée, il ne l'avait pas cru et il lui avait fait encore plus mal. Autant physiquement que psychologiquement.

Èva se sentait trahie.

Mais était-ce à elle qu'il faisait du mal? Ou était-ce lui-même qu'il voulait faire souffrir?

Il fallait qu'elle en apprenne davantage sur l'ancienne magie qui coulait dans ses veines, mais surtout sur les vampires. Elle devait s'éloigner de Severus. Elle s'attachait à lui, mais il lui faisait peur en même temps. Ce n'était pas une relation saine, il changeait trop souvent de personnalité. Elle ne saurait jamais sur quel pied danser avec lui! Ils ne pouvaient pas continuer comme ça. Elle devait s'éloigner de lui.

C'est sur cette résolution qu'Èva finit par s'endormir, épuisée.